Al-Andalus

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Al-Andalus vers 732.
Patio de los Arrayanes (Cour aux myrtes), palais de l'Alhambra à Grenade aujourd'hui en Espagne dans la communauté autonome d'Andalousie.

Al-Andalus (الأندلس en arabe, ⴰⵏⴷⴰⵍⵓⵙ en berbère, Al-Ándalus en espagnol, al-Ândalus en portugais) est le terme qui désigne l'ensemble des territoires de la péninsule Ibérique et certains du sud de la France[1],[Note 1] qui furent, à un moment ou un autre, sous domination musulmane entre 711 (premier débarquement) et 1492 (chute de Grenade) [2],[3],[4],[5]. L'Andalousie actuelle, qui en tire son nom, n'en constitua longtemps qu'une petite partie[6].

Al-Andalus s'inscrit d'abord dans l'extension du califat omeyyade, c'est-à-dire l'Empire musulman médiéval dont il conserve la structure. Il s'en émancipe au Xe siècle en devenant lui-même Califat, période qui correspond à son apogée. Ravagé par une guerre civile (1011-1031), Al-Andalus se fragmente en royaumes rivaux fragilisés qui sont annexés par les forces chrétiennes au nord, puis conquis au sud successivement par les Almoravides et les Almohades. Si la culture andalouse renaît plusieurs fois de ces bouleversements, à partir du XIIe siècle, le tableau général est celui d'une lente décadence ponctuée par la Reconquista qui s'achève par la prise de Grenade en 1492.

La conquête et la domination du pays par les Maures[7] sont aussi rapides qu'imprévues et correspondent à l'essor du monde musulman[8]. Al-Andalus devient dès le IXe siècle un foyer de haute culture au sein de l'Europe médiévale, attirant un grand nombre de savants et ouvrant ainsi une période de riche épanouissement culturel[9],[10] qui lui vaut le titre de « civilisation originale ».

Par sa logique d'Empire et sa richesse, et bien que terre d'Islam (en arabe : دار الإسلام), il abrite et attire des populations aux origines et aux croyances multiples. Les Arabes, les Berbères, les muladis (ou espagnols musulmans) ainsi que les saqalibas (slaves) sont majoritaires, mais y vivent aussi des juifs et des chrétiens, que l'on nomme « mozarabes » en Al-Andalus[11].

La majorité du monde académique s'accorde sur le fait que la péninsule ibérique sous la domination musulmane, connut un apogée culturel à l'époque du califat de Cordoue, un remarquable équilibre entre sa puissance politique et militaire et l'éclat de sa civilisation[12],[13],[14] : dès la fin du Xe siècle, l'Espagne accueillit ainsi les sciences et la philosophie développées dans le monde islamique par des lettrés et des savants musulmans ou juifs[15],[16].

La présence d'Al-Andalus, territoire sous domination musulmane en Europe, a focalisé de nombreux débats, des récupérations politiques, et a généré plusieurs mythes à plusieurs époques, où Al-Andalus est singulièrement séparé à la fois du monde médiéval et du monde musulman. Ceux-ci sont traités dans l'article Convivencia.

Étymologie[modifier | modifier le code]

L'étymologie d'Al-Andalus a fait l'objet durant les trois derniers siècles des hypothèses les plus variées. L'explication acceptée durant un temps faisait un lien avec le peuple des Vandales: le nom de l'Andalousie proviendrait d'une hypothétique forme Vandalusia[17].

D'autres hypothèses ont été proposées, allant du jardin des Hespérides[18] à l'Atlantide[19].

Selon l'historien et islamologue allemand Heinz Halm[20],[21] « al-Andalus » provient de l'arabisation de la désignation wisigothique de l'Espagne : « *landa-hlauts » (signifiant « attribution des terres par tirage au sort », composé de *landa- « terre » et *hlauts « sort, héritage »)[22]. Ce terme aurait été repris par les Maures au VIIIe siècle et adapté phonétiquement en al-Andalus[23], en suivant les étapes suivantes : *landa-hlauts > *landa-lauts > *landa-luts > *landa-lus > Al-Andalus.

Histoire[modifier | modifier le code]

Fondation[modifier | modifier le code]

Le royaume wisigoth avant la conquête musulmane

Avant les premières conquêtes musulmanes en 711, le territoire de la péninsule Ibérique constituait la partie sud du royaume wisigoth, à l'exception des régions rebelles astures, cantabres et basques du nord, et des côtes méridionales restées romaines (exarchat de Carthage de l'Empire romain d'Orient.

En , le général arabe Moussa Ibn Noçaïr envoya un contingent d'environ 12 000 soldats, dont une large majorité de Berbères[24], commandés par l'un d'eux, le gouverneur de Tanger, Tariq ibn Ziyad, prendre pied en Hispanie sur le rocher auquel leur chef aurait laissé son nom (Djebel ou Jabal Tariq, futur Gibraltar)[25]. Rapidement renforcé, il défait une première armée wisigothe commandée par un cousin du roi, Sancho. Le roi Rodéric, alors confronté aux Francs et aux Basques au nord, doit rassembler une armée pour affronter ce nouveau péril. Cependant, au cours de la bataille du Guadalete le , les partisans d'Agila II (Akhila, en Arabe) préfèrent le trahir. C'est la chute brutale de l’Hispania wisigothe.

La naissance d'al-Andalus ne s'est pas produite après un événement fondateur ; elle s'est déroulée sous forme d'une conquête progressive entre 711 et 716, menée par une minorité maure. Rapidement, les musulmans prennent Séville, Ecija et enfin Cordoue, la capitale. Les Juifs, maltraités lors des règnes précédents notamment avec leur conversion forcée en 617, offrirent un accueil favorable aux musulmans (ce qu'on leur reprochera en 1492). En 714, la ville de Saragosse est atteinte.

Le sentiment d'appartenance à une nation al-Andalus est apparu au travers d'une prise de conscience collective[Note 2]. En 716, sur une pièce de monnaie, apparaît pour la première fois le terme d'« al-Andalus » désignant l'Espagne musulmane, par opposition à l’Hispania (terme romain) des chrétiens.

À cette époque, l’Hispanie est divisée entre les royaumes suèves et basques au nord, les royaumes wisigothiques au centre et l'exarchat romain d'Afrique au sud. Les musulmans ne peuvent néanmoins conquérir toute la péninsule : ils n'ont pu pénétrer dans les royaumes basques et n'ont fait que de brèves incursions dans les régions montagneuses cantabriques.

Ils tentent également de s'étendre en Francie, mais n’y parviennent pas. En 721, le duc Eudes d'Aquitaine bat le Califat omeyyade à la bataille de Toulouse. Ils reviennent à la charge, et 732 voit initialement la défaite du duc d'Aquitaine et l'invasion de la Vasconie par l'émir Abd el Rahman. Il est finalement arrêté à la bataille de Poitiers par Charles Martel, qui commence la réunion de l’Aquitaine sous contrôle des Vascons au royaume franc. La Septimanie est reprise par Pépin le Bref en 759. Les musulmans se replient dans la péninsule.

Ils décident d’établir la capitale du nouvel émirat ibérique à Cordoue. En effet, contrairement à de nombreuses places acquises après négociation avec les nobles wisigoths, Cordoue avait résisté. Les troupes musulmanes appliquent les droits des vainqueurs, leurs dignitaires s'installent à la place des nobles wisighoths et la ville devient capitale de facto. Ils nomment son fleuve Bétis qu’ils nomment « grande rivière » : Wadi al kebir, déformé phonétiquement en Guadalquivir.

La situation politique de Cordoue aux mains de ces princes de guerre reste cependant très instable jusqu'à l'arrivée de l'héritier déchu des califes de Damas, Abd al-Rahman Ier, débarque à Torrox le en Andalousie, il conquiert définitivement le pouvoir après la Bataille d'Almeda (es) le et transforme cette province de l'Empire en émirat indépendant du califat de Damas .

Ses héritiers omeyyades proclameront le califat occidental dissident en 929.

La conquête de l'Hispanie et de la Septimanie[modifier | modifier le code]

Conquête musulmane de 711 à 718

Avant 711, les fiefs suèves et wisigothiques et les exarchats côtiers les plus occidentaux de l'Empire romain d'Orient, reconquis par Bélisaire deux siècles auparavant, se partagent la péninsule Ibérique. En 711, Tariq ibn Ziyad débarque dans le sud de la péninsule et bat le roi wisigoth Rodéric sur les rives du Guadalete. En 732, l'expansion musulmane au-delà des Pyrénées est stoppée à Poitiers par Charles Martel et la bataille de Covadonga (722) marque le début de la Reconquista.

A partir de 716, Al Andalus est alors un Émirat dépendant du califat Omeyyade de Damas. Le gouverneur (wali) est nommé par le Calife. Les conquérants tentent d'installer les arabe, syriens et berbères, mais semblent surtout préoccupés par des raids sur les territoires francs du nord. Ces débuts sont laborieux. La capitale initiale (Séville) est transférée à Cordoue en 718. Une vingtaine de gouverneurs se succèdent de 720 à 756.

Les nouveaux venus sont relativement peu nombreux. Comme dans les autres territoires de l'empire musulman, les chrétiens et les juifs y sont l'écrasante majorité. Appartenant à une religion abrahamique, ils peuvent conserver leurs rites sous le statut de Dhimmi. Ces circonstances motivent des accords reddition avec nombre d'aristocrates wisigoths qui conservent leurs propriétés, voire d'importants pouvoirs, comme Théodémir (en arabe: تدمير Tūdmir), gouverneur de Carthagène, qui après un accord avec l'Emir, dirige sous le titre de Roi un territoire autonome chrétien au sein d'Al-Andalus kora de Tudmir (lien de vassalité).

L'hypothèse la plus commune est qu'une grande partie de la population, surtout les ariens et les juifs, apprécient le nouveau pouvoir musulman qui les libère de l'oppression wisigothe, et pourrait expliquer en partie la rapidité de la progression et la facilité de l'installation des conquérants. Par ailleurs, au VIIIe siècle, les chrétiens nicéens perçoivent l'islam comme une énième hérésie au sein du christianisme, et non comme une religion distincte[26]. Jusqu'à l'islamisation suscitée par Abd al-Rahman II (822-852), l'église mozarabe collabore avec les nouveaux souverains en échange de tribus ; les évêques coopèrent pleinement et maintiennent leurs privilèges économiques[27]. Euloge de Cordoue au milieu du IXe siècle reste dans cette optique[26]. Les conversions à l'Islam de la part des autochtones débutent rapidement, notamment chez les élites.

Du point de vue culturel, au VIIIe siècle, « l'occupation musulmane (notre VIIIe siècle) fut totalement stérile sous ce rapport : les envahisseurs, hommes de guerre, étaient pratiquement analphabètes et les historiens postérieurs, comme Ibn al-Qûtiyya (en) ou Ibn Tumlus (en) ne tentèrent jamais de le dissimuler[28] ».

Dès 740, des dissensions internes éclatent entre Arabes. Elles opposent les clans arabes du nord (Qaysites, originaires de Syrie) et les clans arabes du sud (originaires du Yemen). Les distensions virent à la quasi guerre civile qui se termine par la victoire du gouverneur Yûsuf al-Fihri (Qaysite) qui écrase les arabes yéménites lors de la bataille de Secunda (747). Par ailleurs, le Califat Omeyyade de Damas dont dépend le gouverneur est secoué par des troubles qui aboutissent au renversement des Omeyyades. De facto, Yûsuf al-Fihri dirige de façon indépendante de Damas.

L'émirat indépendant de Cordoue[modifier | modifier le code]

Abd al-Rahman Ier (731-788), fondateur en 756 de la dynastie[modifier | modifier le code]

En 750, les Abbassides renversent les Omeyyades, en tuant tous les membres de la famille excepté Abd al-Rahman et transfèrent le pouvoir de Damas à Bagdad. En 755, Abd al-Rahman seul survivant fuit à Cordoue et s'auto-proclame émir d'al-Andalus à Cordoue.

L'année suivante, Abd al-Rahman, Omeyyade, rompt le lien de vassalité avec Bagdad désormais aux mains de Abbassides. Al-Andalus devient alors un émirat indépendant de Bagdad, même s'il s'inscrit encore pour une siècle et demi encore dans le Califat, c'est à dire que l'Émir reconnaît la prééminence religieuse du Calife. Les troupes Franques enlèvent les marches d'Espagne à l'Émirat. Gironne tombe aux mains des Francs en 785, Narbonne en 793 et Barcelone en 801, mais Charlemagne échoue à enlever Saragosse et est défait par les Vascons lors de sa retraite à Roncevaux.

A la fin de son règne en 788, l'Émirat a trouvé une certaine stabilité dont profite son successeur Hicham. Celui-ci poursuit l’œuvre de son père et fait du malékisme la doctrine des musulmans andalous. Les rivalités entre les fils d’Hicham deviennent conflictuelles (796), alors même que les tensions entre communautés (arabes, berbères, chrétiens, muladis) se multiplient et que des gouverneurs tentent de faire session après la prise de Barcelone par les Francs (801).

Abd Al-Rahman II (822-852)[modifier | modifier le code]

Il hérite à l'âge de trente ans d'un État que son père a pacifié par les armes et dans lesquelles les tensions restent nombreuses. Mécène et protecteur des Arts et des Lettres, il est considéré comme le chef d'État musulman le plus cultivé de son temps. Ces qualités conjuguées à la paix de l'émirat lui permettent de développer la civilisation andalouse.

Le règne d'Abd Al-Rahman II est marqué par le décret d'apostasie des enfants chrétiens nés de couples mixtes et une islamisation rapide de la société. En 850 la décapitation de Parfait de Cordoue[29] initie la vague de Martyrs de Cordoue à la suite de provocation de la part des chrétiens. La lecture contemporaine de ces événements en fait une réaction à la perte d'influence et à l'étouffement de la culture chrétienne du fait de l'islamisation rapide de la société[30].

En 844, la flotte viking attaque Lisbonne et prend, pille et incendie Séville pendant sept jours. Ils sont repoussés le 11 novembre 844 au sud de la ville.

la « première guerre civile »[modifier | modifier le code]

La seconde moitié du IXe est extrêmement troublée. Les historiens les plus modérés parlent de « grave crise politique », beaucoup parlent de « première guerre civile » ou « première fitna »[31]. Le nouvel émir, Muhammad Ier (Omeyyade), continue la politique d'islamisation de la société initiée par son père, jusqu'à provoquer des révoltes et des soulèvements. Comme toujours en Al-Andalus, les crises sont complexes et les oppositions multiples. Elle est décrite par les chroniqueurs andalous comme une révolte ethnique entre « Arabes », « Berbères » et « indigènes » (‘ajam) : muladis et chrétiens[32]. Si les seconds jouent un rôle plus discret, les conflits se concentrent entre Arabes et Muladis. Ces derniers sont des autochtones convertis à l'Islam et arabisés qui sont présentés par les sources d'époque comme les principaux adversaires du pouvoir Arabe, comme le seront plus tard les Berbère (1011-1031) : « la conversion ne semble pas considérée comme un critère suffisant pour être définitivement rangé dans le groupe des « musulmans » (Fierro, 2005 ; Aillet, 2009). Le portrait de la fitna émirale est en effet celui d’une société qui revient vers ses origines, vers sa ‘aṣabiyya indigène.[33] »

Plusieurs régions tentent de faire sécession et vivent en dissidence de Cordoue. Les premiers soulèvement commencent à Saragosse et à Tolède au milieu du IXe siècle, emmenés notamment par les Banu Qasi dans la vallée de l'Ebre, et Ordoño Ier d'Oviedo autour de Tolède. La révolte des Banu Qasi commencée en 842 est écrasée en 924. Outre ces régions vivant en dissidence, la situation interne de l'Émirat est chaotique, des troubles importants ont lieu dans la plupart des régions et des villes : Mérida, Evora, Tolède, Albacete, Valence, Grenade, Almeria, Séville, notamment. C'est à cette époque qu'est construite la citadelle autour de laquelle se développera la ville de Mayrit (Madrid) comme ligne de défense de Tolède.

La révolte d'Omar Ben Hafsun en Bétique commence vers 880, annexe Antequera, Jaen, menace Cordoue, Malaga, Murcie et Grenade. Elle demande,en 909 l'aide du nouveau califat Fatimide alors que les plus précieux alliés des Omeyyades au Maghreb, les Ṣalihides de Nekor, venaient de traverser une grave crise politique, également à cause des Fatimides et qu'un front est ouvert au nord contre le royaume de Léon. La révolte est écrasée en 928. L'ensemble affaibli considérablement l’Émirat[34].

Bilan de l'Emirat[modifier | modifier le code]

La période de l'Émirat indépendant est essentiellement une étape d'unification des territoires sous la domination musulmane, une islamisation rapide des populations et l'installation d'un nouvel ordre politique formé par les vizirs. L'instauration de ce nouvel ordre suppose de vaincre un grand nombre résistances chez les autochtones. L'organisation du politique est chaotique, les disputes internes entre Arabes et Berbères ne cessent pas, de même qu'entre princes Arabes, ce qui permet aux royaumes chrétiens du nord de se regrouper, de se consolider et d'initier la Reconquête.

L'influence des Omeyyades de Cordoue est très importante au Maghreb occidental. Plusieurs raids sont lancés sur les côtes nord africaines où les Omeyyades ont de solides appuis. A la veille de l’avènement des Fatimides, presque toutes les principautés du Maghreb occidental semblent avoir été liées aux Omeyyades, avoir entretenu des relations cordiales avec Cordoue à cette époque, voire étaient ouvertement pro-omeyyades[35]. En 902, un groupe de marins, appuyés par les émirs omeyyades de Cordoue fonde Oran.

L’avènement du califat fatimide d'obédience Chiite change profondément la donne politique dans l'ouest de la méditerranée.

En 903, les Andalous s'installent dans les îles Baléares, nommées ainsi par les Phéniciens et par les Romains, qu'ils désignent comme îles orientales d'Al-Andalus[36].

Le califat omeyyade de Cordoue (929-1031)[modifier | modifier le code]

Abd Al-Rahman III (889-961), premier Calife de Cordoue[modifier | modifier le code]

Le Califat de Cordoue de 929 à 961

En 929, Abd al-Rahman III est victorieux contre Omar Ben Hafsun et se réapproprie la plupart territoires qui avaient tenté de faire sécession. Cependant, une partie des territoires nord ouest sont perdus au profit des royaumes chrétiens (Galice, Léon, nord du Portugal). Les villes de Merida et Tolède ne sont pas encore réintégrées à cette date.

Le règne d'Al-Rahman III est brillant. De tous les gouverneurs d'al-Andalus, Abd al-Rahman est celui-ci qui a le plus contribué à la puissance du pays. À son arrivée sur le trône, le pays est divisé, en proie aux révoltes, et à une avance rapide des royaumes chrétiens. Il réorganise ses territoire, stabilise le pouvoir, pacifie Al Andalus et ralenti les avances chrétiennes. Pour Robert Hillenbrand, il s'agit de la première unification sociale en Espagne[37].

Abd Al-Rahman III profite de sa victoire, de l'établissement du Califat Fatimide sur l'Ifriqiya et la Sicile en 909 et des fractures du califat Abbasside pour proclamer le califat de Cordoue dont il se proclame Calife. La proclamation du califat Omeyyade fut en partie la conséquence de l’affirmation de plus en plus menaçante du Califat Fatimide (d’obédience Chiite) au Maghreb et de la faiblesse concomitante du califat Abbasside[38]. Avec ce status, Cordoue se déclare nouveau garant de l'unité de l'Islam, en rupture avec Bagdad, et de facto ennemi du Califat Fatimide contre qui les conflits se multiplient au cours du Xe siècle.

Le Calife lance en 936 plusieurs travaux de prestige. La construction de la ville palatine de Madinat al-Zahra comme symbole de son pouvoir, cherchant à l'inscrire dans la continuité et la légitimité des pouvoirs historiques. Il ordonne également l'agrandissement de la mosquée de Cordoue.

Il développe Al Andalus selon 3 axes :

  1. L'axe économique avec l'ouverture de nouvelles routes maritimes, qui eut pour conséquence l'augmentation rapide du nombre d'ateliers et d'artisans dans de très nombreux domaines (tissus, orfèvrerie, joaillerie, architecture, céramiques...). Al-Rahman III procède au découpage administratif du territoire avec une gestion autonome de l'impôt amis en gardant une centralisation forte dans la capitale, Cordoue.
  2.  L'axe culturel est développé avec l'ouverture de bibliothèques, une université, une école de médecine, une école de traduction ; dans la lignée des maisons de la sagesse fondées à Bagdad durant le siècle précédent. Ces apports font de Cordoue l'un des centres d'érudition les plus importants de son époque.
  3.  L'axe religieux. Contrairement à ses prédécesseurs, il n'impose pas l'islam comme religion, en conséquence de quoi la période Califat ne subit pas de révolte.

Sur les fronts externe, les conflits sont continus à la fois contre le califat Fatimide (d’obédience Chiite) et au Maghreb. A sa mort, s'il récupère les villes de Tolède et Mérida, le Royaume des Asturies et le Comté du Portugal ont augmenté leurs possessions au sud sur Ávila, Salamaque, Ségovie, Combra.

Son successeur, Al-Hakam II (915-976) continue l’œuvre de son père et permet à Al-Andalus de connaître un apogée culturel.

Almanzor et l'usurpation amiride[modifier | modifier le code]

Situation de la péninsule ibérique à la mort d'Almanzor (1002)

À la mort d'Al-Hakam II, le pouvoir passe au vizir Ibn ʿÂmir Al-Mansûr qui s'arroge la plupart des prérogatives du Calife et organise la chute des Omeyyades. Pour affirmer son pouvoir, il fait construire Madinat al-Zahira en vue de supplanter la ville califale de Madinat al-Zahra.

Du point de vue de la politique interne, et outre prise de pouvoir sur les Omeyyades, Almanzor est connu pour avoir fait brûler des livres d'astronomie controversés, pour avoir été plus attentif à l'orthodoxie religieuse que ses prédécesseurs, pour avoir harcelé les disciples du philosophe Ibn Masarra, pour avoir prévenu toute infiltration Chiite, pour tenir fermement le pouvoir et avoir centralisé l'administration. La justice est réputée comme plutôt équitable, selon les critères de l'époque. On décrit à ce sujet qu'il fit remettre à son épouse la tête du général Ghâlib, son père, qui tentait de s'opposer à sa prise de pouvoir.

Du point de vue externe, il ouvre de nombreux fronts militaires, notamment contre le califat Fatimide à l'Ouest dont pâtissent les Idrissides au sud qui échouent à restaurer leur autorité sur Fès en 985. Au nord, il organise des contre-attaques victorieuses sur des places enlevées par la Reconquista et les razzias des royaumes chrétiens aux marches du Califat aux buts politiques et économiques. Le sac de Barcelone en 985 et de Saint Jacques de Compostelle en 997 sont deux expéditions qui ont le plus d'importantes conséquences dans le monde chrétien. Éloigné de Cordoue, Saint Jacques de Compostelle est tenté de mettre fin à son lien de vassalité avec Al Andalus, alors qu'Almanzor est occupé par un front au Maghreb. Le sanctuaire est rasé lors de la 48e expédition d'Almanzor. Les conséquences de ces deux expéditions sont l'indépendance de fait du comté de Barcelone du royaume des francs, la seconde est la fin du statu quo religieux entre le califat et le monde chrétien qui considère cette attaque comme un affront mais où il inspire la crainte. Almanzor s'appuie sur une politique d'alliance avec les berbères d'Afrique du Nord pour renforcer ses armées.

Eduardo Manzano Moreno souligne que l'apogée d'Al-Andalus se trouve sous Almanzor. Le Califat était de loin le plus puissant système politique en Europe depuis la chute de l'Empire Romain. Le Califat était doté d'une administration centralisée, d'une armée et d'une marine puissante ; son état et sa population étaient relativement riches grâce au développement de l'agriculture, de l'irrigation, d'une industrie et d'un commerce florissants[39]. A cette époque, selon les études contemporaines, le trésor accumulé par les Omeyyades grâce à leur système fiscal est immense. Il est avant tout lié à une augmentation de la production économique et au commerce qui valent les richesse culturelle et artistique du Califat à son apogée[40],[41].

Guerre civile 1011 - 1031[modifier | modifier le code]

Almanzor meurt en 1002. Ses fils prennent sa succession, et le Calife tente de reprendre le pouvoir ce qui déclenche la guerre civile en al-Andalus en 1009. Le pillage de Medinat Alzahira, ordonné par le Calife permet de récupérer, selon les chroniques médiévales, un trésor hallucinant de 1 500 000 pièces d'or et 2 100 000 pièces d'argent. La guerre civile provoque la décadence du Califat. En 1031, le califat de Cordoue s'effondre et se morcelle en taïfas. Les commentateurs de l'époque font des Berbères les principaux artisans de la chute des Omeyyades et les principaux bénéficiaires de l'effondrement du Califat, même si l'analyse contemporaine relève que plusieurs Taïfas importantes sont récupérées familles Arabes ou se revendiquant comme telles.

Pour Ibn Hazm érudit contemporains de la guerre civile soutenant la restauration Omeyyade, cette fitna était inéluctable et liée à l'illégitimité des Omeyyades à se réclamer du Coran ; c'est un écho de la fitna du Califat Omeyyade de Bagdad qui voit le renversement des Omeyyade par les Abbassides.

Première époque des taïfas (1031-1086)[modifier | modifier le code]

Les premiers taïfas

L'orthodoxie religieuse à laquelle le calife était censé veiller se relâche et les croyants d'autres religions peuvent accéder plus facilement au pouvoir. D'autre part, les nouveaux seigneurs, considérés comme des « usurpateurs[42] », sont des Berbères et d'anciens esclaves (notamment slaves), essentiellement intéressés par des guerres avec leurs voisins. Ils n'ont confiance ni dans les Arabes ni dans les andalous. Dans ces conditions, ils s'entourent de juifs, ce qu'ils considèrent comme moins risqué[43]. Ainsi, le juif Samuel ibn Nagrela devient vizir d'abord afin d'organiser l'administration de Grenade dont le roi Ziri et la tribu régnante n'avaient réorganisé que la levée de l'impôt[42]. Durant le XIe siècle, malgré les saccages de la guerre civile, les guerres entre Taïfas rivales, des avancées chrétiennes, malgré « l'instabilité et la décadence sociale[44] » le rayonnement d'Al Andalus augmente, en particulier à Cordoue[44]. Les érudits religieux se multiplient : lexicographes, historiens, philosophes, qui comptent parmi les plus brillants de leur époque[44].

Pour Christine Mazzoli-Guintard, avec l'avancée des armées chrétiennes vers le sud, « Al Andalus, à la dérive politiquement, se met à rejeter ce qui est différent » et affirme son orthodoxie religieuse, notamment à partir de 1064, lorsque tombe la première ville importante : Barbastro[45]. En 1066, l'assassinat d'un vizir juif est suivi de pogroms (1066)[45]. Il ne se passe que 20 ans entre la prise de Barbastro au nord de l'Aragon et la prise de Tolède en 1084 au centre de la péninsule. La prise de l'ancienne capitale Wisigothe positionne Alphonse VI au centre de la péninsule.

Portraits des rois de Grenade de la dynastie nasride. Salle des rois, Alhambra.

Les Almoravides[modifier | modifier le code]

La conquête almoravide de 1085 à 1115

En 1086, les Almoravides, originaires de l'actuelle Mauritanie sont appelés au secours par le taïfa de Séville. Ils remportent la bataille de Sagrajas sur Alphonse VI, roi de Castille et arrête son avance militaire. Le sultan Yusuf, conscient de la faiblesse militaire des Taïfas organise la reconquête et la réunification des territoires d'Al-Andalus. Incapable de poursuivre cette conquête vers le nord, l'empire Almoravides entre en décadence et se morcelle, faisant réapparaître les Taifas alors qu'au Maroc apparaît une nouvelle élite militaire : les Almohades.

Ces derniers sont des guerriers issus des tribus berbères pendant le XIIe siècle, qui se rebellent contre l'empire Almoravide, les accusant d'être incapable de maintenir la stabilité des états musulmans ni de freiner l'avance des chrétiens vers le sud. Sous ces prétextes, ils entrent dans la péninsule en 1147, renversent les Almoravides et les Taïfas récemment reparues.

Deuxième époque des taïfas (1145-1163/1203)[modifier | modifier le code]

Les Almohades (1147-1228)[modifier | modifier le code]

À partir de 1147, les Almohades, d'inspiration zahirite (forme d'Islam radical), conquièrent al-Andalus.

En 1184-1199, le califat almohade est à son apogée sous Abu Yusuf Yaqub al-Mansur. Averroès est, un temps, son conseiller.

La bataille de Las Navas de Tolosa en 1212 et la poursuite de la Reconquista[modifier | modifier le code]

En 1212, les Almohades sont battus par une coalition de rois chrétiens à Las Navas de Tolosa. Al-Andalus se morcelle à nouveau en taïfas, qui sont conquis les uns après les autres par les rois de Castille.

La perte des Baléares[modifier | modifier le code]

En 1229, Jacques Ier d'Aragon opère la conquête de Majorque. La capitale, Palma tombe entre ses mains le . La perte de Majorque est suivie de celle du reste des Baléares.

Troisième époque des taïfas (1224-1266)[modifier | modifier le code]

L'émirat de Grenade (1238-1492) et la fin de la Reconquista[modifier | modifier le code]

En 1238, soit deux ans après la chute de Cordoue, Mohammed ben Nazar fonde l'émirat de Grenade et, en se déclarant vassal du roi de Castille, fait que son royaume est le seul royaume musulman à ne pas être conquis. Par la suite, la rivalité entre les royaumes de Castille et d'Aragon fera que chacun d'eux empêchera l'autre de conquérir Grenade. Mais cette situation de rivalité prit fin en 1469 avec le mariage des Rois Catholiques, puis en 1474 avec leur avènement sur les deux trônes. En 1492, le royaume nasride de Grenade est conquis, après dix ans de guerre, mettant fin à la Reconquista. La même année, les Juifs sont expulsés ; Christophe Colomb découvre l’Amérique au nom de la Castille.

Géographie[modifier | modifier le code]

La géographie d'Al-Andalus est très variable selon les époques. À l'arrivée arabo-berbère, le pays qui appartient aux Omeyyades de Damas s'étend sur les deux côtés des Pyrénées, jusque dans les environs de Narbonne et même au cours du IXe siècle au Fraxinet. La fin du califat au XIe siècle et la période des Taïfas permettent à la Reconquista de reprendre rapidement du terrain que seuls les Almoravides puis les Almohades arriveront à ralentir un certain temps, mais la bataille de Las Navas de Tolosa permet aux rois catholiques de réduire le pays à la seule région de Grenade avant sa chute au XVe siècle.

Les villes[modifier | modifier le code]

Contrairement au reste de l'Europe, la société andalouse était nettement plus urbaine, ce qui permet à des villes comme Cordoue de compter un demi-million d'habitants à son apogée. Les villes andalouses sont l'expression du pouvoir de l'émir puis du calife qui investit des sommes considérables pour y maintenir les forces vives tels que les intellectuels[46]. Ces mêmes villes dont les noms sont la plupart du temps romains comme Valence (Valentia) qui s’appellera Balansiyya, Caesar Augusta qui donnera Saragosse, Malaga qui s'appellera Malaka, Emerida en Marida. D'autres encore portent le nom de leur fondateur arabe comme Benicàssim qui prend son nom de Banu-Kasim, Benicarló de Banu-Karlo ou encore Calatrava provenant de Kalat-Rabah[C 1]. Des auteurs comme Ibn Hawqal dans son livre Surat al-Ardh dénombrent soixante-deux villes principales.

De nos jours il ne reste que peu de traces de la structure des cités de l'époque musulmane hormis les descriptions arabes mais aussi chrétiennes[47]. Les réelles descriptions des villes d'Al-Andalus débutent au Xe siècle et laissent apparaître des cités islamisées composées d'éléments caractéristiques aux centres urbains d'Afrique du Nord ou du Moyen-Orient tels que les mosquées, les souks, la kasbah ou encore l'arsenal[47]. Hormis cette architecture orientale, la structure des villes andalouses était semblable aux autres villes européennes en territoire chrétien. Une muraille entoure les bâtiments importants de la ville. À l'extérieur, mais tout de même proche, se trouvent les marchés, les cimetières ou les oratoires. Encore plus loin se trouvaient les maisons des notables mais aussi celle du gouverneur[C 2].

Le développement du centre-ville n'était jamais planifié, si bien que chaque propriétaire de terrain était libre de fixer lui-même la largeur des rues ou la hauteur des bâtiments. Un voyageur dira au XVe siècle à propos de Grenade que les toits des maisons se touchent et que deux ânes qui iraient en sens inverse n'auraient pas suffisamment de place pour se croiser. Le muhtasib était la personne chargée de surveiller l'ensemble, mais la plupart du temps il limitait son action à éviter que les maisons en ruine ne tombent sur les passants. Ce n'est que dans les grandes et moyennes villes qu'on peut croiser de larges voies comme c'est le cas à Cordoue ou à Grenade, Séville, Tolède ou Valence[C 3].

La mosquée et la citadelle, symboles de l'autorité du dirigeant[modifier | modifier le code]

Église Santa María de la Granada de Niebla, anciennement mosquée de la ville

La mosquée est un des principaux signes de l'autorité du dirigeant et bien que toutes les villes ne possédaient pas de mosquée il était courant de voir des bâtiments cultuels islamiques. Hormis les petits bâtiments servant à la prière en commun, la construction de mosquées en Al-Andalus est assez tardive puisqu'il faut attendre entre soixante à cent-cinquante ans pour voir surgir de terre de grandes mosquées comme celle de Cordoue (785) ou de Séville (844)[48], par la suite toutes les villes qui aspiraient à concentrer des pouvoirs importants financent la construction de grandes mosquées comme ce fut le cas par exemple à Badajoz où Ibn Marwan comprend la nécessité d'y bâtir un imposant bâtiment signe de l'opulence de la ville qu'il a fondée[48]. Enfin, il est important de noter que dans beaucoup de cités, essentiellement dans celles contrôlées par des Latins convertis, la construction des mosquées est un signe de rattachement à l'islam. Enfin, la vague de construction de mosquées à la fin du IXe siècle jusqu'au début du Xe siècle marque le signe de la pénétration de la culture islamique dans la société qui était durant le premier siècle de la conquête arabe restée majoritairement non-musulmane mais aussi de l'affirmation du pouvoir de l'émir.

On dénombre encore aujourd'hui plusieurs mosquées dont la plupart ont été transformées en églises comme à Cordoue, Séville, Niebla[47] mais dans beaucoup d'autres villes, malgré les fouilles, la localisation des édifices religieux musulmans est difficile et seuls les textes de l'époque nous donnent une information souvent vague sur l'emplacement de ceux-ci.

Bien que les traces écrites soient rares, les fouilles permettent de retrouver au sein de villes considérées comme des grands centres de pouvoirs les contours de citadelles[49]. Placées sur la meilleure position de la ville, offrant la vue la plus large, les citadelles avaient pour but la défense contre les ennemis extérieurs mais parfois la population locale représentait une plus grande menace. C'est ainsi que dans des villes comme Tolède ou Séville par exemple, le mur d'enceinte est rasé et les pierres utilisées pour la construction d'une forteresse permettant de préserver le gouverneur et ses soldats en cas de révolte de la population[50]. Les citadelles se différenciaient aussi en fonction de leur situation géographique; à l'est du pays comme à Murcie ou Dénia, les villes possédaient des citadelles quasiment imprenables, ce qui n'était pas le cas à l'ouest vers la zone de l'actuel Portugal[49]. Enfin, comme les mosquées et la citadelle, les ports, les marchés, les cimetières et les bains étaient aussi sous l'autorité directe du sultan[51].

Les principales villes[modifier | modifier le code]

Cordoue, la capitale[modifier | modifier le code]

Ville importante dès l'époque romaine, Cordoue est avantagée par sa position géographique. Proche du Guadalquivir et située au milieu de vastes champs très fertiles elle est une des premières cités à être conquise par les armées arabo-berbères, qui en confieront la défense à des Juifs en 711. En 716, elle se retrouve au centre du pays lorsqu'il est décidé qu'il serait judicieux d'en faire sa capitale au détriment de Séville. Le vieux pont romain en ruine est reconstruit de même que la muraille. On y vient de toute la péninsule et d'Afrique du Nord. Dès l'arrivée du premier émir, Abd Al-Rahman Ier on y construit une grande mosquée faisant face au fleuve mais aussi un palais, l'Alcazar, où ont lieu toutes les cérémonies officielles, les réceptions. À l'extérieur de la ville Abd Al-Rahman Ier construit la Rusafa en souvenir des palais syriens de son enfance. Deux siècles plus tard, le centre-ville de Cordoue qui compte près de quarante-sept mosquées s'enrichira du palais d'Abd al-Rahman III, Madinat al-Zahra, chef-d'œuvre ayant coûté des sommes faramineuses mais qui permettait au nouveau calife d'affirmer son pouvoir et montrer aux autres puissances européennes sa puissance. La ville, qui du temps d'Al-Hakam II comptait dans ses bibliothèques plus de 400 000 ouvrages recueillis à travers toute la Méditerranée, est aussi un grand centre culturel mais aussi théologique grâce aux théologiens venus s'y installer.

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Le nombre d'habitants que compte la ville à son apogée au Xe siècle est très difficile à estimer ; les historiens espagnols comme R. Carande l'estiment à plus de 500 000 habitants. La taille de la ville qui faisait près de 14 kilomètres de périmètre était elle aussi gigantesque pour son époque. La madinah ou la kasbah, qui en constituait le centre, était entourée d'une grande muraille bâtie sur le tracé d'un ancien rempart romain. Le centre-ville était coupé de deux grandes voies qui menaient vers les différents quartiers de la ville. Ce centre-ville, où étaient essentiellement regroupés les familles juives mais aussi les autres artisans et commerçants est devenu rapidement trop petit pour accueillir les nouveaux arrivants. Hormis les Berbères et les Arabes, la capitale cordouane comptait de nombreux Esclavons venus d'Europe du Nord mais aussi des Noirs d'Afrique ou encore des Mozarabes, ces Chrétiens ayant adopté le style de vie islamique et où ils possèdent de nombreux couvents et églises[C 4].

La ville qui amorce un lent déclin avec la guerre civile au XIe siècle au profit de Séville, est définitivement perdue en 1236 lorsque les armées de Ferdinand III de Castille la capturent.

Séville[modifier | modifier le code]
Reconstitution d'un combat entre les chefs de troupes d'Al-Andalus et vikings. Almeria, 2017.

Capitale de 713 à 718, Séville, est une cité en perpétuelle rébellion contre l'autorité des émirs de Cordoue. Il est extrêmement difficile de connaître l'état économique de la cité.

Certains indices permettent cependant d'en avoir une idée, ainsi la facilité qu'avaient eu les Vikings à piller Séville en 844 semble montrer que la ville ne disposait pas des fortifications adéquates, d'où une certaine précarité des gouverneurs locaux[52]. À la suite de ce pillage, Abd Al-Rahman II entreprend la reconstruction de la ville en bâtissant une mosquée (agrandie par la suite par les Almohades qui y ajoutent la Giralda), un souk, un arsenal et surtout d'un réseau de tours et de murailles qui donnent à la ville la réputation de cité imprenable. Grâce à ces constructions, Séville est prête à prendre son envol ; le gouverneur de la cité jouit d'un pouvoir qui égale celui de l'émir de Cordoue, il rend la justice, possède sa propre armée et ne paie pas d'impôts au pouvoir central. Avec Abd Al-Rahman III, les fruits des succès sont visibles, on y accroît la culture des olives, du coton et de l'agriculture en général. Au XIe siècle, la ville connaît son apogée au temps des royaumes de taïfas et finit même par annexer Cordoue, l'ancienne capitale, dont elle ravira la place avec le règne des Almohades. Sa proximité avec la mer en fait un des plus grands ports du pays ; c'est de là que partent les marchandises vers Alexandrie essentiellement, ce qui permet à de nombreuses familles d'amasser de grandes richesses, si bien que les témoins de l'époque rapportent qu'il n'y a pas dans tout le pays de familles plus riches et plus adonnées au commerce et à l'industrie qu'à Séville.

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Tolède et Valence[modifier | modifier le code]
Vue sur Tolède, la ville est à l'époque d'Al-Andalus la plus importante ville mozarabe
Entrée de Jacques Ier d'Aragon à Valence en 1238

Capitale du royaume Wisigoth jusqu'en 708, Tolède est la ville qui a le mieux gardé son héritage romain. C'est elle aussi qui même longtemps après la Reconquista a su garder son esprit de tolérance. Durant l'époque du califat la ville qui compte une très importante communauté mozarabe et juive est un exemple de la Convivencia. C'est une cité prospère grâce à son marché mais aussi avec ses riches terres fertiles et de plus, sa situation sur le Tage à la rencontre de trois collines lui confère une importance militaire de premier ordre, malgré tout c'est la première ville de cette envergure qui sera prise lors de la reconquête. À sa plus grande extension la ville compte 30 000 habitants. Le , la ville tombe sous les coups d'Alphonse VI de León qui perpétue l'esprit de tolérance et soutient les arts et les sciences avec la traduction de nombreux ouvrages arabes.

En ce qui concerne Valence, la ville n'acquiert son importance que tardivement. Fondée par les Romains, c'est une des premières cités à tomber aux mains des armées de Tariq ibn Ziyad qui l'arabisent et devient un centre de la culture arabe dans la péninsule. Ce n'est qu'avec la chute du califat que la ville commence son rayonnement avec l'arrivée massive de familles d'Afrique du Nord qui contribuent à sa prospérité.

Culture et sciences[modifier | modifier le code]

Les sciences et techniques issues de la civilisation islamique se développent en al-Andalus dès les premiers temps de la conquête musulmane de l'Hispanie.

Les troupes démobilisées à la suite de la défaite face à la cavalerie franque, composées d'Arabes et de Berbères appelés collectivement Maures, en s'installant dans ces nouvelles terres de la péninsule Ibérique, sont émerveillées de la présence de ruisseaux et de terres si fertiles.

C'est un âge d'or de la civilisation islamique qui va donner naissance à de nouveaux savoirs dans la péninsule, notamment dans les domaines de l’ingénierie, de l'agriculture[53] et de l'architecture. Ils engendreront des chefs-d'œuvre d'architecture tels que l'Alhambra et la grande mosquée de Cordoue. La médecine est également une des plus avancées au sein du monde médiéval[54].

Société[modifier | modifier le code]

Société médiévale[modifier | modifier le code]

D'un point de vue général, Al-Andalus est une partie de l'Empire musulman classique inscrit au cœur du Moyen Âge. Les territoires sous domination musulmane ont une structure d'Empire, c'est à dire que différents peuples avec différentes religions et différentes langues y cohabitent. Sur la plupart d'entre-eux, les populations non musulmanes et non arabophone sont dominantes jusqu'au XIe siècle[55].

L'ensemble de ces sociétés sont médiévales. Elles sont d'abord dominées par les religions, et particulièrement par la religion du souverain. Les sociétés sont organisées en communautés. On y distingue les confessions (Musulmans sunnites, Chiites, juifs, chrétiens, Zoroastre notamment), les groupes ethniques (berbères, wisigoths, arabes... ), le statut de noble, de religieux, de serf, d'esclave, et la condition de femme. L'organisation est pragmatique[55], les communautés sont séparées, l'infériorisation juridique des communautés et des minorités est la norme[55], et elle est d'autant plus marquée que les communautés sont petites.

Al-Andalus s'inscrit complètement à la fois dans sa condition de territoire d'un empire et possède une organisation médiévale typique. Cependant, son évolution diffère sur certains points des autres territoires sous domination musulmanes. D'une part, l'islamisation y est dominante dès le Xe siècle alors que les autres territoires sous domination musulmanes sont encore majoritairement non musulmans au XIe siècle[55]. En suite, au XIIe siècle, l'essentiel des communautés non musulmanes disparaissent d'Al-Andalus, au contraire de la plupart des territoires ayant appartenu à l'Empire musulman et dont beaucoup traversent le Moyen Âge en comptant d'importantes minorités religieuses.

Cette évolution différenciée est en premier lieu le contre coup de la Reconquista qui en fragilisant et en renversant les pouvoirs musulmans successifs ouvrit la voie aux courants les plus rigoristes tels que ceux portés par les Almohades.

Composition ethnique à l'arrivée musulmane[modifier | modifier le code]

Il est extrêmement difficile de déterminer le nombre de personnes vivant en Al-Andalus tant les frontières mobiles et les guerres ont façonné la démographie du pays. À son âge d'or, il est avancé le chiffre de dix millions de résidents, non-musulmans compris. On y trouvait des Celtes et des Wisigoths antérieurs à l'arrivée des Arabes, des Berbères, des Slaves, des Francs entre autres[C 5].

La société andalouse était fragmentée en fonction de la religion mais aussi de l’ethnie. Dans la seconde partie du VIIIe siècle, on recensait :

  • Des chrétiens, présents sur ces terres avant l'arrivée des musulmans[C 6].
  • Des juifs : comme les chrétiens ils sont antérieurs à l'arrivée musulmane mais sont persécutés durant les dernières décennies par les rois wisigoths (conversions forcées, interdictions des synagogues)[C 6].
  • Des musulmans, essentiellement des commerçants nouvellement installés dans le pays.

Parmi les chrétiens on pouvait distinguer ceux qui avaient conservé leur culture antérieure et les Mozarabes qui avaient adopté, après la conquête musulmane, les coutumes et la langue arabes, tout en maintenant leur religion.

Au sein des musulmans il y avait :

  • Les Kaïssites, Arabes du Nord de la péninsule arabique
  • Les Yéménites, traditionnellement opposés aux Kaïssites.
  • Les Berbères, convertis moins d'un siècle plus tôt en Afrique du Nord : malgré leur investissement dans la conquête de la péninsule Ibérique, ils font l'objet de discriminations de la part des Arabes.

Ethnies principales du VIIIe au XIVe siècle[modifier | modifier le code]

Târiq ibn Ziyad, esclave berbère affranchi qui à la tête d'une armée conquiert une grande partie de la péninsule Ibérique.

En dehors des personnes en position de pouvoir, il est difficile de comprendre des dynamiques sociales à l’œuvre ou de leurs interactions à cause de la très faible documentation qui nous est parvenue. La documentation disponible après la reconquête étant plus importante et la structuration initiale de la vie publique ayant peu évolué, elle peut donner des indices sur les interactions de ces groupes.

Le VIIIe siècle a été très marqué par l'instabilité globale d'Al-Andalus, sur ses frontières extérieures comme sur le plan politique. Le IXe siècle a été marqué par une forte islamisation de la société, une vague de martyrs chrétiens, d'importantes tentatives de sécessions de territoires par des mozarabes. Au Xe siècle la société est essentiellement musulmane. Elle semble pacifiée lors de l'instauration du Califat. Il existe alors un grand nombre de communautés en Al-Andalus, qui structurent la vie publique. D'une façon générale, ces communautés vivent avec leurs propres lois et ne se mélangent pas.


Les Arabes[modifier | modifier le code]

Les Arabes établis dans le Sud et le Sud-est, sont solidaires entre eux et ont un fort sentiment ethnique. Ces caractéristiques compliqueront le travail des premiers émirs pour pacifier le pays[C 7]. À leur arrivée dans la péninsule, leur nombre ne dépasse certainement pas les 10 000, familles comprises, ce qui les place en nombre inférieur par rapport aux Berbères. Par la suite, arrivant d'Égypte, du Hedjaz et de tout le monde arabe en général, ils se regroupent au sein des villes en fonction de leur origine, les Arabes de Homs s'installent autour de Séville, ceux de Damas à Grenade (Espagne), ceux de Palestine à Malaga.

Bien qu'en majorité citadins et axés sur le commerce ou occupant de hauts postes dans l'administration, les Arabes sont aussi de grands propriétaires terriens. Piètres agriculteurs ils préfèrent reléguer ces tâches aux Latins qui contre toute attente trouvent une source de libération face à l'incompétence arabe à exploiter les terrains. Au fil des siècles et des mélanges avec les Wisigoths, la population arabe s'accroît mais son pouvoir diminue au profit d'une civilisation arabo-hispanique qui perdurera jusqu'à la chute de Grenade[C 8]. D'autre part, selon l'historien Pierre Guichard, tous les princes Omeyyades qui se succèdent au pouvoir à Cordoue sont des fils d'esclaves concubines dont la majorité était d'origine indigène, des « Galiciennes », provenant des zones restées chrétiennes de l'Espagne du Nord et du Nord-Ouest. Ainsi, selon l'auteur, « à chaque génération, la proportion de sang arabe coulant dans les veines du souverain régnant diminuait de moitié, si bien que le dernier de la lignée, Hicham II (976-1013) qui, au vu de la seule généalogie en ligne masculine est de pure souche arabe, n'a en réalité que 0,09 % de sang arabe »[56].

Parmi les Arabes, il faut distinguer les populations d'Afrique du nord très récemment islamisées et arabisées après 80 ans de lutte et qui considèrent les conquérants comme des envahisseurs. Ces tensions s’apaisent durant le Xe siècle et deviennent anecdotiques après la guerre civile, lorsque les Berbères prennent le pouvoir.

Les Berbères[modifier | modifier le code]

Souvent originaires des montagnes de l'Atlas, les Berbères habitent les montagnes du centre et du Nord du pays qui ressemblent le plus à l'Afrique où ils mènent une existence de cultivateurs et de pasteurs. Plus nombreux que les Arabes et tout aussi solidaires entre eux ils poseront tout autant de problèmes aux différents émirs[C 7]. Très sollicités par les forces armées, en Afrique du Nord comme au nord d'Al-Andalus, les émirs et califes se méfient des Berbères qui sont en mesure de contester leur pouvoir. Durant son règne, Almanzor (vizir) s'appuie largement sur eux dans l'optique de supplanter le (calife) Omeyyade. Les Berbères prennent effectivement le pouvoir dans plusieurs taïfas à l'issue de la guerre civile qui s'ensuit (1031).

Les chrétiens et mozarabes[modifier | modifier le code]

Les chrétiens sont d'origine ibérique, celte, romaine ou wisigothique suivent le rite de saint Isidore et sont rapidement arabisés au début du IXe siècle, même si certains tentent de maintenir leurs racines latines. Le nom de Mozarabe est celui donné par les chrétiens de langue latine aux chrétiens de langue arabe.

Ils suivent le rite d'Isidore de Séville jusqu'au XIe siècle, le rite latin par la suite. Représenté par un comes ou comte mozarabe lui-même, ils conservent leurs sièges épiscopaux, couvents et églises. Certains parmi eux atteignent de hauts rangs dans la société, ce qui leur permet d'acquérir toutes les sciences et cultures de l'Orient et qu'ils retransmettaient à leurs coreligionnaires chrétiens du Nord de la péninsule au fur et à mesure de la reconquête. Durant la reconquête le rite de saint Isidore est remplacé sans ménagement par le rite Romain sous l'influence de Cluny.

À la fin du XIe siècle et la prise de Tolède par les chrétiens la présence de chrétiens de langue et de rite latins augmente à nouveau de par le repeuplement lors de la Reconquête dès le XIe siècle. Les nouveaux venus suivent alors le rite latin et relèvent de l'Église de Rome, à l'époque encore membre de la Pentarchie ; sur les côtes sud appartenant à l'Empire romain d'Orient, quelques églises suivent le rite grec et relèvent de l'Église de Constantinople[C 6].

Dans Al-Andalus, la conquête Almohavide provoque des émigrations vers le nord chrétien dont ne reste plus de communauté structurée à partir du XIIe siècle et ce contrairement à de nombreux autres territoires ayant appartenu à l'Empire musulman.

Muladi[modifier | modifier le code]

Les convertis à l'islam ou muwallads sont le groupe le plus important du pays, essentiellement des chrétiens convertis ou nés de parents de couples mixtes. Ils peuvent être d'origine ibérique, celte, romaine ou wisigothique. Si les premières conversions ont lieu rapidement après l'arrivée des Arabes, elles restent peu nombreuses au VIIIe siècle et ce n'est qu'à la moitié du IXe siècle qu'a lieu une forte islamisation de la société sous le règne de Abd al-Rahman II, suscitant d'importantes tensions : vagues de martyrs et tentatives de sécessions (Omar Ben Hafsun). Au Xe siècle avec l'instauration du Califat l'essentiel de la population d'origine wisigothe est désormais musulmane.

Tolède est une des villes les plus peuplées en muwallads et donnera de nombreux religieux musulmans de haut rang. De leurs origines romaines il ne reste pour beaucoup que des anthroponymes comme les Banu Angelino ou les Banu Martin par exemple. Mis à l'écart les deux premiers siècles, ils exigent rapidement les mêmes droits que les Arabes et les Berbères, et ils les obtiennent grâce aux révoltes d'Ibn Marwân entre autres, mais aussi grâce aux politiques intégrationnistes mises en place par les émirs Al-Hakam Ier et d'Abd al-Rahman II au VIIIe siècle et IXe siècle. C'est à cette époque qu'un mouvement de conversion massif à l'islam s'opère au sein des Wisigoths ce qui modifie le rapport des religions puisque les musulmans finissent par représenter près de 80 % de la population[57]. C'est la communauté la plus fidèle et fiable aux yeux des émirs et des califes[C 9].

Les Esclavons[modifier | modifier le code]

Les esclavons, appelés saqalibas en arabe, constituent un groupe important dans la société andalouse. Comme durant l'époque Romaine et à Byzance, si l'Afrique subsaharienne reste une source pour les esclaves, ceux-ci sont capturés et achetés essentiellement en Europe, les Esclavons sont essentiellement des Slaves et des Germains provenant d'Europe centrale et orientale et convertis à l'islam pour échapper à leur condition servile initiale. Sous Abd al-Rahman II, ils sont ramenés en grand nombre en Andalousie. Certains d'entre eux reçoivent une éducation poussée qui leur permet d'obtenir de hauts postes dans l'administration. Devenant pour certains Grand Fauconnier, Grand Orfèvre ou encore Commandant de la Garde, ils finissent par former un groupe à part, se favorisant mutuellement les uns les autres. Ils jouent un rôle important dans l'éclatement du pays au XIe siècle lors de leurs luttes contre les Berbères. À l'époque des taifas, plusieurs Esclavons parviennent à arracher un royaume comme à Valence, Almeria ou Tortosa et à en faire une puissante entité politique[C 10].

Localisation des œuvres mozarabes à travers la péninsule.


Les Juifs[modifier | modifier le code]

Les juifs sont également de langue arabe. Ils habitent essentiellement dans les villes, travaillaient principalement dans les métiers de la finance, du commerce ou comme ambassadeurs[C 11]. À partir de la conquête Almohavide, et plus encore après la conquête Almohade, leur situation se dégrade. Un grand nombre rejoint les territoires dominés par les Chrétiens[58] et l'Afrique du Nord, avec notamment le cas célèbre de Moïse Maïmonide rejoignant l’Égypte de Saladin.

Aux XIVe et XVe siècles, ils fuient de nouveau les persécutions et l'Inquisition du nord chrétien. Ils rejoignent en particulier Grenade où ils sont plus de 50 000 juifs à Grenade lors de la prise de la ville par la Castille.

Religions[modifier | modifier le code]

Illustration représentant des soldats juifs combattant dans les forces de Muhammed IX, sultan de Grenade, 1431.
Un Juif et un musulman qui jouent au jeu d'échecs au XIIIe siècle en Andalousie.

Islam[modifier | modifier le code]

L'islamisation de la société après la conquête arabe est rapide. Selon certains auteurs, au Xe siècle, la moitié de la population serait déjà islamisée, 80 % au XIe siècle et 90 % au XIIe siècle[59]. Cyrille Aillet, dans son étude sur la déchristianisation d'Al-Andalus à partir de la vague de martyrs du IXe siècle, perd toute trace de présence chrétienne à Tolède jusqu'en 1067[Note 3] et fait l'hypothèse que les chrétiens du XIe siècle sont de nouveaux venus ou revenus[60] « [À Tolède], on perd toute trace de population chrétienne entre 893 et 1067 : les chrétiens du XIe siècle étaient-ils le prolongement de ceux du ixe siècle, ou bien s’agit-il de nouveaux venus ?[61] ». Dans l'Espagne médiévale - en territoire chrétien comme musulman - l'intégration, l'assimilation, les liens religieux et ethniques ont un caractère dynamique que Cyrille Aillet étudie région par région dans une « Géographie évolutive du christianisme d'Al-Andalus ». L'ensemble des études contemporaines s'accordent sur la réalité très mouvante des liens religieux dans l'Espagne médiévale, qui sont tant le fait d’absorptions exclusives que de mouvements de populations.

L'islam sunnite a été la religion officielle de l'Espagne musulmane de la conquête en 711 jusqu'à la chute du royaume de Grenade en 1492. Le courant théologique officiel était l'acharisme. La jurisprudence y était exercée dans un premier temps selon l'école juridique awzâ'ite pour ensuite être appliquée selon l'école malékite. La jurisprudence zâhirite fut parfois appliquée mais son influence fut minime et ponctuelle[62]. Les autres « religions du Livre » furent acceptées avec, toutefois, des périodes de répression. Au XIe siècle, l'islam était devenu la religion majoritaire et les musulmans constituaient plus de 80 % des habitants d'Al-Andalus[63].

Non-musulmans[modifier | modifier le code]

Les non-musulmans, formant la majorité des populations autochtones lors de la conquête, avaient le statut de dhimmi et payaient la jizya, qui s'élevait à un dinar par an. D'après André Clot, les dhimmis, juifs et chrétiens, payent au IXe siècle 3,3 fois plus d'impôt que les musulmans[64]. Selon Youssef al-Qaradâwî, la jizyah n’a pas de montant fixe, il s’agit d’une petite somme d’argent que les riches doivent payer, chacun selon sa fortune. Quant aux pauvres, ils en sont complètement exemptés. Elle était payée en contrepartie de la protection militaire offerte par la nation musulmane aux dhimmis. Si la nation ne peut pas assumer cette protection, elle n’a pas droit à cette jizyah[65]. Le refus de payer cet impôt avait comme résultante la mort.

Les conditions de vie des non-musulmans et le concept de convivencia font l'objet de nombreux débats. María Rosa Menocal, spécialiste de la littérature Ibérique, considère que la tolérance faisait partie intégrante de la société andalouse. Selon elle, les dhimmis, formant la majorité de la population conquise, bien qu'ayant moins de droits que les musulmans, avaient une meilleure condition que les minorités présentes en pays chrétiens. Emmanuelle Teixer Dumesnil explique que la notion même de tolérance est anachronique dans l'ensemble des sociétés médiévales et que les relations sont fondées sur d'autres rapports que la tolérance ou l'intégration qui sont des concepts issus des Lumières[66]. L'historien Serafín Fanjul souligne que la convivencia sous-jacente aux débats a souvent été exagérée par les historiens[67]. Pour Rafael Sánchez Saus également, le vision irénique de Menocal ne correspond pas à la réalité : « dans al-Andalus, il n'y a jamais eu de volonté d'intégrer la population conquise dans un système ethniquement et religieusement pluriel. Ce qui a été instauré c'est le moyen de perpétuer la domination d'une petite minorité de guerriers musulmans orientaux et nord-africains sur la population autochtone »[58].

L'idée la plus communément admise au XXIe siècle est que le sort des populations conquises non-musulmanes dépendait des dynasties qui régnaient et que ce sort était d'autant meilleur que les souverains étaient plus assurés de leur pouvoir. La période troublée de l'Émirat voit des vagues de martyrs chrétiens, mais dès le califat et pendant la première période des Taïfas, la situation était correcte par rapport au reste du monde. Bien qu'Al-Andalus soit l'une des sociétés islamiques médiévales les mieux connues, à la fois par les écrits, à la fois par l'archéologie[68], jusqu'au XIe siècle, nous ignorons presque tout de la population juive, son organisation, sa dynamique sociale. Si à cette époque la ville Cordoue ne semble pas avoir de quartiers confessionnels, nous n'avons d'informations que sur une poignée de personnes, principalement sur Hasday ibn Ishaq ibn Shaprut[69]. Les informations concernant les chrétiens ne sont guère plus étendues. Elles indiquent que Recemundo, Évêque d'Elvira était au service du Calife comme ambassadeur et intermédiaire avec Juan de Gorze, et, pour le reste des habitants, elles permettent seulement de déduire que cette période a été plus calme que la précédente qui fut marquée par des vagues de martyrs[40].

Les périodes plus récentes sont un peu mieux connues. La situation des religions minoritaires s'est dégradée avec la prise de Tolède (1085), puis au XIIe siècle avec l'arrivée des Almohades pour se détendre à partir de la seconde partie du XIIe siècle. Serafín Fanjul définit la société du royaume de Grenade (1238-1492) comme « une société monoculturelle, avec une seule langue, une seule religion. Une société terriblement intolérante, par instinct de survie, puisqu'elle était acculée à la mer[70] ». Par ailleurs, Quant aux relations avec les juifs et les chrétiens, trop peu de documents nous sont parvenus pour en tirer des généralités[69].

Comme dans toutes les sociétés médiévales, les droits des communautés d'autres religions sont manifestement inférieurs : le musulman se déplace sur un cheval, le chrétien sur un âne[59], les amendes infligées pour les mêmes infractions sont inférieures de moitié pour les musulmans[59], les mariages mixtes entre les hommes chrétiens ou juifs et les femmes musulmanes sont quasiment impossibles[59], le témoignage d'un chrétien contre un musulman n'est pas recevable devant un tribunal[59]. Le chrétien ne peut avoir de serviteur musulman[59]. Emmanuelle Teixer Dumesnil souligne cependant que « quand on répète inlassablement que les dhimmî ne doivent pas monter à cheval, doivent porter des signes distinctifs et ne peuvent se mélanger aux musulmans, c’est précisément parce qu’il se passe le contraire au sein de sociétés auxquelles ils sont pleinement intégrés[55] ». Le pouvoir recherche une cohabitation dans l'évitement pour « sauvegarder » la foi de chacun et éviter les synchrétismes, mais ses succès sont limités, notamment dans la ville de Cordoue. En effet, si les groupes confessionnels ne sont pas intimes, les quartiers populaire de la Qaturba ne sont pas confessionnels et l'espace public est partagé. Les mariages entre chrétiens et musulmans restent nombreux parmi les domestiques et esclaves[45] et la réalité vécu par les différents groupes sociaux est très différente[45] .

La situation des chrétiens dans les premiers temps était différente selon les villes et les traités que les autorités locales avaient établies à l'arrivée musulmane. Dans la région de Mérida ils peuvent garder leurs propriétés à l'exception des ornements des églises. Dans les provinces d'Alicante et de Lorca ils versent un tribut. Dans d'autres cas il arrivait aussi que la situation ne leur soit pas aussi favorable comme pour certains grands propriétaires chrétiens qui voient leurs terres en partie spoliées[C 7]. La situation chaotique du pays empêcha une application trop rigoureuse de la « dhimma » ce qui permit de conserver les traits religieux et culturels distincts des chrétiens[58]. Néanmoins, à partir de 830, avec l'arabisation et l'islamisation du pays, le changement est patent. La chrétienté connaît par la suite un rapide déclin démographique et culturel[58]. Ce n'est qu'à l'époque du califat qu'une plus grande tolérance se fait jour car les chrétiens ne constituent plus une menace pour le pouvoir[58]. Dans la deuxième moitié du XIIe siècle, il n'existe plus de communautés chrétiennes organisées dans al-Andalus[58].

La situation des juifs est globalement meilleure que celle des chrétiens. Ils sont, au début, d'actifs collaborateurs du pouvoir musulman[58]. Leur arabisation est totale. Néanmoins, leur situation se détériore à partir du XIe siècle, les Almoravides et surtout les Almohades mettant un terme à la relative tolérance dont ils bénéficiaient. Les juifs choisiront alors soit la conversion à l'islam ou la fuite vers les royaumes chrétiens du nord[58].

Les Juifs constituaient plus de 5 % de la population andalouse et le pays était le centre de la culture juive du Moyen Âge, produisant une quantité importante de penseurs. Les Juifs auraient constitué un temps la communauté la plus stable et la plus riche du pays, bien que des historiens, comme Bernard Lewis, soient en désaccord avec ce second point, notamment quand il rapporte le massacre en 1066 de 3000 Juifs lors d'émeutes, d'une durée de 3 jours, provoquées par la population musulmane qui n'accepte pas l'enrichissement d'un vizir juif jugé trop puissant et fastueux[71].

Reconquista[modifier | modifier le code]

Avant 1085, date de la prise de Tolède par les chrétiens, la péninsule Ibérique était aux quatre cinquièmes sous domination musulmane, le nord relevant de quatre royaumes chrétiens et depuis 806 d'une marche franque créée par Charlemagne avec Barcelone comme capitale[72]. Après cette bataille de Tolède de 1085, la Reconquista, reconquête chrétienne, progresse fortement. Al-Andalus se réduit à un peu plus de la moitié du territoire espagnol. Lorsque les Chrétiens commencèrent à s'unir pour repousser les musulmans installés depuis les années 720, la région était dirigée par un calife, le calife de Cordoue. Après Tolède, la Reconquista s'accélère au XIIIe siècle avec l'importante défaite musulmane lors de la bataille de Las Navas de Tolosa en 1212, grande victoire catholique historique, suivie de la conquête de Cordoue en 1236 et de Séville en 1248. Des milliers de musulmans quittent l'Espagne ou se réfugient dans le petit royaume de Grenade[72].

En 1237, en pleine déroute, un chef musulman nasride prend possession de Grenade et fondé le royaume de Grenade, reconnu vassal par la Castille en 1246 et qui devait ainsi lui payer un tribut. De temps en temps, éclataient des conflits dus au refus de payer et qui se terminaient par un nouvel équilibre entre l'émirat maure et le royaume chrétien. En 1483, Mohammed XII devient émir, dépossédant son père, événement qui déclencha les guerres de Grenade. Un nouvel accord avec la Castille provoqua une rébellion dans la famille de l'émir et la région de Malaga se sépara de l'émirat. Málaga fut prise par la Castille et ses 15 000 habitants furent faits prisonniers, ce qui effraya Mohammed. Ce dernier, pressé par la population affamée et devant la suprématie des rois catholiques, qui avaient de l'artillerie, capitule le , mettant ainsi fin à onze ans d'hostilités et à sept siècles de présence du pouvoir islamique dans cette extrémité de l'Espagne. En revanche, la présence de populations musulmanes dans l'Espagne redevenue chrétienne ne prit fin qu'en 1609, lorsqu'elles furent totalement expulsées d'Espagne par Philippe III inquiet du désir de revanche des Morisques, des troubles qu'ils occasionnent, de raids barbaresques sur les côtes espagnoles et de l'aide attendue des Ottomans[72].

État[modifier | modifier le code]

Économie et commerce[modifier | modifier le code]

Aynadamar, canal construit au XIe siècle et classé monument national permet encore aujourd'hui l'irrigation d'un quartier de Grenade

Les vastes étendues de terres, notamment au Xe siècle lorsque le califat était à son apogée permettait à Al-Andalus d'avoir une agriculture variée. La culture des céréales était principalement située sur les terres sèches au Sud de Jaén ou de Cordoue. Les régions à l'ouest de Séville quant à elles étaient de grandes productrices d'huile d'olive et de raisin. Le bananier, le riz, les palmiers ou encore la canne à sucre étaient cultivés dans le sud et le sud-est. Les fruits et légumes comme l'asperge, l'amandier, le cerisier ou l'oranger par exemple, ont été introduits très tard dans le pays. Le coton était essentiellement produit dans la région de Valence ou de Murcie enfin le ver à soie et le lin l'étaient dans la région de Grenade. Les vastes étendues boisées autour de Cadix, Cordoue, Malaga ou Ronda permettaient au pays de lancer de grands projets coûteux en bois, comme les chantiers navals. En cas de mauvaises récoltes comme au début du Xe siècle, les céréales étaient importées d'Afrique du Nord des ports d'Oran ou de Tunisie[C 12].

Industrie textile[modifier | modifier le code]

Arrivée de Chine par la Perse, la soie est cultivée essentiellement dans la région du haut Guadalquivir aux pieds des sommets de la sierra Nevada et de la sierra Morena[C 13] enrichissant les villes proches comme Baza où même Cadix. Mais c'est à Almería et ses environs que se spécialisent les artisans qui y fabriquent les étoffes, rideaux ou costumes avant qu'au IXe siècle Séville et Cordoue ne possèdent leurs propres ateliers de tissage[C 14]. Le commerce de la soie était une grande source de richesse pour le pays qui la vendait dans tout le bassin méditerranéen, au Yémen, en Inde mais aussi en Europe du Nord jusqu'en Angleterre. Roger de Hoveden voyageur anglais au XIIIe siècle ou encore la Chanson de Roland parlent de la soie d'Almeria et des tapis de soie. Cependant c'est aussi à partir du XIIe siècle que cette industrie voit sa production chuter. Les Européens et en particulier les Italiens s'ouvrent à ce commerce et leurs marchands s'aventurent de plus en plus sur la route de la soie, de plus la vogue de la laine d'Angleterre ou de Flandres supplante la soie. Malgré tout, la soie andalouse sera exportée jusqu'à la chute de Grenade au XVe siècle[C 15].

La laine quant à elle, exploitée depuis l'Antiquité est essentiellement produite autour du fleuve Guadiana et dans toute l'Estrémadure. Sous la domination musulmane elle est intensément produite et exportée, notamment avec les élevages de moutons de race dite Mérinos dont le nom vient des Mérinides, une dynastie berbère d'Afrique du Nord. C'est du Maghreb que les musulmans de la péninsule apprendront les techniques d'élevage, d'organisation des transhumances entre les différentes saisons, les règles juridiques concernant les droits d'exploitation des sols. Alphonse X de Castille lui-même reprendra ces techniques et juridictions pour les imposer sur ses terres. Bocairent près de Valence est alors un des grands centres de fabrication de tissus dans la péninsule. Les marchands andalous exportent jusqu'en Égypte à la cour des califes fâtimides ou en Perse[C 16].

Métaux, bois et papier[modifier | modifier le code]

Astrolabe andalou en bronze du XIe siècle

Comme dans tout le monde musulman en général les terres andalouses sont pauvres en fer et on est obligé de l'importer d'Inde. Les lames de Tolède sont aussi connues que celles de Damas et se vendent à prix d'or dans tout le bassin méditerranéen ou en Europe. Le métal le plus exploité dans le pays est le cuivre, extrait essentiellement dans la région de Séville qui l'exporte sous forme de lingots ou d'objets manufacturés, décoratifs ou usuels[C 16].

Tout aussi rare que le fer, le bois, matière indispensable pour l'industrie ou la construction navale, manquait cruellement à travers le monde musulman qui était obligé de lancer des expéditions jusqu'en Dalmatie pour trouver des bois de qualité. L'avantage certain que possédait Al-Andalus grâce à ses grandes étendues boisées (surtout autour de Dénia ou Tortosa) lui permettait d'exporter en grande quantité, mais au fur et à mesure que la Reconquista progressait, les forêts se raréfiaient[C 17].

Introduit en Orient quelques années après la bataille de Talas en 751, le papier est une matière essentielle dans l'économie andalouse. Fabriqué dans la région de Xàtiva près de Valence_(Espagne), il acquiert une grande renommée grâce à sa qualité de fabrication mêlant le chiffon et le lin. Très demandé dans tout l'Orient et en Europe il est nommément cité dans la Guenizah du Caire[C 18].

Esclaves[modifier | modifier le code]

Le trafic d'esclaves est attesté dès la fin du IXe siècle[73]. La grande majorité des esclaves venaient du pays nommé bilad as-Sakalibas c'est-à-dire pays des esclaves et qui englobait toute l'Europe orientale et centrale. Les autres provenaient des steppes d'Asie (bilad Al-Attrak) ou de l'actuel Soudan (bilad as-Sudan). Les esclaves provenant d'Europe étaient essentiellement des Slaves capturés autour de la région de L'Elbe, la Dalmatie ou encore les Balkans. Les Scandinaves sont les principaux vendeurs d'esclaves, ils les acheminent jusqu'aux abords du Rhin où des marchands, essentiellement juifs, achètent les esclaves puis les revendent dans toute l'Europe comme à Verdun qui est le principal centre de castration des esclaves, mais aussi à Prague ou encore en Orient ou en Andalousie. Toutefois avec l'arrivée des Almoravides, le commerce d'esclaves européens diminuera au profit de ceux d'Afrique[C 19].

Grands axes commerciaux[modifier | modifier le code]

Bien avant l'arrivée des Arabes, la péninsule Ibérique possède de solides infrastructures routières mises en place par les Romains mais laissées à l'abandon avec l'arrivée des Wisigoths. Durant la domination arabe, les principaux axes routiers internes partaient tous de Cordoue, la capitale et rejoignaient les grandes villes du pays comme Séville, Tolède, Almería, Valence, Saragosse ou encore Malaga.

En ce qui concerne le commerce extérieur, le principal axe était celui qui joignait l'Andalousie à l'actuel Languedoc-Roussillon (qui fut durant un demi-siècle une province arabe) avec des villes comme Arles ou Narbonne d'où partaient les marchandises vers toute l'Europe ou l'Orient. Les marchands andalous y achètent essentiellement des armes ou des draps des Flandres et y vendent des soieries et des épices.

Les Baléares et principalement Majorque, entre 903 et 1229, verrouillent le commerce en Méditerranée, ainsi qu'entre la péninsule et Alger. Les îles offrent également une base pour les expéditions pirates.

Les ports andalous étaient essentiellement tournés vers le commerce avec l'Afrique du Nord, la Syrie ou le Yémen. C'est par voie maritime qu'étaient transportés les produits pondéreux comme le bois, la laine, le blé mais aussi les pèlerins en direction de La Mecque[C 20].

Institutions[modifier | modifier le code]

Gouvernement et bureaucratie[modifier | modifier le code]

Souverain dans l'État[modifier | modifier le code]

Le souverain domine le peuple et possède tous les pouvoirs, n'obéissant qu'à sa seule conscience et aux règles islamiques. Il est le personnage central du pays et plus encore depuis qu'Abd Al-Rahman III s'est fait couronner calife, commandeur des croyants. Le souverain a l'autorité absolue sur les fonctionnaires et l'armée. Il nomme qui il souhaite aux hauts postes de l'État. Le souverain apparaît rarement en public[C 21], surtout après la construction du palais de Madinat Al-Zahra par Abd Al-Rahman III où les réceptions sont régies par un protocole strict et complexe, ce qui ne manque pas d'éblouir les ambassadeurs occidentaux marqués par la crainte respectueuse qu'inspirait le calife à ses sujets. Le souverain garde auprès de lui dans son palais sa famille.

La plus grande cérémonie dans la vie d'un souverain est la baya, hommage qui marque l'avènement d'un nouveau dirigeant. Sont présents sa famille proche et éloignée, les hauts dignitaires de la cour, juges, militaires, etc. Toutes ces personnes jurent fidélité au nouveau souverain selon un ordre hiérarchique importé du califat Abbasside par Zyriab. Ensuite viennent les fêtes de la rupture du jeûne du mois de Ramadan puis la fête du Sacrifice qui sont célébrées avec faste[C 21].

Marches et Kûwar[modifier | modifier le code]

Il est très difficile de réaliser une carte précise des différentes régions d'Al-Andalus tellement ses frontières étaient mobiles et les changements de dirigeants fréquents. Il est parfois même plus sûr de se fier aux sources chrétiennes qu'aux sources arabes de l'époque. Toutefois dans les grandes lignes et selon de nombreux auteurs arabes le pays était divisé en marches (tughur ou taghr au singulier) et en districts (kûra au singulier, kuwar au pluriel[C 22],[74]).

Pièce en or datant du règne Almoravide, Séville, Espagne, 1116. British Museum.

Situés entre les royaumes chrétiens et l'émirat, les marches font office de frontière et de zone tampon. Inspirées des tughur que les Abbassides avaient placés sur leur frontière avec Byzance, ces marches étaient défendues par des forteresses plus ou moins grandes en fonction de l'intérêt stratégique des lieux. Gouvernées par des militaires aux pouvoirs étendus, les populations y vivant bien qu'étant en état de guerre y menaient une existence dans une paix relative dû aux forces que le gouvernement central y plaçait[C 22].

Dans le reste du pays, des garnisons formées de soldats arabes mais aussi des mercenaires garantissent la sécurité du territoire. L'administration quant à elle n'est pas aux mains d'un militaire mais d'un wali qui est nommé et surveillé par le pouvoir central. Le wali gouverne une circonscription provinciale. Chaque kûra possède donc un chef-lieu, un gouverneur et une garnison. Le gouverneur habite dans un bâtiment fortifié (kâsba) du chef-lieu. Le nombre de kûras est assez fluctuant ; al-Muqaddasî nous rapporte une liste de 18 noms. Yâqût en dénombre au total 41 et Al-Râzî, quant à lui donne le chiffre de 37. Apparu dès les débuts de la présence arabe dans la péninsule, ce mode de division administrative, lui-même hérité du modèle des Abaassides de Bagdad ou des Omeyyades de Damas, subsistera jusqu'à la fin de la présence musulmane en Espagne[C 23].

Administration et finances[modifier | modifier le code]

Le souverain est entouré de conseillers, les vizirs, le premier vizir qui est aussi à la tête de l'administration est le hadjib. Ce dernier est la seconde personne en importance après le souverain et il peut entrer à tout moment en contact avec celui-ci et doit l'en tenir informé du bon fonctionnement des affaires du pays. Le hadjib est aussi après le souverain, la personne la mieux payée et il est objet de tous les honneurs mais en contrepartie il est responsable d'une administration lourde et complexe. Il vit dans l'Alcazar puis à Madinat al-Zahra après la construction de celle-ci[C 24].

Ensuite viennent les « bureaux » ou diwans, qui sont au nombre de trois et dont chacun est dirigé par un vizir. Le premier diwan est la Chancellerie ou le katib al-diwan ou diwan al-rasail. Il a la responsabilité des diplômes et brevets, des nominations et des correspondances officielles. Ce diwan a aussi la responsabilité de la Poste ou barid, système de communication hérité des Abbassides. Enfin le premier diwan gère les Services de Renseignement[C 25].

Sous l'autorité de mozarabes ou de Juifs, la gestion des finances ou le khizanat al-mal est organisé de manière complexe. On y comptabilise les revenus de l'État ainsi que les revenus du souverain. En Al-Andalus, les impôts sont la première entrée d'argent, à cela s'ajoutent les tributs des vassaux et les recettes extraordinaires. Au cours des siècles ces entrées varient considérablement, de 250 000 dinars aux débuts de la présence arabe ce montant va s'élever à un million sous Abd al-Rahman II puis jusqu'à cinq millions sous Abd Al-Rahman III et ses successeurs. Parmi les impôts, on retrouve la zakât pour les musulmans, la djizîa pour les non-musulmans mais aussi d'autres impôts que le gouverneur lève en cas de besoins. La cour royale représente un poste de dépense important. Sous Abd Al-Rahman III, l'entretien de son palais de Madinat Al-Zahra mais aussi le harem et ses 6 000 femmes, personnel domestique, famille du souverain engloutit des sommes considérables[C 26].

Justice[modifier | modifier le code]

Le calife, lieutenant de Dieu sur Terre, est aussi juge de tous les Croyants. Il peut exercer cette fonction s'il le souhaite mais en général la délègue à des subordonnés investis du pouvoir de juridiction appelé cadi. Le cadi de Cordoue est le seul à être directement nommé par le calife, les autres étant en général nommés par les vizirs ou des gouverneurs de province.

Lors d'un jugement, le cadi est seul et il est assisté d'un conseil remplissant un rôle uniquement consultatif. Le cadi est choisi en fonction de ses compétences en matière de droit islamique, mais aussi pour ses qualités morales. Ses jugements sont sans appel bien qu'il soit possible dans certains cas de demander à être jugé de nouveau par le même cadi ou un autre cadi ou par un conseil réuni à cet effet. Les sentences les plus graves sont exécutées par les autorités civiles ou militaires. Outre les jugements, le cadi gère les biens de mainmorte, entretient les mosquées, les orphelinats et tout bâtiment destiné aux plus défavorisés. Enfin il lui est permis de présider la prière du vendredi, ou des autres fêtes religieuses.

La justice est gratuite, aussi, le cadi qui se doit d'être d'un caractère pieux et doit rendre justice équitablement est mal payé mais reste un personnage considérable au sein de l'État. Il n'y a aucun bâtiment conçu pour les audiences de justice, les jugements se faisant dans une pièce attenante à la mosquée. Le cadi peut juger entre deux Musulmans ou entre un Musulman et un Chrétien. En cas de litige entre Chrétiens, c'est un magistrat spécial qui est affecté et qui juge selon l'ancien droit wisigoth, entre Juifs, c'est un juge juif[C 27].

Loi[modifier | modifier le code]

Au temps d'Al-Andalus, la loi était issue de la charia. Un fonctionnaire est spécialement affecté pour maintenir l'ordre public, c'est le sahib al-suk qui aujourd'hui a pour équivalent l'officier de police. Il s'assure que la population accomplit les devoirs religieux, du bon comportement de la population dans la rue, de l'application des règles discriminatoires envers les dhimmis. Toutefois sa fonction principale est de traquer les contrefaçons et les tromperies dans les marchés en vérifiant les poids et mesures, s'assurant de la qualité des produits vendus, etc. Les règles auxquelles il doit se conformer sont consignées dans des traités qui indiquent les mesures à prendre pour chaque cas qui se présente. Lorsque le sahib al-suk attrape une personne il la remet au cadi pour le jugement. Dans les villes de province, c'est au gouverneur que revient la tâche d'arrêter mais aussi d'exécuter les peines des malfaiteurs[C 28].

Diplomatie[modifier | modifier le code]

Les difficultés de communication et la lenteur des moyens de transport ne permettaient pas d'avoir une réelle diplomatie hormis avec les voisins proches d'Andalous. Au Xe siècle, l'émirat est encore un jeune État à peine débarrassé des révoltes et des troubles qui l'agitaient à peine un siècle plus tôt. Étant à la frontière de deux grands espaces (latin et oriental), le pays entretenait des relations très riches mais aussi tumultueuses avec eux.

Avec les califes abbassides[modifier | modifier le code]

Chrétien et musulman jouant au jeu d'échecs. Introduit à la cour andalouse par Zyriab, il est joué depuis plusieurs siècles en Perse

Les rapports exécrables qu'avaient connus les Omeyyades avec les Abbassides de Bagdad à la suite de l'assassinat de toute la famille régnante hormis Abd Al-Rahman Ier se sont estompés avec le temps. Les Omeyyades qui s'étaient établis depuis près de deux siècles avaient perdu leurs traditions orientales, de Damas leur ancienne capitale, il ne reste plus rien du prestige passé hormis quelques bâtiments en ruines, à présent tout le monde arabe se tournait vers Bagdad, Andalous y compris[C 29]. Le rayonnement de la cité irakienne inspire Andalous et Zyriab est un des éléments les plus remarquables de la pénétration de la culture abbasside en Andalousie. D'origine Kurde, il quitte Bagdad et demande à Al-Hakam la permission de s'établir auprès de sa cour mais au moment de son débarquement sur la péninsule, Al-Hakam meurt et c'est Abd Al-Rahman II qui à l'occasion de le recevoir. Ils deviennent rapidement de proches amis, l'émir appréciant la grande culture de Zyriab. Ce dernier fonde à Cordoue une école, un conservatoire et introduit le chant médinois qui inspirera par la suite le cante jondo. Son arrivée bouleverse totalement la cour andalouse qui découvre un nouveau mode de vie, l'habillement, les règles de la table importées de Bagdad, les jeux (il importe le jeu d'échecs connu en Perse depuis le IVe siècle) et jusqu'à la façon de s'exprimer ou de se comporter en société, Zyriab apporte un vent nouveau en Andalousie. L'influence de cet homme ne doit pas faire oublier que son succès est principalement dû au terrain favorable qu'offrait alors le pays pour l'essor de la culture et des sciences. La personnalité de l'émir Abd Al-Rahman II lui-même passionné de poésie et qui s'est entouré d'autres personnes toutes aussi brillantes que Zyriab comme Al-Ghazal ou Ibn Firmas[C 30] y contribuent. Le pays connaît une période de prospérité économique et agraire grâce à ces échanges avec l'Orient. Les hommes comme Zyriab permettent à Abd Al-Rahman de donner à l'Andalousie un nouveau chemin axé sur Bagdad, se détachant définitivement de la culture romaine, wisigothe ou syrienne d'où sont issus les premiers émirs.

L'influence irakienne se fait sentir aussi au niveau des institutions. L'émir devient monarque absolu dont le pouvoir est quasiment total sur l'Andalousie, hormis des questions religieuses qui étaient toujours sous l'autorité du grand cadi et du mufti. Les gouverneurs autrefois si prompts à désobéir à l'émir sont surveillés de près et ne rendent des comptes qu'à lui. Là encore l'influence de Bagdad se fait sentir puisque cette organisation de la société en est totalement inspirée. Abd Al-Rahman continue à réorganiser l'armée en suivant l'exemple de ses ancêtres ; aux groupes indisciplinés issus des différentes tribus dont ils continuaient à obéir, il préfère des soldats de métier aux ordres d'un gouvernement central. Il se constitue une armée d'esclaves (Mamelouks) d'origine slave, imitant ainsi les souverains abbassides qui avaient sous leurs ordres des soldats esclaves turcs encore largement non-musulmans. Ces esclaves sont achetés à l'étranger et surtout en Europe puis formés aux métiers des armes.

Avec l'Afrique du Nord[modifier | modifier le code]

L'Afrique du Nord durant les premiers siècles de l'émirat est une vaste terre où se mènent des luttes entre tribus, les gouverneurs abbassides s'étant affranchis de l'autorité du lointain calife de Bagdad et certains religieux chiites qui souhaitaient s'établir sur ces contrées[C 31].

Durant le règne d'Abd Al-Rahman III, le califat n'a que peu de contacts avec ces pays se limitant uniquement à acheter des céréales en cas de mauvaises récoltes. Le plus grand danger venait certainement du califat chiite Fâtimide encore établi dans l'actuelle Tunisie et une partie de l'Algérie et qui lorgnait sur les terres du Maroc. Le calife suit avec attention les victoires et les défaites de cette dynastie rivale et s'allie avec les Berbères dans sa lutte. Il annexe Melilla en 927, puis Ceuta en 931 et même Alger en 951[C 32].

Empire romain d'Orient[modifier | modifier le code]

Constantinople est à l'époque d'Al-Andalus la plus grande ville d'Europe. L'Empire romain d'Orient, que les historiens modernes appellent « empire byzantin », a eu à lutter contre les armées des Omeyyades de Damas au cours du VIIIe siècle. L'Afrique du Nord, faisant partie dès le premier siècle avant J.C. de l'Empire romain, et administrée depuis Justinien par l'Empire romain d'Orient, avait été perdue et même la capitale Constantinople avait été menacée. Les raids arabes contre l'Empire romain d'Orient (649, 654, 667, 670, 674, 678, 695, 697 et 718) ont largement dépeuplé les côtes, la Sicile et les îles grecques, que leurs habitants se soient enfuis vers l'intérieur ou qu'ils aient été emmenés en esclavage. Jusqu'au règne d'Abd al-Rahman II, les relations entre l'Empire et Al-Andalus sont donc hostiles, d'autant que des Andalous chassés par l'émir Al-Hakam lors de la Révolte du Faubourg de 818 s'étaient emparés de la Crète en 827 et de là, razziaient toute l'Égée. En 839-840, l'empereur romain d'Orient Théophile, menacé par les avancées musulmanes en Afrique du Nord et en Sicile, envoie un ambassadeur à Cordoue[C 33] et propose à Abd al-Rahman II un traité d'amitié en échange du retrait des musulmans de Crète. Théophile est sans doute mal renseigné sur la situation et Abd al-Rahman II répond que les émirs maîtres de la Crète ne dépendent plus de lui depuis qu'ils ont été chassés du pays ; par diplomatie il envoie à Constantinople divers cadeaux ainsi qu'un poète.

Cet épisode bien que secondaire ravit au plus haut point Abd al-Rahman II car il marque l'entrée du pays dans l'arène des grands pays du monde méditerranéen. C'est la première fois qu'un empire aussi puissant que celui de Byzance se tourne vers l'Andalousie et lui demande son aide[C 33]. L'empereur byzantin envoie des cadeaux somptueux au calife ainsi qu'une lettre lui demandant d'arrêter les pillages[C 34].

Avec la chrétienté occidentale[modifier | modifier le code]

Cathédrale Notre-Dame du Puy en Velay (XIIIe siècle) et ses arches bichrome en demi cercle typique du style roman et remontant à la tradition carolingienne (chapelle palatine) et byzantine. Émile Mâle remarque sa ressemblance frappante avec la mosquée de Cordoue[76] (VIIIe – Xe siècle) qui utilise des solutions architecturales d'inspiration wisigothique assumées.

Les échanges avec la Chine et l'Inde, mais aussi la prise d'Alexandrie ou de Damas, qui étaient d'anciennes cités romaines d'Orient possédant de vastes bibliothèques (dont beaucoup de livres en grec) sont le point de départ des sciences dites arabes. Dès l'antiquité tardive ces ouvrages grecs ont été traduits en syriaque par les chrétiens de langue syriaque des provinces orientales de l'Empire romain. Les premiers penseurs musulmans des XIe et XIIe siècles, qui tous ignoraient le grec, prennent connaissance de ces écrits à travers leurs traductions en arabe et les diffusent. Ce courant ne tarde pas à arriver en Europe, timidement au départ, puis il prend toute sa place à la fin du Moyen Âge, contribuant en partie à la Renaissance en Europe.

Les premiers à traduire les textes arabes et grecs en latin sont les Espagnols et les Italiens : ces documents pénètrent lentement en France. Paris est au XIIIe siècle le centre le plus important d'études philosophiques et théologiques du monde latin, les cours dispensés dans son université sont réputés dans toute l'Europe. Malgré son prestige, ce n'est que deux siècles après la mort d'Avicenne que l'université de Paris reconnaît totalement ses œuvres. Les premiers à s'intéresser à la pensée arabe ne sont autres que les théologiens et hommes d’Église français. Guillaume d'Auvergne, évêque de Paris au XIIIe siècle montre un grand intérêt pour les philosophies arabe et grecque même s’il n'hésite pas à critiquer et dénigrer les travaux d’Avicenne sur ses réflexions pro-islamiques. Plus tard Thomas d'Aquin a la même réaction vis-à-vis des textes du penseur arabe[77].

Sur le plan scientifique, la science et la philosophie grecque continuent à être enseignées dans leur langue originelle à Constantinople et dans les centres culturels de l'empire d'Orient. En revanche, l'Europe occidentale est restée jusqu'au XIe siècle à l'écart des sciences grecques, pour ne les redécouvrir que par l'intermédiaire des traductions arabes d'Al-Andalus. Gerbert d'Aurillac, après avoir parcouru la Catalogne et fréquenté des bibliothèques d’évêchés ou de monastères comportant des traductions d'ouvrages musulmans et espagnols, est un des premiers à rapporter en France les sciences arabes[78]. À travers l'Europe, un vaste mouvement de traduction est lancé. Bien qu'imparfaites, ces traductions introduisent de nombreuses notions en mathématiques, astronomie et médecine.

Dans le domaine des arts, l'influence venue de Byzance et de Perse, dans le domaine de l'architecture, parvient en Europe occidentale par l'intermédiaire andalou. Durant la période Califale, la récupération des codes architecturaux wisigoths et romains anciens dans les organes de pouvoir (Medinat Al Zahira, mosquée de Cordoue) est voulue. Pour Susana Calvo Capilla, la réutilisation massive de matériaux romains dans le complexe palatin de Medinat Al-Zahara (sculptures de muses et de philosophes, sarcophages, vasques, etc.) relève de l'intention politique[79]. Il s'agit de créer une référence visuelle au « savoir des anciens » et d'exalter l'héritage hispanique pour légitimer le pouvoir du Calife sur Cordoue au moment où sa rupture avec Bagdad provoque un séisme politique majeur, et de l'installer dans la continuité du pouvoir en Espagne[80]. Pour Gabriel Martinez, l'influence mozarabe ne peut s'apprécier qu'en tenant compte des questions politiques soulevées par l'iconoclasme, soulignant la présence de personnages au sommet des chapiteaux de la mosquée de Cordoue, caractéristiques du dernier agrandissement du temple par Almansor et qui peuvent passer tant pour des sages musulmans que pour des saints chrétiens[81]. Plusieurs églises romanes du sud de la France entre le XIIe siècle et XIIIe siècle présentent une architecture semblable aux mosquées et palais d'Al-Andalus, comme les arches en forme de fer à cheval repris de l'architecture byzantine ou perse, et sont ornées d'inscriptions bibliques gravées dans la pierre, esthétiquement inspirées des arabesques qui ornent les mosquées de l'époque.

Mythe ou réalité[modifier | modifier le code]

Depuis les années 1970, des historiens comme Pierre Guichard et plus tard des universitaires comme Serafín Fanjul[82], arabisant espagnol spécialiste de la philologie sémitique; Guy Rachet[83], écrivain français, passionné d'archéologie et d'égyptologie; l'universitaire américain Norman Berdichevsky, de l'université du Wisconsin à Madison et Gabriel Martinez-Gros considèrent que l'âge d'or d'Al-Andalus où les trois religions auraient coexisté en bonne harmonie est davantage un mythe construit, plutôt qu'une réalité historique.

En 1990, Joseph Perez, professeur de civilisation espagnole, minore la tolérance religieuse ayant existé en Espagne au Moyen Âge : « C'est la force des choses plus que l'esprit de tolérance qui a rendu possible la présence de communautés chrétiennes en terre d'Islam et de minorités de mudéjares dans les royaumes chrétiens, sans parler des Juifs que l'on trouve partout. À défaut d'assimiler les minorités, on les exploite. »[84].

Dans Al-Ándalus contra España (2000) ou dans La quimera de Al-Andalus (2004), Fanjul dénonce le « mythe d'Al-Ándalus », notamment la mystification de la pensée développée au XIXe siècle par le romantisme littéraire, qui tend à représenter cette période de l'histoire de l'Espagne d'une manière erronée. Cette mystification de la société maure n'est qu'une reprise du discours eurocentrique, celui du « Bon sauvage » et celui du « Paradis perdu ». Ainsi, l'auteur démystifie l'idéalisation du passé islamique, autrement dit des Arabes supérieurs, raffinés et cultivés succombant aux chrétiens barbares, ignorants et maladroits. Il montre que cette image idéalisée d'une Espagne multiculturelle, terre de tolérance et de vie en commun entre trois cultures et trois religions monothéistes est, pour une très large part, historiquement fausse.

Même s'il reste controversé dans le milieu académique, Serafin Fanjul pense que l'âge d'or d'Al-Andalus relève davantage du mythe construit[85]. En 2017, dans son essai Al Andalus, l'invention d'un mythe, Serafín Fanjul dénonce le « mythe d'un islam éclairé dans l'Espagne médiévale »[85]. Serafín Fanjul, philologue et islamologue espagnol, tente de montrer que la contribution musulmane à la construction nationale espagnole relève d'un mythe[85]. Ces idées font controverse dans le milieu universitaire. En effet, José Antonio González Alcantud, anthropologue et historien à l'université de Grenade, explique que « Ce qui est frappant chez Serafin Fanjul, écrivain d'opinion, dans la presse la plus extrémiste qui soit, est son manque de pertinence dans les concepts des sciences sociales [...] Son but est de discréditer l'idée d'Al-Andalus pour en faire une chimère[86]. »

Cependant, l'essentiel du monde académique contemporain et notamment les historiens espagnols post-franquistes, considèrent que les extrapolations de cet âge d'or culturel comme conséquence d'une convivencia entre les religions relèvent du mythe. Cette construction idéologisée et anachronique a été employé dans des contextes politiques très éloignés d'Al-Andalus, et notamment été popularisée par Américo Castro dans ses réflexions essentialistes sur la nature profonde de l'Espagne. Joseph Pérez synthétise le consensus contemporain sur ce concept « le mythe de l’“Espagne des trois cultures”, amplement utilisé comme élément de propagande, est si loin de la réalité historique, qu’il ne peut que générer de nouveaux éléments de confusion »[87] Le débat entre Castro et Sanchez Albornoz sur la convivencia entendait surtout déterminer la nature profonde de l'identité espagnole ou hispanidad, à savoir : une fusion et une coexistence des éléments chrétiens juifs et musulmans qui sont nées du Moyen-Age d'une part, ou bien une communauté historique distincte des deux autres, chrétienne et issue de la présence romaine puis wisigothique sur le sol ibérique dès l'Antiquité et qui s'est forgée principalement dans l'affrontement de ces deux autres communautés[88].

Origine du mythe[modifier | modifier le code]

Pour Maria Jesús Rubiera Mata de l'Université d'Alicante, les origines du mythe sont littéraires et peuvent être attribuées à l'œuvre d'Al-Maqqari de Tlemcen (1577-1632), un descendant des musulmans de Grenade. Les arabistes espagnols ont ensuite contribué à la reconstruction de l'histoire d'Al-Andalus en incorporant l'histoire (arabe) d'Al-Andalus à l'histoire espagnole[89].

Pour Christophe Cailleaux, chercheur en histoire au laboratoire d'Histoire Médiévale et d'Archéologie à l'Université de Bourgogne, la fabrication du mythe d'Al-Andalus débute dans les années 1950 avec le débat rageur qui oppose Américo Castro à Claudio Sánchez-Albornoz sur la définition de l’identité espagnole[90]. Pour Castro, l’Espagne est une réalité médiévale, née de la fusion entre musulmans juifs et chrétiens, tandis que pour Albornoz, elle est une « énigme historique » qui naquit durant l’Antiquité tardive et s’affirma dans l’affrontement avec les éléments non-chrétiens, tout particulièrement musulmans[90],[91]. Le terme alors employé de convivencia (de l'espagnol convivialité) est repris dans les années 1970 par des chercheurs américains en l’associant à d’autres notions parfois anachroniques telles que acculturation, assimilation, intégration, colonisation, tolérance[92]. Pour Alex Novikoff, l’accaparement idéologique du débat sur le vivre-ensemble dans l’Espagne du Moyen Âge doit être replacé dans le contexte d'« un monde moderne toujours plus sensible aux relations tendues au sein d’une communauté mondiale multiethnique »[93].

Le mythe d'Al-Andalus a été utilisé par certains spécialistes du monde arabe tels George Antonius ou Said Abdel-fattah Ashour pour légitimer leur opposition à Israël[90].

Pour Christophe Cailleaux, « le mythe de la convivencia et son cortège d’anachronismes et de contre-mythes n’en finissent pas de prospérer, portés par les mésusages publics de l’Histoire face auxquels il convient de rester vigilant »[90].

Tolérance et cohabitation pacifique[modifier | modifier le code]

Au cours du XIXe siècle, de nombreux orientialistes occidentaux ont découvert les écrits d'historiens musulmans sur Al-Andalus et notamment les écrits de Al Maqqari (1577–1632). Ces lectures ont permis de nouvelles lectures moins partisanes du passé en passant de "l'histoire de la présence arabe en Andalousie" à "l'histoire arabe de l'Andalousie". Cette approche a provoqué une levée de boucliers parmi les mouvements nationalistes et conservateurs car cela contrevenait à la propagande historique officielle castillane[non neutre][réf. nécessaire]. Des critiques ont ainsi été émises sur le type de tolérance d'Al-Andalus et sur le statut des chrétiens et des juifs considérés à tort ou à raison comme des sujets de seconde classe, chargés de très lourds impôts. Toutefois, en 1992, le 500e anniversaire de la fin du dernier royaume musulman d'Espagne a vu de nombreux andalous reconnaitre avec fierté leur héritage d'Al-Andalus[89].

Selon Dario Fernández-Morera, la jurisprudence malékite serait conservatrice et intolérante et les persécutions étaient courantes. Dans un style colonialiste, les conquérants musulmans ont fait de leur mieux pour effacer les noms de lieux et les langues locales. Ils ont également détruit des églises et construit des mosquées à la place[94].

Al-Andalus a toujours été sous la pression extérieure de la Reconquista chrétienne et les insurrections des muladis, comme lors du fameux « massacre du fossé » où 5 000 muladis furent décapités et crucifiés, mettent à mal l'idée d'une cohabitation pacifique.[réf. nécessaire]

Toutefois, María Rosa Menocal, professeur Sterling à l'Université de Yale et écrivaine d'origine cubaine, souligne la tolérance dans l'Espagne médiévale, aussi bien dans les royaumes musulmans que chrétiens, à travers des exemples politiques ainsi que des exemples culturels dans son livre The Ornament of the World: How Muslims, Jews, and Christians Created a Culture of Tolerance in Medieval Spain[95].

Selon David Nirenberg (en), la coexistence des juifs, musulmans et chrétiens dans l'Espagne médiévale repose sur une violence centrale et systémique et sur ce qu'il appelle les "négociations et marchandages". Nirenberg s'attache notamment à analyser le sort des minorités musulmanes et juives au sein du Royaume d'Aragon au XIVe siècle et notamment les excès sporadiques de violences contre eux par les chrétiens dans un contexte général de cohabitation pacifique[96].

Âge d'or des sciences et de la culture[modifier | modifier le code]

En 1978, Juan Vernet publie La Cultura hispano-árabe en Oriente y Occidente, où il indique dès le prologue :

« Ce livre prétend faire l'inventaire de ce que la culture doit aux Arabes d'Espagne. Qu'il soit bien entendu d'emblée que le mot « arabe » ne renvoie pour moi, ni à une ethnie, ni à une religion, mais à une langue : celle des Arabes, des Perses, des Turcs, des Juifs et des Espagnols au Moyen-Âge et qui fit office de vecteur dans la transmission des savoirs les plus divers de l'Antiquité - classique ou orientale - au monde musulman. L'Islam les réélabora et les accrut de nouveaux apports décisifs - l'algèbre et la trigonométrie pour ne citer qu'un exemple ; de l'arabe, ils passèrent à l'Occident grâce aux traductions en latin et en langues romanes et débouchèrent sur le majestueux déploiement scientifique de la Renaissance »

— Juan Vernet[97].

Pour Fernández-Morera, dire que l'islam préservait le savoir classique et le transmettait à l'Europe ne se base sur aucun fondement. En fait, l'Islam aurait ralenti l'échange de science, d'art et de poésie de l'Espagne avec l'Europe et beaucoup de soi-disant sommités musulmanes de l'âge d'or se révèlent être d'ascendance non musulmane ou non arabe, sinon elles-mêmes chrétiennes ou juives.

Sylvain Gouguenheim, historien médiéviste français remet en cause la thèse d'une transmission des auteurs antiques par les Arabes, dans son livre Aristote au mont Saint-Michel. Il rappelle que le savoir a régulièrement circulé entre Byzance et l'Occident bien mieux qu'entre la civilisation islamique et l'Occident. Toutefois, les thèses de Gouguenheim ont été vivement contestées par des historiens du Moyen Âge spécialistes de l'histoire intellectuelle, culturelle et philologique dans plusieurs articles et ouvrages du fait de ses omissions et ses confusions[98]. En effet, les Byzantins ont volontiers transmis leur savoir aux lettrés d'Al-Andalus : ainsi, l'empereur Romain Ier Lécapène (Ρωμανός Α' ο Λεκαπηνός) envoie bibliothèques et traducteurs à Hasdaï ibn Shaprut, ministre du calife de Cordoue, Abd al-Rahman III[99].

Dans sa révision de l'histoire intellectuelle de l'Europe occidentale, Gouguenheim passe en effet pratiquement sous silence le rôle joué par la péninsule Ibérique et Al-Andalus, où l'on a traduit de l'arabe au latin les principaux textes mathématiques[100], astronomiques et astrologiques dont la réception allait préparer en Europe la révolution scientifique moderne [101].

Héritage[modifier | modifier le code]

Génétique[modifier | modifier le code]

Péninsule Ibérique[modifier | modifier le code]

D'après une étude de Adams et al. en 2008[102] ayant étudié le chromosome Y (lignée paternelle) des habitants de la péninsule Ibérique, ces derniers auraient en moyenne environ 11 % d'ancêtres nord-africains avec des variations géographiques importantes allant de 2 % en Catalogne à près de 22 % en Castille du Nord. Selon une autre étude de Capelli et al. en 2009, 7-8 % des lignées paternelles des Espagnols, Portugais et Siciliens sont d'Afrique du Nord et ont été introduites par les Maures au Moyen Âge[103].

En 2013, selon une étude autosomale, c'est-à-dire qui prend en compte tous les chromosomes et pas seulement la lignée paternelle ou maternelle, réalisée par un groupe de chercheurs hispano-américain, portant sur près de 3 000 individus originaires d'Europe, d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient, et publiée par la revue scientifique américaine PNAS, entre 5 et 15 % du génome des habitants de la péninsule Ibérique, selon les régions (sauf les Basques), est issu d'Afrique du Nord (20 % aux îles Canaries)[104],[105],[106].

En 2014, une étude autosomale similaire réalisée par Lazaridis et al., a calculé que, en moyenne, 12,6 % du génome des Espagnols de la péninsule Ibérique est issu d'Afrique du Nord[107].

Septimanie[modifier | modifier le code]

En 2016, une analyse génétique de squelettes provenant de trois tombes musulmanes découvertes lors de fouilles préventives à Nîmes en 2006-2007, réalisée par une équipe de l'INRAP et sous la direction d'Yves Gleize, a montré qu'il s'agissait de personnes originaires d'Afrique du Nord, appartenant à l'haplogroupe paternel E-M81 très fréquent au Maghreb. Ces personnes étaient âgés respectivement de 20 à 29 ans pour l'un, d'une trentaine d'années pour le deuxième, et de plus de 50 ans pour le troisième. Selon l'Inrap « L’ensemble de ces données suggère que les squelettes découverts dans les tombes de Nîmes appartenaient à des soldats berbères enrôlés dans l’armée omeyyade durant l’expansion arabe en Afrique du Nord ». Pour Yves Gleize, un des auteurs de l'étude, « l'analyse archéologique, anthropologique et génétique de ces sépultures du début de l'époque médiévale à Nîmes fournit des preuves matérielles d'une occupation musulmane au VIIIe siècle dans le sud de la France »[108],[109], à relier à leur présence attestée à Narbonne pendant 40 ans ainsi qu'à Nîmes ponctuellement conquise au VIIIe siècle.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. À l'heure actuelle, la présence musulmane est attestée archéologiquement et historiquement sur certains territoires de l'actuelle France :
  2. . Le sentiment d'appartenance à une nation al-Andalus est examiné notamment par l'historien espagnoliste Bartolomé Bennassar
  3. Cyrille Aillet met en regard cette perte de documents avec ceux relatifs aux chrétiens d'orient dont la présence continue est attestée à la même époque.

Références[modifier | modifier le code]

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  2. (es) « Los arabes y musulmanes de la Edad Media aplicaron el nombre de al-andalus a todas aquellas tierras que habian formado parte del reino visigodo : la Peninsula Ibérica y la Septimania ultrapirenaica ». (Les Arabes et les musulmans du Moyen Âge ont appliqué le nom de al-Andalus à toutes les terres qui faisaient auparavant partie du royaume wisigoth : la péninsule Ibérique et la Septimanie), Eloy Benito Ruano (es), Tópicos y realidades de la Edad Media, Real Academia de la Historia, 2000, p. 79
  3. (es) « Para los autores árabes medievales, el término al-Andalus designa la totalidad de las zonas conquistadas - siquiera temporalmente - por tropas arabo-musulmanas en territorios actualmente pertenecientes a Portugal, Espana y Francia » (Pour les auteurs arabes du Moyen Âge le terme al-Andalus sert à désigner toutes les zones conquises - même temporairement - par les troupes arabo-musulmanes dans des territoires appartenant aujourd'hui au Portugal, à l'Espagne et à la France), José Ángel García de Cortázar (es), V Semana de Estudios Medievales: Nájera, 1 al 5 de agosto de 1994, Gobierno de La Rioja, Instituto de Estudios Riojanos, 1995, p. 52
  4. La Narbonnaise (ou Septimanie) fut considérée comme incluse dans les limites d'al-Andalus, François Clément, « La province arabe de Narbonne au VIIIe siècle » in Histoire de l'islam et des musulmans en France, Paris, Albin Michel, 2006, p. 18
  5. « Narbonne continuera d'occuper une place importante chez les auteurs arabes du Moyen Âge qui y voient l'une des limites de la Péninsule ibérique : ainsi Ahmad al-Râzî écrit-il qu'al-Andalus a la forme d'un triangle et que le second de ses angles se trouve dans la partie orientale d'al-Andalus, entre la ville de Narbonne et celle de Barcelone », Philippe Sénac, Les Carolingiens et al-Andalus, Paris, Maisonneuve et Larose, 2002, p. 40.
  6. José Antonio Alcantud & François Zabbal, Histoire de l'Andalousie : Mémoire et enjeux, Apt, L'Archange Minotaure, , 274 p. (ISBN 978-2914453332)
  7. Selon Joseph Pérez, « parmi les envahisseurs de 711, les Arabes proprement dits étaient une infime minorité [...] ; la majorité était formée de Berbères. [...] C'est pourquoi les Espagnols, pour évoquer la domination musulmane, préfèrent parler de Maures, c'est-à-dire de Maghrébins. », Joseph Pérez, Histoire de l'Espagne (1996), Paris, Fayard, 1996, p. 34
  8. « La rapidité des progrès de l'Islam dans les sciences, les arts, l'industrie, le commerce et tous les raffinements de la société policée, est presque aussi étonnante que la rapidité de ses conquêtes », Henri Pirenne, Histoire de l'Europe des invasions au XVIe siècle, Nouvelle société d'éditions, 1936, p. 49
  9. "« Le mécénat des califes, émirs et gouverneurs est un des facteurs qui expliquent une civilisation aussi brillante. Il en résulte une valorisation des travaux de l'esprit et l'un des plus riches épanouissements culturels qu'ait connus l'histoire des civilisations. Selon certains historiens un véritable enthousiasme intellectuel fait que l'on poursuit toutes les formes du savoir : l'histoire, la géographie, la philosophie, la médecine, les mathématiques », Anne-Marie Delcambre, L'Islam, La Découverte, 2004, p. 48
  10. « La plupart des chrétiens qui cherchaient à s'instruire, surtout en médecine, se rendaient dans leurs écoles. Gerbert, archevêque de Reims, l'un des grands hommes du siècle, et qui devint pape sous le nom de Sylvestre II, avait fait ses études à Cordoue », Georges Cuvier, Histoire des sciences naturelles, Fortin, Masson et Cie, 1841, t. 1, p. 396
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  13. Maria Isabel Fiero, Al-Andalus : savoirs et échanges culturels, Saint-Remy-de-Provence, Edisud, , 118 p. (ISBN 978-2744900266)
  14. Evariste Lévi-Provençal, HISTOIRE DE L'ESPAGNE MUSULMANE. Tome 2, Le califat umaiyade de Cordoue (912-1031), Paris, , 435 p. (ISBN 978-2706813870), p. Maisonneuve & Larose
  15. José Antonio Alcantud & François Zabbal, Histoire de l'Andalousie : Mémoire et enjeux, Apt, L'Archange Minotaure, 12 jancier 2004, 272 p. (ISBN 978-2914453332)
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  21. Cette hypothèse est reprise par les spécialistes comme Marianne Barrucand, professeur émérite d'art islamique à l'université Paris-Sorbonne et spécialiste de l'archéologie islamique.
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Par ordre chronologique inversé

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]