Triticale

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Le triticale est une plante annuelle de la famille des Poaceae (graminées). C'est un hybride artificiel (amphiploïde) entre le blé (dur ou tendre) et le seigle dont la culture s'est développée depuis les années 1960. Il est cultivé surtout comme céréale fourragère.

Nom scientifique : ×Triticosecale Wittm. ex A. Camus (synonyme : ×Triticale Tscherm.-Seys. ex Müntzing) , famille des Poaceae, sous-famille des Pooideae, tribu des Triticeae.

Le nom « triticale » combine les noms latins de genre du blé (Triticum) et du seigle (Secale).

Historique[modifier | modifier le code]

Les premiers hybrides blé x seigle fertiles ont été découverts et signalés au cours du 19ème siècle. Mais la recherche et la sélection autour de cette plante n'ont commencé que dans les années 1930, après la découverte de la colchicine, un réactif provoquant la diploïdisation chromosomique. Les premiers succès commerciaux du triticale ont été portés par des variétés sélectionnées en Pologne. En 1968, Wolski et ses collaborateurs ont porté leur effort sur la sélection du triticale d'hiver. De ces travaux, la variété Lasko (1982) devient le triticale le plus cultivé dans le monde.

Description[modifier | modifier le code]

Épis de triticale

Le premier croisement du blé tendre et du seigle remonte à 1876 : l'Écossais A.S Wilson réalisa les premiers hybrides qui ne purent être utilisés plus loin car ils étaient stériles[2]. La première variété fertile de triticale a été produite pour la première fois en 1888 par l'Allemand Wilhelm Rimpau. En France, la première variété (Clercal, Obtention INRA) n'a été inscrite au catalogue officiel des variétés qu'en 1983.

D'obtention relativement récente, le triticale est une céréale secondaire, mais dont les surfaces cultivées augmentent régulièrement, surtout sur le continent européen. L'Union européenne concentre ainsi près des 3/4 de la production mondiale (la Pologne en est le 1er producteur mondial, suivie par l'Allemagne et la France) mais la Biélorussie, la Chine et, dans une moindre mesure, l'Australie, en sont aussi d'importants pays producteurs. En France, ses zones de culture principales sont la Bretagne et le Massif central.

Cette plante offre l'avantage de combiner les caractéristiques de productivité du blé (dans l'absolu, son potentiel de rendement atteint les 100 quintaux par hectare) et la rusticité du seigle (résistance au froid intermédiaire entre celle du blé et du seigle, résistance aux maladies et aux adventices, adaptation aux sols humides et à tendance acide)[3], ce qui en fait une céréale prisée pour l'agriculture biologique. Ses défauts résident surtout dans une difficulté pour le moissonnage avec les moyens mécaniques actuels, dans une tendance à la germination sur pied en cas de précipitations en période de maturation ainsi qu'un risque d'échaudage si au contraire cette période est très chaude en raison de son cycle de végétation plus long. Finalement, le rendement réel oscille entre 40 et 60 quintaux par hectare selon les années et les lieux de production.

Epis de triticale

Le triticale a une valeur énergétique comparable à celle du blé. Sa teneur en protéines est plus faible mais sa teneur en lysine supérieure. Contrairement au cas du seigle, sa farine, moins riche en gluten, n'est pas panifiable sans adjonction de farine de blé. Il est particulièrement riche en oligo-éléments notamment le magnésium et le manganèse [4]

Atouts[modifier | modifier le code]

Le triticale dispose d'une surprenante adaptation aux différents modes culturaux dans de nombreuses régions de France ou d'Europe. C'est une plante qui est considérée comme ayant un potentiel intéressant[5].

  • Sa rusticité permet de le maintenir dans des conduites "bio" ou de "bas-intrants", limitant ainsi l'impact des intrants (pesticides, fertilisation...).
  • Sa bonne productivité, sa richesse en protéine et sa bonne production de paille en font une espèce intéressante pour les exploitations polycultures-élevages.

Débouchés[modifier | modifier le code]

Le triticale est fréquemment autoconsommé sur les exploitations et son utilisation première est pour l'alimentation animale :

  • Alimentation dans les élevages porcins.
  • Alimentation dans les élevages avicoles.

Mais il bénéficie d'autres débouchés :

  • Source de fibres et de biomasse brute pour la production de biogaz.
  • Production de produits chimiques.
  • Production de carburants basés sur la chimie des sucres simples.
  • Fabrication de biomatériaux comme les composites renforcés de fibres naturelles ou les polymères thermoplastiques à base d'amidon.

Le triticale cumule des propriétés rhéologiques, du blé tendre et du seigle, sans toutefois les égaler.

Il est en conséquence, possible de le panifier, le brasser ou le distiller.

Concernant la panification, la farine de triticale ne peut être utilisée seule : sa faible teneur en gluten ne lui permet que de venir compléter une farine de blé.

Création[modifier | modifier le code]

Création d'un triticale.jpg
  • 1re étape : introduction de gènes de compatibilité pour les croisements interspécifiques dans le blé tendre (gènes kr1, kr2, Skr - localisation sur les chromosomes 5A et 5B). Il y a en effet une incompatibilité entre le génome D du blé tendre et le génome R du seigle.
  • 2e étape : croisement d’une variété de blé tendre compatible avec une variété de seigle (Blé: ABD/ ABD x Seigle: R/R = ABDR). ou croisement d'une variété de blé dur avec une variété de seigle (Blé dur: AB/AB x seigle: R/R = ABR/ABR)
  • 3e étape : doublement du matériel génétique à la colchicine afin d'obtenir un triticale primaire octoploïde (ABDR/ABDR).
  • 4e étape : croisement du triticale primaire octoploïde avec un triticale élite hexaploïde. (ABDR/ABDR x ABR/ABR = ABR/ABR) qui permet l'élimination du génome D du Blé.

Variétés[modifier | modifier le code]

Près de 120 variétés sont inscrites au Catalogue officiel des espèces et variétés[6] crées par 12 entreprises de sélection (AgriObtention[7], RAGT, Florimond Desprez[8],...) et près de 320 sont inscrites au Catalogue européen [9].

Quelques variétés cultivées :

  • classiques : Agostino, Agrilac, Anagram, Bellac, Bienvenu, Dometica, Cedrico, Collegial, Elicsir, Gerschwin, Kereon, Magistral, Maximal, Melenac, Orval, Quatrevents, Remiko, Rénovac, Rgt Eleac, Rotégo, Trefl, Tribeca, Triskell,...
  • hybride : Hyt prime, Rgt Keac

Production[modifier | modifier le code]

Nombre de milliers d'hectares au niveau européen. Chiffres 2016
Données de COCERAL[10]

Drapeau de la Pologne Pologne 1 176
Drapeau de l'Allemagne Allemagne 396
Drapeau de la France France 343
Drapeau de l'Espagne Espagne 212
Drapeau de la Hongrie Hongrie 111
Drapeau de la Roumanie Roumanie 34

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Tropicos, consulté le 17 juillet 2016
  2. Histoire et amélioration de cinquante plantes cultivées (Doré C. et Varoquaux F., 2006)
  3. Fiche technique : Le Triticale, site de la chambre d'agriculture de Franche-Comté, 2012
  4. table de composition des aliments http://www.sfk-online.net/cgi-bin/sfkreport.mysql?sid=2531134114634250214245253121116878104&language=english&query=K0107
  5. Jean Guillaume, Ils ont domestiqué plantes et animaux : Prélude à la civilisation, Éditions Quæ, , 456 p. (ISBN 978-2-7592-0892-0, lire en ligne), chap. 8.
  6. Catalogue français des espèces et variétés , sur le site du GNIS
  7. site d'AgriObtention
  8. site de Florimond Desprez
  9. [1] Plant variety database European commission
  10. Coceral, 98 rue du Trone. 1050 Brussels. secretariat@coceral.com

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Patrick Bastergue, Michel Bernard, Annaig Bouguennec, Yvonne Cauderon, Louis Jestin, Jean-Paul Le Goff et Philippe Lonnet, « Le triticale », dans Claire Doré, Fabrice Varoquaux (coordinateurs), Histoire et amélioration de cinquante plantes cultivées, Éditions Quæ, coll. « Savoir faire », , 812 p. (ISBN 9782738012159), p. 737-745.
  • (en) National Research Council, Triticale: A Promising Addition to the World's Cereal Grains, The Minerva Group, Inc., , 116 p. (ISBN 9780894991790).

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :