Paul Doumer

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Paul Doumer
Illustration.
Paul Doumer en 1931.
Fonctions
Président de la République française

(10 mois et 24 jours)
Élection 13 mai 1931
Président du Conseil Pierre Laval
André Tardieu
Prédécesseur Gaston Doumergue
Successeur Albert Lebrun
Président du Sénat

(4 ans, 4 mois et 28 jours)
Réélection


Prédécesseur Justin de Selves
Successeur Albert Lebrun
Ministre des Finances

(2 mois et 18 jours)
Président Gaston Doumergue
Gouvernement Aristide Briand VIII
Prédécesseur Louis Loucheur
Successeur Raoul Péret

(11 mois et 27 jours)
Président Alexandre Millerand
Gouvernement Aristide Briand VII
Prédécesseur Frédéric François-Marsal
Successeur Charles de Lasteyrie

(5 mois et 22 jours)
Président Félix Faure
Gouvernement Léon Bourgeois
Prédécesseur Alexandre Ribot
Successeur Georges Cochery
Ministre d'État,
membre du Comité de guerre

(2 mois et 1 jour)
Président Raymond Poincaré
Gouvernement Paul Painlevé I
Président de la Chambre des députés

(1 an, 4 mois et 21 jours)
Réélection
Législature VIIIe
Prédécesseur Henri Brisson
Successeur Henri Brisson
Gouverneur général de l'Indochine française

(5 ans, 8 mois et 4 jours)
Prédécesseur Augustin Juline Fourès
Successeur Paul Beau
Biographie
Nom de naissance Joseph Athanase Doumerc
Date de naissance
Lieu de naissance Aurillac (Cantal)
Date de décès (à 75 ans)
Lieu de décès Paris (8e)
Nature du décès Assassinat
Nationalité Française
Parti politique Parti radical (1901-1905)
Conjoint Blanche Richel (1878-1932)
Diplômé de Université de Paris
Profession Professeur de mathématiques
Journaliste

Paul Doumer
Présidents de la République française

Paul Doumer, né le à Aurillac (Cantal) et mort assassiné le à Paris, est un homme d'État français.

Issu d'un milieu modeste, il travaille dès l’âge de douze ans, comme coursier puis ouvrier graveur. En parallèle de ces emplois, il obtient une licence en mathématiques, ce qui lui permet de devenir enseignant. Il est également journaliste.

Entré en politique comme radical, il s’éloigne de la gauche à partir de la fin des années 1890. Siégeant au Parlement entre 1888 et 1931, il est alternativement député de l’Aisne, de l’Yonne et sénateur de la Corse. Partisan du colonialisme, il occupe de 1897 à 1902 le poste de gouverneur général de l’Indochine française, où il conduit d’importantes réformes.

Il occupe la fonction de ministre des Finances à trois reprises (1895-1896, 1921-1922, 1925-1926). À ce titre, il porte en 1896 un projet de loi visant à instaurer l’impôt sur le revenu, qui se heurte à l’opposition du Sénat. Élu président de la Chambre des députés en 1905, il se présente sans succès à l’élection présidentielle de 1906 face à Armand Fallières, et quitte la tête de la chambre basse la même année.

Impliqué sur les sujets de défense, il assiste en 1914 le gouvernement Gallieni, puis est nommé ministre d’État et membre du comité de guerre à la fin de la Première Guerre mondiale, un conflit qui coûte la vie à quatre de ses fils. Devenu président du Sénat en 1927, il brigue une nouvelle fois la présidence de la République en 1931 : avec le soutien du centre et de la droite, il l'emporte notamment face au républicain-socialiste Aristide Briand.

Investi chef de l’État le , il exerce une présidence essentiellement honorifique et jouit d'une importante popularité. Moins d'un an après le début de son septennat, il est assassiné par Paul Gorgulov, un immigré soviétique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Situation personnelle[modifier | modifier le code]

Origines modestes[modifier | modifier le code]

Joseph Athanase Doumerc naît le à Aurillac, dans le département du Cantal. Baptisé le jour même en l'église catholique Notre-Dame-aux-Neiges d'Aurillac, il a deux sœurs aînées : Renée (née en 1854) et Thérèse (née en 1855)[1].

Ses parents, originaires du Lot, sont de condition très modeste. Son père, Jean Doumerc (probablement né en 1821), est employé des chemins de fer : poseur de rails, il participe à la construction de la ligne Capdenac-Aurillac lors de la naissance de Paul Doumer[2]. Son épouse, Victorine Doumerc (née David en 1823), vient de le rejoindre pour vivre à Aurillac. Le faible salaire de Jean Doumerc (2 à 2,5 francs par jour) lui permet difficilement de subvenir aux besoins de la famille, qui vit dans une chambre d'un logement ouvrier[3].

En , la mission de Jean Doumerc étant achevée, la famille quitte Aurillac pour Paris, comme de nombreuses autres familles ouvrières du Cantal[4]. Elle s'installe dans le quartier de la butte Montmartre (18e arrondissement). Mais le mois suivant son arrivée à Paris, en , Jean Doumerc meurt de façon prématurée[1]. Pour assurer la survie de la famille, Victorine Doumerc travaille comme femme de ménage et couturière, et s'installe rue de Belleville[5].

Au début de sa carrière, Joseph Athanase Doumerc optera pour « Paul », prénom de son grand-père paternel ayant une consonnance plus républicaine, tandis que le « c » de son nom de famille disparaîtra pour une raison restée inconnue[1],[6].

Formation et ascension sociale[modifier | modifier le code]

Plaque apposée au collège Roland Dorgelès, rue de Clignancourt (Paris 18e).

Il effectue sa scolarité primaire à l’école primaire de garçons du 63, rue de Clignancourt, dans le 18e arrondissement de Paris. Même s'il ne bénéficie pas d'une bourse d'étude (seuls quelque 4 000 Français y ont alors droit), il est un l'un des meilleux élèves du quartier de Montmartre, et obtient son certificat d'études primaires (CEP) en 1870[7],[8].

À douze ans, en raison de la situation financière de sa famille, il doit abandonner ses études pour entrer en apprentissage : il est alors un des rares adolescents français à bénéficier de ce type de contrat[1]. Durant six années, il est apprenti en tant que coursier, puis comme ouvrier graveur dans une fabrique parisienne de médailles. En parallèle, il poursuit des études gratuites en formation continue au Conservatoire national des arts et métiers[9],[10]. Il s'intéresse notamment aux mathématiques, à la chimie, au latin et au grec[11]. En 1876, il obtient avec félicitations son baccalauréat en sciences[12].

Dispensé de service militaire en raison de son statut d’orphelin, il obtient en 1877 une licence en mathématiques[Où ?], condition posée par le père de Blanche Richel pour qu’il puisse épouser cette dernière[5]. À 20 ans, Paul Doumer est nommé professeur de mathématiques au collège de Mende (Lozère)[9]. L'année suivante, il obtient une licence en droit[13][réf. à confirmer]. À partir de 1879, afin d'avoir une rémunération plus importante, il enseigne au collège de Remiremont, dans le département des Vosges[14],[15]. En 1880, il devient secrétaire de la fédération vosgienne de la Ligue de l'enseignement, qui prône le développement de l'instruction pour assurer le renforcement de la IIIe République[14] ; à ce titre, il organise des conférences sur l'histoire et les valeurs républicaines[11]. Invoquant des problèmes de santé, il quitte l'enseignement en , vexé par un rapport de l'inspection générale de l'Éducation nationale critique à son égard[11].

Dès lors, Paul Doumer s'investit davantage dans le secteur de la presse, écrivant des articles à l'occasion de séjours à Paris. En 1878, par l'intermédiaire de son beau-père, Clément Richel, il entre en contact avec plusieurs personnalités républicaines, dont les sénateurs et conseillers généraux de l’Aisne Henri Martin et William Waddington. Avec leur soutien, il devient en 1883 rédacteur en chef du journal Le Courrier de l'Aisne, à Laon, où il établit son domicile. En parallèle, il travaille comme répétiteur au collège de Laon. À la tête du journal, à la ligne traditionnellement modérée, il adopte une ligne très radicale et un ton polémique. C’est pourquoi à la mort d’Henri Martin, à la fin de l’année 1883, la direction du journal l'oblige à démissionner[16].

Après son départ forcé du Courrier de l'Aisne, il fonde, avec Gabriel Hanotaux, La Tribune de l'Aisne, dont il devient le premier directeur et qu'il oriente résolument à gauche. Dans le premier numéro du journal, qui sort le , il écrit :

« La création de La Tribune n’a pas eu et ne doit pas avoir pour effet de provoquer une scission dans le camp républicain du département de l’Aisne. Nous voulons réagir contre la méthode trop préconisée et trop suivie qui consiste à remettre les destinées de la République aux mains de ses amis de dernière heure, à ses amis les plus tièdes, les plus imbus des doctrines monarchiques. […] La grave question des rapports de l’État avec les diverses Églises est depuis longtemps pendante. L’opinion publique est insuffisamment préparée à la seule solution possible : la suppression du budget des cultes. […][16] »

Paul Doumer écrit également pour les journaux parisiens Le Matin et Le Voltaire[17]. À l’instar d’autres personnalités, il se sert de ce journal, qui connaît un important succès, comme d'un tremplin pour lancer sa carrière politique[16]. En outre, de 1922 à 1931, il préside la Société des Amis du Muséum national d'Histoire naturelle et du Jardin des Plantes ; à ce titre, il obtient en 1926 la reconnaissance d'utilité publique, ce qui permet à cette association naturaliste de recevoir des dons et legs du gouvernement français[18]. Il est aussi fondateur et secrétaire de l’association républicaine du canton de Laon[16].

Sa carrière politique, qui commence en 1887, couronne son ascension sociale.

Vie privée et familiale[modifier | modifier le code]

Blanche Doumer, épouse de Paul Doumer.

Le , à la mairie du 2e arrondissement de Paris, il épouse Blanche Richel, dans la famille de laquelle il logeait pendant ses études[11].

De leur mariage naissent huit enfants : Fernand Doumer (1879-1972), officier et industriel, marié à Madeleine Despret ; Hélène Doumer (1880-1968) ; Marcel Doumer (1886-1918), ingénieur à l’Institut industriel du Nord (IDN), mort pour la France ; René Doumer (1887-1917), attaché bancaire, mort pour la France ; André Doumer (1889-1914), lieutenant d'artillerie, mort pour la France ; Armand Doumer (1890-1923), docteur en médecine, mort pour la France ; Lucile Doumer (1893-1918) ; Germaine Doumer (1897-1985), résistante, connue pour avoir abattu un sous-officier allemand en [10],[19],[20],[21],[a].

Ses cinq fils — dont quatre meurent en raison de la Première Guerre mondiale — lui inspirent l’ouvrage de morale Le Livre de mes fils (1906)[22],. Il y écrit notamment : « Je souhaite qu'ils se forment une idée élevée de l'homme du vingtième siècle, du bon Français, du citoyen de notre République, et que, les yeux fixés sur ce modèle, ils s'attachent à l'imiter, à réaliser en eux-mêmes les qualités et les vertus qu'ils auront mise en lui »[23].

Parcours politique[modifier | modifier le code]

Débuts comme élu municipal à Laon (1887-1888)[modifier | modifier le code]

Avec l’appui de son journal, Paul Doumer s’implante dans le département de sa belle-famille, l’Aisne, qu’il qualifie de « pays de la loyauté »[24].

Il se présente lors de l’élection municipale d’ à Laon, où la liste sur laquelle il figure obtient la majorité face à celle soutenue par Le Courrier de l'Aisne de William Waddington[25]. Paul Doumer devient conseiller municipal, étant à trente ans le benjamin du nouveau conseil municipal[16]. Deux semaines plus tard, à la suite de la démission du maire de la ville, Jean-François Glatigny, il est élu premier adjoint au nouveau maire, Charles Bonnot[26]. Pendant son mandat, le maire de Laon cherche à modérer les positions de son premier adjoint, qu'il juge excessives[27]. Membre de la commission municipale chargé de l’agriculture, de l'industrie et du commerce, Paul Doumer se montre soucieux d'assurer des investissements tout en s'assurant de l’équilibre du budget municipal. En vertu de la loi Goblet, il exige au plus tôt la laïcisation de l'école communale des garçons. Rapidement, il acquiert une réputation de grand travailleur et de connaisseur des dossiers de la commune, qui compte alors quelque 10 500 habitants[28]. Sa mesure phase est le lancement de la construction du tramway de Laon, qui permettra de relier la gare à la ville haute : mis en service en 1899, il connaîtra un réél succès, et fonctionnera jusqu'en 1971[24],[29].

Premier mandat de député de l'Aisne (1888-1889)[modifier | modifier le code]

Portrait de Paul Doumer (date inconnue).

En 1888, Paul Doumer est investi par les radicaux à l'élection législative partielle qui fait suite à la mort du député de l'Aisne Ernest Ringuier. À la tête du Courrier de l’Aisne, Charles Sébline mène alors une intense campagne contre lui, dénonçant son manque d'expérience et son parachutage dans le département[b]. Il doit également faire face à la candidature du populaire général Boulanger alors que l'Aisne est un département plutôt rural et conservateur[31]. Terminant en deuxième position du premier tour, Paul Doumer bénéficie finalement du désistement de Boulanger, arrivé nettement en tête du scrutin grâce au soutien des paysans et des mineurs[32]. Le , dans un contexte de participation assez faible, il est élu député avec 47 % des suffrages exprimés, contre 37 % au candidat orléaniste René Jacquemart[33].

À la Chambre des députés, où se tiennent encore de vifs débats entre partisans de la monarchie et de la république, il fait partie des rares élus en provenance de la classe ouvrière[34]. Durant ses dix-huit mois de mandat, pendant lequel il siège au sein du groupe de la Gauche radicale, il se montre très actif, rédigeant plusieurs rapports, notamment sur les finances, l'armée et la marine. Il vote contre le projet de loi Lisbonne visant à réduire la liberté de la presse et en faveur de l’abandon du scrutin de liste au profit du scrutin d'arrondissement. Avec le dirigeant radical Léon Bourgeois, il milite pour le développement des sociétés coopératives ouvrières de production afin de réduire l'influence de ses adversaires socialistes : il est ainsi rapporteur de la loi sur le sujet[35]. Ses relations avec le général Boulanger se dégradent lorsqu'il se prononce contre la proposition de celui-ci de réviser les lois constitutionnelles, puis lorsqu'il vote en faveur des poursuites contre le général et des députés issus de la Ligue des patriotes[5],[35].

Candidat à sa réélection lors des élections législatives de 1889 dans la nouvelle deuxième circonscription de Laon, il est battu dès le premier tour par le candidat boulangiste, André Castelin[26].

Chef de cabinet de Charles Floquet et député de l’Yonne (1889-1896)[modifier | modifier le code]

Grâce à son travail législatif et à ses relations au sein de la franc-maçonnerie, il devient chef de cabinet du président de la Chambre des députés, Charles Floquet, le [35].

En 1891, avec l'aide de Floquet, il se porte candidat à un scrutin législatif partiel dans la première circonscription d'Auxerre, dans l'Yonne, à la suite de la mort du député René Laffon[36]. Malgré la campagne hostile conduite à son égard par L’Estafette de Jules Ferry, il est élu au second tour avec 59 % des voix exprimées[37]. Il quitte alors la tête du cabinet de Charles Floquet[38]. Le , dans son premier grand discours à la Chambre, il appelle à une augmentation de l'impôt sur les successions et à l'instauration d'un impôt corrélé aux ressources des citoyens, ce qui sera par la suite appelé impôt sur le revenu. Faisant de cette dernière idée son combat principal dans un système fiscal qu'il juge très inégalitaire, il s'attire les critiques de la droite et d'une partie de la presse, notamment Le Figaro[38]. En , aux côtés de Godefroy Cavaignac, il porte une proposition d'impôt progressif sur le revenu qui fait notamment face à l'opposition de Raymond Poincaré, rapporteur de la commission des Finances : le texte est repoussé par la Chambre par 267 voix contre 236[25],[38].

Paul Doumer est réélu aux élections de 1893 dès le premier tour de scrutin avec 56 % des suffrages exprimés[38]. À l'ouverture de la nouvelle législature, il obtient que chaque séance du vendredi soit consacrée au travail et à la condition des ouvriers[38]. En plus de la fiscalité, il travaille essentiellement sur les colonies françaises quelques années après le « tournant colonial » pris par la IIIe République. En 1893, il est rapporteur d’une proposition de loi de Joseph Reinach visant à instaurer un ministère des Colonies de plein exercice, ce qui est acté l’année suivante[39]. En tant que rapporteur du budget des Colonies, il intervient en 1895 dans le cadre du projet de loi ayant pour objet le règlement provisoire de la situation financière du protectorat de l'Annam et du Tonkin et des dépenses de l'expédition du Siam ; il est alors pressenti pour remplacer le gouverneur général de l'Indochine française, Armand Rousseau[5].

Premier passage au ministère des Finances (1895-1896)[modifier | modifier le code]

Le , bénéficiant de sa réputation d'expert des questions financières et fiscales, il est nommé, à trente-huit ans, ministre des Finances par Léon Bourgeois, qui forme le premier gouvernement radical homogène de l’histoire[40]. Cherchant à allier équilibre des finances publiques et justice sociale, il conduit une politique de rigueur, avec notamment un plan d'économies et l’augmentation de l’impôt sur les successions. Il revient également sur la décision de réduire le périmètre de contrôle financier du gouverneur général de l'Indochine française (décret du 14 mars 1896)[41].

À l’instar des projets qu’il avait défendus précédemment en tant que député, il prône la mise en place d'un impôt global et progressif sur le revenu. Devant remplacer la contribution personnelle et mobilière et l'impôt sur les portes et fenêtres, ce projet de prélèvement suscite l’opposition de la droite et d'une partie de la majorité, effrayées par la personnalisation de la fiscalité directe, la progressivité et la déclaration de revenus. Le ministre des Finances répond que le système fiscal français fait davantage reposer l’impôt « sur le pauvre que sur le riche », et que la mesure, déjà adoptée par la Prusse, permettrait d’accroître les rentrées fiscales dans la perspective d'un nouveau conflit militaire[39]. Avec le soutien des socialistes menés par Jean Jaurès, le principe de l’impôt sur le revenu est approuvé par la Chambre des députés, ce qui constitue une première, les projets similaires précédents ayant tous été repoussés par l’assemblée[39].

Mais Paul Doumer se heurte à l’hostilité du Sénat, plus conservateur, et doit faire face à des appels de membres de sa majorité à retirer son projet s’il ne veut pas faire chuter le gouvernement. Le ministre des Finances ne renonçant pas, le Sénat contraint le cabinet Bourgeois à la démission, le [42]. Après cet échec, Paul Doumer se voit tenu pour responsable de la chute du gouvernement ; redevenu simple député, il propose une nouvelle fois la mise en place de l’impôt sur le revenu en [39]. Cet impôt sera finalement instauré en 1914, en raison de la nécessité d’accroître les recettes de l’État à l’aube de la Première Guerre mondiale[43].

Gouverneur général de l'Indochine française (1897-1902)[modifier | modifier le code]

Le Petit Journal faisant état d’une visite de Paul Doumer au Siam (actuelle Thaïlande), en 1899.

Après la mort d'Armand Rousseau, le président du Conseil, Jules Méline, lui propose le poste de gouverneur général de l'Indochine française[44]. Paul Doumer accepte la proposition du chef de gouvernement de droite, ce qui est considéré comme une trahison par les radicaux. Il prend ses fonctions de gouverneur général le , étant remplacé à la Chambre des députés par Jean-Baptiste Bienvenu-Martin[9].

L'Indochine connait alors une grave crise et le nouveau gouverneur général est chargé de réorganiser le protectorat[45]. Paul Doumer revoit la structure de la colonie en basant le gouvernement à Hanoï, où il fait construire une nouvelle résidence, et en créant les différents budgets de l'Union indochinoise.

Il lance plusieurs grands projets d’infrastructures à Hanoi, qui est devenue la capitale de l’Indochine française, notamment le Pont Paul-Doumer et le Grand Palais[46]. Il organise également une exposition universelle, l’exposition de Hanoi, en 1902-1903[47] ; le coût élevé de l’exposition laisse le budget de la ville en déficit pendant une décennie[46]. Il se fait également construire la Villa Blanche au cap Saint-Jacques, lieu de villégiature prisé des coloniaux de Cochinchine.

Il est un ferme partisan de la construction du chemin de fer Transindochinois (achevé en 1936), dont l'essentiel du plan du réseau avait été dressé par son prédécesseur[c]. Il obtient pour la réalisation du chemin de fer du Yunnan un emprunt de 200 millions de francs-or[48]. Ses services font achever les travaux du port d'Haïphong, commencés sous le mandat de Paul Bert par le groupe lyonnais dirigé par le soyeux Ulysse Pila (1837-1909)[49]. Étant l'un des premiers administrateurs de la Compagnie générale d'électricité (fondée par Pierre Azaria), il fait d'Hanoï la première ville d'Asie à avoir l'électricité (Paul Doumer est devenu administrateur et président de la CGE en 1910[50]). Il entérine le souhait du pasteurien Alexandre Yersin de construction d'un premier sanatorium à Dalat[51].

À la suite de l'agronome Auguste Chevalier et de l'économiste Henri Brenier, Paul Doumer se montre favorable à l'acclimatation de l'hévéa, dont la culture est déjà importante en Malaisie britannique et aux Indes néerlandaises, dans les terres récemment conquises de Sumatra[52]. Il légalise le monopole de l'opium, très rentable pour le budget de la colonie.

Son autoritarisme et l'apparition de tensions avec la Chine, dans le contexte très tendu de la guerre des Boxers, entraînent son rappel en métropole, alors que Théophile Delcassé et Paul Cambon s'efforcent de surmonter le différend franco-britannique qui fait suite à l'incident de Fachoda. Paul Doumer, accusé de « césarisme », est remplacé par le diplomate Paul Beau afin d'apaiser la situation plus que tendue à la frontière avec le Yunnan chinois[d].

Il quitte sa fonction en , ce qui en fait un des gouverneurs généraux du territoire à la longévité la plus importante[53],[54]. Il est considéré comme ayant été l'un des gouverneurs du protectorat les plus actifs[40].

Le Grand Palais, construit à Hanoï à l'initiative de Paul Doumer. 
Le pont Paul Doumer, rebaptisé par la suite pont Long Biên, à Hanoï
La Villa Blanche de Paul Doumer à Vũng Tàu (anciennement Cap Saint-Jacques) en 2013. 

Retour en France et présidence de la Chambre des députés (1902-1906)[modifier | modifier le code]

Paul Doumer en 1905.

Après son départ d'Indochine, il entre en contact avec l'historien et écrivain André Lichtenberger, qui devient son assistant[e],[56]. Il acquiert une propriété à Anizy-le-Château et se présente aux élections législatives de 1902, dans la deuxième circonscription de Laon, où il l'emporte avec 98 % des suffrages exprimés contre un socialiste indépendant[26],[57]. Lors de l’ouverture de la législature, opposé à Fernand Dubief, il accède à la présidence de la commission des Finances. Il est réélu en 1904 à une très large majorité[5].

Comme d'autres radicaux entrés en dissidence, à l'instar de Jean-Marie de Lanessan et d'Édouard Lockroy, il s'oppose en 1904 au ministre de la Marine, Camille Pelletan, et plus généralement au gouvernement Combes, auquel il reproche sa politique anticléricale et dont il participe à la chute[58]. Toujours en 1904, il est élu conseiller général de l'Aisne dans le canton d'Anizy-le-Château, un mandat qu’il détient pendant 27 ans, jusqu’à son élection à la présidence de la République.

Le , soutenu par les républicains modérés, il est élu président de la Chambre des députés par 265 voix contre 240 pour le président sortant, le radical Henri Brisson[59]. Il est élu pour un second mandat le , avec 287 suffrages contre 269 au candidat de gauche, Ferdinand Sarrien[60].

Défaite à l’élection présidentielle et traversée du désert (1906-1912)[modifier | modifier le code]

Il décide de se porter candidat à la présidence de la République. Le , avec 371 voix (43,8 %), il est battu au premier tour par le président du Sénat, Armand Fallières, qui réunit 449 voix (52,9 %). Plus clivant que son adversaire, Paul Doumer a en outre souffert de son souhait de renforcer la fonction présidentielle[61]

Réélu confortablement député de l’Aisne aux élections législatives de 1906 (63 % des voix au premier tour), il quitte le « perchoir » le , à la fin de la VIIIe législature, après avoir occupé pendant seize mois la présidence de la chambre basse[62]. Dans le même temps, il est évincé du groupe de la Gauche radicale, après l’avoir été du Parti radical l’année précédente[63]. Lors des élections législatives, abandonné par les électeurs radicaux-socialistes, il perd son siège de député, recueillant 47 % des voix au second tour face à André Castelin, qui se présente cette fois comme candidat républicain indépendant[5],[64].

Une du Grand illustré du présentant les possibles candidats à l'élection présidentielle de 1906
Les parlementaires prenant part au scrutin présidentiel de 1906 (d'après une gravure du supplément illustré du Petit Journal). 
Paul Doumer aux côtés de son adversaire à l'élection présidentielle, Armand Fallières, et du président sortant, Émile Loubet

Retour au Parlement puis au Gouvernement (1912-1926)[modifier | modifier le code]

Le , Paul Doumer retrouve un mandat parlementaire en se faisant élire sénateur de la Corse au premier tour de scrutin. Comme à la Chambre des députés, il apparaît comme un expert des questions financières, mais s'implique également sur les thématiques militaires, siégeant à la commission des Finances et à celle de l’Armée[17]. Début 1914, il est nommé membre du Conseil supérieur aéronautique militaire[5].

Paul Doumer en 1913.

Au début de la Première Guerre mondiale, sur sa demande, il devient responsable du service des affaires civiles du gouvernement militaire de Paris conduit par le général Gallieni : il est ainsi chargé d’assurer la liaison entre l’État-major et le gouvernement Viviani, replié à Bordeaux, entre septembre et [14]. À ce titre, il travaille notamment sur la fourniture des services publics, les travaux de fortification et l’acheminement des fabrications de guerre[5]. En 1915, il part en mission à Pétrograd pour négocier avec l’empereur de Russie, Nicolas II, l'envoi en France de troupes russes[25]. Le conflit le touche personnellement, puisqu’il coûte la vie à quatre de ses fils et à un de ses gendres[23],[65]. La propriété familiale d'Anizy-le-Château est en outre saisie par les Allemands[25].

Pendant deux mois, du au , dans le gouvernement d'union nationale conduit par Paul Painlevé, il est ministre d’État, membre du Comité de guerre aux côtés de Léon Bourgeois, Jean Dupuy et Henry Franklin-Bouillon[66]. Travaillant avec Léon Bourgeois, il forme le premier comité économique coordonnant les efforts des finances, du commerce de l’armement, du ravitaillement et des travaux publics[14],[25]. Au Sénat, il intègre en la commission chargée de procéder à une enquête économique sur les moyens d'accroître et de coordonner les efforts de production des colonies françaises. En 1920, il est rapporteur général du budget. Seul représentant de la droite gaviniste, il est réélu sénateur au second tour des élections sénatoriales de , avec 52 % des suffrages exprimés, un score inférieur de sept points à celui qu'il avait obtenu neuf ans plus tôt[67].

Il obtient une nouvelle fois le portefeuille de ministre des Finances le , dans le septième gouvernement Briand, où il doit principalement gérer les conséquences de la Guerre. Dans un contexte économique difficile, il mène une politique protectionniste en relevant les tarifs douaniers à l'importation, organise les sociétés coopératives de reconstruction et définit les modalités d'indemnisation des dommages de guerre. Confronté à la baisse des rentrées fiscales, il initie une réforme du système fiscal avec la mise en place d'un comité consultatif des impôts et revenus publics[41]. Il est ministre jusqu’à la fin de ce gouvernement, le .

Élu à la présidence de la commission des Finances du Sénat par acclamation en , il quitte cette fonction cinq mois plus tard pour redevenir ministre des Finances, dans le huitième gouvernement Briand. Il tente alors de stopper la chute du franc, instaure une banque d'émission à Madagascar et réorganise le Crédit maritime[41]. Le gouvernement ayant été renversé en et n'étant pas reconduit dans le neuvième gouvernement Briand, il retrouve la présidence de la commission des Finances du Sénat en [9]. Bien que sénateur de la Corse, il reste conseiller général de l’Aisne et préside le conseil général du département de 1924 à 1925 et de 1927 à 1931[68].

Président du Sénat et accession à l’Élysée (1927-1931)[modifier | modifier le code]

Lors des élections sénatoriales de 1927, le président du Sénat, Justin de Selves, est battu dans son département du Tarn-et-Garonne[69]. Pour lui succéder, le groupe de la Gauche démocratique radicale et radicale-socialiste décide de soutenir la candidature de Paul Doumer, qui bénéficie du retrait d'Albert Lebrun et d'Henri Chéron. Le , Paul Doumer est élu à la présidence du Sénat par 238 voix sur 273 votants. Avant lui, seul Antonin Dubost avait obtenu un nombre de voix aussi important[70]. Réélu sénateur de la Corse au premier tour le , il est reconduit à la tête de la chambre haute les , , et [9].

En 1931, le septennat présidentiel de Gaston Doumergue arrive à son terme. Longtemps donné favori pour lui succéder, 25 ans après son échec face à Armand Fallières, Paul Doumer doit finalement faire face à la candidature de l'un des hommes politiques les plus populaires du moment, Aristide Briand. Le , grâce à l'appui du centre et de la droite, Paul Doumer arrive en tête du premier tour avec 442 voix (49,3 %) contre 401 (44,7 %) pour Aristide Briand, qui se retire aussitôt[71]. Au second tour, la gauche présente la candidature de Pierre Marraud pour remplacer Aristide Briand. Paul Doumer est élu président de la République avec 504 voix sur 883 suffrages exprimés (57,1 %)[72]. Le , il démissionne de son mandat de sénateur et de sa fonction de président du Sénat[73].

Président de la République (1931-1932)[modifier | modifier le code]

Article connexe : Présidence de Paul Doumer.
Portrait officiel de Paul Doumer (1931).
Paul Doumer remettant la coupe de France de football 1932 au capitaine de l'équipe de Cannes.

Paul Doumer prend ses fonctions de président de la République le [74]. Il réside au palais de l'Élysée, avec son épouse, Blanche, sa plus jeune fille, Germaine, et son gendre. À 74 ans, Paul Doumer est le deuxième président de la République le plus âgé à entrer en fonction, ayant quelques semaines de moins qu’Adolphe Thiers en 1871. Il est également le premier à accéder à une telle fonction en venant d’un milieu aussi modeste[75].

Contrairement à son intention exprimée lors de l'élection présidentielle de 1906, Paul Doumer souhaite offrir à la fonction présidentielle un rôle moins politique et un prestige moral. Il inaugure ainsi des expositions et prononce des discours à l'occasion de fêtes populaires. Il bénéficie d'une importante popularité, qui est avant sa mort en passe d'atteindre celle de Gaston Doumergue, notamment en raison de sa sobriété et de son patriotisme[5].

Au cours de l'année 1932, il doit gérer les crises ministérielles faisant suite à la mort d'André Maginot et d'Aristide Briand[40].

Après avoir exprimé à l'issue de l'élection présidentielle de 1931 son intuition qu'il n'achèverait pas son septennat[5], il s'étonne, en inaugurant une exposition sur l'aviation, en Seine-et-Oise, le , de l’importance du dispositif de sécurité mis à sa disposition, et confie à Léon Noël : « À mon âge, après tout, ce serait une belle fin que de mourir assassiné »[76].

Assassinat[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Assassinat de Paul Doumer.

Le , Paul Doumer se rend à l'hôtel Salomon de Rothschild, à Paris, pour la Journée du livre des écrivains combattants, une exposition consacrée aux écrivains de la Première Guerre mondiale[77]. Alors qu'il échange avec l'écrivain Claude Farrère en compagnie du ministre François Piétri, il reçoit deux balles d'un pistolet Browning M1910[f] : une à la base du crâne (sortie au niveau de la pommette droite) et une autre au niveau de l'aisselle droite[77]. Le tireur, Paul Gorgulov, de nationalité soviétique, est déstabilisé par Farrère qui, après avoir tenté de sauver le président en détournant l'arme, reçoit lui-même plusieurs balles au bras. L'agresseur est finalement maîtrisé par les inspecteurs de la sûreté[79].

Le chef de l'État, qui s'écroule dans les bras du sportif Roger Labric, est transporté à l'hôpital Beaujon, situé à quelques pas du lieu de l'agression[80]. Victime d'une importante hémorragie, il est opéré et subit plusieurs transfusions[81]. Il reprend un temps connaissance avant d'être victime d'une hémorragie sévère due à la section de l'artère axillaire. Le président de la République reprend une dernière fois connaissance peu avant minuit, lorsqu'on lui assure qu'il a été victime d'un accident de la circulation[77]. Il meurt le lendemain, à l'aube, à l'âge de 75 ans[82].

L'émotion dans le pays est considérable[82]. Les autorités proposent à Blanche Doumer d'inhumer le président défunt au Panthéon, mais celle-ci déclare : « Je vous l'ai laissé toute sa vie. Alors maintenant, s'il vous plaît, laissez-le-moi. » Son corps est exposé au palais de l'Élysée et des funérailles nationales sont organisées à Notre-Dame de Paris, ainsi qu'au Panthéon. Il est inhumé dans le caveau familial du cimetière de Vaugirard[83]. Paul Gorgulov, qui accuse Paul Doumer de s'être montré trop favorable aux bolcheviks, est condamné à mort et guillotiné le [84].

Paul Doumer évacué de l'hôtel Salomon de Rothschild après s'être fait tirer dessus. 
Paul Gorgulov, assassin du président Doumer. 
Hommage à Paul Doumer en l'église Saint-Paul de Berlin-Gesundbrunnen (Allemagne). 

Prises de position et engagements[modifier | modifier le code]

Positionnement et idéologie[modifier | modifier le code]

Paul Doumer est d’abord vu davantage comme un « technicien » pragmatique — traitant surtout de thématiques financières — qu'un « politique » ou un théoricien[85]. Entré en politique comme radical, il s’éloigne de la gauche à partir de la fin des années 1890 pour progressivement rejoindre le centre et la droite.

À ses débuts, il apparaît comme partisan d’une troisième voie, entre libéralisme et socialisme. En tant que radical, il prône la séparation des Églises et l'État, un protectionnisme économique et des mesures sociales (renforcement des droits des travailleurs, création des sociétés coopératives ouvrières de production, développement des systèmes de mutualisme et de prévoyance, etc.)[30]. Sa défense de l’impôt sur le revenu l’inscrit pleinement dans la lignée du courant solidariste théorisé par Léon Bourgeois[39]. Il se distingue des socialistes en refusant toute nationalisation des moyens de production et en se posant en défenseur de la petite propriété[35].

En raison notamment de son amitié avec Henri Martin, il se dit résolument patriote[16]. Il est également un fervent partisan du colonialisme : il cofonde en 1889 une école coloniale à Paris, et appartient à la Chambre des députés au « groupe colonial », qui défend la « mission civilisatrice » de la République française[86],[87]. Ces réseaux coloniaux sont déterminants dans son ascension politique[88].

À partir de 1904, Paul Doumer critique publiquement la politique anticléricale du gouvernement Combes — formé d'une majorité de radicaux et s'appuyant sur la majorité du bloc des gauches — et appelle à être « des patriotes avant tout »[89]. Il devient alors le principal dirigeant des radicaux modérés hostiles au combisme alors même qu'il s'était montré résolument anticlérical par le passé, notamment au Grand Orient de France[90]. Le radical Arthur Ranc déclare en 1900, au sujet d’un article du journal conservateur Le Gaulois : « Le Gaulois pose la candidature de M. Doumer à la présidence de la République clérico-nationaleuse »[91],[92]. En 1902, Jean Bepmale demande sans succès son exclusion du Parti radical[93]. Paul Doumer est finalement exclu du parti en 1905[94]. Il est considéré comme le candidat du centre droit à l'élection présidentielle de 1906[95].

En raison de cette évolution, Paul Doumer fait l’objet de vives attaques de l’extrême gauche et de ses anciens compagnons radicaux restés à gauche[58],[66]. Ceux-ci le qualifient ainsi d'opportuniste et lui reprochent sa bienveillance à l’égard de l’Église et de l’armée pendant l’affaire Dreyfus[96]. Le socialiste Jean Jaurès parle à son sujet de « trahison » et « cynisme »[97]. Dans ces conditions, il se rapproche, avec ses soutiens, des modérés, qui, même s'ils s’en défendent publiquement, votent pour partie en sa faveur en 1906, lors de l’élection à la présidence de la Chambre des députés de janvier, puis à l’élection présidentielle[60]. À cette occasion, Georges Clemenceau le qualifie de « candidat de l’Église et de la monarchie »[98].

Franc-maçonnerie[modifier | modifier le code]

Sous la IIIe République, l'appartenance à la franc-maçonnerie est fréquente chez les hommes politiques, notamment au Parti radical[99].

Le , à 22 ans, sur recommandation des hommes politiques Henri Martin et William Waddington, Paul Doumer est initié franc-maçon par la loge parisienne l’Union fraternelle, dont il devient compagnon et maître l'année suivante[90]. Sur désignation de l’Union fraternelle, il siège au convent de l'obédience libérale le Grand Orient de France (GODF) de 1884 à 1888, puis au conseil de l'ordre de 1888 à 1895. Il fait partie de ceux qui écartent les francs-maçons s'étant montrés favorables au coup d'État du général Boulanger, et devient secrétaire de la loge en 1892[90]. Contrairement à d'autres hommes politiques, il refuse de se mettre en retrait de la franc-maçonnerie lorsqu'il est élu député dans l’Aisne, en 1888. Il est alors également affilié à deux loges dans l'Aisne[g], à la loge Alsace-Lorraine, ainsi qu'à la loge Voltaire, dont il est cofondateur et « vénérable maître » pendant plusieurs années[h]. Devenu parlementaire de l’Yonne, il rejoint la loge Le Réveil de l’Yonne[90].

La franc-maçonnerie lui permet de nouer des relations avec des personnalités politiques, notamment Léon Bourgeois[100]. Se montrant partisan de l'intervention de la franc-maçonnerie dans le champ politique, il défend au sein de son obédience un vif patriotisme, l'anticléricalisme et une réforme du système fiscal, avec notamment l'instauration de l'impôt sur le revenu[90],[101]. En tant que ministre des Finances, en 1895-1896, il reprend les travaux effectués au Grand Orient sur l'impôt sur le revenu[90]. Il entretient par la suite des liens avec des loges présentes en Indochine française, lorsqu'il est gouverneur général, mais refuse d'aider celles-ci à entraver l’action des missionnaire chrétiens[90]. À son retour en métropole, il retrouve un rôle au sein du Grand Orient[90].

Indigné par le rôle de son obédience et du gouvernement Combes dans l'affaire des fiches, il annonce son intention de quitter la franc-maçonnerie en 1905[102],[103],[104]. Il quitte alors le GODF, d'abord provisoirement, puis définitivement à la suite de l'élection présidentielle de 1906, qu'il perd notamment en raison de l'hostilité de francs-maçons[90]. Cependant, il reste membre honoraire de sa loge de départ, l'Union fraternelle[90].

Profil et particularités notables[modifier | modifier le code]

Paul Doumer en .

Bien qu'interrompu par son assassinat, le parcours politique de Paul Doumer s'étend sur près d'un demi-siècle, ce qui constitue une longévité exceptionnelle sous la République[105]. Il a en effet accédé très jeune à des responsabilités nationales (député à trente-et-un ans, ministre à trente-huit, gouverneur général de l'Indochine à trente-neuf)[i]. S'il n'a jamais été président du Conseil ou dirigeant d'un mouvement politique, contrairement à beaucoup de figures de son importance, il a présidé les deux chambres du Parlement français, ce qui n'est pas commun[106].

Bien qu'attaché à l'Aisne, dont il est conseiller général pendant vingt-sept ans et où il est domicilié à partir de 1883, il change de circonscription électorale pour se faire alternativement élire parlementaire dans l'Yonne et en Corse à une époque où les parachutages sont mal vus par la population et les changements de départements très peu fréquents[38]. Cette démarche tend à illustrer le caractère de plus en plus national que présentent les parlementaires français[30].

Paul Doumer est le seul président de la République d'origine ouvrière. En particulier aux débuts de la République, les parlementaires s'étant élevés socialement grâce à leurs seules études sont très peu nombreux[34]. Dans son ouvrage La République des Professeurs, Albert Thibaudet relève que les enseignants — qui sont souvent d'origine très modeste — sont nombreux à s'engager en politique sous la IIIe République[107]. Selon son biographe Amaury Lorin, il est l’illustration de l’idée selon laquelle l’instruction joue un rôle déterminant dans l’ascension sociale[11].

Sa formation en mathématiques le sert durant sa carrière politique, notamment sur les questions financières et fiscales, dont peu de députés sont spécialistes ; cette compétence reconnue lui vaut le respect de ses pairs parlementaires[85]. Reconnu pour sa capacité de travail, dormant peu, il est généralement considéré comme solitaire, austère et autoritaire. Le terme de « boulangisme civil » a ainsi pu être utilisé à son sujet par ses adversaires de gauche[95].

Détail des mandats et fonctions[modifier | modifier le code]

À la présidence de la République[modifier | modifier le code]

Au Gouvernement[modifier | modifier le code]

À la Chambre des députés[modifier | modifier le code]

Au Sénat[modifier | modifier le code]

Au niveau local[modifier | modifier le code]

Postérité et hommages[modifier | modifier le code]

Dans les décennies qui suivent sa mort, il est davantage connu en raison de sa mort tragique que de sa carrière politique, pourtant très longue. C'est seulement en 2013 qu'une biographie lui est consacrée (Amaury Lorin, Une ascension en République : Paul Doumer (1857-1932) d'Aurillac à l'Élysée, Dalloz)[108].

Il fait cependant partie des présidents de la République les plus honorés en France de par les établissements scolaires, les centres ou les voies de circulation[j] qui portent son nom. Le paquebot Paul Doumer est lancé le [110]. L’année suivante, en 1934, une statue lui est élevée dans sa ville natale d’Aurillac, et un timbre à son effigie est émis par La Poste[111].


Sépulture de Paul Doumer au cimetière de Vaugirard (Paris 15e). 
Rue Paul-Doumer à Laon (Aisne, Hauts-de-France). 
Angle de l’avenue Paul-Doumer (Paris 16e). 

Décorations[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Ouvrages de Paul Doumer[modifier | modifier le code]

  • Situation de l'Indo-Chine (1897-1901) : rapport, Hanoï, F.-H. Schneider, (lire en ligne)
  • L'Indo-Chine française : souvenirs, Paris, Vuibert et Nony, , 392 p. (notice BnF no FRBNF34137199, lire en ligne)
  • Livre de mes fils, Paris, Vuibert et Nony, , 344 p. (notice BnF no FRBNF30351875, lire en ligne)
  • Paroles humaines, Paris, Eugène Figuière, coll. « Paroles du XXe siècle », , 238 p.

Ouvrages traitant de Paul Doumer[modifier | modifier le code]

  • Henri Pellier, Paul Doumer, Paris, Larousse, coll. « Les livres roses pour la jeunesse », no 553, 1932, 28 p.
  • Jacques Chauvin, Paul Doumer, le président assassiné, Paris, éditions du Panthéon, 1994, 196 p. (ouvrage réalisé sans recherches archivistiques, dépourvu de notes et publié à compte d'auteur).
  • Albert Thibaudet, La République des Professeurs, Hachette, (1re éd. 1927), 284 p. (ISBN 978-2012793095). .
  • Amaury Lorin, Paul Doumer, gouverneur général de l'Indochine (1897-1902) : le tremplin colonial, Paris, L'Harmattan, coll. « Recherches asiatiques », 2004, rééd. 2009, 248 p., prix des écrivains combattants 2006, prix Auguste Pavie de l'Académie des sciences d'outre-mer, 2006 (ISBN 2-7475-6954-3).
  • Monique Cara, Jean-Marc Cara et Marc de Jode, Dictionnaire universel de la franc-maçonnerie, Larousse, , 640 p. (ISBN 978-2035848406), « Paul Doumer ». .
  • Amaury Lorin (préf. Jean-Pierre Bel), Une ascension en République : Paul Doumer (1857-1932) d'Aurillac à l'Élysée, Paris, Dalloz (premier prix de thèse du Sénat 2012), coll. « Bibliothèque parlementaire et constitutionnelle », , 601 p. (ISBN 978-2247126040, notice BnF no FRBNF43565287N). .

Articles et travaux consacrés à Paul Doumer[modifier | modifier le code]

Sur l'action de Paul Doumer en tant que gouverneur général de l'Indochine française

  • Michel Bruguière, « Le Chemin de fer du Yunnan : Paul Doumer et la politique d’intervention française en Chine (1889-1902) », Revue d’histoire diplomatique, janvier-mars 1963, pp. 23-61 ; avril-juin 1963, pp. 129-162 ; juillet-septembre 1963, p. 252-278, rééd. dans Michel Bruguière, Pour une renaissance de l'histoire financière (XVIIIe-XXe siècles), Paris, CHEFF, 1992, pp. 1-85.
  • Chantal Descours, « Paul Doumer et l'établissement de la régie générale de l'opium en Indochine », Études & documents, CHEFF, 1991, pp. 273-291.
  • Charles Fourniau, « Politique coloniale ou « politique mondiale » : Doumer et le Yunnan », dans Histoires d'outre-mer : mélanges en l'honneur de Jean-Louis Miège, Aix-en-Provence, PUP, 1992, t. 1, pp. 49-72.
  • Robert S. Lee, France and the Exploitation of China, 1885-1901: A Study in Economic Imperialism, Oxford, OUP, 1989.
  • Amaury Lorin, « L'ambitieuse Indochine de Paul Doumer », Aventures et dossiers secrets de l'Histoire, hors-série janvier 2005, pp. 60-77.
  • Amaury Lorin, « « La civilisation suit la locomotive » : le credo ferroviaire de Paul Doumer, gouverneur général de l’Indochine (1897-1902) », Revue d'histoire des chemins de fer, no 35, automne 2006, pp. 41-54 (ISSN 0996-9403), disponible en ligne : « La civilisation suit la locomotive », sur rhcf.revues.org (consulté le 30 juin 2016).
  • Amaury Lorin, « Dalat, « station d'altitude » : fondation ex nihilo de Paul Doumer, gouverneur général de l'Indochine (1898) », Péninsule, no 52, 2006, pp. 225-234.
  • Amaury Lorin, « La propagande coloniale de la IIIe République : Paul Doumer, gouverneur général de l'Indochine (1897-1902) », dans Denis Rolland et al. (dir.), Les Républiques en propagande (XIXe-XXIe siècles), Paris, L'Harmattan, 2006, pp. 173-186.
  • Amaury Lorin, « La « découverte » française du site : autour de Paul Doumer et de la fondation de l'École française d'Extrême-Orient », dans Hugues Tertrais (dir.), Angkor (VIIIe-XXIe siècles) : mémoire et identité khmères, Paris, Autrement, 2008, pp. 110-123.
  • Amaury Lorin, « « Gouverner partout, n'administrer nulle part » : Paul Doumer, « Colbert de l'Indochine » (1897-1902) », dans Samia El Mechat (dir.), Les administrations coloniales (XIXe-XXe siècles) : esquisse d'une histoire comparée, Rennes, PUR, 2009, pp. 25-32.
  • Amaury Lorin, « Le grand tournant : Paul Doumer, « démiurge de l'Indochine française » (1897-1902) », Ultramarines : archives d'outre-mer, histoire des civilisations, no 27, novembre 2009, pp. 14-21.
  • Amaury Lorin, « Paul Doumer, archétype du grand administrateur colonial français de la IIIe République », Questions internationales (La Documentation française), no 46, novembre-décembre 2010, pp. 112-119.
  • Amaury Lorin, « L'École française d'Extrême-Orient, création de Paul Doumer, gouverneur général de l'Indochine (1898) : un acte politique », dans Anne Dulphy et al. (dir.), Les relations culturelles internationales au XXe siècle : de la diplomatie culturelle à l'acculturation, Bruxelles, P.I.E. Peter Lang, 2011, pp. 339-345.
  • Amaury Lorin, « Un présidentiable formé par « l'école des colonies » : Paul Doumer en Indochine (1897-1902) », Outre-mers, revue d'histoire, no 372-373, 2e semestre 2011, pp. 195-204.
  • Thi Hoai Trang Phan, « Paul Doumer : aux origines d'un grand projet, le chemin de fer transindochinois », Histoire, économie & société, no 3, 2011, pp. 115-140.

Sur la carrière politique de Paul Doumer en métropole

  • Charles Westercamp, Le Laonnois pittoresque : Laon, t. 1, Laon, Tablettes de l'Ain, , 351 p., « Biographie de Paul Doumer ». 
  • Jean Jolly, Dictionnaire des parlementaires français : notices sur les ministres députés et sénateurs français de 1889 à 1940, 8 vol., Paris, PUF, 1960-1977.
  • Amaury Lorin, « Paul Doumer et l'association des écrivains combattants (1919-1939) », L'Écrivain combattant, no 115, 2008, p. 12.
  • Amaury Lorin, « Paul Doumer, sénateur de Corse (1912-1931) : du parachutage à l'acclimatation », Études corses, no 71, 2010, pp. 67-88.
  • Amaury Lorin, « Mai 1931 : un fils d'ouvrier à l'Élysée », L'Histoire, no 364, 2011, pp. 34-35.
  • Amaury Lorin, « Paul Doumer (1857-1932), « bienfaiteur de l'Aisne » : histoire d'une adoption », Mémoires de la fédération des sociétés d'histoire et d'archéologie de l'Aisne, t. LVI, 2011, pp. 203-224.
  • Amaury Lorin, « Agrarisme et politique sous la IIIe République : Paul Doumer (1857-1932), le Cantal et l'Auvergne », Revue de la Haute-Auvergne, t. 74, janvier-mars 2012, numéro « Figures politiques », pp. 45-60.
  • Amaury Lorin, « Paul Doumer et l’Académie des sciences coloniales (1922-1932) », Mondes et cultures : compte-rendu annuel des travaux de l’Académie des sciences d’outre-mer, 2012, t. LXXII, vol. 1, pp. 291-298.
  • Amaury Lorin, « La franc-maçonnerie sous la IIIe République : Paul Doumer (1857-1932) et le Grand Orient de France », Chroniques d’histoire maçonnique, no 71, 2013, « Grandes figures maçonniques de la IIIe République », pp. 50-66.
  • Amaury Lorin, « L’autoritarisme colonial sous la IIIe République : Paul Doumer, de l’Indochine à l’Élysée (1897-1932) », dans Christine de Gemeaux et al. (dir.), L'Autorité coloniale en Indochine : de la pacification au « malaise indochinois » des années 1930, Paris, Le Manuscrit-Savoirs, coll. « Carrefours d’empires », 2015, pp. 65-83.
  • Amaury Lorin, « Paul Doumer, « grand argentier » de la IIIe République, et les « finances de guerre » (1914-1918) : un nouvel âge des finances publiques ? », dans Florence Descamps et al. (dir.), Finances publiques en temps de guerre : déstabilisation et recomposition des pouvoirs, Paris, CHEFF, 2016, pp. 33-48.

Sur l'assassinat de Paul Doumer et l'affaire Gorguloff

  • Sophie Coeuré et al., « Paul Gorguloff, assassin de Paul Doumer (1932) », Vingtième siècle, revue d'histoire, no 65, janvier-mars 2000, pp. 35-46.
  • Adrien Dansette, « Il y a vingt-cinq ans : le président Doumer était assassiné », Historia, no 126, mai 1957, pp. 412-418.
  • Katherine Foshko, « The Paul Doumer Assassination and the Russian Diaspora in Interwar France », French History, vol. 23, no 3, septembre 2009, pp. 383-404.
  • Serguei Koudriavtsev, Une version de l'affaire Gorguloff [traduction du titre en russe], Moscou, Gileia, 1999.
  • Amaury Lorin, « Un paranoiaque abat le président Doumer », dossier « Complots : ces meurtriers qui ont bousculé l'Histoire », Historia, no 747, mars 2009, pp. 25-27.
  • Amaury Lorin, « Un « régicide républicain » : Paul Doumer, le président assassiné (6 mai 1932) », Criminocorpus : histoire de la justice, des crimes et des peines, 2011, disponible en ligne : « Un régicide républicain », sur criminocorpus.revues.org (consulté le 30 juin 2016).
  • Amaury Lorin, « On a tué le président ! », L’Histoire, no 375, mai 2012, pp. 32-33.
  • Monique Moncel, « Il y a cinquante ans : le docteur Gorguloff, l'étrange assassin du président Doumer », Historia, no 426, mai 1982, pp. 86-95.
  • Dimitri Vicheney, « Le tragique destin de Paul Doumer », Bulletin de la Société historique et archéologique du XVe arrondissement de Paris, no 28, automne 2006, pp. 50-65.
  • Karelle Vincent, « Le régicide en République : Sadi Carnot, 24 juin 1897-Paul Doumer, 6 mai 1932 », Crime, histoire et sociétés, vol. 3, no 2, 1999, pp. 73-93.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le , jour où Philippe Pétain appelle à cesser le combat et annonce son intention de demander l'armistice, Germaine Lemaire abat un sous-officier allemand à Cosne-sur-Loire. Présidente de la section de Cosne-sur-Loire de la fédération des déportés et internés résistants, elle est décorée de la Légion d'honneur par décret présidentiel le 23 décembre 1970.
  2. Lors de l’élection législative partielle de 1888, Paul Doumer réside dans l’Aisne depuis cinq années[30].
  3. Armand Rousseau (1835-1896), polytechnicien du corps des ponts et chaussées, avait servi en 1867 comme ingénieur du port de Brest, en 1870 comme officier du Génie (durant la guerre), puis comme directeur des routes et de la navigation au ministère des Travaux publics de 1876 à 1881 et comme membre de l'inspection générale des Ponts et Chaussées en 1885, avant de gagner l'Indochine. Ce fils de saint-simonien convaincu avait fait réaliser un plan ferroviaire qu'il n'eut pas le temps de s'attribuer, la mort venant brutalement le faucher. Doumer, successeur immédiat de Rousseau, s'attribue immédiatement un plan sur lequel il n'a plus qu'à apposer sa signature.
  4. Paul Beau, ancien ministre de France à Pékin, était l'homme de Delcassé et appliqua en Indochine un programme d'association, alors que l'Asie était secouée par la montée en puissance japonaise (Tsushima, 1905).
  5. Celui-ci devient son chef de cabinet quand Paul Doumer est président de la Chambre des députés et ils fondent ensemble un périodique appelé L'Opinion[55].
  6. Aujourd'hui conservé au musée de la préfecture de police[78].
  7. Dans l'Aisne, Paul Doumer est membre de la loge Patrie et humanité — dont il devient le vénérable maître —, à Soissons, et de la loge Les Frères du Mont laonnois, à Laon[90].
  8. Paul Doumer fonde la loge Voltaire en 1890, avec Léon Bourgeois, Camille Chautemps et Charles Floquet. Il en est élu vénérable maître en 1890, 1891 et 1892. Très connue, la loge adopte des positions libérales[100].
  9. Sous la IIIe République, seuls 17 % des députés sont élus pour la première fois à moins de trente-quatre ans. Durant la IVe législature, Paul Deschanel, Stephen Pichon et Alexandre Millerand font partie de la même génération que Paul Doumer[30].
  10. Selon une estimation de 2007 de l'Association des maires de France transmise à Amaury Lorin, biographe de Paul Doumer, quelque 25 000 voies de circulation portent son nom[109].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d Lorin 2013, p. 16-22.
  2. Michel Sementéry, Les Présidents de la République française et leur famille, Christian, , 375 p. (ISBN 978-2864960096), p. 256.
  3. « La vie de M. Paul Doumer », Le Temps, .
  4. Roger Girard, Quand les Auvergnats partaient conquérir Paris, Fayard, coll. « Histoire », , 276 p. (ISBN 978-2213007830).
  5. a b c d e f g h i et j « Doumer Paul - Ancien sénateur de la Corse », site du Sénat français (consulté le ).
  6. Henri Pellier, Paul Doumer, Paris, Larousse, coll. « Les livres roses pour la jeunesse », no 553, 1932, p. 10.
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]