Werner von Siemens

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Werner von Siemens
Description de cette image, également commentée ci-après

Photographié par Brogi.

Nom de naissance Ernst Werner Siemens
Naissance
Lenthe (de) village de Prusse,
devenu un quartier de Gehrden
Décès (à 75 ans)
Charlottenburg (Berlin)
Nationalité Drapeau de la Prusse Royaume de Prusse
Pays de résidence Royaume de Prusse
Diplôme
Activité principale
Autres activités
artilleur
Formation
École d’artillerie et du génie de Berlin
Distinctions
1888, est anobli par Frédéric III
Conjoint
Mathilde Drumann (1824-1865), puis Antonie Siemens (1840-1900)

Ernst Werner von Siemens, né le à Lenthe (aujourd'hui un quartier de Gehrden, près de Hanovre), mort le à Berlin, est un inventeur et industriel allemand, magnat du génie électrique. Avec Alfred Krupp et Friedrich Bayer, il est l'un des piliers de l’« époque des fondateurs ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et formation scientifique[modifier | modifier le code]

La maison à colombages Siemenshaus à Goslar.

Siemens, issu d'une vieille famille de Goslar (dont la maison, la Siemenshaus (de), est mentionnée dans les annales de la ville en 1384), est le quatrième enfant du métayer Christian Ferdinand Siemens (de) (1787-1840) et de sa femme Éléonore-Henriette Deichmann (1792-1839). Après l'emménagement de la famille en 1823 dans le Mecklembourg, où le père vient d'acquérir le domaine de Menzendorf, les affaires patinent. Siemens reçoit sa première éducation de sa grand-mère et de son père, fréquente une année l'école municipale de Schönberg (Mecklembourg), suit les trois années suivantes les leçons d'un précepteur puis fréquente les trois dernières années le Katharineum de Lübeck. Il quitte ce lycée en 1834 sans passer ses examens, car bien qu'il cherche un métier technique, la situation financière de ses parents l'oblige à seconder son père, surtout après le décès de sa mère en juillet 1839. Son père décède à son tour en janvier 1840, laissant Werner, aîné des garçons, responsable de ses frères et sœurs.

La période militaire[modifier | modifier le code]

Sur les conseils d'un professeur de géodésie, Ferdinand von Bültzingslöwen, il passe le concours des officiers du génie militaire à Berlin. Mais le chef du corps du génie, le général Gustav von Rauch (de), écarte sa candidature pour des raisons d'âge, étant donné le trop grand nombre de candidats ; il lui recommande toutefois de passer le concours d’artilleur, où il pourra suivre les mêmes cours que les officiers du génie. Aux épreuves à Magdebourg, il est reçu 1er des 14 candidats, pour quatre places offertes. À l’automne 1835, il est aspirant pendant trois ans à l’École de l’Artillerie et du Génie de Berlin. Là, il reçoit une formation scientifique très complète, allant de la géométrie à la chimie en passant par la physique[1] et la balistique, avec en outre quelques conférences reçues à l’Université de Berlin. Il est reçu lieutenant d’artillerie en 1838.

Le lieutenant Werner Siemens prend ses quartiers à Magdebourg puis rejoint sa garnison de Wittenberg où, pour avoir été témoin lors d’un duel, il est condamné à cinq années de forteresse. Il a toutefois la permission d’aménager sa cellule de la citadelle de Magdebourg (de) en laboratoire : là, dans le prolongement des idées de Jacobi sur les dépôts galvaniques de cuivre, il développe un procédé de galvanisation (notamment destiné à la dorure et l’argenterie). Gracié par la Couronne, Siemens retrouve en 1842 les ateliers de l’Artillerie à Berlin.

En 1843[2], il conçoit aussi une machine pour garnir les câbles en cuivre d'un revêtement fait avec de la gutta-percha, une gomme issue du latex naturel. Ces câbles lui servent à mettre au point des mine marines actionnables à distance[2], qu'il fait mouiller au large du port de Kiel pour tenir les navires danois à distance[3]. Il déploiera deux courtes lignes sous-marines du même type, traversant le Rhin et le port de Kiel avec des câbles utilisant cette technologie[4]. Au cours de la Première guerre de Schleswig, en 1848, il sauve la milice de Kiel en défendant le port de Kiel contre les fantassins de marine danois, après avoir pris position sur le Fort Friedrichsort[5] et déploie son câble isolé[6].

La société fondée en 1847[modifier | modifier le code]

Entre temps, à la demande des militaires, il commence par poser en 1847 un câble souterrain entre Berlin et la ville de Grossbeeren, dans sa banlieue. Le câble est protégé par la technologie de Siemens [7]. Satisfaite, l'armée lui demande de fonder le 1er octobre, avec Johann Georg Halske la société Telegraphenbauanstalt von Siemens & Halske qui deviendra par la suite l'entreprise Siemens. La nouvelle entreprise a investi une partie des quelque 6800 thalers de son capital, fourni par son cousin, le magistrat Johann Georg Siemens[8], dans la location de locaux, 150 mètres carrés dans la partie arrière d'un immeuble, et le matériel d'atelier[9], afin de fournir de quoi déployer des lignes de télégraphe. En juin 1848, le Roi de Prusse reçoit un rapport de la Commission prussienne du télégraphe et décide le 24 juillet suivant[10] la construction de deux lignesː l'une vers Francfort, où aura lieu neuf mois plus tard l'élection de l'Empereur d'Allemagne, et une autre vers Cologne, Aix la Chapelle et la frontière française[11]. La première est livrée à temps et incite à construire la seconde, puis deux autres, vers Hambourg, et Breslau (aujourd'hui Wrocław) en Pologne[12]. Pour permettre au câble de franchir les fleuves en sécurité un tube d'acier l'entoure, apportant une protection de plus, et l'idée de l'utiliser pour des câbles sous-marins émerge. Dans un article du 11 avril 1849, le Berliner National-Zeitung explique que la ligne vers Hambourg a été retardée, car Berlin ne veut pas entendre parler de son ouverture au privé, réclamé par les financiers de la ville, mais qu'elle démarre pour des raisons militaires et sera prolongée jusqu'à Rendsburg[12]. Dès juin 1847, William Robinson avait rencontré les marchands de Hambourg pour présenter la technologie Morse[13]. Le Polytechnisches Journal, indique qu'Oberberg sera relié avant la fin de 1849, permettant de connecter Berlin à l'Adriatique via l'Autriche-Hongrie[14]. Mal protégées, les lignes sont souvent attaquées par les rats[15].

Pendant la construction du prolongement de la ligne de Cologne et Aix la Chapelle vers Verviers, ralenties par le percement de nombreux tunnels à l'explosif, Werner von Siemens fréquente Paul Julius Reuters et sa femme, qui s'inquiète de la menace que ce lien fait peser sur leur activité de pigeons voyageurs. Il leur conseille de s'installer à Londres en prévision d'un futur câble sous-marin[16], qui utilise sa technologie, Siemens regrettant alors de ne pas avoir déposé de brevet[17], alors qu'il est le premier à avoir utilisé cette technologie, selon les historiens[6]. La Gutta Percha Company, fondée en 1845 par Henry Bewley et Samuel Gurney, pour de simples objets en latex fournit ensuite les frères John et Jacob Brett pour le déploiement d'un câble entre Douvres et Calais en 1851, qui fait suite à l'échec de celui posé en 1850, tellement mal isolé et protégé qu'il est détruit immédiatement par un filet de pêche[18]. La société de Newall et Gordon leur succède rapidement[17]. Siemens reconnait que les anglais ont un accès généreux au marché du latex mais pointe la négligence dans les test et contrôle qualité ou la formation des techniciens[17]. La société de Newall et Gordon obtiendra ensuite le contrat pour déployer un câble sous la Mer Noire, pendant la Guerre de Crimée, achevé à temps pour l'annonce de la fin du Siège de Sébastopol en 1855[12]. Werner von Siemens obtient lui des contrats auprès des russes. Il se rend dans la capitale début 1852[19], en passant par Riga, Duna et Boldega, et connait l'histoire du câble souterrain qui la relie avec Moscou depuis 1849[20], et les expériences du professeur Moritz von Jacobi. Il fera construire une usine de câbles à Woolwich, en Angleterre en 1863.

La période berlinoise[modifier | modifier le code]

Le tramway électrique de Lichterfelde (1881).
Stèle funéraire de Werner von Siemens dans le Südwestkirchhof Stahnsdorf de Berlin.

Il demeure sous les drapeaux jusqu'en juin 1849 tout en essayant de gagner de l'argent par diverses inventions, tournant son imagination à développer des machines directement utilisables. Ainsi il invente un nouveau régulateur pour les machines à vapeur, une presse pour fabriquer des pierres en ciment artificiel et une presse hydraulique. En revanche, bien qu'il ait échangé avec son frère sur un projet d'échappement à roue libre, il ne passa jamais à sa réalisation.

La Grande Exposition de 1851 à Londres, à Cristal Palace, a permis à la société d'effecteur ses débuts sur la scène internationale, mais elle n'y a rencontré rencontré aucun succès d'ampleur, malgré un prix décerné par l'un des organisateurs de l'événement. Werner s'y rend avec ses frères[9].

Le jeune entrepreneur épouse le 1er octobre 1852 l'une de ses nièces, Mathilde Drumann (1824-1865), à Kœnigsberg : elle est la fille du professeur d'université Wilhelm Drumann et de Sophie Mehlisz. De cette union naîtront deux garçons, Arnold (de) et Wilhelm (de) et deux filles, Anna Zanders (de) et Käthe Pietschker (1861-1949). Mathilde mourra le . Le 13 juillet 1869, il se remarie avec une autre cousine, Antonie Siemens (1840-1900), fille de Carl Georg Siemens (de), qui sera plus tard élevé au rang de baron de Wurtemberg, et d'Ottilie Denzel (1812-1882). De ce deuxième mariage naîtront Carl Friedrich et Hertha (1870-1939 ; épouse de Carl Dietrich Harries (de)).

En 1866, Werner Siemens établit le principe de la dynamo électrique. L'un de ses professeurs à l'école d'artillerie n'était autre que le physicien Gustav Magnus, à qui Siemens expédia un exemplaire de cette dynamo. Magnus vit tout l'intérêt de cette invention et s'efforça de publier cette découverte, d'abord à Berlin[21] puis à Londres[22].

En 1866, Werner Siemens et ses frères investissent dans un grand projet télégraphique, associant l'Orient à l'Europe, l'Indo-European Telegraph Company. Le société doit prolonger le projet de câble de Reuters reliant Lowestoft à l'île allemande de Norderney puis Hanovre et Hambourg et qui affiche une rentabilité de 19% dès 1868[23]. Via l'Iran, il doit relier Bombay à Londres, en utilisant et l'Indo-European Telegraph Company des frères Siemens, qui est très bien valorisée à son entrée en Bourse, avec 450 000 sterling[24]. Le frères Siemens détiennent 20̥ pour cent de l'entreprise et Paul Julius Reuters est aussi associé[25].

En 1877, Siemens obtient le brevet du haut-parleur électrodynamique[26]. En 1879, lors de l'exposition industrielle de Berlin, Siemens & Halske[27] met en service un petit train pour les visiteurs qui est tracté par la « première locomotive (électrique) digne de ce nom » dont le moteur est alimenté en énergie par une installation fixe[28].

Le 17 février 1887, Siemens acquiert le domaine de Biesdorf, d'une superficie de 600 hectares, qui comprend un château. L'année suivante, il est anobli par l'empereur Frédéric III : Werner Siemens devient Werner von Siemens. Il transmet en 1889 le château à son fils Wilhelm. Dans sa résidence secondaire de Bad Harzburg, Siemens a rédigé de 1889 à 1892 ses mémoires pendant ses vacances de fin d'année : il les fera publier peu avant sa mort. Le 6 décembre 1892, Werner von Siemens succombe à Berlin d'une pneumonie. Il a été enterré à l'Alten Luisenfriedhof (de) à Charlottenburg ; par la suite, ses cendres seront transférées dans le caveau familial des Siemens au Südwestkirchhof Stahnsdorf de Berlin.

Le nom « siemens » a été adopté comme unité du système international pour la conductance électrique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

(de) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en allemand intitulé « Werner von Siemens » (voir la liste des auteurs).

  1. Parmi ses professeurs se trouvait le capitaine Meno Burg (en).
  2. a et b "History of Telegraphy", par Ken Beauchamp, Institution of Electrical Engineers, page 138 [1]
  3. D'après Gerd Stolz, Die Schleswig-Holsteinische Marine 1848–1852., Boyens, Heide in Holstein, (ISBN 3-8042-0188-1), p. 18 et suiv.
  4. "The Invisible Weapon: Telecommunications and International Politics, 1851-1945", par Daniel R. Headrick [2]
  5. Cf. l’aperçu sur le site Internet www.kiel-friedrichsort.de.
  6. a et b "Submarine Telegraphs", par Charles Bright, page 301
  7. "History of Telegraphy", par Ken Beauchamp, Institution of Electrical Engineers, page 138 [3]
  8. " WERNER VON SIEMENS RECOLLECTIONS", par Wilfried Feldenkirchen, page 10 [4]
  9. a et b Biographie, par Ewald Blocher, pour le Siemens Historical Institute [5]
  10. " WERNER VON SIEMENS RECOLLECTIONS", par Wilfried Feldenkirchen, page 92 [6]
  11. " WERNER VON SIEMENS RECOLLECTIONS", par Wilfried Feldenkirchen, page 12 [7]
  12. a, b et c " WERNER VON SIEMENS RECOLLECTIONS", par Wilfried Feldenkirchen, page 124 [8]
  13. " WERNER VON SIEMENS RECOLLECTIONS", par Wilfried Feldenkirchen, page 132 [9]
  14. " WERNER VON SIEMENS RECOLLECTIONS", par Wilfried Feldenkirchen, page 123 [10]
  15. " WERNER VON SIEMENS RECOLLECTIONS", par Wilfried Feldenkirchen, page 135 [11]
  16. " WERNER VON SIEMENS RECOLLECTIONS", par Wilfried Feldenkirchen, page 128 [12]
  17. a, b et c " WERNER VON SIEMENS RECOLLECTIONS", par Wilfried Feldenkirchen, page 195 [13]
  18. " WERNER VON SIEMENS RECOLLECTIONS", par Wilfried Feldenkirchen, page 197 [14]
  19. " WERNER VON SIEMENS RECOLLECTIONS", par Wilfried Feldenkirchen, page 162 [15]
  20. "Shaffnerʼs Telegraph Companion Devoted to the Science and Art of the Morse American Telegraph" Pudney & Russel, 1854 [16]
  21. Verhandlungen der Königlichen Akademie der Wissenschaften du 17 janvier 1867.
  22. Proceedings of the Royal Society, vol. 15, 1867, p. 367.
  23. Read 1999, p. 49
  24. "Werner Von Siemens: Inventor and International Entrepreneur", par Wilfried Feldenkirchen, page 93 [17]
  25. "History of the Atlantic Cable & Undersea Communications from the first submarine cable of 1850 to the worldwide fiber optic network", par Steven Roberts [18]
  26. (en) « Loudspeaker History », sur université de San Diego.
  27. « La capitale impériale : 1879 », sur berlin.de.
  28. Jean-Marc Allenbach, Traction électrique, vol. 1, PPUR, 2008 (ISBN 9782880746742).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]