Minéral

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Un minéral est généralement un solide naturel homogène avec une structure atomique ordonnée et une composition chimique définie[a]. Il peut être décrit, dans la très grande majorité des cas, comme une matière cristallisée caractérisée par sa composition chimique et l'agencement de ses atomes selon une périodicité et une symétrie précises qui se reflètent dans le système cristallin et le groupe d'espace du minéral[1].

Par exception historique à l'état solide, le mercure, liquide à température ambiante (il ne forme un cristal qu'en dessous de −39 °C), est aussi considéré comme un minéral de la catégorie des éléments natifs. Quelques solides non cristallisés et amorphes, telles l'opale (minéraloïde composé de différentes phases de silice, assimilable à une roche) et l'ambre (roche organique issue de coulée de sève fossilisée), sont aussi considérés par tradition comme des minéraux, alors que les verres naturels sont exclus. Un minéral doit être macroscopiquement homogène, ce qui n'empêche pas que la détection de mélanges microscopiques de minéraux entraîne ipso facto leur éviction comme minéral global[b]. La composition chimique peut être parfois légèrement variable, ou couvrir de larges gammes de variations compréhensibles par substitution comme dans le cas des solutions solides. Pour régler les dénominations, administrer les débats et les classifications pratiques plus que dogmatiques, il faut un arbitre scientifique international, la plupart des minéralogistes s'accorde sur l'Association internationale de minéralogie[c].

Les minéraux s'associent pour constituer ou former les roches constituant la croûte et le manteau terrestres et, d'une façon plus générale, les planètes telluriques et les astéroïdes (donc aussi les météorites).

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Un minéral se caractérise par ses propriétés physico-chimiques (test à l'eau, à l'acide chlorhydrique, sa résistance mécanique, ses propriétés optiques...), desquelles s'extraient de manière coutumière et emblématique sa dureté classée sur l'échelle de Mohs de 1 à 10 (sachant que 10 est le plus dur et 1 le moins dur) et sa formule chimique, celle-ci pouvant varier (cf. minéralogie). Dans certains types de site cristallochimique, plusieurs atomes peuvent parfois se remplacer en donnant lieu à des substitutions isomorphes. C'est le cas, par exemple, du fer et du magnésium dans l'olivine ou du sodium et du calcium dans les plagioclases. La composition d'un minéral est alors souvent comprise entre des extrêmes plus ou moins éloignés, tout composé intermédiaire faisant partie de la série. Par exemple, tout mica dont la composition est comprise entre celle de la phlogopite et celle de l'annite est une biotite.

Les variations admises dans la composition font que le minéralogiste considère volontiers les minéraux comme des espèces minérales, se caractérisant certes par ses propriétés physiques — les plus « visibles » ou « facilement observables » étant parfois la symétrie et la géométrie des angles, les clivages, les cassures et les éclats, les duretés, la résistance et les textures, la trace, la couleur, l'éclat, la transparence et l'indice de réfraction, la diaphanité ou l'opacité optique, la réflectance, la fluorescence ou la phosphorescence, la radioactivité naturelle — et chimiques - analyse, essai de chauffage au chalumeau, solvabilité...- , mais ne pouvant a priori pour le minéralogiste se confondre avec les corps simples ou composés chimiques recueillis, purifiés ou artificiellement fabriqués par le chimiste.

Certains critères minéralogiques permettent de décrire les minéraux mais ils sont parfois peu discriminants : couleur (minéraux de teinte claire ou sombre, seule la couleur brune verte de l'olivine étant caractéristique), forme (lorsqu'il présente ses formes cristallines propres, le minéral est dit automorphe, lorsque sa forme est limitée par la croissance de minéraux voisins, il est dit xénomorphe), éclat (éclat gras ou vitreux du quartz, éclat métallique du mica noir, éclat nacré du mica blanc), clivage (plan en feuillet, en gradin, en escalier).

Classification[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Classification des minéraux.

Il existe plus de 4 750 minéraux connus[d], qui sont classés principalement d'après des critères chimiques et cristallographiques. Ils peuvent ainsi être classés selon divers systèmes de classification, parmi lesquels la classification de Dana, celle de Strunz ou encore un index chimique de minéraux, tel que le Hey's Chemical Index of Minerals.

Leur composition chimique permet de les grouper en dix classes principales suivant l'ancienne classification de Strunz, 9e éd. de 2001 :

  1. éléments natifs, corps simple engendré par un seul élément chimique plus ou moins pur, comme par exemple le carbone (et le diamant), le soufre, l'or natif, l'argent natif, le cuivre natif, le platine ;
    la première classe de Strunz comprend aussi les carbures, nitrures, phosphures et siliciures ;
  2. sulfures (S2−), comprenant les sulfosels ;
  3. halogénures, comme les chlorures (Cl), les fluorures (F) ;
  4. oxydes (O2−) et hydroxydes (OH), comme la magnétite, le corindon ou le rutile ;
  5. carbonates (CO3)2− et nitrates (NO3) ;
  6. borates (BO3)3− ;
  7. sulfates (SO4)2−, chromates (CrO4)2−, molybdates (MoO4)2−, tungstates (en) (WO4)3− ;
  8. phosphates (PO4)3−, arséniates (AsO4)3−, vanadates (VO4)3− ;
  9. silicates (SiOx) ;
  10. minéraux organiques (en) comme la whevellite, corps organique oxalate cristallisé de manière naturelle.

On peut aussi évoquer les faux minéraux, que l'on trouve en nombre croissant aujourd'hui, dont beaucoup sont fabriqués à destination de l'industrie, des bijouteries et du tourisme.

Origine du terme[modifier | modifier le code]

Le substantif minéral semble provenir du mot latin minera, signifiant minière ou mine. Il passe en français par l'adjectif minéral, e, aux qui qualifie le monde souterrain, minier. Il décrit globalement les multiples corps présents à la surface de la terre ou à faible profondeur (moins de quelques kilomètres). Il faut distinguer l'usage des chimistes qui ont qualifié encore tardivement bien aprè̠s la révolution lavoisienne de matière minérale les corps inorganiques caractéristiques de ce milieu souterrain et minier. Une expression comme "charbon minéral" opposé à "charbon animal" (calcination des os avec parfois des chairs) maintient une opposition vitaliste, entre règne minéral et règne vital. L'analyse précoce des eaux minérales est responsable de cette frontière indécise, les (bi)carbonates et autres oxalates, l'acide carbonique et les ferrocyanures étant rangés en dehors de la chimie organique, supposée être celle de l'élément carbone.

Les scientifiques se moquent des classifications dogmatiques et rigides, pour eux elles ne sont au mieux qu'un pis aller pratique. Il a été prouvé que nombre de carbonates, à commencer par diverses calcites ou certains natrons, sont d'origine biochimique[e]. La fougèrite, minéral typique des rouilles vertes si communes dans les sols forestiers atlantiques, n'a été mis en évidence qu'en 1996 dans la forêt de Fougères en Bretagne et admise par l'IMA en 2003 après l'examen d'un gros dossier et une longue procédure administrative, technique et scientifique. Initialement on la croyait rare, mais elle se révèle bien plus commune. La science qui n'est pas morte ou figée continue à changer notre regard.

Galerie[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Cette définition généralement acceptée en minéralogie (par exemple Ingrin et Montel, opus cité) n'en est pas moins ardue à comprendre, elle n'est pas toujours admise par les autres scientifiques, notamment les physico-chimistes ou de géochimistes qui peuvent en contester la plupart des points, par exemple le premier argument solide (la matière carbonée engendre des fluides gaz naturel ou hydrocarbures...au cours de pétrogenèse, pourquoi exclure les fluides circulants comme l'eau), le second naturel en admettant l'artifice né de l'art chimique si le matériau est à l'état naturel (ce que rejette catégoriquement certains minéralogistes) puisque la nature terrestre ou celle de l'univers peut être aussi un merveilleux chimiste ... Mais, a contrario, des traditions minéralogiques peu ou prou récalcitrantes n'en rejettent pas moins la glace, sous prétexte que sa forme liquide est dominante dans les mines et minières, ...Par contre, tout le monde s'accorde pour rejeter le sucre candi car ce corps cristallin ne provient pas du monde minéral, mais évidemment de l'industrie agroalimentaire sucrière.
  2. Il existe aussi à l'échelle microscopique et nanoscopique une foule de minéraux singuliers et purs, que l'on ne référence pas actuellement parce l'exploration de ces échelles de grandeur est récente.
  3. Un minéral n'est reconnu officiellement (par l'Association internationale de minéralogie), et son nom adopté internationalement, que quand sa présence à l'état naturel a été démontrée.
  4. Plus de la moitié de ces presque 5 000 minéraux ne sont connus qu'en un à cinq endroits, et sont donc extrêmement rares[2].
  5. Le monde vivant joue un rôle autrefois insoupçonné dans beaucoup de minéraux de dégradation (des argiles aux composés hydroxylés), d'oxyhydroxydes (comme la ferrihydrite (en)), etc. La vie microscopique est parfois à l'origine d'accumulation de déchets sur le temps long, qui deviennent nos minerais concentrés ou nos ressources minérales.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Claude Guillemin, « Minéralogie », dans Encyclopædia Universalis (lire en ligne).
  2. (en) Robert M. Hazen et Jesse H. Ausube, « On the nature and significance of rarity in mineralogy », American Mineralogist, vol. 101,‎ , p. 1245-1251 (DOI 10.2138/am-2016-5601CCBY, lire en ligne)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]