Politique de rigueur

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Une politique de rigueur ou politique d'austérité est une politique économique de maîtrise ou de réduction des dépenses publiques dans le but de réduire le déficit. Elle est souvent alliée à une augmentation de l'imposition dans le but d'assainir les dépenses publiques. La mise en pratique d'une politique de rigueur peut passer par plusieurs canaux : politique budgétaire, politique fiscale, politique monétaire.

Concept[modifier | modifier le code]

Les mesures de rigueur ou d'austérité sont souvent mises en place lorsque l'État se trouve dans une situation difficile pour payer ses dépenses de fonctionnement ou rembourser ses dettes[1]. Afin de pallier les risques d'insolvabilité des États, les établissements financiers sont conduits à exiger des taux d'intérêt plus élevés, qui rendent le remboursement des dettes plus compliqué encore. Dans ce cas, le Fonds Monétaire International peut jouer le rôle de prêteur en dernier ressort en échange de mesures d'austérité souvent accompagnées d'ajustements structurels. Cela fut par exemple le cas au Sénégal[2].

Les objectifs d'une politique de rigueur sont multiples. Elles permettent d'éviter l'accumulation de déficits publics qui gonfleraient la dette publique et donc le service de la dette, obérant les capacités d'investissement de l’État. Elles servent également à freiner l'inflation qui, trop élevée, perturbe le bon fonctionnement économique et réduit le pouvoir d'achat. Enfin, elles permettraient de limiter le sur-investissement et les bulles spéculatives.

Sur le moyen et long terme, la restauration des comptes publics et de la balance des paiements favorisent la confiance dans l'économie, la stabilité du taux de change, et augmentent l'investissement et les flux d'IDE (entrée de capitaux étrangers). À terme, la compétitivité économique est améliorée et donc la quantité d'emplois dans l’économie (en particulier dans le secteur privé) est plus élevée. Cependant, une politique de rigueur ou d'austérité mal calibrée peut provoquer à un ralentissement de l’activité économique.

Les politiques de rigueur s'opposent aux politiques de relance.

Mise en place[modifier | modifier le code]

Les pouvoirs publics peuvent utiliser plusieurs leviers pour mettre en place une politique de rigueur, en fonction des priorités de l'action publique et la cause des problèmes à résoudre. Une inflation par les coûts ne peut par exemple pas se traiter de la même manière qu'une inflation par la demande publique.

Le gouvernement peut agir par la politique budgétaire et fiscale (réduction des déficits voire mise en place d'un excédent ; réduction de dépenses et augmentation de certains impôts).

La politique monétaire (principalement augmentation des taux directeurs, augmentation du taux de réserves obligatoires des établissements financiers) permet de restreindre l'investissement et d’éviter les bulles spéculatives. Cet instrument-ci est souvent une prérogative de la banque centrale, si elle est indépendante du gouvernement. Dans ce cas, il peut arriver que la politique économique soit contradictoire, le gouvernement menant une politique expansionniste par exemple à des fins électoralistes (court-termisme) alors que la banque centrale conduit une politique de rigueur.

Une offre intérieure (c'est-à-dire la production des entreprises sur le territoire national) qui ne parvient pas à satisfaire la demande intérieure est source d'inflation et de déséquilibre de la balance des paiements (hausse des importations). Afin de réduire le déséquilibre, une politique de rigueur encouragera l'augmentation des capacités de production par une « politique de l'offre », et parallèlement pourra freiner à court terme la croissance des salaires.

L'État peut intervenir sur les salaires des ménages ; en bloquant l'évolution des salaires des fonctionnaires (qui représentent 23 % des emplois en France[3]), et des salariés des entreprises publiques (s'il y en a) ou enfin l'évolution des minima sociaux, l'État permettra une baisse temporaire de la demande globale de consommation de la part des ménages.

Le freinage de la demande et donc de la consommation provoquera à court terme une diminution du taux de croissance du PIB : c’est le « prix à payer » pour accroître le taux de croissance de long terme.

Histoire[modifier | modifier le code]

Après la Première guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En 1930, le chancelier allemand Heinrich Brüning instaure une politique d'austérité mêlant réduction des dépenses publiques et augmentation des impôts[4]. Des économistes ont établi une corrélation entre les décisions économiques et la montée du nazisme. Si les plus pauvres ont au contraire plutôt voté communiste lors des élections de 1930 et 1932, la bourgeoisie et une partie des classes moyennes se sont portées vers les nazis : « Selon la façon dont nous mesurons l'austérité et selon les élections analysées, chaque écart-type d'1 % en termes d'augmentation de l'austérité est associé à une augmentation de 2 % à 5 % de la part de vote pour les nazis »[5].

Durant les Trente glorieuses[modifier | modifier le code]

Lors de la situation de crise de la France en 1958, Charles de Gaulle revenant au pouvoir, établira une politique de rigueur, déclarant[6] :

« Avec mon gouvernement, j'ai donc pris la décision de mettre nos affaires en ordre réellement et profondément. Le budget en est l'occasion, peut-être ultime, très bonne en tout cas. Nous avons adopté et, demain, nous appliquerons tout un ensemble de mesures financières, économiques, sociales, qui établit la nation sur une base de vérité et de sévérité, la seule qui puisse lui permettre de bâtir sa prospérité. Je ne cache pas que notre pays va se trouver quelque temps à l'épreuve. Mais le rétablissement visé est tel qu'il peut nous payer de tout. »

Sous Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand[modifier | modifier le code]

En France, des politiques de rigueur permettant de maîtriser l’inflation provoquée par les chocs pétroliers eurent lieu sous les gouvernements Raymond Barre. Ils viennent s'opposer à la politique de relance initiée par Jacques Chirac lorsqu'il était lui-même Premier ministre (voir la relance Chirac).

Les politiques annoncées par le « programme commun » sont mises en place au début du premier septennat de François Mitterrand. Malgré un doublement du taux de croissance, le chômage continue à augmenter et le déficit de l’État se creuse considérablement. Après des débats au sommet de l’État, le président décide d'un « tournant de la rigueur », qui consacre un ralentissement de l'accroissement des dépenses[7].

Sous François Fillon[modifier | modifier le code]

Le Premier ministre François Fillon annonce le un programme de maîtrise de la dépense publique et de réduction des déficits.

Crise de la dette publique[modifier | modifier le code]

La crise de la dette souveraine de 2010 (Grèce, Portugal, Espagne, etc.) a mis en lumière les limites de l’intégration européenne en matière monétaire, et suscité un renouveau du débat économique opposant partisans de la relance financée par la dette publique et partisans d'une politique de rigueur — favorables au désendettement des États, des entreprises et des ménages[8],[9].

À terme, selon le centre de recherche économique World Pensions Council (WPC), le retour à l’orthodoxie financière prôné par le gouvernement allemand et la BCE et la politique de rigueur généralisée qui en découle nécessiteront une révision du traité de Lisbonne, car ils pourraient avoir pour conséquence de réduire les prérogatives budgétaires et fiscales des États-membres au-delà des dispositions du traité dans sa forme actuelle[10].

Critiques et débats[modifier | modifier le code]

Les politiques d'austérité font l'objet d'un certain nombre de critiques de la part d'économistes. Le Conseil d'analyse économique soutient, dans une note d', qu'un respect zélé de la règle des 3% de déficit immédiatement après la fin de la crise économique du à la Covid-19 « pourrait contraindre à l’excès les politiques budgétaires dans un contexte dans lequel elles peuvent être appelées à jouer durablement un rôle de soutien »[11].

Les politiques sont d'autant plus débattues que, dans le cas où le multiplicateur keynésien est positif, la réduction des dépenses publiques a pour effet d'accroître la récession qu'il s'agissait de combattre[12]. J. Bradford DeLong et Lawrence Summers montrent en 2012 qu'une politique budgétaire expansionniste peut, dans certains cas, permettre de réduire la dette publique sur le long terme, car la relance peut avoir un impact sur la productivité des agents économiques si elle est bien calibrée[13].

Dans un article de 2017, Alberto Alesina et ses collègues montrent qu'une réduction de l'endettement public par une politique d'austérité basée sur la réduction des dépenses publiques a un effet négatif limité sur le PIB, tandis qu'une politique d'austérité basée sur l'augmentation des impôts a un effet négatif fort[14].

Certains économistes soulignent que la réduction des dépenses publiques dans le but d'un assainissement des finances publiques conduit à supprimer des dispositifs de protection sociale ou des services publics, dont la suppression finit par coûter plus cher encore lorsqu'une catastrophe (climatique, économique) survient et que la puissance publique est désemparée face à elle[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Philippe Deubel, Marc Montoussé et Serge d' Agostino, Dictionnaire de sciences économiques et sociales, Editions Bréal, (ISBN 978-2-7495-0512-1, lire en ligne)
  2. El Hadj Seydou Nourou Touré, Pilotage des politiques publiques au Sénégal de 1960 à 2012, Editions L'Harmattan, (ISBN 978-2-343-17324-5, lire en ligne)
  3. cf. Fonction publique française.
  4. (de) Florian Schui, Austerität: Politik der Sparsamkeit: Die kurze Geschichte eines großen Fehlers, chap. Austerität auf deutsche Art, 2014, Karl Blessing Verlag.
  5. « Les politiques d'austérité ont contribué à la victoire électorale des nazis », Slate.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 14 décembre 2017)
  6. Discours sur la politique de rigueur, 28 décembre 1958, Charles de Gaulle
  7. John Ardagh, La France au nouveau siècle, Flammarion, (ISBN 978-2-08-067835-5, lire en ligne)
  8. cf. M. Nicolas J. Firzli : ‘Orthodoxie Financière et Régulation Bancaire’, Revue Analyse Financière, 1er janvier 2010
  9. Corporate Europe Observatory, ‘De quoi l'austérité est-elle le nom ?’, Dessous de Bruxelles, 6 mars 2011
  10. Nicolas Firzli, « Greece and the EU Debt Crisis », The Vienna Review de mars 2010
  11. Philippe Martin, Jean Pisani-Ferry, Xavier Ragot, « Pour une refonte du cadre budgétaire européen », sur www.cae-eco.fr (consulté le 18 mai 2021)
  12. Marc Montoussé et Dominique Chamblay, 100 fiches pour comprendre les sciences économiques, Editions Bréal, (ISBN 978-2-7495-0499-5, lire en ligne)
  13. J. DeLong and L. Summers, Brookings Papers on Economic Activity, 233 (2012)
  14. William Honvo, La dissertation d'économie : préparation aux concours avec méthode et sujets corrigés, dl 2020 (ISBN 978-2-8073-2847-1 et 2-8073-2847-4, OCLC 1198603316, lire en ligne)
  15. David Stuckler et Sanjay Basu, Quand l'austérité tue. Épidémies, dépressions, suicides : l'économie inhumaine, Autrement, (ISBN 978-2-7467-3967-3, lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]