Alexandre Millerand

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Alexandre Millerand
Illustration.
Portrait officiel d'Alexandre Millerand (1920).
Fonctions
Sénateur français
[a]
(12 ans, 8 mois et 10 jours)
Élection
Réélection
Circonscription Orne
Prédécesseur Robert Leneveu
Successeur Aucun (régime de Vichy)

(1 an, 9 mois et 4 jours)
Élection
Circonscription Seine
Prédécesseur Paul Magny
Successeur Amédée Dherbecourt
Président de la République française

(3 ans, 8 mois et 19 jours)
Élection 23 septembre 1920
Président du Conseil Georges Leygues
Aristide Briand
Raymond Poincaré
Frédéric François-Marsal
Prédécesseur Paul Deschanel
Successeur Gaston Doumergue
Président du Conseil des ministres français

(8 mois et 3 jours)
Président Raymond Poincaré
Paul Deschanel
Gouvernement Millerand I et II
Législature XIIe
Coalition Bloc national
(ARD, FR, RI, DVD)
Prédécesseur Georges Clemenceau
Successeur Georges Leygues
Ministre français des Affaires étrangères

(8 mois et 3 jours)
Président Raymond Poincaré
Paul Deschanel
Gouvernement Millerand I et II
Prédécesseur Stephen Pichon
Successeur Georges Leygues
Ministre français de la Guerre

(1 an, 2 mois et 3 jours)
Président Raymond Poincaré
Gouvernement Viviani II
Prédécesseur Adolphe Messimy
Successeur Joseph Gallieni

(11 mois et 29 jours)
Président Armand Fallières
Gouvernement Poincaré I
Prédécesseur Adolphe Messimy
Successeur Albert Lebrun
Ministre français des Travaux publics,
des Postes et Télégraphes

(1 an, 3 mois et 10 jours)
Président Armand Fallières
Gouvernement Aristide Briand I
Prédécesseur Louis Barthou
Successeur Louis Puech
Ministre français du Commerce, de l'Industrie, des Postes et Télégraphes

(2 ans, 11 mois et 16 jours)
Président Émile Loubet
Gouvernement Waldeck-Rousseau
Prédécesseur Paul Delombre
Successeur Georges Trouillot
Député français

(34 ans, 8 mois et 26 jours)
Élection 27 décembre 1885
Réélection 6 octobre 1889
20 août 1893
8 mai 1898
27 avril 1902
6 mai 1906
8 mai 1910
26 avril 1914
16 novembre 1919
Circonscription Seine
Législature IVe, Ve, VIe, VIIe, VIIIe, IXe, Xe, XIe, XIIe (IIIe République)
Conseiller municipal de Paris

(1 an, 6 mois et 27 jours)
Élection
Groupe politique Autonomie communale
Biographie
Nom de naissance Étienne Alexandre Millerand
Date de naissance
Lieu de naissance Paris (5e arrondissement)
Date de décès (à 84 ans)
Lieu de décès Versailles (Seine-et-Oise)
Nature du décès Maladie de Parkinson
Parti politique PSF (1902-1904)
PSI/PRS (1907-)
LRN
LP
Conjoint Jeanne Levayer
Diplômé de Université de Paris
Profession Avocat
Journaliste
Religion Agnostique

Alexandre Millerand
Présidents du Conseil des ministres français
Présidents de la République française

Étienne Alexandre Millerand, né le à Paris et mort le à Versailles, est un homme d'État français.

Avocat et journaliste au quotidien La Justice de Georges Clemenceau, il s’engage en politique au sein des radicaux. Il est élu conseiller municipal de Paris en 1884 et député de la Seine en 1885. Constamment réélu, il siège pendant 35 ans à la Chambre des députés. Durant la crise boulangiste, il s'éloigne des radicaux en maintenant sa volonté de réviser les lois constitutionnelles de 1875.

Il devient au début des années 1890 la principale figure du radical-socialisme puis des socialistes indépendants. Aux côtés notamment de Jean Jaurès, il prône un socialisme réformiste, assez éloigné des courants marxistes. De 1899 à 1902, dans le gouvernement Waldeck-Rousseau, il est ministre du Commerce, de l'Industrie, des Postes et Télégraphes. Premier socialiste membre d'un gouvernement français, il réglemente et réduit le temps de travail, garantit un repos hebdomadaire pour les salariés des établissements dépendants de l'État et fait voter un projet sur les retraites ouvrières.

Alors que son réformisme et sa participation au Gouvernement ont conduit à une scission du mouvement socialiste, il est exclu du Parti socialiste français en 1904 en raison de prises de position considérées comme nationalistes et insuffisamment anticléricales. Progressivement, il rejoint la droite.

En , il est nommé président du Conseil et ministre des Affaires étrangères. Le suivant, à la suite de la démission de Paul Deschanel, il est élu à la présidence de la République face au socialiste Gustave Delory.

Alors qu'il s'implique activement dans les affaires du pays, contrairement à la pratique en vigueur sous la Troisième République, il se voit contraint de quitter l’Élysée le , après la victoire du bloc des gauches aux élections législatives.

Par la suite, il fonde la Ligue républicaine nationale et occupe un mandat de sénateur (de la Seine puis de l’Orne) entre 1925 et 1940.

Situation personnelle[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Sa famille paternelle possède longtemps de nombreuses terres, mais perd son patrimoine avec la Révolution française[2]. Originaire de la petite commune de Roche-et-Raucourt (Haute-Saône), son grand-père paternel s'installe à Paris sous la Restauration[2]. Du côté maternel, sa famille a des origines juives, ce qui sera utilisé par ses adversaires antisémites pendant sa carrière politique[b],[2].

Né le au 5, boulevard de Strasbourg, alors situé dans le 5e arrondissement de Paris, Étienne Alexandre Millerand[c] est le fils de Jean-François Millerand (né en 1826), négociant en drap travaillant rue de la Jussienne (3e arrondissement), et de Mélanie Caen (née en 1835). Le couple — qui se marie en 1861 à la mairie du 10e arrondissement de Paris et reconnaît dans la foulée leur fils aîné — a deux autres enfants : Amélie, née en 1862, et Marthe, née en 1864 et morte à l'âge de six ans[2].

Formation[modifier | modifier le code]

Il suit des études secondaires au lycée de Vanves, puis au lycée Louis-le-Grand — où il est scolarisé quelques mois — ainsi qu'au lycée Henri-IV[5]. Après avoir échoué à obtenir un baccalauréat ès sciences, il devient titulaire d'un baccalauréat ès lettres en 1877[5]. Étudiant à la faculté de droit de Paris, où il côtoie notamment Raymond Poincaré, il obtient un baccalauréat universitaire en 1879 et une licence en droit en 1881[5].

De 1879 à 1880, il effectue son service militaire au 48e régiment de ligne, basé à Guingamp (Côtes-du-Nord). Il est à cette occasion décrit comme un homme d'1,70 m, aux yeux gris, aux cheveux châtains, avec un front bas, un visage ovale et un menton rond[d]. Ayant obtenu une mention très bien à l'examen de fin d'année, il sort avec le grade de sergent. Par la suite, il continue à s'impliquer dans l'armée et devient lieutenant en 1903[7].

Vie familiale[modifier | modifier le code]

En 1886, il se fiance à Laure Donnat, qui fait partie de la famille de Léon Donnat, un homme politique radical ayant succédé à Alexandre Millerand au conseil municipal de Paris. Mais cette relation ne plaît pas à l'entourage de Millerand, qui rompt finalement ses fiançailles au bout de deux semaines[8].

Il se met ensuite en couple avec Jeanne Levayer, fille d'un marchand de bois de la Sarthe et belle-fille de l'homme politique Jehan de Bouteiller, dont Alexandre Millerand est un proche[e]. Ils se marient le à la mairie du 9e arrondissement de Paris. Devenu député, Millerand lui obtient en 1889 la fonction de déléguée de l'Administration générale de l'Assistance publique à Paris[9].

Le couple a quatre enfants[10] :

Carrière professionnelle[modifier | modifier le code]

Le , un mois après avoir quitté l'université, il prête serment comme avocat auprès de la cour d'appel de Paris. L'année suivante, s'étant classé dans les douze premiers du concours d'éloquence organisé par le barreau de Paris, il devient secrétaire de la Conférence des avocats du barreau et vice-président de la Conférence Molé-Tocqueville[5]. De telles fonctions sont généralement considérées comme étant un prélude à une entrée au Parlement[11].

Avec une éloquence froide semblable à celle de Pierre Waldeck-Rousseau, il défend dans les années 1880 des mineurs, en correctionnelle et aux assises, à la suite de grèves à Montceau-les-Mines et à Decazeville ; il plaide ainsi pour Ernest Roche. Pour leur défense, il adopte une approche sociologique, insistant sur leurs difficiles conditions de vie et de travail, et obtient des verdicts relativement cléments[12]. Alors qu'il est devenu député, il continue à exercer et a pour clients les socialistes Jules Guesde, Paul Lafargue et Jean Baptiste Clément[13]. Il est aussi l'avocat de membres de l'organisation terroriste russe Narodnaïa Volia comparaissant en correctionnelle à Paris le et qui pour certains sont condamnés à trois ans de prison[f].

En parallèle, il commence en 1882 une carrière de journaliste en participant de façon intermitente à la chronique judiciaire La Justice, où l'a appelé son directeur politique, Georges Clemenceau, en raison de son opposition résolue à tout compromis avec les républicains opportunistes. Après l'élection de Georges Laguerre comme député, Alexandre Millerand devient le principal contributeur à la chronique judiciaire du journal, où il exprime ses convictions sociales et anticléricales[9]. Il continue d'écrire dans le quotidien jusqu'en 1889, traitant de sujets plus variés après son élection à la Chambre des députés[15]. Par la suite, il collabore à La Voix (1889), à La Petite République (1893-1898) et à La Lanterne (1898-1899)[16]. Il écrit également de façon occassionnelle dans le journal régional radical Le Petit Troyen[17].

Parcours politique[modifier | modifier le code]

Militant et élu radical à Paris (1883-1885)[modifier | modifier le code]

Georges Clemenceau, dont Alexandre Millerand est un proche à ses débuts dans le journalisme et en politique.

Il exprime ses premières considérations politiques en 1870, lorsqu'il s'indigne de l'acquittement de Pierre-Napoléon Bonaparte et se montre enthousiaste à la proclamation de la République. Ses plaidoiries judiciaires et ses écrits à La Justice le placent ensuite parmi les radicaux les plus à gauche. Au début des années 1880, il adhère à un mouvement radical, la Ligue républicaine pour la révision de la Constitution, dont il devient l'un des secrétaires tandis que Georges Clemenceau en est vice-président[9].

À la suite de la démission du député opportuniste Pierre Marmottan, il est secrétaire de campagne du radical Jehan de Bouteiller à l'élection législative partielle de dans le 16e arrondissement de Paris[18]. Mais le candidat radical est mis en cause dans des scandales financiers et doit faire face au second tour à une candidature dissidente, qu'Alexandre Millerand tente de décrédibiliser[19]. Jehan de Bouteiller est finalement devancé de 37 voix par le conservateur Louis Calla[19]. Cette campagne électorale permet cependant à Millerand de gagner en notoriété. Par la suite, il fait campagne pour l’autonomie communale dans différents arrondissements de Paris et préside l’Union de la jeunesse républicaine de Paris[20].

Il se porte candidat aux élections municipales de 1884 pour représenter le quartier de la Muette, dans le 16e arrondissement de Paris[21]. Dans son programme, intitulé « justice et liberté », il appelle au retour de la fonction de maire de Paris et au renforcement des services publics locaux (meilleure distribution de l'eau, extension des voies et moyens de communication, réorganisation de l'assistance publique, amélioration de l'enseignement professionnel, construction de logements sociaux)[21]. Lors du second tour de scrutin, le , il l'emporte avec 51,6 % des suffrages face au conseiller municipal conservateur sortant, Paul Léon Aclocque[22].

Benjamin du conseil municipal de Paris à 25 ans, il siège au groupe majoritaire de l'Autonomie communale, qui s'oppose au préfet de la Seine, et intègre le bureau du conseil comme secrétaire[23]. Ayant pour principal sujet d’intervention l’enseignement, il milite pour un financement public des écoles communales et pour la création d'une école primaire supérieure pour jeunes filles. Il propose également le lancement de boulangeries coopératives afin de permettre aux classes modestes d'avoir accès au pain, soutient des mesures en faveur du petit commerce et fait voter l'octroi d'une subvention de 12 000 francs à la faculté des lettres de Paris pour la création d'un cours d'histoire de la Révolution française[20]. À plusieurs reprises, ses interventions sont jugées hors du périmètre municipal par le préfet de la Seine, Eugène Poubelle[20].

Premier mandat à la Chambre (1885-1889)[modifier | modifier le code]

Jules Ferry, chef de file des républicains opportunistes auquel s’oppose farouchement Alexandre Millerand.

En parallèle de son mandat de conseiller municipal, Alexandre Millerand continue à s'impliquer au niveau national, notamment avec ses éditoriaux dans La Justice. En vue des élection législatives de 1885, il décide de se présenter uniquement dans la capitale, alors que les candidatures multiples sont possibles. Candidat sur trois listes républicaines dans le département de la Seine, il se retire à l'issue du premier tour en raison des bons scores obtenus par les candidats conservateurs, et appelle à l'union des républicains[24].

Six députés élus dans plusieurs départements à la fois ayant décidé de ne pas siéger pour la Seine, des élections législatives partielles sont organisées deux mois plus tard. Conduisant une liste républicaine radicale, Alexandre Millerand arrive en tête du premier tour, puis en troisième position du second tour, le [g]. À 26 ans, il est ainsi élu député de la Seine[h] et sa liste décroche les six sièges en jeu[27]. Il démissionne alors du conseil municipal de Paris, où le radical Léon Donnat le remplace après une municipale partielle[10],[28].

À la Chambre des députés, il décide de siéger sur les bancs du groupe de l'Extrême gauche, qui est constitué de députés radicaux[29]. Il adopte des positions très clivantes et attaque les gouvernements opportunistes, qu'il accuse de collusion avec la droite[i]. Dans son premier discours de politique générale, le , il se place dans l'opposition au gouvernement présenté par Maurice Rouvier, qu'il accuse de trahir la majorité obtenue par la gauche aux législatives de 1885[32]. Jusqu'au scandale des décorations, il se montre en revanche clément envers le président de la République, Jules Grévy, pourtant partisan du ministère Rouvier[33]. Pour l'élection présidentielle de 1887, à laquelle se présente le modéré Jules Ferry, qui est sa cible privilégiée à la Chambre et dans La Justice, il se prononce pour la candidature de Charles Floquet ; après le renoncement du celui-ci, Alexandre Millerand vote finalement pour Sadi Carnot[33].

Dans la continuité de son activité d’avocat, il s'intéresse aux thématiques carcérales, critiquant la détention provisoire et plaidant pour la libération conditionnelle ainsi que pour la séparation des détenus en fonction de leur dangerosité[8]. Il vote en faveur de la « loi d'exil », qui interdit de séjour en France les membres des familles ayant régné sur le pays[34]. Partisan de la laïcisation de tous les établissements scolaires, il dépose en un amendement visant à exclure des lycées les aumôniers, pasteurs et rabbins : la Chambre rejette sa proposition par 320 voix contre 210[35]. Lors des grèves de mineurs de Vierzon, il critique « l'intervention maladroite des autorités » ayant procédé à l’arrestation de grévistes, dressant un parallèle avec la situation sous le Second Empire[36]. En , il est élu à la commission du Budget, mais ne se voit pas confier de responsabilité en raison de son ancrage à gauche[8].

Prise de distance avec les radicaux (1889-1892)[modifier | modifier le code]

Le général Georges Boulanger, dont la montée en puissance conduit Millerand à s’éloigner des radicaux.

Après l'avoir soutenu, notamment en appuyant son action au ministère de la Guerre et son projet de révision constitutionnelle, Alexandre Millerand désavoue le général Boulanger lorsque celui-ci se rapproche des bonapartistes, écrivant que « l'exaltation d'un homme est la pire des folies »[37]. Pour contrer la progression du boulangisme, il appelle à une réforme des lois constitutionnelles et vote contre le rétablissement du scrutin d'arrondissement. Il apparaît alors plus intransigeant que la plupart des radicaux, qui sont prêts à se rapprocher des opportunistes et à faire des compromis sur leur programme afin de « sauver la République »[38]. Alexandre Millerand s'oppose ainsi aux mesures réduisant la liberté de la presse[j] et à toute justice d'exception, votant contre les poursuites à l'encontre de trois députés boulangistes et s'abstenant sur celles visant le général[38]. À la fin de l’année 1887, il rejoint le petit groupe parlementaire des républicains-socialistes, nouvellement créé par des socialistes en rupture avec les radicaux, avant de revenir au groupe de l’Extrême gauche en car jugeant peu clair la position de son groupe sur le boulangisme[13].

Dans une réunion publique qu'il tient à Mâcon le , Alexandre Millerand exprime ces positions divergentes, ce qui l'éloigne de Clemenceau[38]. Un mois plus tard, le député de la Seine participe au lancement d’un Comité de révision républicaine défendant l'idée d'une assemblée constituante[39]. Au sujet de cette initiative, qui est perçue par plusieurs de ses alliés comme proche des positions du général Boulanger, Millerand confie qu'il souhaite « utiliser le mouvement révionniste comme un dérivatif au boulangisme »[40]. Il quitte peu après La Justice et fonde le journal La Voix, qui paraît d’août à [41]. Alors que beaucoup de radicaux renoncent à vouloir changer les institutions, Alexandre Millerand commence à se rapprocher du mouvement républicain-socialiste[38]. Lors des élections législatives de 1889, qui se déroulent au scrutin d'arrondissement, il se présente sous l'étiquette radicale-révisionniste dans la première circonscription du 12e arrondissement de Paris (quartiers de Bercy et des Quinze-Vingts), dont l'électorat est plus populaire que celui de son ancien quartier de la Muette[42]. Au second tour de scrutin, après le retrait des autres candidats républicains, il l'emporte avec 56 % des voix face au candidat boulangiste[43].

À partir du début des années 1890, une fois la menace boulangiste écartée et après avoir sans succès tenté de prendre la tête du courant radical afin de l’orienter davantage à gauche, Alexandre Millerand s'affirme socialiste[44]. C'est la fusillade de Fourmies, qui fait neuf morts parmi des manifestants revendiquant la journée de huit heures, qui marque sa bascule dans le camp socialiste : à la suite de cette répression, il réclame sans succès une commission d'enquête parlementaire et fait campagne pour la candidature à la députation à Lille de Paul Lafargue, alors emprisonné pour avoir encouragé les ouvriers à manifester à l'issue d'un procès durant lequel Alexandre Millerand a plaidé[13],[45]. Dans le même temps, après l'échec commercial de La Voix, Alexandre Millerand rejoint La Petite République, dont il devient un des principaux rédacteurs puis le rédacteur en chef[17].

Dirigeant des socialistes indépendants (1892-1899)[modifier | modifier le code]

Refusant d'adhérer à une quelconque formation politique, il prend rapidement la tête des socialistes indépendants et défend un socialisme réformiste, assez éloigné de celui prôné par les marxistes[41]. En vue des élections législatives de 1893, lors desquelles il brigue un nouveau mandat dans la première circonscription du 12e arrondissement de Paris, il n'emploie qu'une seule fois le terme « socialiste » dans sa profession de foi, ce qui conduit l'administration à le classer à nouveau parmi les candidats radicaux-socialistes[46]. À l'issue du premier tour de scrutin, il est réélu député avec 77 % des suffrages exprimés[47]. Dans l'entre-deux-tours, il donne pour consigne aux candidats socialistes étant arrivés derrière d'autres républicains de se désister pour faire barrage à la droite[46].

Portrait d’Alexandre Millerand publié dans la revue Les Annales politiques et littéraires (1893).

Pendant la VIe législature, il vote contre les lois scélérates et milite pour la libération du socialiste Alfred Léon Gérault-Richard, emprisonné en vertu de ces lois alors qu'il est élu député[48],[49]. Il se pose en farouche opposant du président Jean Casimir-Perier, dont il désapprouve l'activisme à l'Élysée et qu'il qualifie de « rejeton orgueilleux des grands bandits légaux qui ont détroussé nos ancêtres par l'usure »[48],[50]. En , il contribue activement à la chute du troisième gouvernement Dupuy III, qui entraîne la démission de Casimir-Perier, et vote pour le radical Henri Brisson lors de l'élection présidentielle qui suit[48]. Il se montre ensuite bienveillant à l'égard du gouvernement Bourgeois, composé uniquement de radicaux, et soutient le ministre Paul Doumer dans sa volonté d'instaurer l'impôt sur le revenu[48]. Durant la décennie, ses critiques récurrentes envers les opportunistes conduisent Alexandre Millerand à participer à plusieurs duels[k].

Avec René Viviani, il fonde en 1893 la Fédération républicaine socialiste de la Seine[l],[56]. Au côté de Jean Jaurès, il s'affirme alors comme la principale figure du socialisme en France, étant même davantage renommé que ce dernier[57]. Encouragés par leur montée en puissance électorale, les différents courants socialistes envisagent une tentative de programme commun[m],[59]. Pendant deux ans, Alexandre Millerand œuvre à leur réunification et contribue à la Chambre à la formation d'un groupe unique comptant une cinquantaine de membres[57]. Le , après les bons scores des candidats socialistes aux élections municipales, il s'exprime lors d'un grand banquet organisé à la Porte Dorée : dans ce discours, dit de Saint-Mandé, il appelle à l'union des socialistes et à l'élaboration d'un programme commun réformiste[60],[61]. Cette défense d'un socialisme républicain suscite l'inquiétude des opportunistes, qui redoutent le ralliement des classes moyennes à sa cause[57].

S'il reçoit le soutien appuyé de Jean Jaurès, Alexandre Millerand ne fait pas l'unanimité parmi les socialistes. Jean Allemane lui reproche de se montrer hésitant sur la question de la grève générale, tandis qu'Édouard Vaillant s'oppose au retrait au second tour des candidats socialistes arrivés derrière un autre républicain[62]. Lors du congrès international socialiste des travailleurs et des chambres syndicales ouvrières de l'été 1896, Millerand et ses partisans sont mis en minorité par la délégation française, qui s'oppose à l'exclusion du congrès des représentants anarchistes et anarcho-communistes[63]. S'éloignant du collectivisme et défendant l'alliance franco-russe, il est alors soupçonné par une partie de ses alliés de vouloir séduire les classes moyennes et opérer un rapprochement avec les républicains situés plus à droite de l'échiquier politique[62]. Il perd progressivement l'ascendant au sein des socialistes indépendants au profit de Jean Jaurès et se montre moins favorable qu'auparavant à l'unité socialiste, n'hésitant pas à afficher son hostilité à l'égard des socialistes révolutionnaires[58].

Lors des élections législatives de 1898, seul candidat dans sa circonscription parisienne, il est réélu parlementaire au premier tour avec quelque 89 % des électeurs votants et 72 % des inscrits[64]. Avec les défaites de Jules Guesde et de Jaurès, Millerand renforce sa position à la tête du socialisme parlementaire[65],[66]. Durant la première réunion du groupe socialiste suivant les élections, il fait adopter les propositions formulées dans son discours de Saint-Mandé[65]. Il quitte dans la foulée La Petite République, considérant ne plus avoir suffisamment de liberté dans la rédaction de ses éditoriaux, et succède à Aristide Briand comme rédacteur en chef de La Lanterne, où il défend un socialisme patriotique[65].

Ministre dans le gouvernement Waldeck-Rousseau (1899-1902)[modifier | modifier le code]

Alexandre Millerand
(date inconnue, v. 1900).

En appellant au rassemblement des forces républicaines à partir du début de l'année 1899, Alexandre Millerand semble mettre de côté le projet d'union des socialistes afin de privilégier un dialogue avec les radicaux[67],[68].

Le , après l’accord de principe du groupe socialiste de la Chambre à une participation gouvernementale, il entre dans le gouvernement Waldeck-Rousseau — qui rassemble essentiellement des opportunistes et des radicaux — en tant que ministre du Commerce, de l’Industrie, des Postes et Télégraphes. Il s'agit de la première nomination d'une personnalité socialiste dans un gouvernement sous la Troisième République[69]. Si Millerand reçoit l'appui de Jaurès et précise que sa décision n'engage pas la responsabilité collective des socialistes, plusieurs de ses alliés considèrent cette participation à un « gouvernement bourgeois » comme contraire à la lutte des classes et dénoncent la nomination au ministère de la Guerre du général de Galliffet, dépeint comme étant le « bourreau de la Commune »[70]. Le premier congrès des organisations socialistes françaises, qui se tient en à la salle Japy, autorise cependant le principe d'une participation gouvernementale en cas de « circonstances exceptionnelles »[71].

Si le périmètre de son département ministériel inclut l'industrie, le commerce intérieur, les douanes, la marine marchande, l'enseignement technique, industriel et commercial ou les expositions[n], c’est sur la condition des travailleurs qu’Alexandre Millerand concentre son action[o]. Dans un contexte de craintes d'un accroissement des conflits sociaux, il élargit le champ de compétence de l'Office du travail[74], met en place une direction ministérielle chargée de l'assurance et de la prévoyance sociale[73], facilite l'accès des ouvriers aux postes d'inspecteurs adjoints du travail[75] ainsi que la création des conseils de prud'hommes, qui deviennent compétents en matière de commerce[75].

Pour éviter des débats parlementaires à l’issue incertaine, il prend une série de décrets et circulaires, notamment pour renforcer les missions de l’inspection du travail[76] ou le champ d'application de la loi sur l'indemnisation des accidents du travail et de celle sur l'hygiène et la sécurité des travailleurs dans l'industrie[75]. En matière de réduction du temps de travail, il donne son nom à la loi du , qui harmonise la durée maximale de travail en établissant le principe de dix heures par jour (contre généralement douze heures auparavant)[77]. Millerand argue du fait que « les pays où la journée de travail est la plus courte sont aussi ceux où le labeur de l'ouvrier atteint son plus haut degré de productivité »[78]. Il parvient à obtenir le soutien du Sénat, réputé favorable au patronat, et s'aliène les socialistes en raison de la non-application du texte à tous les secteurs, des modalités de son entrée en vigueur (conduisant à un relèvement temporaire de dix à onze heures de la journée de travail pour les enfants)[p] et de l'absence de compensation financière découlant de la diminution du temps de travail[73].

Alexandre Millerand lors de l’Exposition universelle de 1900.

Dans son périmètre direct de compétence, le ministre du Commerce fixe à huit heures la durée de travail quotidienne dans la plupart des secteurs des postes et télégraphes (P&T) et autorise la création du Syndicat national des ouvriers des P&T[75]. Dans les établissements dépendants de l'État, il met en place un temps de repos hebdomadaire, interdit le marchandage et, dans le but de préserver l'emploi pour les Français, crée un quota limitant les emplois d'étrangers. En introduisant ces mesures au niveau étatique, l'objectif affiché par Alexandre Millerand est de lancer une impulsion en direction du secteur privé, qui sera effectivement concerné avec le vote de la loi de 1905 sur la durée du travail dans les mines[79],[80].

Plusieurs de ses autres initiatives se soldent par des reculs ou des échecs. Si les syndicats deviennent propriétaires de la bourse du travail de Paris et que le nombre de salariés syndiqués progresse significativement entre 1899 et 1902, le projet de loi « Waldeck-Rousseau-Millerand » visant à accorder la capacité civile aux syndicats n'aboutit pas au Parlement[81],[82]. Ses « conseils locaux du travail » — composés d'autant d'employeurs que de salariés et compétents en matière d'accords syndicaux et de résolution des conflits — suscitent quant à eux l'opposition du patronat et l'indifférence des syndicats, ce qui conduira rapidement à leur tombée en désuétude[81]. L'aile modérée de la majorité le conduit à revoir à la baisse ses ambitions pour son projet de loi sur les retraites ouvrières et à abandonner celui sur l'arbitrage obligatoire de l’État en cas de grève[81]. De plus en plus nombreux au fil du temps, ses compromis continuent de l'éloigner des élus socialistes[81].

Alexandre Millerand s'implique activement dans l'affaire Dreyfus. Contributeur au journal antidreyfusard L'Éclair, il s'était montré dans un premier temps indifférent à cette affaire, qu'il considérait comme une question bourgeoise[65]. Il a finalement rallié le camp dreyfusard à l'été 1898, en insistant davantage sur la défaillance du système judiciaire que sur le traitement réservé à l'ancien militaire[83],[70]. En , il convainc Mathieu Dreyfus, frère du condamné, de demander la grâce présidentielle plutôt que de déposer un pourvoi en révision[84]. Alors qu’il menace de démissionner s'il n'obtient pas gain de cause de la part du président de la République, Émile Loubet accorde finalement sa grâce à Alfred Dreyfus[85]. Par la suite, Mathieu Dreyfus envisagera de l'engager comme avocat de son frère[84].

Lors de la campagne pour les élections législatives de 1902, Alexandre Millerand est la cible privilégiée à la fois des conservateurs et des révolutionnaires[86] : alors que les socialistes les plus à gauche lui reprochent une proximité avec le patronat et sa participation à la cérémonie de réception du tsar Nicolas II à la fin de l'année 1901, il continue également à être critiqué par les modérés et la droite, qui le tiennent pour responsable du mouvement de grèves de 1899[84]. Au second tour des législatives, il parvient à être réélu face à un candidat nationaliste, mais avec 51,5 % des voix, une majorité nettement moindre que lors des précédents scrutins[87]. Le mois suivant, en , il n'est pas reconduit dans le gouvernement formé par Émile Combes, qui ne souhaite pas de personnalité socialiste dans son ministère[81].

Exclusion du PSF et rapprochement des modérés (1902-1909)[modifier | modifier le code]

Si des figures comme Jean Jaurès et Aristide Briand défendent le ministre du Commerce dans le cadre de l'alliance avec les radicaux, ce n'est pas le cas des courants marxiste et blanquiste — respectivement conduits par Jules Guesde et Édouard Vaillant —, qui rompent avec les autres socialistes et se réunissent en 1901 au sein de l'Unité socialiste révolutionnaire (USR), renommée Parti socialiste de France (PSdF) l'année suivante[88]. En , Alexandre Millerand participe avec Jaurès au lancement du Parti socialiste français (PSF), qui regroupe les partisans de la « défense républicaine » prônée par Waldeck-Rousseau[71],[88].

Si cette querelle autour du « ministérialisme » se termine avec la fin du gouvernement Waldeck-Rousseau, Alexandre Millerand continue de susciter la controverse en apportant son soutien à des mesures nationalistes et en s'opposant à la suppression du budget des cultes[89]. En 1903, il reçoit un blâme du PSF et échappe de peu à l'exclusion lors du congrès de Bordeaux : alors que Pierre Renaudel, Gustave Hervé et plus de la moitié des fédérations réclament son départ, l'appui de Jaurès est déterminant[89]. Pour autant, Millerand — qui est président de la commission d'Assitance et de Prévoyance sociale depuis  — continue de critiquer le gouvernement Combes pour son refus de faire voter des lois sociales, et se prononce contre un ordre du jour socialiste visant à condamner l'envoi de troupes sur des champs de grève[16]. En , malgré son ralliement au principe de la séparation des Églises et de l'État, il est exclu du PSF[90].

Rejoint par Aristide Briand et René Viviani, il rompt avec Jaurès sur la question du soutien au ministère d'Émile Combes. Devenu le plus farouche adversaire de Combes, il est un temps pressenti pour lui succéder à la présidence du Conseil[91]. Soutenant par la suite le gouvernement Rouvier, il vote contre la retraite à 60 ans, contre la mise en place d'une assurance sociale et contre la hausse des prélèvements obligatoires[92]. Lors de l'élection présidentielle de 1906, il préfère Paul Doumer, soutenu par la droite, à Armand Fallières, candidat du Bloc des gauches[93]. En vue des élections législatives de 1906, la fédération socialiste de Bretagne, se joignant aux radicaux et aux modérés, lui propose d'être candidat à Nantes, avant de retirer son offre sur pression de Jaurès[93]. Pendant la campagne, Alexandre Millerand accepte de soutenir des candidats de droite se réclamant de son nom[93]. Principalement opposé à Paul Lafargue, investi par la SFIO, il est réélu au premier tour, avec 55 % des voix, dans le 12e arrondissement de Paris[94]. Il siège au sein du nouveau groupe des Socialistes indépendants[93].

En 1907, il adhère au Parti socialiste indépendant (PSI), qui devient en 1911 le Parti républicain-socialiste (PRS), mais s'implique peu dans le parti, trop à gauche selon lui[91].

Ministre des Travaux publics du gouvernement Briand (1909-1910)[modifier | modifier le code]

Ministre de la Guerre et Première Guerre mondiale (1912-1918)[modifier | modifier le code]

Il affirme son patriotisme en créant en 1914 la Fédération des gauches (avec les députés favorables à la loi Briand des Trois ans) puis la Ligue républicaine nationale.

Alexandre Millerand en 1914.

Il entre au ministère de la Guerre tout d'abord dans le premier gouvernement Poincaré (de janvier 1912 à janvier 1913), puis y est à nouveau nommé dans le second gouvernement Viviani (26 août 1914 - 29 octobre 1915). Intermédiaire entre le Grand Quartier général du général Joffre et son gouvernement dans les débuts de la Première Guerre mondiale, il ne fait en fait qu'exprimer la volonté du commandant en chef durant tout son mandat, estimant que son rôle doit se contenir à assurer la satisfaction du généralissime, et non à lui donner des ordres. Fortement critiqué pour cette attitude au Parlement, et jusqu'au sein même du conseil des ministres, il est rapidement considéré comme la principale faiblesse du gouvernement. Il n'est pas reconduit à la chute de Viviani.

Président du Conseil et ministre des Affaires étrangères (1920)[modifier | modifier le code]

Il est nommé président du Conseil et ministre des Affaires étrangères le 20 janvier 1920. À ce titre, il exerce la fonction de président de la République par intérim après la démission de Paul Deschanel.

Président de la République (1920-1924)[modifier | modifier le code]

Élection[modifier | modifier le code]

Le , après la démission de Paul Deschanel, il est élu président de la République par l'Assemblée nationale, avec 695 voix, soit 88,4 % des suffrages exprimés, face au candidat socialiste, Gustave Delory.

Exercice du pouvoir[modifier | modifier le code]

Alexandre Millerand connaît des relations difficiles avec les présidents du Conseil en raison de son intention d'appliquer la Constitution à la lettre et qui de fait donne une importance réelle au chef de l'État ; il se heurte au refus du président du Conseil, Raymond Poincaré, de soumettre une réforme de la Constitution en 1923. Mais c'est avec le président du Conseil Aristide Briand que les relations sont les plus difficiles car Briand voulait tendre la main à l'Allemagne alors que Millerand était pour une politique de fermeté, au sujet des réparations notamment.

Partisan d'un pouvoir exécutif fort et notamment d'un renforcement des prérogatives du chef de l'État, Alexandre Millerand s'engage à plusieurs reprises dans la politique intérieure, notamment le dans son discours d'Évreux : dans celui-ci, il témoigne de son attachement à la majorité modérée sortante et s'oppose au cartel des gauches, qui regroupe les radicaux et les socialistes.

Démission[modifier | modifier le code]

Vainqueur des élections législatives de 1924, le cartel des gauches lui reproche sa prise de position hostile à son égard et appelle à sa démission. En effet, depuis la présidence Jules Grévy, la tradition voulait que le chef de l'État s'abtienne de prendre part au débat politique. C'est notamment ce qui avait conduit le président Jean Casimir-Perier à démissionner, six mois seulement après son élection.

Mais Alexandre Millerand estime que cette pratique du pouvoir est désuette et refuse de démissionner, aucun texte ne l'y obligeant par ailleurs. Il charge même un modéré, ministre des Finances du gouvernement Poincaré, Frédéric François-Marsal, de former le nouveau gouvernement. La Chambre des députés refuse à celui-ci la confiance[réf. souhaitée]. Bien que s'étant résolu à la volonté parlementaire, Alexandre Millerand est critiqué par la gauche, qui lui reproche son souhait de réformer la Constitution et l'accuse de vouloir entraver son action législative[95]. La Chambre refuse ainsi d'investir un cabinet tant que le chef de l'État reste en fonction. Le , après plusieurs semaines de conflit, Alexandre Millerand refuse de recourir à des moyens inconstitutionnels et présente sa démission dans une lettre lue aux deux chambres.

Sénateur et figure de la droite (1925-1940)[modifier | modifier le code]

Alexandre Millerand participant à une manifestation en 1925.

En , il fonde la Ligue républicaine nationale (LRN), qui réunit notamment l’Alliance démocratique et la Fédération républicaine. Il souhaite en faire la coalition des partis de la droite républicaine face au cartel des gauches, mais le souvenir de sa pratique du pouvoir rend réticents de nombreux modérés, qui l'accusent de vouloir établir un régime personnel et autoritaire.

En , il est élu sénateur dans le département de la Seine. En , Pierre Laval est élu au premier tour des sénatoriales ; Millerand obtient lui 368 voix au 1er tour, 404 au 2e tour, et se retire au 3e tour[96].

Il fait son retour au Sénat comme représentant de l'Orne en , à la suite du décès de Leneveu, ayant été élu avec 536 voix sur 845 exprimés au premier tour de scrutin[97]. Il reste sénateur jusqu'à sa mort. Le , âgé et affaibli, il ne prend pas part au vote des pleins pouvoirs au maréchal Pétain.

Retraite, maladie et mort[modifier | modifier le code]

Il meurt à son domicile, rue Mansart à Versailles, le , des suites de la maladie de Parkinson[98].

Prises de position[modifier | modifier le code]

Évolution de son positionnement[modifier | modifier le code]

Avec Jean Jaurès (photo), Alexandre Millerand est la principale figure du socialisme à la fin du XIXe siècle.

Entré en politique au sein de la frange la plus à gauche des radicaux, Alexandre Millerand mentionne régulièrement le programme de Belleville de Gambetta, notamment en matière de laïcité et institutionnelle. Dans La Justice, il publie des éditoriaux dans lesquels il affiche une hostilité à la fois envers les conservateurs et les républicains opportunistes ; en 1886, il écrit au sujet des opportunistes : « Non, ce n'est point la politique républicaine que celle des expéditions lointaines, du maintien du Concordat, du déficit budgétaire, des faveurs aux revenus financiers. Cette politique-là, ce n'est rien autre chose que la politique monarchiste continuée par monsieur Jules Ferry et ses amis[15]. »

Il s’éloigne de sa famille politique d’origine avec la crise boulangiste, lorsque, afin de favoriser une alliance avec les républicains opportunistes, de nombreux radicaux se montrent prêts à faire des compromis sur leur programme — en renonçant à la révision constitutionnelle, en soutenant le scrutin d'arrondissement et en appellant à des mesures judiciaires d'exception. Alexandre Millerand refuse cette évolution et appelle à la défense des libertés fondamentales[38]. Le journal conservateur Le Gaulois écrit alors que le député de la Seine considère « que le régime actuel doit plutôt périr que de toucher à une seule des libertés qu'il a données ou même seulement promises »[99]. Dans ce contexte, Alexandre Millerand estime s'être détaché « de la masse du parti républicain pour affirmer une politique particulière » avec des personnalités comme le socialiste Basly, le radical Lanessan et le modéré Jaurès[100].

À la fin des années 1880, alors qu'il s’affiche à la fois comme hostile au boulangisme et comme partisan d'un changement constitutionnel, il rejoint le mouvement radical-socialiste. Il renforce alors ses propositions visant à garantir de meilleures conditions aux travailleurs et adhère plus généralement aux principes socialistes, notamment sous l'influence de Charles Longuet et Benoît Malon[12]. Après l'échec du général Boulanger et la fusillade de Fourmies de 1891, il intègre pleinement le courant socialiste et devient le principal dirigeant des socialistes indépendants[12]. Spécialiste du socialisme, Jean Bourdeau le décrit comme « un indépendant qui se pique fort peu de théories »[101]. Son socialisme est avant tout réformiste et républicain, et sa référence est davantage Pierre-Joseph Proudhon que Karl Marx, même s'il prône le dialogue avec les partisans de ce dernier[13]. Il parvient ainsi à faire émerger un courant d'importance entre le radicalisme, situé plus à droite, et le communisme, plus à gauche[62].

Son passage au gouvernement Waldeck-Rousseau marque sa rupture avec le camp socialiste, qui l'accuse de s'être montré trop complaisant avec les revendications patronales[84]. Après son exclusion du Parti socialiste français en 1904, il s'entoure de catholiques sociaux et se rapproche du centre puis de la droite. Ses opposants expliquent cette évolution par un « embourgeoisement » dû à sa situation d'avocat d'affaires[91]. Pendant la campagne des législatives de 1906, il se proclame à nouveau républicain-socialiste[102].

Questions économiques et sociales[modifier | modifier le code]

Tout en affirmant son attachement à la liberté économique et à la propriété individuelle, notamment paysanne, il condamne les « excès » du libéralisme et ambitionne de mettre fin aux monopoles[6]. Il appelle à une fiscalité moins inégalitaire, notamment avec la mise en place d’un impôt progressif sur le revenu et sur les successions[8],[42]. Critique envers la finance, il écrit dans sa profession de foi pour les élections législatives de 1893 : « L'affaire de Panama a montré toutes les forces sociales de ce pays au service et sous les ordres de la haute finance […] La nation doit reprendre sur les barons de cette nouvelle féodalité cosmopolite les forteresses qu’ils lui ont ravies pour la dominer : la Banque de France, les chemins de fer, les mines »[103].

En tant que radical-socialiste puis socialiste, s'il ne refuse pas la participation des ouvriers au système capitaliste, il estime que « le salariat n'a pas plus de raison de durer éternellement que l'esclavage ou le servage » et souhaite que « la machine soit réduite à ne prendre au travailleur que sa peine, lui laissant tout son salaire »[12],[104]. Dans les années 1890, il évoque ainsi la mise en place d’une République sociale et fait mention de la lutte des classes — une théorie à laquelle il ne croit pourtant guère selon son biographe Jean-Louis Rizzo — afin de séduire les marxistes conduits par Jules Guesde[17]. Pour améliorer la situation des travailleurs, en particulier celle des « trois millions d'ouvriers agricoles qui ne possèdent pas un pouce de terre » et des « millions d'ouvriers de fabriques et d'usines », il propose la journée de huit heures, une diminution des cotisations sociales, la mise en place de caisses de retraite, l'instauration de règles plus protectrices pour les femmes et mineurs, le renforcement de la prise en compte des accidents du travail, et réclame l'amnistie des grévistes tout en désapprouvant toute action violente[72],[105].

Mais il se démarque régulièrement des socialistes les plus à gauche et s'affiche réformiste à partir de 1900[89]. Dès son discours de Saint-Mandé (1896), il insiste sur le caractère progressif de la substitution de la propriété sociale à la propriété capitaliste[106],[107]. Soulignant la nécessité de tenir compte des spécificités sociales et politiques en place, il estime que l'émergence du socialisme doit se faire par l'instruction plutôt que par un appel immédiat à la révolution : les militants doivent selon lui connaître avant leur arrivée au pouvoir le fonctionnement des services publics ; grâce à l'éducation, il considère ainsi comme possible la mise en place d'un régime socialiste, de façon progressive et dans le respect de la démocratie, notamment par le biais parlementaire[108]. Par ailleurs, il entend limiter la « propriété sociale » aux seuls secteurs de la banque, des transports par voie ferrée et des mines[57]. Contrairement à d'autres membres de son camp, il ne traite pas uniquement de la question ouvrière mais aussi des paysans et de travailleurs intellectuels, et promet aux petits propriétaires terriens qu'ils ne seront pas concernés par la collectivisation[46] : dans cette perspective, il privilégie le concept de « solidarité des classes » à celui de la lutte des classes[109]. Il affirme également son attachement au principe d'équilibre budgétaire[89].

Après sa rupture avec le PSF, il s'oppose à l'abaissement de l'âge légal de départ à la retraite à 60 ans ainsi qu'à l'instauration d'une assurance sociale[92].

Aspects institutionnels[modifier | modifier le code]

Alexandre Millerand en 1921.

Il milite de façon continue pour une révision des lois constitutionnelles de 1875, qui ont d'après lui abouti à « un régime bâtard, qui a de la République le nom et de la monarchie les vices »[110]. Il déplore « l'instabilité dans le pouvoir exécutif », « des conflits et l'impuissance dans le pouvoir législatif » et « la centralisation à outrance créée par Bonaparte » au sein de l'administration[41]. À la fin des années 1880, en plein succès du boulangisme, il émet l'idée de convoquer une assemblée constituante, et se prononce pour la suppression du Sénat, le référendum, la possibilité de révoquer les députés, l'élection des juges et une plus forte autonomie des assemblée communales[42],[41]. Il soutient le droits des femmes et l'inscription des libertés fondamentales dans la Constitution[65].

Jusqu'au début du XXe siècle, il estime que le président de la République doit adopter un rôle d'arbitre, écrivant durant la présidence de Jean Casimir-Perier : « Ce n'est pas au premier magistrat de la République qu'il convient d'imprimer une direction à la politique de ce pays. Son devoir, comme son honneur, est d'être le serviteur impersonnel et docile de la volonté nationale, exprimée par les représentants du peuple[111]. »

S'il ne regrette pas en 1940 la chute de la Troisième République, qu'il estimait inadaptée au contexte de son époque, il n'exprime pas de sympathie particulière pour le régime de Vichy et critique le nazisme[112]. Dans les années 1930, Charles de Gaulle fait savoir qu'il partage les analyses de l’ancien chef de l'État sur les questions internationales et militaires[112].

Nationalisme et militarisme[modifier | modifier le code]

Pendant son engagement socialiste, il se distingue des marxistes en refusant d'opposer internationalisme et patriotisme[113]. Il déclare que « les socialistes français sont patriotes, profondément patriotes, patriotes de sentiment et de raison » (1893)[114] et que la patrie française est « un incomparable instrument de progrès, matériel et moral, forgé par les siècles » (1896)[115].

Il est considéré comme faisant partie des ministres français de la Guerre les plus nationalistes et antigermanistes[6].

Critique envers le mouvement pacifiste, il approuve le principe d'un budget de la guerre et l’institution militaire. Il est un partisan du service militaire, qu'il voit comme un moyen de sauvegarder l'indépendance de la France et de réunir des hommes en provenance de milieux différents[7],[116] ; il soutient ainsi le projet de loi du général Boulanger visant à établir un service militaire de trois ans obligatoire pour tous[33].

Au sujet des relations avec l'Empire allemand et ses alliés, il estime en 1893 que « ce n'est pas la France vaincue, démembrée qui peut prendre l'initiative du désarmement et se livrer, pieds et poings liés, aux appétits de ses implacables ennemis »[114]. Dix ans plus tard, il refuse de voter en faveur de propositions socialistes sur la réduction des dépenses militaires et sur le désarmement de la France au profit de l’arbitrage entre les nations, ce qui favorisera son exclusion du PSF[72]. Partisan de l'alliance franco-russe, il participe en 1901, contre l’avis de beaucoup de socialistes, à la cérémonie d'accueil du tsar Nicolas II en France[89].

Sujets de société[modifier | modifier le code]

Comme son père, il se définit comme athé, bien qu'il soit baptisé[2]. Il s'éloigne de l'Église après sa première communion, notamment après avoir lu Vie de Jésus d'Ernest Renan[6]. À l’instar de ses collègues radicaux, il adopte au début de sa carrière des positions anticléricales. Mais il modère ses positions au début des années 1900, s'opposant notamment à la suppression du budget des cultes[91]. S'il vote pour la loi de séparation des Églises et de l'État, qu'il juge plus modérée que le projet de Combes, il prône son application dans un « esprit de liberté » afin que les autorités n'aient « ni raison ni prétexte » pour renforcer l'anticléricalisme[93].

Très impliqué sur les questions d’éducation, il approuve dans leur ensemble les lois Jules Ferry, mais reproche à celui-ci de freiner par la suite de nouvelles réformes, notamment la laïcisation des établissements secondaires, dont il est un fervent partisan[7],[117]. Hostile au baccalauréat, qui est selon lui « un entassement de matières » qui « ne prouve ni la capacité des jeunes gens qui y réuissent, ni l'ignorance de ceux qui échouent », il propose la mise en place d'un examen reposant sur les résultats de l'année[33]. Il s'oppose à la généralisation des écoles normales, estimant qu'elles forment des instituteurs n'étant pas assez ouverts sur l'extérieur[118].

Opposé aux « expéditions lointaines », d'après lui trop coûteuses en moyens humains et budgétaires, il dénonce le développement de l'Empire colonial français dans un contexte de tensions avec l'Allemagne[119],[120].

Il défend la liberté d'association[48].

Profil et particularités[modifier | modifier le code]

Buste d'Alexandre Millerand par Victor Ségoffin (1908, musée du Barreau de Paris).

Le parcours politique d'Alexandre Millerand se caractérise par une longévité exceptionnelle pour un homme politique français : élu parlementaire pour la première fois en 1885, il l'est toujours au début de la Seconde Guerre mondiale. Il est ainsi député pendant 35 ans et sénateur pendant 15 années[95]. Il occupe également un grand nombre de postes à responsabilité, exerçant à cinq reprises des fonctions gouvernementales ainsi que les deux principales fonctions du pouvoir exécutif. Cependant, il reste seulement quelques mois à la tête du gouvernement et sa présidence est écourtée.

Le , sur recommandation de Georges Laguerre, il devient franc-maçon en adhérant à la loge L'Amitié du Grand Orient de France[121]. Il est exclu de cette loge le , après s'être éloigné des socialistes et placé en opposant au gouvernement Combes, qui était activement soutenu par la franc-maçonnerie[91].

Il connait quelques phases de popularité lors de ses passages au Gouvernement en 1899-1902, auprès de la classe ouvrière, et en 1920[112].

Malgré l'importance de sa carrière, peu de biographies et travaux universitaires lui sont consacrés[112]. Lui-même avait entrepris de rédiger ses Souvenirs, mais son état de santé ne lui a pas permis de mener à bien son projet et l'ouvrage n'a pas été publié[112].

En tant que responsable politique, il est décrit comme réservé, froid et intransigeant[112]. Après avoir collaboré avec lui à La Justice, Georges Clemenceau affirme qu'il était « le travailleur le plus acharné et méthodique » de sa rédaction[7]. Un article de 1889 de la revue Société d'histoire contemporaine le présente comme un homme sincère et bienveillant qui est désavantagé par son apparence sévère et son caractère austère[42]. L'historien Max Gallo, s'il loue les qualités d'orateur d'Alexandre Millerand, le juge moins intellectuel que l'autre grande figure du socialisme dans les années 1890, Jean Jaurès, tout en soulignant que ses traits physiques le rendent vulgaire[122]. Le journaliste Jean Ernest-Charles affirme que Jaurès est le théoricien du socialisme et Millerand le tacticien, regrettant son seul intérêt pour la politique et une certaine forme de démagogie[123].

Détail des mandats et fonctions[modifier | modifier le code]

Présidence de la République[modifier | modifier le code]

Gouvernement[modifier | modifier le code]

Parlement[modifier | modifier le code]

  • 1927 – 1943 : sénateur de l’Orne
  • 1925 – 1927 : sénateur de la Seine
  •  : député de la Seine

Échelon local[modifier | modifier le code]

Autres[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Publications de Millerand[modifier | modifier le code]

  • Alexandre Millerand, Le Socialisme réformiste français, Paris, G. Bellais, , 121 p. (lire en ligne).
  • Alexandre Millerand, La Guerre libératrice : conférence faite à Versailles le 22 octobre 1916, Paris, Librairie Hachette, , 27 p. (lire en ligne).
  • Alexandre Millerand, Deux Discours, Paris, Marcel Giard, , 49 p. 

Ouvrages sur Millerand[modifier | modifier le code]

  • Raoul Persil, Alexandre Millerand : 1859-1943, SEFI, , 189 p..
  • Leslie Derfler, « Le « cas Millerand » : une nouvelle interprétation », Revue d'histoire moderne et contemporaine, Paris, Presses universitaires de France, t. X,‎ , p. 81-104 (lire en ligne).
  • (en) Leslie Derfler, Alexandre Millerand : the socialist years, La Haye / Paris, Mouton, coll. « Issues in Contemporary Politics » (no 4), , X-326 p. (présentation en ligne).
  • Benoît Yvert, Dictionnaire des ministres (1789-1986), Perrin, , 1028 p. (ISBN 978-2262007102), p. 548.
  • (en) Marjorie Farrar, Principled Pragmatist : The Political Career of Alexandre Millerand, Berg Pub Ltd, , 432 p. (ISBN 978-0854966653).
  • Benoît Yvert, Premiers ministres et présidents du Conseil depuis 1815, Paris, Perrin, coll. « Tempus », , 916 p. (ISBN 978-2262026875).
  • Jean-Louis Rizzo, Alexandre Millerand : socialiste discuté, ministre contesté et président déchu (1859-1943), Paris, L'Harmattan, coll. « Chemins de la mémoire », , 574 p. (ISBN 978-2343008592). 
  • (en) Emmanuel Jousse, « Social change and socialist politics : Alexandre Millerand and the contradictions of French reformism, 1899–1902 », French History, Oxford University Press, vol. 31, no 3,‎ , p. 351–375 (DOI 10.1093/fh/crx034).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. De facto, puisque durant la période de l'Occupation, le Parlement n'est pas dissous, mais le Sénat et la Chambre des députés sont « ajournés jusqu'à nouvel ordre », seul le chef de l'État pouvant les réunir. Le Parlement ne se réunit plus durant toute l'Occupation, entérinant dans les faits le caractère autoritaire du régime de Vichy[1].
  2. La Revue des questions historiques de indique : « Ce sang des aïeux n'est pas purement français et chrétien. Une sève juive s'y est mêlée. »[3].
  3. Né Étienne Alexandre Millerand, il utilise « Alexandre » comme prénom usuel[4].
  4. Il s'agit de la description fournie dans son livre militaire (archives de Paris, année 1879, matricule 2247)[6].
  5. L'épouse de Jehan de Bouteiller a deux filles issues d'une première union, dont la plus jeune est Jeanne Levayer. Celle-ci rencontre Alexandre Millerand lorsqu'il est le secrétaire de la campagne de son beau-père à l'élection législative partielle de 1883[9].
  6. En 1890, le provocateur Arcadi Mikhaïlovich Harting, alias Abraham Landesen, qui dirigera la direction parisienne de l’Okhrana entre 1905 et 1909, avait établi au Raincy, avec Piotr Ratchkovski, un atelier de fabrication de bombes destinées à tuer Alexandre III. Lorsque les bombes furent prêtes, Harting dénonça à la police parisienne le groupe de révolutionnaires se réclamant de Narodnaïa Volia. Le but de l’opération était d’ouvrir une brèche dans le soutien dont jouissaient dans l’opinion française les révolutionnaires russes[14].
  7. Au second tour des élections législatives partielles de 1885, Alexandre Millerand obtient 159 949 voix sur 336 937 votants[25].
  8. Sous la IIIe République, seuls 17 % des députés sont élus pour la première fois à moins de 34 ans. Lors de la IVe législature (1885-1889), Paul Deschanel, Paul Doumer et Stephen Pichon font partie de la même génération qu'Alexandre Millerand[26].
  9. Au cours de l'année 1886, il s'oppose au troisième gouvernement Freycinet — qui comprend pourtant des personnalités radicales — en raison du refus du président du Conseil d'amnistier l'extrême gauche, de dénoncer le Concordat et d'écarter des personnalités modérées comme Jules Ferry ou Léon Say[30],[31].
  10. Lors des débats sur les « lois de réaction » présentées par le ministre de l'Intérieur Ernest Constans en 1889, il dénonce un retour aux pratiques en vigueur sous Charles X et Napoléon III en matière de liberté de la presse[38].
  11. Alexandre Millerand est blessé lors de duels face aux députés opportunistes Eugène Étienne (1893) et Henri Lavertujon (1898)[51],[52],[53].
  12. La Fédération républicaine socialiste de la Seine sert de socle pour le lancement en 1898 de la Fédération des socialistes indépendants de France (FSI), dont font notamment partie Millerand, Jean Jaurès et René Viviani[54],[55].
  13. Dans les années 1890, le mouvement socialiste comprend notamment le Parti ouvrier français, le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire, la Fédération des travailleurs socialistes de France et Parti socialiste révolutionnaire[58].
  14. À ce titre, il est le principal organisateur de l'Exposition universelle de 1900[72].
  15. Le portefeuille du Travail n'existant pas, la condition des travailleurs (mines et chemins de fer exceptés) revient au ministre du Commerce[73].
  16. Sur ce point de l’entrée en application progressive de la loi, Alexandre Millerand répond aux socialistes qu’il s’agit d'une mesure provisoire et que la loi de 1892 instaurant la semaine de dix heures pour les enfants n'a jamais été appliquée[73].

Références[modifier | modifier le code]

Information icon with gradient background.svg Sauf indication contraire ou complémentaire, les informations mentionnées dans cet article proviennent de l'ouvrage de Jean-Louis Rizzo Alexandre Millerand : socialiste discuté, ministre contesté et président déchu (1859-1943), L'Harmattan, coll. « Chemins de la mémoire », .

  1. « Acte constitutionnel no 3 du 11 juillet 1940 », sur mjp.univ-perp.fr (consulté le 8 mai 2018).
  2. a b c d et e Rizzo 2013, p. 14-15.
  3. R. L., « Histoire générale et locale : la famille Millerand de Roche », Revue des questions historiques, Paris, Plon,‎ , p. 506 (lire en ligne, consulté le 15 avril 2019).
  4. « Millerand Alexandre, ancien sénateur de la Seine puis de l'Orne », sur senat.fr (consulté le 10 mai 2019).
  5. a b c et d Rizzo 2013, p. 16.
  6. a b c et d Rizzo 2013, p. 17.
  7. a b c et d Rizzo 2013, p. 18.
  8. a b c et d Rizzo 2013, p. 28-31.
  9. a b c et d Rizzo 2013, p. 19-21.
  10. a et b Sous la direction de Jean-Marie Mayeur, Les Parlementaires de la Seine sous la Troisième République : études, t. 1, Paris, Publications de la Sorbonne, coll. « Histoire de la France aux XIXe et XXe siècles », , 280 p. (ISBN 978-2859444327).
  11. Nicolas Roussellier, « L'aristocratie du barreau, vivier de la République - les secrétaires de la conférence du stage », Vingtième Siècle, no 30,‎ avril-juin 1991 (lire en ligne, consulté le 18 avril 2019).
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Annexes[modifier | modifier le code]

Archives nationales[modifier | modifier le code]

Les papiers personnels d'Alexandre Millerand sont conservés aux Archives nationales sous la cote 470AP. Cf. « Fonds d'archives : Millerand (Alexandre). 470AP. », sur siv.archives-nationales.culture.gouv.fr (consulté le 7 mai 2019).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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