Reuters

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Reuters Data Centre, à Londres.

Fondée en 1851 à Londres, l'agence de presse Reuters fait partie des agences de presse mondiales et généralistes, activité historique qui représente une petite partie de son chiffre d'affaires, majoritairement consacré à l'information financière.

Près de 2 400 journalistes, rédacteurs, photographes et caméramans travaillent pour Reuters dans 196 pays à travers le monde[1]. Mais c’est surtout à l’information économique et financière qu’elle doit son développement depuis les années 1960.

L’entreprise est introduite en bourse de Londres en 1984 et y lève 52 millions de livres qui l'aideront à réaliser des acquisitions dans le secteur de la technologie, afin de poursuivre sa croissance, avant d'être achetée par le canadien Thomson Financial en 2007 pour fonder un nouvel ensemble rebaptisé Thomson Reuters.

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de l'Agence Reuters.

Les débuts[modifier | modifier le code]

Comme beaucoup d'Allemands, Paul Julius Reuter, immigrant juif, fils de rabbin et éditeur d'un journal, fuit Berlin[2] après la révolution de 1848. Certains partent en Amérique, lui s'installe à Paris, où il travaille pour Charles Havas, qui a créé l'agence Havas en 1835.

En 1849, il crée sa propre agence, traduisant des informations de la presse française en allemand pour les journaux régionaux. Il fait faillite après un mois, ce qui l'amène à s'installer à Aix la Chapelle pour diffuser plutôt vers les centres d'affaires de Paris, Bruxelles et Berlin[2]. L'interconnexion des marchés financiers lui ouvre des horizons commerciaux mais au coût élevé, ce qui l'amène à fonder en 1859 un Cartel des agences de presse avec Charles-Louis Havas, fondateur en 1835 de l'Agence Havas et Bernhard Wolff, créateur de le Wolff’s Telegraphisches Bureau à Berlin, appelé aussi Agence Continentale, lui-même lointain ancêtre de la Deutsche Presse Agentur (DPA).

De 1850 à 1870, installé à Londres, il lance un service d'information télégraphique, utilisant notamment le câble sous-marin entre Douvres et Calais. Des bureaux de télégraphe ouvrent à travers les pays européens suivant la maxime de Reuter : « Follow the cable ». Reuters Telegram Company, créé en 1865[3], entre en Bourse avec un statut de société par actions.

Le 23 novembre 1878, télégramme de Reuters annonçant la bataille d’Ali Masjid.

Paul Julius Reuter continue l'expansion de ses bureaux en Extrême-Orient et en Amérique. Il passe en 1874 des accords bilatéraux avec Charles-Louis Havas, fondateur en 1835 de l'Agence Havas, ce qui permet de relancer l'année suivante le Cartel des agences de presse, menacée par le lien créé en 1869 par l'Agence Continentale avec l'une des agences américaines, celle de Chicago, qui s'était plainte de l'individualisme de celle de New York pendant la Guerre de Sécession.

Première guerre mondiale, de graves difficultés[modifier | modifier le code]

Le 28 avril 1915, trois jours après la mort de sa femme[4], Herbert de Reuter se suicide. L'action est passée de 12 livres sterling à 3 livres sterling[5]. Elle baisse déjà depuis le lancement du premier magazine TSF, The Marconigraph, distribué par la "Marconi Press Agency", filiale de Marconi. Puis c'est le Krach de la British Commercial Bank, censée fournir à la maison-mère Reuters un département "publicité" sur le modèle de la rivale Havas[6], qui gagne beaucoup d'argent grâce à la publicité financière. Les fonds de la British Commercial Bank sont bloqués par le gouvernement du premier ministre Herbert Asquith, qui modifie aussi les codes et règles télégraphiques, et tente de favoriser un rachat par Marconi, avant que n'éclate le "Scandale Marconi".

En 1916, un directeur de Reuters, Sir Roderick Jones, lance une OPA sur sa société, à 11 sterling l'action, contre 10 sterling proposé par Marconi[7],[8], grâce à un prêt de 55 000 sterling du beau-frère d'Herbert Asquith. Pendant la Première Guerre mondiale, Reuters a d'abord gagné de l'argent via l'"Imperial News Service", créé en 1911[9], suivi en 1912 par la mise sur pied du "Reuter Agence Service", qui ne vise plus seulement l'expansion commerciale dans le Commonwealth mais à aider le gouvernement anglais qui souhaite utiliser les connexions de Reuters[10]. Une audition devant la Chambre des communes montrera le 31 juillet 1918 que le gouvernement a dépensé en un an 126 000 sterling d'aides pour les câbles télégraphiques, l'essentiel étant versé à Reuters[11]. Herbert Asquith associe Sir Roderick Jones, en tant que directeur de la propagande, à la cellule de propagande nommée "Wellington House"[12], qui donne naissance en mars 1918 à un nouveau Ministère de l'information britannique[13]. Il impose la création du Reuter Agence Service, réplique de l’Imperial News Service plus tournée vers la propagande. Le 16 avril 1917, il diffuse une histoire inventée par un journal belge sur une usine allemande accusée de transformer des corps humains en matériaux de guerre. Reuters-Australie demande confirmation qu'il faut signer Reuters sous la dépêche et Sir Roderick Jones répond "oui"[14]. La perte de crédibilité qui en découle entraîne la création d’agences de presse au Canada, en Australie et en Asie. Le 1er avril 1924, le Kuomintang a fondé en Chine la Central News Agency, ou Agence Chekiai. Au même moment l'Agence Kokusaï japonaise a cessé en 1923 de constituer une simple filiale de Reuters pour devenir la coopérative de journaux Shimbum Ringo, agence de presse japonaise à part entière. Le rival américain United Press créé la British United Press au Canada puis à Londres et perce en Inde en 1925, avec vingt correspondants dès 1926. L'autre rival américain, l'Associated Press monte aussi en puissance, au Canada et en Amérique latine, percée reconnue par l'Accord du 26 août 1927 sur l'information[15], qui ouvre aussi à l'Agence Havas le Canada, autrefois territoire réservé à Reuters[16]. En 1924, l'autralien Keith Murdoch accuse Reuters d'être composée de journalistes snob, arrogants et éloignés des réalités australiennes[17].

1925, le rachat par les journaux régionaux britanniques[modifier | modifier le code]

En 1925, la Press Association, qui regroupe la presse britannique régionale, s'inquiète des difficultés de Reuters. Elle décide de prendre une participation majoritaire au capital[3], portée à la quasi-totalité du capital en 1930, seul un millier d'actions restant entre les mains de Sir Roderick Jones. Transformée ainsi en coopérative indépendante, Reuters développe l'usage de la radio pour transmettre ses nouvelles et un service de cotations de prix et des taux de change envoyés en code Morse, le "Reuterian", qui devient leader en Europe en 1929. Depuis 1923, la BBC s'est engagée à ne diffuser qu'à l'intérieur des îles britanniques les nouvelles fournies par Reuters et les trois autres agences de presse britanniques: Central News, The Exchange Telegraph Company et la Press Association.

En Australie, Reuters opère en 1926 un renversement d'alliance au profit de l'Australian Press Association (APA)[18], via un contrat qui lui donne la possibilité de vendre ses informations aussi aux autres journaux. Une nouvelle agence australienne émerge, l'Australian Associated Press, pour fédérer tous les acteurs locaux et devenir actionnaire de Reuters.

En 1941, Sir Roderick Jones, accusé d'avoir compromis l'agence dans des opérations avec le gouvernement britannique, est destitué. Le gouvernement lui-même participe à son éviction[2]. Le Reuters Trust est créé pour garantir l'indépendance de l'agence, codétenue par la Press Association et l'Association des propriétaires de journaux britanniques, qui regroupe les titres nationaux. Ce statut coopératif, proche de celui de l'Associated Press américaine, sera conservé jusqu'à l'introduction en Bourse de 1984.

En 1944, Reuters rachète le Comtelburo, une toute petite agence spécialisée dans l'information sur la finance et les matières premières, qu'elle développe pour valoriser son réseau mondial. Le Comtelburo représentera quinze ans plus tard, en 1959, un tiers du chiffre d'affaires de Reuters[19].

1963-1984 : une croissance portée par la clientèle non-média[modifier | modifier le code]

Pendant des décennies, les cours de bourse sont diffusés par radio puis par télex. Gerald Long (1923-1998), le directeur général de Reuters de 1963 à 1981, a mené une vigoureuse politique de diversification progressive vers les activités d'information financière Le 23 avril 1964, Reuters s'allie à l'américain Ultronics Systems, une petite société qui diffuse les cours des actions cotées sur le New York Stock Exchange ou l'AMEX ; son système s'appuie sur un appareil, baptisé Stockmaster, un modem, mis au point par ATT, et un ordinateur distant, lui-même relié à la bourse par modem, qui met à jour, chaque fois qu'il reçoit une transaction, les cours le plus haut et le plus bas, avec seulement trois chiffres à l'écran, et le volume négocié sur la journée pour l'action concernée[20]. Les concurrents Scantlin Electronics, avec son Quotron, et Bunker Ramo, avec le Telequote, cassent les prix : Reuters affiche une perte de 57 000 livres sterling en 1964, qui deviendra un bénéfice de 1,12 million de livres sterling en 1975[21]

En 1971, les États-Unis mettent fin aux accords de Bretton Woods et au régime des parités de change fixes. C'est l'émergence du marché des changes. Reuters crée le service Money Monitor. À Paris, pourtant siège de l'AFP, l'agence concurrente, ce service compte rapidement plus de 150 clients, dont les banques nationalisées[22]. Cette activité va transformer en profondeur la base de clientèle, vite constituée à 90 % de banques et d'entreprises. De 1976 à 1980, les recettes doublent, en seulement quatre ans.

En 1973, c'est le premier service d'information financière sur écran, Reuters Monitor : une quinzaine de contributeurs publient les cours de change[23]. Lorsque le service est arrêté, en 1996, 500 000 écrans auront été installés dans le monde[24]. Dealing 2000, un service de négociation électronique, est la suite logique de Monitor et conforte la position de Reuters sur le marché des changes. Il aura également pour héritier indirect Globex[25], premier système de négociation électronique d'options et futures aux États-Unis[26], que Reuters développe en coopération avec le Chicago Mercantile Exchange.

L'entrée en Bourse de 1984[modifier | modifier le code]

En 1985, un an après son entrée en Bourse, Reuters investit dans la diffusion numérique en temps réel, en rachetant Rich Inc[27], qui a développé TRIARCH[28] 2000[29]. Mais lors du krach de 1987, l'action Reuters est la plus touchée de la Bourse de Londres: elle perd plus de la moitié de sa valeur[30].

Pratiquant une politique de systèmes ouverts, au contraire de la plupart de ses concurrents, Reuters publie une interface de programmation pour TRIARCH 2000 et invite les éditeurs de logiciels à développer des systèmes compatibles. Vingt-cinq ans plus tard, 284 applications développées par 164 éditeurs[31] acquièrent des données temps réel de cette plateforme, renommée RMDS après sa fusion avec l'architecture concurrente acquise en 1994, le « TIB » de Tibco Finance.

1994-2007 : pression technologique d'Internet et pression de Bloomberg[modifier | modifier le code]

Début 1994, Reuters rachète la petite société américaine Capital Market Decisions (CMD), qui développait pour lui une base de données obligataire, Decision 2000[32], renommée Reuters Analytics. C'est la première étape d'une stratégie de développement dans la gestion d'actifs. Les gérants de portefeuille attendent des données historiques et analytiques : il faut une architecture technique nouvelle, pour délivrer en instantané un gros volume de données, et des partenaires pour y contribuer. Reuters rachète donc plusieurs diffuseurs spécialisés sur les OPCVM: Lipper, la Cote Alphabétique et FERI. Il acquiert deux spécialistes des actions: Multex (recherche fondamentale) et EcoWin (historiques de cours). Pour avoir une base de données obligataire capable de rivaliser avec Bloomberg, il développe en interne Reuters Analytics.

La constitution de la plateforme technologique, ou « Projet Armstrong »[33], s'avère ardue : il faut bâtir un nouveau réseau, HPSN[34] mais aussi réunir Decision 2000, à dominante obligataire, et RDB, à dominante actions, dans une application frontale, sous Windows, capable de recevoir des données temps réel[35]. Côté obligations, la variété des produits financiers, des créances négociables à la titrisation, requiert une expertise financière. Reuters 3000 Fixed-Income (R3FI) arrive sur le marché avec deux ans de retard, sans menacer la position commerciale de Bloomberg LP.

La « Série 3000 », qui rassemble les offres « action », monétaire et obligataire consomme de gros investissements, tandis que l'irruption de l'Internet commercial menace le modèle économique de diffusion de l'information financière par réseau privé.

La dégradation de l'activité et le rachat par Thomson en 2007[modifier | modifier le code]

Nommé PDG en 2001, Tom Glocer est le premier américain et le premier non-journaliste à diriger le célèbre groupe anglais[36].

En 2002, Reuters lance son programme Fast Forward comprenant réduction des effectifs et fermetures de centres de production. L'activité recule cinq années de suite, entre 2001 et 2005[37], tout comme le cours de l'action, qui passe de 17 livres en 2000 à moins de 1 livre trois ans plus tard[38].

Reuters est racheté, en 2007, pour 17,2 milliards de dollars, par le groupe d'informations financières canadien Thomson[39], qui possède 53 % du nouvel ensemble, nommé Thomson Reuters. Tom Glocer, PDG de Reuters, en devient le président et le nouveau siège social est à New York. Les deux groupes, qui employaient 49 000 personnes à eux deux, se sont alors engagés à réduire de 500 millions de dollars leurs coûts en trois ans[38]. La démission de Tom Glocer, fin 2011, marque la fin de l'intégration des deux entreprises.

Acquisitions et coentreprises[modifier | modifier le code]

  • 1985 : rachat de l'américain Rich Inc.
  • 1986 : rachat de Hovland Business Systems, une petite société ayant développé un système de tenue de position de change, qui sera renommé en Reuters Position Keeping System (RPKS) ; Reuters entre ainsi pour la première fois dans l'informatique de gestion ;
  • 1987 : rachat du courtier en actions américain Instinet et de l'exploitant de bases de données canadien IP Sharp ;
  • 1994 : rachat de la société américaine Quotron, spécialisée dans la diffusion du prix des actions nord-américaines, et de Teknekron, renommé en TIBCO, d'après le « TIB » (The Information Bus), principal concurrent de TRIARCH 2000 comme infrastructure de salle des marchés ; Reuters scindera par la suite cette filiale en Tibco Finance, qu'il intègre à sa politique produits, et Tibco Software, à la clientèle non financière, et qu'il remettra sur le marché boursier en 1999 ;
  • 1998 : prise de participation de 33,5 % dans le capital de l'éditeur français GL Trade spécialisé dans le routage d'ordre boursier (qu'elle revendra en 2004), rachat de Liberty SA, spécialisé, lui, dans la négociation électronique d'actions sur le marché de gré à gré, et de Lipper Analytical Services, société américaine de diffusion de valeurs liquidatives et de classement d'OPCVM ;
  • 1999 : création de Factiva, une coentreprise avec Dow Jones, un rival de toujours. Factiva est un fournisseur d'information en économie. En décembre 2006, Reuters revendra à Dow Jones sa part de 50 % dans Factiva ;
  • 2003 : Reuters rachète Multex.com, un fournisseur d'information spécialisé dans la recherche sur actions ;
  • 2004 : Reuters acquiert son concurrent américain Moneyline Telerate[40].
  • 2005 : Reuters revend au NASDAQ les 62 % qu'il détient encore dans Instinet, après en avoir introduit 17 % en bourse 4 ans plus tôt[41] ; la même année, il achète EcoWin, une société suédoise spécialisée dans la diffusion d'historiques de cours ;
  • 2006 : acquisition d'Application Networks, éditeur d'un progiciel de risk-management, et de FERI Fund Market Information, un diffuseur allemand d'informations sur OPCVM[42] ;

Activités et produits[modifier | modifier le code]

Bien que connue du grand public comme agence de presse, Reuters ne tire de cette activité que 6 à 7 % du chiffre d'affaires, et rien en termes de bénéfices. Au contraire, l'activité a été le plus souvent déficitaire.

Produits d'information[modifier | modifier le code]

Plus de la moitié des revenus proviennent de la vente d'informations financières :

  • abonnements aux cotations temps réel, distribuées par le réseau numérique propriétaire, Integrated Data Network ou IDN ; cette offre s'adresse essentiellement aux banques d'investissement ;
  • abonnements aux données de référence et prix de clôture des entreprises de marché, avec l'offre DataScope, qui cible les back office ;
  • systèmes d'affichage et d'aide à la décision installés sur les postes de traders ;
  • puis les abonnements à la Série 3000, une offre apparue en 1996 qui associe données temps réel et données historiques ; la politique commerciale distingue essentiellement Equities 3000 et Fixed Income 3000 pour cibler les gérants actions et obligataires respectivement, la clientèle naturelle étant les sociétés de gestion d'actifs et les investisseurs institutionnels ;
  • Reuters Business Briefing (RBB), puis Factiva, en coentreprise avec Dow Jones, archive et distribue électroniquement des articles de la presse économique à une époque où l'Internet n'existe pas encore commercialement ;
  • Reuters Financial Television (RFTV) est créée en 1996, mais fermée en 2002, faute de rentabilité suffisante.

Produits de transaction[modifier | modifier le code]

Les produits transactionnels (transaction products), c'est-à-dire les systèmes de négociation électroniques, se différencient selon leur segment de marché :

  • Le Monitor Dealing Service, lancé en 1981, permet de converser avec une contrepartie par écran interposé, en mode vidéotex ; dans sa version suivante, Dealing 2000, lancé en 1989, cette conversation est plus structurée, réduisant ainsi le risque de malentendu ; Dealing 2000-2, en 1992, permet de transmettre la transaction automatiquement vers les systèmes internes de la banque ; Dealing 3000, en 1995, porte le système sur environnement Windows, et permet de retirer du poste du trader le moniteur jusque-là affecté à ce seul service ;
  • RXT est un système de transmission d'ordre à une bourse ; la plupart de ses clients sont des brokers de Paris ou de Toronto, deux bourses qui utilisent le même système d'information NSC ;

D'autres offres assurent la négociation d'ordres entre la salle des marchés et la clientèle institutionnelle, notamment sur le change et les produits de trésorerie.

Risk-management[modifier | modifier le code]

Les systèmes de risk-management constituent une division à part entière à partir de 1991, même si leur chiffre d'affaires reste fondu à celui des produits transactionnels dans les comptes publiés :

  • Global Credit Limits System (GLCS) est le premier système de contrôle global et en temps réel des limites sur les produits interbancaires et de change ;
  • Reuters Position-Keeping System (RPKS), puis Kondor+ assurent la tenue de position et un calcul des risques au niveau du trader ou du desk ;
  • Sailfish assure le calcul de la Value at risk, qui tient compte des effets de corrélation dans les risques des différents desks ;
  • JRisk est une boite à outils logicielle réservée aux produits dérivés et conçue par la société Application Networks, avant d'être rachetée par Reuters en 2006. Le produit s'appelle aujourd'hui Top Office.

Infrastructures de salle des marchés[modifier | modifier le code]

Les infrastructures de salle des marchés comprennent les serveurs de flux, notamment celui consacré à IDN, et ceux consacrés à une bourse domestique, les serveurs de contribution, et RMDS[43], le système qui redistribue les données de ces flux jusqu'à chaque trader et ses applications de pricing installées sur son poste. Radianz complète l'offre à partir de 2000 : cette coentreprise avec Equant, un opérateur de télécommunications, propose un réseau IP privatif à travers lequel les professionnels peuvent faire passer leur diffusion de données ou leur trading électronique avec une plus grande fiabilité d'acheminement et une plus grande protection de la confidentialité des données que sur l'Internet public.

Autres activités[modifier | modifier le code]

Parmi les activités périphériques, le Greenhouse Fund, lancé en 1995, et qui investit dans les startups, dégage quelques plus-values appréciables, notamment à la revente de la participation dans Yahoo, dans les années précédant l'éclatement de la bulle internet.

Enfin, Instinet est un broker électronique, un des premiers historiquement, qui opère sur les marchés d'actions et auquel Reuters laisse une large autonomie de fonctionnement, jusqu'à sa revente en 2006.

« The Business of Information »[modifier | modifier le code]

Ce slogan, « le métier de l'information », en français, que Reuters s'est choisi, témoigne d'une très forte identification de l'entreprise à sa vocation d'agence de presse, quand bien même les revenus tirés de cette activité stricto sensu n'ont jamais dépassé les 10 % de son chiffre d'affaires. Certes, les seules ventes d'abonnements aux prix de marché en temps réel représentent un volume de revenus bien supérieur à celui de la vente de dépêches[44], et relèvent elles aussi du métier de l'information ; il reste que les ventes de systèmes et de droits d'accès à ses réseaux, représentant entre 30 et 50 % du chiffre d'affaires, et l'essentiel de sa croissance depuis les années 1970, désignent aussi l'entreprise clairement comme un acteur technologique.

Reuters ne s'est en effet jamais réellement assumé comme éditeur de logiciel même s'il l'est devenu au gré de ses choix tactiques ; le Dealing Service s'est imposé comme une amélioration incrémentale du service de Reuter Monitor : là où on sait contribuer et afficher des prix sur un marché de gré à gré comme celui des changes, il n'y a qu'un pas à franchir pour aider deux contreparties à engager une conversation en vue de conclure une opération ; plus tard, le système de gestion du risque de change RPKS a été lancé pour conforter la vente des abonnements de cours de change ; Effix a été acheté plus parce que son système d'affichage pour Unix constituait la dernière brique qui lui manquait dans la chaine de distribution de l'information, qu'à cause de Kondor+, qui l'introduisait sur le marché du risk-management.

Quand l'Internet s'impose commercialement à la fin des années 1990, Reuters y voit tout à la fois une menace et une opportunité, mais dans son métier d'information. L'entreprise monte son site web dès 1997 et crée l'entité New Media, qui saura avec succès générer un chiffre d'affaires nouveau dans la vente d'informations par Internet[45].

Reuters se voit d'abord comme un acteur des médias, se choisit systématiquement un journaliste pour patron jusqu'en 2001, mais désigne comme son concurrent le plus sérieux Bloomberg, une entreprise dont les origines et la culture sont aux antipodes des siennes, et qui se voit d'abord comme un acteur de la finance[46].

Les restructurations conduites à partir de 2002 épargnent pour l'essentiel l'activité d'agence de presse. Au moment de la reprise par Thomson, le groupe compte encore 2 500 journalistes sur 13 000 employés, répartis dans quelque 200 bureaux dans une centaine de pays, et son réseau de diffusion, en 23 langues, est unique au monde. Ce dispositif est coûteux et son effet d'entrainement sur les autres activités difficile à mesurer, alors que la presse, notamment écrite, qui est la cliente directe de l'agence, entre dans des difficultés économiques croissantes.

La question de l'impartialité[modifier | modifier le code]

L'agence bâtit sa notoriété sur la vitesse, en annonçant la première en Europe l'assassinat du président américain Abraham Lincoln en 1865, puis la fin de la Seconde Guerre des Boers, en 1902, couverte par son futur directeur général Sir Roderick Jones, mais aussi sur l'impartialité, ayant, lors de cette même guerre des Boers, dépéché des reporters des deux côtés belligérants. Cependant, cette réputation d'impartialité sera écornée lors de la Première Guerre mondiale, l'agence étant alors critiquée pour collusion avec le gouvernement britannique. C'est sans doute pour éviter une nouvelle controverse qu'elle édicte, en 1941, les Reuters Trust Principles, charte professant une volonté d'indépendance, d'impartialité et d'exactitude des faits rapportés, et de laquelle l'entreprise d'aujourd'hui se réclame encore[47].

Ce souci de l'impartialité va jusqu'au refus d'employer tout terme à caractère « émotionnel », notamment celui de terroriste. En réponse à des critiques sur le non-emploi de ce mot pour qualifier les attentats du 11 septembre 2001, un journaliste de l'agence affirme en effet que « le terroriste des uns est le combattant de la liberté des autres », dans un communiqué maladroit, que la direction tente ensuite de corriger[48].

Reuters interdit en 2009 à ses journalistes de se sourcer auprès de Wikipédia[49].

Principaux concurrents[modifier | modifier le code]

Les dirigeants successifs[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. "Journalisme international", page 52, par Jean-Paul Marthoz - 2008 - [1]
  2. a, b et c [ Histoire de Reuters sur le site officiel du groupe]
  3. a et b http://www.fundinguniverse.com/company-histories/Reuters-Group-PLC-Company-History.html
  4. Un siècle de chasse aux nouvelles: de l'Agence d'information Havas à l'Agence France-presse (1835-1957) par Pierre Frédérix, Flammarion, 1959 -page 313
  5. « Foreign correspondence: the great reporters and their times », par John Hohenberg Foreign correspondence: the great reporters and their times Par John Hohenberg
  6. Un siècle de chasse aux nouvelles: de l'Agence d'information Havas à l'Agence France-presse (1835-1957) par Pierre Frédérix, Flammarion, 1959 -page 311
  7. "The Struggle for Control of Global Communication: The Formative Century Par Jill Hills, page 123 [2]
  8. "Foreign correspondence: the great reporters and their times", par John Hohenberg, page 133
  9. "The role of Reuters in the distribution of propaganda news in Australia during World War I", Australian Media Traditions Conference 24 et 25 novembre 2005, par Canberra Peter Putnis et Kerry McCallum, Université de Canberra [3]
  10. Foreign Correspondence: The Great Reporters and Their Times, par John Hohenberg, page 67 [4]
  11. "Foreign Correspondence: The Great Reporters and Their Times", par John Hohenberg, page 134 [5]
  12. "Imperial Defence: The Old World Order 1856-1956" par Greg Kennedy, page 227 [6]
  13. "The role of Reuters in the distribution of propaganda news in Australia during World War I", Australian Media Traditions Conference 24-25 November 2005, par Canberra Peter Putnis et Kerry McCallum, University of Canberra [7]
  14. The role of Reuters in the distribution of propaganda news in Australia during World War I
  15. "Un siècle de chasse aux nouvelles: de l'Agence d'information Havas à l'Agence France-presse (1835-1957)", par Pierre Frédérix – 1959 -, page 365
  16. "Un siècle de chasse aux nouvelles: de l'Agence d'information Havas à l'Agence France-presse (1835-1957)", par Pierre Frédérix – 1959 -, page 366
  17. "The globalization of news", par Oliver Boyd-Barrett et Terhi Rantanen, page 42
  18. "The globalization of news - Oliver Boyd-Barrett, Terhi Rantanen
  19. News revolution: political and economic decisions about global information, par Mark D. Alleyne - 1996 - page 22 [8]
  20. (en) Robert S. Sinn, « Reminiscences of a Stock Quotation System: The Real Story of Ultronic Systems Corporation », sur le site d'Inductive.com,‎ Février 2009 (consulté le 4 avril 2010)
  21. http://www.waterstechnology.com/waters/feature/1610097/waters-hall-of-fame
  22. AFP, une histoire de l'Agence France-Presse, 1944-1990, par Jean Huteau et Bernard Ullmann, p. 426
  23. Brian Mooney, Barry Simpson, Breaking News - How the wheels came off at Reuters, Capstone, 2003, p. 11
  24. (en) « End Of Reuters' Monitor Network: Dec. 31, 1996 Is Official Cutoff Date », sur Dealing with Technology (consulté le 5 avril 2010)
  25. (en) « Reuters, CME Sign Globex Agreement; Leaves Room For Other Vendors, Exchanges », sur Dealing With Technology,‎ 5 juillet 1988 (consulté le 11 mai 2010)
  26. (en) « Trading Moves Out Of The Pits », sur Google, The Milwaukee Journal,‎ 27 janvier 1989 (consulté le 11 mai 2010)
  27. (en) « Reuters Holdings agreed to acquire Rich Inc. », Los Angeles Times,‎ 27 février 1985 (consulté le 14 April 2010)
  28. Trading Room Information ARCHitecture
  29. (en) « Reuters/Rich Launches Triarch 2000, Prism: Enhances Workstation Connectivity », sur Incisive Media,‎ 25 avril 1988 (consulté le 18 April 2010)
  30. Media moguls, par Jeremy Tunstall et Michael Palmer
  31. « répertoire des applications RMDS », sur le site de Thomson-Reuters (consulté le 9 mai 2010)
  32. (en) « Reuters To Buy CMD; Levkoff To Quit Firm, Withdrawing Suit », sur Inside Market Data,‎ 20 décembre 1993 (consulté le 20 avril 2010)
  33. (en) « Reuters Armstrong Project To Serve As Springboard For Analytical Services », sur Dealing With Technology,‎ 3 juillet 1995 (consulté le 8 mai 2010)
  34. High-Performance Shared Network
  35. Après un premier frontal développé, appelé la « Tablet », qui s'avère un échec, Reuters décide de s'appuyer sur Kobra, l'outil d'affichage développé par sa filiale française Effix
  36. http://www.strategies.fr/guides-annuaires/nominations/r62175W/tom-glocer-prochain-ceo-de-reuters.html
  37. http://www.challenges.fr/magazine/tetesaffiche/0081.6911/
  38. a et b L'info financière en ébullition, par Marc Baudriller, dans Challenges du 24 mai 2007.
  39. (en) « Down to the Wire », The Economist,‎ 10 mai 2007 (consulté le 13 mai 2007)
  40. « Reuters acquiert Moneyline Telerate pour environ 175 millions de dollars », sur Les Echos,‎ 21 décembre 2004 (consulté le 9 mai 2010)
  41. (en) « Reuters to receive approximately $1 billion for stake in Instinet Group », sur The Motley Fool,‎ 22 avril 2005
  42. (en) « Reuters to Acquire European Fund Research Specialist », sur le site de news.taume.com,‎ 29 juin 2007 (consulté le 4 avril 2010)
  43. Reuters Market Data System
  44. Bien que Reuters n'ait jamais publié de ventilation détaillée de ses revenus
  45. Elle réalise moins vite qu'Internet attaque les ventes de ses logiciels et hypothèque la rentabilisation de l'énorme investissement engagé sur des technologies qui lui sont antérieures
  46. (en) « Screen test - Is Reuters terminally ill? », The Economist,‎ 20 février 2003 (consulté le 17 mai 2010)
  47. (en) « The Trust Principles », sur le site officiel de Thomson Reuters (consulté le 28 mai 2010)
  48. (en) « lettre envoyée à certains journaux américains »,‎ 2 octobre 2001 (consulté le 28 mai 2010)
  49. « Reuters interdit Wikipédia à ses journalistes », sur Arrêt sur Images,‎ 13 juillet 2009 (consulté le 30 mai 2010)
  50. a et b Source : Inside Market Data Reference

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Donald Read, The power of news : the history of Reuters, Oxford University Press, Oxford, 1999 (2e édition), 540 p. (ISBN 0-19-820768-9)
  • (en) Graham Storey, Reuters’ Century, 1851-1951, Max Parrish, Londres, 1951, 276 p.
  • (en) Mooney, Brian ; Simpson, Barry (2003). Breaking News. How the wheels came off at Reuters. Capstone. ISBN 1-84112-545-8

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]