Dust Bowl

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Front d'une tempête de poussière dans le Texas en 1935.

Le Dust Bowl (« bassin de poussière ») ou les Dirty Thirties (« sales années 30 ») désignent une série de tempêtes de poussières survenus dans les années 1930, au moment de la Grande Dépression, qui constituèrent une catastrophe écologique majeure ayant causé de très importants dégâts sur l'écologie et l'agriculture de la Prairie de la région des Grandes Plaines, aux États-Unis et au Canada.

Contexte économique et écologique[modifier | modifier le code]

Tempête de poussière arrivant sur Spearman (Texas), le 14 avril 1935.
Ensevelissement dû à une tempête de poussière à Dallas (Dakota du Sud).
Fermier et ses enfants, pris dans une tempête de poussière dans le comté de Cimarron (Oklahoma).

Ce phénomène s'est produit au moment de la Grande Dépression.

La région concernée englobe les « queues de poêlon » (panhandles) de l'Oklahoma et du Texas, ainsi que des parties du Kansas, du Colorado et du Nouveau-Mexique à leurs confins. Ces territoires du Midwest, où les pluies sont peu fréquentes, les sols légers et les vents forts, forment un mélange propice à des phénomènes dévastateurs. Lorsque la région, cœur agricole des États-Unis, est ravagée par la sécheresse de 1934 à 1937, les vents emportent la couche de terre arable, causant d'effroyables tempêtes de poussière, les blizzards noirs (black blizzards), qui détruisent récoltes et pâturages et ensevelissent habitations et matériel agricole[1].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Des milliers de fermiers sont jetés sur les routes, en direction de l'ouest. On pense qu'environ trois millions de personnes ont ainsi migré, notamment vers la Californie, en empruntant la Route 66, à l'époque l'axe principal est-ouest du pays. Les fermiers les plus touchés sont originaires de l'Oklahoma (environ 15 % de la population de l'État) et de l'Arkansas. On les surnomme respectivement les Okies et les Arkies.

Explications[modifier | modifier le code]

Cette catastrophe serait pour tout ou partie due au surlabourage, c'est-à-dire à un abus dans l'utilisation du labour occasionnant une érosion très importante.

Solutions[modifier | modifier le code]

Lorsque l'érosion était trop grave et qu'elle concernait des sols vulnérables (limons fins), la solution a souvent été, dans un premier temps, de faire une culture en « courbes de niveau » (contour plowing) avec des alternances charrue-instrument à dents, ou une « culture alternée », consistant à distribuer le long des pentes des zones portant des cultures différentes ou intégrant des bandes en jachère (« culture en bandes », strip cropping).

Dès qu'il a été possible d'assurer un contrôle efficace des mauvaises herbes, la culture sans labour, voire le semis direct, se sont développés.

Le gouvernement américain a également prôné une réduction draconienne du bétail, afin d'alléger la charge de culture.

Une vaste campagne d'afforestation nommée « projet Shelterbelt » a été lancée dans les Grandes Plaines, de la frontière canadienne au Texas, afin de freiner l'érosion des sols.

La crise écologique provoquée par le Dust Bowl a conduit le gouvernement américain à créer le « Soil Conservation Service », appelé aujourd'hui « Natural Resources Conservation Service (en) », une agence chargée de la sauvegarde des ressources naturelles et de l'environnement et dépendant du ministère de l'Agriculture.

Cette période des années 1930 a profondément marqué l'écologie scientifique nord-américaine.

Dans la culture[modifier | modifier le code]

Florence Owens Thompson, Mère migrante (Migrant Mother), photographie de Dorothea Lange prise en 1936.

Photographie[modifier | modifier le code]

Le Dust Bowl et la crise qui en résulta furent très documentés notamment par les photographes employés par la Farm Security Administration, parmi lesquels Dorothea Lange et Walker Evans.

Littérature[modifier | modifier le code]

John Steinbeck, dans son roman Les Raisins de la colère, décrit cette période de l'histoire américaine. La Route 66 y est The Mother Road (la « route-mère »), car toutes les routes secondaires débouchaient sur elle[2].

L'auteur américain Dan Simmons évoque ce phénomène dans son roman Collines Noires (Black Hills) paru en 2010 en France (chez Pocket). Une gigantesque tempête de poussière y est décrite de manière spectaculaire et avec réalisme.

Musique[modifier | modifier le code]

Les immigrants de l'Oklahoma et de l'Arkansas apportèrent avec eux en Californie leur musique country. Dans les années 1950, cela donna naissance au Bakersfield sound, en opposition au Nashville sound.

L'œuvre de Woody Guthrie est fortement marquée par sa propre expérience du Dust Bowl. Il a également consacré une chanson à Tom Joad, l'un des protagonistes des Raisins de la Colère.

Un album de Joe Bonamassa, chanteur et guitariste de blues rock américain, porte le nom de Dust Bowl.

Cinéma[modifier | modifier le code]

1940 : Les Raisins de la Colère, film américain réalisé par John Ford et adaptation du roman de John Steinbeck portant le même nom.

Le film de science fiction Interstellar sorti en 2014 montre une Amérique ravagée par des tempêtes de poussière. Le film reprend des interviews du film documentaire The Dust Bowl sorti en 2012.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christophe Masutti, Les faiseurs de pluie. Dust Bowl, écologie et gouvernement (États-Unis, 1930-1940), DHVS/Université de Strasbourg, sous licence CC-By-Sa, 2012. Page web
  • (en) Donald Worster, Dust Bowl: The Southern Plains in the 1930s, OUP USA, , 290 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Rubrique Dustbowl, sur le site History.
  2. Articles « Dust Bowl » et « Route 66 » dans What's What, Dictionnaire culturel du monde anglophone, ss la dir. de Gérard Hocmard, Ellipses, 2004, p. 184 et 529.