Paul Deschanel

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Paul Deschanel
Illustration.
Paul Deschanel en 1920.
Fonctions
Sénateur français

(1 an, 3 mois et 18 jours)
Élection
Circonscription Eure-et-Loir
Groupe politique Union républicaine
Prédécesseur Louis Vinet
Successeur Henri Villette-Gaté
Président de la République

(7 mois et 3 jours)
Élection 17 janvier 1920
Président du Conseil Alexandre Millerand
Prédécesseur Raymond Poincaré
Successeur Alexandre Millerand
Président de la Chambre des députés

(7 ans, 8 mois et 18 jours)
Législature Xe, XIe et XIIe (Troisième République)
Prédécesseur Henri Brisson
Successeur Raoul Péret

(3 ans, 11 mois et 29 jours)
Législature VIIe (Troisième République)
Prédécesseur Henri Brisson
Successeur Léon Bourgeois
Député

(34 ans, 3 mois et 8 jours)
Élection 18 octobre 1885
Réélection 22 septembre 1889
20 août 1893
8 mai 1898
27 avril 1902
6 mai 1906
24 avril 1910
26 avril 1914
16 novembre 1919
Circonscription Eure-et-Loir
Législature IVe, Ve, VIe, VIIe, VIIIe, IXe, Xe, XIe et XIIe (Troisième République)
Groupe politique Union républicaine
Républicains progressistes
Union démocratique
Gauche démocratique
Républicains de gauche
Biographie
Nom de naissance Paul Eugène Louis Deschanel
Date de naissance
Lieu de naissance Schaerbeek (Belgique)
Date de décès (à 67 ans)
Lieu de décès Paris 16e (France)
Nature du décès Pleurésie
Sépulture Cimetière du Montparnasse
Nationalité Française
Parti politique ARD, PRD, PRDS
Père Émile Deschanel
Conjoint Germaine Brice de Vièle
Entourage Jean Deschanel (fils)
Diplômé de Faculté des lettres de Paris
Faculté de droit de Paris
Profession Haut fonctionnaire
Journaliste
Écrivain
Religion Catholicisme

Signature de Paul Deschanel

Paul Deschanel
Présidents de la Chambre des députés
Présidents de la République française

Paul Deschanel, né le à Schaerbeek (Bruxelles) et mort le à Paris, est un homme d'État français. Il est président de la République du au .

Il naît pendant l'exil en Belgique de son père, Émile Deschanel, écrivain et homme politique opposé à Napoléon III. En 1876, après une formation universitaire en lettres et en droit, il devient collaborateur du ministre Émile de Marcère et du président du Conseil Jules Simon. Entre 1877 et 1881, il est sous-préfet à Dreux, Brest puis Meaux.

En 1885, à l’âge de 30 ans, il est élu député d’Eure-et-Loir et rejoint les bancs de l’Union républicaine. Orateur de talent, il est constamment réélu dans ce département, siégeant à la Chambre des députés pendant neuf législatures consécutives, ainsi qu’au conseil général d'Eure-et-Loir à partir de 1895. Devenu une figure des Républicains modérés, il exerce à deux reprises la fonction de président de la Chambre, de 1898 à 1902 et de 1912 à 1920.

Lors de la réunion préparatoire du groupe républicain en vue de l’élection présidentielle de , il tient en échec le favori du scrutin, Georges Clemenceau, « père la Victoire » de la Grande Guerre. Après le retrait de celui-ci, Paul Deschanel est élu avec le plus grand nombre de voix jamais obtenu sous la Troisième République. Victime d'une dépression et du syndrome d'Elpénor, il fait une chute de train nocture en . Alors que son état de santé ne s'améliore pas, il fait l'objet de rumeurs infondées, et démissionne sept mois après son investiture.

En 1921, à la suite d'une brève période de convalescence, il est élu sénateur et président de la commission des Affaires étrangères du Sénat. Il meurt l'année suivante, à l’âge de 67 ans.

Homme de lettres ayant notamment écrit des ouvrages sur les questions institutionnelles et sociales, Paul Deschanel entre à l'Académie française en 1899 et à l’Académie des sciences morales et politiques en 1914.

Situation personnelle[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Photo sépia d’un homme se tenant debout, de trois-quarts, le coude posé sur une table, avec une barbe et des cheveux mi-longs châtains, une longue veste boutonnée jusqu’au col et un large nœud papillon
Émile Deschanel, père de Paul Deschanel.
Photo d'une plaque gravée apposée sur un mur
Plaque sur la maison natale de Paul Deschanel, rue de Brabant (Schaerbeek, Bruxelles).

Son père, Émile Deschanel (1819-1904), issu dans un milieu modeste, professeur de littérature et écrivain à Paris, est contraint de s'exiler en Belgique à la suite du coup d'État de 1851, en raison de son engagement républicain. Lors de l'une de ses conférences de littérature, auxquelles assistent notamment Victor Hugo, Edgar Quinet et Alexandre Dumas, il rencontre, puis épouse en 1854, Adèle Feignaux (1827-1907), une Liégeoise ayant un père belge et une mère anglaise[1],[2].

De cette union naît Paul Eugène Louis Deschanel, le , dans une maison sise rue de Brabant, à Schaerbeek, une commune de Bruxelles. Edgar Quinet présente l'enfant, dont le parrain est Victor Hugo, comme « le premier-né de la proscription »[1]. Dans ses écrits, Émile Deschanel affirme que son fils « donne à votre esprit la patience nécessaire pour attendre que le triomphe de l'iniquité ait son terme et que le droit soit rétabli »[3]. Celui-ci passe ses quatre premières années entouré de familles françaises patriotes mais appréciant leur terre d'exil[1].

Enfance et formation[modifier | modifier le code]

À la suite de l'amnistie promulguée par Napoléon III en 1859, la famille Deschanel s'installe à Paris, au 34 rue de Penthièvre. Enfant, passionné par le dessin, la lecture et l'écriture (notamment de poèmes), Paul Deschanel voue un culte à ses parents malgré l'exigence dont fait preuve son père dans son éducation[1].

À partir de 1863, il étudie au collège Sainte-Barbe-des-Champs (Fontenay-aux-Roses) puis au lycée impérial Louis-le-Grand et au lycée Bonaparte. Ses professeurs le jugent intelligent mais indiscipliné et espiègle. En classe de quatrième, il change d'attitude et obtient de bons résultats scolaires, notamment en français, latin et grec. En 1870, en raison du siège de Paris, la famille quitte Paris pour quelques mois, marquée par une défaite qu’elle attribue à l’incompétence de Napoléon III, tout en souhaitant une poursuite des combats contre la Prusse[4].

Après l’armistice, Paul Deschanel reprend ses études. Il obtient le baccalauréat ès lettres en , à 16 ans, et une licence ès lettres quelques mois plus tard. En 1873, il effectue son service militaire comme engagé volontaire dans l’infanterie à Paris. Il étudie ensuite à l’École libre des sciences politiques et à la faculté de droit de Paris, obtenant un baccalauréat universitaire en droit en et une licence en droit en [4].

Carrière professionnelle[modifier | modifier le code]

Se montrant hésitant sur ses ambitions professionnelles, il envisage de se lancer dans la littérature et la politique sur le modèle de son père. Adolescent et jeune adulte, il rédige ainsi une comédie (1872)[a], puis deux chroniques qui sont publiées dans la presse nationale : une sur Rabelais dans La Revue politique et littéraire (1875), une autre sur Diderot et Edgar Quinet dans Le Journal des débats politiques et littéraires (1877)[5].

À l’issue des élections législatives de 1876, son père est élu député républicain à Courbevoie[6]. Le mois suivant, souhaitant rendre une faveur au nouveau parlementaire, le républicain modéré Émile de Marcère, sous-secrétaire d'État à l'Intérieur du gouvernement Jules Dufaure, embauche Paul Deschanel comme secrétaire ; deux mois plus tard, Émile de Marcère devient ministre de l’Intérieur et le maintient à son poste. En , le jeune homme est nommé secrétaire particulier du nouveau président du Conseil, Jules Simon[5].

Dans un contexte d’instabilité institutionnelle, les républicains installent de nouveaux fonctionnaires dans tout le pays pour renforcer le régime en place. Le , Émile de Marcère, redevenu ministre de l’Intérieur, nomme Paul Deschanel sous-préfet dans l'arrondissement de Dreux (Eure-et-Loir)[7]. Sa nomination fait figure d'exception pour un homme de son âge (22 ans) et ayant une formation en lettres et en droit. Dans ce fief conservateur, Paul Deschanel adopte une approche modérée, cherchant à convaincre ses adversaires plutôt qu’à les combattre et à les critiquer. Il gagne rapidement en popularité, ce qui lui attire l’animosité de plusieurs élus, notamment du député radical local, Ferdinand Gatineau, qui obtient d’Émile de Marcère sa mutation[5].

Le , Paul Deschanel est ainsi nommé secrétaire général de la préfecture de Melun (Seine-et-Marne) ; ce nouveau poste lui paraît excessivement administratif, sans visibilité et trop peu politique. Il assure cependant les fonctions du préfet, tombé malade. Le , il est nommé sous-préfet de l'arrondissement de Brest (Finistère). Il reçoit un accueil mitigé dans ce territoire de sensibilité monarchiste, voit ses décisions régulièrement contestées et son tempérament conciliant faire l’objet de critiques. Le , il devient sous-préfet de l'arrondissement de Meaux (Seine-et-Marne), ce qui lui permet de se rapprocher de Paris. Souhaitant devenir député, il donne rapidement sa démission pour se présenter aux élections législatives de 1881[8].

Il enseigne à l’École supérieure de journalisme de Paris, aux Hautes Études internationales et politiques (HEIP) de 1908 à 1918[9] et préside à partir de 1910 le Collège libre des sciences sociales[10],[11].

Vie privée et familiale[modifier | modifier le code]

En 1901, il épouse Germaine Brice de Vièle. Le couple a trois enfants : Renée-Antoinette (1902-1977), Jean (1904-1963, homme politique) et Louis-Paul (1909-1939, mort pour la France)[12].

Parcours politique[modifier | modifier le code]

Débuts[modifier | modifier le code]

Lors de la guerre franco-allemande de 1870, Paul Deschanel est opposé à Napoléon III, comme son père, et souhaite un retour rapide de l'Alsace-Moselle dans le giron français[1].

Collaborateur d’Émile de Marcère et de Jules Simon, il suit de près la crise du 16 mai 1877 et s’affiche séduit par l’approche modérée des deux hommes politiques[5].

En 1881, à 26 ans, il quitte le corps préfectoral de Meaux pour afin de mener campagne aux élections législatives dans l'arrondissement de Dreux. Il se présente pour l'Union républicaine face à son principal détracteur lorsqu'il était sous-préfet, le député sortant radical, Ferdinand Gatineau, qui cible le discours modéré de Paul Deschanel en le qualifiant de clérical. Au premier tour d'une campagne particulièrement violente, Paul Deschanel s’incline avec 46 % des voix[13]. Après cet échec, il n'entend pas redevenir sous-préfet et se consacre à l'écriture, rédigeant des articles[b] et deux ouvrages consacrés à la politique coloniale[c]. Il étudie également en 1885, pendant quelques mois, à l'université de Heidelberg, où il relève à la fois le manque de créativité et l'esprit rigoureux des Allemands[d].

Implantation en Eure-et-Loir[modifier | modifier le code]

Dessin sépia d’un homme aux bras croisés, avec moustache en croc et cheveux châtains, portant une cravate, une veste et une chemise blanche au col relevé
Paul Deschanel (date inconnue).

Briguant à nouveau un mandat de député à l'occasion des élections législatives de 1885, il bénéficie de la mort de Ferdinand Gatineau, qui s'activait pour l'écarter, et de l'instauration du scrutin de liste majoritaire, qui favorise les courants politiques plutôt que les hommes. Le camp républicain d'Eure-et-Loir — qui se présente uni, à la différence de beaucoup d'autres départements — appelle à davantage d'équilibre entre les prélèvements sur la propriété immobilière et mobilière, à un protectionnisme en matière industrielle et agricole, ainsi qu'au renforcement de l'assistance publique. Contrairement au programme législatif de Paul Deschanel de 1881, il est proposé une réduction de la durée du service militaire et la suppression du volontariat.

Il est élu au second tour par 59 % des votants, devenant député du département au côté de trois autres républicains. Sous la IIIe République, seuls 17 % des députés sont élus pour la première fois à moins de 34 ans ; pendant la IVe législature, Paul Doumer, Alexandre Millerand et Stephen Pichon comptent également parmi cette tranche d’âge[17]. Le , il effectue sa première intervention dans l’hémicycle pour dénoncer l'absence de droits de douane sur les produits agricoles étrangers, invoquant l'égalité de traitement avec les produits industriels. Très applaudi, son discours a été préparé avec l'ancien chef du gouvernement rallié à l'Empire Émile Ollivier, qui le considère comme l'héritier de son libéralisme modéré[16].

Avec le rétablissement du scrutin d'arrondissement aux élections législatives de 1889, Paul Deschanel brigue un second mandat dans la deuxième circonscription d'Eure-et-Loir, dans l'arrondissement de Nogent-le-Rotrou, sur un programme anti-boulangiste. Il l'emporte à l'issue du premier tour, avec 84 % des votants. Dès lors, il s'impose comme la principale figure du département, où il ne réside pourtant pas, et se voit élu député à sept autres reprises, parfois sans adversaire et systématiquement dès le premier tour : il l'emporte ainsi par 89 % des votants en 1893, 84 % en 1898, 90 % en 1902, 77 % en 1906, 68 % en 1910, 92 % en 1914 et 82 % en 1919 (cette dernière élection ayant lieu au scrutin de liste)[18],[19],[20],[21],[22],[23].

En 1895, il est élu conseiller général d'Eure-et-Loir dans le canton de La Loupe. Reconduit sans interruption jusqu'en 1919, souvent avec presque 100 % des suffrages, il siège relativement peu au conseil général[24]. Lors de sa première élection, il propose à l’assemblée départementale l’interdiction du vagabondage et de la mendicité afin de renforcer la sécurité publique. En 1899, il obtient des aménagements d'horaires de la Compagnie des chemins de fer de l'Ouest. Cette même année, il favorise le lancement du journal modéré La Dépêche d'Eure-et-Loir, qui soutient son action. L’influence de Paul Deschanel à la Chambre lui permet d’obtenir des avantages pour sa circonscription — pénalisée par une crise agricole et l’exode rural pour Chartres —, comme le rétablissement du service postal quotidien en 1917[24].

Ascension au niveau national[modifier | modifier le code]

Dessin en noir et blanc ; au premier plan, un homme aux cheveux châtains-grisonnants et moustachu est représenté de profil, assis dans une banquette, vêtu d'un faux col, d'une cravate en soie et d’une longue veste, tenant dans ses mains un manuscrit qu'il semble relire, crayon à la main ; en retrait, se trouvent au-dessus d’une cheminée une statuette d'un homme âgé et un portrait d’un homme la main dans une poche ; plus à gauche, un portrait d’un homme aux cheveux ébouriffés en forme de médaillon, ainsi que deux cadres, sont accrochés au mur
Dessin de Frédéric Régamey représentant Paul Deschanel dans son appartement parisien, avec au mur un portrait de Chateaubriand, et au-dessus de la cheminée une statuette de Voltaire et un portrait d’Émile Deschanel (« Nos députés chez eux », Le Matin, )[25],[26].
Une en noir et blanc d’un journal comportant les portraits de sept hommes, moustachus et/ou barbus
Une du quotidien La Patrie mentionnant Paul Deschanel parmi les candidats à l’élection présidentielle de 1899.

Lors de ses trois premiers mandats à la Chambre, il prend plusieurs fois la parole sur des sujets de politique générale et de politique extérieure, comme la marine ou l’influence française en Orient. En , soulignant son influence grandissante, un premier article d'un journal national, très élogieux, lui est consacré en une du Matin. Le quotidien relate à propos de son activité parlementaire : « Ses discours sur les tarifs des douanes, sur les affaires d’Orient, fixés dans toutes les mémoires par leur mérite littéraire, ont jeté des lumières sur les questions traitées. La part qu’il a prise aux interpellations sur la politique générale sous les ministères Loubet, Ribot et Dupuy a montré un esprit de suite et un courage qui ont conquis à l’orateur l’estime de tous[26]. » Les articles à son sujet se multiplient dans les années qui suivent[27].

Hostile au général Boulanger, qu’il considère comme un arriviste enclin à la dictature, Paul Deschanel vote pour les textes visant à réduire son influence et à le poursuivre en justice, bien qu'il se dise opposé aux mesures d'exception[16]. En 1890, au nom de la liberté de la presse, il s’oppose au projet de loi prévoyant le retour dans le champ de compétence des tribunaux correctionnels des délits d’injure envers le président de la République, les parlementaires et les fonctionnaires, estimant que les juges dépendent trop du pouvoir exécutif pour être impartiaux[25]. Après la crise boulangiste, il presse les gouvernements Loubet, Ribot et Dupuy de s’appuyer sur les modérés et non sur les radicaux, à l’origine du renversement de plusieurs ministères[26].

Le scandale de Panama, qui implique des figures comme Charles Floquet, favorise l’émergence d’une nouvelle classe politique. À la suite des législatives de 1893, Paul Deschanel participe au lancement du courant républicain des « progressistes », avec entre autres Raymond Poincaré, Louis Barthou et Charles Jonnart. Le groupe est qualifié de « futurs consuls » ou, selon l’expression de Charles Benoist, de « trois mousquetaires de la seconde génération républicaine — qui, suivant la tradition, étaient quatre[28] ». Mais cette frange centriste manque de lisibilité, étant prise en tenaille entre les républicains plus à gauche (radicaux et socialistes) et les conservateurs, avec qui elle vote alternativement. En 1896, Paul Deschanel et les autres progressistes multiplient les déplacements en France en appelant à des mesures sociales. Pour soutenir leur action, ils lancent en 1898 le journal libéral Le Petit Bleu, qui est un échec commercial et disparaît rapidement[27].

N’hésitant plus à prononcer des discours agressifs envers ses opposants, il prend à partie Georges Clemenceau dans le cadre du scandale du Panama. Il soutient la demande de Paul Déroulède, fondateur de la Ligue des patriotes, d’extrader Cornelius Herz, homme d’affaires au cœur du scandale qui aurait financé le journal La Justice de Georges Clemenceau. Se voyant reprocher par la gauche de s’allier avec la droite nationaliste pour faire tomber le gouvernement, le député d’Eure-et-Loir accuse par deux fois le dirigeant radical de collusion avec l’étranger[e]. En réaction à un éditorial de ce dernier le qualifiant de « menteur » et de « lâche »[f], Paul Deschanel le défie dans un duel à l'épée. Ce choix est jugé audacieux, lui étant considéré comme un mondain alors que Clemenceau est un habitué de ce type de confrontation[27]. La rencontre a lieu le , dans la propriété d’Émile Cornudet à Boulogne[g]. Après un premier engagement sans résultat, Paul Deschanel est touché à la partie supérieure droite du visage, ce qui met un terme au combat malgré le souhait du blessé de le poursuivre[30].

Bien que non-candidat à élection présidentielle de 1899, il obtient dix voix de parlementaires.

Première présidence de la Chambre[modifier | modifier le code]

Paul Deschanel dans les années 1900.

Élu président de la Chambre des députés en 1898, il est réélu chaque année jusqu’aux élections législatives de 1902, à l’issue desquelles il est battu par le radical Léon Bourgeois.

Retour sur les bancs parlementaires[modifier | modifier le code]

En 1907, continuant de vouloir rallier une majorité à la représentation proportionnelle (« RP »), Paul Deschanel rejoint l'important groupe parlementaire de la réforme électorale. Il participe ainsi à des réunions aux côtés du socialiste Jean Jaurès, de radicaux comme Paul Doumer et de conservateurs[31].

Il est confronté à l'élection législative la plus difficile de sa carrière en 1910. Son adversaire est le Dr Poupon, candidat du Parti radical. Marqué par une participation record (81 %), le scrutin voit l'élection du député sortant pour un septième mandat consécutif, avec 68 % des votants et 71 % des suffrages exprimés au premier tour[32].

Seconde présidence de la Chambre[modifier | modifier le code]

Photo en noir et blanc d'un homme se tenant debout, accoudé à une cheminée ; moustache et cheveux grisonnants, il porte un costume trois pièces, une chemise blanche à faux col et une cravate
Paul Deschanel à l’hôtel de Lassay le , dix jours après son retour à la présidence de la Chambre.

Il retrouve la fonction de président de la Chambre en 1912, et la conserve jusqu'à son élection à la présidence de la République.

Président de la République[modifier | modifier le code]

Élection[modifier | modifier le code]

Ayant depuis longtemps manifesté l'intention d'accéder à la magistrature suprême, Paul Deschanel remporte le vote préparatoire de l'élection présidentielle le  : avec l'appui de la droite catholique, il devance le président du Conseil, Georges Clemenceau, qui se retire aussitôt. Le lendemain, seul candidat désigné, Paul Deschanel est élu président de la République avec 734 voix, soit le plus grand nombre de voix jamais obtenu par un candidat à la présidence sous la Troisième République[33],[34].

Incident du train[modifier | modifier le code]

Selon certaines sources, à partir du mois d', Paul Deschanel présente des signes inquiétant son entourage[35].

Le , peu avant minuit, au cours d'un voyage en train à destination de Montbrison, à une douzaine de kilomètres au nord-ouest de Montargis, s'étant penché par la fenêtre de son compartiment alors qu'il éprouve une sensation d'étouffement, Paul Deschanel chute accidentellement de la voiture[36],[37]. En pyjama et ensanglanté — en dépit du caractère bénin de ses blessures —, il rencontre un ouvrier cheminot qui surveille la zone de travaux auquel il se présente comme étant le président de la République. L'image des personnalités politiques étant à l'époque encore peu diffusée dans la population, le cheminot se montre sceptique et le conduit jusqu'à une maison de garde-barrière, où le blessé est soigné et mis au lit. Le garde-barrière prévient finalement la gendarmerie de Corbeilles, alors que sa femme aurait dit ultérieurement à des journalistes : « J'avais bien vu que c'était un monsieur : il avait les pieds propres[38]. »

La lenteur des communications entre les divers échelons fait que, malgré les faibles distances, le sous-préfet de Montargis n'est prévenu par télégramme que tardivement dans la nuit. L'incident commence à avoir un retentissement certain lorsqu’il est évident, avant l'arrivée du train en gare de Roanne, que le président a disparu. La suite présidentielle — menée par Théodore Steeg, ministre de l'Intérieur — attendant sur le quai de la gare ne reste pas longtemps sans nouvelles : une dépêche, envoyée par la gare de Montargis à celle de Saint-Germain-des-Fossés, dont le contenu explique succinctement le déroulement des événements survenus dans la nuit, lui est rapidement transmise.

La chute du train semble être due à une forme de somnambulisme, causée par plusieurs facteurs (hypnotique, chaleur du compartiment), mais aussi au mode d'ouverture particulier des fenêtres à guillotine qui permit le basculement du président lorsqu'il souhaita respirer de l’air frais[36]. La survenue du « syndrome d'Elpénor », provoquée par la prise de calmants pour dormir, pourrait ainsi avoir créé un état de semi-conscience maladive lors d'un réveil incomplet[39].

L'épisode du train donne lieu dans la presse à de nombreuses caricatures, souvent cruelles, et excite la verve des chansonniers. Mais plusieurs personnes critiquent la manière, démesurée voire mensongère, de présenter l'incident, qui frappe les esprits en raison de la notoriété de sa victime. Un riverain des lieux de l'accident obtiendra, plusieurs décennies plus tard, que soit apposée une stèle commémorative de l'incident, très sobre et sans aucun élément de caricature, à proximité du passage à niveau et de l'ancienne maison de garde-barrière où avait été conduit Paul Deschanel après sa chute[40].

En revanche, d'autres prétendus incidents — comme une baignade avec les canards dans les bassins du parc de l'Élysée, l'apposition par le président de signatures mentionnant Napoléon ou Vercingétorix, ou encore la signature de sa lettre de démission par sa femme — ne sont attestés par aucune source sérieuse et seraient plutôt le fruit de médisances d'adversaires politiques. En particulier, les signatures officielles se faisaient toujours devant témoin et il n'existe aucune trace administrative de signatures fantaisistes.

Poursuite de sa maladie[modifier | modifier le code]

Paul Deschanel serait en fait victime, non pas de surmenage, mais de dépression[41], prenant conscience qu'en tant que chef de l'État sous la IIIe République, il n'a en réalité que bien peu de pouvoirs, chacune de ses déceptions renforçant l'avertissement que Raymond Poincaré lui avait adressé[42]. Les pouvoirs étaient en effet concentrés dans les mains du président du Conseil. Il était également sujet à des crises d'angoisse, liées notamment aux contraintes de sa présidence.

En effet, « Sa conception de la politique est oratoire […] il tient ses discours pour des actes puisque le verbe guide l'action »[43]. Il exposait sa conception de la présidence en ces termes : « Le président choisit les ministres et les préside. Il peut les prendre dans les Chambres ou hors des Chambres. Il participe à la confection des lois. Il a le droit de message et le droit de véto, un véto suspensif, moins fort que celui du président américain qui en fait avec tant de succès un usage si fréquent… », ce qui correspond bien aux lois des 25 février et  ; mais il ajoutait encore : « C'est donc une hérésie constitutionnelle de considérer le président de la République comme un rouage inerte »[44]. Or, « dès le premier Conseil des ministres il est déçu, sa parole étant accueillie avec indifférence, ses avis sont tout simplement ignorés »[42].

Démission[modifier | modifier le code]

Si Paul Deschanel retarde sa démission, ce n'est que sous la pression de son entourage et de ses alliés politiques. Mais son état de santé ne s’améliorant pas, le chef de l’État charge Millerand d’annoncer sa démission au Conseil des ministres le [45].

Il quitte l'Élysée le suivant, après avoir renouvelé son offre de démission, présentée une première fois après l'incident du train et sur laquelle Alexandre Millerand, président du Conseil, l'avait convaincu de revenir[46]. Dans le message envoyé à l'Assemblée nationale, lu à la Chambre par Raoul Péret et au Sénat par Léon Bourgeois, Paul Deschanel indique :

« Mon état de santé ne me permet plus d'assumer les hautes fonctions dont votre confiance m’avait investi lors de la réunion de l'Assemblée nationale du dernier. L'obligation absolue qui m’est imposée de prendre un repos complet me fait un devoir de ne pas tarder plus longtemps à vous annoncer la décision à laquelle j’ai dû me résoudre. Elle m’est infiniment douloureuse, et c’est avec un déchirement profond que je renonce à la noble tâche dont vous m’aviez jugé digne. […] À l’instant où je me retire, j’ose émettre le vœu que les représentants de la nation, dont la concorde patriotique fut le puissant auxiliaire de la victoire, maintiennent dans la paix leur union, pour la grandeur et la prospérité de cette France adorée, au service de laquelle j’avais voué ma vie et qui aura ma dernière pensée[47]. »

Devant les préparatifs de réunion de l’Assemblée nationale en vue de l’élection d'un nouveau président, le quotidien royaliste L'Action française déplore la rapidité du régime démocratique à enterrer les vivants, seule comptant « la place à prendre »[48]. Alexandre Millerand succède à Paul Deschanel le [49],[50].

Retour comme sénateur[modifier | modifier le code]

Après avoir remis sa démission à Alexandre Millerand, il part se reposer au sanatorium de Rueil[51]. Son état s'améliore rapidement et il quitte Rueil trois mois plus tard. Il siège de nouveau à l'Académie des sciences morales et politiques et prépare un retour à la vie publique.

Le , il est élu sénateur dans l'Eure-et-Loir dès le premier tour de scrutin, par 360 voix sur 715 votants. Il devient, en , président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, lorsque Raymond Poincaré, qui occupait le poste depuis son propre départ de la présidence de la République, est nommé président du Conseil.

Il prépare alors un discours, jugé « explosif » par le journaliste Pierre-Barthélemy Gheusi, sur les questions internationales et institutionnelles ; il y dénonce notamment la position française, l'attitude de l'Angleterre et, sur le plan intérieur, la prédominance du chef du gouvernement dans la vie politique française. Sur proposition du président du Sénat, son intervention est repoussée de plusieurs semaines[52].

Mort et obsèques[modifier | modifier le code]

Opéré d'un abcès pulmonaire et atteint d'une pleurésie, il ne peut prononcer son discours. Il meurt le , à l'âge de 67 ans. Ses obsèques se tiennent le suivant en l'église Saint-Honoré-d'Eylau, en présence notamment du président du Conseil, Raymond Poincaré. Il est enterré dans un caveau familial (où repose son père Émile Deschanel, professeur au Collège de France), au cimetière du Montparnasse, dans la 14e division, en bordure de l'avenue du Nord.

Prises de position[modifier | modifier le code]

Positionnement politique[modifier | modifier le code]

Influencé par l’engagement républicain de son père, Paul Deschanel exprime des opinions politiques dès son adolescence. Lors de la guerre franco-allemande de 1870, il déplore la tactique adoptée par Napoléon III et ses généraux, et s’oppose à toute capitulation. Dans une lettre du , il écrit : « Il ne fallait pas moins que cataclysme pour réveiller la France de sa torpeur. […] La guerre, après le débloquement de Paris, peut durer encore six mois ou un an pour reprendre l’Alsace et la Lorraine. ». Partisan du gouvernement de la Défense nationale, il considère qu’« il n’y a que la République qui peut nous donner des hommes comme Gambetta et Trochu » et qu’« il n’y a que l’Empire qui a pu nous en donner comme Bazaine et Le Bœuf »[4].

Dès ses fonctions de sous-préfet, il défend des positions modérées (« opportunistes »), assez éloignées de celles du programme de Belleville, qu'il juge « tombé en poussière au contact des réalités du pouvoir ». Il prône le dialogue plutôt que l’opposition frontale aux monarchistes, ce qui lui permet d'obtenir le ralliement d'électeurs conservateurs en Eure-et-Loir. Dans son discours de Vert-en-Drouais de 1878, il formule ainsi les conseils suivants aux républicains : « Ne vous lassez pas de discuter leurs arguments, avec courtoisie, avec la déférence qu’on doit aux convictions sincères. Montrez-leur, par la manière dont vous discutez, ce que vous êtes, ce que vous valez[24]. »

En 1893, comme Raymond Poincaré et Louis Barthou, Paul Deschanel se qualifie de « républicain progressiste »[26] et affiche pour devise « ni réaction ni révolution »[53]. Dans le sillage des opportunistes, il appartient à l’aile la plus à droite de la famille républicaine, s’opposant au radicalisme et au socialisme. Dans un discours prononcé à Marseille en 1896, il affirme qu’« il y a une réaction de gauche comme il y a une réaction de droite » et ne vouloir « ni de l’une ni de l’autre ». Considérant que le régime républicain n’est plus directement menacé, les républicains progressistes prônent l’obtention du progrès de façon progressive et apaisée[25]. Après avoir mis en avant son souhait de réviser les institutions de la Troisième République, Paul Deschanel axe son programme sur les mesures sociales[54].

Souhaitant accueillir les ralliés, il envisage dans les années 1890 de fonder un parti sur le modèle du Parti conservateur anglais, mais y renonce en raison des divisions de la droite et des réticences de celle-ci face aux réformes sociales. Son biographe Thierry Billard écrit : « Dans quel camp se classe le député d’Eure-et-Loir ? Hors des partis et dans tous en même temps, à la fois centre droit et centre gauche. Deux thèmes témoignent de l’originalité de ses positions : la décentralisation et la question religieuse[54]. »

Vision institutionnelle[modifier | modifier le code]

Paul Deschanel au début du XXe siècle.

Paul Deschanel souligne l'utilité jouée par les lois constitutionnelles de 1875 après le Second Empire, mais les qualifie de lacunaires — car ayant fait l'objet d'un compromis avec les monarchistes — et appelle à une réforme de la pratique constitutionnelle plutôt qu'à une large modification de ces textes visant à s'aligner sur les modèles américain ou suisse. D'après lui, les problèmes que rencontre le régime, en particulier l'instabilité ministérielle, « ne sont pas tous inhérents à la Constitution », mais proviennent souvent « d’infractions à la lettre ou à l’esprit » de celle-ci[55]. Mentionnant Benjamin Constant et Herbert Spencer, il insiste en 1894 sur la nécessité de voir l'exécutif constituer un contrepoids à l'action parlementaire :

« C’est une hérésie constitutionnelle de considérer la présidence de la République comme un rouage inerte, ou d'assimiler notre président à un roi constitutionnel. Un chef élu ne peut être, comme un prince héréditaire, l'arbitre impassible des partis ; cette conception est contraire au texte et à l'esprit de notre Constitution. […] [Les néo-jacobins] ne voient pas que, en affaiblissant le pouvoir exécutif, en livrant le pays à l'omnipotence et à l'anarchie parlementaire, ils risquent précisément de le rejeter pour tout de bon dans le césarisme. Un exécutif trop faible peut être aussi dangereux qu'un exécutif trop fort. La liberté est incompatible avec un gouvernement faible.[56] »

Modérant son approche, il rejette l'élection du président de la République au suffrage universel, craignant que celui-ci n'en tire une prépondérance excessive. Au vu des réticences des chambres à l'idée d'une révision constitutionnelle, il propose un changement de pratique à l'initiative du chef de l'État lui-même : il considère ainsi que Jules Grévy, bien qu'à l'origine du durable mouvement d'effacement de la fonction sous la Troisième République, influençait de façon significative les décisions prises en Conseil des ministres[55]. Il souhaite que le président se réapproprie son droit de dissolution parlementaire, prévu par les textes mais tombé en désuétude après la crise de 1877[57].

En 1889, quatre années après son élection comme parlementaire, il écrit : « Ce n’est que par une violation formelle de l’esprit de la Constitution que la Chambre des députés s’est arrogée un droit de vie et de mort sur les ministères. Il est temps de rappeler aux députés de France qu’ils sont les représentants et non les maîtres de la Nation. » Pour limiter les question de confiance et l'instabilité gouvernementale, il propose qu’aucun des ministres renversés ne puisse être nommé dans le cabinet suivant. Afin de favoriser l'adoption d'une révision constitutionnelle, il appelle à la disparition des groupes aux profits de quelques grands partis à l'existence prolongée dans le temps et aux programmes clairement définis[53].

Pour préserver l'équilibre institutionnel, Paul Deschanel s'oppose également au projet des radicaux de réduire l'influence du Sénat, qu'il voit comme une institution capable « de mettre la démocratie en garde contre les entraînements soudains » et d'empêcher la Chambre des députés d'« empiéter » davantage sur les prérogatives du gouvernement. Néanmoins, il propose un changement dans le mode de désignation des sénateurs avec l'introduction de « la cooptation soit du Sénat, soit des deux chambres, afin de pouvoir faire entrer dans le Parlement des hommes qui sans cela n’y peuvent pénétrer — les illustrations de la science, des lettres, des arts ». Selon son biographe Thierry Billard, cette proposition restée sans suite peut être vue comme « l’entrée de la société civile en politique » et se retrouvera « en partie dans la réforme du Sénat que proposera le général de Gaulle au référendum de 1969 »[53].

D'après lui, le scrutin proportionnel est à privilégier au scrutin d'arrondissement, longtemps en place sous la Troisième République. En effet, ce dernier, qui est un scrutin uninominal majoritaire à deux tours, présente à ses yeux de nombreux inconvénients, notamment le fréquent choix par défaut des électeurs au second tour, la présentation par les candidats de programmes larges afin de pouvoir obtenir la majorité des suffrages et l'élection fréquente d'un député par une minorité du corps électoral[h]. À l'inverse, il voit la proportionnelle comme un moyen de réduire le taux d'abstention, de permettre aux électeurs de voter pour leurs idées et d'éviter la tenue d'élections partielles[31].

Il s’affiche en partisan de la décentralisation dès les années 1870, considérant que « l'autonomie communale est la racine de toutes les libertés », et consacre à ce sujet un ouvrage, La Décentralisation, en 1895[59]. Ce processus est selon lui un moyen de faciliter les prises de décision et d'apaiser les tensions de la société. Il appelle ainsi à revenir sur le processus de centralisation mené par Napoléon III[54].

Économie et social[modifier | modifier le code]

Paul Deschanel fait partie des artisans d'une république modérée tenant compte des préoccupations sociales[60]. Se posant en défenseur de la liberté individuelle, de la petite et moyenne propriété[26], il ne refuse pas l’intervention étatique mais désapprouve un trop grand interventionnisme et le collectivisme défendu par les socialistes[27].

Pour favoriser l'équilibre budgétaire, il appelle le Parlement à stopper sa tendance à accroître les dépenses publiques au moyen d'un système qui interdirait toute proposition de loi diminuant les recettes de l’État ou augmentant ses charges. Il déclare en 1896 : « La condition première de toute amélioration fiscale, c’est l’arrêt des dépenses. Or il n’y a qu’un moyen pratique d’y mettre un frein, c’est celui qu’a adopté le Parlement anglais et que Gambetta en 1881 voulait introduire chez nous : c’est la règle qui consiste à réserver au gouvernement l’initiative des dépenses, ou au moins à obliger tout député qui en propose de nouvelles à les faire adopter d’abord par le gouvernement et la commission du budget[53]. »

Opposant au matérialisme historique de Marx et Engels, il voit le socialisme comme « le jacobinisme transporté de l’ordre politique dans l’ordre économique et social ». Il axe son programme sur la question sociale, qu'il pose davantage en termes de morale que de problème économique. Il déclare en 1906 : « Entre l’individualisme économique et la théorie collectiviste, il y a place pour une autre doctrine, qui, sans bouleverser les bases sociales de l’ordre actuel, veut en atténuer les inégalités et les injustices, établit un lien entre les faibles et les forts et fait intervenir l’État pour la protection des faibles ». Il prône la fermeté face au socialisme révolutionnaire et met en avant les principes d'association et de mutualité[54]. S’il soutient la fermeture de la Bourse du travail, qui transformait selon lui les syndicats en « instruments de révolution », il réclame la capacité civile pour ceux-ci[26].

Partisan d'une politique nataliste, il déclare au Congrès national de la natalité de 1919 : « Français, vous n'avez pas eu peur de la mort, auriez-vous peur de la vie ? Le sang que vous avez répandu généreusement sur les champs de bataille, n'oserez-vous plus le transmettre aux générations ? La France, par-delà les tombes cherche les berceaux : resterez-vous sourd à sa prière ? Vous avez accepté de mourir en soldats, refusez-vous de vivre en citoyens ? »[61]. Il est président de l'Union française pour le sauvetage de l'enfance de 1902 à 1921.

Bien qu'appuyant la loi de séparation des Églises et de l'État, il ne rejette pas l’influence du christianisme en France[25].

Défense et justice[modifier | modifier le code]

Paul Deschanel ne se déclare pas en faveur de la guerre mais exige la préparation d'un conflit et refuse toute démilitarisation unilatérale de la France. Il propose l'enseignement du patriotisme aux enfant et des sanctions contre les professeurs pacifistes, affirmant que « la pierre de touche de l’esprit républicain, c’est la défense de la République, de son œuvre et d’abord de l’école, car c’est là que se prépare l’homme, le citoyen, le patriote, le soldat »[31].

En matière judiciaire, il défend l'indépendance des magistrats, l'abolition de la peine de mort et la loi du instaurant pour les mineurs des juridictions spécialisées et le principe de mise en liberté surveillée[31],[62].

Politique extérieure[modifier | modifier le code]

Dans son troisième discours à la Chambre, en , s’inquiétant de la perte d'influence culturelle et commerciale de la France à l’étranger, il dénonce la baisse des crédits à la politique française en Orient, notamment en Syrie et Palestine : « La France n’est pas seulement en Orient le champion du catholicisme : elle est aussi l’apôtre de la tolérance religieuse et de la liberté de conscience. […] Si nous laissions prendre ou amoindrir notre place, la langue française serait bientôt délaissée par l’allemand, l’anglais ou l’italien[25]. »

Dans plusieurs ouvrages (La Question du Tonkin en 1883, La Politique française en Océanie, à propos du canal de Panama en 1884, Les Intérêts français dans l'océan Pacifique en 1888), il préconise des solutions aux conflits coloniaux du temps. Au sein du « parti colonial », il est l'initiateur du groupe de pression océanien.

Autres[modifier | modifier le code]

Paul Deschanel s'oppose à toute limitation de la liberté de la presse et aux Lois de 1893 et 1894 sur l'anarchisme[31].

Concernant l'interventionnisme : « La vraie justice exige la liberté de tous, non pas la protection de tous. Mais quand il s'agit de pain, il faut penser à celui qui le consomme : c'est en économie politique ce que les libres-échangistes appellent une question d'humanité. Le pain contient la nourriture de l'homme, une parcelle de la puissance et de la liberté de la patrie. »

Concernant le syndicalisme : « Il faut répondre à cette assertion qu'en dehors du collectivisme, il n'y a pour la République, pour l'esprit humain, pour la science, que faillite ; que le parti républicain n'a pas de programme social et pas de but défini vers lequel il puisse coordonner ses efforts. C'est à cela qu'il faut répondre. Pour cela, il faut faire du syndicat un générateur d'œuvres et d'institutions nouvelles et multiples, défendant le travail contre l'oppression et lui ouvrant un accès de plus en plus facile et de plus en plus large au capital et à la propriété. »

Concernant l'Allemagne : « La vérité est que les goûts pour les blessures, l'amour et l'orgueil des cicatrices sont des phénomènes essentiellement germaniques, aussi anciens que la Germanie elle-même, qu'il n'est point peut-être pas de race au monde, qui, depuis les âges les plus reculés et à travers toutes les vicissitudes de son histoire, soit restée plus identique à elle-même. »

Profil et particularités[modifier | modifier le code]

Paul Deschanel en 1912.

En politique[modifier | modifier le code]

Paul Deschanel n'a jamais changé de département d'élection, demeurant pendant plus de 30 ans l'homme fort de l'Eure-et-Loir, bien qu'il n'ait pas d'autre mandat local que celui de conseiller général. Il est élu neuf fois député dans le département, avec des scores très importants. Cette forte assise territoriale lui permet d'afficher son indépendance, de se consacrer aux questions nationales et d'exprimer des idées parfois singulières sans avoir à s'inquiéter pour sa réélection[16].

Il est président de la Chambre des députés à des moments particulièrement difficiles pour la République (lors de l’affaire Dreyfus puis durant tout la Première Guerre mondiale)[60], ce qui a pu jouer un rôle dans son affaiblissement mental à l'Élysée. Tout au long de son engagement politique, il refuse de devenir ministre afin de ne pas compromettre ses chances de devenir président de la République, qui est l’ambition de sa vie, avec celle d’intégrer l’Académie française[60].

En 2020, il est avec Valéry Giscard d'Estaing le seul président de la République française né hors du territoire français. Il est également le premier président de la République à quitter ses fonctions pour cause de maladie, alors qu’aucune disposition constitutionnelle ne l’obligeait à prendre une telle décision. D’autres chefs d’État, comme Napoléon Ier et Napoléon III, s’étaient maintenus au pouvoir malgré un état de santé dégradé[60].

Écrivain et orateur[modifier | modifier le code]

Le journal Le Matin indique en 1893 : « Dès qu’il ouvrit les yeux, son oreille fut frappée par la voix harmonieuse, par les périodes cadencées, par les tournures fleuries qui abondaient en la bouche de son père, un maître incontesté de la parole universitaire. […] Il en a largement profité[26]. » Féru de théâtre, Paul Deschanel songe dans sa jeunesse à devenir comédien. Il se produit dans plusieurs représentations, notamment dans Don Pasquale au château de Folembray en 1882. Il se rend dans des salons littéraires et côtoie la haute société, dont il critique dans ses écrits la froideur et la superficialité[14].

Son expérience sur scène lui permet de devenir un brillant orateur, à une époque où l'éloquence est très prisée[63]. Paul Deschanel perçoit l’engagement politique avant tout à travers le prisme littéraire et oratoire, étant persuadé que la parole est synonyme d’action. Dès son premier discours dans l'hémicycle, il est remarqué pour la qualité de son verbe et par son excellente diction[16]. Son collaborateur René Malliavin le présente comme attiré par « l’apothéose que la vie publique réserve parfois à l’orateur triomphant »[5]. À ses débuts, le caractère politique de ses interventions est parfois relayée au second plan, et Raymond Poincaré affirme que « Paul Deschanel n’est pas de ceux dont on dit « il sera ministre » mais plutôt « il sera académicien »[27] ». Mais au fil des années, il modifie sa diction, s’affirme dans le débat public, affronte Georges Clemenceau en duel et parvient à se défaire de son image de mondain[64],[65].

L'écrivain et critique Jules Lemaître écrit dans Le Figaro en 1897 : « On ne parle pas toujours au palais Bourbon si mal que vous croyez. […] Nous avons quelques orateurs émouvants et des débatteurs. […] M. Paul Deschanel n’a été que peu interrompu par l’extrême gauche. […] Le Deschanel politique a fini par tuer la légende du Deschanel mondain, ce qui n'était pas commode. J'ai remarqué que nul ne songeait plus à lui reprocher le soin légitime qu'il prend de son vêtement ou de ses cheveux, ni les « succès de salon » qu'il a pu rencontrer quand il était très jeune. […] À ne considérer (s'il ne peut) que la forme, j'ai eu l'impression que sa parole, directe, énergique, vibrante, luttait sans désavantage contre l'énorme flot de l'éloquence de M. Jaurès[64]. »

Paul Deschanel puise son inspiration directement dans celle des maîtres de la Tribune d'Athènes et de Rome. Il est fasciné par Pierre-Antoine Berryer, qui se distingue dans ses discours par une absence presque complète d'ironie : respect de ses adversaires, tolérance de l'esprit, loyauté de sa nature. Selon Deschanel, « l'école de l'éloquence moderne doit conserver le caractère émouvant des anciens orateurs, dépouillé des vernis et fastidieux ornements d'une trop classique rhétorique et mêler la réalité pratique où chaque fait descend. »

Apparence et personnalité[modifier | modifier le code]

Mince, doté d’un visage fin et ovale, de cheveux et sourcils clairs, d’un nez fin et aquilin, portant une moustache soigneusement peignée, Paul Deschanel est attaché à la séduction, à son apparence physique et à sa tenue vestimentaire de dandy (longue veste, faux col, cravate en soie à épingle de nacre). De l’avis général, il est décrit comme l’un des hommes politiques les plus élégants de son époque[66]. Dans les réceptions mondaines, il est apprécié — en particulier par les femmes, à l'instar de Juliette Adam et Madame Aubernon — en raison de sa culture et de ses bonnes manières[14]. Alors qu’il avait fait de sa jeunesse et de son raffinement un de ses atouts lors de ses débuts en politique, les partisans de son adversaire aux élections législatives de 1910 le compare aux « jolies femmes qui se fardent, se teignent, s’amincissent pour avoir l’air toujours jeunes, toujours désirables »[24].

Détail des mandats et fonctions[modifier | modifier le code]

À la présidence de la République[modifier | modifier le code]

À la Chambre des députés[modifier | modifier le code]

Au Sénat[modifier | modifier le code]

Au niveau local[modifier | modifier le code]

Autres[modifier | modifier le code]

Postérité et hommages[modifier | modifier le code]

Dans les décennies qui suivent sa démission de l’Élysée, l’image de Paul Deschanel dans l’opinion publique reste principalement attachée à sa maladie, qualifiée à tort de folie[60].

Plusieurs voies de circulation portent son nom, notamment l’avenue Paul Deschanel dans sa ville natale de Schaerbeek et l’allée Paul-Deschanel dans le 7e arrondissement de Paris.

Un prix de thèse honorifique Paul Deschanel est décerné chaque année par la chancellerie des universités de Paris pour récompenser des travaux en droit public[67],[68].

Décorations[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Œuvres de Paul Deschanel[modifier | modifier le code]

  • La Question du Tonkin, Paris, Berger-Levrault et Cie, , 505 p. (notice BnF no FRBNF34137665, lire en ligne).
  • La Politique française en Océanie, à propos du canal de Panama, Paris, Berger-Levrault et Cie, , 624 p. (notice BnF no FRBNF34139780, lire en ligne) — récompensé par la Société de géographie commerciale.
  • Les Intérêts français dans l’océan Pacifique, Paris, Berger-Levrault et Cie, , 387 p. (notice BnF no FRBNF34139776, lire en ligne) — récompensé par la Société de géographie commerciale.
  • Orateurs et hommes d'État : Frédéric II et M. de Bismarck, Fox et Pitt, lord Grey, Talleyrand, Berryer, Gladstone, Paris, Calmann-Lévy, coll. « Bibliothèque contemporaine », , 356 p. (notice BnF no FRBNF30329265, lire en ligne), récompensé par le prix Marcelin-Guérin de l’Académie française (1889)[69].
  • Figures de femmes : Madame du Deffand, Madame d'Épinay, Madame Necker, Madame de Beaumont, Madame Récamier, etc.etc., Paris, Calmann-Lévy, , 2e éd., 350 p. (notice BnF no FRBNF30329258).
  • Figures littéraires, 1890.
  • Questions actuelles, 1891.
  • La Décentralisation, Paris, Berger-Levrault et Cie, , 181 p. (lire en ligne).
  • La Question sociale, 1898.
  • La République nouvelle, 1898.
  • Quatre ans de présidence, 1898-1902, Calmann levy, Paris, 1902.
  • L’Idée de patrie, 1905.
  • Politique intérieure et étrangère, 1906.
  • À l’Institut, 1907.
  • L'Organisation de la démocratie, Charpentier, 1910.
  • Hors des frontières, 1910.
  • Paroles françaises, Paris, Fasquelle, , 280 p. (lire en ligne).
  • Madame de Sévigné, 1911.
  • Segrais, 1911.
  • Lamartine, 1913.
  • Les Commandements de la patrie, Paris, Bloud et Gay, coll. « Pages actuelles », , 46 p. (lire en ligne).
  • La France victorieuse : paroles de guerre, Eugène Fasquelle, Paris, 1919.
  • Gambetta, Paris, Hachette, coll. « Figures du passé », , 302 p. (lire en ligne). 

Études et essais sur Paul Deschanel[modifier | modifier le code]

  • Émile Deschanel, Le Bien et le Mal qu'on a dit des enfants, Hetzel, , 217 p. (notice BnF no FRBNF30329212). 
  • Dir. Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français : , vol. II : Cay-Fes, Paris, Bourloton, , 640 p. (lire en ligne), p. 350-351. 
  • Jean Mélia, Paul Deschanel, Paris, Plon, Nourrit et Cie, , 240 p. (lire en ligne).
  • René Malliavin, La Politique nationale de Paul Deschanel, Paris, Champion, , 195 p. (notice BnF no FRBNF30867996).
  • Gérard Milleret, Une chute peut en cacher une autre ou l'histoire du président Paul Deschanel, Dijon, thèse de médecine (université de Bourgogne), , 152 p.
  • Thierry Billard, Paul Deschanel, Paris, Belfond, , 298 p. (lire en ligne). 
  • Nicolas Honecker, Les Voyages des chefs d'État français en Lorraine, éditions Lacour, 2006.
  • Fabienne Bock, « Paul Deschanel, président de la Chambre de 1912 à 1919 », dans Jean Garrigues (dir.), Les Présidents de l'Assemblée nationale de 1789 à nos jours, Paris, Classiques Garnier, coll. « Rencontres » (no 157), , 344 p. (ISBN 978-2-8124-5019-8, présentation en ligne), p. 217-226.
  • Patrick Hoguet, Paul Deschanel : au-delà de la chute du train, Amis du Perche, , 288 p. (ISBN 978-2900122990).

Télévision et documentaire[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Archives nationales[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dans son texte, intitulé À dix-sept ans, il expose sa conception de la vie en mettant en scène deux aristocrates. L'un, âgé de 17 ans et qui présente avec lui de nombreux points de ressemblance, est mesuré et rêveur, tandis que l'autre, qui a 19 ans, est plus excentrique et séducteur. Les deux jeunes hommes côtoient une femme de 26 ans qui se révèle finalement être intéressée, ce qui déçoit le cadet, résolument idéaliste, romantique, déçu par le temps qui passe et qui corrompt selon lui la pureté des êtres au niveau charnel et matériel[4].
  2. Il écrit notamment sur Talleyrand (1881), dont il défend l'action lors du congrès de Vienne, sur Charles James Fox et William Pitt (1882) et sur Frédéric II de Prusse (1883)[14].
  3. Ces deux ouvrages sont La Question du Tonkin (1883) et La Politique française en Océanie, à propos du canal de Panama (1884)[14].
  4. Dans sa série d'articles « Notes d’un étudiant français en Allemagne » publiés par Le Journal des débats politiques et littéraires en 1885[15], il écrit : « Le goût pour les blessures, l’amour et l’orgueil des cicatrices sont des phénomènes essentiellement germaniques. La vérité est — c’est nous honorer de le reconnaître — que nous avons affaire à un peuple sérieux, travailleur, économe, persévérant, qui, s’il n’a pas l’esprit d’invention, a, au plus haut degré, l’esprit d’assimilation, et qui, enfin, il faut dire le mot, est plus fortement outillé que nous pour la lutte économique, comme il l’était en 1870 pour la guerre[16]. »
  5. Le , à la tribune de la Chambre des députés, Paul Deschanel répond à Georges Clemenceau, qui vient de l’interpeller, de la façon suivante : « Je demande de quel droit et par suite de quelle étrange faiblesse des hommes politiques qui, dans l’espace de seize ans, ont renversé quinze ministères républicains avec le concours de la droite, qui, chose bien plus grave, à l’extérieur ont contribué plus que personne à laisser tomber l’Égypte aux mains de l’Angleterre, et si on ne les avait pas empêchés, auraient laissé tomber Tunis et Bizerte aux mains de l’Italie et de la Triple alliance ; qui, s’ils n’ont pas eu la main heureuse au point de vue de la direction des événements, ne l’ont pas eue davantage au point de vue du choix des hommes, puisque, après avoir combattu de toute leur énergie Gambetta et Miribel, ils ont inventé Boulanger et Cornelius Herz ; je demande de quel droit ces hommes prétendent peser sur la politique d’une majorité en dehors de laquelle ils se sont volontairement placés et sur la conduite d’un gouvernement qu’ils n’ont cessé de combattre ». Le député d’Eure-et-Loir renouvelle ces accusations le [27].
  6. « Un jeune drôle, du nom de Paul Deschanel, s’est permis de baver sur moi hier à la Chambre. Je n’ai pas sous les yeux le compte rendu officiel de la séance, mais je ne puis attendre plus longtemps pour lui dire qu’il s’est conduit comme un lâche et qu’il a effrontément menti. Ce polisson qui procède par basses insinuations profère à l’égard de La Justice des allégations qu’il sait mensongères, comme en témoignent les livres du journal que j’ai offert de montrer. Ce n’est pas tout. Il a mis en cause la politique extérieure que j’ai suivie pendant vingt ans, avec l’approbation de tout son parti, et il a honteusement insinué que je servais un intérêt étranger. Pour proférer une pareille accusation quand on la sait mensongère, il faut être, comme M. Deschanel, le dernier des misérables. Il a osé répondre à M. Pelletan qu’il m’avait dit des choses en face. Où ? Quand ? Devant qui ? M. Paul Deschanel est un lâche. M. Paul Deschanel a menti. » – Georges Clemenceau, « À un menteur », La Justice, [29].
  7. Les témoins de Paul Deschanel sont Godefroy Cavaignac, député de la Sarthe, et Georges Chaudey, député de la Haute-Saône. Ceux de Georges Clemenceau sont Arthur Ranc, sénateur de la Seine, et Félix Mathé, député de l’Allier[30].
  8. Paul Deschanel relève ainsi que les candidats élus aux élections législatives l'emportent souvent avec moins de voix que l'addition de celles des non-élus et des abstentions[58].

Références[modifier | modifier le code]

Information icon with gradient background.svg Sauf indication contraire ou complémentaire, les informations mentionnées dans cet article proviennent de l'ouvrage de Thierry Billard, Paul Deschanel, Paris, Belfond, , 298 p.

  1. a b c d et e Billard 1991, p. 16-27.
  2. Paul Deschanel, « La mère du président de la Chambre fut la vaillance même », Femina, no 317,‎ , p. 184 (lire en ligne, consulté le 8 novembre 2019).
  3. Émile Deschanel, Le Bien et le Mal qu'on a dit des enfants, Hetzel, , 217 p. (notice BnF no FRBNF30329212).
  4. a b c et d Billard 1991, p. 28-31.
  5. a b c d et e Billard 1991, p. 33-38.
  6. « Élections législatives du 5 mars 1876 – communes suburbaines », Le Figaro, no 66 (année 1876),‎ , p. 1 (lire en ligne, consulté le 20 novembre 2019).
  7. Marcel Couturier et Paulette Couturier, Eure-et-Loir, aperçus sur l'administration préfectorale : hommes et événements (1800-1940), Chartres, Société archéologique d'Eure-et-Loir, , 114 p..
  8. Dir. Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français : , vol. II : Cay-Fes, Paris, Bourloton, , 640 p. (lire en ligne), p. 350-351.
  9. « Historique – ils ont enseigné à HEIP », sur heip.fr (consulté le 20 novembre 2019).
  10. « Le banquet du Collège libre des sciences sociales », Le Temps, no 21 420,‎ , p. 2 (lire en ligne, consulté le 20 novembre 2019).
  11. Édouard Montpetit, Souvenirs, vol. I : vers la vie, Montréal, L'Arbre, , 214 p., p. 119.
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  41. Le diagnostic d'état dépressif a été posé par le docteur Logre. L'hypothèse d'une psychose ou d'une démence sont à écarter dans la mesure où, ni les éléments délirants, ni les symptômes de détérioration intellectuelle n'ont été confirmés par les biographes ou les historiens.
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