Dust Bowl

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Front d'une tempête de poussière dans le Texas en 1935.

Le Dust Bowl (« bassin de poussière ») est le nom donné à une région à cheval sur l'Oklahoma, le Kansas et le Texas, touchée dans les années 1930 par la sécheresse et une série de tempêtes de poussière provoquant une grave catastrophe écologique et agricole. On nomme la période correspondante les Dirty Thirties.

Contexte écologique et économique[modifier | modifier le code]

Tempête de poussière arrivant sur Spearman (Texas), le 14 avril 1935.
Ensevelissement dû à une tempête de poussière à Dallas (Dakota du Sud).
Fermier et ses enfants, pris dans une tempête de poussière dans le comté de Cimarron (Oklahoma).

À l'origine, les plaines du Sud (Southern Plains) étaient des prairies où paissaient les bisons et vivaient des Amérindiens nomades. L'irrégularité des précipitations, les sols légers et les vents forts ne s'y prêtent pas aux activités agricoles. Mais, dans les années 1900, le faible coût de la terre, des chutes de pluie importantes, le progrès du machinisme agricole, y attirent des immigrants. Des millions d'hectares de prairies cèdent la place à des champs de céréales, faisant de la région le cœur agricole des États-Unis[1].

Lorsque la Grande Dépression touche les plaines du Sud au début des années 1930, les agriculteurs, pour compenser leurs pertes, décident d'augmenter leur production en multipliant le nombre de terres labourées. Mal leur en prend : de 1932 à 1937, la région est ravagée par la sécheresse qui laisse les terres à nu, exposées au soleil et aux vents[1]. Ceux-ci emportent la couche de terre arable, causant d'effroyables tempêtes de poussière, les blizzards noirs (black blizzards), qui détruisent récoltes et pâturages et ensevelissent habitations et matériel agricole[2]. La région concernée englobe les panhandles (« queues de poêlon ») de l'Oklahoma et du Texas, ainsi que des parties du Kansas, du Colorado et du Nouveau-Mexique à leurs confins.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Des milliers de fermiers sont jetés sur les routes, en direction de l'ouest. On pense qu'environ trois millions de personnes ont ainsi migré, notamment vers la Californie, en empruntant la Route 66, à l'époque l'axe principal est-ouest du pays. Les fermiers les plus touchés sont originaires de l'Oklahoma (environ 15 % de la population de l'État) et de l'Arkansas. On les surnomme respectivement les Okies et les Arkies.

Solutions[modifier | modifier le code]

Cette catastrophe serait pour tout ou partie due au surlabourage, c'est-à-dire à un abus dans l'utilisation du labour occasionnant une érosion très importante.

Lorsque l'érosion était trop grave et qu'elle concernait des sols vulnérables (limons fins), la solution a souvent été, dans un premier temps, de faire une culture en « courbes de niveau » (contour plowing) avec des alternances charrue-instrument à dents, ou une « culture alternée », consistant à distribuer le long des pentes des zones portant des cultures différentes ou intégrant des bandes en jachère (« culture en bandes », strip cropping).

Dès qu'il a été possible d'assurer un contrôle efficace des mauvaises herbes, la culture sans labour, voire le semis direct, se sont développés.

Le gouvernement américain a également prôné une réduction draconienne du bétail, afin d'alléger la charge de culture.

Une vaste campagne d'afforestation nommée « projet Shelterbelt » a été lancée dans les Grandes Plaines, de la frontière canadienne au Texas, afin de freiner l'érosion des sols.

La crise écologique provoquée par le Dust Bowl a conduit le gouvernement américain à créer le « Soil Conservation Service », appelé aujourd'hui « Natural Resources Conservation Service (en) », une agence chargée de la sauvegarde des ressources naturelles et de l'environnement et dépendant du ministère de l'Agriculture.

Cette période des années 1930 a profondément marqué l'écologie scientifique nord-américaine.

À travers la photographie, la littérature, le cinéma et la musique[modifier | modifier le code]

Florence Owens Thompson, Mère migrante (Migrant Mother), photographie de Dorothea Lange prise en 1936.

Photographie[modifier | modifier le code]

Le Dust Bowl et la crise qui en résulta furent illustrés par les photographes employés par la Farm Security Administration, parmi lesquels Dorothea Lange et Walker Evans.

Littérature[modifier | modifier le code]

John Steinbeck, dans son roman Les Raisins de la colère, décrit cette période de l'histoire américaine. La Route 66 y est The Mother Road (la « route-mère »), toutes les routes secondaires débouchant sur elle[3].

Cinéma[modifier | modifier le code]

En 1940, sort au cinéma Les Raisins de la Colère, film réalisé par John Ford à partir du roman de John Steinbeck portant le même nom. Ce film fort raconte l'histoire de la famille Joad fuyant la crise économique et le Dust Bowl pour gagner la Californie.

Musique[modifier | modifier le code]

Les immigrants de l'Oklahoma et de l'Arkansas apportèrent avec eux en Californie leur musique country. Dans les années 1950, cela donna naissance au Bakersfield sound, en opposition au Nashville sound.

L'œuvre de Woody Guthrie est fortement marquée par sa propre expérience du Dust Bowl. Il a également consacré une chanson à Tom Joad, l'un des protagonistes des Raisins de la Colère.

Dans la culture de masse[modifier | modifier le code]

Le film de science fiction Interstellar sorti en 2014 montre une Amérique ravagée par des tempêtes de poussière. Le film reprend des interviews du film documentaire The Dust Bowl sorti en 2012.

L'auteur américain Dan Simmons évoque ce phénomène dans son roman Collines Noires (Black Hills) paru en 2010 en France (chez Pocket). Une gigantesque tempête de poussière y est décrite de manière spectaculaire et avec réalisme.

Un album de Joe Bonamassa, chanteur et guitariste de blues rock américain, porte le nom de Dust Bowl.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christophe Masutti, Les faiseurs de pluie. Dust Bowl, écologie et gouvernement (États-Unis, 1930-1940), DHVS/Université de Strasbourg, sous licence CC-By-Sa, 2012. Page web
  • (en) Donald Worster, Dust Bowl: The Southern Plains in the 1930s, OUP USA, , 290 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Dust Bowl. Une tragédie environnementale contée par Ken Burns, sur le site À la Maison-Blanche, 7 décembre 2012.
  2. (en) Rubrique Dustbowl, sur le site History.
  3. Articles « Dust Bowl » et « Route 66 » dans What's What, Dictionnaire culturel du monde anglophone, ss la dir. de Gérard Hocmard, Ellipses, 2004, p. 184 et 529.