Eugène de Savoie-Carignan

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Eugène de Savoie-Carignan
Eugenio Francesco di Savoia
Portrait du prince Eugène
Portrait du prince Eugène

Naissance
à Paris
Décès (à 72 ans)
à Vienne
Origine Duché de France Duché de Savoie
Allégeance Drapeau de l'Autriche Archiduché d’Autriche
Arme dragons
Grade Général de l'armée du Saint Empire
Années de service 16831735
Conflits Guerre austro-turque (1683-1699)
Guerre de la Ligue d'Augsbourg
Guerre de Succession d'Espagne
Troisième guerre austro-turque
Guerre de Succession de Pologne
Faits d'armes Bataille de Zenta
Bataille de Chiari
Bataille de Blenheim
Bataille de Turin
Bataille d'Audenarde
Bataille de Peterwardein
Siège de Belgrade
Famille Branche Carignan de la maison de Savoie
Signature
Signature Eugenio von Savoy.png

Eugène de Savoie, prince de Savoie-Carignan ( - )[N 1], est l'un des commandants militaires les plus importants et victorieux de l'histoire de l'Europe moderne. Né à Paris de parents faisant partie de l'aristocratie savoyarde, Eugène grandit au contact de la cour du roi Louis XIV. Destiné à l'origine à une carrière ecclésiastique, il se décide à 19 ans à embrasser le métier des armes. Devant le refus de Louis XIV de le laisser servir dans l'armée française, Eugène part en Autriche où il offre ses services à la monarchie des Habsbourg.

Pendant six décennies, Eugène est au service de trois empereurs de la famille Habsbourg : Léopold Ier , Joseph Ier et Charles VI. Eugène fait ses premières armes contre les Turcs ottomans pendant le siège de Vienne en 1683 et la guerre de la Sainte Ligue qui s'ensuit, avant de participer à la guerre de la Ligue d'Augsbourg aux côtés de son cousin, le duc de Savoie. Cependant, la renommée du prince prend toute sa mesure après sa victoire écrasante sur les Ottomans lors de la bataille de Zenta en 1697. Eugène renforce son prestige au cours de la guerre de Succession d'Espagne où, en collaboration avec le duc de Marlborough, il obtient plusieurs victoires contre les troupes françaises lors des batailles de Blenheim, Audenarde et Malplaquet. Il gagne d'autres batailles en Italie du Nord alors qu'il est président du Conseil de guerre impérial, notamment à Turin en 1706. Lors de la reprise des hostilités contre les Ottomans durant la troisième guerre austro-turque de 1716-1718, sa renommée s'affirme grâce aux victoires des batailles de Peterwardein et de Belgrade.

À la fin des années 1720, l'influence d'Eugène et son habile diplomatie permettent à l'Empereur de conserver ses puissants alliés au cours des luttes dynastiques contre les Bourbons. Mais, fragilisé à la fois moralement et physiquement, Eugène connaît moins de succès alors qu'il est commandant en chef de l'armée lors du dernier conflit auquel il prend part, la guerre de Succession de Pologne. Malgré cela, sa réputation en Autriche demeure inégalée. Même s'il y a des divergences d'opinion sur sa personnalité, il n'y a aucune remise en cause de ses grandes réalisations : Eugène aide l'Empire des Habsbourg à contrer les conquêtes françaises ; il met fin à l'avancée vers l'ouest des Ottomans, libérant l'Europe centrale après un siècle et demi d'occupation ottomane, et est l'un des plus grands promoteurs des arts dont l'héritage architectural peut encore être vu à Vienne de nos jours. Eugène meurt dans son sommeil, chez lui, le 21 avril 1736 à l'âge de 72 ans.

Première période de sa vie (1663-1699)[modifier | modifier le code]

L'hôtel de Soissons[modifier | modifier le code]

Louis XIV, enfant, en costume romain.

Le prince Eugène nait à l'hôtel de Soissons à Paris le 18 octobre 1663. Bien que sujets du roi Louis XIV, ses parents sont d'origine italienne : sa mère, Olympe Mancini, est une nièce de Mazarin qu'il a amenée de Rome à Paris, en 1647, pour satisfaire ses ambitions. Les Mancini sont élevés au Palais Royal aux côtés du jeune Louis XIV, avec qui Olympe a une liaison. À sa grande déception, elle perd toute chance de devenir reine et se marie en 1657 avec Eugène-Maurice, prince de Savoie, qui devient comte de Soissons en 1656. Ils ont cinq fils, dont Eugène est le cadet, et trois filles, mais aucun des deux parents ne leur consacre du temps. Leur père, militaire courageux mais peu brillant, passe la plupart de son temps en campagne dans l'armée française tandis que la passion d'Olympe pour les intrigues de la cour l'éloigne de ses enfants[1].

Le roi demeure très attaché à Olympe, de sorte que beaucoup les croient amants[2] mais ses intrigues provoquent sa disgrâce. Après avoir perdu les faveurs du roi, Olympe se tourne vers Catherine Deshayes - connue sous le nom de La Voisin - la magie noire et l'astrologie. Cette relation lui est fatale. Mêlée à l'affaire des poisons, les soupçons s'accumulent sur son rôle dans la disparition prématurée de son mari en 1673 et elle est même impliquée dans un complot visant à tuer le roi. Quelle que soit la vérité, Olympe, plutôt que de faire face à un procès, s'enfuit à Bruxelles en janvier 1680, laissant Eugène aux bons soins de sa grand-mère paternelle, Marie de Bourbon, comtesse de Soissons[3] et de sa fille Louise-Christine, la mère du prince Louis-Guillaume de Bade-Bade.

Dès l'âge de dix ans et selon la volonté du roi, Eugène est orienté vers une carrière ecclésiastique car il est de constitution fragile et de port modeste. L'apparence physique d'Eugène n'est certainement pas impressionnante ; la duchesse d'Orléans écrit à son sujet : « Il ne fut jamais beau… Il est vrai que ses yeux ne sont pas laids, mais son nez ruine son visage ; il a deux grandes dents qui sont visibles tout le temps »[4]. En février 1683, à la surprise de sa famille, Eugène fait part de son intention de rejoindre l'armée. Désormais âgé de 19 ans, Eugène demande le commandement d'une compagnie française à Louis XIV, mais le roi, qui ne fait preuve d'aucune compassion pour les enfants d'Olympia après sa disgrâce, le lui refuse. Le roi note : « La demande était modeste, mais pas le demandeur. Personne d'autre ne s'est jamais adressé à moi de manière aussi insolente »[5].

Privé de carrière militaire en France, Eugène décide de proposer ses services à l'étranger. Un de ses frères, Louis-Jules, qui était entré au service de l'Empereur romain germanique l'année précédente, a été tué presque aussitôt en combattant les Ottomans en 1683. Quand la nouvelle de sa mort arrive à Paris, Eugène décide de fuir en Autriche, dans l'espoir de reprendre la charge de son frère. D'autres membres de sa famille font déjà partie de l'armée impériale : son cousin, Louis-Guillaume de Bade-Bade, est déjà général en chef de l'armée impériale, tout comme son cousin plus éloigné, Maximilien-Emmanuel de Bavière, électeur de Bavière. Dans la nuit du , Eugène quitte Paris en direction de l'Est[N 2].

Guerre contre l'Empire Ottoman[modifier | modifier le code]

Léopold Ier, Empereur du Saint Empire

En mai 1683, les Ottomans menacent Vienne, la capitale de l'Empire de Léopold Ier. Le Grand Vizir Kara Mustafa, encouragé par la rébellion de Imre Thököly, a envahi la Hongrie avec 100 000 à 200 000 hommes[6]. En deux mois, ils sont devant la capitale des Habsbourg. L'Empereur se réfugie à Passau, sur les bords du Danube, une ville alors plus sûre. Eugène arrive à la mi-août auprès de Léopold[7].

Même s'il n'est pas autrichien, Eugène a des ancêtres parents des Habsbourg. Son grand-père, Thomas de Savoie-Carignan, fondateur de la lignée des Carignan au sein de la Maison de Savoie, était le fils de Catherine-Michelle d'Espagne, elle-même fille du roi Philippe II d'Espagne et arrière-petit-fils de l'Empereur Charles Quint. De plus, et c'est ce qui est primordial pour Léopold, Eugène est cousin au second degré de Victor-Amédée II, le duc de Savoie, une relation qui pourrait être utile en cas de confrontation avec la France[8]. Ses liens, ses manières et son apparence modeste constituent un avantage au sein de l'austère cour de Léopold[9], et valent à cet expatrié du royaume rival de France, un accueil chaleureux à Passau et une place au sein de l'armée impériale[8].

La Bataille de Vienne, un tableau de Józef Brandt.

Eugène n'a aucun doute sur la portée de sa nouvelle allégeance: « Je consacrerai toute mes forces, tout mon courage et, si le besoin est, jusqu'à ma dernière goutte de sang au service de votre Majesté Impériale »[10]. Cette loyauté est immédiatement mise à l'épreuve. En septembre, les forces impériales, commandées par le duc de Lorraine, accompagnées d'une puissante armée polonaise commandée par le roi Jean III Sobieski, sont prêtes à attaquer l'armée du Sultan qui est en train d'investir Vienne. Le 12 septembre au matin, les forces chrétiennes se mettent en ordre de bataille sur le versant sud-est du massif du Wienerwald, dominant le camp où s'est massé l'ennemi. Après une journée de lutte, la bataille de Vienne met fin à 60 jours de siège de la ville par les Ottomans et conduit au départ des armées du Sultan. Placé sous les ordres du Margrave de Baden, Eugène se distingue lors de la bataille, gagnant une citation de la Maison de Lorraine et de l'Empereur. Il est nommé par la suite colonel du régiment des dragons de Kufstein[11].

La Sainte Ligue[modifier | modifier le code]

Le sultan Mehmed IV

En mars 1684, Léopold Ier forme la Sainte Ligue avec la Pologne et Venise afin de contrer la menace ottomane. Durant les deux années suivantes, Eugène continue à se distinguer lors de la campagne contre les Ottomans et est reconnu comme un militaire dévoué et compétent. À la fin de l'année 1685, alors qu'il n'a que 22 ans, il est fait général de division[12]. Le Margrave de Baden est impressionné par les qualités d'Eugène: « Ce jeune homme occupera, avec le temps, une place parmi ceux que le monde considère comme de grands chefs d'armées »[13].

On connaît peu de choses sur ses premières campagnes militaires et les historiens de son époque ne font qu'allusion à sa vie privée durant cette période. Ce qui nous est parvenu de sa correspondance privée et qui s'adresse principalement à son cousin Victor, est volontairement très pauvre sur ses sentiments et ses expériences personnelles[12].

En juin 1686, le duc de Lorraine entreprend le siège de Buda, centre de commandement des forces d’occupation ottomane en Hongrie. Après une résistance de 78 jours, la ville tombe le 2 septembre et l'armée ottomane s'effondre dans toute la Hongrie, jusqu'en Transylvanie et en Serbie. Un nouveau succès s'ensuit en 1687 quand, à la tête d'une brigade de cavalerie, Eugène est un acteur important de la victoire de Mohács le 12 août. La défaite est si grave pour les Ottomans que leur armée se mutine ; cette révolte s'étend jusqu'à Constantinople où le Grand Vizir est exécuté et le Sultan Mehmed IV déposé. Une nouvelle fois, le courage d'Eugène lui vaut la reconnaissance de ses supérieurs, qui lui accordent l'honneur de porter la nouvelle de la victoire à l'Empereur à Vienne[14]. Pour ses états de services, Eugène est promu général de Corps d'Armée en novembre 1687. Il commence également à recevoir des signes de reconnaissance venant de plus loin. Le roi Charles II d'Espagne le fait chevalier de l'Ordre de la Toison d'or, tandis que son cousin, Amadeus, lui fournit de l'argent et les revenus de deux abbayes du Piémont[15]. Cependant, la carrière militaire d'Eugène est interrompue le 6 septembre 1688, pendant le siège de Belgrade, quand le Prince est gravement blessé au genou par un tir de mousquet. Il ne pourra reprendre son service qu'en janvier 1689[15].

Intermède en Occident : Guerre de la Ligue d'Augsbourg[modifier | modifier le code]

Alors qu'à l'Est, Belgrade tombe aux mains des forces impériales commandées par Maximilien-Emmanuel, à l'Ouest, les troupes françaises traversent le Rhin et entrent dans le Saint Empire Romain Germanique. Louis XIV espère qu'une démonstration de force lui permettra de résoudre rapidement les conflits dynastiques et territoriaux qui l'opposent aux princes de l'Empire le long de la frontière orientale de son royaume. Mais ses mouvements de troupes ne font que renforcer la résolution allemande et, en mai 1689, Léopold Ier et les Hollandais signent la Grande Alliance visant à repousser les attaques françaises[16].

La guerre de la Ligue d'Augsbourg est, tant à titre professionnel qu'à titre privé, frustrante pour le Prince. Il se bat d'abord sur le Rhin aux côtés de Maximilien-Emmanuel et est légèrement blessé à la tête pendant le siège de Mayence en 1689. Par la suite, Eugène se voit transféré dans le Piémont, après que son cousin Victor-Amédée II a rejoint la Grande Alliance en 1690. Promu général de cavalerie, il arrive à Turin accompagné de son ami le Prince de Commercy. Le début de la guerre est cependant calamiteux pour les troupes impériales. Contre l'avis d'Eugène, Victor-Amédée engage le combat face à l'armée française à Staffarda et y subit une sérieuse défaite. Seule l'intervention de la cavalerie savoyarde d'Eugène lors de la retraite permet de sauver son cousin du désastre[17]. Eugène est peu impressionné par les hommes et leurs officiers durant la guerre en Italie: « L'ennemi aurait été battu il y a longtemps si tout le monde avait fait son devoir »[18], rapporte-t-il à Vienne. Il a tellement de mépris pour le commandant Impérial, le Comte Antonio Caraffa, qu'il menace de quitter l'armée impériale[19].

À Vienne, l'attitude d'Eugène, est perçue comme l'arrogance d'un jeune parvenu et n'est pas prise en considération mais l'Empereur est tellement impressionné par sa passion pour la cause impériale qu'il le promeut Maréchal en 1693[20]. Quand, en 1694, le successeur du comte Antonio Caraffa (en), le Comte Enea Silvio Caprara (en), est à son tour rappelé, il semble qu'Eugène va enfin pouvoir assumer le commandement. Mais Victor-Amédée, qui doute de la victoire et est désormais davantage inquiété par l'influence des Habsbourg en Italie que par les Français, a commencé des tractations secrètes avec Louis XIV afin de sortir du conflit. L'accord est conclu en 1696 et Victor-Amédée soutient alors la France. Eugène n'a plus confiance en son cousin, mais il continue à se montrer révérencieux envers lui en sa qualité de chef de sa propre famille. Leurs relations resteront tendues à jamais[21].

Les honneurs de la guerre en Italie reviennent sans aucun doute au commandant français, le maréchal Nicolas de Catinat, mais Eugène, le seul général de l'Alliance, joue un rôle déterminant par ses actions et ses résultats décisifs et réussit à renforcer sa réputation au sortir de la Guerre de la Ligue d'Augsbourg[21]. La signature des traités de Ryswick en septembre et octobre 1697 met fin de manière peu concluante à cette guerre et Léopold Ier peut à nouveau mettre toute son énergie dans la lutte contre les Ottomans à l'Est.

Zenta[modifier | modifier le code]

Mustafa II

Pendant que l'armée impériale est occupée à combattre les troupes de Louis XIV, les Ottomans peuvent reprendre Belgrade et reconquérir la Hongrie. En août 1691, les troupes autrichiennes commandées par Louis-Guillaume de Bade-Bade reprennent l'avantage en battant sévèrement les Turcs à la bataille de Slankamen sur le Danube, sécurisant les possessions des Hasbourg en Hongrie et en Transylvanie[22]. Cependant quand Louis de Bade-Bade est affecté en 1692 sur le front ouest pour y combattre les Français, ses successeurs, d'abord Caprara puis, à partir de 1696, Auguste II de Pologne se révèlent incapables de conclure l'action. Sur recommandation du Président du Conseil de Guerre Impérial, Ernst Rüdiger von Starhemberg, on accorde à Eugène le commandement suprême des forces impériales pour faire face à la menace des troupes du nouveau sultan, Mustafa II[23]. C'est le premier commandement vraiment autonome d'Eugène - désormais, il n'a plus à supporter l'extrême prudence de Caprara et de Caraffa ou à être contrarié par les revirements de Victor-Amédée. Cependant, lorsqu'il rejoint son armée, il la trouve dans un état de « misère indescriptible »[24]. Confiant et très sûr de lui, le Prince de Savoie, assisté de manière compétente par Commercy et Guido Starhemberg, se met à rétablir l'ordre et la discipline[25].

Léopold Ier a demandé au prince Eugène d'agir précautionneusement mais quand il apprend que les troupes du sultan Mustafa II marchent sur la Transylvanie, Eugène abandonne toute idée de campagne défensive et décide d'intercepter les Ottomans lors de la traversée de la rivière Tisza à Zenta. Le 11 septembre 1697, les forces impériales arrivent devant l'ennemi tard dans la journée et la cavalerie ottomane a déjà traversé la rivière, aussi Eugène décide-t-il d'attaquer immédiatement[26] en disposant ses hommes en demi-cercle[27]. La vigueur de l'assaut sème terreur et confusion au sein de l'armée ennemie et, à la fin du combat, Eugène a perdu 2 000 hommes tués ou blessés mais en faisant 30 000 victimes parmi les Ottomans, parmi lesquelles le grand vizir, Elmas Mehmed Pasha, annihilant ainsi leur armée. Même si, dans la bataille, les Ottomans ont fait preuve de manque d'organisation et d'entraînement, le Prince de Savoie a révélé ses compétences tactiques, sa capacité à prendre des décisions audacieuses et à inspirer à ses hommes courage et force de se surpasser au combat face à un ennemi dangereux[28].

La bataille de Zenta se révèle être une victoire décisive dans la longue guerre contre les Ottomans, mais les intérêts de Léopold Ier sont maintenant tournés vers l'Espagne où le décès de Charles II est imminent et se pose le problème de sa succession. L'Empereur met fin au conflit avec les Ottomans par la signature du traité de Karlowitz le [29].

Après un bref raid-éclair chez les Ottomans en Bosnie culminant avec le sac de Sarajevo, Eugène revient à Vienne en novembre et y reçoit un accueil triomphal. Grâce à la bataille de Zenta, Eugène est devenu un héros européen et on le récompense pour sa victoire. Les terres que lui cède l'Empereur en Hongrie lui procurent de bons revenus, lui permettant ainsi de se consacrer à ses nouveaux goûts pour les arts et l'architecture. Malgré sa fortune et ses nouvelles propriétés, il demeure sans attaches familiales. Un seul de ses quatre frères est encore en vie. Son quatrième frère, Emmanuel, est mort en 1676 à l'âge de 14 ans ; son troisième, Louis-Jules, a été tué au combat en 1683 et son deuxième, Philippe, est mort de la variole en 1693. Louis-Thomas de Savoie-Carignan, son seul frère survivant, exilé pour avoir mécontenté Louis XIV, parcourt l'Europe à la recherche d'une situation avant d'arriver à Vienne en 1699. Avec l'aide d'Eugène, Louis trouve une place au sein de l'armée impériale, pour être finalement tué en combattant les Français en 1702. Parmi les sœurs d'Eugène, la plus jeune est morte pendant son enfance, et les deux autres, Marie Jeanne-Baptiste et Louise Philiberte, mènent des vies dissolues. Chassée de France, Marie rejoint sa mère à Bruxelles avant de fuir à Genève pour se marier avec un prêtre renégat, avec qui elle connait une vie malheureuse jusqu'à sa mort en 1705. On sait peu de choses sur la vie de Louise après son existence grivoise à Paris, si ce n'est qu'à un certain moment elle vécut pendant quelque temps dans un couvent en Savoie avant de mourir en 1722[30].

Le milieu de sa vie (1700-1720)[modifier | modifier le code]

Guerre de Succession d'Espagne[modifier | modifier le code]

Louis-Joseph de Vendôme

Après la mort de Charles II d'Espagne, infirme et sans enfants, le 1er novembre 1700, la succession du monarque, et donc, le contrôle de son empire, conduit l'Europe à une nouvelle guerre, la guerre de Succession d'Espagne. Sur son lit de mort, Charles II a légué tous les territoires espagnols à Philippe de France, duc d'Anjou, petit-fils de Louis XIV. Le risque d'union des royaumes d'Espagne et de France, sous l'égide de la Maison des Bourbon, est inacceptable pour l'Angleterre, les Provinces-unies et Léopold Ier, qui revendique personnellement le trône d'Espagne[31]. Dès la mort de Charles II, l'Empereur refuse d'accepter ses dernières volontés et il n'attend pas que l'Angleterre et les Provinces-unies entament les hostilités. Avant même qu'une nouvelle Grande Alliance ne soit conclue, Léopold Ier se prépare à envoyer une expédition pour s'emparer des territoires espagnols en Italie.

Eugène traverse les Alpes avec environ 32 000 hommes en mai et juin 1701. Après une série de brillantes manœuvres, le commandant Impérial défait Catinat lors de la bataille de Carpi le 9 juillet. Louis XIV écrit à son commandant : « Je vous avais averti que vous aviez affaire à un jeune prince entreprenant. Il ne s'attache pas aux règles de la guerre »[32]. Le 1er septembre, Eugène est de nouveau victorieux, cette fois contre le successeur de Catinat, le maréchal de Villeroy, au cours de la bataille de Chiari, lors d'un affrontement meurtrier[33]. Comme souvent au cours de sa carrière, le Prince doit mener la guerre sur deux fronts, l'ennemi, sur le terrain, et le gouvernement à Vienne[34]. Privé d'approvisionnements, d'argent et d'hommes, Eugène est forcé d'user de moyens peu conventionnels face à un ennemi bien plus puissant. Lors d'un raid sur Crémone dans la nuit du 31 janvier au 1er février 1702, Eugène capture le commandant en chef des troupes françaises sans atteindre le résultat escompté. En effet, Crémone demeurait aux mains des Français et le Maréchal de Vendôme, bien plus talentueux que Villeroy, devient le nouveau commandant de la place. La capture de Villeroy fait sensation en Europe, et galvanise l'opinion publique en Angleterre. Le chroniqueur John Evelyn écrit alors « La surprise de Crémone […] est le grand sujet de discussion de cette semaine », mais les appels à l'aide vers Vienne restent sans réponse, obligeant Eugène à livrer bataille[35]. La bataille de Luzzara qui en résulte le 15 août se révèle peu concluante. Même si les troupes d'Eugène ont fait deux fois plus de blessés dans le camp adverse, la bataille ne résout rien, si ce n'est de dissuader le Maréchal Vendôme de tenter une attaque générale contre les forces Impériales cette année-là, permettant ainsi à Eugène de rester au Sud des Alpes[36]. La déliquescence de son armée et son deuil personnel après la mort de son vieil ami le Prince de Commercy à Luzzara, font qu'il retourne à Vienne en janvier 1703[37].

Président du Conseil de Guerre Impérial[modifier | modifier le code]

La cuirasse du prince Eugène

La réputation européenne d'Eugène grandit, les batailles de Crémone et de Luzzara ont été célébrées comme des victoires dans toutes les capitales de l'Alliance, mais en raison des conditions et du moral de ses troupes, la campagne de 1702 n'est pas couronnée de succès[38]. L'Autriche doit alors faire face à une menace directe d'invasion par sa frontière bavaroise, où l'Électeur, Maximilien-Emmanuel, s'est déclaré en août de l'année précédente en faveur des Bourbons. Pendant ce temps, en Hongrie, une révolte de faible ampleur a débuté en mai et gagne rapidement de l'importance. Économiquement, la monarchie étant proche de la faillite, Léopold Ier décide enfin de modifier son gouvernement. À la fin du mois de juin 1703, Gotthard Salaburg est remplacé par Gundaker Starhemberg (de) au poste de Président du Trésor, et le Prince Eugène succéda à Henri von Mansfeld (de) en tant que Président du Conseil de Guerre Impérial (Hofkriegsratspräsident)[39].

À la tête du conseil de guerre, Eugène fait maintenant partie de l'entourage direct de l'Empereur, et il est le premier président depuis Raimondo Montecuccoli à conserver un commandement. Des réformes sont immédiatement entreprises pour améliorer l'efficacité de l'armée: des encouragements, et, lorsque c'est possible, de l'argent, sont envoyés aux commandants sur les champs de bataille ; des promotions et des honneurs sont distribués en fonction des compétences et non de l'influence, et la discipline est améliorée. Cependant, en 1703, la monarchie autrichienne doit faire face à de grands dangers sur plusieurs fronts : le maréchal Villars vient renforcer les troupes de l'Électeur de Bavière sur les rives du Danube, menaçant directement Vienne, tandis que le Maréchal Vendôme demeure à la tête d'une grande armée en Italie du Nord combattant la faible armée impériale commandée par Guido Starhemberg. La révolte menée par François II Rákóczi en Hongrie est tout aussi dangereuse, car, à la fin de l'année, elle a atteint la Moravie et la Basse-Autriche[40].

Victoire commune à Blenheim[modifier | modifier le code]

John Churchill, Duc de Marlborough

Des dissensions entre Villars et l'Électeur de Bavière ont empêché de lancer l'assaut sur Vienne en 1703, mais des ministres, dans les cours de Versailles et de Madrid, anticipent avec assurance la chute de la ville[41]. L'ambassadeur de l'Empereur à Londres, le Comte Wrastislaw (en), fait pression sur le gouvernement anglais pour obtenir l'assistance des Anglais et des Hollandais sur le Danube dès février 1703, mais la crise en Europe du Sud semble lointaine pour la cour anglaise, davantage préoccupée par ses ambitions coloniales et commerciales[42]. Seule une poignée d'hommes d'État en Angleterre et dans les Pays-Bas, principalement le duc de Marlborough, général en chef anglais, ont conscience des véritables implications de la situation critique de l'Autriche[43].

Au début de l'année 1704, Marlborough s'est décidé à marcher vers le Sud et à sauver la ville de Vienne, tout en demandant la présence d'Eugène lors de la campagne afin d'avoir à ses côtés un « partisan zélé et ayant de l'expérience »[44]. Les commandants de l'Alliance se rencontrent pour la première fois le 10 juin dans le petit village de Mundelsheim et ont immédiatement des rapports très étroits. Les deux hommes deviennent, selon Thomas Lediard, « la double constellation de la gloire »[45]. Ces liens professionnels et personnels garantissent un soutien mutuel entre les deux hommes sur les champs de bataille, permettant de nombreuses victoires pendant la guerre de Succession d'Espagne. La première de ces victoires, celle qui est d'ailleurs la plus célèbre, est remportée le 13 août, lors de la bataille de Höchstädt, point culminant de la campagne de 1704. Eugène est à la tête de l'aile droite de l'armée alliée, retenant les forces supérieures en nombre de l'Électeur de Bavière et du Maréchal Marsin, tandis que le commandant-en-chef anglais fait une percée à travers le centre, commandé par le Maréchal Tallard. Ayant fait plus de 30 000 morts et blessés, la bataille se révèle décisive : Vienne est sauvée et la Bavière hors de combat. Les deux commandants alliés sont plein d'éloges l'un pour l'autre sur leurs performances. La gestion de la bataille et la pression faite par Eugène pour en prendre le commandement se sont révélées cruciales dans ce succès des alliés [46].

En Europe, la paternité de la victoire de Blenheim est davantage attribuée à Eugène qu'à Marlborough, une opinion évoquée par Sir Winston Churchill, descendant et biographe de Marlborough, qui reconnait « la gloire du Prince Eugène, dont la fougue et la vivacité d'esprit ont stimulé les splendides actions de ses troupes »[47]. La France fait maintenant face à un vrai danger d'invasion, mais Léopold Ier est toujours sous pression à Vienne : la révolte de Rákóczi constitue une menace majeure, et en Italie septentrionale, Guido Starhemberg et Victor-Amédée, qui a changé de camp et rallié la Grande Alliance en 1703, ont été incapables d'arrêter l'avancée des troupes françaises commandées par Vendôme. Seule la ville de Turin, la capitale de Victor-Amédée, résiste.

Turin et Toulon[modifier | modifier le code]

Joseph Ier du Saint-Empire

Eugène retourne en Italie en avril 1705, mais ses tentatives d'avancée à l'ouest de Turin sont contrecarrées par les habiles manœuvres des troupes de Vendôme. Manquant de bateaux et de matériaux pour construire des ponts, son armée étant aux prises avec des désertions et les maladies, et en infériorité numérique face aux troupes françaises, le commandant impérial demeure impuissant. Les promesses d'argent et de renforts de Léopold Ier se révèlent illusoires, mais les appels désespérés de Victor-Amédée et l'attitude critique de Vienne poussent le Prince à l'action. La sanglante défaite des troupes impériales lors de la bataille de Cassano le 16 août en est la conséquence[48]. Le prince Joseph de Lorraine, général de 19 ans, meurt de ses blessures au grand dam du prince Eugène.

Cependant, l'empereur Léopold est mort en mai 1705 et l'accession au trône de Joseph Ier permet enfin à Eugène de commencer à recevoir l'assistance qu'il demande. Joseph Ier se révèle être un soutien solide à la suprématie d'Eugène dans les affaires militaires : c'est l'Empereur le plus efficace qu'Eugène connait, et le règne au cours duquel il est le plus heureux[49]. Lui ayant promis assistance, Joseph Ier persuade Eugène de retourner en Italie restaurer l'autorité des Habsbourg.

Le commandant impérial arrive sur les lieux à la mi-avril 1706, juste à temps pour organiser la retraite en bon ordre de ce qui reste de l'armée en sous-nombre du Comte Reventlow (en) après la victoire de Vendôme lors de la bataille de Calcinato le 19 avril. Vendôme se prépare désormais à défendre le front le long de l'Adige, déterminé à garder Eugène coupé de ses lignes orientales dans les Alpes, tandis que le Marquis de la Feuillade menace Turin. Cependant, simulant des attaques le long de l'Adige, Eugène descend vers le sud, traverse le à la mi-juillet, déjoue les manœuvres du commandant français et occupe une position favorable lui permettant enfin de se rendre dans le Piémont pour porter assistance à la capitale de la Savoie[50].

Les événements hors du théâtre militaire italien vont avoir désormais des conséquences majeures sur la guerre qui s'y tient. La victoire écrasante de Marlborough sur Villeroy lors de la bataille de Ramillies le 23 mai provoque le rappel, par Louis XIV, de Vendôme, afin qu'il prenne le commandement des troupes françaises en Flandres. Pour Saint-Simon, ce transfert est une sorte de délivrance pour le commandant français qui « commence maintenant à sentir que la victoire est improbable [en Italie] […] car le Prince Eugène, avec tous les renforts qui l'ont rejoint après la bataille de Calcinato[N 3], était dans une situation tout à fait nouvelle dans cette partie là de la guerre. » Le duc d'Orléans, sous le commandement de Marsin, remplace Vendôme, mais l'indécision et le désordre du camp français causent leur perte. Après avoir uni ses forces à celles du Duc de Savoie à la Villa Stelloni début septembre, Eugène attaque, terrasse et défait de manière décisive, le 7 septembre, les troupes françaises assiégeant Turin. En conséquence, l'armée de Louis XIV est forcée de quitter l'Italie du Nord et l'intégralité de la vallée du Pô passe sous l'autorité des alliés. Eugène a remporté une victoire aussi marquante que celle de son ami Marlborough à Ramillies. Marlborough écrit à ce sujet : « Il m'est impossible d'exprimer la joie que cela m'a donné, car non seulement j'ai pour lui de l'estime, mais j'aime vraiment le Prince »[51].

La victoire impériale en Italie marque le début des 150 années de gouvernance autrichienne de la Lombardie, et Eugène est nommé gouverneur de Milan. Cependant, l'année suivante va se révéler décevante tant pour le Prince que pour la Grande Alliance tout entière. L'Empereur et Eugène, dont l'objectif principal est, après s'être emparé de Turin, de prendre Naples et la Sicile qui sont aux mains des alliés de Philippe, duc d'Anjou, doivent accepter avec réticence le plan d'attaque de Toulon élaboré par Marlborough. Toulon, en effet, est le port d'attache de la flotte française en Méditerranée. Cependant, la désunion entre les commandants de l'Alliance - le Duc de Savoie, Eugène, et l'amiral anglais Shovell - condamne l'expédition à l'échec. Même si Eugène approuve certaines formes d'attaques sur la frontière sud-est de la France, il est clair qu'il considère l'expédition irréalisable et il ne montre pas « l'empressement dont il a fait preuve à d'autres occasions »[52]. D'importants renforts de troupes françaises mettent fin à l'entreprise, et le 22 août 1707, l'armée impériale commence sa retraite. La prise, après coup, de la ville de Suse ne peut compenser l'échec complet de l'expédition de Toulon, et avec elle tout espoir d'une percée victorieuse des Alliés cette année-là[53].

Audenarde et Malplaquet[modifier | modifier le code]

Claude Louis Hector de Villars, maréchal de France

Au début de l'année 1708, Eugène réussit à se soustraire à un transfert en Espagne (Guido Starhemberg fut envoyé à sa place), lui permettant ainsi de prendre le commandement de l'armée Impériale sur la Moselle, et de s'unir de nouveau avec Marlborough dans les Pays-Bas espagnols[N 4]. Eugène arrive, sans son armée, au camp allié situé à Assche, à l'ouest de Bruxelles, au début du mois de juillet, remontant le moral des troupes qui était bien bas après la perte des villes de Bruges et Gand. Le général prussien Natzmer écrit : « … nos affaires vont mieux grâce au soutien de Dieu et à l'aide d'Eugène, dont l'arrivée opportune a de nouveau remonté le moral de l'armée et nous a consolés »[54]. Encouragés par la confiance du Prince, les commandants alliés élaborent un plan audacieux pour engager le combat contre l'armée française qui, commandée par Vendôme et le Duc de Bourgogne, se prépare à assiéger Audenarde[55]. La bataille qui s'ensuivit le 11 juillet est un succès retentissant pour les Alliés, que Marlborough, bien qu'ayant été le commandant général des troupes, considère comme une victoire commune. Il écrit d'ailleurs : « Le Prince Eugène et moi-même ne serons jamais en désaccord sur notre partage des lauriers »[56].

Malborough préfère désormais une avancée rapide le long du littoral pour contourner les principales forteresses françaises, mais les Hollandais et Eugène, inquiets de laisser leurs couloirs de réapprovisionnement non protégés, sont partisans d'une approche plus prudente. Marlborough accepte et se résout au siège de la grande forteresse de Vauban qu'est Lille. Tandis que Marlborough dirige les forces de couverture, Eugène supervise le siège de la ville, qui capitule le 22 octobre. Cependant, l'inébranlable Maréchal Boufflers ne rendra la citadelle que le 10 décembre. Malgré toutes les difficultés du siège (Eugène est gravement blessé au-dessus de l'œil gauche par une balle de mousquet, et survit même à une tentative d'empoisonnement), la campagne de 1708 est un remarquable succès. Les Français sont chassés de la quasi-totalité des Pays-Bas espagnols. Eugène écrit : « Celui qui n'a pas vu ceci n'a rien vu »[57].

Les récentes défaites, cumulées aux dur hivers de 1708, 1709, ont provoqué de grandes famines et privations en France. Malgré cela, les conditions demandées par les Alliés lors des négociations de paix qui s'ensuivent dont, notamment, l'obligation pour Louis XIV de n'utiliser que ses propres troupes pour forcer Philippe V à abdiquer du trône d'Espagne, sont inacceptables pour les Français. Regrettant l'échec des négociations, et conscient des caprices de la guerre, Eugène écrit à l'Empereur à la mi-juin 1709 : « Il n'y a aucun doute que la prochaine bataille sera la plus importante et la plus sanglante de toutes celles déjà livrées »[58].

Après la chute de Tournai le 3 septembre[59], les généraux alliés portent leur attention sur le Maréchal Villars, que Boufflers vient de rejoindre. Villars déplace son armée au sud-ouest de la ville et commence à fortifier sa position. Marlborough et Eugène préfèrent engager bataille avant que Villars ne puisse rendre sa position imprenable, mais ils acceptent également d'attendre les renforts venant de Tournai. Ces renforts n'arrivent que la nuit suivante, donnant un délai supplémentaire aux Français pour renforcer leur défense. Malgré les difficultés de l'attaque, les généraux alliés ne perdent rien de leur détermination[60]. La bataille de Malplaquet qui s'ensuit le 11 septembre 1709 est la bataille la plus sanglante de toute la guerre de Succession d'Espagne. Sur le flanc gauche, le Prince d'Orange dirige l'infanterie hollandaise en des charges désespérées, et elle se fait tailler en pièces. Sur l'autre flanc, Eugène attaque et souffre presque aussi sévèrement. Mais le maintien de la pression sur ses côtés oblige Villars à affaiblir le centre de son armée, permettant ainsi à Marlborough de faire une percée et de revendiquer la victoire. Villars est incapable de sauver Mons, qui capitule le 21 octobre, mais sa défense déterminée à Malplaquet, ayant infligé jusqu'à 25 % de pertes aux troupes alliées, sauve peut-être la France de la destruction[61].

Les Traités d'Utrecht et de Rastatt[modifier | modifier le code]

À la fin de l'année 1710, Marlborough et Eugène ont détruit la quasi-totalité de la ceinture de forteresses protégeant la France. Malgré tout, il n'y a pas eu de glorieuse victoire sur un champ de bataille, et c'est la dernière année de collaboration entre les deux commandants alliés. Après la mort de Joseph Ier le 17 avril 1711, son frère Charles, le prétendant au trône d'Espagne, devient empereur. En Angleterre, le nouveau gouvernement des Tories (conservateurs) refuse de voir Charles VI devenir également roi d'Espagne, sentiment partagé par les Hollandais et les Allemands. En janvier 1712, Eugène arrive en Angleterre avec l'espoir de convaincre le gouvernement d'abandonner sa politique de paix, mais la Reine Anne et ses ministres demeurent inflexibles. Il arrive également trop tard pour soutenir le duc de Marlborough qui, considéré par les Tories comme le principal obstacle à la paix, a été relevé de ses fonctions. Malgré cela, les Autrichiens progressent : en 1711, la révolte hongroise est finalement maîtrisée. Eugène préférerait écraser les rebelles, mais Joseph Ier leur offre les conditions clémentes de la Paix de Szatmár (en) signée le 30 avril[N 5].

L'Europe après le traité d'Utrecht.

Eugène se prépare alors à une grande campagne, avec l'espoir d'influer sur l'opinion publique en Angleterre et d'obliger les Français à faire des concessions substantielles. Cependant, le 21 mai 1712, alors que les Tories pensent avoir obtenu des conditions favorables au cours de leurs négociations secrètes avec les Français, le duc d'Ormonde (successeur de Marlborough) reçoit des ordres lui interdisant de prendre part à une quelconque action militaire[62]. Même si Eugène prend possession de la forteresse du Quesnoy début juillet, avant d'assiéger Valenciennes et Landrecies, le Maréchal Villars, profitant de la désunion des alliés, déjoue les manœuvres d'Eugène et défait la garnison hollandaise du Comte d'Albemarle à Denain le 24 juillet. Les Français continuent sur leur lancée en prenant le camp de base principal des Alliés à Marchiennes, avant de reprendre Douai, Le Quesnoy et Bouchain. En un été, l'intégralité des avant-postes laborieusement conquis par les Alliés au fil des années, et devant leur servir de tremplin vers la France, sont abandonnés[63].

Après la mort de son ami proche et allié politique, le Comte Wratislaw, Eugène devient l'acteur principal pour convaincre Charles VI de faire la paix, mais les requêtes de dernière minute lors de la conférence d'Utrecht sont inacceptables pour l'Empereur et ses ministres[N 6]. Eugène se prépare, à contrecœur, pour une nouvelle campagne mais, manquant de financements et d'approvisionnements, ses chances de réussite en 1713 sont faibles. Prenant position sur le Rhin, et en grande supériorité numérique par rapport aux Autrichiens, Villars réussit à laisser Eugène dans le doute quant à ses intentions réelles. Grâce à des feintes et des stratagèmes réussis, le commandant français prend possession de Landau en août, puis de Fribourg-en-Brisgau en novembre[64]. Les finances autrichiennes étant à bout, et les États allemands peu enclins à continuer la guerre, Charles VI est contraint de négocier. Eugène et Villars, qui étaient de vieux amis (depuis les campagnes contre les Ottomans dans les années 1680) débutent les pourparlers le 26 novembre. Eugène se révèle être un fin négociateur et obtient des accords favorables au traité de Rastatt signé le 7 mars 1714. Malgré l'échec de la campagne de 1713, le Prince autrichien peut déclarer que « en dépit de la supériorité militaire de nos ennemis et de la défection de nos Alliés, les conditions de paix obtenues seront plus avantageuses et plus glorieuses que celles que nous avons obtenues à Utrecht »[64].

Guerre entre l'Autriche et l'Empire ottoman[modifier | modifier le code]

Eugène dans un portrait de 1712

Le principal motif d'Eugène de faire la paix est le danger croissant représenté par les Ottomans à l'Est. Les ambitions militaires des Ottomans se sont ravivées après 1711. Avec leur victoire sur les troupes de Pierre Ier de Russie à Pruth, il est bientôt clair qu'ils ont l'intention d'attaquer la Hongrie. En 1714, le Sultan Ahmet III rompt la paix de Karlowitz et déclare la guerre aux Vénitiens. Il conquiert la Morée et assiége Corfou[65]. La Sublime Porte rejette une offre de médiation, et Charles envoie Eugène en Hongrie à la tête d'une armée de taille modeste mais aguerrie. De toutes les guerres menées par Eugène, celle-ci est celle où il exerce le contrôle personnel le plus direct. C'est également une guerre où, en grande partie, l'Autriche s'est battue et a gagné sans l'aide de troupes étrangères[66].

Au début du mois d'août 1716, les troupes ottomanes, comprenant 120 000 hommes sous l'autorité du beau-fils du Sultan, le Grand Vizir Damat Ali Pacha, marchent depuis Belgrade vers les positions d'Eugène à l'ouest de la forteresse de Petrovaradin sur la rive nord du Danube. Le grand vizir a l'intention de s'emparer de la forteresse mais Eugène ne lui laisse aucune chance. Après avoir fait fi des appels à la prudence et renoncé à un conseil de guerre, le Prince décide, avec plus de 60 000 hommes, d'attaquer immédiatement au matin du 5 août[67]. Au début, les janissaires ottomans connaissent quelque succès mais, après une attaque de la cavalerie impériale sur leur flanc, les forces d'Ali Pasha se retrouvent dans la plus grande confusion. Alors que les forces de l'Empereur perdent près de 5 000 hommes, les Ottomans qui battent en retraite vers Belgrade en ont perdu le double dont le Grand Vizir, qui s'est personnellement engagé dans la bataille et qui mourra de ses blessures.

Eugène réussit à prendre la forteresse de Timişoara dans le Banat à la mi-octobre 1716, mettant ainsi fin à 164 années de gouvernance ottomane sur la région, avant de se concentrer sur la campagne de l'année suivante et sur ce qu'il considère comme le principal objectif de la guerre : la ville de Belgrade[68].

Située à la confluence du Danube et de la Save, Belgrade abrite une garnison de 30 000 hommes commandés par Mustapha Pasha. Les forces impériales mettent le siège devant la ville à la mi-juin 1717 et à la fin juillet de grands pans de la ville ont été détruits par l'artillerie. Les premiers jours d'août 1717, une immense armée ottomane dirigée par Halil Pasha, forte de 150 000 à 200 000 hommes, arrive sur le plateau à l'Est de la ville pour délivrer la garnison[69]. La nouvelle de la destruction imminente de l'armée impériale fait le tour de l'Europe, mais Eugène n'a absolument pas l'intention de lever le siège[70]. Ses hommes souffrant de dysenterie et soumis à un bombardement continu depuis le plateau, Eugène, sachant que seule une victoire décisive peut sortir son armée de cette situation délicate, décide d'attaquer les troupes de renfort. Le matin du 16 août, 40 000 soldats de l'armée impériale marchent à travers le brouillard, attaquent les Ottomans par surprise et mettent l'armée de Halil Pasha en déroute. Une semaine plus tard, Belgrade se rend, mettant effectivement un terme à la guerre. Cette victoire est le couronnement de la carrière militaire d'Eugène et confirme son statut de général de premier plan et de dimension européenne. Sa capacité d'arracher la victoire au pire moment montre que le Prince est le meilleur[71].

La Quadruple-Alliance[modifier | modifier le code]

Don Charles, successivement, duc de Parme, roi de Deux-Siciles et roi d'Espagne

Tandis qu'Eugène combat les Ottomans à l'Est, des conflits non résolus suite aux traités d'Utrecht et de Rastatt provoquent une reprise des hostilités entre l'Empereur et Philippe V d'Espagne à l'Ouest. Charles VI refuse de reconnaître Philippe comme roi d'Espagne, et en retour, Philippe V ne renonce pas à ses revendications territoriales sur Naples, Milan et les Pays-Bas, qui ont été transférés à la Maison d'Autriche à la suite de la guerre de Succession d'Espagne. Philippe V était conseillé par son influente épouse, Élisabeth Farnèse, fille du Duc de Parme, qui avait des revendications dynastiques au nom de son fils Don Charles sur les duchés de Toscane et de Parme[72]. Les représentants d'une nouvelle alliance franco-anglaise, déterminés à assurer la paix en Europe pour leur propre sécurité dynastique, appellent les deux camps à reconnaître mutuellement leur souveraineté mais Philippe V demeure intraitable. Le 22 août 1717, le premier ministre, Alberoni, envahit la Sardaigne autrichienne, dans ce qui semble être le début de la reconquête par l'Espagne de son ancien empire italien[73].

Eugène retourne à Vienne juste après sa victoire à Belgrade et avant même la fin de la guerre contre les Ottomans, déterminé à empêcher une intensification du conflit. Il se plaint d'ailleurs de « ne pouvoir mener deux guerres avec une seule armée »[73], et il n'accepte qu'à contrecœur d'expédier une partie de ses troupes des Balkans vers l'Italie. Refusant toutes les propositions diplomatiques, Philippe V lance un nouvel assaut en juin 1718, cette fois-ci contre la Sicile piémontaise, en préliminaire à une attaque sur l'Italie continentale. Réalisant que seule la flotte anglaise peut empêcher de nouveaux débarquements espagnols, et que les groupes pro-espagnols en France peuvent pousser le régent Philippe d'Orléans à la guerre contre l'Autriche, Charles VI n'a pas d'autres choix que de signer la Quadruple-Alliance le 2 août 1718 et de renoncer à ses revendications espagnoles[74]. En dépit de la destruction de la flotte espagnole au large de cap Passaro par la marine anglaise, Philippe V et Élisabeth demeurent cependant intraitables et refusent de signer le traité.

Alors qu'Eugène pourrait rejoindre le Sud après la signature du traité de Passarowitz mettant fin à la guerre contre les Ottomans, il décide de diriger les opérations depuis Vienne. Les efforts de guerre de l'Autriche en Sicile se révèlent dérisoires : les commandants choisis par Eugène, Zum Jungen (de) et, plus tard, le Comte de Mercy, n'obtiennent que de piètres résultats[75]. Ce ne sont que, d'un côté, la pression exercée par l'armée française qui avance à travers les provinces basques du nord de l'Espagne en avril 1719, et, de l'autre, les attaques de la Navy sur les navires espagnols, qui contraignent Philippe V et Élisabeth à renvoyer Alberoni et rejoindre la Quadruple-Alliance le 25 janvier 1720. Néanmoins, les attaques espagnoles ont mis à rude épreuve le gouvernement de l'Empereur Charles, provoquant des tensions entre l'Empereur et son Conseil d'Espagne[N 7] d'un côté, et la Conférence[N 8] de l'autre, dirigée par Eugène. En dépit des ambitions personnelles de Charles en Méditerranée, il est clair pour l'Empereur qu'Eugène a placé la sauvegarde de ses conquêtes en Hongrie devant toutes les autres campagnes, et que l'échec militaire en Sicile doit aussi lui être imputé. En conséquence, l'influence du Prince sur l'Empereur diminue de manière notable[76].

Fin de sa vie (1721-1736)[modifier | modifier le code]

Gouverneur général des Pays-Bas[modifier | modifier le code]

Pays-Bas autrichiens

Eugène devient gouverneur des Pays-Bas - à l'époque, les Pays-Bas autrichiens - en juin 1716, mais sans s'y établir, communiquant ses décisions depuis Vienne à son représentant sur place qu'il a lui-même choisi, le Marquis de Prié[77]. De Prié se révèle impopulaire auprès de la population locale et des corporations qui, à la suite du Traité des Barrières signé en 1715, les oblige à satisfaire aux exigences financières de l'administration et des garnisons hollandaises. Des troubles civils sont réprimés à Anvers et Bruxelles avec le soutien et les encouragements d'Eugène. Après avoir déplu à l'Empereur par son opposition initiale à la création de la Compagnie d'Ostende, de Prié perd également le soutien de la noblesse locale au sein de son propre conseil d'État à Bruxelles, notamment celui du Marquis de Mérode-Westerloo (en). L'un des anciens protégés d'Eugène, le Comte de Bonneval, se joint également aux nobles opposés à de Prié, sapant un peu plus l'autorité du Prince. Quand la place de de Prié devint intenable, Eugène se sent obligé de démissionner de son poste de gouverneur le . Comme compensation, Charles VI lui confère le titre honorifique de vicaire général d'Italie, lui rapportant 140 000 florins par an, et un domaine à Siebenbrunn en Basse-Autriche, dont il se dit qu'il vaut le double de la rémunération du vicariat[78]. Mais cette démission tourmente Eugène et, pour aggraver encore plus la situation, il souffre d'une grippe sévère à Noël la même année, ce qui sera le début pour lui d'une bronchite chronique et d'infections aiguës chaque hiver les douze dernières années de sa vie[79].

Guerre froide[modifier | modifier le code]

Marie-Thérèse d'Autriche

Les années 1720 voient des changements rapides d'alliances entre les pouvoirs européens et une confrontation diplomatique quasi-permanente, portant essentiellement sur des problèmes non résolus au sujet de la Quadruple-Alliance. L'empereur et le roi d'Espagne continuent de se revendiquer des titres (exaspérant la France et l'Angleterre autant que Philippe V) et Charles VI refuse de lever les derniers obstacles légaux subsistant pour régler la succession de Don Charles sur les duchés de Parme et de Toscane. Contre toute attente, l'Espagne et l'Autriche se rapprochent par le traité de Vienne en avril-mai 1725[N 9]. En réponse, l'Angleterre, la France et la Prusse concluent l'alliance de Hanovre (en) pour contrer le danger d'une hégémonie hispano-autrichienne en Europe[80]. Pendant les trois années suivantes, il y a un risque continuel de guerre entre les puissances occidentales et le bloc hispano-autrichien.

À partir de 1726 Eugène commence à regagner progressivement son influence politique. À l'aide de ses nombreux contacts à travers l'Europe, Eugène, soutenu par le vice-chancelier impérial Schönborn, réussit à s'assurer le soutien de puissants alliés et à renforcer la position de l'Empereur. En août 1726, la Russie rejoint l'alliance hispano-autrichienne. Frédéric-Guillaume Ier de Prusse suit le mouvement en octobre en quittant l'Alliance de Hanovre et en signant un traité de défense mutuelle avec l'Empereur[81]. Cependant, arrivant à la conclusion que la meilleure manière d'assurer la succession de son fils sur les duchés de Parme et de Toscane est maintenant de rejoindre l'Angleterre et la France, Élisabeth Farnèse abandonne l'alliance hispano-autrichienne en 1729 par la signature du traité de Séville. Sur les conseils insistants d'Eugène de résister à toute forme de pression, Charles VI envoie des troupes en Italie pour empêcher l'entrée de garnisons espagnoles dans les duchés contestés. De fait, au début de l'année 1730, Eugène, qui n'a cessé de se montrer belliqueux pendant toute cette période, contrôle de nouveau la politique autrichienne[82].

En Angleterre apparait une telle politique de réalignement et l'entente franco-anglaise devient rapidement défunte. Considérant que la résurgence de la France constitue la plus grave menace pour l'Angleterre, le gouvernement anglais conduit par Robert Walpole décide de reformer l'alliance anglo-autrichienne et signe le Second Traité de Vienne le [83]. Eugène a été le principal ministre autrichien instigateur de cette alliance, croyant de nouveau qu'il assurera la sécurité de l'Empire face à l'Espagne et la France. Le traité oblige Charles VI à sacrifier la Compagnie d'Ostende, rivale des compagnies commerciales anglaises et hollandaises, et à accepter, sans équivoque, l'accession au trône de Don Charles sur Parme et en Toscane. En retour, le roi George II, en tant que roi de Grande-Bretagne et Électeur d'Hanovre, garantit la Pragmatique Sanction, permettant le droit d'héritage pour les filles de la famille impériale. C'est en grande partie grâce à la diplomatie d'Eugène qu'en janvier 1732, la diète Impériale garantit également la Pragmatique Sanction qui, avec les traités signés avec l'Angleterre, la Russie, et la Prusse, marquent le point culminant de la diplomatie d'Eugène. Le Traité de Vienne a rendu furieuse la Cour du roi Louis XV : les Français ont été mis de côté et la Pragmatique Sanction, qui augmente l'influence des Habsbourg, a été acceptée. L'Empereur a également l'intention de marier sa fille et héritière, Marie-Thérèse, à François III de Lorraine (futur Empereur François Ier), ce qui constitue une menace inacceptable sur la frontière française. Au début de l'année 1733, l'armée française est de nouveau prête pour la guerre. Il ne manque plus qu'une raison pour la justifier[84].

Guerre de Succession de Pologne[modifier | modifier le code]

André Hercule de Fleury

En 1733, le roi de Pologne et Électeur de Saxe, Auguste le Fort, meurt. Il y a alors deux prétendants au trône : Stanislas Leszczyński, beau-père de Louis XV, et Auguste, fils d'Auguste le Fort, soutenu par la Russie, l'Autriche et la Prusse. Le problème de la succession du trône de Pologne permet à Fleury, principal ministre d'État de Louis XV, d'attaquer l'Autriche et de prendre la Lorraine de François. Afin de s'assurer le soutien de l'Espagne, la France apporte son soutien à l'attribution aux fils d'Élisabeth Farnèse de territoires supplémentaires en Italie[N 10].
Eugène entre dans la guerre de Succession de Pologne en tant que Président du Conseil de Guerre Impérial et commandant-en-chef de l'armée, mais il est fortement handicapé par la qualité de ses troupes et le manque de financements. Désormais âgé de plus de soixante-dix ans, le Prince est également touché par une rapide diminution de ses capacités physiques et mentales. La France déclare la guerre à l'Autriche le 10 octobre 1733, mais sans l'appui des puissances maritimes - qui, malgré le traité de Vienne, restent neutres durant tout le conflit - l'Autriche ne peut engager les troupes nécessaires pour mener une campagne efficace[85]. À la fin de l'année, les troupes franco-espagnoles se sont emparées de la Lorraine et de Milan. Au début de l'année 1734, les troupes espagnoles ont pris possession de la Sicile.

Eugène prend le commandement des troupes sur le Rhin en avril 1734, mais en grande infériorité numérique, il est forcé d'adopter une stratégie défensive. En juin, Eugène entreprend de secourir la ville de Philippsburg, mais sans avoir le dynamisme ni l'énergie d'autrefois. Eugène est accompagné du jeune Frédéric le Grand, envoyé par son père pour apprendre l'art de la guerre. Frédéric apprend beaucoup d'Eugène, se rappelant plus tard dans sa vie de la grande dette personnelle qu'il a envers son mentor autrichien, mais le Prince de Prusse est atterré par la condition d'Eugène, écrivant après coup que « son corps était toujours là mais son esprit était parti »[86]. Eugène dirige une autre campagne, prudente, en 1735, mettant là encore en œuvre une stratégie de défense judicieuse du fait de ses ressources limitées. Cependant, sa mémoire à court terme est désormais quasi-inexistante et son influence politique disparait complètement - Gundaker Starhemberg et John Bartenstein dominent alors la Conférence à sa place. Fleury qui est déterminé à limiter l'étendue de la guerre et à éviter un renouvellement de la Grande Alliance, accorde, en octobre 1735, de généreuses conditions de paix à l'Empereur[87].

Vie privée et décès[modifier | modifier le code]

On connaît peu de choses sur la vie privée d'Eugène avant 1683. Durant sa jeune enfance Eugène fréquente un petit groupe efféminé. La Duchesse d'Orléans mentionne des comportements homosexuels à l'égard de laquais et de pages, le qualifiant de « souillon » et déclarant qu'« il jouait souvent à la femme avec de jeunes individus »[N 11]. Mais ses réflexions sur Eugène sont formulées des années plus tard, seulement après qu'il eut sévèrement malmené les armées de son beau-frère, Louis XIV[4]. Le comportement d'Eugène peut avoir été le résultat du laxisme qui règne au sein de la maison de sa mère, et de l'incapacité de sa mère à montrer une quelconque forme d'affection envers lui, mais une fois qu'il quitte la France en 1683, il n'y a plus d'indications d'homosexualité à son égard[88].

Pendant les 20 dernières années de sa vie Eugène aurait eu une liaison avec une femme, Eleonora Batthyány[N 12]. La majeure partie de leur relation reste d'ordre spéculatif, Eugène ne la mentionnant jamais dans aucune des lettres qui nous sont parvenues, et même s'ils ne vivent pas ensemble, la plupart des diplomates étrangers sont convaincus qu'Eleonora est sa maitresse. Eugène et Eleonara se fréquentent longuement, se réunissant pour des dîners, des réceptions et des jeux de cartes pratiquement tous les jours jusqu'à son décès. Les autres amis d'Eugène comme le nonce apostolique Passionei remplacent la famille qui lui fait toujours défaut. Pour son seul neveu encore en vie, Emmanuel, le fils de son frère Louis Thomas, Eugène arrange un mariage avec une des filles du Prince Liechtenstein, mais Emmanuel meurt de la variole en 1729. Après la mort du fils d'Emmanuel en 1734, il n'y a plus de cousin proche de sexe masculin encore en vie pour succéder au Prince. De fait, sa plus proche cousine est la fille, célibataire, de Louis Thomas, la Princesse Marie Anne Victoire de Savoie-Carignan (en)[N 13], qu'Eugène n'a jamais rencontré et, n'ayant entendu que des choses négatives à son sujet, il ne fait pas d'effort pour la voir[89].

La tombe, à Vienne.

Eugène rentre à Vienne de sa campagne de la Guerre de Succession de Pologne en octobre 1735, affaibli. Quand Marie-Thérèse et François se marient en février 1736, Eugène est trop malade pour se rendre à la cérémonie. Après avoir joué aux cartes chez la Comtesse Batthyány le soir du 20 avril, il regagne sa chambre au Stadtpalais. Quand ses serviteurs arrivent pour le réveiller le matin suivant, le 21 avril 1736, le Prince Eugène est retrouvé mort après s'être étouffé par des glaires, résultat probable d'une pneumonie. Le cœur d'Eugène est enterré avec ceux de sa famille à Turin. Ses restes sont transportés lors d'une grande procession à la Cathédrale Saint-Étienne de Vienne, et enterrés dans la Kreuzkapelle[90].

Mort sans héritier, ses biens passent à sa nièce Marie Anne Victoire alors âgée de 52 ans, qui devenue subitement riche trouve rapidement un mari Joseph-Frédéric de Saxe-Hildburghausen, de 20 ans son cadet. Le couple s'installe dans le château du Schlosshof mais se sépare en 1744, Joseph conservant la splendide demeure. Une grande partie de l'héritage est acquis par François, mari de Marie-Thérèse d'Autriche.

Mécène et protecteur des arts[modifier | modifier le code]

Les récompenses attribuées à Eugène pour ses victoires, sa part des butins, et ses revenus réguliers liés à ses postes au sein du gouvernement Impérial et ceux qu'il tire de ses abbayes en Savoie lui permettent de contribuer au développement de l'architecture baroque[91]. Eugène passe la majeure partie de sa vie à Vienne dans son Palais d'Hiver, le Stadtpalais, construit par Fischer von Erlach. Le palais est à la fois sa résidence officielle et sa maison, mais pour des raisons qui demeurent incertaines, son association avec Fischer se termine avant l'achèvement du bâtiment, et il favorise alors Johann Lukas von Hildebrandt comme architecte en chef personnel[N 14]. Eugène emploie d'abord Hildebrandt pour terminer le Stadtpalais avant de lui confier l'élaboration des plans pour un palais sur son île du Danube à Ráckeve. Commencé en 1701, le chantier de ce bâtiment d'un seul étage dure vingt ans. Malgré cela, probablement en raison de la révolte de Rákóczi, il semble que le Prince ne l'ait visité qu'une seule fois : après le siège de Belgrade en 1717[92].

Palais du Belvédère supérieur, la résidence viennoise du Prince

Le complexe grandiose du palais du Belvédère à Vienne est d'importance plus notable. Le Belvédère inférieur, d'un seul étage, avec ses jardins exotiques et son zoo, est achevé en 1716. Le Belvédère supérieur, terminé entre 1720 et 1722, est un bâtiment plus important. Avec ses murs étincelants de stucs blancs et son toit de cuivre, il devient une des merveilles de l'Europe. Eugène et Hildbrandt convertissent également une construction existante de son domaine de Marchfled en résidence de campagne, le Schlosshof, situé entre le Danube et la Morava, un de ses affluents[N 15]. Ce bâtiment, achevé en 1729, est bien moins élaboré que ses autres projets mais suffisamment résistant pour servir de forteresse en cas de besoin. Eugène passe beaucoup de son temps libre en cet endroit au cours de ses dernières années, y donnant de grandes parties de chasse[93].

Dans les années qui suivent la paix de Rastatt Eugène fait connaissance d'un nombre important d'érudits. En raison de sa position et de sa sensibilité, ils sont désireux de le rencontrer : peu d'entre eux peuvent vivre sans mécène et c'est probablement la raison principale de sa rencontre avec Gottfried Leibniz en 1714[94]. Il se prend d'amitié pour l'écrivain français Jean-Baptiste Rousseau qui, à partir de 1716, reçoit un soutien financier d'Eugène. Rousseau reste attaché à la maison du Prince, aidant probablement à la bibliothèque, jusqu'à son départ pour les Pays-Bas en 1722[N 16]. Une autre de ses connaissances, Montesquieu, déjà célèbre pour ses Lettres persanes quand il arrive à Vienne en 1728, garde de bons souvenirs du temps qu'il passe à la table du Prince. Néanmoins, Eugène n'a pas de prétentions littéraires propres, et n'est pas tenté comme Maurice de Saxe ou le Maréchal Villars d'écrire ses mémoires ou des livres sur l'art de la guerre. Il devient cependant un grand collectionneur: ses galeries de peintures sont remplies d'œuvres italiennes, hollandaises et flamandes des XVIe et XVIIe siècles[95] ; sa bibliothèque du Stadtpalais est remplie de plus de 15 000 livres, 237 manuscrits et une gigantesque collection de gravures (les livres d'histoire naturelle et de géographie revêtent un intérêt tout particulier). Rousseau écrivit : « Il est difficilement croyable qu'un homme qui porte sur ses épaules la charge de presque toutes les affaires d'Europe… puisse trouver autant de temps pour lire comme s'il n'avait rien d'autre à faire »[96]. À la mort d'Eugène, ses possessions et domaines, à l'exception de son patrimoine en Hongrie réclamé par la Couronne, deviennent la possession de sa nièce, la Princesse Victoria, qui décide immédiatement de tout vendre. Les œuvres d'art sont achetées par Charles-Emmanuel III de Sardaigne. La bibliothèque, les gravures et dessins d'Eugène sont achetés par l'Empereur en 1737 et ont intégré depuis les collections nationales de l'Autriche[90].

Reconnaissances[modifier | modifier le code]

Napoléon Ier considérait Eugène comme l'un des sept plus grands commandants de l'histoire[97]. Même si des critiques militaires ont par la suite contesté cette déclaration, Eugène fut indubitablement le plus grand général autrichien[98]. Il ne fut pas un innovateur militaire, mais il avait la capacité de faire fonctionner un système inadéquat. Il était tout aussi adroit comme organisateur, stratège et tacticien, croyant en la primauté de la bataille et en sa capacité à trouver le moment opportun pour lancer une attaque victorieuse[98]. De Saxe écrivit dans ses Rêveries sur l'Art de la Guerre que « l'important est de voir l'opportunité et de savoir comment l'utiliser. Le Prince Eugène possédait cette qualité qui est la plus grande dans l'art de la guerre et qui constitue le test des plus grands génies »[99].

Eugène était partisan de la manière forte - quand des soldats ordinaires désobéissaient aux ordres il était prêt à les tuer lui-même - mais il rejetait la brutalité aveugle, écrivant à ce sujet : « vous ne devriez être dur uniquement lorsque, comme c'est souvent le cas, la gentillesse se révèle être inutile »[100]. Sur le champ de bataille Eugène demandait du courage à ses subordonnés, et attendait de ses hommes qu'ils se battent où et quand il le voulait. Ses critères pour la promotion de ses soldats se basaient davantage sur l'obéissance aux ordres et sur le courage sur le champ de bataille plutôt que sur leur position sociale. De manière générale ses hommes obéissaient car il avait la volonté de les pousser aussi durement que lui-même. Cependant, son rôle de Président du Conseil de Guerre Impérial se révéla être une moins bonne réussite. Durant la longue période de paix qui suivit la guerre entre l'Autriche et l'Empire Ottoman, l'idée de créer une armée de campagne séparée ou de donner aux troupes de garnisons un entraînement efficace pour les transformer en une telle armée ne fut jamais envisagée par Eugène. En conséquence, lors de la guerre de Succession de Pologne, les Autrichiens furent dominés par une armée française bien mieux préparée. Eugène est en grande partie responsable de cette situation - selon lui, contrairement aux exercices et manœuvres de l'armée menées par la Prusse sous l'autorité de Frédéric-Guillaume, de véritables combattants ne pouvaient être formés qu'à l'approche d'une guerre[100]. La confusion de la guerre de Succession de Pologne avait certes marqué Frédéric le Grand, tout comme Eugène comme exemple de la décrépitude épouvantable dans laquelle pouvait tomber les troupes, il améliora après coup ces durs jugements. Il commenta en 1758 : « Si je comprends quelque chose à mes affaires, surtout les aspects les plus difficiles, je dois cet avantage au Prince Eugène. De lui, j'ai appris à avoir constamment de grands objectifs en vue, et à consacrer toutes mes ressources à ces fins. »[101]. Pour l'historien Christopher Duffy (en), c'était de cette conscience de la « grande stratégie » dont Frédéric hérita d'Eugène[101].

Eugène attacha à ses responsabilités ses valeurs personnelles : courage physique, loyauté envers son souverain, honnêteté, contrôle de soi en toutes circonstances. Il attendait ces mêmes qualités de la part de ses commandants. L'approche d'Eugène était dictatoriale, mais il était prêt à coopérer avec des individus qu'il considérait comme son égal, comme Baden ou Marlborough. Il en résultait un personnage austère, inspirant davantage le respect et l'admiration que l'affection[102]. La grande statue équestre au centre de Vienne commémore les réalisations d'Eugène. Est inscrit sur un des côtés : « Au conseiller avisé de trois Empereurs », et sur l'autre, « Au glorieux conquérant des ennemis de l'Autriche »[97].

Navires[modifier | modifier le code]

En honneur d'Eugène, quatre navires de guerre dans différentes marines portèrent son nom:

Ascendance[modifier | modifier le code]

StemmaFamiliaeEugeni (English Version).png
Précédé par Eugène de Savoie-Carignan Suivi par
(Pays-Bas espagnols)
Gouverneurs des Pays-Bas autrichiens
1716-1724
Marie-Élisabeth d'Autriche

Écrits[modifier | modifier le code]

  • Prince Eugène de Savoie, Mémoires, Monaco, Alphée Éditions, coll. « Anatolia »,‎ 2010, 150 p. (ISBN 9782753806122)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'Encyclopædia Britannica situe la mort d'Eugène le 24 avril. Cela est incorrect.[Pourquoi ?]
  2. Heer fixe le départ d'Eugène au 21 juillet.
  3. . Le duc de Marlborough a fourni à Eugène 10 000 hommes en renfort et lui a accordé un prêt de 250 000 livres.
  4. L'armée d'Eugène est presque entièrement constituée d'Allemands payés par la Grande-Bretagne et les Pays-Bas.
  5. Lynn place la signature du traité le 1er mai
  6. Le Traité d'Utrecht est signé le 12 avril 1713. Des requêtes de dernière minute portant sur la cession du Luxembourg à l'Électeur de Bavière, de même que la restauration de la Bavière, le retrait des troupes Impériales du Duché de Mantoue et la reconnaissance formelle immédiate de Philippe V comme Roi d'Espagne sont inacceptables pour Charles VI.
  7. Le Conseil d'Espagne est constitué d'Espagnols et d'Italiens qui ont rallié Charles VI depuis la Guerre de Succession d'Espagne. Le plus vieux membre du Conseil, implacable ennemi d'Eugène, est l'archevêque de Valence Antonio Folch de Cardona (es). Les membres les plus importants de ce Conseil étant cependant le Comte Rocco Stella et le Marquis Ramon de Rialp. Le Conseil contrôle les possessions de Charles VI en Italie.
  8. La Conférence discute de la politique étrangère et se tient généralement dans l'un des palais d'Eugène.
  9. Philippe V et sa deuxième femme Élisabeth Farnèse se rapprochent de l'Autriche pour sortir Charles VI de son isolement en raison de ses différends avec les puissances maritimes concernant la Compagnie d'Ostende. Les souverains espagnols comptent unir leurs deux fils aux filles de l'Empereur, pour que leurs enfants prennent le contrôle de l'héritage des Habsbourg et de la plus grande partie de l'Italie.
  10. Don Charles convoite après Parme, Naples et la Sicile.
  11. « … il n'a point passé ici autrefois pour aimer les dames, mais pour avoir été la maîtresse d'autres jeunes gens, aussi l'appelait-on Mme Simoni et Mme Puttana. Quand il a eu un peu d'argent, il s'est fort bien conduit; mais c'est chose affreuse à penser que les bruits qui courent sur son compte sont peut-être vrais, car on dit que pour un écu on pouvait faire de lui ce qu'on voulait. », Correspondance complète de madame duchesse d'Orléans née Princesse Palatine, mère du régent, 11 août 1717
  12. Il est fait référence à une autre femme avant Batthyány. Le ministre de Suède à Vienne fait référence à la Comtesse Maria Thürheim, cependant, il n'y a aucune preuve de ces affirmations.
  13. Marie Anne Victoire (1683 † 1763), mariée en 1738 (et séparée en 1752) à Joseph Friedrich von Sachsen-Hildburghausen (1702 † 1787), duc de Saxe-Hildburghausen
  14. Rien n'indique une querelle avec Erlach, mais seulement une volonté de changer de style. Hildebrandt avait accompagné Eugène en Italie en qualité de ingénieur durant les sièges et devint ingénieur de la cour Impériale en 1701.
  15. Eugène avait acheté ce terrain en 1726
  16. Rousseau était aux Pays-Bas depuis peu lorsqu'il rejoignit la conspiration pour forcer Eugène à quitter son poste de Gouverneur-Général.

Références[modifier | modifier le code]

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  3. McKay 1977, p. 9
  4. a et b Henderson 1966, p. 9
  5. Heer, The Holy Roman Empire, p. 228. Il s'agissait là de la violation d'une règle que Louis XIV ne pouvait tolérer. On a avancé d'autres raisons. Louvois, secrétaire d'État à la guerre, détestait la mère d'Eugène après qu'elle lui eut refusé une proposition de mariage entre sa fille et le fils de Louvois.
  6. Childs, Warfare in the Seventeenth Century, p. 133. Childs donne le chiffre de 100 000 hommes ; John Wolf va jusqu'à 200 000
  7. Stoye, The Siege of Vienna, p. 114
  8. a et b Henderson 1966, p. 12
  9. Churchill, 2002, tome 1, p. 467
  10. Henderson 1966, p. 13
  11. MacMunn 1933, p. 32
  12. a et b McKay 1977, p. 22
  13. MacMunn 1933, p. 35
  14. MacMunn 1933, p. 39. Léopold le remercie en lui offrant un portrait de lui dans un cadre incrusté de diamants.
  15. a et b McKay 1977, p. 27
  16. Lynn 1999, p. 192–193
  17. McKay 1977, p. 33
  18. Henderson 1966, p. 32
  19. Henderson 1966, p. 33
  20. Henderson 1966, p. 34. Malgré tout, sa promotion a autant à voir avec le manque de commandants compétents au sein de l'armée Impériale qu'à ses succès antérieurs. Il y a plus de vingt maréchaux dans l'armée Impériale à cette époque.
  21. a et b McKay 1977, p. 37
  22. Setton: Venice, Austria, and the Turks in the Seventeenth Century, 390
  23. Spielman, Leopold I of Austria, p. 165
  24. McKay 1977, p. 43
  25. Spielman, Leopold I of Austria, p. 166
  26. Coxe 1864, p. 455, volume II
  27. Coxe 1864, p. 456, volume II
  28. Henderson 1966, p. 43
  29. Coxe 1864, p. 457, volume II
  30. Henderson 1966, p. 50–51
  31. Wolf 1962, p. 59
  32. McKay 1977, p. 60
  33. Coxe 1864, p. 483, volume II
  34. Henderson 1966, p. 67
  35. McKay 1977, p. 64
  36. Lynn 1999, p. 276
  37. Spielman, Leopold I of Austria, p. 188
  38. McKay 1977, p. 66. Léopold et ses ministres Henry Mansfeld et Gotthard Salaburg mirent sans aucun doute Eugène en accusation.
  39. Spielman, Leopold I of Austria, p. 189
  40. McKay 1977, p. 73
  41. Chandler 2003, p. 124
  42. Chandler 2003, p. 125
  43. Chandler 2003, p. 126
  44. Churchill, 2002, tome 1, p. 731
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  46. McKay 1977, p. 87
  47. Churchill, 2002, tome 1, p. 865
  48. Coxe 1864, p. 15, volume III
  49. McKay 1977, p. 94
  50. Coxe 1864, p. 17, volume III
  51. Churchill, 2002, tome 2, p. 182, chapitre III. Eugène porte peut d'intérêt à Milan : il n'y retournera jamais après 1707.
  52. Coxe 1864, p. 28, volume III
  53. Chandler 2003, p. 199
  54. Churchill, 2002, tome 2, p. 350, chapitre III.
  55. Lynn 1999, p. 319
  56. Henderson 1966, p. 162
  57. McKay 1977, p. 117 Quand le Roi Louis XIV a connaissance de la blessure d'Eugène, il déclare : « Je ne veux certainement pas que le Prince Eugène meure, mais je ne serai pas désolé si sa blessure l'empêchait de prendre davantage part à la campagne. »
  58. Henderson 1966, p. 171
  59. Chandler 2003, p. 249. Coxe affirme que la citadelle tombe le 4 septembre. Chandler décrit le siège comme l'un des plus durs de l'histoire moderne. Cette fois-ci, Marlborough dirige le siège tandis qu'Eugène commande les troupes de couverture.
  60. Coxe 1864, p. 58, volume III
  61. Lynn 1999, p. 335
  62. Wolf 1962, p. 89. Les ministres Tories n'informent pas Eugène de cette interdiction d'action militaire mais ils en informent le Maréchal Villars. En octobre 1712, ils communiquent même à la France ce qu'ils savent des plans de guerre d'Eugène.
  63. Lynn 1999, p. 352–354
  64. a et b Lynn 1999, p. 357
  65. Coxe 1864, p. 100, volume III
  66. McKay 1977, p. 160
  67. Henderson 1966, p. 223. McKay fait état de 70 000 hommes ; David Chandler dans The Art of War in the age of Marlborough fait état de 63 000.
  68. McKay 1977, p. 163
  69. Coxe 1864, p. 102, volume III
  70. McKay 1977, p. 165
  71. McKay 1977, p. 166
  72. Coxe 1864, p. 106, volume III
  73. a et b McKay 1977, p. 170
  74. Coxe 1864, p. 108, volume III
  75. McKay 1977, p. 172. Des troupes espagnoles isolées restent dans les environs de Palerme jusqu'à la fin de l'année 1719, alors qu'aucune expédition ne peut être menée vers la Sardaigne.
  76. McKay 1977, p. 177
  77. McKay 1977, p. 180. Eugène est peu enclin à quitter son palais et ses amis : cela serait probablement synonyme pour lui de démission du Conseil de Guerre, poste qui constitue son principal sujet d'intérêt.
  78. McKay 1977, p. 186. De Prié démissionne au printemps 1725 pour éviter son renvoi.
  79. McKay 1977, p. 187
  80. Hatton, George I, p. 274–275. La Suède, le Danemark et la république des Pays-Bas signent le traité de Hanovre en 1727.
  81. Coxe 1864, p. 139, volume III. Les Alliés ne réussissent pas à soutenir les revendications de Frédéric-Guillaume sur le Duché de Juliers.
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  87. McKay 1977, p. 240
  88. McKay 1977, p. 10
  89. McKay 1977, p. 203
  90. a et b McKay 1977, p. 243
  91. McKay 1977, p. 189. La présidence du Conseil de Guerre Impérial doit rapporter à Eugène environ 100 000 florins par an, tandis que ses postes de gouverneur de Milan et des Pays-Bas lui en rapportent sans doute 150 000 annuellement.
  92. McKay 1977, p. 193
  93. McKay 1977, p. 195. L'impératrice Marie-Thérèse acheta le Schlosshof en 1755.
  94. McKay 1977, p. 199. Le philosophe allemand fait la connaissance du Prince lors de sa visite à Vienne en 1714, alors qu'il essayait de convaincre Charles VI de fonder une Académie des Sciences.
  95. Henderson 1966, p. 256. Parmi les artistes qui travaillèrent pour Eugène, il y avait l'artiste italien Giuseppe Maria Crespi.
  96. Henderson 1966, p. 259
  97. a et b Henderson 1966, p. xi. Les autres furent Alexandre le Grand, Hannibal, Jules César, Gustave II Adolphe de Suède, Turenne, et Frédéric II de Prusse.
  98. a et b McKay 1977, p. 246–247
  99. de Saxe 2007, p. 119
  100. a et b McKay 1977, p. 228-232
  101. a et b Duffy, Frederick the Great: A Military Life,, p. 17
  102. McKay 1977, p. 248

Annexes[modifier | modifier le code]

Statue équestre du prince Eugène, par Anton Dominik Fernkorn, place des Héros, Vienne (Autriche)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Prince Eugene of Savoy » (voir la liste des auteurs)
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Sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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