Nicolas Boileau

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Boileau.

Nicolas Boileau, dit Boileau-Despréaux, est un homme de lettres français du Grand Siècle, né le à Paris et mort dans la même ville le . Poète, traducteur, polémiste et théoricien de la littérature, il fut considéré en son temps et par la postérité comme le législateur ou le « Régent du Parnasse[1] » pour son « intransigeance passionnée[2] ». Molière, Furetière, La Fontaine et Racine étaient de ses amis. Deux de ses frères aînés Gilles Boileau et Jacques Boileau, se sont fait un nom dans l'histoire des lettres.

Biographie[modifier | modifier le code]

Quinzième enfant de Gilles Boileau, représentant typique de la petite bourgeoisie parlementaire, greffier de la Grand' Chambre du Parlement de Paris, Nicolas Boileau est, dès son plus jeune âge, destiné au droit.

Nicolas Boileau est d'abord un enfant de constitution fragile qui doit se faire opérer de la taille à l'âge de onze ans[3]. Il commence ses études au collège d'Harcourt. Ce n'est qu'en troisième, après avoir rejoint le collège de Beauvais pour étudier le droit, qu'il se fait remarquer par sa passion pour les grands poètes de l'Antiquité.

Boileau, aidé de sa famille, a probablement forgé de toutes pièces une généalogie qui lui accordait un titre de noblesse et qu'il faisait remonter jusqu'au XIVe siècle, à Jean Boileau, un notaire royal anobli par Charles V. Nicolas Boileau revendiquait un blason dont les armes étaient « de gueules à un chevron d'argent accompagné de trois molettes d'or ». Cependant, rien dans la condition de Boileau ne laisse à penser qu'il ait pu avoir de véritables titres nobiliaires.

La théologie et le droit[modifier | modifier le code]

Son père le destinant à la cléricature, il entreprend des études de théologie à la Sorbonne, mais elles ne sont pas couronnées de succès. En 1662, cependant, il se verra attribuer le bénéfice du prieuré de Saint-Paterne, doté de 800 livres de rente, qu'il restituera après s'être démis du bénéfice vers la fin de 1670, à la demande, dit-on, de son ami le président Guillaume de Lamoignon. À la mort de son père, en 1657, il a hérité une rente de 1500 livres, qui lui permet de vivre modestement et de se consacrer tout entier à la littérature[4]. Admis au barreau le , il en est rapidement dégoûté.

Page de titre de la première édition des Satires de Boileau.

Les Satires[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Satires (Boileau).

Les premiers écrits importants de Boileau sont les Satires (composées à partir de 1657 et publiées à partir de 1666), inspirées des Satires d'Horace et de Juvénal. Il y attaque ceux de ses contemporains qu'il estime de mauvais goût, comme Jean Chapelain, Philippe Quinault ou encore Georges de Scudéry. Au contraire, il est un admirateur de Molière et, plus tard, de La Fontaine et de Jean Racine. « Sa première satire paraît dans un temps où, malgré les succès de Pierre Corneille et de Molière, Jean Chapelain est encore la principale autorité en littérature. Les sept premières satires, qui paraissent en 1666, obtiennent un succès considérable qu'accroit encore la haine maladroite des auteurs que le jeune poète avait critiqués. Il leur répond dans une nouvelle satire, la neuvième, où se trouvent réunies élégance du style et plaisanterie piquante[5].» L'abbé Charles Cotin, l'un des auteurs les plus souvent raillés, voire ridiculisés, par Boileau, répondit aux attaques du satiriste dans La Critique désintéressée sur les satyres du temps[6].

La douzième satire, Sur l’Équivoque, fut interdite par Louis XIV sur l'intervention du père Le Tellier, confesseur du roi, malgré les démarches contraires du duc de Noailles. Elle circula cependant, après avoir été imprimée clandestinement sur instruction de l'abbé Boileau qui se vengeait des Jésuites tout en vengeant son frère. François-Marie Arouet (le futur Voltaire) s'en procura un exemplaire. D'après Roger Peyrefitte (Voltaire, p. 63), il sourit du passage sur Socrate, « l'honneur de la profane Grèce, – Très équivoque ami du jeune Alcibiade » et admira les vers qu'il eût voulu avoir écrits :

Quel lion, quel tigre, égale en cruauté
Une injuste fureur qu'anime la Piété ?
Œuvres diverses de Boileau, 1674, Paris.png

Au cours de l'été 1674, Boileau fait paraître un volume intitulé Œuvres diverses du Sieur D***, avec le Traité du sublime ou du merveilleux dans le discours. On y trouve les neuf premières Satires, les quatre premières Épîtres, L'Art poétique en vers, encore inédit, les quatre premiers chants du Lutrin, lui aussi inédit, et la traduction du Traité du sublime attribué au rhéteur Longin.

Les Épîtres[modifier | modifier le code]

Parvenu à l'âge de la maturité, il compose douze Épîtres, qu'il fera paraître entre 1670 et 1697. « Aucune, écrit Charles-Henri Boudhors[7], ne s'emploie à versifier, sans intérêt actuel, sans motif personnel, quelque lieu commun de philosophie bourgeoise ou de morale universelle. Et toutes sont des satires encore, dont la pointe "rebouchée", la griffe ouatée (parfois) attestent que l'auteur a su "fléchir aux temps sans obstination", s'accommoder, se renouveler, s'ingénier, mais n'abandonne rien de ses intimes convictions politiques et morales, rien de son caractère de poète, rien de son "génie" propre. »

L'Art poétique et Le Lutrin[modifier | modifier le code]

Il commence la même année son Art poétique ainsi que Le Lutrin, œuvre entreprise sur un défi du président de Lamoignon. « Il définit les différents genres avec précision, et donne les règles du beau en même temps qu'il en offre le modèle[8]. »

La traduction du Traité du sublime de Longin[modifier | modifier le code]

Parallèlement, il fait paraître en 1674 le Traité du sublime du pseudo-Longin. […]

Regards sur l'œuvre[modifier | modifier le code]

Il est au XVIIe siècle l'un des principaux théoriciens de l'esthétique classique en littérature, ce qui lui vaudra d'être considéré comme le « législateur du Parnasse »[9]. Il apparaît comme le chef de file des "Anciens" dans la fameuse Querelle des Anciens et des Modernes, qui divise les milieux littéraires et artistiques à la fin du XVIIe siècle[10]. Comme poète, il entreprend de définir le goût, et cherche à fixer d'une manière claire et précise les lois et les ressources de la poésie classique. Prenant modèle sur les grands poètes de l'Antiquité, qu'il défend et admire, il travaille avec une lente rigueur. Malgré la prévention des philosophes du XVIIIe siècle, il était, naguère encore, pris comme référence scolaire pour la justesse, la solidité et le goût, l'art de conserver à chaque genre la couleur qui lui est propre, l'objectivité dans ses tableaux comme dans ses jugements, l'art de faire valoir les mots par leur arrangement, de relever les petits détails, d'agrandir son sujet, d'enchâsser des pensées fortes et énergiques dans des vers harmonieux mais toujours dominés par la raison.

Paru au cours de l'été 1674, son Art poétique est, selon Pierre Clarac, « un résumé de la doctrine classique telle qu'elle avait été élaborée en France dans la première moitié du siècle. L'ouvrage n'a rien, et ne pouvait rien avoir d'original dans son inspiration. Mais ce qui le distingue de tous les traités de ce genre, c'est qu'il est en vers et qu'il cherche à plaire plus qu'à instruire. Composé à l'usage des gens du monde, il obtient auprès d'eux le plus éclatant succès. »[11].

Madame de Sévigné lui dit un jour qu'il était « tendre en prose et cruel en vers »[12].

La maison de Boileau à Auteuil[13].

Louis Simon Auger fait un éloge de Boileau couronné par l'Institut en 1805[14].

Le blason de Nicolas Boileau.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Les Satires (1666–1716). Réédition : 2002.
  • Épîtres (1670-1698). Réédition : 1937.
  • Arrêt burlesque[15] (1671) (en collaboration)
  • Poésies diverses avec Amitié Fidéle (1674)
  • Le Lutrin (Poème héroï-comique) (1674-1683)
  • L’Art poétique (1674)
  • Longin, Traité du sublime, trad. par Nicolas Boileau, Paris, 1674 (en ligne ; transcr.) : avec introduction et notes par Francis Goyet, Paris, 1995 (ISBN 2-253-90713-8).
  • Dialogue sur les héros de roman (1688). (Une analyse de cet ouvrage se trouve dans l'article Réflexions sur le roman au XVIIIe siècle.)
  • Réflexions critiques sur Longin (1694-1710)
  • Lettres à Charles Perrault (1700)
  • Œuvres de Boileau (1740), édition Pierre et Berthe Bricage 1961, 5 tomes, illustrations par Rémy Lejeune (Ladoré)
  • Correspondance avec Brossette (1858)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes, sources et références[modifier | modifier le code]

  1. L'expression se lit pour la première fois au vers 127 de Satire IX, "À mon esprit", dans laquelle Boileau fait parler ses détracteurs : «  Jamais dans le barreau trouva-t-il rien de bon ? / Peut-on si bien prêcher qu'il ne dorme au sermon ? / Mais lui qui fait ici le régent du Parnasse / N'est qu'un gueux revêtu des dépouilles d'Horace. » Ces vers, publiés en 1668, se veulent une réponse aux détracteurs de Boileau, en particulier à l'abbé Cotin, auquel le satiriste attribuait, avec mauvaise foi et très probablement à tort, un pamphlet intitulé Despréaux ou la Satyre des Satyres, qui s'achevait sur ces mots : « À ses vers empruntés la Béjart applaudit. / Il règne sur Parnasse et Molière l'a dit. »
  2. Delphine Reguig, Boileau poète / « De la voix et des yeux... », Paris, Classiques Garnier, 2016, pp.  303-338.
  3. René Bray, Boileau, L'homme et l'œuvre, Paris, Le livre de l'étudiant, Boivin et compagnie, , p. 9
  4. René Bray, Boileau, L'homme et l'œuvre, Paris, Le livre de l'étudiant, Boivin et compagnie, , p. 10
  5. Charles Weiss, Biographie universelle, Paris, 1812, I, p. 403.
  6. La Critique désintéressée sur les satyres du temps, Paris, (lire en ligne)
  7. Œuvres complètes de Boileau. Épîtres. Art poétique. Lutrin, Paris, Les Belles Lettres, , p. 173
  8. Biographie universelle classique ou Dictionnaire historique portatif, Paris, (lire en ligne), p. 290
  9. René Bray, Boileau, L'homme et l'œuvre, Paris, Le livre de l'étudiant, Boivin et compagnie, , p. 63
  10. Marcel Hervier, L'Art Poétique de Boileau, étude et analyse, Paris, Chefs-d'œuvre de la littérature expliqués, Mellottée, , p. 213-219
  11. https://www.universalis.fr/encyclopedie/nicolas-boileau/2-le-theoricien-du-classicisme/
  12. Lettres de Madame de Sévigné, de sa famille et de ses amis, t. III, Paris, Hachette, (lire en ligne), p. 318
  13. L'Univers illustré, N°18, 1911.
  14. Éloge de N. Boileau-Despréaux, Paris, 1805.
  15. Arrêt burlesque.

Source partielle[modifier | modifier le code]

Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Nicolas Boileau » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie, (Wikisource)

Liens internes[modifier | modifier le code]