Crise de Tanger

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La crise de Tanger, en 1905, est une crise internationale opposant les puissances européennes au sujet de la colonisation du Maroc, qui sera réglée, dans un premier temps, par la conférence d’Algésiras et la démission, à la demande de l’Allemagne, de l’inamovible ministre des Affaires étrangères français, Théophile Delcassé. Elle est provoquée par un discours de l'empereur Guillaume II à Tanger le , au cours duquel, s’opposant à l’instauration d'un équivalent de protectorat de la France sur le Maroc, celui-ci exige un État « libre et indépendant » afin de maintenir présents les intérêts allemands. L’une des premières crises du début du XXe siècle, elle marque la tension qui mènera jusqu’à la Première Guerre mondiale et fut suivie de la crise d’Agadir en 1911.

Contexte[modifier | modifier le code]

Depuis le début du XXe siècle, le Maroc fait l’objet de convoitises des différentes puissances impérialistes. La France, l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Allemagne ont des visées sur le royaume chérifien.

En 1901, l’assassinat d’un négociant oranais sur la côte rifaine entraine l’intervention du ministre français des Affaires étrangères Théophile Delcassé. Un accord est conclu, qui autorise la France à « aider au maintien de l'ordre » l'administration marocaine dans les régions incontrôlées du Maroc oriental. Profitant de l'accord, le nouveau gouverneur général de l'Algérie, Charles Jonnart, ordonne au colonel Lyautey, alors responsable du sud-oranais, de « pacifier » la frontière algéro-marocaine. Dès 1905, Lyautey n’hésite plus à pénétrer au Maroc, et lance de longues reconnaissances atteignant la Moulouya.

Suite à l'abandon des visées françaises sur l’Égypte, où la France conservait de fortes positions économiques et financières, dont la présidence de la Compagnie du canal de Suez, Paris s'était assuré de la neutralité britannique. L’Espagne, qui espère beaucoup, temporise et fait traîner les négociations en longueur. C'est une erreur, car l’Entente cordiale du 6 octobre 1904 ne laisse à l’Espagne que la portion congrue : le nord (Ceuta et Melilla) et l’extrême-sud du Maroc.

Delcassé pense cependant avoir réglé la question marocaine. En 1905, le diplomate français Saint-René Taillandier part à Fès rencontrer le sultan et lui proposer l’aide de conseillers militaires et financiers afin de rétablir l’ordre dans le royaume. Le sultan Abd al-Aziz, bien qu’intéressé par les propositions de grands travaux et de réformes proposés, se doute que l’indépendance de son pays ne tardera pas à être remise en question. Ne pouvant plus s'appuyer sur Londres, il se tourne vers l’Allemagne, seule capable de contrecarrer les ambitions françaises.

Celle-ci gronde : l'empereur Guillaume II et le chancelier von Bülow protestent contre les ambitions de la France au Maroc. Conformément à sa nouvelle doctrine de Weltpolitik, l’Allemagne veut avoir sa part des conquêtes coloniales.

Le discours de Tanger[modifier | modifier le code]

L'entrée de l'empereur Guillaume II à Tanger, le 31 mars 1905.

Le , en vue de prévenir la mainmise de la France sur le Maroc, Guillaume II débarque théâtralement à Tanger, au nord du sultanat, traverse la ville à cheval, à la tête d'un imposant cortège, va à la rencontre du sultan Abd al-Aziz pour l’assurer de son appui et lui faire part de son désaccord face aux droits concédés à la France sur le Maroc. Il est prêt à entrer en guerre si la France ne renonce pas à ses ambitions marocaines. Le sultan Abd el Aziz impressionné par ce discours décide de refuser toutes les réformes précédemment conseillées par le consul français, Lyautey.

Devant les inquiétudes de l’état-major, le président du conseil français Maurice Rouvier préfère négocier, et finit par accepter la demande de réconciliation de l’Allemagne, dans un climat de revanchisme et de germanophobie aggravée. Ce « coup de Tanger » entraîne, à la demande de l’Allemagne, la démission du ministre français des Affaires étrangères, Théophile Delcassé.

Cependant, contrairement aux vœux de l’Allemagne, la crise n’est pas résolue par une négociation bilatérale entre les deux États, mais par la conférence internationale d’Algésiras, au cours de laquelle le Royaume-Uni, les États-Unis et l’Italie donnent raison à la France, contrairement à ce que l’Allemagne espérait. De leur côté, les alliés de l’Allemagne montrent qu’ils n’ont pas l’intention d’entrer en guerre. La réunion elle-même de la conférence d’Algésiras, six mois plus tard, constituait une perte de crédibilité importante pour les Allemands, qui avaient dans un premier temps menacé de faire la guerre et diminuaient désormais considérablement leurs prétentions[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Henry Kissinger, Diplomacy, p. 189 et suivantes

Voir aussi[modifier | modifier le code]