Juan Perón

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Juan Perón
Image illustrative de l'article Juan Perón
Fonctions
Président de la Nation argentine
[N 1]
(8 mois et 19 jours)
Vice-président Isabel Martínez de Perón
Prédécesseur Raúl Alberto Lastiri
Successeur Isabel Martínez de Perón

(9 ans 3 mois et 17 jours)
Vice-président Juan Hortensio Quijano
Alberto Tessaire
Prédécesseur Edelmiro Julián Farrell (de facto)
Successeur José Domingo Molina Gómez (de facto)
Vice-président de la Nation argentine
(de facto)

(1 an 3 mois et 2 jours)
Président Edelmiro Julián Farrell (de facto)
Prédécesseur Edelmiro Julián Farrell (de facto)
Successeur Juan Pistarini (de facto)
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Lobos, Buenos Aires (Argentine)
Date de décès (à 78 ans)
Lieu de décès Olivos, Buenos Aires (Argentine)
Nationalité Argentine
Parti politique Parti justicialiste
Conjoint Aurelia Tizón (1929-1938)
Eva Duarte (1945-1952)
Isabel Martínez (1961-1974)
Diplômé de Collège militaire de la nation
Profession Militaire

Signature de Juan Perón

Juan Perón
Vice-présidents de la Nation argentine
Présidents de la Nation argentine

Juan Domingo Perón, né le à Lobos et mort le à Olivos, à Buenos Aires, est un militaire et homme d'État argentin qui a été à deux reprises président de la Nation argentine, de 1946 à 1955, puis de 1973 à 1974.

Devenu en 1943 l'un des hommes forts de la vie politique argentine, il a été secrétaire-adjoint à la guerre, secrétaire au travail et à la santé ainsi que vice-président et secrétaire à la guerre dans divers gouvernements militaires entre 1943 et 1945. Président une première fois du au , il s'appuie notamment sur la popularité de sa deuxième épouse Eva Perón (dite Evita). Renversé en 1955 par un coup d’État orchestré par les secteurs conservateurs de l'armée argentine, il est réélu à son retour d'exil le après le rétablissement de la démocratie, mais meurt moins d'un an plus tard, le 1er juillet 1974. Sa troisième épouse Isabel Martínez de Perón lui succède alors jusqu'à un nouveau coup d’État militaire, en mars 1976 .

Enfance et débuts[modifier | modifier le code]

Né dans une petite ville près de Lobos (province de Buenos Aires), il est le fils de Mario Tomás Perón, fermier, et de Juana Sosa.

Il entre à l'école militaire à l'âge de dix ans, puis au Collège militaire de la nation quatre ans plus tard, en 1910. Il en ressort à vingt ans avec le grade de lieutenant, et progresse par la suite rapidement dans la hiérarchie. C'est également au cours de cette période qu'il commence à développer sa conscience politique. En 1916, pour la première élection présidentielle soumise au suffrage universel, Perón apporte son vote au candidat de gauche Hipólito Yrigoyen, qui sera élu notamment grâce au soutien des classes populaires. Ce positionnement politique contraste avec celui généralement observé par les officiers argentins, plus enclin au conservatisme [1].

En 1919, la Patagonie se voit traversée par un vaste mouvement de grève: les ouvriers n'acceptaient plus les rythmes de travail effrénés auxquels ils étaient tenus de s’astreindre et exigeaient un salaire décent. Pour toute réponse, les entreprises britanniques installées dans la région procèdent à l’enrôlement de mercenaires chargés de réprimer par la violence le mouvement ouvrier. Le 12éme régiment, auquel Perón était affecté, est déployé sur place pour désamorcer les tensions. Un petit détachement est alors confié au commandement de Perón et celui-ci s’emploie à convaincre les propriétaires anglais d’accéder à certaines revendications ouvrières. Des augmentations de salaires et une réduction du temps de travail maximal à soixante-dix heures hebdomadaire sont ainsi promises en échange de la reprise du travail. Néanmoins, les conflits sociaux reprennent après quelques mois notamment en raison de l'agitation anarchiste et du non-respect des engagements pris par certaines entreprises. Ces événements sont connus sous le nom de Patagonie rebelle et laissent 1 500 ouvriers massacrés par l'armée, mais Perón n'y prend pas part [2].

Vers la fin des années 1930 (la « Décennie infâme »), il est nommé observateur militaire au Chili, puis en Italie. Lors de son séjour, il assiste à des cours de philosophie politique et intègre des conceptions corporatistes de l'organisation du travail dans son idéologie déjà marquée par l'antilibéralisme et le nationalisme économique, nationalisme qui était conjugué, avec l'yrigoyénisme des années 1920, à l'anti-impérialisme. C'est aussi en Italie qu'il comprend l'importance de la mobilisation des masses et de leur intégration dans le jeu politique, ainsi que la priorité accordée à l'union syndicale comme fédératrice de la classe ouvrière. Pourtant, Perón n'assimile de l'expérience italienne que ce qu'il considère utile : son idéologie est déjà nettement formée avant son voyage[réf. nécessaire].

Mariages[modifier | modifier le code]

Perón se marie avec Aurelia Tizón, une enseignante qu'il surnomme affectueusement " Potota ", le . Elle décède neuf ans plus tard d'un cancer de l'utérus.

Sa seconde femme, María Eva Duarte de Perón (1919-) se marie avec lui le et devient rapidement extrêmement populaire. Surnommée Evita, elle contribue à attirer davantage de soutien des milieux ouvriers (les descamisados ou « sans-chemises ») et des femmes envers le régime. Elle meurt également d'un cancer de l'utérus en 1952 à l'âge de trente-trois ans. Perón est réélu en 1951, mais chute avec le coup d'État militaire de septembre 1955, autoproclamé de la « Révolution libératrice ». Le cadavre d'Evita est alors inhumé clandestinement en Italie, par le général Aramburu, avec l'aide du Vatican. Perón s'exile à tour de rôle au Paraguay, au Venezuela, au Panama, en République dominicaine et s'installe quelque temps à Madrid.

En 1961, il se remarie avec la chanteuse de cabaret María Estela Martínez, qui devient sa troisième épouse et lui succédera au pouvoir.

Le coup d'État du 4 juin 1943[modifier | modifier le code]

Le 4 juin 1943, il est, en tant que colonel, une personnalité importante dans le coup d'État militaire organisé contre le gouvernement civil de Ramón Castillo par le GOU — le « Groupe des Officiers Unis », une loge secrète à l'intérieur de l'armée. Initialement secrétaire-adjoint à la guerre sous le général Pedro Ramírez, il devient secrétaire au travail et à la santé en novembre 1943 puis vice-président et secrétaire à la guerre sous le général Edelmiro Julian Farrell (février 1944).

La première présidence[modifier | modifier le code]

Juan Perón en 1946.
Las patas en la fuente, photo du , le « Jour de la loyauté (es) », fondateur du mythe péroniste.

Sa politique en faveur des ouvriers et la manifestation de ses ambitions personnelles l'opposent à une partie des militaires appuyée par les grands propriétaires terriens. Il est poussé à la démission le . Perón est arrêté peu après, mais des manifestations de masse organisées par le syndicat CGT poussent ses geôliers à le relâcher le après une manifestation de plusieurs centaines de milliers de personnes (les descamisados) dans la place principale de la capitale, la Plaza de Mayo. Événement fondateur du péronisme, ce jour, commémoré par la suite, prend le nom du « Jour de la loyauté (es) ».

Bien que la majorité des radicaux fût fortement opposée aux péronistes (la foule était traitée avec des injures animalières), une partie réformiste décide de soutenir ce mouvement, créant l'Unión Cívica Radical Junta Renovadora (en). En revanche, les partis communiste (à l'exception de Rodolfo Puiggrós, qui fonde le Mouvement ouvrier communiste), socialiste, démocrate national et Parti démocrate progressiste (Argentine) (es) (conservateurs) font front commun contre Perón, soutenus par l'organisation patronale FUA et les États-Unis.

Malgré l'opposition ouverte des États-Unis (et l'ingérence dans la campagne électorale de l'ambassadeur américain Spruille Braden aidé de son assistant Gustavo Duran) , le soutien populaire dont il bénéficie alors lui permet d'emporter la présidence avec 56 % des suffrages lors des élections du . Le péronisme se définit alors en tant que « justicialisme », mélange de nationalisme et de populisme, et proclame sa volonté de parvenir à la justice sociale et à l'indépendance économique. Perón appuie les revendications sociales et ouvrières, et rejette la tutelle américaine ou britannique tout en cherchant à engager le pays vers une modernisation.

Son mode de gouvernement a été rapproché par ses adversaires du fascisme, notamment par son culte de la personnalité. Toutefois, à la différence majeure du fascisme, le régime péroniste a maintenu le multipartisme, ce qui en soi interdit de l'assimiler aux régimes fascistes. Il fut plébiscité de façon permanente entre 1945 et 1955 à travers des élections présidentielles, régionales ou municipales qui confirmaient presque tous les deux ans l'appui massif des électeurs au régime. Malgré des tentations de dérive autoritaire de la part du régime, la Constitution est respectée tout comme la séparation entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Par ailleurs le gouvernement péroniste n'a jamais introduit de dimension antisémite ou raciste dans le discours national, et l'Argentine concentrait la plus importante communauté juive d'Amérique latine. Enfin, fascisme et péronisme donnent à leurs gestions respectives de l'économie une orientation radicalement opposée : malgré quelques mesures sociales produites de temps à autre, le régime mussolinien applique une politique fondamentalement libérale sous la conduite de son ministre Alberto De Stefani (en) dont les péronistes se distingueront nettement pour orienter au contraire l’économie argentine vers une voie socialiste[réf. nécessaire].

La Déclaration de 1947, fondatrice de l'Organisation démocrate-chrétienne d'Amérique (ODCA), se réfère ainsi implicitement au péronisme lorsqu'elle critique le néo-fascisme [3]; de façon peut-être ironique, l'ODCA, tout comme le péronisme, prétend alors définir une « troisième voie » entre capitalisme et communisme [3], ce qui en fait des rivaux évidents. À l'inverse, l'abbé intégriste Julio Meinvielle, antisémite et proche du national-catholicisme, considère que le régime de Perón prépare la voie au communisme, en raison de sa politique sociale [4].

Appelé le « Conducteur » (Conductor[5]), son pouvoir aura connu un succès large à l'étranger dans le contexte de la décolonisation et de l'émancipation du Tiers-Monde via la création du mouvement non-aligné. Evita Perón déclare alors : « Dieu est argentin… et c'est pourquoi il nous a envoyé Perón ».

Programmes ouvrier et industriel[modifier | modifier le code]

Fortement influencé par la doctrine sociale de l'Église et notamment par les encycliques Rerum Novarum de 1891 et Quadragesimo Anno de 1931, Perón a poursuivi des politiques dont le but était de donner plus de poids politique et économique à la classe ouvrière. Il a permis l'explosion du nombre d'ouvriers syndiqués et a aidé à la création de la puissante Confederación General del Trabajo, CGT (Confédération Générale du Travail, fondée la première fois en 1930).

Il appelait cette politique la « troisième voie » entre le capitalisme et le communisme bien qu'il ait été fortement anti-américain et anti-britannique. Malgré ses ressemblances avec certains points de la doctrine sociale de l'Église et surtout de la démocratie chrétienne, le péronisme s'en distingue nettement, à la fois par son mode de gouvernement autoritaire, et aussi en raison du conflit avec l'Église dans lequel s'engage Perón à partir de 1954, en raison de la légalisation du divorce [6].

Afin de, selon lui, valoriser les travailleurs, Perón va aussi mettre sur papier la « Déclaration des droits du travailleur » le 24 février 1947. Ce document, aussi appelé la « Décalogue du travail » comprend 10 points, où chacun représente un droit reconnu aux travailleurs. Selon les juristes, cette déclaration représentait un idéal de société qui venait combler les manques de la « Déclaration des droits de l'Homme ». Ce texte justicialiste (doctrine de Perón), se veut un intermédiaire entre le communisme et le libéralisme. Il détermine les droits des travailleurs[7] et précise les obligations qui doivent être respectées par la société, les entreprises et les employeurs envers les travailleurs. Des nouvelles normes sont mises en place pour améliorer les conditions de travail, mettant l'accent sur une qualité de vie acceptable (disposition d’un logement, d’une tenue et d’une nourriture adéquats[8]. Pour Perón, les travailleurs sont une de ses priorités. Il croit qu’en développant davantage l’économie, le niveau de vie et de travail va ainsi augmenter pour contribuer à l'amélioration de la qualité de vie des travailleurs[9]. La famille étant également capitale pour Perón[8], il fait rédiger une déclaration solennelle des « Droits de la Famille » et modifie dans ce sens la [Constitution] de 1949. Dans ce document, l'État s’engage à adopter les mesures nécessaires afin de protéger la maternité et l'enfance[10].

Le justicialisme prône une redistribution plus juste des richesses : « Droit à une juste rétribution – La richesse, la rente, et l’intérêt du capital étant le fruit exclusif du travail humain, la communauté doit organiser et activer les sources de production, de façon à rendre possible et garantir au travailleur une rétribution morale et matérielle qui puisse satisfaire ses nécessités vitales et qui compense le rendement obtenu et l’effort réalisé »[11]. Perón, sait que la richesse est une des motivations principales au travail pour l’être humain, mais il considère toutefois que chacun devrait être récompensé en fonction du travail et des efforts donnés. Il pratique le dirigisme, système où l’État intervient et oriente l’économie, dans le but de redistribution des ressources[12]. Perón apparaît comme le protecteur des travailleurs, qui leur donne un rôle actif fondamental dans la structure de l'État. Il précise le sens de la Déclaration des droits du travailleur en 1947 : « En nouvelle Argentine, le travail est un droit, mais c’est aussi un devoir parce qu’il est juste que chacun produise pour le moins ce qu’il consomme »[13].

Par ailleurs, Perón croit que les travailleurs doivent être utilisés à leur plein potentiel. La contribution de chacun permet de croitre les capitaux. La société doit donc encourager de telles initiatives[14] : « Droit à l’amélioration économique- […] la société doit appuyer et favoriser les initiatives des individus qui tendront vers ce but, et stimuler la formation et l’emploi de capitaux […] »[8]. C’est grâce à un effort collectif que la productivité se verra augmenter. Il met en avant la motivation des travailleurs pour développer l'économie[15].

D'autres déclarations suivent : « Droits de l'Éducation et de la culture », aux « Droits de l’Enfance » etc [16].

Perón a également mené une politique ambitieuse d'industrialisation du pays : en 1947, il annonce le premier plan quinquennal pour permettre le développement des nouvelles industries nationalisées. Il démarre aussi le programme nucléaire national.

Programme social et influence d'Eva Perón[modifier | modifier le code]

La figure d'Eva Perón contribuera fortement à l'image sociale du premier péronisme et à sa popularité dans les classes les plus pauvres de la population. Venant d'un milieu modeste, elle suscite l'antipathie de l'élite mais est rapidement plébiscitée par les pauvres pour son travail avec les malades, les personnes âgées et les orphelins. C'est à son influence que l'on attribue le droit de vote des femmes accordé en 1947 et la création d'une aile féministe au sein du 3e Parti. Simultanément aux plans quinquennaux de Perón, elle soutient le mouvement des femmes qui se concentre sur les droits des femmes, des pauvres et des malades [17],[18].

Elle crée la Fondation Eva Perón en 1948, qui sera peut-être sa plus grande contribution à la politique sociale de son mari. Bénéficiant d'un budget annuel d'environ 50 millions de dollars (près de 1% du PIB à l'époque), la Fondation réunit 14 000 employés et fonde des centaines de nouvelles écoles, cliniques, maisons de retraite et établissements de vacances. Elle distribue également des centaines de milliers de produits ménagers, de bourses d'étude, organise des visites de médecins entre autres avantages. Parmi les plus connus des nombreux grands projets de construction de la Fondation sont le développement d'Evita, ville au sud de Buenos Aires (25 000 foyers) et la « République des enfants », un parc à thème basé sur les contes de Grimm. En 1955, après l'éviction de Perón, vingt projets de construction seront abandonnés incomplets et la dotation de la fondation sera liquidée [17],[18].

La politique sociale du gouvernement péroniste se traduit également par un engagement inédit de l’État argentin en matière de santé et d'éducation. Ainsi, l’enseignement universitaire est déclaré gratuitement accessible à tous les Argentins à partir de 1949, ce qui entraine une augmentation de 300 % du nombre d’étudiants au cours de la présidence de Juan Perón[19]. Le taux d'analphabétisme se résorbe quant à lui de manière significative, passant de 15 % en 1945 à 3,9 % en 1955 [20].

L'effort est aussi porté sur l’amélioration des services de santé du pays, et surtout du nombre de personnes pouvant en bénéficier. Le taux de mortalité infantile peut alors être réduit de 80,1 pour 1000 en 1943 à 66,5 pour 1000 en 1953, tandis que l'espérance de vie s'accroit de 61,7 en 1947 à 66,5 ans en 1955 [21].

Une situation économique qui se dégrade[modifier | modifier le code]

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les économies européennes et japonaises dévastées laissent à l'Argentine la 5e place économique mondiale. Mais depuis la Première Guerre mondiale, son influence tend à décroitre et elle commence à laisser entrevoir ses limites. Pour y remédier, Perón propose de réduire la dépendance du pays à ses exportations agricoles et décide d'engager un vaste programme d'industrialisation. Parallèlement à ce projet, il construit les fondements d'un État providence en favorisant les nationalisations d'entreprises, la subvention des transports publics, l'aide à l'accès à la propriété privée et la protection sociale, au prix de difficultés économiques croissantes.

Dans un premier temps, l'immédiat après-guerre se caractérise par une croissance de 6 % par an, ainsi qu'une nette augmentation de la production industrielle et de la consommation. Ce dernier point constituant une conséquence palpable de l’amélioration des conditions de vie des classes populaires. Dès 1952, le régime est confronté à une récession économique de grande ampleur. Les licenciements touchent 40 000 travailleurs du textile et 25 000 travailleurs de l’industrie agro-alimentaire. L’effondrement des exportations agricoles, provoqué par une sévère sécheresse, joue un rôle déterminant dans cette récession : l’Argentine n’a plus les fonds nécessaires à l’importation des produits manufacturés indispensables à son industrie. En 1952, le revenu moyen des ouvriers non qualifiés est de 20 % inférieur à celui de 1949. Le gouvernement péroniste doit lancer un programme d’austérité qui comprend le gel des revenus des travailleurs.

Ainsi, les résultats de cette politique dirigiste et sociale sont beaucoup moins brillants que les programmes affichés. Alors que le reste du monde jouit d'une forte croissance durant les années d'après-guerre, le pays connaît un faible taux de croissance. Le tissu industriel garde de « graves faiblesses, fruits de l'improvisation qui caractérise le développement de l'industrie argentine », notamment pour les secteurs de l'énergie, des transports et des communications qui accusent de grands retards. Les plans quinquennaux conduisent à « une mauvaise utilisation permanente de la capacité de production ». L'inflation galopante entraîne fuite des capitaux et appauvrissement des classes moyennes et aisées. L'investissement industriel privé fuit le pays. Enfin, le péronisme renforce « une bureaucratie aussi pléthorique qu'inefficace » qui pèse lourdement sur le budget de l'État[22].

Coup d'État (1955)[modifier | modifier le code]

Des militaires organisent un putsch le : le bombardement de la Plaza de Mayo (es), s'il ne réussit pas à faire tomber Perón, fait plus de 300 morts. Trois mois plus tard, un putsch réussi, la dite Revolución Libertadora, renverse le général, remplacé par le général Eduardo Lonardi. Le nouveau régime est d'inspiration national-catholique.

Exil[modifier | modifier le code]

L'Argentine des années 1950 et années 1960 a été marquée par de fréquents changements de gouvernements (huit chefs d'État de 1955 à 1973), une faible croissance économique, une continuelle pression sociale et deux dictatures militaires (« Révolution libératrice » de 1955-58 et « Révolution argentine » de 1966-1973). Les gouvernements successifs échouent à relever l'économie et à réprimer la résistance péroniste, particulièrement forte dans les secteurs de la Jeunesse péroniste, tandis que les formations spéciales du péronisme, soutenues par Perón (Montoneros, Forces armées péronistes, Forces armées révolutionnaires, etc.) s'étaient lancées dans la lutte armée contre la dictature de la « Révolution argentine ».

La situation sociale s'aggravant, notamment après le Cordobazo, équivalent du mai 68 français, le général Alejandro Lanusse prit le pouvoir en mars 1971, cédant à la pression populaire et politique (appel conjoint des partis politiques de la Hora del Pueblo). Il promet de restaurer la démocratie, en lançant le « Grand Accord National ». De son exil en Espagne, Perón manifeste son soutien à ses alliés de gauche.

Il revient une première fois en Argentine en novembre 1972, pendant un mois, dans un avion affrété par la Fiat, qui en le soutenant espère qu'il puisse rétablir l'ordre nécessaire aux affaires.

Retour au pouvoir (1973-1974)[modifier | modifier le code]

Le , des élections se tiennent, mais Perón en ayant été exclu, les suffrages se portent sur son « remplaçant » Héctor José Cámpora, élu président. Il s'agit des premières élections présidentielles « sans proscription des secteurs majoritaires ni limitation grave des libertés civiques » depuis 1946[23].

En juin 1973, Perón revient définitivement d'exil, dans un avion de nouveau affrété par la Fiat, en compagnie d'Hector Campora et de Luchino Revelli-Beaumont, directeur de Fiat-Argentine (enlevé en 1977 à Paris). De fête espérée, son retour se transforme en tragédie, avec le massacre d'Ezeiza durant lequel l'extrême-droite tire sur la foule réunie pour accueillir le général.

Campora démissionne en juillet 1973 ouvrant la voie à de nouvelles élections. Perón devient président pour la deuxième fois en octobre 1973 avec son épouse Isabel comme vice-présidente.

Tombe de Juan Perón au cimetière de Chacarita

Le nouveau régime de Perón a été perturbé par le conflit qui opposait ses partisans de gauche et ses partisans de droite. L'Alliance anticommuniste argentine débute ses activités terroristes dans ce contexte et multiplie les assassinats de militants de la gauche péroniste ou communiste.

En matière de politique extérieure, Perón a pris position en faveur d'une troisième voie entre les États-Unis et l'URSS. Il laissait entendre qu'il ne s'alignerait pas de façon automatique avec aucun des deux blocs et dirige les affaires étrangères de son pays dans une perspective nationaliste. L'Argentine établit sous sa présidence des relations diplomatiques avec l'Union soviétique en 1946 et entame un rapprochement avec la Chine maoïste, ce qui marque une rupture avec la politique extérieure anticommuniste de ses prédécesseurs. Simultanément, des controverses éclatent entre historiens au sujet de l'accueil accordé par l'Argentine à des anciens nazis à la fin de la Seconde Guerre mondiale. À l'instar des États-Unis ou du Royaume-Uni, l'Argentine entendait détourner en sa faveur des compétences militaires et scientifiques développées par l’Allemagne et avait pour ce faire organisé un réseau de réception d'anciens officiers et scientifiques du régime nazi, en fournissant des passeports argentins.

Mort de Juan Domingo Perón[modifier | modifier le code]

Perón meurt le 1er juillet 1974, moins d'un an après son retour au pouvoir et sa femme, Isabel Martínez de Perón lui succède, mais les problèmes demeurent. Elle est écartée du pouvoir le par une junte militaire dirigée par le général Jorge Rafael Videla.

Perón a été inhumé au cimetière de la Chacarita de Buenos Aires. Sa tombe a été profanée en 1987 et ses deux mains sont volées[24]. Aujourd'hui encore, on ne sait toujours pas qui est à l'origine de ce geste, ni quelle en est la signification.

Son corps a été transporté le à San Vicente, à 52 km de Buenos Aires, où Perón possédait une résidence transformée depuis en musée.

Le 8 octobre 2015, Mauricio Macri, chef du gouvernement (maire) de la ville de Buenos Aires, inaugure, à proximité de la Casa Rosada, une statue en bronze de cinq mètres de haut et pesant 2,5 tonnes, œuvre du sculpteur Carlos Benavidez[25]. La statue, représentant Juan Domingo Perón les bras levés, est intitulée « Todos unidos triunfaremos » (« Tous ensemble nous réussirons ») et a coûté 3 millions de pesos[26]. Cette inauguration est perçue par certains[27] comme une tentative de récupération de l'électorat péroniste en vue de l'élection présidentielle argentine, dont le premier tour est prévu le 25 octobre 2015[28] .

Publication[modifier | modifier le code]

  • Perón parle, 1949

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. « TEXTOS CENTRALES »,‎ (consulté le 24 avril 2016)
  2. Tomas Eloy Martinez, Le roman de Perón, Robert Laffont, , 518 p. (ISBN 978-2-221-14101-4)
  3. a et b Olivier Compagnon, Jean-Marie Mayeur (2003), Jacques Maritain et l'Amérique du Sud: le modèle malgré lui, Presses universitaires du Septentrion, 2003, chap. VII.
  4. Mario Ranalletti (2010), « Aux origines du terrorisme d'État en Argentine », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, n°105, janvier-mars 2010, p.45-57
  5. Gabriel Périès « Du conductor et du pueblo dans Conducción política du général Perón (1952) », Mots. Les langages du politique 3/2007 (n° 85), p. 23-36.
  6. Jean-Pierre Rioux, Histoire du monde de 1918 à nos jours, Larousse, , 576 p. (ISBN 978-2-03-585491-9)
  7. Lux-Wurm, 1965, Le Péronisme, Librairie générale de droit de la jurisprudence, tome XIV, p.160-162
  8. a, b et c Lux-Wurm, 1965, Le Péronisme, Librairie générale de droit de la jurisprudence, tome XIV, p.162
  9. Armony, Victor, (2002). « Populisme et néopopulisme en Argentine : de Juan Perón à Carlos Menem », Érudit, vol 21, no 2, p.74
  10. (es) E. Biagini, Hugo (2006). El pensamiento alternativo en la Argentina del siglo XX, – Tomo II: Obrerismo, vanguardia, justicia social (1930-1960), / Arturo A. Roig (dir.), Buenos Aires, Éditions Biblos, 214 p.
  11. Lux-Wurm, 1965, Le Péronisme, Librairie générale de droit de la jurisprudence, tome XIV, p.161
  12. Juan Domingo Perón, Larousse, 2010
  13. (es) Derechos del trabajador: de la declaración a la consolidación, Cuartango, Oscar, 2012
  14. Armony, Victor, (2002). « Populisme et néopopulisme en Argentine : de Juan Perón à Carlos Menem », Érudit, vol 21, no 2, p.25
  15. Kletch, Georges (1950). L'Argentine « péroniste ». Néologismes et réalités, Persée, vol 15, no 1, p.88- 89 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/polit_0032-342x_1950_num_15_1_2776
  16. « El Historiador :: Documentos históricos :: Constitución de la Nación Argentina (1949) », sur www.elhistoriador.com.ar (consulté le 23 avril 2016)
  17. a et b (fr) « La vie d'Eva Perón : Evita, la première dame d'Argentine - Argentine Info », sur Argentine Info (consulté le 23 avril 2016)
  18. a et b Tomas Eloy Martinez, Santa Evita, Robert Laffont, , 577 p. (ISBN 978-2-221-14100-7)
  19. (es) « Se cumplen 63 años de la Gratuidad Universitaria », sur portales.educacion.gov.ar (consulté le 9 avril 2016)
  20. « Juan Domingo Peron et la révolution cubaine ››› Javier Iglesias ››› voxnr.com », sur www.voxnr.com (consulté le 9 avril 2016)
  21. Juan Carlos Torre, Elisa Pastoriza, La democratización del bienestar. Nueva Historia Argentina, Editorial Sudamericana, (ISBN 950-07-2181-3)
  22. Les problèmes de l'économie argentine, Samuel Gorbán, Tiers-Monde, Année 1966, Volume 7, Numéro 25, pp. 73-75.
  23. Alain Rouquié, « Le vote péroniste en 1973 », in Revue française de science politique, 24e année, n°3, 1974. pp. 469-499.
  24. Calvin Sims, « Eva Peron's Corpse Continues to Haunt Argentina », The New York Times,‎ (consulté le 28 octobre 2011)
  25. (es) [non signé], « Cómo es la estatua de Juan Domingo Perón que inauguró Mauricio Macri en la Ciudad », La Nación,‎ (lire en ligne).
  26. 3 millions de pesos argentins équivalaient environ 270 000 euros au taux de change du 12 octobre 2015.
  27. Christine Legrand, « Peron statufié par le maire de droite de Buenos Aires », Le Monde, no 22003,‎ , p. 6
  28. Mauricio Macri, soutenu par la coalition « Changement » (« Cambiemos} ») est opposé à Daniel Scioli, vice-président du Parti justicialiste et soutenu par la présidente sortante Cristina Fernández de Kirchner et la coalition péroniste Front pour la victoire.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

En français[modifier | modifier le code]

En espagnol[modifier | modifier le code]

  • Pablo Gerchunoff, Lucas Llach, El ciclo de la ilusión y el desencanto: un siglo de políticas económicas argentinas, Buenos Aires: Ariel, 1998.
  • Félix Lun, El 45, Buenos Aires: Sudamericana, 1971.
  • Santiago Nudelman, Por la moral y la decencia administrativa, Buenos Aires, 1956
  • Robert A. Potash, El ejército y la política en la Argentina; 1928-1945, Buenos Aires:Sudamericana, 1994.
  • Arturo E. Sampay, Constitución y Pueblo, Buenos Aires: Cuenca, 1974.
  • Miguel A. Scenna, Braden y Perón, Buenos Aires:Korrigan, 1974.
  • Jorge Schvarzer, La industria que supimos conseguir, Buenos Aires: Planeta, 1996.
  • Oscar A. Troncoso, La revolución del 4 de junio de 1943, Buenos Aires: CEAL, 1976.

En italien[modifier | modifier le code]

  • Gabriele Casula, Donde nascio Peron ? Un enigma sardo nella storia dell'Argentina

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]