Fondation Jean-Jaurès

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Fondation Jean-Jaurès
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Fondation
Cadre
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Fondation politique
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Président
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Affiliation
Budget
2,1 millions d'€[1]
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Identifiants
SIREN
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La fondation Jean-Jaurès est une club politique français créé en 1992 par l'ancien Premier ministre socialiste Pierre Mauroy avec le soutien de la Première ministre Édith Cresson[2] avant la déroute de leur parti aux élections législatives de 1993.

Créée 78 ans après la mort de Jean Jaurès et 41 ans après celle de son dernier enfant, elle n'a aucun lien avec sa famille.

Présidée depuis 2013 par l'ancien ministre socialiste Henri Nallet, la fondation est depuis 2017 proche de La République en marche[3] et a reçu à partir de cette année d'importantes subventions gouvernementales.

Histoire[modifier | modifier le code]

Liens avec le parti socialiste en 1992[modifier | modifier le code]

La création en 1992 de la fondation Jean-Jaurès intervient après le Congrès de Rennes, où émergent de profondes divisions au Parti socialiste et avant les élections législatives de 1993 qui le voient perdre 218 de ses 275 députés.

Alors que le concept de « fondation politique » n’existe pas encore en France, Pierre Mauroy, premier secrétaire du PS, souhaitait que celui-ci se dote, à l’instar des autres partis socialistes européens, d’un outil de promotion de la démocratie et de rayonnement de l’expérience socialiste française[4].

La coopération entre le PS et la fondation prend néanmoins une forme opérationnelle par la réalisation de projets communs, cofinancés par le PS et la fondation (colloques, séminaires, etc.). Elle a vocation à extérioriser le message et les valeurs portées par le Parti socialiste. Si la fondation exerce ses activités dans le cadre idéologique qui est celui du PS, elle en est un outil complémentaire qui agit en toute indépendance. Le programme d’activités et les choix stratégiques des actions sont élaborés en autonomie complète par rapport au PS.[réf. nécessaire]

D’autres fondations du même type ont suivi le même exemple en France[5], comme la Fondation Robert Schuman chez les centristes pro-européens, puis la Fondation Gabriel Péri côté communiste ou la Fondation pour l’innovation politique à droite[5].

Difficultés en 2017[modifier | modifier le code]

Le budget provisoire voté en 2016 était de 2,73 millions d'euros[6]. La Fondation bénéficiait alors de subsides versés par les présidences des deux Assemblées et les groupes parlementaires socialistes par le biais de la réserve parlementaire, supprimée après l'élection d'Emmanuel Macron[6]. Le directeur général adjoint de la Fondation, Laurent Cohen, envisage alors « une perte sèche de 300 000 euros »[6]. Après 2017, d'importantes subventions du gouvernement vont compenser.

Liens avec le parti d'Emmanuel Macron[modifier | modifier le code]

Bien qu'historiquement proche du Parti socialiste, la fondation est ensuite également en « excellents termes » avec La République en marche, estime Grégory Rzepski du Monde diplomatique en 2019[3]. Le directeur général Gilles Finchelstein a été critiqué au PS pour avoir pris la parole au nom de la fondation, lors d'une réunion des parlementaires de La République en marche, en juin 2017[6]. « Nous ne nous situons pas par rapport à un parti ou un homme, mais par rapport à des valeurs et des idées », a-t-il répliqué lors d'un colloque début septembre 2017[6] dans son discours de clôture, en estimant que la Fondation était « indépendante, européenne, et social-démocrate ».

Gilles Finchelstein travaille pour l'agence publicitaire Havas Worldwide[7], qui selon Mediapart « représente les trois quarts de ses activités »[8] et a continué à s’infiltrer dans la machine politique, en « jetant son dévolu sur Emmanuel Macron », bien avant son élection, « pour être depuis 2017 installée au cœur même du pouvoir ».

Un des bureaux de la fondation fut occupé longtemps par Ismaël Emelien, devenu en 2017 conseiller spécial d'Emmanuel Macron. Selon Le Monde, il a longtemps côtoyé Gilles Finchelstein, pour le compte de Dominique Strauss-Kahn puis à l’agence Havas. D'autres dirigeants de la FJJ se disent « distincts sans être distants » de ceux de de La République en marche. Selon Le Monde, le directeur général adjoint de la Fondation, Laurent Cohen confie volontiers qu’il lui est arrivé de partir en vacances avec secrétaire d’État à l’économie et aux finances, Benjamin Griveaux et avec Ismaël Emelien.

Descendants de Jaurès[modifier | modifier le code]

La FJJ, créée 78 ans après la mort de Jean Jaurès et 41 ans après celle de sa fille, n'a aucun lien avec ses descendants, déjà disparus. «Il n'y a pas de descendance dans la famille Jaurès, que des membres colatéraux», selon Bernard Louvet, président des Amis de Saint-Roch, qui entretient la tombe de Castres, où furent inhumés sa mère Marie-Adélaïde Jaurès (1822-1906) et son frère le vice-amiral Louis Jaurès (1860-1937), député du cartel des gauches en 1924. Selon lui, sa nièce Yvonne Régnier-Jaurès, décédée en mai 1982, venue à Castres en 1959,pour le centième anniversaire de la naissance de Jaurès, fut la dernière ayant droit à venir se recueillir sur la tombe[9].

Deux décennies après la création de la FJJ, lors du centenaire de la mort de Jean Jaurès en 2014, Monique Bonnier Pitts, petite-fille de Pierre Renaudel (1871-1935), contacta la FJJ pour lui proposer un buste de son grand-père[10], puis découvrit, au cours de rangements effectués un week-end, un ensemble de boîtes d’archives[10], données à la Fondation[10].

En 1902, Pierre Renaudel avait succédé à Jules Vallès à la tête du quotidien Le Peuple[11] puis devint délégué à la propagande de la SFIO en 1905[11], quand son unification par Jaurès ouvre l'Humanité, qu'il a cofondée en 1904 avec Jaurès[11], aux guesdistes. Avant que ce quotidien devienne en 1911 l'organe officiel de la SFIO au congrès de Saint-Quentin, il en chef de la rédaction dès 1908. Témoin, fin juillet, de l’assassinat de Jean Jaurès causé par son opposition à la Guerre de 1914-1918, il rédigea 4 jours après la "Une" du de l'Humanité, qui fit entrer la SFIO dans l'union sacrée pour la guerre, en écartant les recours tels que la grève générale simultanée dans plusieurs pays[12]. Pierre Renaudel sera battu aux législatives de 1919, après avoir été remplacé en par Marcel Cachin à la direction de l'Humanité, au moment du changement de majorité à la SFIO[11], le quotidien sortant du giron socialiste lors du Congrès de Tours, qui voit la scission crant le Parti communiste français.

Objectifs[modifier | modifier le code]

Selon les archivistes[modifier | modifier le code]

Selon Emmanuelle Jouineau, responsable du Centre d'archives socialistes à la Fondation Jean-Jaurès à partir de 1999, la FJJ a « toujours eu comme objectif d’être un lieu d’échanges et de débats pour toutes les tendances du mouvement socialiste et de la gauche en général »[5].

Selon la même source, s'exprimant en 2011 dans une revue universitaire, la Fondation Jean-Jaurès est « organiquement et financièrement indépendante du PS »[5]. Même si elle a vocation à le suivre « dans les combats politiques de notre époque »[5], elle se place « en dehors de l’« appareil » du parti socialiste »[5], sur le « modèle des fondations politiques allemandes, comme la Friedrich Ebert Stiftung ». La Fondation Friedrich-Ebert a été fondée par des sociaux-démocrates allemands dès 1925[5].

Selon les statuts[modifier | modifier le code]

La fondation a pour but de « favoriser l’étude du mouvement ouvrier et du socialisme international, de promouvoir les idéaux démocratiques et humanistes par le débat d’idées et la recherche, de contribuer à la connaissance de l’homme et de son environnement, de mener des actions de coopération économique, culturelle et politique concourant à l’essor du pluralisme et de la démocratie dans le monde[13]. »

Utilité publique[modifier | modifier le code]

La fondation a été reconnue d’utilité publique par décret de la Premier ministre Edith Cresson à sa création en février 1992[2].

Organisation[modifier | modifier le code]

Présidents[modifier | modifier le code]

  • Pierre Mauroy, ex-premier ministre socialiste, fondateur et premier à la présidence de la fondation ne l'a quittée qu'à son décès en 2013.
  • Henri Nallet, président depuis 2013, fut ministre socialiste de l'Agriculture (1985–1986) puis dirigea d'autres ministères socialistes de 1988 à 1992. De à , il occupa trois postes de direction au sein des Laboratoires Servier, avec « un revenu annuel très important estimé à 812 000  »[14] et fut conseiller du président Jacques Servier. Lorsque éclate le scandale du Mediator, il est entendu comme témoin assisté à partir de décembre 2013 car accusé de trafic d'influence[15]. Deux ans après, son élévation au grade de commandeur de la Légion d'honneur le suscita des réserves[16],[17] et sa nomination mise en suspens[18].

Directeurs généraux[modifier | modifier le code]

  • Gilles Finchelstein est depuis 2000 directeur général, tout en travaillant pour l'agence publicitaire Havas Worldwide[7], qui selon Mediapart « représente les trois quarts de ses activités »[8] et a continué à s’infiltrer dans la machine politique, en « jetant son dévolu sur Emmanuel Macron », bien avant son élection « pour être depuis 2017 installée au cœur même du pouvoir ».

Départements[modifier | modifier le code]

  • Un département "Coopération internationale" vise à favoriser l’émergence ou la consolidation de la démocratie dans le monde, via des séminaires ou des stages de formation thématiques destinés à des militants ou cadres de partis, mais aussi à des élus ou futurs élus. La Fondation intervient chaque année dans une quarantaine de pays et des colloques internationaux.
  • Un département "Études et recherches" organise des colloques, rencontres publiques ou fermées et groupes de travail. Il publie plusieurs collections d'ouvrages (essais, notes, newsletters électroniques) se voulantr un laboratoire d’idées entre la France et l’Europe, entre le monde politique et la société civile.

Siège et archives[modifier | modifier le code]

La fondation Jean-Jaurès (FJJ) a entreprosé les documents de l'histoire contemporaine du Parti socialiste dans un "Centre d'archives socialistes (CAS)", hébergé au no 6 de la cité Malesherbes, dans le 9e arrondissement de Paris. Il est chargé de collecter et conserver les archives du mouvement socialiste, avec traitement informatisé, organiser colloques et séminaires et diffuser des textes historiques ou de contributions originales. Thierry Mérel, diplômé en archivistique, y surveille 1 500 mètres linéaires dont environ « 16 000 ouvrages » et « 2 000 affiches »[6]. L’objectif est de numériser les archives repérées, pour les préserver des manipulations rendues délicates par l’état de certains documents[10].

En 1998, la FJJ s'est installée juste à côté, au no 12 de la cité Malesherbes, dans l'immeuble acheté par le journal quotidien socialiste Le Populaire en décembre 1936, siège de la SFIO en 1937. Réquisitionné par les Allemands sous l'Occupation, il fut récupéré par le Parti socialiste en 1944 mais le quotidien socialiste Le Populaire a disparu en 1970.

Observatoires[modifier | modifier le code]

En 2014, la fondation Jean-Jaurès fonde un Observatoire des radicalités politiques, dirigé par Jean-Yves Camus et auquel participent des journalistes, historiens et sociologues, tels Rudy Reichstadt[19], Nicolas Lebourg, Joël Gombin ou Sylvain Crépon. Ces membres nient toute orientation partisane[20].

En 2021, l'Observatoire des médias est lancé, et dirigé par le journaliste David Medioni[21]. Chloé Morin anime l'Observatoire de l’opinion[6]. Amandine Clavaud, 28 ans, est responsable Europe au secteur international[6]. Jérémie Peltier, 26 ans, a été nommé en juillet directeur des études de la Fondation[6].

Un "Observatoire de l'éducation" dépend aussi de la Fondation Jean-Jaurès[22]. Quelques semaines après l'assassinat le 16 octobre 2020 à Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines du jeune professeur d’histoire-géographie Samuel Paty[23], il a lancé un "baromètre sur les enseignants"[22], qui a publié en juillet 2021 une étude, réalisée avec l'Institut de sondages Ifop[22], dont elle conclut que « les enseignants semblent aujourd’hui imprégnés d’une vision très « juridique » et « minimaliste » de la laïcité »[22].

Propositions[modifier | modifier le code]

En mai 2016, un peu avant la présidentielle, la fondation s'exprime en faveur de l'idée d'un revenu universel de base de 750 euros par mois[24]

Budget[modifier | modifier le code]

Montants[modifier | modifier le code]

Le budget de la FJJ dépassait 2 millions d'euros dès 2010. Selon les propres informations de la fondation, son budget global pour l'année 2010 s'élevait à 2 100 000 , dont 80 % provenant de différents services et ministères de l'État et seulement 2 % des groupes socialistes du Parlement et du Sénat[25]. Le budget 2018 s'élevait à 2 982 000 [25].

Les locaux ont été agrandis de deux étages acquis dans un immeuble voisin en 2006. Le budget provisoire voté en 2016 était de 2,73 millions d'euros[6].

Subventions[modifier | modifier le code]

Les subventions publiques à la FJJ ont très fortement augmenté après 2017, et ne proviennent plus de personnalités du parti socialiste mais du gouvernement.

En 2016, la fondation a reçu 230 000  de subvention au titre de la réserve institutionnelle de la présidence de l'Assemblée nationale[26], dont le président était Claude Bartolone, dans le cadre de la réserve parlementaire.

En 2018, ce montant était sept fois plus élevé : la fondation a reçu 1,69 million d'euros de l’État, sur décision du chef de cabinet du Premier ministre[3].

Droit et fiscalité[modifier | modifier le code]

Il n’existe, en France, aucune loi spécifique aux fondations politiques et la FJJ fut la première à sa création en 1992. Le droit privé les autorise à recevoir, si reconnues d’utilité publique, des subventions des entreprises et des dons et legs de particuliers, avec des avantages fiscaux.

Les autres ressources de la fondation viennent de la vente de publications et des services rendus à la "famille socialiste" : gestion et animation des archives du PS, ex-SFIO.

Études remarquées[modifier | modifier le code]

Complotisme et Gilets jaunes[modifier | modifier le code]

Quelques semaines après l'essor du mouvement des Gilets jaunes, la FJJ lance une « étude » sur le sujet, publiée ensuite en janvier 2019 sous forme de note[27], rédigée par le journaliste Roman Bornstein[28] en s'appuyant, en partie, sur un questionnaire diffusé au sein de groupes Facebook de gilets jaunes[29]. L'étude affirme que seulement 48 % des gilets jaunes estiment que l'attentat de Strasbourg du 11 décembre 2018[30], a bien été perpétré par Chérif Chekatt, contre 65 % des Français en général[30], et se base dessus pour affirmer que le mouvement des Gilets jaunes est « complotiste ».

Selon France Culture, c'est une « hypothèse que dessine la Fondation Jean Jaurès », plus qu'un portrait méthodologiquement étayé, dans son étude. La démarche laisse la place à la méthode de l'« hypothèse », a aussi observé un article dans Libération[31], consacré à cette « note dont les conclusions divisent »[31] et qui « s'intéresse surtout à Maxime Nicolle, alias Fly Rider, et Eric Drouet figures des gilets jaunes très actives sur les réseaux sociaux », car l'auteur a beaucoup « travaillé à partir de leurs lives Facebook »[31]. Bien qu'eux-mêmes se revendiquent « apolitiques », la Fondation Jean-Jaurès estime que Drouet est un « factieux »[31], observe Libération. La journaliste Aude Lancelin, directrice de publication du Média, a qualifié à cette occasion la FJJ de « gauche antisociale »[31] et fustigé son besoin de désigner comme « ennemis publics » les deux gilets jaunes, animateurs d'un mouvement « qui lui échappe sur le terrain »[31].

Le Parti communiste français (PCF), a lui dénoncé une étude émaillée par « d'importants biais méthodologiques »[32] car centrée sur certaines catégories sociales et « prétendant démontrer que les catégories populaires sont fortement perméables au complotisme », sans s'intéresser aux ravages de ce mal dans d'autres catégories sociales. La critique du PCF est venue une semaine après celle du site d'information Arrêts sur images[33] qui avait surtout observé que les résultats de cette étude avaient « encore une fois, été relayés de manière partiale dans les médias »[33], la façon de les présenter s'y prêtant, en retenant « un angle propre à allécher l'appétit médiatique »[33], afin d'obtenir de « gros titres alarmistes »[33], par exemple un article du magazine Le Point, titré « 40% des Gilets jaunes sont très complotistes »[30],[33].

Complotisme et anti-masques[modifier | modifier le code]

Les biais méthodologiques d'une autre étude de la Fondation Jean-Jaurès, consacrée au profil des membres des groupes Facebook anti-masques français[34], et rendue publique au début du mois de septembre, ont aussi été critiqués dès sa sortie[35]. L'étude avait en particulier recouru à un questionnaire posté sur ces groupes Facebokk, en laissant libre « qui le souhaitait d'y répondre »[35].

En seulement jours, plus de 1000 réponses à l’enquête sont remontées à la FJJ par cette voie[34] et elles avait ensuite été comparées à des questions posées à la population française plus largement, ou dans des enquêtes récentes et dans une l'étude d'automne 2018 sur les groupes Facebook de « gilets jaunes »[34]. Tout en condédant que cette méthodologie peut difficilement « prétendre à la représentativité de l'ensemble des anti-masques dans la population française », Antoine Bristielle, professeur de sciences sociales à l'Université Grenoble-Alpes, qui a signé la note envoyée à la presse, avait estimé que cependant, de « par son ampleur, cette étude donne un très bon aperçu du profil des individus »[34].

Voile des étudiantes et parents d'élèves[modifier | modifier le code]

Quelques semaines après l'assassinat le 16 octobre 2020 à Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines du jeune professeur d’histoire-géographie Samuel Paty[23], l'Observatoire de l’éducation, qui dépend de la Fondation Jean-Jaurès[22], a lancé un "baromètre sur les enseignants"[22], qui a publié en juillet 2021 une étude, réalisée avec l'Institut de sondages Ifop[22], dont elle conclut que « les enseignants semblent aujourd’hui imprégnés d’une vision très « juridique » et « minimaliste » de la laïcité »[22].

Le sondage montre pourtant que 96% des enseignants sont favorables à la loi de 1905 sur la laïcité (contre 88% des Français), et 92% à celle de 2010 sur la burqa (contre 88% des Français), deux tiers d'entre eux interprétant de plus comme une remise en cause de la laïcité les demandes de viande halal/casher dans les cantines scolaires et seulement 20% (contre 23% des Français) étant favorables des horaires réservés aux femmes dans les piscines publiques.

Malgré cela, le corps enseignant « apparaît dans cette enquête systématiquement plus favorable que le reste des Français au port de signes religieux »[22], en raison de « la position des « jeunes profs » »[22] conclut l'étude, en se basant en fait sur les réponses à deux questions non inclues dans les lois sur la laïcité: le port du voile pour les étudiantes majeures et celui des parents accompagnant une sortie scolaire, sur lequel un accrochage médiatique venait d'opposer en novembre 2019 le ministre de l'éducation à la FCPE[36], première fédération des conseils de parents d'élèves avec 40% des sièges dans les lycées et collèges, contre 10,6 % à la PEEP[37].

Malgré l'écrasante majorité favorable aux lois sur la laïcité, le quotidien Ouest-France se demande, à la publication de ce sondage, s'il s'agit « d'un manque de formation sur les principes qui régissent le statut de fonctionnaire » ou d'une « prise de position en connaissance de cause qui renvoie à une pénétration importante dans notre société comme dans la jeune génération ? » [23], tandis que L'Express souligne « une rupture générationnelle, les plus âgés étant très attachés à la laïcité tandis que les plus jeunes sont dans une logique plus anglo-saxonne, plus libérale »[38].

Pronostic sur la non conquête de mairies par EELV en 2020[modifier | modifier le code]

Le 13 mars 2020, à l'avant-veille des élections municipales, Gilles Finchelstein, directeur général de la Fondation Jean-Jaurès, a publié une note pour « éclairer sur la possible surprise du parti Europe Écologie-Les Verts »[39], alors porté par d'excellents sondages, en jugeant « hypothétique qu’il détienne un nombre substantiellement plus important de mairies à l’issue du second tour »[39]. Pronostic démenti, quelques heures après le second tour, avec une trentaine de villes importantes prises par ce parti[40], dont 8 de plus de 100 000 habitants, avec Marseille, Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Grenoble, Annecy, Besançon ou encore Poitiers[41].

La note de la FJJ reconnaissait que 50% des Français estiment que ce serait une bonne chose qu'EELV dirige la commune où ils habitent mais mettait en avant « les préoccupations en matière de sécurité une faiblesse supplémentaire pour une formation dont le champ de légitimité demeure étroit »[39].

Théorie du vote utile à la présidentielle 2022[modifier | modifier le code]

Le 28 octobre, une « étude pour la Fondation Jean-Jaurès (FJJ) » sur le thème du "Vote utile" fait la "Une" de nombreux médias, mais souvent au conditionnel[42] et contestée par Anne Hidalgo , candidate PS qui le juge « pas sérieux » et risquant de « provoquer de grandes colères »[43]. C'est la première à parler de "vote potentiel" et plus d'"intention de vote" pour un des sondages sur la présidentielle 2022.

La veille du 28 octobre, un dossier, distinct de cette étude, a été consacrée par la même FJJ à l'impact d'Eric Zemmour « sur le positionnement des autres candidats », mais sans mentionner l'étude qui sera publiée le lendemain[44],[45].

Cette « étude pour la Fondation Jean-Jaurès » est en fait une simple « note pour la Fondation Jean-Jaurès » d'Adélaïde Zulfikarpasic[46], à en-tête de la Fondation Jean-Jaurès[46], de 5 pages et sans annexes. Elle est publiée sur son site internet, sans mentionner que l'auteure occupe le poste de directrice de BVA Opinion[46],[47]. Dès ses deux premiers paragraphes, elle se réfère à un « sondage BVA paru le 14 octobre 2021 »[48], deux semaines plus tôt, mais sans jamais préciser ses questions posées. Le sondage est présent depuis cette date sur le site de BVA, qui l'a réalisé pour la radio RTL et l'opérateur télécoms Orange[48], mais il ne mentionne pas les chiffres dont parle Adélaïde Zulfikarpasic dans sa note du 28 octobre[48]. Ce sondage précise que 9% des électeurs inscrits ont répondu qu'ils « ne s'intéressent pas » à la présidentielle, contre 18% qui s'y « intéressent un peu », 31% qui « intéressent assez » et 41% qui s'y « intéressent beaucoup »[49]. Il précise que les sondés ont dû noter sur une échelle de 1 à 10 leur certitude d'aller voter: 59% ont donné la note 1, 11% la note 2, et 30% une des 8 autres notes possibles[49]. Parmi les personnes « certaines d'aller voter », seulement 52% à 58%, selon les scénarios, « ont exprimé une intention de vote et se disent sûres de leur choix »[50]. La note d'Adélaïde Zulfikarpasic[46] s'intéresse, dans ce sondage, à ceux des électeurs de Benoit Hamon (6,3% des suffrages exprimés en 2017) certains d'aller voter en 2022 et qui ont, de plus, dévoilé leur intention de vote. Elle est pour Emmanuel Macron dans une proportion de 20% à 26% (selon les autres candidats présents)[46], observe-t-elle, en estimant que cette proportion est une justification du concept de potentiel de vote, incluant pour chaque électeur un second choix possible: chez ceux de Benoit Hamon en 2017, un sur deux (49%) « déclare qu’il pourrait voter pour Emmanuel Macron au premier tour » dont 14% précisant être « sûr » de pouvoir le faire.

Ce sondage du 14 octobre a testé plusieurs raisons possibles de ce vote potentiel, en offrant le choix entre deux réponses, révèle la note d'Adélaïde Zulfikarpasic : « dans une optique de vote utile, pour faire barrage à l’extrême droite » a recueilli 45%[46],[47] et « par défaut, parce que c’est le moins pire » 36%[46],[47]. Ce concept de potentiel de vote a aussi été testé pour les « sympahtisants LFI »[46],[47]: ceux qui, au total « pourraient voter pour Emmanuel Macron au premier tour », seraient 25%[46],[47], Adélaïde Zulfikarpasic dont 4% « sûrs » de pouvoir le faire[46],[47]. La même question, sur les raisons de ce vote « potentiel » pour Macron, leur a été posée. « Dans une optique de vote utile, pour faire barrage à l’extrême droite » a recueilli 41%[46],[47].

La note d'Adélaïde Zulfikarpasic ne précise cependant pas quel proportion a répondu « par défaut, parce que c’est le moins pire »[46],[47] et ce chiffre de 41% devient, le même jour, sur les site du quotidien Les Echos et de France Info: « 41% des sympathisants La France insoumise envisagent de voter pour Emmanuel Macron au premier tour et ainsi faire barrage à l'extrême droite, selon une étude publiée par la Fondation Jean-Jaurès »[51]. Tentant d'étayer ce chiffre, jugé étonnant par plusieurs médias, France Info cite Adélaïde Zulfikarpasic, qui estime que cela relève d'une mécanique « fondée sur une idée centrale : celle que la gauche ne pourra pas – en l'état actuel des choses – figurer au second tour de cette élection présidentielle »[51]. Le même article de France Info dit que « le vote utile en faveur d'Emmanuel Macron dès le premier tour, pour faire barrage à l'extrême droite en cas de candidature du polémiste Eric Zemmour, est envisagé par 54% des électeurs se déclarant pour Yannick Jadot et par 57% de ceux penchant pour Anne Hidalgo »[51] alors que ces deux pourcentages correspondent aux réponses sur les raisons d'un vote potentiel pour Macron : « Quand on leur en demande la raison, ils répondent majoritairement « dans une optique de vote utile, pour faire barrage à l’extrême droite » », mentionne la note Adélaïde Zulfikarpasic[46],[47] en ajoutant que c'est le cas de « 54% des électeurs d’Anne Hidalgo pouvant envisager de voter pour Emmanuel Macron », et de « 57% de ceux de Yannick Jadot » pouvant envisager la même chose[46],[47].

En fait, c'est seulement 25% et 38%, respectivement, des « sympathisants » LFI et écologistes, qui « pourraient aussi » voter Macron, dans ce qui ressemble à une confusion entre 1er et second tour, rectifie lendemain France Culture, en introduction d'une analyse historique sur le vote utile[42], terme plusieurs fois utilisé aussi au second tour de diverses élections présidentielles, notamment en avril 2002[42].

Les quotidiens Le Monde et Libération n'ont pas repris l'étude de la FJJ. L'erreur de chiffres est cependant aussi dans Le Parisien[52] et Valeurs actuelles[53] reprenant l'article dans Les Echos[54]. Ce dernier attribue même ces chiffres à un autre sondage BVA des 22 et 23 septembre, qu'Adélaïde Zulfikarpasic n'évoque pourtant qu'au 18e paragraphe de sa note, et qui n'est pas consacré aux intentions de vote à la présidentielle[55], ne les abordant à aucun moment[55], mais à des questions d'actualité et aux baromètres de popularité de personnalités politiques[55]. Ce baromètre de septembre proposait aux électeurs ayant une sympathie préétablie une liste de 10 à 11 personnalités[55], censées en être proche, avec à chaque fois une ou deux exceptions, en demandant pour chacune s'ils souhaitent qu'elle ait « plus d'influence dans la vie politique française »[55]. Les sympathisants socialistes y sont 50% à dire oui pour Édouard Philippe mais seulement 30% pour Olivier Véran[55]. Dans sa note pour la FJJ, Adélaïde Zulfikarpasic, au 18e paragraphe, estime que sa « thèse du vote utile » est confirmée par ce chiffre de 50%[55], « probablement parce que les sympathisants de gauche ont, pour partie d’entre eux, intégré plus ou moins consciemment qu’à court terme le futur se jouerait sans la gauche »[55]. Dès son premier paragraphe, l'article de France Info mentionne lui aussi que l'étude de la FJJ « s'appuie sur les résultats d'un sondage de BVA Opinion réalisé fin septembre »[51] en mettant en lien le même que Les Echos[51].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le budget, consulté le 29 octobre 2012.
  2. a et b LePolitique.com. Index : Associations politiques.
  3. a b et c Grégory Rzepski, « Ces viviers où prolifèrent les « experts » médiatiques », sur Le Monde diplomatique,
  4. « Pierre Mauroy : à la fondation Jean-Jaurès, il fut aussi un pionnier », La Voix du Nord,‎ (lire en ligne)
  5. a b c d e f et g "Le Centre d'archives socialistes de la Fondation Jean-Jaurès. Nouvelles sources d'archives et perspectives de recherche sur le parti socialiste", par Emmanuelle Jouineau, responsable du Centre d'archives socialistes à la Fondation Jean-Jaurès à partir de 1999, dans la revue Histoire@Politique, en 2011 [1]
  6. a b c d e f g h i et j "La Fondation Jean-Jaurès cherche son point d’équilibre" le 28 octobre 2017 dans Le Monde par Jean-Baptiste de Montvalon
  7. a et b Cahuzac, Moscovici, Valls faisaient com’ si de rien n'était, Libération, 10 avril 2013
  8. a et b Mathieu Magnaudeix et Ellen Salvi, « Havas tisse sa toile autour de Macron », sur Mediapart, (consulté le ).
  9. "Castres. Ils ont nettoyé la tombe de la famille Jaurès" article dans La Dépêche le 24/10/2009 [2]
  10. a b c et d Fonds Renaudel, par Thierry Mérel, site de la FJJ [3]
  11. a b c et d Biographie Le Maitron de Pierre Renaudel [4]
  12. l'Humanité du 4 août 1914 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2539053/f1.item.zoom
  13. Article 1 des statuts.
  14. « L’ex-ministre Henri Nallet épinglé par les victimes du Mediator », sur la-croix.com, (ISSN 0242-6056, consulté le ).
  15. Anne Jouan, « Mediator : l'ex-ministre Henri Nallet mis en cause », sur LeFigaro.fr, (consulté le ).
  16. Eric Favereau, « La Légion d’honneur à Henri Nallet, au mépris du Mediator », sur liberation.fr, (consulté le ).
  17. « La Légion d'honneur d'Henri Nallet révolte les victimes du Mediator », sur lepoint.fr, (consulté le ).
  18. Anne Jouan, « Mediator : la Légion d'honneur d'Henri Nallet en suspens », sur lefigaro.fr, (consulté le ).
  19. Observatoire des radicalités politiques, jean-jaures.org.
  20. « L'extrême droite disséquée par un nouvel observatoire », lefigaro.fr, 9 mars 2014.
  21. « LA FONDATION JEAN JAURÈS LANCE SON OBSERVATOIRE DES MÉDIAS AVEC DAVID MEDIONI », sur CB News,
  22. a b c d e f g h i et j LES ENSEIGNANTS, LA LAÏCITÉ ET LA PLACE DES RELIGIONS À L’ÉCOLE 06/07/2021 étude de FRANÇOIS KRAUS et IANNIS RODER sur le site de la Fondation Jean-Jaurès [5]
  23. a b et c "Les jeunes profs favorables à une « laïcité ouverte, libérale et inclusive »", article dans le quotidien régional Ouest-France de Arnaud BÉLIER, publié le 06/07/2021 [6]
  24. « La Fondation Jean-Jaurès prône un revenu universel de 750 euros par mois », directmatin.fr, 23 mai 2016.
  25. a et b Budget prévisionnel 2010, sur jean-jaures.org.
  26. Voir sur assemblee-nationale.fr.
  27. "EN IMMERSION NUMÉRIQUE AVEC LES « GILETS JAUNES »" site de la FJJ, le 14/01/2019 (Présentation en ligne).
  28. « Signes des temps » par Marc Weitzmann, le 27 janvier 2019, sur France Culture (Présentation en ligne.
  29. Site de France Télévisions le 07/09/2020 [7].
  30. a b et c Article de Thomas Mahler dans le magazine Le Point le 11/02/2019 [8].
  31. a b c d e et f "Facebook des gilets jaunes : une étude, plusieurs interprétations" par Léa Mormin-Chauvac dans Libération le 23 janvier 2019 [9].
  32. Communiqué du 19 février 2019 du Parti communiste français [10].
  33. a b c d et e Article de Tony Le Pennec, journaliste à Arrêts sur images, le 11 février 2019 [11].
  34. a b c et d Résumé et synthèse de l'étude consacrée au profil des membres des groupes Facebook anti-masques français, par le lchercheur Antoine Bristielle, professeur de sciences sociales à l'Université Grenoble-Alpes, sur le site de la Fondation Jean-Jaurès [12]
  35. a et b Article de Tony Le Pennec, journaliste à Arrêts sur images, le 9 septembre 2020 [13]
  36. "Rodrigo Arenas, un militant derrière le voile", par Mattea Battaglia et Camille Stromboni, dans Le Monde du 12 novembre 2019 [14]
  37. Chiffres du Ministère de l'Éducation nationale, qui centralise les résultats [15]
  38. "Marlène Schiappa : "Sur la laïcité, le temps n'est plus à l'observation mais à l'action", interviex de la ministre déléguée à l'occasion du lancement un nouveau bureau de la laïcité, dans L'Express [16]
  39. a b et c ENQUÊTE ÉLECTORALE FRANÇAISE 2020 : UNE PERCÉE ENVIRONNEMENTALE OU ÉCOLOGISTE ? par Gilles Finchelstein, directeur général de la Fondation Jean-Jaurès [17]
  40. "MUNICIPALES: DÉCOUVREZ LES VILLES REMPORTÉES PAR EELV" sur BFMTV par Louis Tanca, le 29/06/2020 [18]
  41. Magazine Outside le 29 juin 2020 [19]
  42. a b et c "Le billet politique", par Stéphane Robert, sur France Culture [20]
  43. "Présidentielle : le « vote utile » pour Macron ? Hidalgo n’y croit pas", par l'AFP, le [21].
  44. "Fondation Jean-Jaurès : «La secousse Zemmour laissera des traces»" par Nicolas Massol, dans Libération le 27 octobre 2021 [22]
  45. Le dossier Zemmour Idéologie, image, électorat[23]
  46. a b c d e f g h i j k l m et n "Note pour la Fondation Jean-Jaurès", d'Adélaïde Zulfikarpasic, publiée sur le site internet de la Fondation Jean-Jaurès le 28/10/2021 [24]
  47. a b c d e f g h i et j Note d'Adélaïde Zulfikarpasic, directrice de BVA Opinion sur le site internet de la Fondation Jean-Jaurès [25]
  48. a b et c "LES FRANÇAIS ET L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE VAGUE No 1, d'octobre 2021, Enquête BVA pour RTL et Orange réalisée par Internet du 7 au 11 octobre 2021. [26]
  49. a et b "LES FRANÇAIS ET L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE VAGUE No 1, d'octobre 2021, Enquête BVA pour RTL et Orange réalisée par Internet du 7 au 11 octobre 2021, page 8 [27]
  50. "LES FRANÇAIS ET L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE VAGUE No 1, d'octobre 2021, Enquête BVA pour RTL et Orange réalisée par Internet du 7 au 11 octobre 2021, page 9 [28]
  51. a b c d et e "Présidentielle 2022 : les électeurs de gauche tentés par un "vote utile" pour Macron, selon une étude", sur France Info, le 28 octobre 2010 [29]
  52. Le Parisien le 29 octobre 2021 [30]
  53. Article dans Valeurs actuelles le 29 octobre 2021 [31]
  54. "Présidentielle 2022 : Macron pourrait profiter d'un « vote utile » de l'électorat de gauche" par Alexandre Rousset, dans Les Echos le 28 octobre 2021 [32]
  55. a b c d e f g et h Sondage réalisé du 22 au 23 septembre 2021 pour Orange et RTL, commenté par Christelle Craplet, DE BVA Opinion [33]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

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