Triplice

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Cette carte de l'Europe à la veille du conflit montre que la mécanique des alliances militaires mettant face à face Triplice et Triple-Entente ont transformé l'Europe en poudrière.

La Triplice, contraction du terme « Triple Alliance », est le nom donné à la veille de 1914 à l’alliance conclue entre l'Empire allemand, l’Empire austro-hongrois et le Royaume d'Italie puis par l'Empire ottoman.

Les prémices[modifier | modifier le code]

En 1879, sous l'impulsion de Bismarck, un rapprochement a lieu entre l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie : la Duplice.

Assurés du soutien de leur allié et de la neutralité britannique, les Allemands n'ont plus rien à craindre d'une France animée d'un désir de revanche dû à la perte de l'Alsace-Lorraine lors de la guerre de 1870 et qui les surpasse sur le plan colonial. De son côté, l'Autriche-Hongrie en impose un peu plus et l'appui allemand peut être déterminant dans la partie de bras de fer qu'elle joue avec la Russie dans les Balkans.

L'Alliance obligeait aussi l'Autriche-Hongrie à rompre toute relation diplomatique amicale avec la France.

La première triplice[modifier | modifier le code]

En 1881, les Français prennent pied en Tunisie et étendent leur empire colonial. Cet événement incite alors l'Italie à demander son intégration dans l'association germano-autrichienne (selon le Dilemme de sécurité), et ce malgré les différends qui l'opposent à l'Autriche-Hongrie pour des raisons territoriales. La Triplice ou Triple Alliance est conclue le .

Le royaume de Roumanie y est secrètement associé par un traité signé le et renouvelé plusieurs fois jusqu’en 1914.

La deuxième triplice[modifier | modifier le code]

La situation internationale avait empiré avec l'affrontement de l'Empire austro-hongrois et de l'Empire russe par pays interposés dans les Balkans. Ce fut d'abord l'unification de la Bulgarie qui annexa en 1885 la Roumélie orientale et la guerre entre la Bulgarie et la Serbie (qui n'avait pas prévenu la Russie), puis le coup d'État, le , contre le prince Alexandre de Battenberg, allié des Autrichiens, en Bulgarie.

La Triplice n'avait pas réagi. La prise de Massaoua en Érythrée, par les Italiens avait contrarié les Puissances continentales. Aussi les Italiens décidèrent les Allemands à réactiver leur alliance. Il y eut donc deux pactes, proposés par Bismarck :

  • Le premier pacte entre l'Italie et l'Autriche-Hongrie prévoyait que si le maintien du statu quo dans les Balkans ou sur les côtes et îles ottomanes de la mer Égée et de la mer Adriatique devenait impossible, et qu'alors si l'Autriche et l'Italie étaient obligées d'intervenir par une occupation, celle-ci ne devait avoir lieu qu'après accord entre les deux puissances. Cet accord prévoyait des compensations territoriales pour les deux parties en plus du statu quo. Ainsi, au cas où l'Autriche obtenait des territoires dans les Balkans, l'Italie en obtiendrait dans les Alpes.
  • Le second pacte entre l'Italie et l'Allemagne assurait l'Italie du soutien de l'Allemagne, au cas où elle aurait été attaquée par la France, à cause de différends coloniaux en Afrique du Nord.

La deuxième triplice fut signée, le , à Berlin. Le 18 juin 1887, l'Allemagne et la Russie signaient le traité de réassurance, afin d'éloigner définitivement Vienne de Saint-Pétersbourg.

La troisième triplice[modifier | modifier le code]

Le Kaiser Guillaume II.

L'année 1888 fut celle des trois empereurs. Guillaume Ier mourut, suivi quelques mois plus tard par Frédéric III. Guillaume II monta sur le trône. Il démit le chancelier Bismarck de ses fonctions en 1890 et nomma à sa place le comte von Caprivi.

En Italie, le comte Crispi, adversaire résolu de la France, était président du conseil et partisan d'un appui à la flotte autrichienne, au cas où la France étendrait ses colonies en Afrique du Nord. Cependant, l'Autriche était réticente, car elle considérait aussi d'un mauvais œil l'expansionnisme italien, notamment en Libye appartenant à l'Empire ottoman. Cela aurait donné un prétexte à l'Empire russe pour intervenir encore dans les Balkans.

Cependant, en janvier 1891, le gouvernement Crispi tomba, laissant la place au gouvernement du marquis di Rudini, mieux disposé à l'égard de la France. Le comte Crispi avait cependant eu le temps d'adjoindre les deux pactes de 1887 au texte initial de l'Alliance. Le pacte italo-autrichien devint le fameux article 7 du traité de la Triplice. Les Allemands étaient plus réticents, car ils étaient contraints de déclarer la guerre à la France pour porter secours à l'Italie dans son expansion nord-africaine. Toutefois, Caprivi céda. Ce fut l'article 10 du traité. L'Allemagne était inquiète des rapprochements franco-russes qui donnèrent plus tard corps à une alliance franco-russe.

L'Allemagne et l'Italie promettaient de maintenir le statu quo en Cyrénaïque, en Tripolitaine et en Tunisie. Ceci fut signé le à Berlin. Un article supplémentaire d'assistance économique entre les trois puissances fut ajouté, ainsi que la perspective d'y associer plus tard le Royaume-Uni. Cela allait précipiter l'Alliance franco-russe et concrétiser ce que Caprivi redoutait, c'est-à-dire la possibilité d'une guerre sur deux fronts.

La Triple alliance fut renouvelée en 1896, sans modification. Guillaume II avait indisposé les Anglais en appuyant les Boers (envoi d'un télégramme à Paul Kruger en 1896) ravivant les craintes des Italiens qui considéraient que l'Angleterre était un pays ami, car concurrent de la France en Afrique. Le gouvernement Rudini exclut toute attaque contre l'Angleterre, malgré la catastrophe politico-stratégique d'Adoua.

Conséquences[modifier | modifier le code]

De 1890 à 1914, la Triplice tenta d'isoler diplomatiquement la France et d'entraver son expansion coloniale (incident de Fachoda en 1898 et « coup d'Agadir » en 1911). La France s'allia donc avec la Russie (Alliance franco-russe). Afin de se protéger et de s'allier en cas de conflit, la France, le Royaume-Uni et la Russie créèrent en 1907 la Triple-Entente. La tension entre les deux blocs ne cessa alors de croître, aboutissant à la Première Guerre mondiale. Dans un premier temps, l'Italie préféra rester neutre, car selon le gouvernement d'Antonio Salandra la Triplice étant essentiellement un pacte défensif rien n'obligeait l'Italie à participer à une guerre offensive.

Cependant, à la suite de la signature du Pacte de Londres, le , les Alliés parvinrent à faire quitter la Triplice à l'Italie qui adhéra au pacte le , contre la promesse d'attribution à ces derniers de territoires dans le Trentin-Haut-Adige, sur la mer Adriatique et en Turquie. Rome déclara alors la guerre à l'Allemagne le 24 mai suivant.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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