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Alexandre le Grand

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Alexandre le Grand
Ἀλέξανδρος ὁ Μέγας
Illustration.
Buste d’Alexandre
IIe – Ier siècle av. J.-C., British Museum.
Titre
Roi de Macédoine
Prédécesseur Philippe II
Successeur Philippe III et Alexandre IV
Pharaon d'Égypte
Roi de Perse
Prédécesseur Darius III
Biographie
Dynastie Argéades
Date de naissance
Lieu de naissance Pella
Royaume de Macédoine
Date de décès (à 32 ans)
Lieu de décès Babylone
Père Philippe II
Mère Olympias
Fratrie Cléopâtre
Conjoint Roxane
Stateira
Enfants Héraclès
Alexandre IV

Alexandre le Grand (en grec ancien : Ἀλέξανδρος ὁ Μέγας / Aléxandros ho Mégas ou Μέγας Ἀλέξανδρος / Mégas Aléxandros) ou Alexandre III de Macédoine (Ἀλέξανδρος Γ' ὁ Μακεδών / Aléxandros III ho Makedốn), né le à Pella, mort le à Babylone, est un roi de Macédoine et l'un des personnages les plus célèbres de l’Antiquité.

Fils de Philippe II, élève d’Aristote et roi de Macédoine à partir de , il devient l'un des plus grands conquérants de l’histoire en prenant possession de l'immense empire perse achéménide. Il s’avance jusqu’aux rives de l'Indus et fonde près de soixante-dix villes, dont la majorité porte le nom d’Alexandrie.

La notoriété d’Alexandre s'explique principalement par l'ampleur de ses victoires militaires et par sa volonté de conquête de l'ensemble du monde connu. Cette aspiration, à la fois illusoire et pourtant presque réalisée, avant qu'il ne meure subitement à l’âge de trente-deux ans, a pour conséquence, durant un temps très court, une unité politique jamais retrouvée ensuite entre l'Occident et l'Orient. Il montre ainsi la volonté de « fusionner » les élites grecques et orientales avec pour objectif d'assurer la pérennité de l'empire. L’empire d’Alexandre est partagé à sa mort entre ses généraux, les diadoques, qui forment les différents royaumes de la période hellénistique.

Sommaire

Les sources de l'histoire d'Alexandre

Les sources directes

Monnaie de l'époque d'Alexandre, à l'effigie d'Héraklès coiffé de la peau de lion, avec au revers Zeus sur un trône tenant un aigle et un sceptre, British Museum.

Les écrits de Callisthène, neveu d'Aristote et historiographe officiel d'Alexandre jusque vers 328 av. J.-C.[1],[N 1] sont réduits à l'état de fragments. Son ouvrage semble avoir été largement utilisé dans l'Antiquité bien que son impartialité soit douteuse[2]. Les récits des compagnons d'Alexandre qui ont participé à la conquête, dont Ptolémée, Aristobule, Néarque, Onésicrite et Charès[N 2], ainsi que le récit de Clitarque, écrit peu de temps après la mort d'Alexandre, ont également tous disparu[3]. Ces auteurs contemporains des événements ont néanmoins servi de sources à Diodore de Sicile, Arrien et Plutarque.

Les archives royales ont elles aussi disparu. C'est le cas notamment des Éphémérides, chroniques rédigées par le chancelier Eumène de Cardia[A 1], et Diodote d'Érythrée[A 2], à partir de 300, au moment ou Alexandre prend la succession de Darius III. Le récit de Callisthène prenant fin vers 328, Alexandre aurait choisi un nouveau type de biographie au moment où il introduit les usages perses à la cour. Cette tradition des chroniques, qui s'apparentent à un compte-rendu journalier des faits et gestes du roi, remonte chez les Achéménides à Xerxès Ier[A 3]. Les Éphémérides semblent avoir été rapidement inaccessibles après la mort d'Alexandre[2]. Ptolémée et Aristobule les auraient néanmoins utilisés[3]. Les auteurs antiques plus tardifs y font allusion quand il expose les circonstances de la mort d'Alexandre[A 4],[N 3]. Il est d'ailleurs envisageable qu'une partie des Éphémérides ait disparu du vivant d'Alexandre dans une incendie comme l'affirme Plutarque[A 5].

Parmi les documents officiels, seuls subsistent de rares inscriptions épigraphiques émises dans des cités grecques d'Asie Mineure, comme celle de Chios qui retranscrit une lettre d'Alexandre rédigée après la contre-attaque perse en 332 av. J.-C.[4]. Une autre inscription contemporaine d'Alexandre retranscrit une décision prise au sujet de la cité de Philippes en Macédoine[5].

Les abondantes sources numismatiques fournissent d'importantes données politiques et économiques[6], même si les monnaies à l'effigie d'Alexandre ont été émises par les diadoques, dont Ptolémée[7]. Les premiers tétradrachmes aux types d'Alexandre (tête d'Héraclès coiffée de la peau de lion / Zeus trônant un aigle dans la main droite) auraient été frappés après la bataille d'Issos (333), les premiers statères d'or (tête d'Athéna casquée / Nikè debout) après la prise de Tyr en 332[8]. La datation des « monnaies à l’éléphant », qui pourraient dater de l'époque séleucide, reste quant à elle sujette à caution[9].

Les sources indirectes

Page de l'Histoire d'Alexandre le Grand de Quinte-Curce, manuscrit de 1467.

Seuls subsistent de nos jours les abréviateurs des auteurs contemporains d'Alexandre, tous vivant au temps du Haut-Empire romain. Le récit le plus ancien qui nous est parvenu est celui de Diodore de Sicile dans la Bibliothèque historique, livre XVII, écrit au Ier siècle[10]. Il convient parmi les compilateurs tardifs de distinguer deux traditions historiques. La première tradition, jugée la plus fiable par les historiens modernes[11], est celle représentée par Arrien (Anabase et dans une moindre mesure L’Inde) et Plutarque (Vies parallèles des hommes illustres). Ces deux auteurs puisent dans les Mémoires de Ptolémée et d'Aristobule, comme spécifié par Arrien dans sa préface[11]. Arrien insiste sur les faits militaires, avec sobriété et précision, tout en montrant une grande admiration pour le Conquérant. Plutarque s'intéresse davantage, à travers de nombreuses anecdotes, à la personnalité d'Alexandre mis en parallèle avec Jules César. La seconde tradition, jugée moins fiable par moment, est celle représentée par Diodore, Quinte-Curce (Histoire d'Alexandre le Grand) et Justin (abréviateur des Histoires Philippiques de Trogue Pompée), les auteurs de la vulgate d'Alexandre, qui puisent dans l’Histoire d'Alexandre de Clitarque[2]. Les auteurs de la vulgate présentent une vision apologétique du règne d'Alexandre et émaillent leurs récits de quelques affabulations.

Finalement les auteurs antiques n'ont pas délivré un récit historique impartial mais plutôt un compte-rendu des hauts faits d'Alexandre ponctués d'appréciations moralisantes[12]. Ils ont aussi en commun d'avoir trop délaissé les adversaires d'Alexandre ou ce qui ne concerne pas directement ses conquêtes[2].

Les écrits des bématistes macédoniens[N 4], les arpenteurs ayant pour mission de calculer les distances et de décrire les régions traversées par Alexandre, ont été repris par des auteurs antiques, dont principalement Strabon, Athénée de Naucratis, Pline l'Ancien, Élien et Eusèbe de Césarée[3].

Les sources archéologiques

Alexandre combattant les Perses, sarcophage d'Alexandre, Musée archéologique d'Istanbul.

Les témoignages archéologiques datant d'Alexandre demeurent très rares. Son règne ayant été relativement bref, il est difficile de dater une couche archéologique de cette époque[13]. La plupart des Alexandrie qu'il a fondées ont disparu, mise à part Alexandrie d’Égypte ; mais sa construction a été achevée sous Ptolémée II. Le site actuel d'Aï Khanoum correspondrait peut-être à Alexandrie de l'Oxus mais la documentation découverte est plus tardive. La tombe de Philippe II mise au jour dans la nécropole royale de l'antique Aigéai montre une scène de chasse sur une fresque ; il pourrait s'agir du jeune Alexandre aux côtés de son père[13]. Le sarcophage d'Alexandre retrouvé à Sidon date de la fin du IVe siècle av. J.-C. ; il glorifie le Conquérant tout en montrant sa capacité à s'allier avec les élites perses sur le panneau de la chasse[13]. La mosaïque d'Alexandre provenant de Pompéi daterait de la fin du IIe siècle av. J.-C., même si la peinture originale qui a servi de modèle date de la deuxième moitié du IIIe siècle av. J.-C. selon l'hypothèse dominante.

Les découvertes récentes

Tablette astronomique babylonienne mentionnant la mort d'Alexandre, British Museum.

Des découvertes plus récentes, ou des publications proposant de nouvelles interprétations, apportent un regard neuf sur les conquêtes d'Alexandre en mettant en lumière les régions de l'empire achéménide. Ainsi des tablettes astronomiques babyloniennes datant des époques achéménide et hellénistique ont été publiées en 1988. L'une d'entre elles, portant la mention « le roi est mort », a permis de dater précisément la mort d'Alexandre dans la nuit du 10 au 11 juin 323 av. J.-C. Une autre, datée du 1er octobre 331, évoque la bataille de Gaugamèles, la fuite de Darius III en Médie et l'entrée d'Alexandre à Babylone probablement le 21 octobre 331[14].

Des papyrus rédigés en araméen, découverts en 1962 près de Jéricho[15], témoignent de la fuite de Samaritains face à l'avancée d'Alexandre en 331[16],[N 5]. Des documents écrits en araméen sur bois et parchemin, pas encore publiés (en 2018), ont été découverts en Bactriane (Afghanistan actuel) ; l'un de ses lettres, qui concerne une distribution alimentaire, témoigne d'une continuité administrative entre l'empire d'Alexandre et celui des Achéménides[17].

Un trésor monétaire a été mis au jour en Afghanistan en 1992. Il consiste en une monnaie d'or, correspondant à un double darique, avec au droit la tête d'Alexandre couverte d'un scalp d'éléphant et portant les cornes d'Ammon et au revers un éléphant avec au-dessus les lettres BA, signifiant peut-être Basiléôs Alexandrou (« Roi Alexandre »). Cette monnaie, qui peut être rapprochée des « monnaies à l'éléphant » postérieures, serait pour certains chercheurs, malgré les incertitudes, le seul portrait contemporain d'Alexandre, frappé après sa victoire contre Poros à la bataille de l'Hydaspe[9].

L'oasis d'Al-Bahariya, situé en Égypte sur la route en Memphis et l'oasis de Siwa emprunté par Alexandre en 332, abrite les vestiges d'un sanctuaire dit d'Alexandre, mis au jour en 1938, qui comporte un piédestal sur lequel est gravée une inscription en écriture hiéroglyphe. Celle-ci confirme qu'Alexandre aurait bien reçu le protocole pharaonique complet[18]. Une deuxième inscription en grec, récemment publiée, porte la dédicace « Le roi Alexandre à son père Amon »[19].

Des archéologues du British Museum pensent avoir découvert les vestiges d'une cité fortifiée, Qalatga Darband, fondée par Alexandre après la bataille de Gaugamèles en 331 av. J.-C. Ils se référent à des photographies prises dans le Kurdistan irakien par la CIA pendant la guerre froide, déclassifiées en 1996[3]. En fouillant le site, les archéologues ont notamment découverts les vestiges de murs d'enceinte et les fondations de divers bâtiments. Les fouilles se poursuivent à l'heure actuelle (2018).

La jeunesse d'Alexandre

Naissance et filiation

Alexandre combattant un lion, mosaïque, IIIe siècle av. J.-C., musée archéologique de Pella.

Alexandre est né à Pella, la capitale du royaume de Macédoine, le 20 ou le [N 6]. Il est le fils du roi de Macédoine Philippe II, de la dynastie des Argéades, et d'Olympias, sa troisième épouse, princesse d’Épire de la dynastie des Éacides[20]. Par sa mère, il est donc le neveu d'Alexandre le Molosse, roi d'Épire. Sa mère donnera naissance en 355 à une fille Cléopâtre[21]. Par son père, Alexandre prétend descendre de Téménos d’Argos[N 7], lui-même supposément descendant d'Héraclès, fils de Zeus. Par sa mère, Alexandre affirme descendre de Néoptolème, fils d’Achille[A 6].

Une légende, connue dès l'Antiquité, affirme qu’Olympias n’aurait pas conçu Alexandre avec Philippe, qui a peur d'elle et de son habitude de dormir en compagnie de serpents[22], mais avec Zeus. Alexandre se sert de ces contes populaires à des fins politiques, faisant parfois référence au dieu plutôt qu'à Philippe quand il évoque son père. Une autre légende datant du IIIe siècle, d’origine alexandrine celle-là et attribuée au Pseudo-Callisthène, veut qu'Alexandre soit le fils du dernier pharaon d’Égypte de la XXXe dynastie, Nectanébo II, chassé du pouvoir par Artaxerxès III et réfugié à la cour de Philippe[23].

Selon une affirmation rapportée entre autres par Plutarque, Alexandre est né la nuit même où Érostrate a incendié le temple d'Artémis à Éphèse, une des sept merveilles du monde antique[A 7]. Alexandre utilisera plus tard cette coïncidence pour renforcer son aura politique en proposant de financer la restauration du temple, qui est cependant refusée par les Éphésiens[24]. Plutarque indique également que Philippe et Olympias ont rêvé de la future naissance de leur fils. Après avoir consulté Aristandre de Telmessos, celui-ci détermine qu'Olympias est enceinte et que l’enfant aura le caractère d’un lion[A 8].

L'appartenance culturelle d'Alexandre

La question de l'appartenance culturelle des Macédoniens, et donc d'Alexandre en particulier, reste l'objet d'une débat historiographique[25]. Aux yeux des Grecs de l'époque classique, dont Aristote[A 9] et Démosthène[A 10], les Macédoniens sont, pour des raisons politiques, considérés comme des barbares. Platon les considère lui comme des « demi-barbares » (mixobarbaroi)[A 11]. Tandis que Polybe, dans ses Histoires, affirme que les Grecs et les Macédoniens sont parents. Quoiqu'il en soit la plupart des historiens modernes, qui s'appuient sur de récentes découvertes archéologiques, contestent une vision trop « athénocentrique » de la civilisation hellénique qui considèrerait comme « barbares » tous les peuples vivant au nord et à l'ouest de Delphes. Aujourd'hui, il est attesté que les Macédoniens parlent un dialecte grec, l'ancien macédonien, dont la forme écrite s'avère proche de celle des dialectes de Thessalie et d'Épire[26]. Ils vénèrent par ailleurs les divinités olympiennes[27].

Alexandre reste donc profondément influencé par la culture hellénique. Dès l'époque d'Archélaos Ier (fin du Ve siècle av. J.-C.), la langue officielle de la cour et de la chancellerie macédonienne devient l'attique. Philippe II, qui a séjourné comme otage à Thèbes entre 368 et 365[28], parle couramment attique. Selon Plutarque, Alexandre ne parle l'ancien macédonien que sous le coup d'une forte émotion[A 12]. Il connait par cœur des citations de l’Iliade d'Homère, dont il emporte un exemplaire en Asie annoté par Aristote, son précepteur[29]. Il a aussi lu Hérodote et Xénophon, auteurs qu’il saura exploiter durant ses conquêtes. Il est aussi familier des tragédies de Sophocle et d'Euripide[30]. Il possède également des notions de médecine, théoriques et pratiques[29]. Enfin, la chasse est un élément prépondérant de son éducation conformément aux idées de Xénophon et d'Isocrate[31].

L'influence d'Aristote

Éducation d'Alexandre par Aristote, Charles Laplante, 1866.

À partir de l'âge de 7 ans[32], Alexandre reçoit une éducation (la paideia) « à la dure » dispensée par Léonidas, un parent d'Olympias de mœurs austères, et par Lysimaque d'Acarnanie qui accompagnera le Conquérant en Asie[33]. Ses maîtres lui enseignent, en plus de l'art du combat et de la stratégie militaire, la littérature, la musique, la politique et de manière plus générale une forme de frugalité[33],[N 8]. Mais Philippe II a d'autres ambitions pour son fils et il décide de lui donner pour précepteurs les philosophes Ménechme, également mathématicien, et surtout Aristote de 342 à 340. Ce dernier est le fils de Nicomaque, médecin d’Amyntas III, lui-même grand-père d’Alexandre. Philippe mandate le philosophe dans le cadre d'un accord politique passé avec Hermias, tyran d'Atarnée, chez qui Aristote a séjourné après son exil d'Athènes[34]. Phlippe assigne au philosophe un lieu d'enseignement, un sanctuaire consacré aux nymphes probablement à côté de Pella[35]. Alexandre y reçoit un enseignement en compagnie de ses futurs Compagnons : Héphaistion, Ptolémée, Perdiccas, Eumène, Séleucos, Philotas et Callisthène[36]. Cette cohésion extrêmement forte entre Alexandre et ses philoi (amis) trouve ses sources dans la tradition macédonienne qui veut que les fils de rois et les fils de nobles soient élevés ensemble et forment un clan, celui des hetairoi (Compagnons)[37].

Il est difficile d'évaluer pleinement le rôle joué par Aristote auprès d'Alexandre, certains modernes ayant tendance à le surévaluer[38]. Mais il semble évident que le philosophe ne se contente pas du rôle de précepteur privé. Il rédige pour son élève une édition annotée de l’Iliade, récit guerrier de l'éloignement par excellence, qu'Alexandre emporte avec lui en Asie et dont il tire sa ligne de conduite[A 13],[29]. Aristote entend faire dépasser les limites étroites de la polis. Il forge chez son élève la conviction que la Grèce peut être unifiée sous l'égide de la Macédoine pour faire triompher l'hellénisme à travers le monde, si la personnalité remarquable d'un vrai roi, d'un individu supérieur, arrive à l'incarner[39]. C'est ce type de roi qu'Aristote cherche en Alexandre, et l'influence décisive du philosophe se mesure au sentiment qu'a Alexandre, en maintes occasions, d'être investi d'une mission historique qui consiste à unifier l'Occident et l'Orient[40]. Par ailleurs, Aristote montre des sentiments anti-perses depuis son séjour à la cour d'Hermias, exécuté sur l'ordre d'Artaxerxès III en 341[41]. Il appellera plus tard Alexandre à traiter les barbares perses comme des plantes ou des animaux[34].

Le règne d'Alexandre

Le roi de Macédoine

Un prince associé au pouvoir (340-336)

Sous le règne de Philippe II, le royaume de Macédoine a étendu son hégémonie sur la Grèce. Il vainc les Athéniens aux Thermopyles en 352 av. J.-C., intervient dans un conflit entre Thèbes et les Phocidiens, triomphe d’une coalition d’Athènes et de Thèbes à la bataille de Chéronée en 338. Alexandre y fait ses preuves en commandant la cavalerie de l'aile gauche et en taillant en pièces le bataillon sacré des Thébains contre lequel il se jette en premier[42]. Alexandre est chargé, en compagnie d'Antipater, de ramener à Athènes les cendres des soldats tués à la bataille[43]. Après cette retentissante victoire, Philippe fonde la ligue de Corinthe qui rassemble sous son commandement toutes les cités grecques, à l’exception de Sparte. La ligue a un double objectif : assurer l'hégémonie de la Macédoine en Grèce et porter la guerre contre l’Empire perse[A 14],[44].

En 340, en l’absence de son père parti assiéger Byzance, Alexandre, à l'âge de seize ans, se voit confier la régence de Macédoine[45], même si son père lui adjoint des conseillers expérimentés[43]. En 336, une violente dispute oppose le père et le fils quand ce dernier prend le parti de sa mère Olympias alors que Philippe souhaite imposer Cléopâtre, nièce du puissant général Attale, comme seconde épouse légitime et dont il a bientôt un fils[46]. Alexandre doit se réfugier dans la famille de sa mère en Épire. La brouille ne dure pas, Alexandre sauve en effet la vie de son père lors d’une confrontation avec les Triballes[45].

En 339, intervient une intrigue concernant Pixodaros, satrape de Carie. Celui-ci tente en effet de marier sa fille à Arrhidée, le deuxième fils de Philippe ; mais son projet est contrecarré par Alexandre et ses amis proches, Ptolémée, Néarque, Harpale et Laomédon . En représailles, ces derniers sont condamnés à l'exil et n'en reviennent qu'à la mort de Philippe.

L'accession au pouvoir (été 336)

Au cours de l’été 336 av. J.-C., Philippe II est assassiné alors qu'il assiste au mariage de sa fille Cléopâtre avec le roi d’Épire, Alexandre le Molosse, frère d’Olympias. L’assassin est un jeune noble, Pausanias d'Orestide, garde du corps (ou sômatophylaque) du roi, qui garde une rancune contre Philippe après avoir subi un viol[47]. Les auteurs antiques ont parfois cru que le meurtre de Philippe est une machination impliquant Olympias, et peut-être Alexandre ; mais Diodore de Sicile[A 15] penche pour un motif personnel du meurtrier[48]. Peu d'historiens contemporains[49] considèrent qu'Alexandre est impliqué dans le meurtre de son père alors que toute la conduite de Philippe montre qu'il entend en faire son successeur[50].

Une autre hypothèse met en cause Darius III, le nouveau roi de Perse. Il est ainsi fait mention d'une lettre virulente d'Alexandre adressée à Darius qui le blâme Darius, en compagnie de Bagoas, le grand vizir dont Darius s'est déjà débarrassé, pour le meurtre de son père. Alexandre soutient que Darius s'est vanté auprès des cités grecques de la façon dont il a fait assassiner Philippe[réf. nécessaire]. Plutarque mentionne également qu'Alexandre aurait demandé à l'oracle d'Amon à Siwa s'il a puni tous les assassins de son père[A 16].

Après l'assassinat de Philippe à l'été 336, l’Assemblée des Macédoniens proclame, avec le concours d'Antipater, Alexandre, alors âgé de vingt ans, nouveau roi des Macédoniens[51],[N 9]. Les cités grecques, en premier lieu Athènes et Thèbes, qui ont prêté allégeance à Philippe, ne souhaitent pas renouveler leur alliance avec le nouveau roi. Alexandre ordonne immédiatement l’exécution de tous ses rivaux potentiels[52]. Ainsi, il fait tuer son cousin Amyntas IV, roi vers 360-359 que Philippe II a renversé alors qu’il n’est qu’un enfant[53]. Olympias, profitant d'une absence de son fils parti guerroyer au nord, fait tuer Cléopâtre en contraignant cette dernière à se pendre après avoir vu sa fille, Europa, égorgée dans ses bras[54]. L’oncle de Cléopâtre, Attale, alors en campagne en Asie Mineure avec Parménion, est également assassiné, sans que l'on sache si la reine-mère a agi avec l’assentiment d’Alexandre. À cette date le nouveau roi de Macédoine n’a plus de rival capable de lui contester le trône.

La consolidation du pouvoir (fin 336-printemps 334)

Pilier hermaïque romain s'inspirant du portrait d’Alexandre par Lysippe, musée du Louvre.

Alexandre n’est pas seulement roi des Macédoniens, mais aussi, comme son père Philippe II, archonte à vie des Thessaliens, hégémôn (en grec ancien ἡγεμών : « commandant en chef ») et stratège de la ligue de Corinthe. De fait, la politique de la Ligue est entièrement dictée par les Macédoniens Philippe puis Alexandre. Ce dernier entreprend une rapide tournée diplomatique en Grèce afin que le réseau constitué patiemment par son père ne se délite pas. L’allégeance thessalienne est renouvelée et la ligue de Corinthe, donc les Athéniens, prête serment au nouvel hègémôn[55].

Cependant, avant de reprendre le projet de son père de porter la guerre en Asie, il assure la sécurité de son royaume par deux expéditions au nord de la Macédoine ; l’une jusqu’au Danube, l’autre en Illyrie révoltée (fin de l’année 336 et début de l’année 335 jusqu’à l'été)[55]. Cette année-là, le chef illyrien Pleuras est vaincu par Alexandre qui s'empare en 335 de Pélion après avoir entrepris un siège. Fin juillet 335, Alexandre marche avec ses troupes vers le territoire des Agrianes en Péonie, dont le roi Langaros devient son allié et fournit à l'armée macédonienne des peltastes d'élite. Il vainc à la bataille de Pélion une nouvelle coalition illyrienne dirigée par Clitos, fils de Bardylis Ier[56]. D'après Strabon et Arrien, des émissaires celtes, ancêtres des Scordisques du milieu du IIIe siècle av. J.-C., rencontrent à cette occasion Alexandre sur le Danube en 335.

Tandis que le nouveau roi de Macédoine est occupé au nord, certaines cités grecques décident se révoltent. C'est le résultat de la politique de Darius III qui, par l'intermédiaire d'un chef mercenaire grec, Memnon de Rhodes, reconquiert les territoires pris par Parménion à la fin du règne de Philippe, et tente de susciter une révolte en Grèce sur les arrières macédoniens[57]. La rumeur de la mort d'Alexandre déclenche la rébellion de Thèbes qu’Athènes et Sparte promettent d’aider. En 335, Alexandre, qui a défait les Gètes, traverse le royaume des Odryses et rencontre les Triballes du roi Syrmos. Il les défait sur les bords du fleuve Haemos près de l’île de Peucé où les survivants trouvent refuge. Syrmos perd près de 3 000 guerriers, poussant d'autres tribus à la paix avec Alexandre[57]. La campagne en Thrace étend le contrôle macédonien jusqu'au Danube. Alexandre nomme Zopyrion gouverneur afin d'assurer le contrôle dans la région. En revanche, Parménion échoue en Asie face à Memnon, les Macédoniens ne conservant en Asie Mineure qu'Abydos. Darius envoie alors des fonds aux cités grecques du continent pour qu’elles se révoltent contre Alexandre[57].

La riposte d’Alexandre est impitoyable et paradoxale à la fois. Impitoyable, car conformément aux directives de la ligue de Corinthe où les Thébains comptent de nombreux ennemis[57], Thèbes est entièrement rasée (automne 335), à l’exception de la citadelle de la Cadmée, de la maison natale de Pindare, par égard pour sa réputation, sa gloire et ses relations avec les rois de Macédoine, et des temples des dieux ; sa population est réduite en esclavage et les terres partagées entre les vainqueurs[A 17],[58]. Paradoxale, car Alexandre épargne Athènes, trop heureuse de se soumettre à moindre mal. Cette générosité exprime peut-être une volonté de préserver le principal centre artistique et philosophique de la Grèce, ou bien l’influence de son ancien maître Aristote qui s’installe cette même année à Athènes pour y fonder le Lycée. Il est aussi possible que les talents de négociateurs de Phocion et surtout de Démade aient convaincu le roi de ne pas détruire la cité[59]. Alexandre réclame que lui soient livrés Démosthène, Lycurgue et Hypéride[N 10]. Les accès de fureur chez Alexandre alternent fréquemment avec des gestes de grande générosité, la destruction de Thèbes et le pardon d’Athènes sont les premiers d’une longue liste. Finalement, Alexandre est assez peu présent comme souverain dans son royaume. Quand il quitte l’Europe au printemps 334 pour son expédition en Asie, c'est pour ne jamais y revenir.

Le conquérant

L’armée d’Alexandre

Un bataillon de la phalange macédonienne.

Alexandre, dans le prolongement de Philippe II, a révolutionné l'art de la guerre antique en utilisant la tactique dite « du marteau (la cavalerie) et de l'enclume (l'infanterie) ».

Les effectifs au départ de l’expédition d’Asie sont d’environ 40 000 fantassins et 1 800 cavaliers macédoniens, auxquels s’ajoutent un chiffre équivalent de cavaliers thessaliens et 600 autres recrutés dans les États grecs de la ligue de Corinthe[60],[N 11]. Les barbares du Nord (Thraces, Péoniens, Triballes, Agrianes), motivés par l’appât du gain, fournissent de nombreuses troupes[61]. Les fantassins de la phalange, au nombre de 32 000, sont recrutés parmi la classe des propriétaires terriens. Alexandre ne laisse pas la Macédoine totalement dégarnie. Il donne à Antipater, nommé régent en l’absence du roi, la moitié de la cavalerie macédonienne soit environ 1 500 hommes et 12 000 fantassins.

Les effectifs sont relativement faibles au départ de l'expédition[62]. Mais au fil des conquêtes des renforts parviennent de Macédoine et de Grèce, tandis que des troupes indigènes sont intégrés comme les 30 000 Perses (les épigones ou héritiers) intégrés à la phalange. La faiblesse relative des effectifs est compensée par une grande supériorité tactique. La cuirasse de 15 kg, le bouclier de 1 mètre de diamètre, l’hoplon, qui alourdissent les hoplites, ont été abandonnés sous Philippe. Les phalanges sont allégées et leurs sarisses, de longues piques de 5,5 mètres, dont la base peut être fichée dans le sol, capables de briser les charges de cavalerie, sont allongées augmentant ainsi leur vitesse de charge, de sorte qu'avec des formations très serrées, les masses et les énergies cinétiques des phalangites se cumulent rendant le choc lors du contact tel qu’il peut renverser plusieurs rangs d’infanterie adverse[A 18],[63]. Cet allègement permet également d'équiper un plus grand nombre d'hommes. La cavalerie lourde des Compagnons compense le manque de maniabilité des phalanges en protégeant leurs flancs très vulnérables et en attaquant ceux de l’adversaire afin de les désorganiser et de les rendre vulnérables à l’impact des phalanges, en vertu de la tactique dite « du marteau et de l’enclume ». Plutarque écrit qu’Alexandre commande à ses généraux de raser leur barbe et celles des soldats pour qu’elle ne puisse pas servir de prise aux mains des ennemis[A 19].

La bataille du Granique (mai 334)

Article détaillé : Bataille du Granique.
Itinéraire d’Alexandre dans la partie occidentale de l’Asie Mineure en 334 av. J.-C.

Aexandre part de Pella et, en vingt jours, atteint Sestos en Chersonèse de Thrace[A 20]. Tandis que Parménion est chargé de transporter l’armée à Abydos, une tête de pont fondée par Philippe II sur l’Hellespont, Alexandre se dirige à la tête de 37 000 hommes vers Éléonte, en Chersonèse, où il honore par un sacrifice le héros Protésilas, premier achéen tombé lors de la guerre de Troie. Ce geste[N 12] est le premier d’une longue liste qui illustre la volonté du roi de frapper les imaginations en se faisant passer pour le nouvel Achille, sans qu’il soit d’ailleurs possible de savoir s’il est sincèrement pénétré de la fierté d’appartenir à la race du héros ou s’il s’agit d’une simple gestuelle théâtrale à destination de ses soldats et des peuples d’Asie Mineure et de Grèce. Alexandre débarque ensuite en Asie près de l’emplacement supposé de Troie (ou Ilion), dresse des autels dans le temple d’Athéna, puis dépose une couronne sur le tombeau d’Achille, tandis qu'Héphaistion, son favori, fait de même sur celui de Patrocle[A 21]. Ce « pèlerinage » à Troie peut sembler tout aussi romantique que publicitaire[64]. Alexandre rejoint ensuite son armée à Arisbé en quatre jours, en contournant par le nord le massif du Pityos.

Le principal chef mercenaire grec de Darius III, Memnon de Rhodes, est partisan de la politique de la terre brûlée face aux Macédoniens, dont il estime, à juste titre, la valeur. Il propose donc d'entraîne vers l’intérieur du pays, sans combattre, les troupes d’Alexandre, tandis que la flotte perse porterait la guerre jusqu'en Macédoine. Memnon peut légitimement espérer une révolte des cités grecques, s’appuyant sur l’or de Darius et sur le ressentiment contre Alexandre à la suite du saccage de Thèbes. Mais les satrapes perses se méfient des conseils d’un étranger et ne tiennent aucunement compte de son avis. Arsitès, le satrape de Phrygie, déclare qu’il ne laissera pas brûler une seule maison de sa satrapie[A 22].

Constatant que les cités d'Asie ne l'accueillent pas en libérateur, Alexandre décide d'avancer vers l'adversaire installé le long du fleuve Granique[64]. Contre les conseils de prudence de Parménion, il charge la cavalerie adverse alors que les mercenaires grecs ne sont pas encore à pied d’œuvre ; ces derniers sont impitoyablement massacrés. La victoire à la bataille du Granique décapite l'état-major perse et laisse à Alexandre la Phrygie hellespontique et la Lydie, laissant au Conquérant la jouissance d'immenses trésors[65].

La prise des cités côtières (printemps-automne 334)

La victoire d’Alexandre au Granique a une conséquence importante : jusqu’à la bataille d'Issos, il n’a que de simples garnisons laissées dans les cité pour s’opposer à son avancée[A 23]. Sardes, la capitale de Phrygie, se rend sans coup férir, tandis que Parménion s’empare de Dascylion. Éphèse, en proie à des luttes de factions, où Memnon s’est réfugié après la bataille, voit le parti démocratique favorable à Alexandre l’emporter. Celui-ci s’attire habilement la sympathie des habitants de la cité en confiant au temple d’Artémis le tribut que la cité paye jusqu’alors à Darius et en rappelant les bannis.

Les adversaires d’Alexandre se sont réfugiés à Milet, où Memnon, qui vient de quitter Éphèse, reprend les choses en main après les velléités de trahison d'Hégésistrate, le chef des mercenaires grecs au service de Darius III. Cependant Milet est rapidement prise en juillet 334, à l'issue d'un siège, après qu'Alexandre ait interdit à la flotte perse de mouiller sur la côte en prenant le cap Mycale. Cependant Memnon parvient à se réfugier à Halicarnasse dont le roi Pixodaros, frère de Mausole, s'est rangé du côté des Perses. La cité devient alors le centre de la résistance perse[66]. Memnon est assisté du satrape Orontabès et du Thébain Ephialtès, qui a juré la mort du Macédonien depuis la destruction de sa ville d'origine. Alexandre joue sur les rivalités internes à la cité et se fait une alliée en la personne d'Ada, la sœur de Pixodaros, que celui-ci a auparavant renversée. À l'automne 334, Alexandre interrompt le règne de Pixodaros et restaure Ada au gouvernement de la satrapie de Carie. Elle adopte Alexandre comme son fils, faisant de lui son héritier. Reste cependant à s’emparer de la cité qui comporte deux citadelles dont l'une se trouve juchée sur une île. À l'issue du siège d'Halicarnasse, Alexandre ne peut s'emparer que de la ville basse tandis que les deux acropoles restent aux mains des mercenaires grecs de Darius ; il poursuit alors sa route, laissant sous le commandement de Ptolémée une troupe de 3 000 fantassins et 200 cavaliers poursuivre le siège[67].

Après la prise de Milet en juillet 334, Alexandre licencie sa flotte de guerre, essentiellement composée de mercenaires grecs. Longtemps les historiens ont considéré cette décision comme une erreur stratégique, voire comme un signe de méfiance envers les alliés grecs ; mais le motif semble essentiellement financier[8]. Il s'agirait en effet d'une mesure d'économie afin d'éviter les frais d'entretien d'une flotte qui n'est pas, pour le moment, indispensable à sa conquête. Il faut d'ailleurs attendre la prise du trésor de Sardes pour qu'Alexandre connaisse une aisance matérielle qui deviendra l'un des facteurs de sa réussite.

La conquête de la Pamphylie et de la Pisidie (hiver 334-printemps 333)

Itinéraire d’Alexandre en Asie Mineure au cours de l’année 333 av. J.-C.

Alexandre se dirige durant l'hiver 334 av. J.-C. vers la Lycie dont il s'empare sans grande résistance[68]. Puis, à la fin de l'année, il pénètre en Pamphylie et en Pisidie. Ces régions n’appartiennent que nominalement à l’empire achéménide. Le plus souvent les cités de ces régions sont autonomes et rivales entre elles. De ces rivalités, Alexandre joue et reçoit la soumission d’Aspendos et de Sidé. Puis il remonte vers la Phrygie et gagne sa capitale Kelainai. Désirant gagner Gordion au plus vite, il ne prend le temps d'assiéger la citadelle, confiant cette tâche à Antigone le Borgne[A 24], le stratège en chef des alliés grecs. Le contrôle de la Phrygie est stratégique car cette région centrale, grande étape de caravanes, est le point d'aboutissement des routes arrivant de l'Orient et le point de départ vers la mer Égée[69].

Alexandre marche ensuite sur la Pisidie. Il attaque Termessos sans réussir à prendre la cité et traite avec bienveillance leurs ennemis de Selge. Puis il s’empare de Sagalassos et parvient au printemps 333 à Gordion, située sur la « route royale » reliant Éphèse à la Haute-Asie[68]. Il y trouve des renforts venus à la fois de Macédoine et de Grèce ainsi que Parménion qui a hiverné à Sardes. Le gouvernement de la Pamphilie et de la Pisidie est confié à Néarque, celui de la Phrygie à Antigone[68].

La contre-offensive perse (hiver 334-333)

Alexandre tranchant le nœud gordien, Jean Simon Berthélemy, École des beaux-arts.

La première partie de la campagne d’Alexandre est terminée. La situation est indécise car, même s'il vient de remporter de glorieux succès, il doit faire face à plusieurs incertitudes. Pour certains membres de son entourage, dont Parménion est semble-t-il le représentant, l’objectif de Philippe II, théorisé par Isocrate[A 25] à savoir la conquête de l’Asie jusqu’aux rives de l’Halys, est atteint[68]. Un vaste territoire a été conquis ; mais Isocrate, dans les projets présentés à Philippe envisage une seconde solution : l’anéantissement de l’empire perse. C’est cet objectif que souhaite désormais atteindre Alexandre. Ceci explique pourquoi, bien qu’il proclame sa volonté d’agir en qualité de chef (hégémôn) des Hellènes, il s’appuie avant tout, du moins au départ, sur les Macédoniens considérés comme plus fiables et attachés à sa personne par la fidélité dynastique. Il ne reste donc que peu de temps à Gordion, où l’épisode du nœud gordien, s’il est authentique, lui promet l’empire d’Asie[70] : Alexandre se voit ainsi présenter le nœud gordien. Il est dit que la personne qui arrivera à dénouer ce nœud acquerra l’empire de l’Asie. Alexandre, d’un coup de son épée, tranche le fameux nœud, et cela alors que la situation n’est pas totalement sans risque sur ses arrières.

En effet, lors de l’hiver 334 av. J.-C., Darius III confie le commandement de sa flotte à Memnon de Rhodes. Celui-ci envisage de porter la guerre en Macédoine en débarquant en Eubée et en organisant une révolte générale[70]. Le sentiment anti-macédonien demeure vivace dans de nombreuses cités. L’idée d’une guerre de revanche contre les Perses, par rapport aux guerres médiques, idée développée par Alexandre et ses partisans en Grèce, ne rend pas acceptable à leurs adversaires l’hégémonie macédonienne, tandis que des Grecs combattent dans les deux camps. Memnon reprend Chios, qui lui est livrée par le parti oligarchique[N 13] puis il rétablit le tyran Aristonicos à Méthymne et met le siège devant Mytilène sur l'île de Lesbos. Mais, à la fin de l’été 333, Memnon meut de maladie, remplacé par Pharnabaze, neveu de Darius. Confiant dans ses capacités de stratège, Darius décide de prendre lui-même la tête de son armée contre Alexandre[70]. Pharnabaze reprend Milet et Halicarnasse mais doit se séparer de ses mercenaires grecs qui vont rejoindre par mer l’armée que Darius rassemble.

Cependant Alexandre estime, à juste titre, avoir commis une erreur en licenciant sa flotte. C’est pourquoi il charge deux amiraux, Hégéloque et Amphotéros (frère de Cratère) d’en reconstituer une[réf. nécessaire]. Il s’en faut de peu qu’un conflit éclate avec Athènes dont les navires venus du Pont-Euxin sont interceptés par Hégéloque. Celui-ci doit faire face à une menace d’intervention de la flotte athénienne et relâche les navires. Cet épisode illustre la nécessité pour Alexandre d’une victoire en Asie pour empêcher toute tentative de révolte en Grèce. Ainsi, quand il apprend au début de l’été 333 que Darius marche sur la Cilicie, Alexandre quitte Gordion pour aller à sa rencontre.

D’Issos à Gaugamèles

Vers la bataille d'Issos (été-automne 333)

Article détaillé : Bataille d'Issos.
Itinéraire d’Alexandre au cours des années 332 et 331 av. J.-C.

En quittant Gordion, Alexandre se rend dans un premier temps à Ancyre et reçoit la soumission, de pure forme car il n'a pas eu le temps de les conquérir, de la Paphlagonie et de la Cappadoce jusqu’à l’Halys[71]. Il pousse ensuite vers le sud, pénétrant en Cilicie par le passage gardé par le satrape Arsamès des Portes ciliciennes. Parti de Soles, il fait étape à Tarse et y tombe malade plusieurs semaines, probablement des suites d’une hydrocution après une baignade dans le fleuve Cydnos[72]. Cependant Parménion, second du roi au début de l’expédition, occupe les passes qui permettent le passage de la Cilicie à la plaine d’Issos (col de Karanluk-Kapu) puis celles qui au-delà contrôlent le passage vers la Syrie (passes de Merkès et de Baïlan). En 333 av. J.-C., Alexandre soumet les populations montagnardes de Cilicie et s'empare de Soles, où il rétablit la démocratie après avoir installé une garnison et condamné la cité à une indemnité de 200 talents. Il apprend à ce moment la pacification de ses arrières avec les victoires de Ptolémée en Carie sur le satrape Orontobatès et la chute d'Halicarnasse, de Myndos et la soumission de Cos. Mais, peu de temps après, en 333, le satrape Pharnabaze, à la tête de la flotte perse, soumet Ténédos et Sigée et s'entend avec le roi de Sparte, Agis III[71], qui tente de soulever la Grèce en lui fournissant de l'argent et quelques navires. La situation reste donc délicate d’autant que l'arrivée imminente de Darius III se précise. Le souverain achéménide s’est installé dans la plaine d'Issos, abandonnant curieusement la position plus favorable à sa cavalerie, peut-être dans la volonté de couper Alexandre de ses arrières et de le contraindre à la bataille. Alexandre est en Syrie mais fait demi-tour, car il a besoin d’une victoire. Il reprend le chemin des passes syriennes déjà emprunté, s’aventure lentement dans l'étroite plaine côtière d’Issos et y organise sa ligne de bataille devant l'armée perse. La bataille d'Issos (1er novembre 333) voit la déroute des Perses malgré la combativité de leurs mercenaires grecs. Darius s'enfuit tandis que la famille royale est capturée[71].

La conquête de la Phénicie (hiver 333)

La déroute de l'armée perse après leur défaite à Issos est totale. Darius III, avec quelques milliers d’hommes à peine, s'enfuit vers Thapsaque, en Syrie sur l'Euphrate, tandis que les autres fuyards sont dispersés ; certains d'entre eux se réfugient en Phénicie puis de là gagnent l'Égypte ou Chypre. Alexandre a mis la main sur la famille de Darius, dont sa mère Sisygambis et son épouse Stateira ; ce qui explique d'autant plus pourquoi Darius chercher à traiter avec le vainqueur en lui proposant, en vain, de céder toute les terres à l'ouest de l'Halys[73].

Le résultat le plus net de la victoire à Issos est la soumission totale du monde grec qui ne songe plus à apporter son soutien aux Perses, comme vient de le tenter le roi de Sparte, Agis III en rencontrant des satrapes perses et en tentant de soulever la Crète. Démosthène, à Athènes, a prédit la défaite du roi de Macédoine. La victoire d'Issos fait cesser, provisoirement en tout cas, les tentatives d’indépendance des cités grecques. Pourtant la situation d'Alexandre reste périlleuse. Un des meilleurs officiers perses, Nabarzanès s'est retiré avec d'importantes forces de cavalerie en Cappadoce et Paphlagonie et recrute de nouvelles troupes (fin 333-début 332). Il existe un risque réel sur les arrières d'Alexandre et ses lignes d'approvisionnement en Asie Mineure. De plus, en Thrace, Memnon de Thrace, un stratège macédonien envoyé pour contenir une révolte, prend le parti des populations insurgées. Par ailleurs, il apparaît que Darius lève une nouvelle armée. Enfin la flotte perse représente un grand danger en mer Égée. La maîtrise de la côte phénicienne, pouvant lui servir de base arrière, est donc indispensable. C'est pourquoi, délaissant la poursuite de Darius, Alexandre prend la route du sud vers Arados (au nord de la Phénicie) tandis que Parménion est envoyé à Damas où il s’empare du trésor de guerre de Darius[73]. Dans le même temps, Alexandre désigne un de ses officiers les plus énergiques, Antigone le Borgne, au commandement de toutes les forces présentes en Asie Mineure. Celui-ci réussit, avec l'aide de Néarque, à briser la contre-offensive perse au printemps 332[73].

La période achéménide pour les Phéniciens a été une période prospère car, en leur laissant une véritable autonomie, les souverains achéménides ont permis aux cités phéniciennes de reprendre en partie la maîtrise de nombreuses routes commerciales face à leurs adversaires traditionnels : les Grecs. Les Phéniciens constituent par exemple une grande part des marins de la flotte perse à la bataille de Salamine par exemple[A 26]. Mais divisées entre elles, ces cités n’adoptent pas une attitude commune face à l’arrivée d'Alexandre. Le roi d’Arastos, Gérostrate, estime qu’il n’a pas les moyens de résister et surtout que sa cité, plus riche de son commerce terrestre (avec la Perse et la Médie surtout) que de son commerce maritime, n’a aucun intérêt à un siège destructeur. Arastos se rend ainsi que les cités de Marathos, Sigôn et Byblos. Quant à Sidon, elle se soumet d’autant plus facilement que ses habitants n’ont pas oublié les représailles d’Artaxerxès II lorsque la cité a participé à la révolte des satrapes sous le règne de ce prince[73].

Le siège de Tyr (janvier-août 332)

Article détaillé : Siège de Tyr (332).
Le siège de Tyr, André Castaigne, XIXe siècle.

À la fin de l’année 333 av. J.-C., Alexandre prend possession de la Judée et de la Samarie. Alors qu’il est à Sidon, des négociations s’engagent avec le roi de Tyr, Azemilcos, lequel souhaite rester neutre dans le conflit. Mais Alexandre refuse de négocier alors qu'il désire offrir un sacrifice dans le temple d'Héraclès-Melqart, dieu tutélaire de Tyr[A 27],[73]. Les Tyriens décèlent le piège : faire entrer Alexandre en vainqueur dans le temple revient à lui donner pouvoir sur la cité[74]. Quant à Alexandre, il ne lui sert à rien de tenir la côte phénicienne si Tyr, avec ses deux ports, reste en dehors de son contrôle. C’est pourquoi commence en janvier 332 le long siège de Tyr. La cité neuve est bâtie sur l'île d'Ancharadus qu’Alexandre compte atteindre en construisant une digue, avec les débris de la vieille ville continentale d’environ 60 m de long. Mais les difficultés s’accroissent quand la digue atteint des eaux plus profondes, d’autant que les Tyriens effectuent des raids meurtriers avec leurs navires. Alexandre cependant a un atout. En tenant les autres cités phéniciennes, il disperse la flotte perse (début 332) dont les équipages phéniciens rentrent progressivement dans leurs ports d’attache. Les rois de Sidon, de Byblos, d'Arados et de Soles à Chypre offrent ces navires à Alexandre qui ainsi peut constituer une flotte suffisante pour le siège de la ville (sans doute une centaine de navires). Après un raid d’une dizaine de jours pour soumettre les populations des montagnes du Liban actuel, il constate que sa nouvelle flotte est prête et apprend l’arrivée de Cléandre avec un corps de 4 000 mercenaires, pour la plupart venus du Péloponnèse. Attaquée par terre, isolée par mer, la vieille cité résiste jusqu’en août.

La flotte de Tyr est détruite par les navires d’Alexandre lors d’une contre-attaque désespérée. Les habitants se défendent au moyen d’engins balistiques, de plongeurs et de navires brûlots[réf. nécessaire]. Une fois les tours de siège et les béliers approchées des murs, Alexandre mène lui-même l’assaut selon Diodore de Sicile. La prise de la ville donne lieu à des actes d’une grande violence tant les habitants se défendent avec acharnement. Les Tyriens utilisent des tridents, ressemblant à des sortes d’hameçons, pour arracher les boucliers des Macédoniens, et déversent du sable brûlant sur les attaquants[75]. Ces derniers n’ont pas oublié les scènes de prisonniers de l’armée d’Alexandre précipités du haut des murailles. Sans doute 7 000 à 8 000 habitants de la ville sont tués (selon Diodore de Sicile), et 20 000 au moins sont vendus comme esclaves, une partie de la population dont beaucoup de femmes et d’enfants s’étant enfuie vers Carthage. Seul le temple est épargné dans la ville. La digue érigée par Alexandre existe encore en partie de nos jours. Elle a servi notamment aux croisés lors du siège de Tyr de 1187.

Ce succès permet à Alexandre de terminer sa mainmise sur l’ensemble de la Phénicie. Le gouverneur de Samarie, Sanballât III présente sa soumission. Il obtient la permission de construire un temple sur le mont Garizim en faveur de son gendre Manassé, frère du grand-prêtre juif de Jérusalem, Yaddoua. En retour, 8 000 Samaritains s’engagent dans l’armée macédonienne.

Les objectifs d'Alexandre en Égypte

Après la prise de Tyr en août 332 av. J.-C., Alexandre prend le chemin de l’Égypte après avoir repoussé à deux reprises, malgré l’avis favorable de Parménion, des propositions de paix avantageuses de Darius III[76]. Darius propose en effet qu'Alexandre épouse sa fille Stateira et reçoive en dot toute la région située entre l'Europe et le fleuve Halys en Anatolie[N 14]. Ce que semble désirer Alexandre ce n’est pas un empire gréco-macédonien débordant largement sur l’Asie, idée déjà défendue par Isocrate[A 28], le rhéteur athénien[N 15], mais l’Asie tout entière, du moins la connaissance qu’en possèdent les Grecs. Le refus d'Alexandre s'explique aussi par le caractère fictif des concessions territoriales de Darius. Celles-ci ne constituent que la dot de Stateira, ce qui signifie qu'en aucun cas Darius ne renonce à sa souveraineté sur les régions considérées. C'est ce piège que veut éviter Alexandre qui exige d'être regardé comme le souverain (kyrios) plein et entier des territoires déjà conquis. Il ne fait d'ailleurs qu'appliquer le droit grec de la guerre, ainsi défini par Xénophon : « C'est une loi universelle et éternelle que, dans une ville prise sur des ennemis en état de guerre, tout, et les personnes et les biens, appartient au vainqueur »[A 29].

Il semble donc que l'objectif premier d'Alexandre soit de remplacer la souveraineté achéménide par la souveraineté macédonienne et qu'il considère que toutes ses conquêtes le sont à titre définitif. La nomination de satrapes dès la victoire du Granique, va dans ce sens. Après la prise de Tyr il affirme avec force qu'il ne se contentera pas de la conquête de la Lydie et la Cilicie[A 30], ce qui est l'objectif d'Isocrate. Les historiens de l'Antiquité sont tous convaincus que son objectif est bien la conquête de l'ensemble du territoire achéménide[A 31]. Certes, il faut se montrer prudent avec les diverses sources ; l'on ne sait s'il s'agit chez Arrien et Quinte-Curce du rapport fidèle des ambitions territoriales d'Alexandre ou d'un discours historiographique construit afin de donner l'impression chez le Conquérant d'une vision à long terme, et non d'une conquête improvisée au gré des victoires et des événements. La réponse à cette question est problématique, mais il semble difficile de croire qu'à la suite d'un éventuel accord entre Darius et Alexandre, ce dernier ait accepté de faire de l'Euphrate sa frontière orientale. Le fait que tout au long de la période, Alexandre revendique, systématiquement, les territoires qui à un moment ou à un autre ont été achéménides illustre qu'il y a chez lui une volonté et un projet politique cohérent.

Il est indéniable qu'Alexandre cherche, avec la prise de l’Égypte, à enlever aux Perses leur dernière façade maritime et la possibilité de rallier les mercenaires grecs. Il choisit par ailleurs de laisser le temps à Darius de mobiliser une nouvelle armée dans les provinces orientales afin d'anéantir les forces perses en une seule bataille[76].

Le pharaon (automne 332-printemps 331)

Alexandre en pharaon priant le dieu Amon, temple de Louxor.

Sur la route de l’Égypte, Alexandre rencontre pendant deux mois une forte résistance à Gaza sous la conduite de l’eunuque Batis. Fin 332 av. J.-C., il prend la ville dont la garnison est massacrée et la population vendue en esclavage. Alexandre est blessé à deux reprises lors de ce siège. En sept jours depuis Gaza il atteint alors Péluse. Quand Alexandre entre en Égypte en décembre 332, il semble être accueilli en libérateur, sachant que les Égyptiens se sont révoltés de nombreuses fois contre la domination achéménide. Le satrape perse Mazaces remet à Alexandre la souveraineté d'Égypte sans combattre en lui laissant un trésor de 800 talents[77]. Alexandre se fait proclamer pharaon à Memphis en 331. Il sacrifie au taureau Apis, gage de respect des traditions égyptiennes[78], et honore les autres dieux. Il se dirige ensuite vers la côte méditerranéenne où il choisit en janvier 331 l’emplacement de la future Alexandrie qui n’est achevée que sous Ptolémée Ier ou Ptolémée II. La légende veut qu’Alexandre ait choisi lui-même les plans de la nouvelle cité. Il se rend ensuite dans l’oasis de Siwa où il rencontre l’oracle d’Zeus Ammon qui le confirme comme descendant direct du dieu Amon[79]. Cette salutation, conforme à l’étiquette égyptienne, est très largement exploitée par la propagande du Conquérant. Cette anecdote est rapportée ainsi par Plutarque :

« Quelques-uns affirment que le prophète, voulant le saluer en grec d’un terme d’affection, l’avait appelé « mon fils » (παιδίον / païdion), mais que, dans sa prononciation barbare, il achoppa sur la dernière lettre et dit, en substituant au nu (ν) un sigma (ς) : « fils de Zeus » (παῖς Διός / païs dios) ; ils ajoutent qu’Alexandre goûta fort ce lapsus et que le bruit se répandit qu’il avait été appelé « fils de Zeus » par le dieu »

— (Plutarque, Vie d'Alexandre , 46.)

De retour à Memphis, Alexandre se fait officiellement couronner dans le temple de Ptah. Cette cérémonie n'est rapportée que par le Pseudo-Callisthène mais parait vraisemblable[78]. Il réorganise le pays avant de repartir à la conquête de l'Orient. Il préfère ne pas désigner de nouveau satrape, se méfiant des ambitions personnelles étant donné la richesse de l’Égypte[78]. Les finances sont confiées au Grec Cléomène de Naucratis qui connait déjà le pays.

C’est durant son séjour en Égypte qu’Alexandre apprend la déroute définitive de ce qui reste de la flotte perse et la capture de ses derniers adversaires en mer Égée dont le satrape Pharnabaze. Fait prisonnier, celui-ci parvient à s’échapper mais l’un des amiraux d’Alexandre, Hégélochos, apporte à son maître de nombreux prisonniers qui sont exilés dans la ville égyptienne d’Éléphantine. Cela laisse toute latitude à Antipater, le régent de Macédoine, pour s’occuper du toujours remuant roi de Sparte, Agis III. La situation en Europe inquiète Alexandre tout au long de l'année 331 même après l'écrasement des Perses à Gaugamèles. Il multiplie d'ailleurs les faveurs aux cités grecques pour les inciter à rester loyales[N 16]. Il n'est pas impossible que l'incendie de Persépolis, capitale religieuse des Achéménides, ait pour objectif de prouver à la Grèce que l'objectif de la ligue de Corinthe est atteint et, ainsi, d'éviter des troubles en Europe.

Vers la bataille décisive (printemps 331–octobre 331)

Article détaillé : Bataille de Gaugamèles.
Détail de la Bataille d'Arbèles, Charles Le Brun, 1669, Musée du Louvre.

Alexandre quitte l’Égypte au printemps 331 afin de débuter la campagne asiatique, rassuré par la défaite de Pharnabaze et confiant dans la capacité d'Antipater à vaincre les Spartiates d'Agis III[80]. Lors d’un nouveau passage à Tyr, Alexandre reçoit une délégation d’Athènes qui obtient du roi la libération des mercenaires qui ont combattu à la bataille du Granique dans les rangs de l’armée perse. Il en profite pour réorganiser les finances des territoires conquis qu'ils confient à Harpale sous le nom de « caisse militaire »[80]. Puis à la fin du printemps, l’armée macédonienne se met en marche vers l’Euphrate qui est traversé fin juillet à Thapsaque sur un pont de bateaux. Le satrape Mazaios s’est replié à l’arrivée de son adversaire. Les prodromoi (éclaireurs) d’Alexandre repèrent l’armée de Darius III plus au nord. Aussi le roi de Macédoine, au lieu de marcher sur Babylone selon son plan initial, remonte au nord, vers Nisibe, et franchit le Tigre vers le 20 septembre 331 (aux environs de Djésireh en Irak actuel) contournant son adversaire[81]. Alexandre reprend alors la direction du sud avec le Tigre sur sa droite. Au bout de quatre jours de marche il apprend que l’armée perse, bien supérieure en nombre, l’attend dans la plaine de Gaugamèles, non loin d’Arbèles (actuelle Erbil dans le Kurdistan irakien) en Adiabène. Alexandre remporte la victoire après une charge de cavalerie sur le centre perse[81]. Darius s'enfuit à Ecbatane en Médie.

À la poursuite de Darius

L’entrée dans Babylone et Suse (novembre-décembre 331)

La victoire à Gaugamèles amène Alexandre à Babylone dont les prêtres de Marduk, hostiles aux Perses, lui ouvre les portes[82]. Les trois semaines située entre la bataille et son entrée dans la ville (fin octobre 331 av. J.-C.) sont désormais mieux connus grâce à une tablette babylonienne qui, bien que détériorée, fait une nette allusion à la bataille de Gaugamèles et à sa chronologie précise[réf. nécessaire]. L’auteur anonyme y parle de la fuite de Darius « vers le pays de Guti » (la Médie). La suite de ce texte indique que les autorités de Babylone négocient avec le vainqueur et que celui-ci habilement garantit le maintien des traditions religieuses et la préservation des sanctuaires. Alexandre donne ainsi l’ordre de rebâtir le sanctuaire de Marduk qui tombe en ruine. Mazaios, le satrape de Syrie qui s’est replié à Babylone, est désigné satrape de Babylonie[82],[N 17]. Alexandre s’évite de la sorte un long siège qui aurait laisser la possibilité à son ennemi de se ressaisir. Il inaugure ainsi sa politique de ralliement à sa personne par l’aristocratie achéménide ; néanmoins il maintient une forte garnison à Babylone, davantage prudent qu'envers les indigènes égyptiens[82].

Tandis que Darius III, en fuite, tente de réunir une nouvelle armée royale dans les Hautes satrapies[82], Alexandre prend la direction de la Susiane, laquelle se rallie à son tour. Il a auparavant dépêché Philoxène à Suse afin de s’assurer du contrôle du trésor qui s’y trouve (près de 50 000 talents d’argent). Il laisse à son poste le satrape Aboulitès en récompense de son ralliement, qui plus est dans une région difficile à administrer pour un Grec étant donnée la barrière linguistique[83]. Une partie importante de cet argent (sans doute 30 000 talents) est envoyée à Antipater afin qu’il l’utilise dans sa lutte contre Sparte.

Les difficultés d’Antipater en Grèce (331)

L’année 331 av. J.-C. s'avère être une année difficile pour Antipater, à qui Alexandre a confié le gouvernement de la Macédoine et de la Grèce en son absence. . Apparemment, la dispersion de la flotte perse, à la suite de la prise de Tyr, n’attise plus les désirs de révolte des Grecs, sauf à Sparte où le roi Agis III s’assure le concours des pirates crétois puis de l’ensemble des peuples du Péloponnèse (Éléens, Arcadiens et la quasi-totalité de l’Achaïe à l’exception de Pellènè)[N 18]. Mégalopolis et Messène sont les seules cités importantes à refuser d’entrer dans la coalition anti-macédonienne. Dans un premier temps Agis est vainqueur d’un corps expéditionnaire macédonien dirigé par Korragos et assiège Mégalopolis. Le reste de la Grèce cependant ne bouge pas et même Démosthène à Athènes conseille de n’en rien faire. Il est vrai que les gestes habiles d’Alexandre, comme celui de renvoyer de Suse vers Athènes la statue d’Aristogiton et d’Harmodios ou la libération des prisonniers athéniens de la bataille du Granique, lui concilient provisoirement une partie des habitants de la cité attique[84].

Antipater a des relations exécrables avec Olympias, la mère d'Alexandre[réf. nécessaire]. Celle-ci provoque des difficultés quand, après la mort de son frère, Alexandre Ier, roi d’Épire, tué durant une expédition en Italie, elle montre ses prétentions au trône de ce pays. Elle en assure finalement la régence pour l’un de ses petits-enfants, fils du roi précédent et de sa fille Cléopâtre, la sœur d'Alexandre. Antipater réagit, suivant les ordres d'Alexandre, en traitant avec Memnon de Rhodes pour le neutraliser et en dirigeant la quasi-totalité de ses forces, entre 35 000 et 40 000 hommes, vers le Péloponnèse. Agis ne dispose que d'environ 20 000 hommes et 2 000 cavaliers. Il est battu et tué à la bataille de Mégalopolis à l’automne 331. Sparte est contrainte de dissoudre la ligue du Péloponnèse et d'entrer dans la ligue de Corinthe[réf. nécessaire]. La nouvelle de la victoire de Gaugamèles en Asie, qui arrive après la victoire d'Antipater sur Sparte[N 19], assure avec plus de force la souveraineté macédonienne en Grèce.

La campagne en Perse et l’incendie de Persépolis (janvier-mai 330)

Vestige des palais achéménides à Persépolis.

La campagne se poursuit en direction de la Perse proprement dite. Alexandre emprunte la « route royale » qui passe à travers le pays des Ouxiens (sud-ouest de l’Iran actuel). Il soumet, par une campagne foudroyante, les montagnards de ces régions qui s’engagent à payer un tribut en chevaux et bêtes de somme dont a besoin l’armée. Après avoir été un temps arrêté par la farouche résistance du satrape Ariobarzanes aux Portes persiques[85], il parvient en janvier 330 av. J.-C. dans la ville la plus symbolique du pouvoir achéménide, Persépolis.

La ville est livrée au pillage, puis quelque mois après les palais sont la proie des flammes (mai 330). Cet incendie est souvent interprété comme volontaire, bien qu’il aille à l’encontre de la politique d’intégration aux coutumes locales du Conquérant. Alexandre aurait ainsi effectué un geste symbolique mûrement réfléchi, à la fois en direction des Perses et des Grecs de la ligue de Corinthe[85]. L'incendie, revanche de l'incendie d'Athènes par Xerxès Ier en 480, pourrait être une opération de propagande envers les Grecs à un moment où la situation est tendue en Grèce et où la nouvelle de la victoire d'Antipater sur Sparte n'est peut-être pas encore parvenue à Alexandre. Il est possible qu’Alexandre ait voulu affirmer son pouvoir face à une population peu encline à se rallier à lui. Une autre interprétation veut qu’Alexandre aurait provoqué l’incendie dans un état d’ivresse, poussé en cela par une jeune courtisane athénienne, Thaïs. Quoi qu’il en soit, Alexandre regrette par la suite cet acte très mal perçu par les Perses mais accompli avec joie par les troupes macédoniennes qui pensent, bien à tort, qu'Alexandre trahit son regret du pays natal et manifeste par cet incendie sa volonté de ne pas se fixer en Asie[A 32].

La mort de Darius (été 330)

Darius III, pendant ce temps, s'est réfugié en Médie puis, face à l'avancée d'Alexandre, décide de prendre le chemin de l’Hyrcanie au sud-est de la mer Caspienne. Il est rejoint à Ecbatane par Ariobarzane, Bessos avec des cavaliers originaires de Bactriane et un corps d'environ 2 000 mercenaires grecs[86]. Darius envoie son harem, ce qui reste de son trésor aux portes caspiennes (à l’est de Téhéran) qui permettent l'entrée en Hyrcanie et qui se révèlent faciles à défendre. Alexandre pénètre en Paratécène (l'actuelle région d'Ispahan), soumet la population et fonce sur Ecbatane pour y apprendre que Darius vient de s’enfuir trois jours plus tôt avec environ 9 000 hommes dont 3 000 cavaliers. À Ecbatane, Alexandre licencie ses cavaliers thessaliens, lance Parménion vers l'Hyrcanie et Cleitos vers la Parthie (à l’est de l'Hyrcanie). Lui-même se lance avec des troupes rapides à la poursuite du monarque en fuite. En onze jours il parcourt la route qui va d’Ecbatane à Rhagæ (au sud de Téhéran) où il est obligé de laisser souffler ses hommes et chevaux cinq jours. Il apprend par des transfuges que Darius est prisonnier des satrapes Bessos et Barsaentès et qu'il se dirige vers Hécatompyles (près de l'actuelle Shahroud). En apprenant cette nouvelle, Alexandre confie ses troupes à Cratère et avec ses éléments les plus rapides marche pendant une journée et demie sans pratiquer de véritable pause. Un jour plus tard, après une marche nocturne, il atteint le camp de Darius que celui-ci vient d'abandonner. Le soir même Alexandre impose à ses hommes une nouvelle marche de nuit pour aboutir à un campement de nouveau abandonné. Finalement Alexandre avec quelques cavaliers et fantassins montés rejoint le convoi de Darius. Mais celui-ci a été assassiné par Bessos[N 20], Barsaentès et Satibarzane qui viennent de s’enfuir avec quelques centaines de cavaliers (été 330). L'un des satrapes comploteurs, Bessos, tente de prendre les rênes du pouvoir perse, sous le nom d'Artaxerxès V[87], mais Alexandre tient fermement l’empire perse.

Toujours plus à l’Est

Les conséquences de la mort de Darius (été 330)

Itinéraire d’Alexandre dans les satrapies orientales, puis le long de la vallée de l’Indus jusqu’à retour à Babylone.

Alexandre rend les honneurs royaux à Darius III et se présente comme son successeur légitime en faisant courir la rumeur que Darius, agonisant, l'aurait appelé à le venger de ses assassins, dont le satrape Bessos [87]. Alexandre peut désormais se montrer généreux avec sa famille et le fait ensevelir dans les tombes royales de Persépolis. Les satrapes restés fidèles à Darius sont récompensés, tel Artabaze qui reçoit la Bactriane. La mort de Darius amène par ailleurs la noblesse perse à se rallier massivement à Alexandre. Cette collaboration des élites vaincues lui est nécessaire car les premières manifestations de lassitude parmi certains contingents obligent le roi à licencier une partie de ses troupes, dont les Thessaliens. Or les besoins en hommes augmentent au fur et à mesure que l’armée pénètre en Asie. Ainsi, rien que pour garder les trésors royaux, Alexandre laisse 6 000 hommes à Ecbatane.

La mort de Darius amène une profonde réorganisation de l'empire et l'abandon des coutumes macédonienne : Alexandre, devenu le « roi Alexandre », et non plus le « roi des Macédoniens », possède un pouvoir personnel selon l'étiquette perse[N 21], suscitant des résistances parmi les tenants de la tradition[88]. Il confie les postes clés à des proches : Héphaistion devient chiliarque, soit le second dans la hiérarchie ; Harpale est désigné trésorier de l'empire.

La soumission de l’Arie (automne 330)

Avant de poursuivre Bessos, l'assassin de Darius III, et ses complices, Alexandre doit soumettre l’Hyrcanie et les populations montagnardes de la région (actuelles montagnes du Khurāsān à la frontière entre l’Iran et le Turkménistan), les Tapouriens et les Mardes, qui se sont rebellées. L'armée macédonienne, dont les effectifs ont été réduits par le retour des alliés grecs, s'est en effet avancée dans des régions hostiles[89]. Il doit donc incorporer à son armée des mercenaires auparavant au service des Achéménides et commence à faire appel à des Perses[88].

Il rassemble ses troupes à Zadracarta dont une partie renvoyée à Ecbatane protéger le trésor[89], sous le commandement de Parménion en qui il est plausible qu’il n’ait plus qu’une confiance limitée, tandis qu’il se prépare à poursuivre les satrapes en fuite. Il apprend que ceux-ci se sont séparés et que Bessos, qui s'est proclamé roi sous le nom d’Artaxerxès V, s’est réfugié en Bactriane alors que Satibarzane est retourné en Arie (actuelle région d’Hérat à l’ouest de l’Afghanistan) et Barsaentès en Drangiane (sud de l’Afghanistan). Avec seulement près de 20 000 hommes, Alexandre s’empare difficilement de l’Arie, en remontant la vallée de l’Atrek, et maintient Satibarzane à son poste en lui adjoignant un stratège macédonien Anaxippos. Mais, alors qu’il se prépare à remonter vers la Bactriane, Satibarzane se révolte (automne 330), assassine Anaxippos et massacre les troupes macédoniennes laissées en Arie avant de s’enfuir[90]. Alexandre afin de maintenir l’ordre dans cette province y fonde une cité, Alexandrie d’Arie (actuelle Hérat), puis se dirige vers la Drangiane où le rebelle Barsaentès lui est livré et mis à mort. En octobre ou novembre 330, Satibarzane se révolte à nouveau en Arie. Il est tué dans un affrontement contre le corps expéditionnaire dirigé par Artabaze, Érigyios et Caranos.

Les exécutions de Parménion et Philotas (automne 330)

C’est à l’automne 330 av. J.-C. que se déroule un épisode dramatique entraînant la mort de proches d’Alexandre sur ordre du roi. Alors que l’armée séjourne dans la capitale de la Drangiane, Phrada-Prophtasia (au sud de Hérat), Philotas, fils de Parménion et hipparque de la cavalerie, est emprisonné et jugé pour complot, ou plus exactement pour avoir eu vent d’un complot contre le roi et de n’avoir rien fait pour le dénoncer. Déjà au printemps 331 av. J.-C., Asandros, le frère de Parménion est démis de ses fonctions de satrape de Lydie, tandis que le récit officiel de la bataille de Gaugamèles minore le rôle joué par Parménion[90]. Il est probable que les critiques de Philotas sur le cérémonial perse adopté par le roi aient fortement indisposé ce dernier, alors que Parménion ne semble pas freiner les velléités de retour en Europe des troupes stationnées à Ecbatane. Philotas est jugé par l’assemblée des Macédoniens, accusé par Cratère, qui y voit sans doute un moyen d’éliminer un rival, et lapidé selon la coutume après que des aveux lui soient extorqués[91]. Quant à Parménion, Alexandre ignore s’il se trouve impliqué dans la conjuration mais il envoie des officiers le mettre à mort. Il s’en faut de peu que les troupes de Médie se soulèvent à cause de ce meurtre.

Cet épisode est révélateur des réticences de plus en plus fortes d’une partie des Macédoniens et de l’entourage du roi, à l’exception notable d’Héphaistion et de Cratère, sur cette épopée qui les voit s’enfoncer de plus en plus en Asie, loin de leurs bases, de leur pays à la poursuite d’un but et d’un rêve qui leur échappe. Les maladresses de Philotas, expliquant volontiers qu’Alexandre n’aurait pas remporté ses victoires sans l’aide de son père et la sienne, et qui se moque des prétentions du roi à être considéré comme le fils de Zeus Ammon, expliquent aussi sans doute qu’Alexandre ne tente rien pour sauver sa vie. La royauté macédonienne connaît des rapports conflictuels fréquents entre aristocratie et monarchie. L'exécution de Philotas, apprécié par la troupe, est un moyen pour le roi de se débarrasser d’un officier jugé trop puissant[91]. Dans ce contexte, Alexandre procède à des réformes au sein du commandement de l'armée : Héphaistion et Cleitos deviennent hipparques, les fidèles Perdiccas, Cratère et Ptolémée sont eux aussi promus[92].

À la poursuite de Bessos (hiver 330-hiver 329)

Lancé à la poursuite de Bessos, le successeur proclamé de Darius III, Alexandre passe de Drangiane en Arachosie (sud-ouest de l’Afghanistan) vers la fin 330 av. J.-C.[93]. Alexandre fonde une Alexandrie qui correspond à l’actuelle Kandahar, laissant Memnon comme satrape. Puis il remonte vers la Bactriane à la poursuite de Bessos. La traversée des monts Paraponisades (Hindū-Kūsh), que les Macédoniens et les Grecs confondent apparemment avec le Caucase, s’effectue au printemps 329. Dans sa fuite, Bessos ravage les vallées entre les Paraponisades (actuel Hindou Kouch) et l’Oxos (actuel Amou-Daria) afin de limiter les possibilités de ravitaillement de ses poursuivants. Alexandre s’empare d’Aornos, qui devient à son tour une Alexandrie, puis de la cité de Zariapsa ou Bactres (actuelle Balkh). Il passe ensuite l’Oxos sur un pont flottant fait de tentes de peaux remplies de diverses matières séchées et parvient en Sogdiane. Les nobles Spitaménès et Oxyartès, craignant qu’Alexandre n'occupe le cœur de leur province[94], décident alors de livrer Bessos à Alexandre. Ptolémée est chargé de cette capture qui intervient au début de 329. Bessos est emmené à Bactres où, à la façon des Perses, son nez et ses oreilles sont coupés, puis il est envoyé à Ecbatane pour être exécuté[A 33].

La conquête des Hautes satrapies (hiver 329-printemps 327)

L'expédition d'Alexandre dans les Hautes satrapies.

Les Hautes satrapies (Arie, Bactriane, Sogdiane, Drangiane, Margiane) sont le carrefour entre les peuples scythes nomades, jaloux de leur indépendance, et les Iraniens sédentaires ; les souverains achéménides n'y ont exercé qu'une souveraineté relative et Alexandre éprouve des difficultés pour y imposer son autorité[93]. Pendant près de deux ans, Alexandre lutte, sans gloire, en Sogdiane et en Bactriane contre les satrapes révoltés. Spitaménès, qui a livré Bessos, se révolte et massacre plusieurs garnisons macédoniennes en Sogdiane[94]. Il inflige un cuisant échec militaire à des officiers d’Alexandre sur le fleuve Polytimetos (Zeravchan dans l’actuel Ouzbékistan). La réaction d'Alexandre après cette défaite est significative du profond désarroi de l'armée puisqu'il interdit, sous peine de mort, aux rescapés de divulguer la réalité de ce désastre[A 34]. La répression à l'encontre des Sogdiens est implacable : Cyropolis est détruite, la population est massacrée ou asservie[94]. Alexandre fonde, à proximité du Iaxarte, limite orientale de l'empire perse, une Alexandrie Eschatè (actuelle Khodjent), ou « Alexandrie la plus lointaine »[95]. Cette fondation, qu'il compte peupler de mercenaires grecs et de Sogdiens ralliés, marque le point le plus au nord de son périple.

Alexandre entend faire un démonstration de puissance à l'encontre des Sakas, un peuple scythe, et fait traverser le fleuve Iaxarte, contraignant les Sakas à fuir dans la steppe. Par la suite une ambassade permet de conclure un pacte de non-agression[95]. Alexandre, accompagné de Cratère, marche ensuite contre Spitamémès qui assiège la garnison de Samarcande et lève aussitôt le siège[95]. Alexandre cherche alors à se concilier l’aristocratie sogdienne en leur accordant des honneurs. Il repasse l'Oxos et suit la route caravanière jusqu'à l'oasis de Merv où il fonde une Alexandrie de Margiane. Après avoir hiverné (329-328) à Bactres, Alexandre, qui a reçu 20 000 hommes en renforts venus d'Europe, surtout des mercenaires grecs et thraces, lance la campagne contre Spitaménès. Il conclut au début du printemps 328 un accord avec Pharasmanès, le roi des Chorasmiens, qui reconnait sa suzeraineté, privant Spitaménès d'alliés potentiels[96]. Il atteint ensuite la Sogdiane où il fonde une Alexandrie de l'Oxos. Dans la région, il met la main sur la famille d'Oxyartès, dont il obtient le ralliement et épouse la fille, Roxane. Dans le même temps Cratère pacifie la Bactriane. Spitaménès succombe finalement, en décembre 328, après la trahison des Massagètes qui envoie sa tête à Alexandre. À la place d’Artabaze, satrape de Bactriane qui demande à être relevé de son commandement en raison de son grand âge, Alexandre désigne son ami Cleitos[96].

Le printemps 327 est occupé à réduire les derniers îlots de résistance, tâche dont s'acquitte Cratère au Badakhchan actuel. Alexandre entreprend de pacifier la Paraitacène, région située au nord-est de la Susiane. Grâce à Oxyartès, le père de Roxane[N 22], il rallie à sa cause le souverain local, Sisimithrès, qui accepte que de jeunes soldats intègrent l'armée royale[97]. Puis il retourne à Bactres où il est rejoint par Cratère à l'été 327, pour repasser ensuite l'Hindou Kouch en vie d'hiverner avant la campagne d'Inde.

La montée des contestations

Début 328 av. J.-C., en Sogdiane, Alexandre tue son ami d'enfance et fidèle compagnon Cleitos lors d’un banquet fortement alcoolisé. Cleitos a eu le tort de porter les exploits de Philippe au-dessus de ceux de son fils. Celui-ci ne le supporte pas, et, dans un accès de rage, tue Cleitos de ses propres mains. Dégrisé, Alexandre pleure longuement son ami et l'honore avec des funérailles grandioses. Mais ce crime crée un profond malaise parmi l'entourage du roi[96]. Cleitos est remplacé par Amyntas à la tête de la satrapie de Bactriane.

Le séjour dans les provinces orientales de l’ancien empire achéménide pèse fortement sur l’entourage du roi. Quand Alexandre tente d’imposer l’étiquette perse aux Macédoniens, en particulier le fait de se prosterner devant lui selon le rituel de la proskynèse, la protestation portée par Callisthène, neveu d’Aristote et historiographe du roi, semble approuvée par de nombreux compagnons du roi[98]. Alexandre d’ailleurs cède en ne maintenant cette étiquette que pour ses sujets asiatiques ; mais la part qu’il donne à ces derniers dans l’armée et l’administration suscite des mécontentements dans son entourage proche. En effet, Alexandre enrôle 30 000 jeunes asiatiques (les épigones) pour être armés à la macédonienne afin de prendre le relais des troupes en voie de démobilisation[97]. Par ailleurs son mariage avec Roxane montre qu'il ne compte plus considérer les Perses comme des vaincus, tandis qu'il désigne plusieurs perses à des fonctions de commandement, dont Atropatès et Phrataphernès[98].

À l'été 327 av. J.-C., la conjuration des pages, qui aurait eu pour finalité l'assassinat d'Alexandre, est née du désir de vengeance personnelle d’un de ces jeunes gens qui s’estime injustement puni. Elle révèle que parmi ses compagnons de jeunesse, nourris comme lui aux sources de la philosophie grecque, certains jugent insupportables ses nouvelles exigences et commencent à le considérer comme un tyran[98]. Callisthène, fort influent parmi les pages et qui a raillé les prétentions d’Alexandre à la divinité, est exécuté lors de la répression faisant suite à ce complot[N 23]. Le commandement et la troupe montre dans cette affaire un attachement à la figure royale[98]. Alexandre fait par ailleurs écrire au régent Antipater qu'il compte châtier ceux qui ont inspiré Callisthène en Grèce.

L’Inde et la fin du périple

Les objectifs d'Alexandre en Inde

L'Inde pendant la conquête d'Alexandre

L’Inde pour les Grecs est une contrée mystérieuse connue par les textes d’Hécatée de Milet et d’Hérodote ainsi que ceux de Ctésias [99], médecin à la cour d’Artaxerxès II. Ces auteurs ont sans doute utilisé la relation du voyage de Scylax de Caryanda, effectué sur ordre de Darius Ier. La vallée de l’Indus est théoriquement sous le contrôle de l’empire achéménide depuis cette époque mais en réalité la frontière du pouvoir perse se limite aux Paraponisades (Hindou Kouch actuel). Quant à la vallée du Gange et au plateau du Deccan ils sont encore inconnus des Grecs[100]. Cependant des relations existent puisque l’on trouve dans les armées perses quelques éléphants et des contingents indiens.

Il ne fait guère de doute que le but premier d'Alexandre est de restaurer à son profit les limites de l'empire de Darius Ier et d'en tirer les profits commerciaux inhérents. Ce qui semble probable est qu’il a été aisément convaincu, alors qu’il guerroie encore en Sogdiane, par Taxilès, l’un des roitelets de la vallée septentrionale de l’Indus, d’intervenir contre son ennemi Pôros qui règne sur le royaume de Paurava à l’est de l’Hydaspe et qui menace le Panjâb. Alexandre est conseillé aussi par un prince indien, Sisicottos, qui après avoir suivi la fortune de Bessos s’est rallié au conquérant. Le projet d'Alexandre est probablement plus ancien cependant puisqu'au printemps 329 av. J.-C. il fonde une Alexandrie-du-Caucase (au nord de l'actuelle Kaboul), ce qui illustre clairement sa volonté de disposer d'une base arrière pour son expédition. Le rappel d'un marin comme Néarque en 329-328[N 24] semble prouver qu'à ce moment Alexandre envisage déjà une expédition maritime entre l'Inde et le golfe Persique.

Certains historiens contemporains ont défendu[101] qu'Alexandre souhaite continuer au-delà de l'Indus et qu'il a une ambition mondiale. D'autres historiens[102]. estiment que son expédition vers le Gange, interrompue par la sédition de ses soldats sur l'Hyphase, a pour but de s'emparer des bases commerciales indiennes ; de la même façon qu'en 323, peu avant sa mort, il prépare probablement une expédition vers les ports arabes du golfe Persique. L'objectif premier serait bien le retour par la vallée de l'Indus, puis l'océan et le golfe Persique. Tout conduit par conséquent à admettre que, dans la droite ligne de son refus des propositions de paix faites par Darius III en 332 et 331, Alexandre a déjà une idée relativement précise de ses objectifs globaux, c'est-à-dire devenir le maître de l'ensemble des territoires qui ont été un jour achéménides et contrôler l'ensemble des grandes routes commerciales.

La conquête du Pendjab (été 327-été 326)

Article détaillé : Bataille de l'Hydaspe.
Représentation de la bataille de l'Hydaspe : Alexandre et Porus, Charles Le Brun, 1673.

Au printemps 327 av. J.-C., Alexandre part de Bactres à la tête d’une armée considérable d'environ 120 000 hommes, accompagnée de toute une foule d’esclaves, de serviteurs mais aussi de femmes et d’enfants[réf. nécessaire]. Les Gréco-Macédoniens ne représentent guère que la moitié des effectifs combattants. De nombreux asiatiques (les épigones ou héritiers) ont en effet été recrutés pour être armés sur le modèle macédonien. L'armée compte également des cavaliers des Hautes satrapies, des marins égyptiens, phéniciens, , chypriotes pour la descente de l'Indus déjà envisagé[103].

Alexandre repasse donc les monts Paraponisades et se rend à Alexandrie-du-Caucase (actuelle Bagram près de Kaboul). Il y reçoit le renfort de Taxilès, raja de Taxila, qui appelle à lutter contre son puissant voisin Pôros qui cherche à soumettre tout le Pendjab[99],[N 25]. Puis il charge Héphaestion et Perdiccas de soumettre les peuples de la rive sud du Cophen, une rivière qui descend de la vallée de l’actuelle Kaboul vers l’Indus, tandis qu'il s’occupe de la rive septentrionale (été 327). Si la conquête de la rive sud se déroule sans trop d’encombre, ses deux généraux atteignant l’Indus avant lui, Alexandre est confronté à la résistance des Assacènes (Açvakas) dans le Cachemire[104]. La prise de leur place forte, Aornos[N 26], lui donne beaucoup de mal. La légende raconte que même Héraclès n'a pu la prendre[105]. Le pays est alors érigé en satrapie sous la responsabilité de Nicanor mais celui-ci est rapidement tué lors d'une insurrection.

Au printemps 326, Alexandre franchit l’Indus, où Héphaestion et Perdiccas ont construit un pont. L’armée séjourne alors à Taxila, la capitale de Taxilès. Peu après, l’armée s’ébranle pour combattre Pôros qui surveille l’Hydaspe[104] (actuelle Jhelum), l’un des affluents de l’Indus. Pôros, qui attend des renforts en provenance du Cachemire, dispose d'une armée déjà si nombreuse[N 27], qu'Alexandre décide de l'attaquer immédiatement[106]. Il manœuvre avec habileté car laissant Cratère avec le gros des troupes, il traverse avec sa cavalerie et ses hypaspistes le fleuve, pourtant gonflé par la fonte des neiges, dans une région boisée environ 150 stades en amont (environ 30 km), afin de prendre Pôros à revers. La victoire est acquise mais la bataille de l'Hydaspe est d’une grande violence. Les cavaliers asiatiques ont montré leur efficacité, confortant Alexandre à poursuivre sa politique d'intégration des peuples vaincus[106]. Bucéphale meurt durant la bataille et en son honneur, Alexandre fonde sur son tombeau la cité de Bucéphalie. Peu après, Alexandre perd son chien Péritas, et il lui construit également une cité en hommage[A 35].

Poursuivant sa politique d’intégration des chefs locaux, Alexandre laisse Pôros en place, qui abandonne ses prétentions au-delà de l'Hydaspe[106], avec un territoire plus vaste que celui d’origine. Une révolte sur ses arrières des Assacènes l’oblige à envoyer des troupes dirigées par Philippe et Tyriaspès. En guise de compensation après le ralliement Pôros, qui semble-t-il a pour but de conquérir la plaine du Gange aux dépens de la dynastie des Nanda de Patna, Alexandre décide de soumettre des peuplades à l'est du Pendjab[106]. Mais cette campagne nécessite d'âpres combats contre de petites « républiques », comme celle des Arattas. Alexandre pense alors franchir l’Hyphase (actuelle rivière Beâs) pour une simple démonstration de force, comprenant que les Nanda seraient de puissants adversaires[107].

À l’automne 326, sur les rives de l'Hyphase, Alexandre doit affronter une levée de boucliers des Grecs et des Macédoniens[107], dont Coénos se fait le porte-parole[A 36]. Après s’être enfermé trois jours sous sa tente, il est obligé de se plier à la volonté de ses soldats et donne l’ordre du retour. Il fait ériger douze autels monumentaux pour chacun des douze principaux dieux de l’Olympe, ainsi qu’un camp artificiellement agrandi jusqu’au triple de ses dimensions normales, marquant le point extrême de sa progression à l’est. Il fait apposer une inscription : « Ici s’est arrêté Alexandre ». Cet épisode est révélateur de la coupure qui s’est créée entre le roi et ses troupes. Certains de ses officiers, les épisodes de la mort de Philotas et de Cleitos le rappellent, sont hostiles à un mode de gouvernement de plus en plus personnel et autocratique, sur le modèle asiatique. Les soldats sont quant à eux physiquement exténués[N 28]. Ils expriment par ailleurs la volonté de revoir leur famille et de jouir du butin accumulé[108].

La conquête de la vallée de l’Indus (automne 326-printemps 325)

Monnaie de Ptolémée Ier à l'effigie d'Alexandre portant un scalp d’éléphant, symbole de sa conquête de l’Inde.

Alexandre décide de soumettre toute la vallée de l’Indus afin d'assurer la route du retour à Babylone. Il fait construire une flotte d'environ 1 000 navires sur laquelle il embarque début novembre 326 av. J.-C. avec une partie de son armée pour descendre l’Hydaspe puis l’Acésine afin de rejoindre l’Indus[109]. Cette flotte a été construite avec la contribution financière de nobles de la cour et de l’état-major du roi. Elle est dirigée par Néarque avec des équipages essentiellement phéniciens et grecs grâce aux renforts reçus en Inde. Avant le départ, une assemblée des princes locaux reconnaît Pôrôs comme souverain, sous tutelle du roi de Macédoine.

Alexandre embarque avec lui les archers, les hypaspistes[N 29] et les cavaliers de sa garde pendant que Cratère longe la rive droite et Héphaestion, avec l’essentiel de l’armée, descend le long de la rive gauche. À l’embouchure de l’Hydaspe et de l’Acesine, des rapides endommagent la flotte qui doit réparer. Certains peuples se soumettent rapidement mais les Cathéens, les Malliens et les Oxydraques se soulèvent. Vers la mi-novembre 326, Alexandre commet la faute d’attaquer une ville peuplée de brahmanes malliens, provoquant une rébellion qui se propage rapidement. Au cours de cet engagement, durant lequel il monte à l'assaut des remparts de la ville, les sômatophylaques Léonnatos et Peucestas lui sauvent la vie, ce dernier protégeant le souverain avec le (supposé) bouclier d'Achille démonté du temple d'Athéna à Troie[A 37]. Alexandre est assez sérieusement blessé, au point que l’armée croit en sa mort[N 30] et que cette rumeur se répand dans tout l'empire suscitant des troubles sporadiques, notamment la défection de mercenaires grecs en Bactriane[109],[N 31]. Sa convalescence l'oblige à arrêter l'expédition probablement jusqu'au printemps 325. Peithon se voit alors confier une violente campagne de répression contre les Malliens[A 38],[N 32]. La peur des Macédoniens est désormais telle que le peuple de Patalène dans le delta de l'Indus préfère fuir avant l'arrivée d'Alexandre. La satrapie du Sind, où une nouvelle Alexandrie est fondée, est dès lors confiée à Peithon[109]. Alexandre finit par rejoindre l’embouchure de l’Indus au printemps 325 ; il établit à Patala un port, des arsenaux et des citernes, montrant qu'il souhaite établir des liens commerciaux entre cette lointaine région et le reste de son empire[109],[N 33]. Parvenus sur les rives de l'océan Indien, les Gréco-Macédoniens sont effrayés par le phénomène des marées[réf. nécessaire], quasi inconnu en mer Méditerranée.

Le difficile retour (juillet 325-décembre 325)

Alexandre, pour son retour vers Babylone, divise son armée en trois corps en juillet 325 av. J.-C.. Cratère quitte la vallée de l’Indus avec la moitié de la phalange (soit quatre taxeis), les éléphants et les argyraspides qui comptent retourner en Macédoine[109]. Il remonte par l’Arachosie et la Drangiane (sud de l’Afghanistan actuel) et doit retrouver Alexandre en Carmanie, région qui correspond au sud de l’Iran actuel vers le détroit d'Ormuz. Néarque avec une flotte d’une centaine de navires, 2 000 marins et 12 000 soldats, est chargé de rouvrir la route maritime entre l’Indus et l’embouchure du Tigre et de l’Euphrate. Mais cette exploration nécessite un appui terrestre, sous la forme de dépôts de vivres, mission dont se charge Alexandre à la tête de ses meilleures troupes[110]. Il choisit pour ce faire l’itinéraire le plus difficile en longeant la côte de la Gédrosie (actuel Balouchistan pakistanais). Depuis Patala sur l’Indus, il gagne avec 25 000 hommes l’actuelle région de Karachi où le peuple des Arabites capitule sans combattre. Puis il atteint la vallée du Purali dont il soumet les habitants, les Orites. La côte, peuplée de « Mangeurs de poissons », étant trop misérable pour approvisionner la troupe, il doit demander de l’aide aux Gédrosiens de l’intérieur du pays qui cultivent dans des vallées irriguées[110]. Il choisit alors alors son armée en deux corps ; celui commandé par Léonnatos doit suivre l’itinéraire traditionnel des caravanes, plus au nord, et faire sa jonction avec Alexandre à Pura, capitale de la Gédrosie. Alexandre avec 12 000 hommes, dont ses troupes d’élite et un convoi de femmes et d’enfants, traverse la Gédrosie par le désert du Makran qui longe le littoral[A 39],[N 34]. Or au moment où Alexandre entre dans le désert, les Gédrosiens et les Orites se révoltent ; il n’obtient donc pas les vivres escomptées[110]. Le désert de Makran est une région particulièrement inhospitalière, couverte de marécages salés et comptant peu d’oasis. Une grande partie du convoi avec les femmes, les enfants et les attelages est emporté par la brusque montée d’un torrent. La troupe met deux mois pour accomplir 700 km entre la vallée du Purali et Pura. Alexandre rallie la ville de Pura en décembre 325, où il est rejoint par le contingent de Léonnatos qui a entre-temps fondé Alexandrie des Orites. Malgré la saison des pluies, plus de 6 000 personnes seraient mortes de soif et d’épuisement durant cette marche dans le désert du Makran[N 35], d’autant qu’une partie des réserves de grain est déposée dans des fortins au bord de la mer pour approvisionner la flotte. Ce voyage est le plus éprouvant de toute l’expédition d’Alexandre et entraîne un grand nombre de décès par épuisement, soif et sous-alimentation ; tous les chevaux et les bêtes de somme meurent au cours de ce périple. D’autant que cette souffrance a été inutile : jamais Alexandre n'est parvenu à établir le contact avec la flotte de Néarque[110]. Parvenu en Carmanie, Alexandre est rejoint par Cratère.

Pilotée par Néarque, avec pour second Onésicrite, la flotte explore la côte avec minutie, et rencontre notamment des baleines pour la première fois, la flotte part avec un mois de retard sur les plans initiaux, à cause des vents de mousson, le , longe la côte de la mer d’Érythrée (actuelle mer d’Oman) pour rallier l’Euphrate. Confrontée à plusieurs tempêtes, qui coulent trois navires au moins, Néarque est aussi obligé de maintenir la flotte à la mer jour et nuit car il craint les désertions. Il est impossible de se ravitailler à terre sur la côte de la Gédrosie, le pays des misérables Ichtyophages (« Mangeurs de poisson »). En outre les dépôts laissés par Alexandre sont attaqués par les Orites. Les seuls aliments proviennent donc de la mer ; ce qui prend au dépourvu la flotte, laquelle souffre de la faim. Après 1 300 km et 80 jours de navigation, Néarque parvient à Harmozia (Ormuz) en face du promontoire de Macéta (actuel Émirats arabes unis). Néarque quitte alors la flotte et se rend au-devant d’Alexandre qui le reçoit avec des transports d’allégresse, persuadé de la disparition de sa flotte. Néarque repart ensuite jusqu’aux bouches de l’Euphrate (décembre 325) et rallie Suse.

Les dernières années du règne

Le temps des rébellions (fin 325-début 324)

Depuis 330 av. J.-C. et la poursuite lancée contre Bessos, l'assassin de Darius III, Alexandre a perdu le contrôle direct des provinces de son empire[111]. La fausse nouvelle de sa mort en Inde a suscité la défection des mercenaires grecs de Bactriane où Athénodôros se fait proclamer roi[111], certains de ces mercenaires regagnant la Grèce probablement grâce à des navires athéniens[112]. Des rébellions ont aussi éclatées en Arachosie et en Médie ; les satrapes asiatiques de Carmanie et de Suse montrent des velléités d'indépendance[111]. En Égypte, Cléomène dirige à sa guise en établissant des ateliers monétaires à Alexandrie[112]. La défection la plus notable est celle d'Harpale, le trésorier royal, qui s'enfuit à l'automne 325 à Tarse en Cilicie avant de rejoindre Athènes. Afin d'affaiblir la position d'Harpale, Alexandre fait licencier l'ensemble des mercenaires dont le recrutement dépend du trésorier[112].

Parvenu en Carmanie en décembre 325 av. J.-C. après le difficile retour d'Inde, Alexandre doit donc rétablir son autorité. Il est par ailleurs confronté à des récriminations de toutes sortes contre les officiers qui ont gouverné en son absence. Deux stratèges de Médie, Sitalcès et Cléandre[N 36], sont exécutés pour avoir commis des exactions et des sacrilèges[A 40] ; il est néanmoins possible que Cléandre ait entretenu des relations avec Harpale. Quant aux satrapes de Carmanie et de Gédrosie, qui ont failli à leur obligation de ravitaillement sur la route du retour d'Inde, ils sont exécutés[112]. Il se débarrasse aussi de Baryaxès qui s’est proclamé « Grand Roi des Perses et des Mèdes »[A 41], et de satrapes à la fidélité douteuse, tel Orxinès en Perside[A 42]. Finalement cette crise amène un remaniement à la tête des satrapies. Alexandre promeut par prudence des personnalités de second rang, à l'exception d'Antigone le Borgne qui conserve la Phrygie ou de Peucestas promu en Perside[113].

Les noces de Suse (février-mars 324)

Alexandre (en Arès) épousant Stateira (en Aphrodite), mosaïque de Pompéi.

De Carmanie, Alexandre se rend au début de l’année 324 av. J.-C. à Pasargades à la tête de troupes légères tandis qu’Héphaestion poursuit le voyage avec le gros de l’armée le long des côtes de la Perside. C’est à ce moment qu’Alexandre entreprend de restaurer le tombeau de Cyrus, lequel a été pillé en son absence, et de punir les coupables[114]. Puis il parvient à Suse.

C’est à ce moment qu’interviennent les noces de Suse. Cet épisode révèle la volonté du roi de fondre les peuples macédoniens et perses pour assurer la pérennité de l'empire[115]. C’est ainsi que 10 000 Macédoniens épousent le même jour des femmes asiatiques. Alexandre épouse Stateira, fille aînée de Darius III, tandis que le chiliarque Héphaestion, second dans la hiérarchie, épouse l'une de ses sœurs cadettes. Les mariages se font à la mode perse, ce qui ne manque pas de provoquer la désapprobation des Macédoniens, qui ont déjà vu leur roi s’unir à Roxane, concluant qu’Alexandre s’éloigne des coutumes grecques pour adopter une mentalité « barbare ». Il propose que les enfants nés de ces unions soient élevés à la macédonienne pour intégrer un jour l'armée[115]. Pour calmer la colère qui gronde, Alexandre paye leurs dettes et offre en un geste symbolique des couronnes d’or à ses généraux.

La mutinerie d’Opis (printemps 324)

Immédiatement après les noces de Suse une révolte des vétérans macédoniens éclate à Opis, au nord de Babylone, au printemps 324 av. J.-C.[115]. Les facteurs en sont la place nouvelle accordée aux troupes asiatiques[N 37] et surtout le fait qu'Alexandre décide de régner sur son empire depuis l'Asie et non de revenir à Pella[116].

Aussi le jour même où Alexandre libère 10 000 vétérans éclate la mutinerie. Il lui est demandé de donner congé à tous, d’entreprendre de nouvelles conquêtes tout seul, ou « avec son père Amon »[réf. nécessaire]. Cette remise en cause de son origine divine le met en rage et il se précipite sur les mutins avec ses hypaspistes. Il fait exécuter treize des meneurs et reprend, par un discours habile où il flatte l’orgueil de ses hommes, le contrôle de la situation. Il se retire ensuite sous sa tente et ne s’adresse plus qu’aux Perses refusant ostensibement de parler aux Macédoniens[116]. Ceux-ci supplient alors le roi de leur rendre leur place auprès de lui et promettent de le suivre où il voudra les conduire. Il accorde aux volontaires la possibilité de rester à Alexanrie de Charax[116]. Cette réconciliation théâtrale prouve l’habileté d'Alexandre qui conserve son ascendant sur ses troupes tout en atteignant ses objectifs puisque les Asiatiques demeurent dans l’armée. Mais cette mutinerie éclaire bien la distance existante entre les projets du roi et les désirs de ses troupes fatiguées. À Opis les troupes s'aperçoivent qu'Alexandre a bien l'intention « d'établir pour toujours en Asie le centre de son royaume »[A 43]. Les nouvelles entreprises du roi apparaissent aux yeux de ses soldats comme de plus en plus personnelles et ils s'en estiment de moins en moins solidaires. Cette résistance de l'armée à la politique de fusion avec les troupes asiatiques constitue assurément le plus grave échec d'Alexandre[réf. nécessaire]. Plusieurs milliers de vétérans sont donc libérés et prennent le chemin de la Macédoine sous le commandement de Cratère et Polyperchon[116],[N 38].

Le retour sur la scène européenne (printemps-été 324)

La politique d'Alexandre envers les cités grecques de la ligue de Corinthe connait une évolution certaine à partir de 324 av. J.-C. Ayant besoin des Grecs comme mercenaires et colons en Asie, il cherche à s'entendre avec toutes les cités. Il ordonne donc depuis Suse aux cités de rappeler les bannis afin d'inaugurer une ère de concorde. Mais cette mesure d'apaisement, qui doit être annoncée par Nicanor de Stagire durant les Jeux olympiques[A 44], est perçue comme une ingérence dans les affaires intérieures des cités, qui plus est sous la menace d'Antipater pour les plus récalcitrantes d'entre elles[117]. Par ailleurs, il semblerait que Nicanor soit aussi chargé d'annoncer aux cités qu'Alexandre souhaite recevoir un culte public en tant que « Dieu Invaincu »[115]. Finalement ces mesures maladroites montre qu'Alexandre, à cette date, n'est plus le « roi des Macédoniens » ou l’hégémon de la ligue de corinthe, mais bien le « Roi Alexandre », chose que les Grecs des cités ont des difficultés à admettre[117].

Au printemps 324, Alexandre reçoit des informations sur la situation en Grèce[116]. Le vieux régent Antipater, en conflit permanent avec Olympias et attaché aux traditions monarchiques des Argéades, déplore la politique « asiatique » d'Alexandre et le fait qu'il reçoive des honneurs divins[118]. Le fidèle Cratère est donc chargé, secrètement, de remplacer Antipater, tandis qu’Antipater est censé amener en Asie de nouvelles recrues pour les projets futurs du roi. L'arrivée de Cratère en Cilicie oblige, Harpale, le trésorier en fuite, à rejoindre Athènes où il est accueilli durant l'été 324. Certains Athéniens y voit l'occasion de contrecarrer la politique d'Alexandre, dont le décret de 324 oblige la restitution de Samos à ses habitants. Mais les menaces d'Antipater et d'Olympias oblige la cité à la prudence[118].

Les ultimes desseins (été 324-printemps 323)

D’Opis, Alexandre se rend par la vallée du Zagros à Ecbatane. C’est là, au cours de l’hiver 324 av. J.-C., que meurt le favori d’Alexandre, Héphaestion, probablement de maladie[119]. La douleur du roi est assimilée par certains auteurs antiques à celle d’Achille sur le corps de Patrocle[A 45]. Alexandre rend à son chiliarque des honneurs quasi royaux après avoir consulté l'oracle d'Ammon[119]. Mais les tâches royales reprennent le dessus et une dernière campagne est organisée contre les habitants du Lorestan actuel (sud-ouest de l’Iran) et contre les Ouxiens et les Cosséens, montagnards que les Perses n’ont jamais totalement soumis.

Alexandre se rend ensuite à Babylone au printemps 323. En chemin, il reçoit des ambassades venues de Grèce. Les Athéniens en particulier protestent contre les décrets ordonnant le rappel des bannis et les honneurs divins pour le roi[N 39]. Mais les autres cités grecques lui envoient des théores comme à un Dieu[119]. Alexandre multiplie les rencontres avec des ambassades venues des pays limitrophes de son empire (Cyrénéens, Carthaginois, Étrusques, Celtes des Balkans), démontrant l'immense prestige du Conquérant[119].

Le voyage de Néarque ayant démontré combien les communications maritimes avec la partie orientale de l’empire sont plus aisées que les communications terrestres, Alexandre ordonne l’exploration des mers limitrophes. Ainsi Héraclide est-il envoyé explorer la mer Caspienne et trois expéditions successives sont envoyées reconnaître les côtes de l’Arabie. Les deux premières, celle d’Archias de Pella, et celle d’Androsthène ne dépassent pas l’île de Tylos (actuelle île de Bahreïn). Celle d’Hièron de Soles atteint sans doute le golfe de Suez[réf. nécessaire]. Cette reconnaissance totale des côtes de la mer Rouge à l’embouchure de l’Indus donne à Alexandrie un rôle pivot dans le développement des relations commerciales entre la mer Égée et l’Asie. L'armée connaît par ailleurs une nouvelle réorganisation. Peucestas, satrape de Perside, amène 20 000 jeunes perses, les épigones (« héritiers »), pour qu'ils soient intégrés à la phalange, faisant passer le rapport à 12 Perses pour 4 Macédoniens[119].

Les historiens contemporains ne s’accordent pas sur ses derniers desseins. Plusieurs auteurs anciens affirment qu'Alexandre caresse le projet de conquérir le bassin occidental de la mer Méditerranée[A 46]. Il est en effet plausible qu’il ait envisagé de se tourner vers la Méditerranée occidentale, en particulier Carthage. Perdiccas l'affirme devant les troupes peu après la mort du roi. Ce qui est certain, c’est qu’une expédition est envisagée pour le 20 du mois de Dæsios (5 juin 323) que les sources antiques orientent vers le sud de la Libye afin d’atteindre l’Occident. Les historiens contemporains ont envisagé qu'Alexandre a l'ambition de s’aventurer en Arabie afin d’assurer la liaison entre la Babylonie, l'Égypte et l'Inde[120]. La question que se posent est donc de comprendre s'il y a deux projets distincts, la conquête de la Méditerranée orientale d'une part et le contrôle des côtes de l'Arabie et de la mer Rouge d'autre part, ou s'il ne s'agit que d'un seul et même projet, à savoir relier Alexandrie du Tigre à Alexandrie puis de là poursuivre vers Carthage et la Sicile.

Les derniers jours (juin 323)

La mort d'Alexandre, Karl von Piloty, 1886.

Alexandre consacre les dernières semaines de son existence à parcourir les canaux de l’Euphrate en faisant exécuter des travaux destinés à réguler les inondations[121]. C'est à la veille du départ pour l'expédition d'Arabie, le , qu'il meurt à Babylone, pris de fortes fièvres[120]. Une tablette astronomique babylonienne datant de l'époque hellénistique, portant la mention « le roi est mort », permet de dater précisément la mort d'Alexandre dans la nuit du 10 au 11 juin[14]. Une autre date a longtemps été proposée d'après les sources antiques[122], à savoir le 13 juin, soit le 28e jour du mois de skirophorion (daesios chez les Macédoniens)[N 40],[123].

Plutarque et Arrien ont écrit, d’après les Éphémérides royales rédigées par le chancelier Eumène de Cardia[N 41], le détail des derniers jours du roi entre le 15 et le 28 du mois de daesios (27 mai au 10 juin). Selon Plutarque, Alexandre est troublé par la multiplication de signes funestes. Ainsi, lors de la navigation sur l’Euphrate, un coup de vent emporte le diadème royal tandis qu’à Babylone, un inconnu ose s’asseoir sur le trône d’Alexandre, geste qu’il paye de sa vie. Puis les fêtes dionysiaques (komos) et les soirées de beuveries, dont le roi est coutumier, reprennent. Ainsi, les 16 et 17 daesios, Alexandre passe de banquets en banquets chez Néarque puis chez un hétaire thessalien, Médios de Larissa. Le 18 au matin (), Alexandre est pris d’une fièvre qui va durer jusqu’à son décès. Les premiers jours, jusqu’au 22 daesios (), il continue à donner des ordres et à surveiller les préparatifs de son expédition mais, à partir du 23, l’aggravation de son état l’en rend incapable. Le 25 daesios, il perd l’usage de la parole et ne peut parler à ses officiers, qu’il reconnaît cependant. Une terrible fièvre s’empare de lui à partir de la nuit du 25 au 26 daesios. Le 27, les soldats le croyant mort exigent de le voir et défilent devant le roi, sans armes, lequel salue silencieusement chaque homme[124]. Alexandre meurt le 28 daesios au soir, à l’âge de 32 ans.

La rumeur qui accuse Cassandre et Iolas, les fils d’Antipater[N 42] est évoquée par les auteurs de la Vulgate d’Alexandre, sans toutefois qu'ils la cautionnent[A 47], et contestée par Arrien et Plutarque[A 48]. À la suite de désaccords dans la politique à mener en Grèce et au conflit avec Olympias, Alexandre compte en effet relever Antipater de la régence de Macédoine pour le remplacer par le fidèle Cratère. Cependant cette rumeur, fomentée par Olympias, se répand plusieurs années après la mort d’Alexandre, à une époque où les diadoques se déchirent déjà et où la volonté de discréditer les concurrents potentiels est forte. Cette hypothèse, bien qu'invérifiable de nos jours, rencontre un certain écho chez certains contemporains[120]. Des études récentes estiment qu’Alexandre serait mort du virus du Nil occidental[125]. Cette saison de fin de printemps dans la région marécageuse que constitue le sud de l’Irak actuel est propice à cette maladie.

Selon l'historien Valerio Massimo Manfredi, ses campagnes militaires l'ont beaucoup affaibli ; si bien qu'au milieu d’un grand festin, après avoir vidé plusieurs fois la grande coupe d'Héraclès remplie de vin pur, il aurait perdu connaissance à cause d'une lésion interne grave comme la perforation d'un ulcère gastrique ou une pancréatite aiguë[126]. Pour Philippe Charlier, la mort d'Alexandre « ressemble à l'aggravation brutale d'un mauvais état de santé qui existait au préalable », et peut vraisemblablement être imputée aux habitudes de vie du conquérant. Un « jeune homme qui a mal vécu sur le plan physiologique, avec beaucoup de prises de risque » : de nombreuses blessures ; une mauvaise hygiène de vie liée à son importante consommation d'alcool, sa participation fréquente à de grands banquets, à de nombreuses nuits blanches et aux parasitoses et maladies sexuellement transmissibles variées qu'il aurait pu contracter au fil de ses conquêtes à travers l'Asie. Son organisme ainsi particulièrement affaibli a pu le rendre vulnérable même à des maladies habituellement non mortelles. L'hypothèse évoquant le virus du Nil occidental comme cause de la mort est tout à fait vraisemblable pour l'anatomo-pathologiste contemporain qui indiquerait : « Homme jeune, 32 ans, déplacé sur le plan géographique, mauvaise hygiène de vie sous-jacente, alcoolisme chronique, polyparasitose »[127].

Selon Plutarque[réf. nécessaire], lorsque Alexandre, mourant, reçoit la question de Perdiccas : « À qui entends-tu léguer l'Empire ? », il lui aurait fait cette réponse : « Au plus digne (aristos) ». La scène, réelle ou non, laisse en tout cas augurer des déchirements qui vont opposer ses principaux généraux, les diadoques, à propos de la succession d'Alexandre. Perdiccas, Ptolémée, Antigone, Lysimaque et Séleucos, notamment, se livrent en effet de nombreuses guerres pour le partage de l'empire. Mais d'après les auteurs de la vulgate[A 49], Perdiccas, deuxième personnage de l'empire depuis la mort d'Héphaistion, aurait reçu l'anneau royal des mains d'Alexandre.

Le tombeau d'Alexandre

Article détaillé : Tombeau d'Alexandre le Grand.
Le cortège funéraire d'Alexandre d'après la description de Diodore de Sicile, illustration du XIXe siècle.

Le cadavre embaumé d’Alexandre devient l'enjeu d'un conflit entre ses diadoques. L'un d'eux, Perdiccas, fidèle à Roxane et à Alexandre IV, décide dans un premier temps de le rapatrier à Aigéai, l'ancienne capitale de Macédoine, où reposent les ancêtres du Conquérant. Le corps est ainsi placé dans un premier sarcophage anthropoïde en or, enfermé à son tour dans un deuxième cercueil doré, un drap pourpre recouvrant le tout. L'ensemble est disposé sur un char d'apparat surmonté d'un toit que soutient un péristyle ionique[A 50]. Ptolémée n'hésite pas à attaquer la procession funéraire pour s'approprier le sarcophage et l'exposer à la dévotion à Memphis. Selon le pseudo-Callisthène, le cadavre est ensuite transporté à Alexandrie vers 280 av. J.-C., à l'aide d'un coffre de plomb par Ptolémée II. Ce dernier le place à l'intérieur d'un temple dans un nouveau sarcophage recouvert d'or. Ptolémée IV enfin fait construire un mausolée somptueux (le Sôma) dans lequel il expose la dépouille d'Alexandre. Selon La Pharsale de Lucain[A 51], le monument se dresse sur un tumulus et avait la forme d'une tour de marbre surmontée d'un dôme pyramidal. Tout autour sont aménagées de petites chapelles destinées à recevoir les corps des rois lagides, l'ensemble étant protégé par une enceinte murée délimitant le téménos. Il est presque certain que le Sôma se trouve quelque part à l'intersection de la voie Canopique, qui traverse la ville selon un axe nord-est sud-ouest depuis la porte du Soleil jusqu'à la porte de la Lune, et de l'autre voie principale orientée nord-sud qui relie la presqu'île de Lochias au lac Mariout.

Selon Strabon[A 52], le monument fait même partie de la basilique. Ptolémée IX, à court d'argent selon Antiochos VIII, aurait fait remplacer en 89 av. J.-C. le cercueil d'or par un cercueil de verre ou d'albâtre translucide[N 43]. Le cadavre embaumé y reste plusieurs centaines d'années et devient un objet de visite pour un grand nombre d'hommes politiques, de généraux tant grecs que romains. Ainsi, selon Suétone[A 53], l'empereur Auguste aurait visité le tombeau et retiré un instant le corps du sarcophage pour lui mettre avec respect une couronne d'or sur la tête et le couvrir de fleurs. La manipulation aurait malheureusement abîmé le nez du cadavre.

La dernière visite importante est celle de l'empereur Caracalla en 215. Ce dernier n'hésite pas à s'approprier la tunique, la bague et la ceinture du Macédonien, la cuirasse, quant à elle, ayant probablement déjà été volée par Caligula. Dès le IVe siècle, un tremblement de terre et divers vandalismes romains ayant probablement dégradé le monument, l'emplacement du Sôma n'est plus connu. Les historiens et archéologues, malgré de nombreuses recherches et hypothèses, ignorent encore de nos jours son emplacement exact.

L’œuvre d'Alexandre

L’empire d’Alexandre à son apogée.

L’œuvre politique

Alexandre devant le tombeau de Cyrus, Pierre-Henri de Valenciennes, 1796.

Une analyse de l’œuvre d’Alexandre reste complexe à réaliser car celle-ci est inachevée. Il est d'abord le fondateur d'un empire multiethnique et multiculturel établi sur les bases de l'empire achéménide[128]. Il conserve les cadres administratifs de l'empire perse[129], dont les satrapies, tout en cherchant à se concilier l'aristocratie perse, comme le montrent la rénovation du tombeau de Cyrus ou les noces de Suse[129]. Chaque peuple conserve ses particularismes culturels ou religieux. Les populations continuent de parler leur langue, dont l'araméen et le babylonien, bien que le grec devienne la langue officielle de l'administration royale, comme elle le sera du temps des monarchies hellénistiques. Il établit par ailleurs, dans le plateau iranien et en Asie centrale, des foyers de peuplement grec, avec l’implantation de vétérans et de colons qui se développent surtout à l'époque séleucide. En principe, Alexandre est parvenu à unifier son empire car tous les territoires conquis dépendent de son autorité ; mais derrière cette souveraineté totale se cache une grande diversité de statuts et de situations, comme dans l'administration satrapique ou des cités. C'est la conséquence directe de l’extraordinaire rapidité de la conquête.

Alexandre a modifié le cadre traditionnel de la royauté argéade en personnalisant, plus encore que son père, le pouvoir[130]. Le peuple macédonien, c'est à dire l'Assemblée des Macédoniens en armes, n'est que très rarement consulté. Certes, au début de son règne, dans l'ombre d'Antipater et du général Parménion, garants du maintien des traditions, Alexandre parait avoir été soumis à une relative tutelle, d'autant plus que sa jeunesse et les circonstances de son avènement limitent son autorité[130]. Parmi les pratiques habituelles, le Conseil royal (sunédrion ), où les nobles peuvent exercer une libre parole, doit normalement être consulté. Cette tutelle n'est brisée qu'après l'exécution de Parménion en 330, même si Antipater, le prudent régent de Macédoine, parait être le véritable souverain aux yeux des Macédoniens restés au pays. À la fin de son règne, Alexandre compte d'ailleurs le remplacer par Cratère. Si Alexandre a été un souverain absolu c'est d'abord en Asie, conforté par ses proches, Héphaistion, Perdiccas et Cratère en premier lieu[130].

Auprès certains peuples asiatiques, Alexandre accède à un statut de roi divinisé. Ainsi en Égypte il est pharaon, Horus vivant, reconnu comme le fils de Zeus Ammon. À Babylone il est roi de par la volonté du dieu tutélaire de la cité, Mardouk. Alexandre suit scrupuleusement les rites religieux babyloniens et fait restaurer certains temples, se faisant reconnaître souverain légitime du pays et « des quatre parties du monde ». Il reçoit ainsi l'appui déterminant de la caste sacerdotale babylonienne. S’appuyant sur les traditions asiatiques, il cherche à être honoré comme un dieu par tous ses sujets. Mais il parait peu probable qu'il ait cru véritablement être un dieu ; il en fait même un sujet de plaisanteries avec Héphaistion[131]. Il parait pour autant convaincu de l'essence divine de sa mission.

L’œuvre économique

Statère d'or au type d'Alexandre à l'effigie d'Athéna, avec au revers une Niké.

L'œuvre économique d'Alexandre est complexe à analyser du fait que les auteurs anciens ont négligé cet aspect dans leurs récits[N 44]. La question pour les modernes est de savoir si Alexandre a véritablement décidé d'une politique économique systématique à l'échelle de l'empire en cherchant à améliorer les structures achéménides[132]. Dans la lignée de Johann Gustav Droysen, nombre d'historiens considèrent qu'Alexandre a mené une politique économique efficace par la mise en valeur des territoires, l'introduction de la monnaie, l'ouverture de routes commerciales. Mais cette vision « coloniale » peut être nuancée, avec notamment une meilleure prise en compte du sort des paysans asiatiques et du legs laissés par les Perses[133].

Alexandre donne l'impression d'un souverain soucieux d'exploiter l'espace conquis et d'en répertorier les richesses[133]. Il ordonne des expéditions afin de faire un rapport sur les populations et les productions des pays conquis ou limitrophes, comme celle de Néarque dans le golfe Persique, de Callisthène dans le Haute-Nil, d'Archias de Pella, d'Androsthène et de Hiéron sur les côtes de l'Arabie[133]. Longtemps les historiens, à la suite des auteurs antiques, lui ont attribué l'ouverture du commerce maritime entre l'Inde et la Méditerranée ; mais celui-ci existe déjà aux époques achéménides et néo-babylonienne[128]. Quant à Alexandrie, elle est de son vivant qu'en l'état de chantier ; ce n'est que sous les Lagides au IIIe siècle av. J.-C. qu'elle deviendra un grand centre du commerce entre l'Asie et l'Europe.

Alexandre ne dispose pas de stocks de vivres ou d'un service d'intendance, l'armée macédonienne vit donc sur le pays. L'expédition d’Alexandre est donc, avant tout, une opération prédatrice[134]. Les trésors pris aux Achéménides représentent des sommes astronomiques ; mais les dépenses de l’expédition sont elles-mêmes gigantesques[N 45], tandis que la contribution financière de la Macédoine et des cités grecques restent faibles ; si bien qu’à la mort du roi, malgré l’expansion commerciale, il ne reste d'après Justin que 50 000 talents dans les caisses de l'État[134]. Les revenus proviennent d'abord de la terre. Dans la « terre royale », les paysans, appelés laoi basilikoi à l'époque hellénistique, versent chaque année une partie de leur production et assurent des corvées. Dans la « terre tributaire », les paysans sont soumis à de nombreux prélèvements[134]. Les satrapes reçoivent la mission de collecter six espèces d'impôts différents, parfois avec brutalité, les paysans asiatiques payant les mêmes taxes que sous les Achéménides[A 54]. Enfin les cités nouvellement fondées en Asie, peuplées de colons européens, participent à la domination envers les masses rurales[135].

Au temps de la conquête circulent des monnaies très diverses. La question qui fait encore débat parmi les historiens et numismates est donc de savoir si Alexandre a eu la volonté d'établir une monnaie « impériale » à son nom, comme certains auteurs antiques, dont Plutarque, le laissent suggérer. Dans l'empire perse circulent des dariques et des sicles produits dans les ateliers d'Asie Mineure, dont ceux de Sardes et de Tarse, et d'Orient, dont ceux de Phénicie et de Babylone. Au départ de l'expédition, les Gréco-Macédoniens utilisent principalement des monnaies grecques aux types de Philippe II, en or essentiellement, et d'Alexandre probablement frappées à Amphipolis[8]. C'est après la victoire à Issos (333 qu'apparaissent les premiers tétradrachmes en argent et les premiers statères d'or aux types d'Alexandre. Se considérant de facto comme le « roi d'Asie », il aurait inauguré un monnayage digne de cette fonction[8]. Pour autant il maintient les traditions achéménides en laissant en circulation les anciens monnayages, jusqu'à faire du darique d'or la principale monnaie de son expédition dans les Hautes satrapies. Par ailleurs, le monnayage dit « impérial » ne s'applique qu'à une partie restreinte des territoires conquis et a été surtout frappé à la fin du règne[136]. Quant aux régions situées à l'Est de l'Euphrate, elles serait demeurée sans atelier monétaire[137]. Alexandre n'a finalement pas cherché à établir un numéraire unique dans son empire, montrant par la même, une nouvelle fois, son pragmatisme.

L’œuvre culturelle

Alexandre marque d'abord la volonté d'associer les élites perses et les aristocratie locales à l'administration de son empire, en faisant en sorte qu'elles conservent les charges déjà occupées sous les Achéménides[138]. Il introduit par ailleurs l'étiquette des Achéménides à la cour, dont le cérémonial de la proskynèse ; ce qui provoque une forte résistance de la part de certains Gréco-Macédoniens de son entourage, comme Callisthène, le neveu d'Aristote, qui est exécuté. Il contraint par ailleurs dix mille de ses soldats et généraux à épouser des femmes perses lors des noces de Suse au printemps 324 av. J.-C. Les mariages se font à la mode perse, ce qui ne manque pas de provoquer la désapprobation des Gréco-Macédoniens, qui ont déjà vu leur roi s’unir à la « barbare » Roxane, même si ce mariage s'est fait selon les rites macédoniens[139]. Alexandre compte aussi intégrer de jeunes soldats perses (les épigones ou héritiers) en les armant « à la macédonienne » ; c'est l'un des facteurs expliquant que les soldats se mutinent à Opis près de Babylone[116]. L'époque hellénistique qui voit des brassages ethniques, linguistiques, ainsi que des syncrétismes religieux, réalise en partie ce souhait d'Alexandre d'unifier les « élites irano-macédoniennes ».

Alexandre a étendu l'influence de l'hellénisme aux confins de l'Asie grâce à l'implantation de villes nouvelles et de garnisons peuplées de colons gréco-macédoniens (vétérans ou mercenaires) et d'indigènes[140]. L'implantation des populations locales semblent avoir été en partie forcées, comme à Alexandrie d’Égypte ou à Alexandrie du Tigre, de même que les colons européens n'ont pas forcément tous été volontaires et que de nombreux soulèvements, dont celui en Bactriane, ont éclatés à la fin du règne ou peu après la mort d'Alexandre[140]. Cette colonisation a engendré des unions mixtes qui a produit des enfants qu'Alexandre compte élever et armer « à la macédonienne » après que 10 000 vétérans aient reçu l'autorisation de rentrer en Macédoine en 323[141]. Finalement cette politique s'apparente davantage à une « assimilation » des indigènes qu'à une « fusion » des peuples[141].

L’œuvre militaire

Alexandre est souvent considéré comme le plus grand génie militaire de l'Antiquité, à la fois stratège hors pair et combattant téméraire. Pour autant il ne faudrait pas oublier le mérite des soldats, officiers et techniciens qui l'ont accompagné en Asie, ni l'héritage de Philippe II[142]. Ses grandes victoires contre les Perses (Granique, Issos, Gaugamèles) sont fondées sur des concepts stratégiques établis par son père, qui s'inspire lui-même en partie de l'ordre oblique d'Épaminondas[143], et qu'applique son second, l'expérimenté Parménion. Alexandre met en œuvre la tactique dite du « marteau et de l'enclume » tout en bénéficiant de facteurs favorables et de la faiblesse stratégique des Perses[142]. Son génie militaire réside dans sa capacité à lancer la charge de cavalerie au moment opportun. C'est en Haute Asie, après 330 av. J.-C., qu'Alexandre établit des tactiques novatrices dans sa lutte contre les derniers Perses insoumis et dans les steppes contre les cavaliers scythes[142]. En Inde, il doit prendre en compte un nouvel adversaire, les éléphants de guerre. La bataille de l'Hydaspe se déroule selon une tactique nouvelle, Alexandre n'ayant d'ailleurs probablement pas participé directement aux combats, laissant ses généraux, dont Cratère et Perdiccas, exécuter ses ordres[144]. Finalement Alexandre n'a livré que quatre grandes batailles rangées, auxquelles on pourrait ajouter la bataille des Portes persiques ainsi que de nombreux sièges, dont ceux de Milet, Halicarnasse et Tyr.

Alexandre montre toute son inventivité dans la manœuvre avec des marches rapides, des déplacements en montagne, des campagnes d'hiver, des franchissements de fleuve. Il applique aussi des stratagèmes émis par les stratèges grecs, tels Xénophon et Iphicrate, rompus à l'art de la guerre rusée[144]. Il parait économe de la vie de ses hommes, préférant la manœuvre rapide au combat frontal. Il est aussi un grand manieur d'hommes. Ses harangues, même si les textes authentiques sont inconnus, sont pleines d'éloquence et de force de conviction[144]. Il n'échoue à convaincre ses troupes qu'en Inde sur les rives de l'Hyphase en 326.

Personnalité et vie privée

L'apparence physique d'Alexandre

Alexandre Rondanini. Copie romaine d’un groupe d’Euphranor représentant Alexandre et son père, Glyptothèque de Munich.

Le corps d'Alexandre, magnifié de son vivant par des artistes officiels à la grande réputation, dont le sculpteur Lysippe et le peintre Apelle[A 55], est un élément crucial de la propagande royale[145]. Les sources antiques, dont Plutarque[A 56], stipulent qu'Alexandre est de grande taille, qu'il a une peau blanche et une chevelure léonine châtain clair aux reflets cuivrés. Il semble qu'il a les yeux vairons (bleu et marron) à cause d'une hétérochromie. Mais sa beauté supposée répond à un idéal de l'époque : des monnaies frappées à Rhodes peu avant son règne montre l'effigie d'Hélios avec des traits caractérisant plus tard le visage d'Alexandre[146].

Par ailleurs, Alexandre a la tête toujours penchée du côté droit. Plutarque mentionne le phénomène[A 56], et plusieurs statues antiques, à la suite de Lysippe, montrent une inclinaison plus ou moins accentuée. Aucune coquetterie, signe d’élégance ou exagération de la part de Lysippe ; la cause en serait une pathologie d'après les médecins modernes qui ont étudié le buste conservé au musée du Louvre ainsi que les statuettes en ivoire retrouvées en 1977 à Vergina. Alexandre a la tête inclinée à droite et le cou en avant, avec un raccourcissement du muscle sterno-cléido-mastoïdien ; qui plus est, son œil droit est plus bas que le gauche. La source du problème pourrait être un torticolis musculaire, provoqué soit par un choc violent, soit par un trouble oculaire (strabisme vertical ou paralysie des muscles oculaires) d’origine héréditaire puisqu’on retrouve semble-t-il cette pathologie sur les statuettes de personnages apparentés à Alexandre[147].

Les statues se multiplient sous son règne afin de magnifier son pouvoir et sa nature surhumaine. Les œuvres posthumes datant du temps des diadoques, comme le sarcophage de Sidon, glorifie le roi divinisé dans l'éclat de sa jeunesse[145].

Le caractère d'Alexandre

Alexandre et Diogène, Cornelis de Vos, XVIIe siècle

La personnalité d'Alexandre semble double, à la fois Apollon et Dionysos[148]. Alexandre possède une nature impulsive ; la rage visible dans son regard hantera Cassandre jusqu'à sa mort[149]. Ce trait pourrait être un héritage de ses parents, l'intrépide Philippe II, prompt à l'ivresse, et l'ombrageuse Olympias, adepte du culte dionysiaque[150]. Alexandre peut témoigner d'une fureur (ménos) qui conduit à l'hybris, la démesure[151]. Il peut aussi montrer une grande cruauté, comme le révèle de nombreux épisodes : la destruction de Thèbes, le massacre des mercenaires grecs vaincus au Granique, les exécutions de Parménion et de Philotas, le meurtre de son ami Cleitos (quand bien même serait-il saoul de vin), la crucifixion du médecin qui n'a pas su sauver Héphaistion, le massacre des Cosséens de Médie en guise de sacrifice après les funérailles de son favori. Dans la douleur, il ressemble à son héros, Achille[152]. Il montre bien sûr un immense appétit de gloire (kléos) comme le montre, entre autres exemples, la prise d'assaut d'une citadelle dans la vallée de l'Indus durant laquelle il est gravement blessé[A 57]. Plus généralement, il se laisser aller au pothos (ou désir), notion qu'on pourrait décrire comme une quête vers l'inconnu et le dépassement de soi[151].

Mais Alexandre a aussi une personnalité faite de tempérance et de rationalité[A 58], qui tend à l'excellence dans toute chose, l’arété[151]. Il est mû par un grand désir de savoir, un amour de la philosophie[A 58]. Cet aspect de sa personnalité est peut-être dû à la tutelle d'Aristote qui l'initie à la métaphysique et à la rhétorique[153]. Influencé également par la philosophie des cyniques, il aurait un jour fait ce commentaire : « Si je n'étais Alexandre, je voudrais être Diogène », signifiant par-là que la simplicité est une vertu morale[30]. Onésicrite, compagnon d'Alexandre et élève de Diogène, proclame qu'il est un « philosophe en armes »[151], celui qui par l'union de la pensée et de l'action est devenu maître du monde[30]. Plutarque affirme qu'il est le « plus grand des philosophes » car il a réuni l'éthique et la politique[A 59]. Il a lu l’Iliade d'Homère qui lui a appris l'art de bien parler et de bien régner[154]. Son intelligence a été amplement démontrée par ses immenses succès militaires[A 60]. Il montre par ailleurs beaucoup de retenue dans les plaisirs charnels[155], ce qui contraste avec son manque de maîtrise de soi face à l'alcool[A 61]. S'il éprouve un penchant pour le vin, il démontre néanmoins une certaine frugalité[156]. Il sait aussi être maître de lui-même, comme durant la poursuite de Bessos lorsqu'il refuse de boire de l'eau tant que ses soldats n'en auront pas également[151].

En termes de religiosité, Alexandre montre une forme de scepticisme sous l'influence d'Anaxarque[157]. Au contraire de sa mère Olympias, il ne laisse pas profondément influencer par l'orphisme et le dionysisme, son penchant pour le komos (banquet dionysiaque) semblant davantage dû au vin qu'à l'exaltation religieuse[157]. Les rites accomplis dans le cadre de la fonction royale s'avèrent du pur formalisme, tandis que les rapports bienveillants entretenus avec les sanctuaires égyptiens, babyloniens ou perses relèvent de l'opportunisme politique[157]. Pour autant, il témoigne d'une anxiété superstitieuse en interrogeant les devins, comme l'oracle de Siwa, en organisant des sacrifices la nuit précédant la bataille de Gaugamèles[157], ou en consultant les prêtres chaldéens les dernières semaines de son règne[158].

Les relations intimes d'Alexandre

Alexandre, à gauche, et Héphaistion, à droite, musée de la Villa Getty.

L'homosexualité ou la bisexualité d'Alexandre suscitent encore de nos jours la controverse[N 46], bien que ces termes contemporains soient anachroniques quant à la sexualité entre hommes à l'époque[159]. Par ailleurs, comme souvent concernant la vie d'Alexandre, ce sont des chroniqueurs antiques bien postérieurs, utilisant des sources aujourd'hui disparues, qui font état de ces rumeurs. Ainsi à l'occasion d'un pèlerinage à Troie au printemps 334 av. J.-C., Élien explique, sans donner de source, qu'Héphaistion « laissait ainsi entendre qu’il était le mignon d’Alexandre, comme Patrocle avait été celui d’Achille »[A 62]. Mais son œuvre est une collection d'anecdotes, écrite plus de cinq siècles après la mort d'Alexandre et il est le seul auteur antique connu à évoquer une telle relation. À l'époque d'Élien, il semble acquis qu'Achille et Patrocle soient amants alors qu'Homère ne l'évoque pas explicitement. Arrien évoque des couples d'amants dans l'armée macédonienne, la limitant à des cadets mais ne donnant ni précision, ni source. Plutarque mentionne également une soirée où Alexandre donne un baiser à l'eunuque Bagoas après ce que celui-ci ait dansé pour le roi. En Perse, les eunuques sont communs à la cour du souverain. Il est possible que ce baiser soit un geste politique, Alexandre montrant là son attrait pour les mœurs perses[159],[160]. Finalement Héphaistion passe chez les historiens modernes tantôt comme « l'ami le plus cher d'Alexandre »[161], tantôt comme son amant[162].

Concernant son attrait pour les femmes, Athénée de Naucratis parle ainsi d'Alexandre[A 63] : « Théophraste dit aussi qu’Alexandre était peu propre aux ébats amoureux. Sa mère Olympias (du consentement de Philippe) fit coucher auprès de lui une courtisane thessalienne, nommée Callixine, femme d'une rare beauté, car ils craignaient qu'Alexandre ne fût impuissant ; mais elle fut obligée de lui faire les plus pressantes sollicitations pour l'engager à passer dans ses bras ». Pline l'Ancien raconte qu'Alexandre a offert sa maîtresse favorite Campaspe (ou Pancaste) au peintre Apelle, ce dernier en étant tombé amoureux[163]. Alexandre a aussi pour maîtresse Barsine, fille du satrape Artabaze et âgée de neuf ans de plus que lui. Il la connaît alors qu'il est adolescent, le père de Barsine s'étant réfugié à la cour de Macédoine. Elle retrouve le jeune homme après la bataille d'Issos (333). Ils ont ensemble un fils : Héraclès. En 327, elle l'accompagne jusqu'en Sogdiane, où Roxane, la fille du satrape vaincu Oxyartès devient son épouse[97]. Ils ont ensemble deux fils : Alexandre, le second, survit et devient héritier de l'empire, Cassandre le faisant assassiner avec sa mère. En 324, Alexandre épouse la fille de Darius III, Stateira, un acte politique alors que 10 000 mariages perso-macédoniens sont célébrés le même jour à Suse. Au total, il a eu moins de relations que son père Philippe II qui lui a eu sept épouses[A 64], ainsi que nombreuses concubines et gitons.

Les animaux d'Alexandre

Alexandre possède deux animaux passés à la postérité : son cheval Bucéphale qu'il est parvenu à dompter vers l'âge de 10 ans[A 65], et à qui il dédie une cité après sa mort en Inde en 326 av. J.-C. ; son chien Péritas[A 66], probablement un molosse provenant d'Épire, les Molosses désignant à l'origine une des principales peuplades d'Épire dont est originaire sa mère Olympias.

Alexandre à travers l'histoire

La postérité d'Alexandre

Dans l'Antiquité

Buste d'Alexandre, Égypte ptolémaïque, vers le Ier siècle av. J.-C.

Dès le règne d'Alexandre se construit un mythe qui le présente comme un héros divinisé, fils de Zeus Ammon, héritier d'Achille et de Dionysos. C'est ensuite en Égypte ptolémaïque que ce mythe a connu la plus grande postérité. Pour légitimer leur dynastie, les Ptolémées inventent en effet un Alexandre égyptien de caractère divin. Le roi et son favori, Héphaistion, sont l'objet d'un culte héroïque à Alexandrie.

Chez les Romains, il fait figure de modèle pour les généraux et empereurs avides de conquêtes ou les gens de lettres. Ainsi Polybe débute ses Histoires en évoquant les exploits d'Alexandre, tandis que Plaute fait de lui une figure héroïque. Pompée adopte l'épithète « Le Grand » (Magnus) et même la coupe de cheveux de type anastole ; il part dans les terres orientales à la recherche du manteau d'Alexandre qu'il porte en signe de grandeur. Jules César reçoit en dédicace une statue de bronze équestre, copie de Lysippe, mais fait remplacer la tête d'Alexandre par la sienne. Auguste dépose une couronne d'or sur le tombeau d'Alexandre et change, temporairement, son sceau à l'effigie d'un sphinx en un profil d'Alexandre. Les empereurs Néron, Trajan et Caracalla témoignent également de leur admiration pour Alexandre. Mais chez certains auteurs romains, il symbolise la tyrannie, la colère ou la démesure. Sénèque, en digne représentant du stoïcisme, lui reproche l'exécution de Callisthène. Il le considère comme l'incarnation de l'autocrate sanguinaire, véritable fléau pour les peuples[164]. De la même façon, le poète Lucain, neveu de Sénèque, bien qu'il admire Alexandre en tant que chef de guerre, le critique pour ses excès et son sens de la démesure.

Au Moyen Âge

Alexandre désarçonnant Poros, détail d'une miniature du XVe siècle, British Library.

En Occident au Moyen Âge, dans la continuité du Roman d'Alexandre, Alexandre représente un modèle de vertus masculines et princières ainsi que l'idéal du preux chevalier qui mêle savoir et pouvoir. Il est à la fois le guerrier et le sage, plein de « largesse » mais aussi de démesure[165]. Il fait partie des Neuf Preux, héros païens, juifs et chrétiens, qui incarnent l'idéal chevaleresque au XIVe siècle. Au XVe siècle, il est très populaire à la cour des ducs de Bourgogne, comme en témoigne la dédicace à Philippe le Bon du Livre des conquêtes et faits d'Alexandre de Jean Wauquelin. Dès la fin du XVe siècle, il figure parmi les « rois » dans les jeux de cartes avec David, Jules César et Charlemagne[166].

Cependant, certains auteurs médiévaux, surtout des prosateurs, présentent une vision négative d'Alexandre. Dans le Große Seelentrost, écrit en bas allemand au XIVe siècle, Alexandre est vu comme un personnage cupide et cruel dont la soif de conquête le mène à sa perte, car il a franchi les limites fixées à l'homme. Des prédicateurs, comme Bertold de Ratisbonne au XIIIe siècle, le considère comme un modèle d'arrogance.

À l'époque moderne

Les Reines de Perse aux pieds d'Alexandre, Charles Le Brun, Château de Versailles.

Louis XIV témoigne au début de son règne d'une grande admiration envers Alexandre, auquel le Grand Condé se réfère également depuis son éclatante victoire à Rocroi[167]. Ainsi Louis XIV commande à Charles Le Brun toute une série de peintures à la gloire du souverain macédonien[168]. Mais, à partir des années 1670, Louis XIV commence à se détacher de la figure d'Alexandre, jugé comme étant prompt à la colère, à la débauche et à la superstition[169]. Il laisse à Condé la comparaison avec Alexandre. Ainsi La Fontaine écrit en 1684 une Comparaison d'Alexandre, de César et de Monsieur le Prince, tandis que Bossuet rédige en 1687 l’Oraison funèbre du Grand Condé qui le met en parallèle avec Alexandre[170].

Au XVIIIe siècle, Alexandre est dénoncé par les auteurs hostiles à l'impérialisme, tels Charles Rollin dans Histoire ancienne, l'abbé de Mably dans Observations sur les Grecs, Guillaume de Sainte-Croix dans Examen critique des historiens d’Alexandre le Grand et surtout Denis Diderot dans Histoire des deux Indes[171]. Dans le même temps, il est considéré, notamment par Voltaire et Montesquieu, comme celui qui a mis fin au « despotisme asiatique », a ouvert le commerce entre l'Europe et l'Inde et étendu la civilisation par la fondation de colonies. Cette vision se retrouve chez les philosophes britanniques lecteurs de L’Esprit des lois dont William Robertson[172].

À l'époque contemporaine

Illustration d'Alexandre dans A child's book of warriors, William Canton, 1907

L’Histoire d'Alexandre le Grand de Johann Gustav Droysen, publiée en 1833, marque le début d'un examen scientifique de l'œuvre d'Alexandre. L'historien, créateur du terme « hellénistique »[173], envisage les aspects culturels de la politique d'Alexandre qui consiste selon lui à « mélanger les peuples » plutôt que d'assujettir les « barbares ». Il loue la politique économique et les fondations de cité qui auraient mis en valeur les « immenses trésors autrefois stériles » de l'Asie[174] ; il affirme que dans le domaine religieux, Alexandre a préparé l'émergence d'une « religion mondiale ». Dans le monde anglo-saxon, son principal représentant au XXe siècle est William W. Tarn, dont la biographie d'Alexandre, publiée en 1948, le décrit comme un idéaliste ayant accompli une mission civilisatrice. Cette évaluation, déjà sous-jacente chez Plutarque, contraste avec celle résolument plus négative qui reprend des critiques anciennes. Les représentants de cette école (Karl Julius Beloch, Ernst Badian, Fritz Schachermeyr, Albert B. Bosworth, Ian Worthington et Wolfgang Will) voient Alexandre principalement comme un destructeur, dont les qualités seraient avant tout militaires. Politiquement, il a échoué à cause d'erreurs commises du fait de son impulsivité et de son irrationalité ; et il finit par s'isoler à cause des purges parmi ses officiers. Le génie militaire d'Alexandre, auparavant unanimement reconnu, Clausewitz évoquant par exemple Alexandre et Napoléon comme les « dieux de la guerre »[réf. nécessaire], est relativisé par la critique moderne. Ernst Badian qualifie le retour d'Inde de catastrophe militaire ; Waldemar Heckel souligne les capacités stratégiques d'Alexandre mais s'oppose à une conception trop romantique de son règne[175]. Face à ces critiques, l'historien Frank Holt met en garde contre une « nouvelle orthodoxie » qui ferait balancer le pendule du culte héroïque d'Alexandre d'un extrême à l’autre[176]. Les recherches récentes s'abstiennent d'essayer de comprendre la personnalité d'Alexandre ou de porter un jugement de valeur. Elles cherchent plutôt à examiner l'expression de la royauté, sa transformation ainsi que les conséquences politiques des conquêtes. L'héritage des structures achéménides dans l'administration de l'empire, dans la lignée des travaux de Pierre Briant, est désormais envisagé dans sa pleine mesure[177] : les peuples conquis, longtemps « sans histoire », sont davantage pris en compte dans l'étude de l'empire d'Alexandre.

En France, il faut attendre le règne de Napoléon III pour que la figure d'Alexandre retrouve une certaine notoriété[170]. Il devient au temps des conquêtes coloniales européennes du XIXe siècle le modèle du conquérant-civilisateur[171]. Pour les promoteurs du Protectorat français au Maroc établi en 1912, il fait figure de modèle car il aurait associé les colonisateurs et les peuples indigènes[178]. L'ethnologue Marcel Griaule affirme qu'Alexandre est le « Colomb de l'Asie antérieure ». Pour l'historien Élias Bikerman, les conquête d'Alexandre ont permis d’helléniser les élites indigènes devenues dès lors les premiers défenseurs des valeurs grecques, opérant une comparaison avec le ralliement de Félix Éboué au général de Gaulle dès le 18 juin 1940[179]. Finalement, alors que le processus de décolonisation commence, l'historien René Grousset écrit en 1949, dans Figures de proue. D'Alexandre à Mahomet, que « (...) le pays colonisé, après avoir largement profité de l'effort des colonisateurs, se retrouve lui-même avec son âme inchangée. ». Aujourd'hui pour les historiens modernes, Alexandre n'est plus le « héros européen civilisateur » par excellence[177].

Alexandre vu par les nazis

Les historiens proches du nazisme, dont Fritz Schachermeyr, conçoivent Alexandre et la période hellénistique comme un moment de dénordification, un concept créé pour expliquer la chute des civilisations réputées les plus brillantes[180]. Ainsi, le personnage d'Alexandre est ambigu aux yeux du national-socialisme : d'une part, la célébration du conquérant nordique, de l'autre l'aspirant à la monarchie universelle, ayant encouragé la mixité raciale[180]. Perçu comme un Indogermain, il aurait subordonné l'ensemble de sa politique à l'édification d'un empire universel, faisant du « sang » aryen, grec et macédonien, un matériau d'égale valeur que le « sang » perse, alors que son père Philippe II aurait su lui préserver la race aryenne au sein du royaume de Macédoine[181].

Alfred Rosenberg propose une approche plus nuancée, même si elle reste globalement négative. À ses yeux, Alexandre souhaiterait, non la fusion des peuples, mais celle des élites perses et grecques, parentes d'un point de vue racial[182]. Le principal reproche qu'il fait à l'égard d'Alexandre est l'absence de pérennité de son œuvre, car les monarques hellénistiques n'ont pas été en mesure de préserver la domination perso-macédonienne, ainsi que l'hégémonie raciale permise par cette alliance[183]. Pour d'autres savants nazis, la période inaugurée par Alexandre serait une période d’abâtardissement racial : les diadoques et leurs héritiers, les épigones, règnent en réalité non sur un monde nordique, mais sur un monde sur lequel a été déposée une fine couche nordique, cette fine couche nordique masquant en réalité l'infiltration, dans les rangs macédoniens, d'éléments sémitiques issus du monde méditerranéen. Si les Grecs ont été en mesure d'accomplir de grandes choses, dans le domaine des arts notamment, c'est surtout parce que le processus de subversion raciale par les populations sémitiques et arméniennes n'est pas encore arrivé à son terme selon eux[184].

En Orient

Alexandre reste une figure mythique dans les régions qu'il a conquises en Asie centrale et en Afghanistan. Au XIXe siècle, des officiers britanniques explorant le Badakhchan et le Darvaz signalent que des seigneurs locaux affirment descendre d'Alexandre, connu sous le nom d'Iskandar[185] ; ce recours à Alexandre rappelle que les Gréco-Macédoniens ont fondé des colonies en Asie centrale qui formeront ensuite les royaumes gréco-bactriens. Marco Polo écrit déjà, au XIIIe siècle, que « les rois [du Badakhchan] sont d'une même lignée, descendue du roi Alexandre. »[186]. Au XVe siècle, la dynastie timouride, héritière de Tamerlan, utilise Alexandre à des fins de légitimation parmi les lignées féminines[187]. Ce souvenir du passage d'Alexandre en Asie centrale nourrit chez les Occidentaux du XIXe siècle une forme de romantisme[188] : la figure d'Iskandar est le thème central de la nouvelle de Rudyard Kipling, L'Homme qui voulût être roi (1888).

En hindi et en ourdou, Sikandar, dérivé du persan, désigne un jeune talent en devenir.

Alexandre et les religions

Iskandar supervisant la construction du Mur, XVIe siècle, d'après une interprétation du Coran faisant d'Alexandre le Dhû-l-Qarnayn

Dans le judéo-christianisme

Dans le Livre de Daniel, ouvrage le plus récent de l’Ancien Testament qui annonce des événements à venir, c'est probablement Alexandre qui est évoqué au titre du roi grec qui soumettra les Perses et les Mèdes et mourra à l'apogée de sa puissance[A 67]. Flavius Josèphe écrit que le Livre de Daniel a été montré à Alexandre lorsqu'il est entré à Jérusalem[A 68]. Dans le Premier livre des Maccabées, il est mentionné dans l'introduction du livre comme celui qui a étendu l'influence grecque dans la Terre d'Israël [A 69]. Le Pseudo-Callisthène évoque une rencontre entre Alexandre et le Grand prêtre de Jérusalem. Ainsi lors de son arrivée aux portes de la ville, Alexandre aperçoit le grand prêtre ; reconnaissant sa grandeur, il s'agenouille devant lui alors que le grand prêtre fait de même, ce qui marque la naissance d'une amitié entre les juifs et Alexandre. Le Talmud reprend cette tradition qui fait d'Alexandre un défenseur du judaïsme. Ainsi selon le Talmud, Alexandre voit en rêve chaque veille de bataille le visage du grand prêtre, et après chaque rencontre il sait comment la gagner. Alexandre est aussi présent dans la Haggadah.

La version en syriaque du Roman d'Alexandre, composée au début du VIe siècle av. J.-C., décrit Alexandre comme l'idéal du conquérant chrétien qui prie « le seul vrai Dieu ».

Dans le zoroastrisme

Les zoroastriens évoquent une « persécution religieuse » dirigée par Alexandre qui aurait fait tuer des prêtres et ordonner la destruction du livre sacré du zoroastrisme, l’Avesta[189]. Mais cette affirmation semble s'inscrire dans une « légende noire » d'Alexandre, sachant qu'elle ne figure pas dans les sources directes. Alexandre est ainsi mentionné dans l'ouvrage zoroastrien, Arda Viraf, écrit en Pehlevi (ou moyen-perse) à l'époque sassanide. Il y est décrit comme « Alexandre le maudit, le Romain » en raison de sa conquête de l'empire achéménide et de l'incendie des palais de Persépolis qui abrite alors les textes sacrés du zoroastrisme.

Dans l'islam

Le personnage coranique appelé Dhû-l-Qarnayn (« Celui qui a deux cornes » ou « Celui des deux époques »)[190] est souvent identifié à Alexandre. Cette sourate décrit la construction d'un « mur d'airain » destiné à contenir les assauts de Gog et Magog, c'est à dire des « forces du mal » ou des peuples menaçants. Les exégètes qui soutiennent que Dhû-l-Qarnayn serait Alexandre fondent leur argumentation sur le Pseudo-Callisthène qui relate qu'Alexandre a enfermé Gog et Magog[191]. Mais cette hypothèse ne fait pas l'unanimité parmi les théologiens musulmans[N 47]. Certains érudits islamiques contemporains penchent plutôt pour l'identifier à Cyrus le Grand[192]. Idris mentionné dans le Coran serait une déformation d'Andréas, le cuisinier d'Alexandre mentionné dans le Roman d'Alexandre.

Alexandre à travers les arts

Littérature antique

À la fin de l'Antiquité, l'épopée d'Alexandre est connue à travers une récit légendaire rédigé à Alexandrie au IIIe siècle par le Pseudo-Callisthène[N 48], La Vie et les hauts faits d'Alexandre de Macédoine, communément appelé le Roman d'Alexandre[193]. Ce texte qui mêle réalité historique et légendes d'origines grecques et égyptiennes[N 49] se compose de trois livres[194]. Le livre I traite de l'épopée d'Alexandre en Grèce, en Asie Mineure et en Égypte ; le livre II traite de la conquête de l'empire perse, le livre III traite de l'exploration de l'Inde. Il est adapté en latin au IVe siècle par Julius Valerius sous le titre d’Histoire d'Alexandre de Macédoine. C'est donc du Pseudo-Callisthène que dérive la plupart des Légendes, Vies, Romans, Histoires ou Exploits d'Alexandre qui se multiplient à partir du Ve siècle[195]. Une version en syriaque de l’œuvre du Pseudo-Callisthène, écrite par Jacques de Saroug au VIe siècle, raconte le voyage d'Alexandre au « pays des ombres » et la construction de la muraille, ou « mur d'airain », destinée à contenir les assauts de Gog et Magog, récit que l'on retrouve dans le Coran à la sourate 18.

Dans le livre IX de l'Histoire Romaine, Tite-Live opère une digression uchronique sur l'invasion, prévue selon Arrien, de l'Ouest de la Grèce par Alexandre, affrontant à terme la République romaine[196].

Littérature médiévale

Dédicace à Philippe le Bon du Livre des conquêtes et faits d'Alexandre de Jean Wauquelin, v.1446.

Au Moyen Âge en Occident, parmi les textes antiques narrant l'épopée d'Alexandre, seuls l’Histoire d'Alexandre le Grand de Quinte-Curce est connue, les récits en grec de Diodore et d'Arrien ne seront accessibles qu'à la Renaissance[194]. Son épopée est surtout connue grâce à La Vie et les hauts faits d'Alexandre de Macédoine, rédigée au IIIe siècle par le Pseudo-Callisthène. Ce texte fait l'objet en France au XIIe siècle d'une adaptation en langue romane intitulée le Roman d'Alexandre par Alexandre de Bernay[197] ; elle est écrite en 16 000 vers de douze syllabes, c'est de là que provient l'alexandrin, terme forgé au XVe siècle[165]. Au début du XIVe siècle, est publiée La Vraie Histoire du Bon Roi Alexandre. Au milieu du XIVe siècle, Jean Wauquelin compile les Romans d'Alexandre dans le Livre des conquêtes et faits d'Alexandre. Au milieu du XVe siècle, Johannes Hartlieb traduit en allemand le Roman d'Alexandre. Dans l'Angleterre médiévale, l'ouvrage le plus populaire est l’Historia de preliis Alexandri Magni (l’Histoire des Batailles d'Alexandre).

La légende d'Alexandre, incarnation des valeurs chevaleresques, est aussi un sujet de poésie : entre 1178 et 1182 Gautier de Châtillon compose en latin L'Alexandréide, un poème épique fondé sur le récit de Quinte-Curce ; au milieu du XIIe siècle Lamprecht compose en francique la Chanson d'Alexandre ; au XIIIe siècle Rodolphe d'Ems écrit une épopée, inachevée, sur Alexandre ; Ulrich von Etzenbach écrit, entre 1271 et 1282, le poème Alexandre composé de 28 000 vers ; au XIIIe siècle Henri d'Andeli compose en langue romane le Lai d'Aristote ; en Angleterre, il faut attendre le XIVe siècle pour voir apparaître un poème en moyen anglais, Kyng Alisaunder.

Alexandre est connu dans la littérature persane sous les noms d'Iskandar (اسکندر) ou de Sikandar (سکندر). Le Livre des Rois, l'un des plus anciens livres en persan écrit par Ferdowsi vers le début du XIe siècle, contient un chapitre sur Alexandre. Après exposé une histoire mythique de la Perse, l'auteur raconte l'histoire d’Alexandre qui est décrit comme étant le fils d'un roi perse mythique, Daraaye Darab, et d'une fille de Philippe II. Cependant, en raison de tensions entre le roi de Perse et la fille de Philipe, celle-ci est envoyée à Rome. Alexandre serait né par la suite, mais Philippe le revendique comme son propre fils en cachant sa véritable identité. Alexandre est présenté comme un sage, qui a notamment dépassé le bout du monde et conversé avec l'arbre waq-waq. À la fin du XIIe siècle, le poète Nizami écrit en persan Eskandar-Nameh (Le Livre d'Alexandre le Grand).

Littérature moderne

Sculpture antique

Le fait qu'Alexandre soit un modèle pour les dirigeants gréco-romains a créé une large demande pour des copies d'originaux sculptés de son vivant ou pour de nouvelles œuvres ; de sorte qu'Alexandre est la figure historique grecque la plus représentée dans l'art sculptural[198]. Une comparaison entre les sources littéraires et archéologiques a permis d’établir avec précision la séquence des portraits originaux d’Alexandre. Le premier d'entre eux a été réalisé par Léocharès sur ordre de Philippe II, vers 340 av. J.-C. ; alors âgé de 16 ans, il est caractérisé par des traits d’éphèbe : menton arrondi, joues plates et cheveux bouclés et ébouriffé de type anastole (bombés sur le front). Peu de temps après, Léocharès a réalisé le Philippeion d'Olympie comportant une sculpture chrysoéléphantine de la famille royale. Euphranor réalise quant à lui un groupe sculptural de Philipe et son fils sur une quadrige commémorant la bataille de Chéronée. Certains historiens de l'art lui attribuent l'original disparu de l’Alexandre Rondanini visible à la glyptothèque de Munich[199]. Au début de son règne, Alexandre est sculpté par son portraitiste officiel, Lysippe, dont seules des copies hellénistiques et romaines subsistent de nos jours.

Sculpture médiévale à contemporaine

La figure d'Alexandre se rencontre sur des chapiteaux romans en France, comme ceux de l'abbaye de Conques. Le sujet en est l'ascension d'Alexandre qui serait monté au ciel sur un char tiré par deux griffons comme écrit dans le Roman d'Alexandre[200],[201]. Ce thème, courant sur des ivoires de Byzance, se rencontre aussi dans de nombreux monuments en Italie, sur des églises le long du Rhin et en Russie. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, Alexandre inspire les sculpteurs qui s'inscrivent dans le classicisme comme Pierre Puget.

Peinture

Les peintures réalisées du vivant d'Alexandre, notamment celles d'Apelle, de Philoxène d'Érétrie et d'Aristide de Thèbes, ou peu après sa mort, notamment celles d'Hélène d'Égypte, ont disparu. L'une de ces œuvres perdues aurait servi de modèle pour la mosaïque d'Alexandre trouvée dans la maison du Faune à Pompéi qui représente la bataille d'Issos[202].

Alexandre a été le sujet de nombreux tableaux à l'époque moderne, notamment par Raphaël, Jan Brueghel l'Ancien, Peter Paul Rubens, Cornelis de Vos, Charles Le Brun (interprétation en gravure par Jean Audran), Jean Simon Berthélemy. Il apparaît sous la forme d'un médaillon dans le tableau de Rembrandt, Aristote contemplant un buste d'Homère.

En 1660, Louis XIV commande à Charles Le Brun Les Reines de Perse aux pieds d'Alexandre qui met en scène la clémence du Conquérant envers la famille de Darius III[N 50], alors que Louis XIV a lui-même pardonné au Grand Condé d'avoir rallié la Fronde. Le roi commande ensuite à Le Brun une série de tableaux censés mettre en valeur les vertus royales : Alexandre tranchant le nœud gordien (la détermination), Alexandre pardonnant à Timoclée (la générosité), Alexandre chassant la femme de Spitaménès (la justice)[168]. Puis il commande des tableaux ayant des thèmes guerriers, réalisés entre 1663 et 1673 : Le Passage du Granique, La Bataille d'Abèles, La Bataille de l'Hydaspe (ou Alexandre et Porus) et l’Entrée d'Alexandre à Babylone[168],[N 51]. Dans le Grand Appartement du Roi à Versailles, Le Brun fait figurer Alexandre sur les plafonds à côté d'autres grands conquérants[169].

L'épisode, probablement légendaire, durant lequel Alexandre aurait offert sa favorite, Campaspe, à son peintre officiel, Apelle, a inspiré de nombreux peintres jusqu'au XIXe siècle dont Gaetano Gandolfi, Jean Restout, Charles Meynier et Jérome-Martin Langlois. Parmi les peintres du XIXe siècle, on peut citer Gustave Moreau, représentant du courant symboliste, qui a peint Le Triomphe d'Alexandre le Grand.

Opéras

Extrait du livret d’Alessandro nell Indie par Pietro Metastasio, 1780

Alexandre est le personnage central dans de nombreux opéras : Antonio Cesti compose Alessandro vincitor di se stesso, représenté en 1651 ; Francesco Lucio compose en 1651 Gl'amori d'Alessandro Magno et di Rossane, avec un livret de Giacinto Andrea Cicognini ; Marc'Antonio Ziani compose Alessandro Magno in Sidone en 1679, avec un livret de Aurelio Aureli ; Francesco Bartolomeo Conti compose Alessandro in Sidone en 1721, avec un livret d'Apostolo Zeno ; Leonardo Vinci compose Alessandro nell'Indi en 1729, avec un livret de Pietro Metastasio ; surtout Haendel compose Alessandro en 1726, avec un livret de Paolo Antonio Rolli ; enfin Gluck compose Poro (Alessandro nell’India), représentée en 1744, avec un livret de Pietro Metastasio, ainsi qu'un ballet, Alessandro.

Musique contemporaine

  • Να ΄μουν ο Μεγ΄Αλέξανδρος par Georges Dalaras, 1974.
  • Alexander the Great par Iron Maiden, 1986.
  • Alexander the Great par Iron Mask, 2005.

Cinéma

icône image Images externes
Images d'Alexandre le Grand au cinéma
Richard Burton, 1956
Omero Antonutti, 1980
Colin Farrell, 2004

Télévision

  •  : Alexandre le Grand - De l’histoire au mythe (Alexander der GroBe - Kampf und Vision).
    • Documentaire écrit par Martin Carazo Mendez.
    • Réalisateurs : Christian Twente et Martin Carazo Mendez[207].
    • Acteurs : David Schütter (Alexandre), Sascha Tschorn (Hephaïstion), Teodora Duhovnikova (Olympias)…
    • Avec le concours du Prof. Dr Alexander Demandt (historien, conseiller historique), Pr Dr Hans-Joachim Gehrke (historien, université de Fribourg-en-Brisgau) et Prof. Dr Tanja Scheer (historienne, université de Göttingen).
    • Diffusion : Allemagne et France, sur Arte (90 min).
  •  : Alexandre le Grand, des rêves et des conquêtes...
    • Secrets d'histoire, magazine proposé par Jean-Louis Rémilleux.
    • Présentateur : Stéphane Bern.
    • Documentaire écrit par Quentin Canette.
    • Réalisateurs : Quentin Canette et David Jankowski[208].
    • Avec quelques extraits d’Alexandre d’Oliver Stone, et d’Alexandre le Grand - De l'Histoire au Mythe, de Christian Twente et Martin Carazo Mendez.
    • Avec le concours de Paul-André Claudel (historien), Michel de Grèce (écrivain), Diane Ducret (écrivain), Virginie Girod (historienne), Maximilien Lormier (historien), Joël Schmidt (biographe), Michel Woronoff (historien).
    • Diffusion : France 2 (105 min).

Notes et références

Notes

  1. Le dernier événement mentionné dans les fragments de Callisthène est la bataille de Gaugamèles en 331 ; mais Strabon (Géographie, XI, 14, 13) évoque d'après Callisthène le fleuve Iaxarte atteint en 328. Callisthène est exécuté en 328.
  2. Les rares fragments qui existent ont été publiés et traduits par Janick Auberger, Historiens d'Alexandre, Les Belles Lettres, 2001.
  3. Seul Plutarque (Quæstionnes Convivialum, 23, 4) mentionne les Éphémérides à propos d’un autre fait que la mort d’Alexandre, soit le goût du roi pour la chasse.
  4. Citons parmi eux : Baitôn (Les Étapes de l'expédition d'Alexandre) et Amyntas (les Etapes de l'Asie).
  5. Ces papyrus sont des documents juridiques, principalement des actes de vente d'esclaves.
  6. Soit la première année de la 100e olympiade. D'après Plutarque (Alexandre, 4), il serait né le six du mois d'hécatombeion, appelé loüs par les Macédoniens.
  7. Raison pour laquelle la dynastie macédonienne s'appelle les Argéades.
  8. Selon la tradition, c'est à cette époque, vers l'âge de dix ans, qu'il parvient à dresser Bucéphale, le cheval qui le suit tout au long de ses conquêtes.
  9. Le titre officiel des souverains argéades est « roi des Macédoniens », et non « roi de Macédoine ».
  10. C'est à ce propos que Démosthène expose sa fameuse parabole sur les moutons livrant leurs chiens au loup.
  11. Ces effectifs sont à comparer aux 50 000 mercenaires grecs combattants dans l'armée perse.
  12. La réalité de ce geste a longtemps été discutée, mais l’étude de G. Radet, (Notes critiques sur l’histoire d’Alexandre, 2e série, 8, p. 119 et suivantes) établit la réalité du pèlerinage d’Alexandre.
  13. Cette tendance politique est globalement toujours hostile à Alexandre dans les cités grecques contrairement au parti démocratique.
  14. C'est à ce moment qu'a lieu probablement le fameux échange rapporté par Quinte-Curce (Histoire d'Alexandre, IV, 11, 13.) entre Parménion qui, parlant des offres de paix de Darius, affirme : « Je les accepterais si j'étais Alexandre », ce qui entraîne immédiatement la réplique du roi : « Et moi aussi, si j'étais Parménion ».
  15. Isocrate, dans son discours de 346 av. J.-C. intitulé Philippos se pose en apôtre du panhellénisme et fait de Philippe II l'unificateur de la Grèce et le chef de la guerre contre les Perses.
  16. Ainsi il libère les mercenaires athéniens faits prisonniers au Granique. Il renvoie à Athènes, à une époque où la victoire d'Antipater contre Agis III ne lui est pas parvenue, les statues des Tyrranoctones que Xerxès Ier a fait enlever en 480.
  17. Une autre hypothèse voudrait qu’il se soit rallié à Alexandre dès 333 lors du séjour de celui-ci à Tarse.
  18. Agis a déjà tenté d'agir en collaboration avec les Perses en 333 mais la défaite de Darius à Issos a ruiné ses espoirs de mener une action concertée contre Alexandre.
  19. Nouvelle qui met cependant plusieurs mois à arriver à Alexandre ; ce qui explique que pendant la période allant de la fin 331 au début 330 il multiplie les gestes de bonne volonté à l'égard des Grecs d'Europe.
  20. Celui-ci, selon Quinte-Curce (Histoire d'Alexandre (VII, 4, 4), reproche à Darius ses choix stratégiques calamiteux.
  21. Le rituel de la proskynèse est adoptée à partir de 327.
  22. C'est à ce moment là qu'Alexandre épouse Roxane.
  23. Callisthène aurait reçu une lettre d'Aristote, peut-être apocryphe, condamnant les dérives absolutistes d'Alexandre inspiré par le philosophe Anaxarque.
  24. Néarque est satrape de Lycie et de Pamphylie depuis la fin 334.
  25. Taxilès lui offre à cette occasion quelques éléphants de guerre.
  26. Identifiée par l'archéologue Aurel Stein au nord de la montagne pakistanaise de Pir Sar : Aurel Stein, Alexander's Track to the Indus: Personal Narrative of Explorations on the North-West Frontier of India, Macmillan & Co. 1929, réed. Benjamin Blom, 1972.
  27. Armée forte d'au moins 200 éléphants de guerre.
  28. Un simple soldat de l’expédition qui a quitté la Macédoine en 334 et atteint l’Inde a parcouru environ 20 000 kilomètres.
  29. Appelés argyraspides après 327.
  30. Alexandre doit faire ouvrir les rideaux de la cabine de son navire pour rassurer ses troupes.
  31. Les colons de Bactriane se révolte à nouveau en 323 après la mort d'Alexandre : Diodore, XVIII, 7, 1.
  32. Arrien dresse un récit effrayant de la campagne contre les Malliens qui sont soumis à un véritable « génocide ».
  33. La région du delta se soulève peu de temps après le départ d'Alexandre.
  34. Il est difficile d’établir l’itinéraire exact suivi par Alexandre entre le Purali et Pura. Les sources antiques sont peu précises et parfois contradictoires.
  35. Plutarque se trompe en écrivant qu’Alexandre a perdu en Gédrosie les trois-quarts de son armée. Voir à ce sujet Paul Faure, Alexandre, Fayard, 1985, p. 118-119 et Goukowsky 1993, p. 299.
  36. Ce sont les deux officiers qui ont été chargés de tuer Parménion.
  37. La création d’une cinquième hipparchie composée d’Asiatiques dans le corps des Compagnons est mal ressentie.
  38. La plupart, dont les argyraspides, ne parviennent pas en Europe et se voit enrôler par les diadoques.
  39. Le décret sur les bannis est l’un des facteurs de la guerre lamiaque qui suit la mort d'Alexandre.
  40. Soit dans la 14e olympiade sous l'archontat d'Hégésias à Athènes.
  41. Les Éphémérides royales sont des chroniques relatant les faits et gestes du roi. Les auteurs anciens qui concèdent les utiliser comme source ne rendent compte que des derniers jours d’Alexandre : Arrien, Anabase, VII, 24-26 ; Plutarque, Alexandre, 76, 1 ; 77, 1 ; Elien, Histoires variées, 3, 23. Seul Plutarque (Quaestionnes Convivialum, 23, 4) mentionne les Éphémérides à propos d’un autre fait que la mort du roi (le goût d’Alexandre pour la chasse).
  42. Iolas, échanson du roi, est le suspect idéal.
  43. Strabon a personnellement visité le tombeau au Ier siècle apr. J.-C.
  44. Exception faite du Pseudo-Aristote dans Économiques.
  45. Rien que les dons aux soldats et à leur chef représentent 50 000 talents.
  46. Le film d'Oliver Stone, Alexandre, qui le présente comme bisexuel, a par exemple été mal accueilli en Grèce : (en) « Bisexual Alexander angers Greeks », BBC, 22 novembre 2004.
  47. Plusieurs théologiens et historiens musulmans, dont As-Suhayliy (XIIIe siècle), Ibn Taymiyyah (XIVe siècle) et Al-Maqrîziy (XVe siècle), réfutent l'idée selon laquelle Dhû-l-Qarnayn serait Alexandre, et font remonter le personnage coranique à l'époque d'Abraham.
  48. Les écrits de Callisthène, contemporain et biographe officiel d'Alexandre, ont eux disparu
  49. Par exemple Alexandre ne serait pas le fils de Philippe II mais celui du dernier pharaon égyptien, Nectanébo II.
  50. C'est à cette occasion que Le Brun reçoit le titre de premier peintre du roi.
  51. Sur ce tableau Alexandre a les traits de Louis XIV.

Références antiques

  1. Élien, Histoires variées, 3, 23.
  2. Athénée, X, 44.
  3. Livre d'Esther, 2, 23 ; 6, 1-2 ; 10, 2
  4. Arrien, Anabase, VII, 25-26 ; Plutarque, Alexandre, 76, 1 ; 77, 1 ; Élien, Histoires variées, 3, 23.
  5. Plutarque, Vie d'Alexandre, 2, 5-7
  6. Plutarque, Alexandre, 2, 1.
  7. Plutarque, Alexandre, 2, 3 ; 3, 5-7.
  8. Plutarque, Alexandre, 2, 2–3.
  9. Aristote, Politique.
  10. Démosthène, Philippiques.
  11. Platon, Ménexène, 245 d.
  12. Plutarque, Alexandre, 51.
  13. Plutarque, Alexandre, 12.
  14. Diodore, XVI, 89, 3.
  15. Diodore, XVI, 94, 4.
  16. Plutarque, Alexandre, 38.
  17. Justin, XI.
  18. Polybe, XVIII, 29-30.
  19. Plutarque, Thésée, 4.
  20. Les principales sources pour le début de la conquête sont : Arrien, Anabase, I, 1 et II, 12 ; Diodore de Sicile, XVII, 16-38 ; Plutarque, Alexandre (15-23) ; Justin, XI (5, 1-9).
  21. Arrien, Anabase, I, 11, 6-12.
  22. Arrien, Anabase, I, 12, 10.
  23. Plutarque, Camille, 19, 6.
  24. Arrien, Anabase, I, 29, 3.
  25. Isocrate, Philippe, 120.
  26. Hérodote, Histoires, VIII
  27. Arrien, II, 7.
  28. Isocrate, IV, 50.
  29. Xénophon, Cyropédie, VII, 5, 73.
  30. Quinte-Curce, IV, 5, 8.
  31. Arrien, Anabase, II, 25, 3.
  32. Plutarque, Vie d'Alexandre, 38 ; Quinte-Curce, VI, 3, 15-16.
  33. Plutarque, Alexandre, 43, 6 ; Arrien, IV, 7 ; Quinte-Curce, VII, 5, 40-43.
  34. Quinte-Curce, VII, 7, 39.
  35. Plutarque, Alexandre, 61.
  36. Arrien, Anabase, V, 27, 5.
  37. Arrien, Anabase, VI, 9-11 ; Plutarque, Alexandre, 63 ; Diodore, XVII, 99 ; Quinte-Curce, IX, 5, 12-18.
  38. Arrien, Anabase, VI, 14, 3.
  39. Diodore, XVII, 105-106 ; Quinte-Curce, IX, 10, 4-19 ; Plutarque, Vie d’Alexandre, 66, 4-7 ; Arrien, Anabase, VI, 21-27 ; Indica, 20-36, 3 ; Justin, XII, 10, 7 ; Strabon, XV, 720-723.
  40. Arrien, Anabase, VI, 8.
  41. Arrien, Anabase, VI, 29, 3.
  42. Arrien, Anabase, VI, 29.
  43. Quinte-Curce, X, 2, 12.
  44. Diodore, XVIII, 8.
  45. Élien, Histoires variées, VII, 8.
  46. Diodore, XVIII, 4, 1 ; 6.
  47. Diodore, XVII, 118, 1-2 ; Quinte-Curce, X, 10, 14-18 ; Justin, XII, 13.
  48. Arrien, Anabase, VII, 27, 1-2 ; Plutarque, Alexandre, 77, 1-3.
  49. Diodore, XVII, 117, 3 ; Quinte-Curce, X, 6, 16 ; et aussi Cornélius Népos, Eumène, 2, 2.
  50. Diodore, XVII, 17,4 ; XVIII, 1, 4 ; XVIII, 26, 3.
  51. Lucain, La Pharsale, VIII, 694 ; X, 19.
  52. Strabon, Géographie, XVII, C.793, 794.
  53. Suétone, Auguste, XVIII, 1.
  54. Arrien, Anabase, I, 17.
  55. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XXXIV, 17.
  56. a et b Plutarque, Alexandre, 4, 1.
  57. Arrien, Anabase, VI, 13, 4.
  58. a et b Plutarque, Alexandre, 7, 1.
  59. Plutarque, Sur la Fortune d'Alexandre, I, 5.
  60. Arrien, Anabase, VII, 29.
  61. Arrien, Anabase, VII, 28 ; Athénée, Banquet des Deipnosophistes, X, 435.
  62. Élien, Histoire variée, XII. Traduction d’Alessandra Lukinovitch et d’Anne-France Morand, Belles Lettres, 2004.
  63. Athénée, Banquet des Deipnosophistes, X, 435.
  64. Athénée, Banquet des Deipnosophistes, XIII, 5.
  65. Plutarque, Alexandre, 6.
  66. Plutarque, Alexandre ; Pline l'Ancien, Histoire Naturelle [réf. incomplète].
  67. Livre de Daniel, VIII, 5–8 ; 21–22.
  68. Flavius Josèphe, XI, 337.
  69. I Macc., I, 1-7.

Références bibliographiques

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  3. a b c et d Battistini 2018, p. 291.
  4. Battistini 2018, p. 292.
  5. Briant 2018, p. 11.
  6. Voir à ce sujet Georges Le Rider, Alexandre le Grand. Monnaie, finances et politique, PUF, 2003.
  7. Goukowsky 1993, p. 250.
  8. a b c et d Duyrat 2004, p. 317.
  9. a et b Briant 2018, p. 18.
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  14. a et b Briant 2018, p. 15.
  15. Jan Dušek, Les manuscrits araméens du Wadi Daliyeh et la Samarie vers 450–332 av. J.-C., Brill, 2007.
  16. Briant 2018, p. 16.
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  18. Briant 2018, p. 19.
  19. Briant 2018, p. 20.
  20. Battistini 2018, p. 90.
  21. Battistini 2018, p. 113.
  22. Joyce E. Salisbury, Encyclopedia of Women in the Ancient World, ABC-CLIO, , 385 p., p. 256-257.
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  207. Production : Gruppe 5 Filmproduction, Cologne pour la ZDF en coopération avec Arte et en coproduction avec ORF.
  208. Production : Société Européenne de Production avec la participation de France Télévisions. Unité de programmes magazines culturels de France 2 : Géraldine Levasseur et Laurent Knecht [2].

Annexes

Sources antiques

Bibliographie

Archéologie
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Historiographie
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    • Alexandre : Exégèse des lieux communs, Gallimard, coll. « Folio Histoire », (ISBN 978-2-07-079376-1) ;
  • Paul Goukowsky, Essai sur les origines du mythe d'Alexandre, Université de Nancy,  ;
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  • Paul Pédech, Historiens compagnons d'Alexandre, Les Belles lettres,  ;
Monographie
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  • Claude Mossé, Alexandre le Grand : La destinée d'un mythe, Payot, coll. « Peuples et Civilisations », (ISBN 2228894761) ;
  • Jean-Claude Perrier, Alexandre le Grand, Éditions Hermann, coll. « Hermann Histoire »,  ;
  • Joël Schmidt, Alexandre le Grand, Gallimard, coll. « Folio biographies »,  ;
Ouvrages généraux
  • Sous la direction d'Olivier Battistini et de Pascal Charvet pour la traduction, Alexandre le Grand, Histoire et dictionnaire, Robert Laffont, coll. « Bouquins », , 2464 p. (ISBN 978-2-221-09784-7) ;
  • Pierre Carlier, Le IVe siècle grec jusqu’à la mort d’Alexandre, Paris, Seuil, coll. « Points Histoire / Nouvelle histoire de l'Antiquité », (ISBN 2-02-013129-3) ;
  • Johann Chapoutot, Le nazisme et l'Antiquité, Presses universitaires de France, coll. « Quadrige », (ISBN 978-2-13-060899-8) ;
  • Jean Delorme, Le Monde hellénistique, SEDES, coll. « Regards sur l'Histoire »,  ;
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  • Jean-Marc Héroult, La fin de l'empire d'Alexandre le Grand, Éditions Larousse, .

Articles connexes

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