Michel Jobert

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Michel Jobert
Illustration.
Fonctions
Ministre d'État
Ministre du Commerce extérieur

(1 an et 10 mois)
Président François Mitterrand
Gouvernement Mauroy I et II
Prédécesseur Michel Cointat
Successeur Édith Cresson
Ministre des Affaires étrangères

(1 an, 1 mois et 25 jours)
Président Georges Pompidou
Gouvernement Messmer II et III
Prédécesseur André Bettencourt
Successeur Jean Sauvagnargues
Secrétaire général de la présidence de la République française

(3 ans, 9 mois et 16 jours)
Président Georges Pompidou
Prédécesseur Bernard Beck
Successeur Édouard Balladur
Directeur de cabinet du Premier ministre

(2 ans)
Premier ministre Georges Pompidou
Prédécesseur François-Xavier Ortoli
Successeur Bruno de Leusse
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Meknès (Protectorat français au Maroc)
Date de décès (à 80 ans)
Lieu de décès Paris (France)
Nationalité Française
Parti politique Mouvement des démocrates
Diplômé de École libre des sciences politiques
ENA
Profession Haut fonctionnaire

Michel Jobert né le à Meknès (Maroc), mort le à Paris (Île-de-France), est un homme politique français, gaulliste puis gaulliste d'opposition. Il fut ministre des Affaires étrangères entre 1973 et 1974 sous la présidence de Georges Pompidou puis ministre du Commerce extérieur entre 1981 et 1983 sous la première présidence de François Mitterrand. Il participa à l'élaboration de la constitution instituant la Ve République.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et études[modifier | modifier le code]

Michel Jobert est le fils d'un ingénieur agronome installé près de Volubilis au Maroc[1]. Il rejoint la France en novembre 1939 pour ses études. Son père le pousse à préparer l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, mais, par horreur du bachotage, il décide de s'inscrire à l'université de Paris où il se spécialise en philologie anglaise[2]. Il est également admis à l'École libre des sciences politiques[3] en 1939[1]. Il se réfugie à Châtellerault en juin 1940, puis traverse le pays à bicyclette, via les Landes et Pau, jusqu’à Port-Vendres d’où il s’embarque pour Oran en juillet et rejoint le Maroc[4]. Il revient à Lyon à l’automne où il finit ses études en juin 1941[2] puis repart aussitôt au Maroc.

Il est mobilisé, d'abord comme 2e classe, durant la Seconde Guerre mondiale en novembre 1942 à 21 ans peu après le débarquement allié en Afrique du Nord. Il est élève officier à l'École militaire de Cherchell avant de participer comme aspirant, au sein du 3e régiment de spahis marocains, à la campagne d'Italie, puis au débarquement de Provence en et à la libération de la France. Il est blessé à l'épaule droite à Magny-Jobert, en Haute-Saône, en novembre 1944[5]. Il retourne à Meknès et se trouve à Alger en mai 1945. Il se voit ensuite confier une mission d'inspection en Tunisie, puis rejoint son régiment dans le Wurtemberg et termine sa période militaire à Innsbruck.

De retour à Paris en juin 1946, Jobert intègre l'École nationale d'administration dont il réussit le concours d'entrée en octobre à sa première tentative[2]. Entre 1947 et 1949, il est résident de la Fondation Deutsch de la Meurthe et la Maison des provinces de France au sein de la Cité universitaire de Paris[6].

Parcours professionnel[modifier | modifier le code]

Sortant dans la botte, Michel Jobert est nommé auditeur à la Cour des comptes en 1949. Il y est promu conseiller référendaire en 1953 puis conseiller-maître en 1971.

Il fait partie de divers cabinets ministériels de la IVe, collaborateur notamment de Pierre Mendès France en 1954, et de la Ve République. Entré au cabinet du Premier ministre Georges Pompidou en mai 1963, il le dirige à partir du en remplacement de François-Xavier Ortoli. Il est secrétaire général de la présidence de la République après l'élection de Georges Pompidou à la présidence de la République le . Il prend part dans ce cadre aux entretiens avec les membres du gouvernement soviétique en avec Roger Seydoux, Hervé Alphand et Georges Pompidou.

Les rapports de la CIA et de l'ambassade américaine à Paris de l'époque rapportent que le gouvernement américain pensait que Jobert faisait partie des candidats à la fonction de Premier ministre en 1972. Les télégrammes de l'ambassade rapportent que Jobert, ancien diplomate, connaît bien les États-Unis, parle l'anglais et est marié à une Américaine, ce qui ferait de lui un potentiel allié de Washington s'il devenait Premier ministre[7].

Ministre des Affaires étrangères, contre son gré, entre 1973 et 1974, il dénonce la collusion de l'URSS et des États-Unis, illustrée notamment par leur accord sur le nucléaire du 22 juin 1973, par-delà leurs escarmouches et s'oppose à l'ingérence de Henry Kissinger dans les affaires européennes en refusant la révision de la charte du traité de l'Atlantique nord proposée le 23 avril 1973 et en prônant le développement d'un dialogue euro-arabe.

Il soutient Jacques Chaban-Delmas à la présidentielle de 1974. Après l'élection de Valéry Giscard d'Estaing, il fonde son propre mouvement politique, le Mouvement des démocrates, et souhaite se placer en dehors du clivage droite/gauche. En 1981, il songe à se porter lui-même candidat à l'élection présidentielle avant d'y renoncer, faute d'avoir pu réunir le nombre de parrainages nécessaires[8]. Il soutient dès le premier tour François Mitterrand, et le devient ministre du Commerce extérieur (avec le titre de ministre d'État) à la suite de l'élection de ce dernier. Il démissionne de ce poste le (remplacé par Édith Cresson).

Il est éditorialiste au quotidien Paris ce soir entre le et le (le journal cesse de paraître après 22 numéros), et chroniqueur à Radio Méditerranée Internationale. À partir du , il exerce la profession d'avocat au barreau de Paris. En 1991, il est arbitre au Comité national de la Chambre de commerce internationale.

Il aurait envisagé de présenter sa candidature à la mairie d'Orléans en 1989[9].

Il meurt à 80 ans d'une hémorragie cérébrale dans la nuit du à l'hôpital européen Georges-Pompidou à Paris, où il avait été admis la veille au soir[10].

On retient notamment de lui qu'il se déclarait « ailleurs » pour qualifier sa position politique.

Décorations[modifier | modifier le code]

Archives[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Mémoires d’avenir, B. Grasset, 1974, 310 p.
  • Les Idées simples de la vie…, petit livre bleu, du Mouvement des démocrates, avec la collaboration de Michel Jobert, Grasset et Fasquelle, 1975, 251 p.
  • L’Autre Regard, B. Grasset, 1976, 412 p.
  • Lettre ouverte aux femmes politiques, Albin Michel, 1976, 178 p.
  • Parler aux Français, Arthaud, 1977, 236 p.
  • La Vie d’Hella Schuster, Albin Michel, 1977, 188 p.
  • Maroc, extrême Maghreb du soleil couchant, Paris, Éditions J.A., 1978, 199 p.
  • La Rivière aux grenades, oued Kroumane, Albin Michel, 1982, 255 p.
  • Chroniques du Midi libre, Hachette, 1982, 124 p.
  • Par trente-six chemins, je n’irai pas…, Albin Michel, 1984, 243 p.
  • Vive l'Europe libre !, réflexions sur l'Europe, Ramsay, 1984, 207 p.
  • Maghreb, à l’ombre de ses mains, Albin Michel, 1985, 276 p.
  • Les Américains, Albin Michel, 1987, 218 p.
  • Journal immédiat… et pour une petite éternité, Albin Michel, 1987, 247 p.
  • Vandales, Albin Michel, 1990, 261 p.
  • Journal du Golfe, -, Albin Michel, 1991, 353 p.
  • Ni dieu ni diable. Conversations avec Jean-Louis Remilleux, Albin Michel, 1993
  • Chroniques de l'espérance, 1988-1992, Casablanca, Horizons méditerranéens, 1993, 505 p.
  • L’Aveuglement du monde occidental. Chroniques de politique internationale 1993-1996, Albin Michel, 1997, 479 p.
  • Les illusions immobiles, chroniques de politique internationale 1996-1998, Albin Michel, 1999, 279 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Michel Jobert, définitivement «ailleurs» », Libération,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  2. a b et c Alexis Noël, L'épopée ordinaire et singulière de Michel Jobert: pour l'honneur de la politique, Société des Ecrivains, (ISBN 978-2-7480-3990-0, lire en ligne)
  3. Alexis Noël, Un ministre de l'alternance, Michel Jobert: Du Quai d'Orsay au Quai Branly (1981-1983), Editions L'Harmattan, (ISBN 978-2-336-36641-8, lire en ligne)
  4. Michel Jobert, Mémoires d'avenir, Paris, Grasset, , 310 p. (ISBN 2-246-00149-8), pp.216-220
  5. Alexis Noël, L’Épopée ordinaire et singulière de Michel Jobert, Société des Écrivains, 2008 p. 297 (ISBN 978-2-74803-990-0).
  6. « Anciens célèbres – Michel Jobert (1921 – 2002) »
  7. Nouzille, Vincent., Les dossiers de la CIA sur la France, 1958-1981 : dans le secret des présidents, Paris, A. Fayard-Pluriel, , 589 p. (ISBN 978-2-8185-0016-3 et 2818500168, OCLC 755944837, lire en ligne)
  8. « Mort de Michel Jobert, ancien ministre des affaires étrangères de Georges Pompidou », Le Monde, 27 mai 2002.
  9. « Orléans : la rumeur Jobert », Le Monde, 16 février 1989.
  10. « Michel Jobert est mort », Le Nouvel Observateur,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  11. https://www.quirinale.it/onorificenze/ricerca

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Mary Kathleen Weed, Michel Jobert et la diplomatie française, Paris, F. Lanore, 1988, 282 p.
  • Alexis Noël, La démocratie vivante, Michel Jobert, un précurseur, étude présentée à partir de La lettre de Michel Jobert, l'Harmattan, 2004, 275 p.
  • Alexis Noël, L'épopée ordinaire et singulière de Michel Jobert, Paris, Société des écrivains, 2008, 304 p.
  • Alexis Noël, Un ministre de l'alternance, Michel Jobert, du Quai d'Orsay au Quai Branly, 1981-1983, Paris, l'Harmattan, 2014, 299 p.
  • Maximilien Malirois, « Hommage à Michel Jobert, un Européen d’avenir », dans L’esprit européen, revue indépendante de débat et d’intérêt général européen, [s. d.]

Liens externes[modifier | modifier le code]