Cette page est en semi-protection longue.

Alexandre le Grand

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Wikipédia:Bons articles Vous lisez un « bon article ».
Sauf précision contraire, les dates de cette page sont sous-entendues « avant Jésus-Christ ».
Alexandre le Grand
Ἀλέξανδρος ὁ Μέγας
Buste d’Alexandre  IIe ‑ Ier siècle av. J.-C. - British Museum.
Buste d’Alexandre
IIe ‑ Ier siècle av. J.-C. - British Museum.
Titre
Roi de Macédoine
Prédécesseur Philippe II
Successeur Philippe III et Alexandre IV
Pharaon d’Égypte
Prédécesseur Darius III
Successeur Ptolémée Ier
Biographie
Dynastie Argéades
Date de naissance
Lieu de naissance Pella
Royaume de Macédoine
Date de décès (à 32 ans)
Lieu de décès Babylone
Père Philippe II de Macédoine
Mère Olympias
Conjoint Roxane
Stateira
Enfants avec Roxane :
Un fils qui n'a pas vécu
Alexandre IV

Alexandre le Grand (en grec ancien : Ἀλέξανδρος ὁ Μέγας / Aléxandros ho Mégas ou Μέγας Ἀλέξανδρος / Mégas Aléxandros) ou Alexandre III de Macédoine ( Ἀλέξανδρος Γ' ὁ Μακεδών / Aléxandros III ho Makedốn), né le à Pella (Grèce), mort le à Babylone (actuellement en Irak), est un roi de Macédoine et l’un des personnages les plus célèbres de l’Antiquité.

Fils de Philippe II, élève d’Aristote et roi de Macédoine à partir de , il devient l’un des plus grands conquérants de l’histoire. Il fait de son petit royaume le maître de l’immense empire perse achéménide, s’avance jusqu’aux rives de l’Indus et fonde près de soixante-dix cités, dont la majorité porte le nom d’Alexandrie.

La notoriété d’Alexandre s’explique principalement par sa volonté de conquête de l'ensemble du monde connu. Cette aspiration, à la fois illusoire et pourtant presque réalisée, avant qu’il ne meure subitement à l’âge de trente-deux ans, a pour conséquence — durant un temps très court — une unité politique jamais retrouvée ensuite entre l’Occident et l’Orient.

L’héritage d’Alexandre, marqué par sa volonté de fusionner les cultures grecque et orientale, est partagé entre ses généraux pour former les différents royaumes et dynasties de la période hellénistique.

Sommaire

Biographie

Naissance et filiation

Buste d'Alexandre le Grand en Helios. - Musée du Capitole (Rome)
Détail d’une mosaïque qui montrerait Alexandre combattant un lion avec son ami Cratère.

Alexandre est né à Pella, la capitale du royaume de Macédoine, le 20 ou le [1]. Il est le fils de Philippe II de Macédoine et d’Olympias, princesse d’Épire, sa troisième femme[2]. Par sa mère, il est le neveu d’Alexandre le Molosse roi d’Épire[3], un territoire qui se situe de nos jours entre la région grecque d’Épire et le sud de l’actuelle Albanie[4]. Sa mère donne naissance, en 355 av. J.-C. à une fille Cléopâtre[5].

Une légende, connue dès l'Antiquité, affirme qu’Olympias n’a pas conçu Alexandre avec Philippe, qui avait peur d’elle et de son habitude de dormir en compagnie de serpents[6], mais avec Zeus. Alexandre se sert de ces contes populaires à des fins politiques, faisant référence au dieu plutôt qu’à Philippe quand il évoque son père. Une autre légende datant du IIIe siècle, d’origine égyptienne celle-là et faussement attribuée à Callisthène, le Roman d’Alexandre, veut qu’Alexandre soit le fils du dernier pharaon égyptien de la XXXe dynastie, Nectanébo II[7].

Par son père Philippe II, Alexandre prétend descendre de Téménos d’Argos, lui-même descendant d’Héraclès, fils de Zeus — pour cette raison, la dynastie macédonienne s’appelle dynastie des Argéades ou des Téménides. Par sa mère, Olympias, de la dynastie des Éacides, Alexandre affirme descendre de Néoptolème, fils d’Achille[8].

Selon une affirmation rapportée entre autres par Plutarque, Alexandre naquit la nuit même où Érostrate incendia le temple d'Artémis à Éphèse, une des sept merveilles du monde antique[9]. Alexandre utilise plus tard cette coïncidence pour renforcer son aura politique, et propose de financer la restauration du temple, ce qui est cependant refusé par les Éphésiens[10].

Plutarque indique également que Philippe et Olympias ont rêvé de la future naissance de leur fils. Après avoir consulté Aristandre de Telmessos, celui-ci détermina qu'Olympias était enceinte et que l’enfant aurait le caractère d’un lion[11]. Quant à son physique, il semblerait qu'il eût les boucles de cheveux châtain clair aux reflets cuivrés, les yeux vairons (bleu et marron) et, à cause d'une blessure de guerre qui lui aurait sectionné un nerf, la tête toujours penchée du côté droit[12].

Enfance et éducation

Alexandre possède, aux yeux des Grecs, une double appartenance. Il est d’une part un barbare (les Grecs appellent les Macédoniens des mixobarbaroi, en grec ancien μιξοβάρβαροι, « demi-barbares »[13]), car c’est un Macédonien qui possède un tempérament passionné et se laisse emporter par des colères d’une terrible violence, héritage attribué à sa mère, mais souvent suivies de prompts repentirs. Il est capable d’élans généreux qui lui allient des fidélités sans failles. Ses convictions religieuses sont entachées de superstitions[14]. Cependant le trait de caractère dominant du personnage est sans aucune contestation sa volonté de fer, qui peut aller jusqu’à l'obstination et l’entêtement.

Alexandre et Aristote imaginés par le graveur Charles Laplante en 1866.

Parallèlement, Alexandre est profondément influencé par la culture grecque. Il est vrai que, située dans le nord de la Grèce actuelle, la Macédoine est l’une des régions pélagiques antiques. La langue parlée est alors l’un des nombreux dialectes du grec ancien et, dès l’époque du roi Archélaos Ier (fin du Ve siècle av. J.-C.), la langue officielle de la cour et de la chancellerie macédonienne devient l’ionien-attique. Philippe, qui a séjourné à Thèbes dans la maison d’Épaminondas comme otage (entre 369 et 367)[15], parle ionien-attique couramment ainsi que son fils. Alexandre, selon Plutarque, ne parle macédonien que sous le coup d'une forte émotion : « il criait en macédonien, ce qui trahissait une émotion forte »[16].

Portrait d'Aristote (copie romaine d'un bronze perdu réalisé par Lysippe), précepteur d'Alexandre - Musée du Louvre.

Après avoir été éduqué par Léonidas[17], un parent de sa mère Olympias et Lysimaque d'Acarnanie, Alexandre reçoit pour précepteurs les philosophes Ménechme et Aristote (de 342 à 340 av. J.-C.). Aristote est le fils de Nicomaque, médecin d’Amyntas III, lui-même grand-père d’Alexandre. Mais le grand penseur ne se contente pas du rôle de précepteur privé. Certes, il rédige une édition annotée de l’Iliade pour son élève, récit guerrier de l'éloignement par excellence, que ce dernier emporte avec lui dans ses conquêtes et dont il tire sa ligne de conduite. Mais pour former l'héritier de l'État le plus important de Grèce, Aristote forge chez son élève la conviction que la Grèce peut être unifiée sous l'égide de la Macédoine et faire triompher l'hellénisme à travers le monde, si la personnalité remarquable d'un vrai roi, d'un individu supérieur, arrive à l'incarner[18] : c'est ce type de roi qu'Aristote cherche en Alexandre, et l'influence décisive du philosophe se mesure au sentiment qu'aura Alexandre, en maintes occasions, d'être investi d'une mission historique qui concernait l'ensemble du monde grec. Alexandre lit également Hérodote et Xénophon, auteurs qu’il sait exploiter plus tard lors de ses conquêtes. Alexandre se révèle un étudiant doué. Il connaît par cœur de nombreuses citations de l’Iliade.

En 339, intervient une intrigue concernant Pixodaros, satrape de Carie. Celui-ci tente en effet de marier sa fille à Arrhidée, le deuxième fils de Philippe II mais son projet est contrecarré par Alexandre et ses amis proches, Ptolémée, Néarque, Harpale et Laomédon de Mytilène. En représailles, ces derniers sont condamnés à l'exil et n'en reviennent qu'à la mort de Philippe. Plusieurs amis d’enfance d’Alexandre, dont Héphaestion, Philotas et Eumène de Cardia se trouvent à ses côtés lors de la conquête de l’empire perse et comptent parmi ses plus fidèles compagnons. Cette cohésion, extrêmement forte, trouve ses sources dans la tradition macédonienne, qui voulait que les fils de rois et les fils de nobles soient élevés ensemble, formant un clan, celui des hetairoi[19].

Caractère d'Alexandre

La séduction du personnage tient sans doute à ce mélange contradictoire : barbare et grec, mystique et réaliste, violent et généreux, emporté par son imagination et son rêve et guidé par sa lucidité. Sa volonté inflexible se double d’un réel opportunisme et d’un sens inné de la mise en scène. Athénée parle ainsi d'Alexandre[20] « Théophraste dit aussi qu’Alexandre était peu propre aux ébats amoureux. Sa mère Olympias (du consentement de Philippe) fit coucher auprès de lui une courtisane thessalienne, nommée Callixine, femme d'une rare beauté, car ils craignaient qu'Alexandre ne fût impuissant ; mais elle fut obligée de lui faire les plus pressantes sollicitations pour l'engager à passer dans ses bras ».

Le roi de Macédoine

Un prince associé au pouvoir (339 / 336)

« Hermès Azara » : pilier hermaïque romain reprenant le portrait d’Alexandre le Grand par Lysippe, musée du Louvre

Bien que considéré comme barbare par les Athéniens, le royaume de Macédoine a, sous le règne de Philippe, étendu son hégémonie sur la Grèce classique. Il vainc Athènes aux Thermopyles en 352, intervient dans un conflit entre Thèbes et les Phocidiens, triomphe d’une coalition d’Athènes et de Thèbes à la bataille de Chéronée, en 338. Alexandre y fait ses preuves en commandant la cavalerie et en taillant en pièces le bataillon sacré des Thébains[21].

Philippe est également l’initiateur de la ligue de Corinthe, rassemblant toutes les cités grecques, à l’exception de Sparte, sous son commandement. La ligue doit porter la guerre contre l’Empire perse[22]. En -340, en l’absence de son père parti assiéger Byzance, Alexandre, à seize ans, devint régent de Macédoine[23].

En 336 cependant, une violente dispute oppose le père et le fils quand Alexandre prend le parti de sa mère Olympias à laquelle Philippe souhaite imposer Cléopâtre, sœur ou nièce d’Attalos, un général du roi[24], comme seconde épouse légitime et dont il a bientôt un fils. Alexandre doit se réfugier dans la famille de sa mère en Épire. La brouille ne dure pas, Alexandre sauve la vie de son père lors d’une confrontation avec les Triballes[25]. En 336 av. J.-C., à la mort de Philippe II de Macédoine, les tribus thraces se révoltent contre son fils et successeur Alexandre.

Mort de Phillippe II

Au cours de l’été 336, Philippe est assassiné lors du mariage de sa fille Cléopâtre avec le roi d’Épire, Alexandre le Molosse, le frère d’Olympias. L’assassin est un jeune noble, Pausanias d'Orestis, ancien officier du roi qui garde une rancune contre Philippe, qui a ignoré une requête qu’il lui aurait faite[26].

  • Les historiens de l’Antiquité ont parfois cru que le meurtre de Philippe avait été une machination impliquant Olympias et peut-être Alexandre mais Diodore de Sicile penche pour un motif personnel du meurtrier[27]. Peu d'historiens contemporains[28] considèrent qu'Alexandre est impliqué dans le meurtre de son père alors que toute la conduite de Philippe montre qu'il entend en faire son successeur.
  • Une autre hypothèse met en cause Darius III, le nouveau roi de Perse. Plutarque mentionne une lettre virulente d’Alexandre à Darius, où le Macédonien blâme Darius (et Bagoas, son grand vizir dont Darius III se débarrasse rapidement peu après) pour le meurtre de son père, soutenant que c’est Darius qui s’était vanté auprès des différentes cités grecques de la façon dont il avait fait assassiner Philippe[29].

L’élimination de tout rival potentiel

Après la mort de Philippe, l’armée proclame Alexandre, alors âgé de vingt ans, nouveau roi de Macédoine. Les villes grecques comme Athènes et Thèbes, qui avaient prêté allégeance à Philippe, ne sont pas si pressées de faire de même vis-à-vis du jeune homme. Alexandre ordonne immédiatement l’exécution de tous ses rivaux potentiels. Ainsi, pour ne pas avoir de concurrent au trône, il fait assassiner son cousin Amyntas IV, roi de Macédoine vers 360 / 359 que Philippe II avait renversé alors qu’il n’était qu’un enfant[30]. Quant à Olympias, profitant d’une absence de son fils parti guerroyer au nord, elle fait tuer le fils de Philippe II et de Cléopâtre et contraint cette dernière à se pendre[réf. nécessaire]. L’oncle de cette dernière, Attalos, qui se trouve en campagne en Asie avec Parménion, est également assassiné. Impossible de savoir si elle agit avec l’assentiment d’Alexandre ou non ; toujours est-il que le nouveau roi de Macédoine n’a plus de rival capable de lui contester le trône.

Le royaume de Macédoine à la mort de Philippe II

La consolidation du pouvoir (fin 336 / printemps 334)

Alexandre n’est pas seulement roi des Macédoniens, mais aussi, comme son père, archonte à vie des Thessaliens et hégémon (en grec ancien ἡγεμών : « commandant en chef ») et stratège autoproclamé de la Ligue de Corinthe. De fait, la politique de la Ligue est entièrement dictée par les Macédoniens Philippe puis Alexandre. Ce dernier entreprend une rapide tournée diplomatique en Grèce afin que le réseau diplomatique constitué patiemment par son père ne se délite pas. L’allégeance thessalienne est renouvelée et la ligue de Corinthe (donc les Athéniens) prête serment au nouvel hègémôn[31].

Vue grecque du monde à la naissance d’Alexandre. Hécatée de Milet, Ve siècle av. J.-C. avant notre ère

Cependant, avant de reprendre le projet de son père de porter la guerre en Asie, il assure la sécurité de son royaume par deux expéditions au nord de la Macédoine ; l’une jusqu’au Danube, l’autre en Illyrie révoltée (fin de l’année 336 et début de l’année 335 jusqu’en été). Cette année-là, le chef illyrien Pleuras est vaincu par Alexandre, qui s'empare en -335 de la ville de Pélion. Fin juillet 335 av. J.-C., Alexandre marche avec ses troupes vers le territoire des Péoniens agrianes, dont le roi Langaros devient son allié. Il affronte et vainc à la bataille de Pélion une nouvelle coalition illyrienne, dirigée par Clitos, fils de Bardylis Ier[32].

Suivant Strabon et Arrien, des émissaires celtes — les ancêtres des Scordisques du milieu du -IIIe siècle — rencontrent Alexandre sur le Danube, à cette occasion en -335. L’anecdote suivante est rapportée :

« Quand Alexandre eut vaincu les Gètes et rasé leur ville, sur le Danube, il lui vint des ambassades de tous côtés et entre autres des Gaulois, qui sont (dit-il) de « grands hommes ». Alexandre leur demande ce qu’ils craignaient le plus au monde, en s’attendant à ce que ces gens disent qu’ils ne craignaient rien plus que lui : mais il fut détrompé car il avait affaire à des gens qui ne s’estimaient pas moins que lui ; ils lui dirent que la chose de ce monde qu’ils craignaient le plus était que le ciel ne tombât sur eux, ce qui signifiait qu’ils ne craignaient rien. »

C'est alors, tandis que le nouveau roi de Macédoine est occupé au nord, que les cités grecques se révoltent. C'est le résultat de la politique de Darius III Codoman qui, à la fois par l'intermédiaire d'un chef mercenaire grec, Memnon de Rhodes, reconquiert les territoires pris par Parménion à la fin du règne de Philippe, et tente en même temps de susciter une révolte en Grèce sur les arrières macédoniens. La rumeur de la mort d'Alexandre déclenche la rébellion de Thèbes qu’Athènes et Sparte promettent d’aider. Vers -335, Alexandre, qui a défait les Gètes, traverse le royaume des Odryses, et rencontre les Triballes, le roi thrace Syrmos à leur tête. Il les défait sur les bords du fleuve Haemos, sur les bords du fleuve Lyginos, et près de l’île de Peucé, où les survivants trouvent refuge. Syrmos a perdu près de 3 000 guerriers, et les succès macédoniens poussent d’autres tribus à la paix avec Alexandre[33]. La campagne d’Alexandre en Thrace[34] réduit les Triballes, et étend le contrôle macédonien jusqu’au Danube. Alexandre nomme Zopyrion gouverneur de la Thrace, afin d’assurer l’hégémonie macédonienne dans la région. Parménion, en revanche, échoue dans l’étape suivante en Asie face à Memnon de Rhodes, stratège grec au service des Perses, et les Macédoniens ne conservent en Asie qu’Abydos. Darius III envoie des fonds aux cités grecques du continent pour qu’elles se révoltent contre Alexandre[35].

La riposte d’Alexandre est foudroyante, impitoyable et paradoxale. Impitoyable, car la ville de Thèbes est entièrement rasée (automne -335) à l’exception de la citadelle de la Cadmée, de la maison natale de Pindare (par égard pour sa réputation, sa gloire et ses relations avec les rois de Macédoine) et des temples des dieux, sa population réduite en esclavage et les terres partagées entre les vainqueurs[36],[37]. Paradoxale, car Alexandre épargne Athènes, trop heureuse de se soumettre à moindre mal. Cette générosité exprime peut-être une volonté de préserver le principal centre artistique et philosophique de la Grèce, ou bien l’influence de son ancien maître Aristote qui s’installe cette même année 335 à Athènes et y fonde le Lycée. Il est aussi possible que les talents de négociateurs de Phocion et surtout de Démade aient convaincu le roi de ne pas détruire la ville[38]. Alexandre réclame que lui soient livrés Démosthène, Lycurgue et Hypéride[39]. Les accès de fureur chez Alexandre alternent fréquemment avec des gestes de grande générosité, la destruction de Thèbes et le pardon d’Athènes sont les premiers d’une longue liste.

Finalement, Alexandre est assez peu présent comme souverain dans son royaume. Quand il quitte l’Europe au printemps 334 pour son expédition en Asie, c’est pour ne jamais y revenir ; il est accueilli en libérateur à Phaselis en 334, et attaque sa rivale Termessos à la demande des autorités de la ville. Quand en 334 av. J.-C., Alexandre lève le siège de la ville qu'il n'arrive pas à prendre d'assaut, il brûle les champs d'oliviers en représailles.

Le Conquérant


L’armée d’Alexandre

Alexandre ne laisse pas la Macédoine totalement dégarnie. Il donne à Antipatros, nommé régent en l’absence du roi, la moitié de la cavalerie macédonienne soit environ 1 500 hommes et 12 000 fantassins. Les effectifs au départ de l’expédition d’Asie sont d’environ 1 800 cavaliers, auxquels s’ajoutent un chiffre équivalent de cavaliers thessaliens et 600 autres recrutés dans les États grecs de la ligue de Corinthe.

Phalange macédonienne

Alexandre, dans le prolongement de son père, révolutionne l'art de la guerre. Les fantassins, sans doute 32 000, qui constituent la fameuse phalange, sont recrutés dans la classe paysanne macédonienne. Au total un effectif assez faible, 4 400 cavaliers environ et à peine plus de 30 000 fantassins[40]. Mais tout au long de l’expédition des renforts arrivent de Macédoine et de Grèce, sans compter les troupes indigènes qui sont intégrés à l’armée du roi de Macédoine au fur et à mesure qu’Alexandre avance en Asie comme les 30 000 jeunes Perses intégrés à la phalange. D’autre part la faiblesse des effectifs est compensée par une grande supériorité tactique. La cuirasse de 15 kg, le bouclier de 1 m de diamètre, le hoplon, qui alourdissaient les hoplites sont abandonnés. Les phalanges sont allégées et leurs sarisses (longues piques de 5,5 mètres dont la base peut être fichée dans le sol et capables de briser les charges de cavalerie) allongées augmentant ainsi leur vitesse de charge, de sorte qu'avec des formations très serrées, les masses et les énergies cinétiques des hoplites se cumulent rendant le choc lors du contact tel qu’il peut renverser plusieurs rangs d’infanterie adverse[41],[42]. Cet allègement permet également d'équiper un plus grand nombre d'hommes. La cavalerie lourde compense le manque de maniabilité des phalanges en protégeant ses flancs très vulnérables et en attaquant ceux de l’ennemi pour désorganiser les formations ennemies et les rendre vulnérables à l’impact des phalanges: ceci est la technique dite « du marteau et de l’enclume ». Plutarque écrit qu’Alexandre commandait à ses généraux de raser leur barbe et celles des soldats, pour qu’elle ne puisse pas servir de prise aux mains des ennemis[43]

La bataille du Granique (mai 334)

Article détaillé : Bataille du Granique.
Dispositif de la bataille du Granique

Le jeune roi de Macédoine[44] part de sa capitale Pella et, en vingt jours, atteint Sestos en Chersonèse de Thrace. Tandis que Parménion est chargé par le roi de transporter l’armée à Abydos, tête de pont créée par Philippe II sur l’Hellespont, Alexandre se dirige à la tête de 37 000 hommes[45], vers Éléonte où il rend sacrifice au premier héros Protésilas, premier Grec tombé lors de la guerre de Troie. Ce geste[46] est le premier d’une longue liste qui illustre la volonté du roi de frapper les imaginations en se faisant passer pour le nouvel Achille, sans qu’il soit d’ailleurs possible de savoir s’il est sincèrement pénétré de la fierté d’appartenir à la race du héros ou s’il s’agit d’une simple gestuelle théâtrale à destination de ses soldats et des peuples d’Asie Mineure et de Grèce.

C’est ainsi qu’il débarque en Asie près de l’emplacement supposé de Troie, dresse des autels dans le temple d’Athéna à Ilion, puis va mettre une couronne sur le tombeau d’Achille, tandis que Héphaestion fait de même sur celui de Patrocle[47](l'historien Élien le Sophiste explique dans son Histoire variée (XII, 7) qu’il « laissait ainsi entendre qu’il était le mignon d’Alexandre, comme Patrocle avait été celui d’Achille[48] ». Son livre est une collection d'anecdotes, écrit plus de cinq siècles après la mort d'Alexandre et il est le seul historien connu à évoquer une telle relation. Héphaestion passe chez les autres historiens tantôt comme « l'ami le plus cher d'Alexandre », tantôt comme son amant[49],[50]). Ce n’est qu’après, qu’Alexandre rejoint son armée à Arisbé en quatre jours, en contournant par le nord le massif du Pityos.

Le principal chef mercenaire grec de Darius III, Memnon de Rhodes, est partisan de la politique de la terre brûlée face aux Macédoniens, dont il estime, à juste titre, la valeur. Il propose que l’armée entraîne vers l’intérieur du pays, sans combattre, les troupes d’Alexandre tandis que la flotte perse porte la guerre jusqu’en Macédoine. Memnon pouvait légitimement espérer une révolte des cités grecques, s’appuyant sur l’or de Darius et sur le légitime ressentiment contre Alexandre à la suite du saccage de Thèbes. Mais les satrapes perses se méfient des conseils d’un étranger et ne tiennent aucunement compte de son avis. Arsitès, le satrape de Phrygie, déclare qu’il ne laissera pas brûler une seule maison de sa satrapie[51].

Parcours de l’armée d’Alexandre le Grand dans la partie occidentale de l’Asie Mineure au cours de l’année 334.

La prise de Milet (mai / juillet 334)

Article détaillé : Siège de Milet.

La victoire d’Alexandre a une conséquence importante : jusqu’à la bataille d'Issos, il n’a que de simples garnisons laissées dans les villes pour s’opposer à lui[52]. Dans la foulée du Granique, Sardes, la capitale de Phrygie, se rend sans résistance, tandis que Parménion s’empare de Dascylion. La ville d’Éphèse, en proie à des luttes de factions, où Memnon s’est réfugié après la bataille, voit le parti démocratique favorable à Alexandre l’emporter. Celui-ci s’attire habilement la sympathie des habitants de la ville en confiant au temple d’Artémis le tribut que la ville payait jusqu’alors à Darius et en rappelant les bannis.

Les adversaires d’Alexandre se sont réfugiés à Milet, où Memnon, qui vient de quitter Éphèse, reprend les choses en main après les envies de trahison de la cause perse par Hégésistrate, le chef des mercenaires grecs au service de Darius. Cependant la ville est rapidement prise en juillet 334 par Alexandre, après qu’il eut interdit à la flotte perse de mouiller sur la côte en prenant le cap Mycale.

Le siège d’Halicarnasse (été / automne 334)

Article détaillé : Siège d'Halicarnasse.

Cependant Memnon s’est réfugié à Halicarnasse dont le roi Pixodaros, frère du célèbre Mausole, s’est rangé du côté des Perses. Memnon est assisté du satrape Orontabès et du Thébain Ephialtès, qui a juré la mort du Macédonien depuis la destruction de sa ville d’origine. Alexandre joue sur les rivalités internes à la cité et se fait une alliée de Ada, la sœur de Pixodaros, que celui-ci avait renversée. À l'automne 334, Alexandre interrompt le règne de Pixodaros et restaure Ada sur le trône. Elle adopte Alexandre comme son fils et en fait son héritier ; dès lors, la plupart des satrapies orientales seront organisées selon ce modèle : Les pouvoirs civils sont donnés à un Perse ou un Asiatique et les pouvoirs militaires à un Macédonien.

Reste cependant à s’emparer de la ville qui comporte deux citadelles dont l’une se trouve sur une île. Alexandre après la prise de Milet vient de commettre l’erreur de licencier sa flotte[53],[54]. Ainsi Alexandre ne peut-il s’emparer que de la ville basse tandis que les deux acropoles restent aux mains des mercenaires grecs de Darius, et il poursuit sa route, laissant sous le commandement de Ptolémée une troupe de 3 000 fantassins et 200 cavaliers poursuivre le siège[55].

Alexandre s’empare de la Pamphylie et de la Pisidie (hiver 334 / printemps 333)

Parcours de l’armée d’Alexandre le Grand en Asie mineure au cours de l’année 333.

Alexandre se dirige alors vers la Lycie et s’en empare sans grande résistance. Puis, à la fin de l’année 334 et au début de 333, il pénètre en Pamphylie puis en Pisidie. Ces régions n’appartiennent que très nominalement à l’empire achéménide. Le plus souvent ces villes sont autonomes et rivales entre elles. De ces rivalités, Alexandre va jouer et reçoit la soumission d’Aspendos (à l’est de la ville actuelle d’Antalya), de Sidé (aujourd’hui Side ou Selimiye à environ 60 kilomètres à l’est d’Antalya). Puis il remonte vers la Phrygie et combat les habitants de la ville de Termessos (34 km au nord-ouest d’Antalya) sans réussir à prendre la ville, traite avec bienveillance leurs ennemis de la cité de Selge, s’empare de Sagalassos et parvient enfin à Gordion (village actuel de Yassihöyük). Il y trouve des renforts venus à la fois de Macédoine et de Grèce ainsi que Parménion qui venait en partie d’hiverner à Sardes. Le gouvernement de la Pamphilie et de la Pisidie est confié à Néarque.

La contre-offensive de Memnon de Rhodes (hiver 334 / 333)

La première partie de la campagne d’Alexandre est terminée. La situation est indécise car certes le roi de Macédoine vient de remporter de glorieux succès mais il doit faire face à plusieurs incertitudes. Pour certains membres de son entourage, dont Parménion est semble-t-il le représentant, l’objectif de Philippe II, théorisé par Isocrate[56] à savoir la conquête de l’Asie jusqu’aux rives de l’Halys, est atteint. Un vaste territoire est conquis par la Macédoine et ouvert à la colonisation et l’influence hellénique. Mais Isocrate, dans les projets qu’il avait présenté à Philippe envisageait une seconde solution : l’anéantissement de l’empire perse.

C’est cet objectif que souhaite atteindre Alexandre. Cela explique d’ailleurs pourquoi, bien qu’il proclame sa volonté d’agir en qualité de chef des Hellènes, il s’appuie avant tout, du moins au départ, sur les Macédoniens considérés comme plus fiables et attachés à sa personne par la fidélité dynastique. C’est pourquoi il ne reste qu’assez peu de temps à Gordion, où l’épisode du nœud gordien, s’il est authentique, lui promet l’empire d’Asie (Alexandre se voit présenter le nœud gordien : il est dit que la personne qui arrivera à dénouer ce nœud acquerra l’empire de l’Asie. Alexandre, d’un coup de son épée, tranche le fameux nœud), et cela alors que la situation n’est pas totalement sans risque sur ses arrières.

Alexandre tranchant le nœud gordien par Jean Simon Berthélemy, Paris, École des beaux-arts

En effet, lors de l’hiver 334, Darius donne le commandement de sa flotte à Memnon de Rhodes. Celui-ci envisage de porter la guerre en Macédoine en débarquant en Grèce (on parle de l’Eubée) et en organisant une révolte générale. Le sentiment anti-macédonien demeure vivace dans de nombreuses cités. L’idée d’une guerre de revanche contre les Perses, par rapport aux guerres médiques, idée développée par Alexandre et ses partisans en Grèce ne rend pas acceptable à leurs adversaires l’hégémonie macédonienne. N’oublions pas que des soldats grecs combattent dans les deux camps. Memnon reprend Chios, qui lui est livrée par le parti oligarchique (cette tendance politique sera globalement toujours hostile à Alexandre dans les cités grecques contrairement au parti démocratique) puis il rétablit le tyran Aristonicos à Méthymne et met le siège devant Mytilène. C’est alors que Memnon meurt (fin de l’été 333) et que son plan est abandonné par Darius III. Le souverain perse décide de prendre lui-même la tête de son armée contre Alexandre. Autophradatès et Pharnabaze remplacent Memnon à la tête de l’armée et de la flotte. Pharnabaze reprend Milet et Halicarnasse mais doit se séparer de ses mercenaires grecs qui vont rejoindre, sans doute par mer, l’armée que Darius rassemble.

Alexandre estime cependant, à juste titre, avoir fait une erreur en licenciant sa flotte. C’est pourquoi il charge deux amiraux, Hégéloque et Amphotéros (frère de Cratère) d’en reconstituer une[réf. nécessaire]. Il s’en faut de peu qu’un conflit éclate avec Athènes dont les vaisseaux venus du Pont-Euxin sont interceptés par Hégéloque. Celui-ci doit faire face à une menace d’intervention de la flotte d’Athènes et relâche les vaisseaux. Cet épisode illustre la nécessité pour Alexandre d’une victoire en Asie pour empêcher toute tentative de révolte en Grèce. C’est pourquoi, quand il apprend au début de l’été 333 que Darius III marche sur la Cilicie, Alexandre quitte Gordion.

D’Issos à Arbèles

Article détaillé : Bataille d'Issos.
Alexandre le Grand sur son cheval Bucéphale, détail de la mosaïque romaine de Pompéi représentant la bataille d'Issos, musée national archéologique de Naples

En quittant Gordion, Alexandre se rend dans un premier temps à Ancyre et reçoit la soumission de la Paphlagonie puis celle de la Cappadoce jusqu’à l’Halys. Il pousse ensuite vers le sud, pénètre en Cilicie par le passage gardé par le satrape Arsamès des Portes ciliciennes. Parti de Soles[57], il fait étape à Tarse et y tombe malade plusieurs semaines (sans doute des suites d’une hydrocution après une baignade dans le fleuve Cydnos[58]). Cependant Parménion, véritable second du roi lors du début de l’expédition, occupe les passes qui permettent le passage de la Cilicie à la plaine d’Issos (col de Karanluk-Kapu) puis celles qui au-delà contrôlent le passage vers la Syrie (passes de Merkès et de Baïlan). Nous sommes toujours en 333 av. J.-C. lorsqu'Alexandre, une fois sur pied, soumet[59] les populations montagnardes de Cilicie et s’empare de Soles, qui y rétablit la démocratie après avoir installé une garnison et condamné la cité à une indemnité de 200 talents. Il apprend à ce moment la pacification de ses arrières avec les victoires de Ptolémée en Carie sur le satrape Orontobatès et la chute d’Halicarnasse, de Myndos et la soumission de Cos. Mais, peu de temps après (333), le satrape Pharnabaze, à la tête de la flotte perse soumet Ténédos et Sigée et s’entend avec le roi de Sparte, Agis III, qui tente de soulever la Grèce en lui donnant de l’argent et quelques navires. La situation reste donc délicate d’autant que l’arrivée imminente de Darius III se précise.

Le souverain achéménide s’est installé dans la plaine d’Issos, abandonnant curieusement la position plus favorable à sa cavalerie de Soches, peut-être dans la volonté de couper Alexandre de ses arrières et de le contraindre à la bataille. Alexandre est en Syrie mais il fait demi-tour, ayant besoin pour les raisons invoquées plus haut d’une victoire. Il reprend le chemin des passes syriennes déjà emprunté, s’aventure lentement dans la plaine d’Issos et y organise sa ligne de bataille devant l’armée perse.

La conquête de la Phénicie (hiver 333)

La déroute des Perses après la défaite d’Issos () est totale. Darius avec quelques milliers d’hommes à peine s’enfuit vers Thapsaque (ville de Syrie sur l’Euphrate) tandis que d’autres fuyards sont dispersés par les divers officiers d’Alexandre. De nombreux fugitifs se réfugient en Phénicie puis de là gagnent l’Égypte ou Chypre. Le résultat le plus net de la victoire c’est, paradoxalement, la soumission totale du monde grec qui ne songe plus à apporter son soutien aux Perses, comme venait de le tenter le roi de Sparte, Agis III en rencontrant des satrapes perses et en tentant de soulever la Crète. Démosthène, à Athènes, avait prédit (et espéré ?) la défaite du roi de Macédoine. La victoire d’Issos fait cesser, provisoirement en tout cas, les tentatives d’indépendance des cités grecques.

Pourtant la situation d'Alexandre reste périlleuse. Un des meilleurs officiers perses, Nabarzanès s'est retiré avec d'importantes forces de cavalerie en Cappadoce et Paphlagonie et recrute de nouvelles troupes (fin 333/début 332). Il existe un risque réel sur les arrières d'Alexandre et ses lignes d'approvisionnement en Asie mineure. De plus, en Thrace, Memnon de Thrace, un stratège macédonien envoyé pour contenir une révolte, prend le parti des populations insurgées. Et il apparait clairement que Darius lève une nouvelle armée. Enfin la flotte perse représente un grand danger en mer Égée. La maîtrise de la côte phénicienne, pouvant lui servir de base arrière, est donc indispensable. C’est pourquoi, délaissant la poursuite de Darius III, Alexandre prend la route du sud vers Arados (au nord de la Phénicie) tandis que Parménion est envoyé sur Damas où il s’empare des bagages de Darius. Dans le même temps Alexandre nomme un de ses officiers les plus énergiques, Antigonos, au commandement de toutes les forces macédoniennes présentes en Asie mineure. Celui-ci réussit, avec l'aide de Néarque, à briser la contre-offensive perse en Asie mineure au printemps de 332.

La période de l’empire achéménide pour les Phéniciens avait été une période prospère car, en leur laissant une véritable autonomie, les rois perses avaient permis aux cités phéniciennes de reprendre en partie la maîtrise de nombreuses routes commerciales[réf. nécessaire] face à leurs adversaires traditionnels : les Grecs. Les Phéniciens constituaient une grande part des marins de la flotte perse à la bataille de Salamine par exemple[réf. nécessaire]. Mais divisées entre elles, ces cités n’adoptent pas une attitude commune face à l’arrivée des Macédoniens. Le roi d’Arastos, Gérostrate, estime qu’il n’a pas les moyens de résister et surtout que sa cité, plus riche de son commerce terrestre (avec la Perse et la Médie surtout) que de son commerce maritime, n’a aucun intérêt à un siège destructeur. La ville se rend ainsi que les cités de Marathos, Sigôn et Byblos. Quant à Sidon, elle se soumet d’autant plus facilement que ses habitants n’ont pas oublié les représailles d’Artaxerxès II lorsque la ville avait participé à la révolte des satrapes sous le règne de ce prince.

Le siège de Tyr (janvier / août 332)[60]

Le siège de Tyr vu par un illustrateur du XIXe siècle. La ville en sort ruinée.

Alexandre prend possession de la Judée et de la Samarie. Pendant le siège de Tyr, le gouverneur de Samarie, Sanballât III, présente sa soumission à Alexandre. Il obtient la permission de construire un temple sur le mont Garizim en faveur de son gendre Manassé, frère du grand-prêtre juif de Jérusalem Yaddoua. En retour, 8 000 Samaritains s’engagent dans l’armée macédonienne.

À la fin de l’année 333, alors qu’Alexandre est à Sidon, des négociations s’engagent avec le roi de Tyr, Azemilcos, lequel souhaite rester neutre dans le conflit. Refus d’Alexandre qui, en revanche, désire offrir un sacrifice dans le temple d'Héraclès-Melqart, dieu suprême de Tyr. Refus politique plus que religieux des Tyriens qui décèlent le piège : faire entrer Alexandre en vainqueur dans le temple c’est lui donner pouvoir sur la cité[61]. Quant à Alexandre, il ne lui sert à rien de tenir la côte phénicienne si la ville de Tyr, avec ses deux ports, reste en dehors de son contrôle. C’est pourquoi commence en janvier 332 le long siège de Tyr. La ville neuve est sur une île (voir Ancharadus) qu’Alexandre compte atteindre en construisant une digue, avec les débris de la vieille ville (la ville continentale) d’environ 60 m de long. Mais les difficultés s’accroissent quand la digue atteint des eaux plus profondes, d’autant que les Tyriens effectuent des raids meurtriers avec leurs navires. Alexandre cependant a un atout. En tenant les autres cités phéniciennes, il disperse la flotte perse (début 332) dont les équipages phéniciens rentrent progressivement dans leurs ports d’attache. Les rois de Sidon, d’Aratos, de Chypre offrent ces navires à Alexandre qui ainsi peut constituer une flotte suffisante pour le siège de la ville (sans doute une centaine de navires). Après un raid d’une dizaine de jours pour soumettre les populations des montagnes du Liban actuel, il constate que sa nouvelle flotte est prête et apprend l’arrivée de Cléandre de Macédoine (en) avec un corps de 4 000 mercenaires, pour la plupart issus du Péloponnèse. Attaquée par terre, isolée par mer, la vieille cité résiste jusqu’en août.

La flotte de Tyr est détruite par les navires d’Alexandre lors d’une contre-attaque désespérée. Les habitants se défendent au moyen d’engins balistiques, de plongeurs et de navires brûlots[réf. nécessaire]. Une fois les tours de siège et les béliers approchées des murs, Alexandre mène lui-même l’assaut (selon l’historien Diodore de Sicile). La prise de la ville donne lieu à des actes d’une grande violence tant les habitants se défendent avec acharnement. Les Tyriens utilisent des tridents, ressemblant à des sortes d’hameçons, pour arracher les boucliers des Macédoniens, et déversent du sable brûlant sur les attaquants[62]. Ces derniers n’ont pas oublié les scènes de prisonniers de l’armée d’Alexandre précipités du haut des murailles. Sans doute 7 000 à 8 000 habitants de la ville sont tués (selon Diodore de Sicile), et 20 000 au moins sont vendus comme esclaves (une partie de la population dont beaucoup de femmes et d’enfants s’est enfuie vers Carthage). Seul le temple est épargné dans la ville.

La digue érigée par Alexandre existe encore en partie de nos jours ; elle servit notamment aux croisés lorsqu’ils assiégèrent Tyr. Ce succès permet à Alexandre de terminer sa mainmise sur l’ensemble de la Phénicie.

Les objectifs

Parcours de l’armée d’Alexandre le Grand au cours des années 332 et 331, de la bataille d’Issos à celle de Gaugamèles et jusqu’à la prise de Babylone.

Alexandre après la prise de Tyr prend le chemin de l’Égypte non sans avoir repoussé à deux reprises, malgré l’avis favorable de Parménion, des propositions de paix plus qu’avantageuses de Darius III. Darius propose qu'Alexandre épouse sa fille Stateira et lui donne en dot toute la région entre l'Europe et le fleuve Halys en Asie mineure[63]. Ce que semble désirer Alexandre ce n’est pas un empire gréco-macédonien débordant largement sur l’Asie, idée déjà défendue par Isocrate[64] le rhéteur athénien[65], mais l’Asie tout entière, du moins la connaissance qu’en possèdent les Grecs. Le refus d'Alexandre s'explique aussi par le caractère fictif des concessions territoriales de Darius. Celles-ci ne constituent que la dot de Stateira, ce qui signifie qu'en aucun cas Darius ne renonce à sa souveraineté sur les régions considérées. C'est ce piège que veut éviter Alexandre qui exige d'être regardé comme le souverain (kyrios) plein et entier des territoires déjà conquis. Il ne fait d'ailleurs qu'appliquer le droit grec de la guerre, ainsi défini par Xénophon :

« C'est une loi universelle et éternelle que, dans une ville prise sur des ennemis en état de guerre, tout, et les personnes et les biens, appartient au vainqueur[66]. »

Il semble donc que l'objectif premier d'Alexandre soit de remplacer la souveraineté achéménide par la souveraineté macédonienne et qu'il considère que toutes ses conquêtes le sont à titre définitif. La nomination de satrapes, dès la victoire du Granique, va dans ce sens. Après la prise de Tyr il affirme avec force qu'il ne va pas se contenter de la conquête de la Lydie et la Cilicie[67], ce qui était grosso-modo l'objectif d'Isocrate. Les historiens de l'Antiquité sont tous convaincus que son objectif est bien la conquête de l'ensemble du territoire achéménide[68]. Certes, il faut se montrer prudent avec les diverses sources. S'agit-il chez Arrien et Quinte-Curce du rapport fidèle des ambitions territoriales d'Alexandre ou d'un discours historiographique construit après coup afin de donner l'impression chez le conquérant d'une vision à long terme et non d'une conquête improvisée au gré des victoires et des évènements ? La réponse à cette question est problématique mais il semble difficile de croire qu'à la suite d'un éventuel accord entre Darius et Alexandre, ce dernier ait accepté de faire de l'Euphrate sa frontière orientale. Le fait que tout au long de la période, Alexandre revendique, systématiquement, les territoires qui à un moment ou à un autre étaient achéménides, illustre bien qu'il y a chez lui une volonté et un projet politique fort et cohérent.

Le pharaon (automne 332 / printemps 331)

Alexandre en pharaon priant le dieu Amon - Temple de Louxor.

Sur la route de l’Égypte il rencontre une forte résistance à Gaza, sous la conduite de l’eunuque Batis, et prend la ville (fin 332) dont la garnison est massacrée et la population vendue en esclavage. Alexandre est blessé à deux reprises lors de ce siège. En sept jours depuis Gaza il atteint alors Péluse en Égypte. Quand Alexandre entre en Égypte en décembre 332, il semble être accueilli en libérateur. Il est fort possible que ce soient les Égyptiens eux-mêmes qui aient demandé son aide, pour les affranchir de la domination perse qui s’exerce difficilement car les Égyptiens se sont révoltés de nombreuses fois sur le pays depuis deux siècles. Cette année-là, le souverain perse Mazaces remet le trône d'Égypte sans se battre à Alexandre le Grand[69], dont le royaume va s'étendre jusqu’à la première cataracte du Nil. Alexandre se fait proclamer pharaon à Memphis en 331. Il sacrifie au taureau Apis — gage de respect des traditions égyptiennes — et honore les autres dieux. Il se dirige ensuite vers la côte méditerranéenne où il choisit l’emplacement de la future Alexandrie qui n’est achevée que sous Ptolémée Ier ou Ptolémée II. La légende veut qu’Alexandre ait choisi lui-même les plans de la nouvelle cité. Il se rend ensuite dans l’oasis de Siwa où il rencontre l’oracle d’Ammon-Zeus qui le confirme comme descendant direct du dieu Amon. Cette salutation, conforme à l’étiquette égyptienne, est très largement exploitée par la propagande du Conquérant. Cette anecdote est rapportée ainsi par Plutarque :

« Quelques-uns affirment que le prophète, voulant le saluer en grec d’un terme d’affection, l’avait appelé « mon fils » (παιδίον / païdion), mais que, dans sa prononciation barbare, il achoppa sur la dernière lettre et dit, en substituant au nu (ν) un sigma (ς) : « fils de Zeus » (παῖς Διός / païs dios) ; ils ajoutent qu’Alexandre goûta fort ce lapsus et que le bruit se répandit qu’il avait été appelé « fils de Zeus » par le dieu »

— (Plutarque, Vies parallèles, 46-120)

De retour à Memphis, il se fait officiellement couronner dans le temple de Ptah et réorganise le pays avant de repartir à la conquête du Moyen-Orient.

C’est durant son séjour égyptien qu’il apprend la déroute définitive de ce qui reste de la flotte perse et la capture de ses derniers adversaires en mer Égée dont le satrape Pharnabaze. Fait prisonnier, celui-ci parvient à s’échapper mais l’un des amiraux d’Alexandre, Hégélochos, apporte à son maître de nombreux prisonniers qui sont exilés dans la ville égyptienne d’Éléphantine. Cela laisse toute latitude à Antipatros, le régent de Macédoine, pour s’occuper du toujours remuant roi de Sparte, Agis III. La situation en Europe inquiète Alexandre tout au long de l'année 331 même après l'écrasement de la Perse à Gaugamèles. Il multiplie d'ailleurs les faveurs aux cités grecques pour les inciter à rester loyales[70]. Il n'est pas impossible que l'incendie de Persépolis, capitale religieuse des Achéménides, ait pour objectif de prouver à la Grèce que l'objectif de la Ligue de Corinthe est atteint et, ainsi, d'éviter des troubles en Europe.

Alexandre quitte ensuite l’Égypte au printemps 331 pour n’y jamais revenir vivant.

Vers la bataille décisive avec Darius III (printemps / été 331 – octobre 331)

Article détaillé : Bataille de Gaugamèles.

Lors d’un nouveau passage à Tyr, il reçoit une délégation d’Athènes qui obtient du roi la libération des mercenaires athéniens qui avaient combattu à la bataille du Granique dans les rangs de l’armée perse. Puis à la fin du printemps/début de l’été 331, l’armée macédonienne se met en marche vers l’Euphrate qui est traversé fin juillet à Thapsaque sur un pont de bateaux. Le satrape Mazaios s’est replié à l’arrivée de son adversaire. Les prodromoi d’Alexandre repèrent l’armée de Darius plus au nord, aussi le roi de Macédoine au lieu de marcher sur Babylone selon son plan initial remonte vers le nord, vers Nisibe, et franchit le Tigre vers le (aux environs de Djésireh, dans l’Irak actuel) contournant son adversaire par le nord. Alexandre reprend alors la direction du sud avec le Tigre sur sa droite. Au bout de quatre jours de marche il apprend que l’armée perse, bien supérieure en nombre, l’attend à Gaugamèles, non loin d’Arbèles / Adiabène (actuelle ville d’Erbil dans le Kurdistan irakien).

À la poursuite de Darius III

L’entrée dans Babylone et Suse (novembre / décembre 331)

Entrée d'Alexandre le Grand dans Babylone, par Charles Le Brun

Le succès du combat lui ouvre la route de Babylone, qui se rend à la suite de négociations. Nous connaissons mieux de nos jours les trois semaines entre la bataille et son entrée dans la ville (fin octobre 331) grâce à une tablette babylonienne qui, bien que détériorée, fait une nette allusion à la bataille de Gaugamèles et à sa chronologie précise. L’auteur anonyme y parle de la fuite de Darius « vers le pays de Guti » (la Médie). La suite de ce texte indique que les autorités de Babylone négocient avec le vainqueur et que celui-ci habilement garantit le maintien des traditions religieuses et la préservation des sanctuaires. Il donne l’ordre de rebâtir le sanctuaire de Bel-Marduk qui tombait en ruine. Le vainqueur de Darius maintient d’ailleurs la plupart des dignitaires à leur poste (souvent sous le contrôle d’un officier macédonien). C’est le cas de Mazaios, un noble perse, qui sur ordre de Darius s’est replié sur Babylone dont il devient alors le satrape[71], poste auquel il est confirmé par Alexandre. Celui-ci s’évite ainsi un siège long qui pouvait permettre à son ennemi de se ressaisir et inaugure sa politique de ralliement à sa personne de l’aristocratie achéménide.

Il entre en vainqueur dans la capitale de l’Empire perse et y demeure près d’un mois. Tandis que Darius, en fuite, tente de réunir une nouvelle armée royale dans les hautes satrapies, Alexandre prend la direction de Suse, laquelle se rend à son tour. Il avait cependant dépêché Philoxène (général) (en) à Suse afin de s’assurer du trésor important (sans doute près de 50 000 talents d’argent) qui s’y trouvait. Une partie importante de cet argent (sans doute 30 000 talents) est envoyé à Antipatros afin qu’il l’utilise dans sa lutte contre Sparte.

Les difficultés d’Antipatros (331)

L’année 331 est une année difficile pour Antipatros, à qui Alexandre a confié le gouvernement de la Macédoine et de la Grèce en son absence. Il a en outre des relations exécrables avec Olympias, la mère d'Alexandre. Apparemment, la dispersion de la flotte perse, à la suite de la prise de Tyr, n’attise plus les désirs de révolte des Grecs sauf à Sparte où le roi Agis III s’assure le concours des pirates crétois puis de l’ensemble des peuples du Péloponnèse (Éléens, Arcadiens et la quasi-totalité de l’Achaïe à l’exception de Pellènè)[72]. Mégalopolis et Messène sont les seules cités importantes à refuser d’entrer dans la coalition anti-macédonienne. Dans un premier temps Agis est vainqueur d’un corps expéditionnaire macédonien dirigé par Korragos et assiège Mégalopolis. Le reste de la Grèce cependant ne bouge pas et même Démosthène à Athènes conseille de n’en rien faire. Il est vrai que les gestes habiles d’Alexandre, comme de renvoyer de Suse vers Athènes la statue d’Aristogiton et d’Harmodios ou la libération des prisonniers athéniens de la bataille du Granique, lui concilient provisoirement une partie des habitants de la cité attique[73].

Enfin, la reine Olympias provoque des difficultés quand, à la mort de son frère, Alexandre Ier, le roi d’Épire, tué dans une expédition en Italie, elle avance des prétentions au trône de ce pays. Elle en assure finalement la régence pour l’un de ses petits-enfants, fils du roi précédent et de sa fille Cléopâtre la sœur d'Alexandre. Antipatros réagit, suivant les ordres d'Alexandre, en traitant avec Memnon pour le neutraliser et en en dirigeant la quasi-totalité de ses forces, sans doute 35 000 à 40 000 hommes vers le Péloponnèse. Agis ne dispose quant à lui que de 20 000 hommes environ et 2 000 cavaliers. Il est battu et tué sous les murs de Mégalopolis à l’automne 331. Sparte est contrainte à dissoudre la ligue du Péloponnèse et à entrer dans la ligue de Corinthe[réf. nécessaire]. La nouvelle de la victoire de Gaugamèles en Asie après la victoire d'Antipatros sur Sparte[74] assurent avec plus de force la souveraineté macédonienne en Grèce.

La campagne en Perse et l’incendie de Persépolis (janvier / mai 330)

Alexandre Rondanini. Copie romaine d’un groupe d’Euphranor représentant Alexandre et son père, Glyptothèque de Munich : front haut et large, de grands yeux, un cou fort et l’anastole (mouvement de retombée des mèches qui s'élèvent de sa chevelure abondante).

La campagne se poursuit en direction de la Perse proprement dite. Alexandre emprunte la route que suivait la cour du Grand Roi lors de ses pérégrinations entre les diverses capitales de l’empire, route qui passe à travers le pays des Ouxiens (sud-ouest de l’Iran actuel). Il soumet, par une campagne foudroyante dont il a l’habitude, les montagnards de ces régions qui s’engagent à payer un tribut en chevaux et bêtes de somme dont a besoin l’armée. Après avoir été un temps arrêté par la résistance du satrape Ariobarzane (en) aux Portes persiques (en), et parvient dans la ville la plus symbolique du pouvoir perse, Persépolis.

La ville est livrée au pillage, puis quelque temps après, les palais de la terrasse sont la proie des flammes (mai 330). Cet incendie est parfois interprété comme volontaire, bien qu’il aille à l’encontre de la politique d’intégration aux coutumes locales du conquérant. Alexandre aurait ainsi effectué un geste symbolique mûrement réfléchi, à la fois en direction des Perses et des Grecs de la Ligue[75]. Une autre interprétation affirme qu’Alexandre aurait provoqué l’incendie dans un état d’ivresse, poussé en cela par une jeune courtisane athénienne, Thaïs. Il est possible qu’Alexandre ait voulu par là venger les destructions perses à Athènes, en -480, ou plus simplement qu’il ait souhaité affirmer son pouvoir face à une population peu encline à se rallier à lui. Quoi qu’il en soit, Alexandre regrettera par la suite cet acte très mal perçu par les Perses mais accompli avec joie par les troupes macédoniennes qui pensent, bien à tort, qu'Alexandre trahit son regret du pays natal et manifeste par cet incendie sa volonté de ne pas se fixer en Asie[76],[77].

Les ruines des palais des Achéménides, Persépolis.

Alexandre le Grand, après la défaite des Achéménides, ordonne d'incendier les bibliothèques de la Perse, pensant ainsi détruire la pensée zoroastrienne. Mais désirant, cependant, faire profiter les Grecs de la science et de la philosophie des Iraniens, il ordonna de traduire, avant de les faire détruire, un nombre important de traités qui se trouvaient dans les bibliothèques. Ces traités ont constitué une partie des fondements de la science et de la philosophie occidentale.

La mort de Darius III (été 330)

Darius III pendant ce temps s'est réfugié en Médie puis, devant l'avance d'Alexandre, décide de prendre le chemin de l’Hyrcanie (sud-est de la mer Caspienne). Il est rejoint à Ecbatane par Ariobarzane, Bessos avec des cavaliers originaires de Bactriane et un corps d'environ 2 000 mercenaires Grecs. Darius envoie son harem, ce qui reste de son trésor aux portes caspiennes (à l’est de Téhéran) qui permettent l'entrée en Hyrcanie et qui se révèlent faciles à défendre. Alexandre pénètre en Paratécène (l'actuelle région d'Ispahan), soumet la population et fonce sur Ecbatane pour y apprendre que Darius vient de s’enfuir trois jours plus tôt avec environ 9 000 hommes dont 3 000 cavaliers. À Ecbatane le roi de Macédoine licencie ses cavaliers thessaliens, lance Parménion vers l'Hyrcanie et Cleithos vers la Parthie (à l’est de l'Hyrcanie). Lui-même se lance avec des troupes rapides à la poursuite du monarque en fuite. En onze jours il parcourt la route qui va d’Ecbatane à Rhagæ (légèrement au sud de Téhéran) où il est obligé de laisser souffler ses hommes et chevaux cinq jours. Il apprend par des transfuges que Darius est prisonnier des satrapes Bessos et Barsaentès et qu'il se dirige vers Hécatompyles (près de l'actuelle ville de Shahroud). En apprenant cette nouvelle, Alexandre confie ses troupes à Cratère et avec ses éléments les plus rapides marche pendant une journée et demie sans pratiquer de véritable pause. Un jour plus tard, après une marche nocturne, il atteint le camp de Darius que celui-ci vient d'abandonner. Le soir même Alexandre impose à ses hommes une nouvelle marche de nuit pour aboutir à un campement de nouveau abandonné. Finalement Alexandre avec quelques cavaliers et fantassins montés rejoint le convoi de Darius. Celui-ci est mort, assassiné par Bessos[78], Barsaentès et Satibarzane qui viennent de s’enfuir avec quelques centaines de cavaliers (été 330). L'un des satrapes comploteurs, Bessos, tente de prendre les rênes du pouvoir perse, sous le nom d'Artaxerxès IV, mais il est trop tard, Alexandre tient fermement l’empire perse.

Toujours plus à l’est

Darius III mort, Alexandre lui rend les honneurs royaux et se présente en justicier contre ses assassins. Il est probable que la mort de Darius, à laquelle il est étranger, est pour Alexandre une bonne nouvelle car quel sort eût-il pu réserver au Grand Roi s’il avait été pris vivant ? Au contraire il lui est possible maintenant de se montrer généreux avec sa famille et de faire ensevelir Darius dans les tombes royales de Persépolis. Les satrapes restés fidèles à Darius sont récompensés tel Artabaze qui reçoit la satrapie de Bactriane. La mort de Darius amène la noblesse perse à se rallier massivement à Alexandre. Cette collaboration des élites vaincues lui est nécessaire car les premières manifestations de lassitude de certains contingents obligent le roi à licencier une partie de ses troupes. En Médie les cavaliers thessaliens et les alliés (7 000 hommes au départ de l’expédition) sont renvoyés dans leurs foyers[79]. Or les besoins en hommes augmentent au fur et à mesure que l’armée pénètre en Asie. Ainsi, rien que pour garder les trésors royaux, Alexandre laisse 6 000 hommes à Ecbatane.

La révolte de l’Arie (automne 330)

Avant de poursuivre Bessos et ses complices, Alexandre soumet l’Hyrcanie et les populations montagnardes de la région (actuelles montagnes du Khurāsān à la frontière entre l’Iran et le Turkménistan), les Tapouriens et les Mardes. Il incorpore à son armée la majorité des mercenaires Grecs qui étaient au service de la Perse (recrutés avant 334 ce qui lui permet de compenser le licenciement d’une partie de ses troupes abordé précédemment) et rassemble ses soldats à Zadracarta. Une partie des soldats est renvoyée, sous le commandement de Parménion en qui il est plausible qu’Alexandre n’ait plus qu’une confiance limitée, à Ecbatane tandis qu’il se prépare à poursuivre les satrapes en fuite. Il apprend à Zadracarta que ceux-ci se sont séparés et que Bessos, qui se proclame roi sous le nom d’Artaxerxès IV, s’est réfugié en Bactriane tandis que Satibarzane est retourné en Arie (actuelle région d’Hérat à l’ouest de l’Afghanistan) et Barsaentès en Drangiane (sud de l’Afghanistan).

Alexandre s’empare assez rapidement de l’Arie, en remontant la vallée de l’Atrek, et maintient Satibarzane à son poste en lui adjoignant un stratège macédonien Anaxippos. Mais, alors qu’il se prépare à remonter vers la Bactriane, Satibarzane se révolte (automne 330), assassine Anaxippos et massacre les troupes macédoniennes laissées en Arie avant de s’enfuir. Alexandre afin de maintenir l’ordre dans cette province y fonde une ville, Alexandrie d’Arie (actuelle Hérat), puis se dirige vers la Drangiane où le rebelle Barsaentès lui est livré et mis à mort. En octobre ou novembre 330, Satibarzane se révolte de nouveau en Arie. Il est tué dans un affrontement avec le corps expéditionnaire lancé contre lui par Alexandre et dirigé par Artabaze, Érygyos et Caranos.

Les meurtres de Philotas et Parménion (automne 330)

C’est à l’automne de l’année 330 que se déroule un épisode dramatique entraînant la mort de proches d’Alexandre sur ordre du roi. Alors que l’armée séjourne dans la capitale de la Drangiane, Phrada-Prophtasia (au sud de Hérat), Philotas le fils de Parménion et commandant de la cavalerie est emprisonné et jugé pour complot, ou plus exactement pour avoir eu vent d’un complot contre le roi et de n’avoir rien fait pour le dénoncer. Il est probable que les critiques de Philotas sur le cérémonial perse de plus en plus adopté par le roi aient indisposé ce dernier. Philotas est jugé par l’assemblée des Macédoniens, fortement accusé par Cratère (qui y voit sans doute un moyen d’éliminer un rival qui pourrait faire de l’ombre à son étoile montante) et lapidé selon la coutume. Quant à Parménion, qui se trouve à la tête de nombreuses troupes en Médie, Alexandre ignore s’il se trouve impliqué dans la conjuration. Dans le doute il envoie des officiers le mettre à mort, ce qui est fait. Il s’en faut de peu que les troupes de Médie se soulèvent à cause de ce meurtre. Cet épisode est révélateur des réticences de plus en plus fortes d’une partie des Macédoniens et de l’entourage du roi (à l’exception notable d’Héphaestion) sur cette épopée qui les voit s’enfoncer de plus en plus en Asie, loin de leurs bases, de leur pays à la poursuite d’un but et d’un rêve qui leur échappe. Les maladresses de Philotas, expliquant volontiers qu’Alexandre n’aurait pas remporté ses victoires sans l’aide de son père et la sienne, et qui se moquait des prétentions du roi à être considéré comme le fils de Zeus Ammon, expliquent aussi sans doute qu’Alexandre ne tente rien pour sauver sa vie ; la royauté macédonienne connaît des rapports conflictuels fréquents entre aristocratie et monarchie et que le meurtre de Philotas, hipparque et commandant des Compagnons, est un moyen pour le roi de se débarrasser d’un officier trop puissant.

Pacification de l’Asie centrale (fin 330 / printemps 327)

De Drangiane, l’armée passe vers la fin de 330 en Arachosie (sud-ouest de l’Afghanistan), mais est retardée dans sa poursuite de Bessos par la révolte de Satibarzane en Arie. Le roi fonde une nouvelle ville, Alexandrie qui correspond à l’actuelle Kandahar, laisse un stratège nommé Memnon comme satrape en Arachosie et remonte vers la Bactriane à la poursuite de Bessos. La traversée des monts Paraponisades' (Hindū-Kūsh), que les Macédoniens et les Grecs confondent apparemment avec le Caucase, s’effectue au printemps -329. En Bactriane, Bessos est en fuite, ravageant les vallées entre les Paraponisades et l’Oxus (actuel Amou-Daria) afin de limiter les possibilités de ravitaillement de ses poursuivants. Il s’empare d’Aornos,' qui devient à son tour une Alexandrie, puis de la cité de Zariapsa ou Bactres (actuelle Balkh). L’armée passe ensuite l’Oxus sur un pont flottant fait de tentes de peaux remplies de diverses matières séchées et passe en Sogdiane. Les nobles Spitaménès et Oxyartès décident alors de livrer Bessos et le font savoir à Alexandre. Ptolémée est chargé de cette capture délicate qui intervient au début de 329. Bessos est emmené à Bactres où, à la façon des Perses, on lui coupe le nez et les oreilles, puis il est envoyé à Ecbatane et exécuté (329).

Pendant près de deux ans, Alexandre lutte en Sogdiane et en Bactriane contre des satrapes révoltés, contre les peuples des Sakas et des Massagètes contre lesquels Cratère va s’illustrer. Spitaménès, le satrape ayant livré Bessos, se révolte et massacre plusieurs garnisons macédoniennes. Il inflige même un cuisant échec militaire à des officiers d’Alexandre sur le fleuve Polytimetos (Zeravchan dans l’actuel Ouzbékistan). La réaction d'Alexandre après cette défaite est extrêmement significative du profond désarroi de l'armée puisqu'il interdit, sous peine de mort, aux rescapés de ce désastre de divulguer la réalité[80]. Après avoir hiverné (329/328) à Bactres, Alexandre repart pour la Sogdiane qui s’agite quand Spitaménès reparait en Bactriane et surprend dans une embuscade la garnison de Zariapsa.

En ce début d’année 328 que se déroule un épisode qu’Alexandre va profondément regretter, le meurtre de Cleitos, parfois présenté comme le frère de lait du roi, est un de ses plus fidèles compagnons et lui sauve même la vie lors de la bataille du Granique. Lors d’un banquet se terminant souvent en ivrognerie généralisée, scène dont Alexandre semble familier, les auteurs antiques sont unanimes sur ce point, Cleithos porte les exploits de Philippe II au-dessus de ceux de son fils. Celui-ci ne le supporte pas et dans un accès de rage tue son ami de sa main. Dégrisé, Alexandre pleure longuement Cleithos et lui fait faire de grandioses funérailles. Cependant ce séjour dans les provinces orientales de l’ancien Empire achéménide pèse fortement sur l’entourage du roi. Quand Alexandre tente d’imposer l’étiquette perse aux Macédoniens, en particulier le fait de se prosterner devant lui, la proskynèse, une protestation portée par Callisthène, neveu d’Aristote et historiographe du roi, semble approuvée par de nombreux compagnons du roi. Alexandre d’ailleurs cède et ne maintient cette étiquette que pour ses sujets asiatiques mais la part qu’il donne à ces derniers dans l’armée et l’administration suscite des mécontentements dans son entourage proche. Le complot des pages, né du désir de vengeance personnelle d’un de ces jeunes gens entourant et servant le roi qui s’estimait injustement puni, révèle cependant que parmi ses compagnons de jeunesse, nourris comme lui aux sources de la philosophie grecque, certains jugent insupportables ses nouvelles exigences et commencent à le considérer comme un tyran. Callisthène qui avait raillé les prétentions d’Alexandre à la divinité est exécuté lors de la répression qui fait suite à ce complot. Spitaménès succombe finalement à la trahison des Massagètes qui au cours de l’hiver -328/-327, alors qu’Alexandre est à Nautaca, au sud-est de l’actuelle Boukhara - envoient sa tête au roi de Macédoine. Le printemps 327 est occupé à détruire les derniers îlots de résistance, rôle dont s’acquitte Cratère, et à réorganiser l’empire dans cette région. À la place d’Artabaze, satrape de Bactriane rallié depuis longtemps à Alexandre mais qui est très âgé demande à être relevé de son commandement, Alexandre nomme un macédonien. Enfin, il épouse en 327 la fille d’Oxyartès, Roxane. Le roi fonde aussi Alexandria Eskhate (actuelle Khodjent), sur le fleuve Iaxartès (Syr-Daria), qui marque le point le plus au nord de son périple.

L’Inde et la fin du périple

Peinture de Charles Le Brun montrant Alexandre et Poros lors de la bataille de l'Hydaspe.

L’Inde pour les Macédoniens et les Grecs est une contrée mystérieuse connue par les textes d’Hécatée de Milet et d’Hérodote ainsi que ceux de Ctésias, médecin à la cour d’Artaxerxès II. Ces auteurs ont sans doute utilisé la relation du voyage qu’y fit Scylax de Caryanda sur ordre de Darius Ier. La vallée de l’Indus est théoriquement sous le contrôle de l’empire achéménide depuis cette époque mais en réalité la frontière du pouvoir perse se limite aux Paraponisades. Quant à la vallée du Gange et au plateau du Deccan ils sont inconnus. Cependant des relations existent puisque l’on trouve dans les armées perses quelques éléphants et des contingents indiens.

Alexandre avait-il l’intention d’intervenir en Inde ? Il ne fait guère de doute que le but premier du roi est de restaurer à son profit les limites de l'empire de Darius Ier et d'en tirer les profits commerciaux inhérents. Ce qui semble probable est qu’il ait été aisément convaincu, alors qu’il guerroie encore en Sogdiane, par Taxile, l’un des roitelets de la vallée septentrionale de l’Indus, d’intervenir contre son ennemi Pôros qui règne sur le royaume de Paurava à l’est de l’Hydaspe et qui menace le Panjâb. Alexandre est conseillé aussi par un prince indien, Sisicottos, qui après avoir suivi la fortune de Bessos s’est rallié au conquérant. Le projet d'Alexandre est probablement plus ancien cependant puisqu'au printemps 329 il fonde une Alexandrie-du-Caucase (au nord de l'actuelle Kaboul) ce qui illustre clairement sa volonté de disposer d'une base arrière pour son expédition. Enfin le rappel d'un marin comme Néarque en 329/328[81] semble prouver qu'à ce moment Alexandre envisage déjà une expédition maritime entre l'Inde et le golfe Persique.

Souhaite-t-il continuer au-delà de l'Indus ? A-t-il une ambition mondiale[82] ? De nombreux historiens[83] estiment que son expédition vers le Gange, interrompue par la sédition de ses soldats sur l'Hyphase, avait pour but de s'emparer des bases commerciales indiennes (de la même façon qu'en 323, peu avant sa mort, il préparait probablement une expédition vers les ports arabes du golfe Persique) mais que l'objectif premier était bien le retour par la vallée de l'Indus, puis l'océan et le golfe Persique. Tout conduit par conséquent à admettre que, dans la droite ligne de son refus des propositions de paix faites par Darius III en 332 et 331, Alexandre avait déjà une idée relativement précise de ses objectifs globaux (devenir le maître de l'ensemble des territoires qui avaient été un jour achéménides et contrôler l'ensemble des grandes routes commerciales), même si leur application dans le détail restait beaucoup plus imprécise[84].

La conquête du nord-ouest de l’Inde (été 327 / été 326)

Article détaillé : Bataille de l'Hydaspe.
Parcours de l’armée d’Alexandre le Grand en Bactriane, en Sogdiane, puis le long de la vallée de l’Indus jusqu’à l’océan Indien.

Au printemps 327, Alexandre part de Bactres à la tête d’une armée considérable, sans doute 120 000 personnes dont au moins 60 000 soldats, le reste étant constitué d’esclaves, de serviteurs mais aussi de femmes et d’enfants[réf. nécessaire]. Les Grecs et Macédoniens ne représentent guère que la moitié des effectifs combattants. Le roi de Macédoine en effet a recruté des Asiatiques qui sont organisés dans des unités sur le modèle macédonien.

Alexandre repasse donc les monts Paraponisades et se rend à Alexandrie-du-Caucase (actuelle Bagram près de Kaboul). Là il reçoit le renfort du roi de Taxila qui lui offre quelques éléphants de guerre. Puis il charge Héphaestion et Perdiccas de soumettre les peuples vivant sur la rive sud du Cophen (la rivière qui descend de la vallée de l’actuelle Kaboul vers l’Indus) tandis que lui s’occupe de la rive septentrionale (été 327). Si la conquête de la rive sud se déroule sans trop d’encombre, ses deux généraux atteignant l’Indus avant lui, Alexandre est confronté aux Assacènes (Açvakas) qui offrent une forte résistance. La prise de leur ville forte Aornos (identifiée par l'archéologue Aurel Stein à la montagne de Pir Sar, au Pakistan[85]) lui donne du fil à retordre. Finalement il atteint l’Indus où Héphaestion et Perdiccas ont construit un pont et celui-ci est franchi au printemps 326. L’armée se repose alors à Taxila la capitale de Taxile. Peu après, l’armée s’ébranle pour combattre Pôros qui surveille l’Hydaspe (actuel Jhelum l’un des affluents de l’Indus) avec une armée nombreuse, forte de 200 éléphants de guerre. Alexandre manœuvre avec habileté car laissant Cratère avec le gros des troupes, il traverse avec sa cavalerie et ses hypaspistes le fleuve dans une région boisée environ 150 stades en amont (environ 30 km) afin de prendre Pôros à revers. La victoire est acquise mais c'est une bataille d’une grande violence. Bucéphale meurt lors de cette bataille et en son honneur, Alexandre fonde sur son tombeau la ville de Bucéphalie (ou Boukêphalia). Peu après, Alexandre perd son chien Péritas pour qui il construit également une ville éponyme[86].

Poursuivant sa politique d’intégration des chefs locaux, Alexandre laisse Pôros en place, conquis par la noblesse de celui-ci, avec un territoire plus vaste que celui qu’il avait à l’origine. Une révolte sur ses arrières de la part des Assacènes l’oblige à envoyer des troupes dirigées par Philippe et Tyriaspès tandis que lui-même parcourt le Panjâb actuel y soumettant les divers peuples qui y vivent. Alexandre pense alors franchir l’Hyphase (actuelle rivière Beâs au Penjab) pour atteindre la vallée du Gange et l’océan extérieur.

Mais à l’automne 326, sur les rives de ce fleuve, Alexandre doit affronter une levée de boucliers des Grecs et des Macédoniens et le roi ne parvient pas à les convaincre d’aller plus loin. Après s’être enfermé trois jours sous sa tente, le Conquérant est obligé de se plier à la volonté de ses soldats et donne l’ordre du retour. Il fait ériger douze autels monumentaux pour chacun des douze principaux dieux de l’Olympe, ainsi qu’un camp artificiellement agrandi jusqu’au triple de ses dimensions normales, marquant le point extrême de sa progression à l’est. Il fait apposer une inscription : « Ici s’est arrêté Alexandre ». Cet épisode est révélateur de la coupure qui s’est créée entre le roi et ses troupes. Certains de ses officiers, les épisodes de la mort de Philotas et de Cleithos le rappellent, sont hostiles à un mode de gouvernement de plus en plus personnel et autocratique, sur le modèle asiatique. Mais les soldats quant à eux sont, au moins pour les survivants du début de l’expédition, physiquement exténués[87]. Il y a de plus pour les soldats un désir légitime de revoir leur famille et de jouir du butin accumulé[88].

La conquête de la vallée de l’Indus (automne 326 / printemps 325)

Alexandre décide ensuite de soumettre toute la vallée de l’Indus. Il fait construire une flotte, prête à l’automne 326 où il embarque avec une partie de son armée, pour descendre l’Hydaspe puis l’Acésine afin de rejoindre l’Indus. Cette flotte est construite avec la contribution financière de nobles de la cour et de l’état-major du roi. Elle est dirigée par Néarque avec des équipages essentiellement phéniciens et grecs à la suite des renforts qu’Alexandre vient de recevoir. Avant le départ, et malgré la mort de Cœnos un des chefs militaires les plus populaires et un des plus fidèles compagnons d’Alexandre, une assemblée des princes locaux reconnaît Pôrôs comme souverain, sous la suzeraineté du roi de Macédoine et de l’empire perse. Alexandre embarque avec lui les archers, les hypaspistes et les cavaliers de sa garde cependant que Cratère longe la rive droite et Héphaestion, avec l’essentiel de l’armée, descend le long de la rive gauche.

À l’embouchure de l’Hydaspe et de l’Acesine des rapides endommagent la flotte qui doit réparer. Certains peuples se soumettent rapidement mais d’autres comme les Malliens et les Oxydraques refusent. Vers la mi-, le Conquérant soumet les Malliens, mais commet la faute d’attaquer une ville de brahmanes, ce qui provoque une rébellion qui se propage rapidement avant d’être réduite par Peithon. Au cours de cet engagement, il est assez sérieusement blessé, au point que l’armée croit en sa mort. Il doit faire ouvrir les rideaux de la cabine de son navire pour rassurer ses troupes.

Alexandre, trop empreint de culture grecque, ne comprendra jamais le système de castes indien, et finit par rejoindre l’embouchure de l’Indus après une violente campagne de répression[89]. Les Macédoniens sont effrayés par le phénomène des marées, quasi inconnu en mer Méditerranée, ce qui n’empêche pas Alexandre d’établir un port, des arsenaux, des citernes dans un port construit au sud de la ville de Pattala, preuve qu’il s’agit pour lui d’un territoire destiné à être incorporé à son empire.

Le difficile retour (juillet 325 / décembre 325)

Alexandre, pour son retour vers Babylone, divise son armée en trois corps (). Néarque avec une flotte d’une centaine de navires, 2 000 marins et 12 000 soldats, est chargé de rouvrir la route maritime entre l’Indus et l’embouchure du Tigre et de l’Euphrate. Cratère quant à lui a déjà quitté (en juillet) la vallée de l’Indus avec la moitié de la phalange (quatre taxes), les éléphants et les vétérans désirant retourner en Macédoine. Il remonte par l’Arachosie et la Drangiane (sud de l’Afghanistan actuel) et doit retrouver Alexandre en Carmanie (région qui correspond au sud de l’Iran vers le détroit d'Ormuz). Sans doute s’agit-il pour Alexandre de montrer ses troupes dans des régions soumises depuis peu, à proximité également de la Bactriane où les colons militaires viennent de se révolter[90].

Alexandre sur son cheval Bucéphale, bronze, musée national étrusque de la villa Giulia (Rome)

Alexandre choisit pour le retour l’itinéraire le plus difficile en longeant la côte de la Gédrosie (actuel Balouchistan pakistanais). Il s’agit de soutenir la flotte de Néarque en établissant des dépôts de vivre. Depuis Pattala sur l’Indus, il gagne avec 25 000 hommes l’actuelle région de Karachi où le peuple des Arabites capitule sans combattre. Puis Alexandre atteint la vallée du Purali dont il soumet les habitants, les Orites. La côte étant trop misérable pour approvisionner la troupe, Alexandre doit demander de l’aide aux Gédrosiens de l’intérieur du pays. Alexandre divise alors son armée en deux corps ; celui commandé par Léonnatos doit suivre l’itinéraire traditionnel des caravanes, plus au nord, et faire sa jonction avec Alexandre à Pura, capitale de la Gédrosie. Alexandre avec 12 000 hommes, dont ses troupes d’élite et un convoi de femmes et d’enfants, traverse la Gédrosie par le désert du Makran qui longe le littoral[91]. Or au moment où Alexandre entre dans le désert, les Gédrosiens et les Orites se révoltent ; il n’obtient donc pas les vivres promis. Le désert de Makran est une région particulièrement isolée, couverte de marécages salés, comptant peu d’oasis, en tout cas avec des ressources insuffisantes pour un tel effectif. Une grande partie du convoi avec les femmes, les enfants et les attelages est emporté par la brusque montée d’un torrent. La troupe met deux mois pour accomplir 700 km entre la vallée du Purali et Pura. Alexandre rallie la ville de Pura en décembre 325, où il est rejoint par le contingent de Léonnatos qui a entre-temps fondé Alexandrie des Orites. Malgré la saison des pluies, plus de 6 000 personnes seraient mortes de soif et d’épuisement durant cette marche dans le désert du Makran[92], d’autant qu’une partie des réserves de grain est déposée dans des fortins au bord de la mer pour approvisionner la flotte. Ce voyage est le plus éprouvant de toute l’expédition d’Alexandre et entraîne un grand nombre de décès par épuisement, soif et sous-alimentation ; tous les chevaux et les bêtes de somme meurent au cours de ce périple. D’autant que cette souffrance a été inutile : jamais Alexandre ne parvient à établir le contact avec la flotte de Néarque.

En Carmanie, Alexandre est rejoint par Cratère. Immédiatement Alexandre est confronté à des récriminations de toutes sortes sur les officiers qui ont gouverné l’empire en son absence. Les abus de ses satrapes sont les signes d’un malaise assez compréhensible en cette période troublée et que l’éloignement du roi ont favorisé. Deux stratèges de Médie, Sitalcès et Cléandre, officiers chargés de tuer Parménion[réf. nécessaire], sont exécutés ainsi plus tard qu’Héracon. Pilotée par Néarque, avec pour second Onésicrite, elle explore la côte avec minutie, et rencontre notamment des baleines pour la première fois, la flotte part avec un mois de retard sur les plans initiaux, à cause des vents de mousson, le , longe la côte de la mer d’Érythrée (actuelle mer d’Oman) pour rallier l’Euphrate. Confrontée à plusieurs tempêtes, qui coulent trois navires au moins, Néarque est aussi obligé de maintenir la flotte à la mer jour et nuit car il craint les désertions. Il est impossible de se ravitailler à terre sur la côte de la Gédrosie, le pays des misérables Ichtyophages (« mangeurs de poisson »). En outre les dépôts laissés par Alexandre sont attaqués par les Orites. Les seuls aliments proviennent donc de la mer ; ce qui prend au dépourvu la flotte, laquelle souffre de la faim. Après 1 300 km et 80 jours de navigation, Néarque parvient à Harmozia (Ormuz) en face du promontoire de Macéta (actuel Émirats arabes unis). Néarque quitte alors la flotte et se rend au-devant d’Alexandre qui le reçoit avec des transports d’allégresse, persuadé de la disparition de sa flotte. Néarque repart ensuite jusqu’aux bouches de l’Euphrate () et rallie Suse.

La dernière année du règne

Les noces de Suse et la mutinerie d’Opis (hiver / printemps 324)

L’empire d’Alexandre

De Carmanie, Alexandre se rend au début de l’année 324 à Pasargades avec des troupes légères tandis qu’Héphaestion poursuit le voyage avec le gros de l’armée le long des côtes de la Perse. C’est à ce moment qu’il entreprend de restaurer le tombeau de Cyrus le Grand, lequel avait été pillé en son absence, et de punir les coupables. Il se débarrasse aussi de plusieurs satrapes tel Baryaxès qui s’était proclamé Grand Roi ou Orxinès en Perse dont la fidélité était sujette à caution. Puis il arrive à Suse.

C’est à ce moment qu’interviennent les fameuses noces de Suse. Cet épisode est un acte symbolique très solennel révélateur de la volonté du roi de fondre en un seul peuple les Macédoniens et Grecs ainsi que les Asiatiques. C’est ainsi que dix mille de ses compagnons épousent le même jour des femmes asiatiques. Alexandre y épouse Stateira, fille aînée de Darius III, tandis qu’Héphaestion épouse une de ses sœurs cadettes. Les mariages se font à la mode perse, ce qui ne manque pas de provoquer la désapprobation des Macédoniens (qui ont déjà vu leur roi s’unir à Roxane) qui en concluent qu’Alexandre s’éloigne des coutumes grecques pour adopter une mentalité « barbare ». Le conquérant marque également la volonté d’intégrer de jeunes Perses à son armée. Pour calmer la colère, Alexandre paye les dettes de ses soldats et offre en un geste symbolique des couronnes d’or à ses généraux.

Ces gestes sont insuffisants pour éviter qu’une révolte des vétérans n’éclate à Opis (de) (au nord de Babylone). L’élément déclencheur est bien cette place nouvelle qui est accordée par Alexandre à ses troupes asiatiques. Ainsi la création d’une cinquième hipparchie composée d’Asiatiques dans le corps des hétères est-elle mal ressentie. Aussi le jour même où Alexandre libère 10 000 vétérans éclate la mutinerie. Il lui est demandé de donner congé à tous, d’entreprendre de nouvelles conquêtes tout seul, ou avec son père Amon. Cette remise en cause de son origine divine le rend fou de rage et Alexandre se précipite sur les mutins avec ses hypaspistes. Il fait exécuter treize des meneurs et reprend, par un discours habile où il flatte l’orgueil de ses hommes, le contrôle de la situation. Il se retire ensuite sous sa tente et ne s’adresse plus qu’aux Perses refusant de parler aux Macédoniens. Ceux-ci supplient alors le roi de leur rendre leur place auprès de lui et promettent de le suivre où il voudra les conduire.

Cette réconciliation théâtrale prouve l’habileté du roi qui conserve son ascendant sur ses troupes tout en atteignant ses objectifs puisque les Asiatiques restent dans l’armée. Mais cette mutinerie éclaire bien la distance qu'il y a entre les projets du roi et les désirs de ses troupes fatiguées. À Opis les troupes s'aperçoivent qu'Alexandre a bien l'intention « d'établir pour toujours en Asie le centre de son royaume. »[93]. Les nouvelles entreprises du roi apparaissent aux yeux de ses soldats comme de plus en plus personnelles et ils s'en estiment de moins en moins solidaires. Cette résistance de l'armée à la politique de fusion avec les troupes asiatiques constitue assurément le plus grave échec d'Alexandre.

Plusieurs milliers de vétérans sont libérés et rentrent en Macédoine, commandés par Cratère et Polyperchon. Cratère est chargé de remplacer Antipatros en Macédoine, en conflit permanent avec Olympias, et dont Alexandre semble à ce moment se méfier, tandis qu’Antipatros doit emmener en Asie de nouvelles recrues pour les projets futurs du roi (été 324).

Ultimes desseins (été 324 / printemps 323)

D’Opis par la vallée du Zagros, Alexandre se rend à Ecbatane. C’est là, au cours de l’hiver 324, que meurt le favori d’Alexandre, Héphaestion, probablement de maladie. La douleur du roi est assimilée par les historiens antiques à celle d’Achille sur le corps de Patrocle. Alexandre rend à son compagnon des honneurs quasi royaux. Mais les tâches royales reprennent vite le dessus et une dernière campagne est organisée contre les habitants du Lorestan actuel (sud-ouest de l’Iran) et contre les Ouxiens montagnards que les Perses n’avaient jamais totalement soumis.

Pièce de Ptolémée avec Alexandre portant un scalp d’éléphant, symbole de sa conquête de l’Indus.

Alexandre se rend ensuite à Babylone au printemps 323. En chemin il reçoit des ambassades venues de Grèce. Les Athéniens en particulier protestent contre un décret d’Alexandre ordonnant le rappel des bannis et contre celui réclamant pour le roi les honneurs divins. Le décret sur les bannis sera l’un des prétextes au déclenchement de la guerre lamiaque à la mort du roi.

Alexandre multiplie les rencontres avec des ambassades venues des pays limitrophes de son empire (Libye, Cyrénaïque, Celtes des Balkans, sans doute Carthaginois) sans qu’il soit possible de déterminer avec précision quels sont ses objectifs. Le voyage de Néarque ayant montré combien les communications maritimes avec la partie orientale de l’empire étaient plus aisées que les communications terrestres, Alexandre ordonne l’exploration des mers limitrophes. Ainsi Héraclide est-il envoyé explorer la mer Caspienne et trois expéditions successives sont envoyées reconnaître les côtes de l’Arabie. Les deux premières, celle d’Archias de Pella, et celle d’Androsthène ne dépassent pas l’île de Tylos (actuelle île de Bahreïn). Celle d’Hièron de Soles atteint sans doute le golfe de Suez. Cette reconnaissance totale des côtes de la mer Rouge à l’embouchure de l’Indus va donner à Alexandrie un rôle pivot dans le développement des relations commerciales entre la mer Égée, et donc la Grèce, et l’Asie.

Les historiens ne s’accordent pas sur ses derniers desseins. Plusieurs auteurs anciens affirment qu'Alexandre caresse le projet de conquérir le bassin occidental de la mer Méditerranée[94]. Il est plausible en effet qu’il ait envisagé de se tourner vers la mer Méditerranée occidentale, en particulier vers Carthage. Perdiccas l'affirme devant les troupes peu après le décès du roi. Ce qui est certain, c’est qu’une expédition est envisagée pour le 20 du mois de Dæsios () que les sources antiques orientent vers le sud de la Libye afin d’atteindre l’Occident. S’agit-il, sinon de s’aventurer en Arabie, plus vraisemblablement d’assurer la prospérité et la durée de son empire par la maîtrise des mers environnantes ? La question que se posent les historiens contemporains est donc de comprendre s'il y a deux projets distincts, la conquête de la Méditerranée orientale d'une part et le contrôle des côtes de l'Arabie et de la mer Rouge d'autre part, ou s'il ne s'agissait que d'un seul et même projet à savoir relier Alexandrie du Tigre à Alexandrie en Égypte puis de là poursuivre vers Carthage et la Sicile[24].

Auparavant, Alexandre consacre les dernières semaines de sa vie à parcourir les canaux de l’Euphrate et à faire exécuter des travaux destinés à réguler les inondations. Puis il revient à Babylone et reçoit, tel un dieu, les théores (émissaires) envoyés par les cités grecques.

Les derniers jours (juin 323)

Alexandre sur son lit de mort, peinture de Karl von Piloty de 1886.

Alexandre a-t-il été empoisonné ? Cette rumeur qui accuse Cassandre et Iolas, les fils d’Antipatros (Iolas, échanson du roi, est le suspect idéal), est évoquée par les auteurs de la Vulgate d’Alexandre (sans toutefois qu’ils la cautionnent véritablement[95]), et contestée par Arrien et Plutarque[96].

À la suite de désaccords dans la politique à mener en Grèce et aux conflits avec Olympias, Alexandre compte en effet relever Antipatros de la régence de Macédoine pour le remplacer par le fidèle Cratère. Cependant cette rumeur, fomentée par Olympias, se répand plusieurs années après la mort d’Alexandre, à une époque où les diadoques se déchirent déjà et où la volonté de discréditer les concurrents potentiels est forte. Cette hypothèse est bien entendu invérifiable de nos jours. Des études récentes estiment qu’Alexandre est mort du virus du Nil occidental[97]. Cette saison de fin de printemps dans la région marécageuse que constitue le sud de l’Irak actuel est également propice à cette maladie.

Plutarque et Arrien ont écrit, d’après les Éphémérides royales, le détail des derniers jours du roi entre le 15 et le 28 du mois de Dæsios (27 mai au 10 juin)[98]. Selon Plutarque, Alexandre est troublé par la multiplication de signes funestes. Ainsi, lors de la navigation sur l’Euphrate, un coup de vent emporte le diadème royal tandis qu’à Babylone, un inconnu ose s’asseoir sur le trône d’Alexandre, geste qu’il paye de sa vie. Puis les fêtes dionysiaques (komos) et les soirées de beuveries, dont le roi est coutumier, reprennent. Ainsi, les 16 et 17 Dæsios, Alexandre passe de banquets en banquets chez Néarque puis chez un hétère thessalien, Médios de Larissa.

Le 18 au matin (), il est pris d’une fièvre qui va durer jusqu’à son décès. Les premiers jours, jusqu’au 22 Dæsios (), il continue à donner des ordres et à surveiller les préparatifs de son expédition mais, à partir du 23, l’aggravation de son état l’en rend incapable. Le 25 Dæsios, il perd l’usage de la parole et ne peut parler à ses officiers, qu’il reconnaît cependant. Une terrible fièvre s’empare de lui à partir de la nuit du 25 au 26 Dæsios. Le 27, les soldats le croyant mort exigent de le voir et défilent devant le roi, sans armes, lequel salue chaque homme d’un mouvement de tête ou d’un clignement des yeux.

Alexandre le Grand meurt le 28 Dæsios au soir, c’est-à-dire le , à l’âge de 32 ans à Babylone[99],[100].

Selon l'historien Valerio Massimo Manfredi, ses campagnes militaires l'avaient beaucoup affaibli, si bien qu'au milieu d’un grand festin, après avoir vidé plusieurs fois la grande coupe d'Héraclès remplie de vin pur, il perd connaissance à cause d'une lésion interne grave comme la perforation d'un ulcère gastrique ou une pancréatite aiguë[101].

Par la suite, ses généraux, les diadoques, se livrent de nombreuses guerres pour le partage de l'empire.

Le tombeau d'Alexandre

Article détaillé : Tombeau d'Alexandre le Grand.

Le cadavre embaumé d’Alexandre devient l'enjeu d'un conflit entre ses diadoques. L'un d'eux, Perdiccas, fidèle à Roxane et à Alexandre IV, décide dans un premier temps de le rapatrier à Aigéai, l'ancienne capitale de Macédoine, où reposent les ancêtres du conquérant. Le corps est ainsi placé dans un premier sarcophage anthropoïde en or, enfermé à son tour dans un deuxième cercueil doré, un drap pourpre recouvrant le tout. L'ensemble est disposé sur un char d'apparat surmonté d'un toit que soutient un péristyle ionique[102]. Ptolémée Ier Soter n'hésite pas à attaquer la procession funéraire pour s'approprier le sarcophage et l'exposer à la dévotion à Memphis. Selon le pseudo-Callisthène, le cadavre est ensuite transporté à Alexandrie vers -280, à l'aide d'un coffre de plomb par Ptolémée II. Ce dernier le place à l'intérieur d'un temple dans un nouveau sarcophage recouvert d'or. Ptolémée IV Philopator enfin fait construire un mausolée somptueux (le Sôma) dans lequel il expose la dépouille d'Alexandre. Selon La Pharsale de Lucain[103], le monument se dressait sur un tumulus et avait la forme d'une tour de marbre surmontée d'un dôme pyramidal. Tout autour étaient aménagées de petites chapelles destinées à recevoir les corps des rois lagides, l'ensemble étant protégé par une enceinte murée délimitant le téménos. Il est presque certain que le Sôma se trouvait quelque part à l'intersection de la voie Canopique, qui traverse la ville selon un axe nord-est sud-ouest depuis la porte du Soleil jusqu'à la porte de la Lune, et de l'autre voie principale orientée nord-sud qui relie la presqu'île de Lochias au lac Maréotis.

Pour Strabon[104], le monument fait même partie de la basilique. Ptolémée IX, à court d'argent selon Antiochos Grypus, aurait fait remplacer en -89 le cercueil d'or par un cercueil de verre ou d'albâtre translucide[105]. Le cadavre embaumé y reste plusieurs centaines d'années et devient un objet de visite pour un grand nombre d'hommes politiques, de généraux tant grecs que romains. Ainsi, selon Suétone[106], l'empereur Auguste aurait visité le tombeau et retiré un instant le corps du sarcophage pour lui mettre avec respect une couronne d'or sur la tête et le couvrir de fleurs. La manipulation aurait malheureusement abîmé le nez du cadavre.

La dernière visite importante est celle de l'empereur Caracalla en 215. Ce dernier n'hésite pas à s'approprier la tunique, la bague et la ceinture du Macédonien, la cuirasse, quant à elle, ayant probablement déjà été volée par Caligula. Dès le IVe siècle, un tremblement de terre et divers vandalismes romains ayant probablement dégradé le monument, l'emplacement du Sôma n'est plus connu. Les historiens et archéologues, malgré de nombreuses recherches et hypothèses, ignorent encore de nos jours son emplacement exact.

Bilan

Buste d'Alexandre le Grand (château de Versailles)

Le bilan de l’œuvre d’Alexandre le Grand est complexe à réaliser parce que celle-ci est inachevée.

Avec les peuples asiatiques, Alexandre accède le plus souvent à un statut de roi-dieu. Ainsi en Égypte il est pharaon, Horus vivant. À Babylone il est roi de par la volonté du dieu principal de la cité, Mardouk[107]. C’est pourquoi Alexandre, qui s’appuie sur les traditions asiatiques, cherche à être honoré comme un dieu par tous ses sujets. Il parait peu probable qu’il ait cru véritablement être un dieu. Héphaestion et lui en font même un sujet de plaisanteries[108]. Mais il est convaincu de l’essence divine de sa mission et pense sincèrement qu’il est fils de dieu.

En principe, Alexandre parvient à unifier son empire car tous les territoires conquis en Asie dépendent de l’autorité du roi mais derrière cette souveraineté totale se cache une grande diversité de statuts et de situations comme l’administration satrapique. Cela est la conséquence directe de l’extraordinaire rapidité de la conquête.

Économiquement, Alexandre donne l’impression d’un souverain soucieux d’exploiter l’espace conquis et d’en répertorier les richesses. Cela est peut-être dû à l’influence d’Aristote avec lequel il reste longtemps en contact. L’expédition du roi de Macédoine est accompagnée de bématistes, éclaireurs chargés de recueillir les renseignements (topographiques) avant chaque bataille, et de les consigner par écrit. Mais l’expédition d’Alexandre est aussi et avant tout une opération prédatrice de pillage caractérisé au bénéfice de la seule Macédoine, et, dans une moindre mesure de la Grèce. Les trésors pris représentent des sommes astronomiques mais les dépenses de l’expédition sont elles-mêmes gigantesques si bien qu’à la mort du roi, malgré l’expansion commerciale, il ne reste d’après Justin que 50 000 talents dans les caisses de l’État[109].

La publication en 1833 par le jeune historien Johann Gustav Droysen de Geschichte Alexanders des Grossen passe pour un tournant fondateur de l'historiographie d'Alexandre le Grand mais son bilan a déjà réalisé par les plumes européennes des Lumières (moralistes, antiquaires, philosophes, romanciers, historiens) qui ont contribué de manière essentielle aux interrogations posées par l'expansion européenne dans des terres devenues ses colonies[110].

Alexandre est généralement considéré comme l'un des meilleurs stratèges de l'histoire, parfois même comme le meilleur de tous, ainsi, souvent Clausewitz cite Alexandre et Napoléon comme les « dieux de la guerre »[réf. souhaitée], et plusieurs souverains militaires, toutes époques et tous continents confondus, lui rendront régulièrement hommage ou feront écho à sa légende. Ainsi, des généraux antiques, tels Hannibal ou César, ou des puissants souverains, tels Gengis Khan ou Napoléon, revendiqueront au nom d'Alexandre celui de plus grand général de l'histoire, et à maintes reprises auront la prétention de reformer son empire, que cela soit par pure ambition, ou justification de leurs conquêtes. Il reste tout au long de l'Antiquité et au-delà, l'incarnation même du conquérant victorieux (Alexandre est resté invaincu sur les champs de bataille tout au long de sa vie). Plusieurs peuples, occidentaux comme orientaux, lui voueront un culte, tels les Romains (Auguste aurait posé une couronne d'or sur la momie d'Alexandre), ou même les civilisations médiévales, où son épopée fait l'objet d'un recueil de légendes, le Roman d'Alexandre, qui mêle la réalité et le fantastique. Il reste une figure à la fois mythique et partagée dans les régions conquises, où l'on a reconnu des peuples afghans au XIXe siècle vénérant « Iskandar » (variante orientale du prénom Alexandre comme un ancien dieu, de fait, son passage et celui de son armée auront profondément marqué les peuples conquis).

Le personnage d’Alexandre

Alexandre le Grand a inspiré non seulement de très nombreuses représentations mais aussi a entraîné, bien au-delà de sa mort, de nombreuses querelles historiques et idéologiques.

Expressions artistiques

Peinture

Les reines de Perse aux pieds d'Alexandre : début de l'imagerie officielle d'Alexandre le Grand rapportée à Louis XIV[111].

Alexandre et ses conquêtes ont été les sujets de nombreux tableaux et dessins, notamment par Charles Le Brun, Jan Brueghel l'Ancien, Jean Simon Berthélemy et Raphaël.

Littérature

Illustration de la notice sur Alexandre dans une copie du Liber floridus réalisée vers 1260. BNF.

Cinéma

Alexandre a été représenté de nombreuses fois au cinéma.

En 1941, Sohrab Modi réalise le film Sikandar.

En 1956, Robert Rossen dirige Alexandre le Grand (Alexander the great) avec comme acteurs Richard Burton, Fredric March, Danielle Darrieux ou encore Claire Bloom[112].

En 1980, Theo Angelopoulos réalise le film Alexandre le Grand.

En 2004, Oliver Stone avec, Alexandre, où Colin Farrell, Angelina Jolie, Val Kilmer, Jared Leto ou encore Anthony Hopkins[113] racontent l’épopée du personnage.

En 2011 paraît un documentaire historique sur différents chantiers archéologiques retraçant le royaume florissant d'Alexandre Le Grand[114].

Bande dessinée

Alexandre est le modèle d'Ozymandias, l'un des personnages principaux de Watchmen - Les gardiens.

Manga

Dans le light novel et l'animé Fate/zero de Type-Moon, Alexandre le Grand est invoqué en classe Rider par Waver Velvet.

Musique

La chanson Alexander the Great, sur le disque Somewhere in Time du groupe de heavy metal britannique Iron Maiden rend hommage à ce personnage historique. Le début de la chanson est introduit avec la citation suivante :

My son ask for thyself another kingdom, for that which I leave is too small for thee.

—  Roi Philippe de Macédoine

« Mon fils, demande pour toi un autre royaume, car celui que je laisse est trop petit pour toi. »

À noter que les termes thyself et thee sont des mots provenant de l’anglais moderne naissant. On les utilisait lorsque l’on voulait désigner Dieu ou une personne envers qui l’on avait une très grande estime.

Jeu

Il est le roi de trèfle dans un jeu de cartes français traditionnel.

Alexandre et les religions

Le personnage coranique appelé Dhû-l-Qarnayn (« celui qui a deux cornes ») est souvent identifié à Alexandre[115][réf. insuffisante].

La récupération du personnage et de sa vie

Le personnage d'Alexandre a été utilisé dès sa mort par de nombreux hommes politiques. En effet, sa mort a entraîné une querelle mémorielle entre les Diadoques, et son souvenir est régulièrement ranimé par les souverains hellénistiques.

Le nazisme conçoit Alexandre et la période hellénistique comme un moment de dénordification (concept créé par des historiens nazis pour expliquer la défaite et la chute des civilisations les plus brillantes[116]) de la Grèce. Ainsi, le personnage d'Alexandre est ambigu aux yeux du national-socialisme : d'une part, la célébration du conquérant nordique, de l'autre l'aspirant à la monarchie universelle, ayant encouragé les mélanges raciaux[116]. Perçu comme un indogermain, il subordonne l'ensemble de sa politique à l'édification d'un empire universel, faisant du sang aryen, grec et macédonien, un matériau d'égale valeur que le sang des Perses dans l'édification de son empire, alors que Philippe, son père aurait su préserver la race aryenne dans le Royaume de Macédoine[117]. Rosenberg propose une approche plus nuancée, même si elle reste globalement négative : à ses yeux, Alexandre souhaite, non la fusion des peuples, mais celle des élites perses et grecques, parentes d'un point de vue racial[118] : le principal reproche qu'il fait au personnage d'Alexandre est l'absence de pérennité de son œuvre, car les monarques hellénistiques n'ont pas été en mesure de préserver la domination perso-macédonienne, ainsi que l'hégémonie raciale permise par cette alliance[119]. Pour d'autres, la période inaugurée par Alexandre le Grand est une période de destruction et d’abâtardissement racial : les Épigones règnent en réalité non sur un monde nordique, mais sur un monde sur lequel a été déposée une fine couche nordique, cette fine couche nordique masquant en réalité l'infiltration, dans les rangs macédoniens, d'éléments sémitiques issus du monde méditerranéen ; si les Grecs de la période macédonienne ont cependant été en mesure d'accomplir de grandes choses, dans le domaine des arts, notamment, c'est surtout parce que le processus de subversion[120] raciale par les populations sémitiques et arméniennes[121] n'était pas encore arrivé à son terme, selon les historiens nazis[120].

Notes et références

  1. « Alexandre naquit le six du mois d’hécatombeion, que les Macédoniens appellent Loüs ». Plutarque, Alexandre, 4.
  2. Victoria Charles et Sun Tzu, L'art de la guerre, Parkstone International, , 256 p. (lire en ligne)
  3. Elizabeth Carney, Olympias : Mother of Alexander the Great, Routledge, , 240 p. (lire en ligne)
  4. Pierre Cabanes, L'Épire de la mort de Pyrrhos à la conquête romaine (272 - 167 av. J.-C.), Presses Univ. Franche-Comté, , 644 p.
  5. L'Orient méditerranéen de la mort d'Alexandre aux campagnes de Pompée : Cités et royaumes à l'époque hellénistique, Presses Univ. du Mirail, , 414 p.
  6. Joyce E. Salisbury, Encyclopedia of Women in the Ancient World, ABC-CLIO, , 385 p., p. 256-257
  7. Alexandre III le Grand, MEMO.
  8. Plutarque, Vies parallèles [détail des éditions] [lire en ligne], Alexandre 2.1.
  9. Plutarque, Vie d’Alexandre, traduction d’Amyot, 2, 3 et 3, 5 à 7
  10. Le temple d’Artémis, Les sept merveilles.
  11. Plutarque, Alexandre 2.2–3.
  12. « Plutarque mentionne le phénomène, et plusieurs statues antiques, à la suite du sculpteur Lysippe, montrent une inclinaison plus ou moins accentuée. Rien de la coquetterie, d’un signe d’élégance, ou d’une exagération de Lysippe n’en est la cause, mais une pathologie, si l’on en croit les médecins modernes qui ont étudié le buste conservé au Louvre, et les statuettes en ivoire retrouvées en 1977 à Vergina. Alexandre avait la tête inclinée à droite et le cou en avant, avec un raccourcissement du muscle sterno-cléido-mastoïdien ; qui plus est, son œil droit était plus bas que le gauche. La source du problème pourrait être un torticolis musculaire, provoqué soit par un choc violent, soit par un trouble oculaire (strabisme vertical ou paralysie des muscles oculaires) d’origine héréditaire puisqu’on retrouve semble-t-il cette pathologie sur les statuettes de personnages apparentés à Alexandre. », L. Mangin, « La tête penchée d’Alexandre », Pour la Science, no 342, avril 2006.
  13. Platon, Ménexène (245d)
  14. Encyclopædia Universalis, article Alexandre le Grand, t. 1, édition de 1989, p. 744-748.
  15. Justin, Abrégé des Histoires philippiques de Trogue Pompée, Livre VII.
  16. Plutarque, Alexandre, LI.
  17. C'est à cette époque, selon la tradition lorsqu’il avait dix ans, qu'il parvient à dresser [[Bucéphale (cheval)|]], le cheval qui le suivra le long de ses conquêtes. Avant lui, personne n’avait réussi mais ayant remarqué que l’animal avait peur de son ombre, Alexandre parvint à le maîtriser en le plaçant face au soleil.
  18. Werner Jaeger, Aristote, Fondements pour une histoire de son évolution, L'Éclat, 1997, p. 120-121.
  19. Grande Galerie -Le Journal du Louvre, septembre/octobre/novembre/ 2011, no 17.
  20. Banquet des Deipnosophistes : X, 435
  21. Alexandre le Grand, Clio la Muse, 2007.
  22. Diodore de Sicile, XVI, 89, 3.
  23. Arnaldo Momigliano, Philippe de Macédoine : Essai sur l'histoire grecque du IVe siècle av. J.-C., Éditions de l’éclat, , 246 p. (lire en ligne)
  24. a et b Pierre Briant, Alexandre le Grand, P.U.F., 1977.
  25. Guerre contre Philippe, roi de Macédoine dans Histoire de la Grèce, comte de Ségur.
  26. (en) Paul Doherty, Alexander the Great : The Death of a God, Hachette UK, , 223 p. (lire en ligne)
  27. J.B. Fears, Pausanias, the assassin of Philipp II, Athenaeum, 1975, LXIII, p. 111-135.
  28. À l'exception notable d'E. Badian, The death of Philipp II, éd. Phœnix, 1963.
  29. Pierre Briant, Alexandre le Grand, P.U.F., 1977, p. 30.
  30. Michel Mourre, Dictionnaire encyclopédique d'histoire, édition Bordas, t. 1, 1996
  31. Johann Gustav Droysen, Alexandre le Grand, Editions Complexe, , 490 p. (lire en ligne)
  32. Nicholas Geoffrey Lemprière Hammond, A History of Macedonia : 336-167 B.C., vol. 3, Oxford University Press, (ISBN 9780198148159, présentation en ligne)
  33. http://books.google.se/?id=JJ4K1wFZkrsC&pg=PA258
  34. Patrice Brun, Le monde grec à l'époque classique : 500-323 av. J.-C., Armand Colin, (ISBN 9782200258290, présentation en ligne)
  35. , William Woodthorpe Tarn, Alexander the Great, vol. 1, CUP Archive, 1979
  36. Justin, Abrégé des Histoires philippiques de Trogue Pompée, Livre XI.
  37. Johann Gustav Droysen, Alexandre le Grand, Editions Complexe, , 490 p. (lire en ligne)
  38. François Lefèvre, Histoire du monde grec antique, Le Livre de poche, coll. Inédit-Histoire, 2007.
  39. C'est à ce propos que Démosthène expose sa fameuse parabole sur les moutons livrant leurs chiens au loup
  40. Pierre Briant, Alexandre le Grand : de la Grèce à l'Inde., Éditions Découvertes Gallimard, 2005
  41. Polybe, Histoires [détail des éditions] [lire en ligne], XVIII, 29-30 Université de Lausanne
  42. Johann Gustav Droysen, Alexandre le Grand, Editions Complexe, , 490 p. (lire en ligne)
  43. Plutarque, Vies parallèles [détail des éditions] [lire en ligne], Vie de Thésée (4)
  44. Les principales sources secondaires pour les épisodes de la vie d’Alexandre au début de sa conquête sont : Arrien, Anabase, I, 1 et II, 12 ; Diodore de Sicile, XVII, 16-38 ; Plutarque, Alexandre (15-23) ; Justin, Abrégé des Histoires Philippiques, XI (5, 1-9). Elles s'appuient sur des sources primaires comme les textes des arpenteurs, des éphémérides, les récits de ses compagnons.
  45. Les 20 plus grandes batailles de l'Histoire, [Anvers, Éd. Beckers, 1966] : vol. (p.  104)
  46. La réalité de ce geste a longtemps été discutée, mais l’étude de G. Radet, Notes critiques sur l’histoire d’Alexandre, 2e série, 8, p. 119 et suivantes publiée dans les années 1930, établit la réalité du pèlerinage d’Alexandre.
  47. Arrien, Anabase, I, 11, 6-12
  48. Extrait de la traduction d’Alessandra Lukinovitch et d’Anne-France Morand, Belles Lettres, 2004.
  49. (en) Andrew Michael Chugg, Alexander's Lovers, Lulu.com, , p. 114
  50. (en) Robin Lane Fox, Alexander the Great, E.P. Dutton, , p. 113
  51. Arrien, Anabase, I, 12, 10
  52. Plutarque, Vie de Camille, 19, 6.
  53. , sans doute pour des raisons financières puisqu'il faut attendre la prise de Sardes et de son trésor pour qu'Alexandre connaisse une aisance matérielle qui est l'un des facteurs expliquant sa réussite
  54. A. R. Bellinger, Essays on the coinage of Alexander the Great, New-York, 1967
  55. Pierre Jouget, L’Impérialisme macédonien et l’hellénisation de l’Orient, Éditions Albin Michel (1972) p. 31.
  56. Isocrate, Philippe, 120.
  57. (fr) Théophraste, Recherche sur les plantes (traduction et commentaires de Suzanne Amigues), Belin, , 414 p. (p. 43)
  58. Pierre Briant, Alexandre le Grand, De la Grèce à l’Inde, Collection Découverte Gallimard, édition de janvier 2005, p. 48
  59. en sept jours selon Arrien
  60. Françoise Ruzé, Le monde grec antique, Hachette Éducation Technique, (ISBN 9782011818348, présentation en ligne)
  61. Maurice Sartre, D'Alexandre à Zénobie, Histoire du Levant antique, IVe siècle av. J.-C. - IIIe siècle ap. J.-C., Fayard, (ISBN 9782213-609218), p. 73-74.
  62. Le siège de Tyr par Alexandre, Histoire-militaire.org
  63. C'est à ce moment qu'a lieu probablement le fameux échange rapporté par Quinte-Curce (Histoire d'Alexandre, IV, 11, 13.) entre Parménion qui, parlant des offres de paix de Darius, affirme : « Je les accepterais si j'étais Alexandre », ce qui entraîne immédiatement la réplique du roi : « Et moi aussi, si j'étais Parménion ».
  64. Isocrate, IV, 50.
  65. Isocrate, dans son discours de 346 av. J.-C. intitulé Philippos se pose en apôtre du panhellénisme et fait de Philippe II l'unificateur de la Grèce et le chef de la guerre contre les Perses
  66. Xénophon, Cyropédie, VII, 5, 73.
  67. Quinte-Curce, IV, 5, 8.
  68. Arrien, Anabase, II, 25, 3
  69. Shaw 2003, p. 385.
  70. Ainsi il libère les mercenaires athéniens faits prisonniers au Granique. Il renvoie à Athènes, à une époque où la victoire d'Antipatros contre Agis III ne lui est pas parvenue, les statues des Tyrranoctones que Xerxès Ier avait fait enlever en -480.
  71. Une autre hypothèse est qu’il se soit rallié à Alexandre dès 333 lors du séjour de celui-ci à Tarse
  72. Agis avait déjà tenté d'agir en collaboration avec les Perses en 333 mais la défaite de Darius à Issos avait ruiné ses espoirs de mener une action concertée contre Alexandre.
  73. Pierre Briant Alexandre le Grand, P.U.F., 1977.
  74. Qui met cependant plusieurs mois à arriver à Alexandre ce qui explique que pendant la période de la fin 331/début 330 ont le voit multiplier les gestes de bonne volonté à l'égard des Grecs d'Europe
  75. L'incendie serait alors une opération de propagande envers les Grecs à un moment où la situation est tendue en Grèce et où la nouvelle de la victoire d'Antipatros sur Sparte n'est peut-être pas encore parvenue à Alexandre. L'incendie de Persépolis serait alors la revanche de l'incendie d'Athènes par Xerxès Ier en -480.
  76. Plutarque, Vie d'Alexandre, 38.
  77. Quinte-Curce, VI, 3, 15-16.
  78. Celui-ci, selon Quinte-Curce dans son Histoire d'Alexandre (VII, 4, 4), reproche à Darius ses choix stratégiques calamiteux.
  79. Pierre Briant, Alexandre le Grand : De la Grèce à l’Inde, Collection Découvertes Gallimard, 1987 (édition 2005), p. 82
  80. Quinte-Curce, VII, 7, 39.
  81. Il était satrape de Lycie et de Pamphylie depuis la fin de 334.
  82. Ce que certains historiens contemporains ont défendu, tel F. Schachermeyr dans Alexander der Grosse. Das Problem seiner Persönlichkeit und seines Werkes publié en 1973.
  83. Pierre Briant en particulier
  84. Pierre Briant, Alexandre le Grand, P.U.F., 1974.
  85. Aurel Stein, Alexander's Track to the Indus: Personal Narrative of Explorations on the North-West Frontier of India, Londres, Macmillan & Co. 1929 réed. New York, Benjamin Blom, 1972.
  86. Plutarque, Vie d’Alexandre, 61.
  87. Un simple soldat de l’expédition qui quitte la Macédoine en 334 et qui atteint l’Inde a parcouru environ 20 000 kilomètres.
  88. Pierre Briant, Alexandre le Grand, PUF, 1974
  89. Arrien, Anabase, VI, 14, 3. Arrien dresse un récit effrayant de la campagne contre les Malliens qui sont soumis à un véritable « génocide ». Il en est de même en Gédrosie.
  90. La Grèce hellénistique
  91. Il est difficile d’établir l’itinéraire exact suivi par Alexandre entre le Purali et Pura. Les sources antiques sont peu précises et parfois contradictoires : Diodore de Sicile, Bibliothèque Historique, XVII, 105-106 ; Quinte-Curce, Histoire d’Alexandre, IX, 10, 4-19 ; Plutarque, Vie d’Alexandre, 66, 4-7 ; Arrien, Anabase, 6, 21-27 ; Indica, 20-36, 3 ; Justin, Abrégé des Histoires Philippiques, XII, 10, 7 ; Strabon, Géographie, XV, 720-723.
  92. Plutarque se trompe en écrivant qu’Alexandre a perdu en Gédrosie les trois-quarts de son armée. Voir à ce sujet Paul Faure, Alexandre, Fayard, 1985, p. 118-119 ; Paul Goukowsky, Alexandre et la conquête de l’Orient, PUF, 1975, p. 299.
  93. Quinte-Curce, Histoire d'Alexandre, X, 2, 12.
  94. Diodore de Sicile, XVIII, 4, 1, 6.
  95. Diodore de Sicile, Bibliothèque Historique, XVII, 118, 1-2 ; Quinte-Curce, Histoire d’Alexandre, X, 10, 14-18 ; Justin, Abrégé des Histoires Philippiques, XII, 13.
  96. Arrien, Anabase, VII, 27, 1-2 ; Plutarque, Vie d’Alexandre, 77, 1-3.
  97. John S. Marr et Charles H. Calisher, Alexander the Great and West Nile Virus Encephalitis, 2003
  98. Rédigées par le chancelier Eumène de Cardia, les Éphémérides royales sont des chroniques relatant les faits et gestes du roi. Les auteurs anciens qui concèdent les utiliser comme source ne rendent compte que des derniers jours d’Alexandre : Arrien, Anabase, VII, 25-26 ; Plutarque, Vie d’Alexandre, 76, 1 ; 77, 1 ; Elien, Histoires variées, 3, 23. Seul Plutarque, Quaestionnes Convivialum, 23, 4, mentionne les Éphémérides à propos d’un autre fait que la mort du roi (le goût d’Alexandre pour la chasse).
  99. Nigel Cawthorne, Alexander the Great, Haus Publishing, , 186 p. (lire en ligne)
  100. Marcus Junianus Justinus, Justin : Epitome of the Philippic History of Pompeius Trogus, vol. 2, Oxford University Press, , 343 p. (lire en ligne), chap. 13-15
  101. Valerio Massimo Manfredi, Le tombeau d'Alexandre le Grand, JC Lattès, 2010, 236 p.
  102. Diodore, XVII, 17,4 ; XVIII, 1, 4 ; XVIII, 26,3.
  103. Lucain, La Pharsale, VIII, 694 : X, 19.
  104. Strabon, Géographie, XVII, C.793, 794.
  105. Strabon (17. C 794) : il visita lui-même le tombeau au Ier siècle ap. J.-C.
  106. Auguste, XVIII, 1.
  107. Alexandre suit scrupuleusement les rites religieux babyloniens fait restaurer certains temples, et par là même se fait reconnaître souverain légitime du pays et « des quatre parties du monde ». Il reçoit surtout l’appui déterminant (mais qui ne sera pas permanent) de la caste sacerdotale babylonienne
  108. W. W. Tarn, Cambridge Ancient History, vol. VI, 1933
  109. Pierre Briant, Alexandre le Grand, PUF, 1974.
  110. Pierre Briant, Alexandre des Lumières. Fragments d'histoire européenne, Gallimard, (ISBN 2070131718)
  111. Pascal Torres Guardiola, Alexandre Le Grand, le Macédonien, ARTE, 2011
  112. Fiche IMDb de Alexandre le Grand de 1956.
  113. Fiche IMDb de Alexandre le Grand de 2004.
  114. Alexandre Le Grand, le Macédonien, Bernard Georges, ARTE
  115. Le Coran selon l’islam
  116. a et b Johann Chapoutot, Le nazisme et l'Antiquité, p. 519.
  117. Johann Chapoutot, Le nazisme et l'Antiquité, p. 520.
  118. Johann Chapoutot, Le nazisme et l'Antiquité, p. 522.
  119. Johann Chapoutot, Le nazisme et l'Antiquité, p. 523.
  120. a et b cité par Johann Chapoutot, Le nazisme et l'Antiquité, p. 524.
  121. Johann Chapoutot, Le nazisme et l'Antiquité, p. 524.

Annexes

Sources

Bibliographie

  • Jean-Claude Aubert, Alexandre le Grand, le roi malade, Besançon, Persée, (ISBN 978-2-8231-0025-9) ;
  • Janick Auberger, Historiens d'Alexandre, Paris, Belles lettres, coll. « Fragments », (ISBN 978-2-251-74200-7) ;
  • Gérard Colin, Alexandre le Grand, Pygmalion, 2007 ;
  • Alexandre le Grand au-delà du mythe, coll. Les Cahiers de Science et Vie, 2011,
  • Johann Gustav Droysen, Alexandre le Grand, Complexe ;
  • Sous la direction d'Olivier Battistini et de Pascal Charvet pour la traduction, Alexandre le Grand, Histoire et dictionnaire, Robert Laffont, « Bouquins », Paris, 2004 (ISBN 978-2-221-09784-7) ;
  • Jacques Lacarrière, La légende d'Alexandre, Folio no 3654, 2000, (ISBN 978-2070-417216) ;
  • Pierre Briant :
    • De la Grèce à l'Orient, Alexandre le Grand, coll. Découvertes, Gallimard, 1988 ;
    • Alexandre le Grand, PUF, coll. « Que sais-je ? », éditions de 1974 et de 2002 ;
    • Alexandre le Grand : de la Grèce à l'Inde, Gallimard, coll. « Découverte », 2005 ;
    • « À la poursuite de Darius », Historia no 697, 2005 ;
    • Lettre ouverte à Alexandre le Grand, Actes Sud, 2008 ;
    • Alexandre des Lumières : Fragments d'histoire européenne, Gallimard, 2012 ;
  • Pierre Carlier, Le IVe siècle grec jusqu’à la mort d’Alexandre, Paris, Seuil, coll. « Points Histoire / Nouvelle histoire de l'Antiquité », (ISBN 2-02-013129-3) ;
  • Johann Chapoutot, Le nazisme et l'Antiquité, Presses universitaires de France, collection Quadrige, Paris, 2008, ISBN 978-2-13-060899-8.
  • Jean Delorme, Le Monde hellénistique, SEDES, coll. « Regards sur l'Histoire », 1975 ;
  • Paul Goukowsky, Alexandre et la conquête de l'Orient dans Le monde grec et l'Orient, II, PUF, 1975 ;
  • Pierre Jouguet, L'impérialisme macédonien et l'hellénisation de l'Orient, Albin Michel, coll. « L'évolution de l'humanité », 1972 ;
  • Paul Faure, Alexandre, Fayard, 1985 ;
  • Dominique Joly (textes) et Antoine Ronzon (illustrations), La Fabuleuse Histoire d’Alexandre le Grand, Tourbillon, coll. « La fabuleuse histoire », Paris, 2005 (ISBN 2-84801-135-1) ;
  • Nikos Kalampalikis, Les Grecs et le mythe d’Alexandre. Étude psychosociale d’un conflit symbolique à propos de la Macédoine. Paris, L’Harmattan, 2007 ;
  • Jean-Claude Perrier, Alexandre le Grand, Éditions Hermann, coll. « Hermann Histoire », 2008 ;
  • Jean-Marc Héroult, La fin de l'empire d'Alexandre le Grand, Éditions Larousse, 2010 (ISBN 978-2-03-585052-2) ;
  • Sébastien Charléty (directeur de publication, membre de l’Institut, recteur honoraire de l’Université de Paris), Les Grandes Figures, Paris, Librairie Larousse, , 399 p. ;
  • Aline Tallet-Bonvalot, Le roman d'Alexandre, GF-Flammarion no 788, 1994, (ISBN 978-2080-707888).
  • (en) Ian Shaw, The Exploring Ancient Egypt, Oxford University Press,

Articles connexes

André Castaigne, Le Dressage de Bucéphale, 1899.

Liens externes

Sur les autres projets Wikimedia :

Cet article est reconnu comme « bon article » depuis sa version du 8 août 2007 (comparer avec la version actuelle).
Pour toute information complémentaire, consulter sa page de discussion et le vote l'ayant promu.