Émile Loubet

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Émile Loubet
Portrait officiel du président Émile Loubet.
Portrait officiel du président Émile Loubet.
Fonctions
8e président de la République française

(7 ans)
Élection
Président du Conseil Charles Dupuy
Pierre Waldeck-Rousseau
Émile Combes
Maurice Rouvier
Prédécesseur Félix Faure
Successeur Armand Fallières
7e président du Sénat
Prédécesseur Paul-Armand Challemel-Lacour
Successeur Armand Fallières
49e président du Conseil des ministres
(61e chef du gouvernement français)
et Ministre de l'intérieur
Président Sadi Carnot
Gouvernement Émile Loubet
Législature Ve
Prédécesseur Charles de Freycinet
Successeur Alexandre Ribot
Ministre de l'Intérieur
Président Sadi Carnot
Gouvernement Émile Loubet
Alexandre Ribot I
Prédécesseur Ernest Constans
Successeur Alexandre Ribot
Ministre des Travaux publics
Président Sadi Carnot
Gouvernement Pierre Tirard I
Prédécesseur Severiano de Heredia
Successeur Pierre Deluns-Montaud
Biographie
Nom de naissance Émile François Loubet
Date de naissance
Lieu de naissance Marsanne, Drôme (France)
Date de décès (à 90 ans)
Lieu de décès Montélimar, Drôme (France)
Parti politique ARD
Conjoint Marie-Louise Picard
Entourage Léon Gambetta
Diplômé de Faculté de droit de
l'université de Paris
Profession Avocat
Religion Église catholique

Émile Loubet
Président de la République française

Émile Loubet, né le à Marsanne et mort le à Montélimar, est un homme d'État français, président de la République française de 1899 à 1906 sous la IIIe République.

Avocat de profession, il est élu député de la Drôme. Ministre des Travaux publics, puis de l'Intérieur, il est appelé, en 1892, à diriger le gouvernement de la France ; président du Conseil, son ministère tombe à cause du scandale de Panama.

En 1896, Loubet est élu président du Sénat. Après la mort du président Félix Faure, il est élu président de la République française pour un mandat de sept ans. Il ne concourt pas pour sa propre succession, se retirant des affaires nationales à l'issue de son septennat.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né le [1], Émile Loubet est le fils cadet d'Augustin Loubet[2] (1808-1882) et de Marie-Marguerite Nicolet (1812-1905), d'une famille de cultivateurs et d'édiles de la Drôme (le père du futur président est maire de Marsanne pendant 26 ans). Il a aussi un frère aîné, Joseph-Auguste (1837-1916), médecin, et une sœur, Félicie (morte en 1892).

Il épouse à Montélimar, le 18 août 1869, Marie-Louise Picard (1843-1925) qui lui donnera quatre enfants : Marguerite, Denis, Paul et Philibert-Émile. Seule la postérité de Marguerite, les Soubeyran de Saint-Prix, subsiste.

Émile Loubet n'est ni issu de la grande bourgeoisie ni des couches les plus défavorisées de la population. L'exploitation agricole familiale permet néanmoins aux deux garçon d'étudier d'abord à Valence puis à Paris. Alors que son frère s'inscrit à la faculté de médecine, Émile y étudie le droit jusqu'à obtenir le son doctorat[C 1].

Portrait d'Émile Loubet par Eugène Pirou.

Émile Loubet est un républicain modéré. Pendant ses études de droit, il fait la connaissance de Léon Gambetta et entre à sa suite en politique.

Premiers pas en politique[modifier | modifier le code]

Émile Loubet entre en politique en intégrant le conseil municipal de Grignan en décembre 1868[C 2]

Après avoir été élu maire de Montélimar et conseiller général, il est élu député de la Drôme le 20 février 1876. Il siège à gauche de l'hémicycle de l'Assemblée nationale à partir du .

Le , il fait partie des 363 députés du « Bloc des Gauches » qui votent la défiance au gouvernement d'ordre moral du duc de Broglie. La Chambre est alors dissoute par le président de la République, le maréchal de Mac Mahon. Loubet, comme ses confrères, est sanctionné et perd (momentanément) sa charge de maire. Il demeure député jusqu’en janvier 1885, date à laquelle il est élu sénateur de la Drôme.

Le Parlementaire[modifier | modifier le code]

Au Sénat, Émile Loubet fait la plus grande part de sa longue carrière politique. Il y est élu en 1885 et devient rapidement un acteur majeur de la gauche républicaine. Il est nommé Secrétaire de la Chambre haute, puis intègre la Commission des Finances en tant que rapporteur général du Budget. la Chambre haute, il s’inscrit au groupe de la gauche républicaine. Élu secrétaire en janvier 1887, il est rapporteur général du budget, à la commission des finances, lorsque, dans le premier ministère constitué après l’élection du président de la République Sadi Carnot, dans le cabinet de Pierre Tirard, il est chargé du portefeuille des Travaux publics. De retour au Palais du Luxembourg en avril 1888, il est appelé par le président Carnot à la présidence du Conseil, responsabilité qu’il exerce de février à novembre 1892. Ministre de l’Intérieur dans le cabinet Ribot, le scandale de Panama dont il a tenté de freiner l'enquête en faisant pression sur le procureur général[3], conduit à son remplacement le 1er janvier 1893. Émile Loubet reprend son siège au Sénat et redevient président de la commission des finances.

Le , Émile Loubet devient le président du Sénat après la démission de Paul-Armand Challemel-Lacour. À ce titre, c'est lui qui annonce le la mort du président Félix Faure.

Loubet, ministre et Président du conseil[modifier | modifier le code]

Loubet, Président de la République[modifier | modifier le code]

L'élection présidentielle de 1899[modifier | modifier le code]

Un portrait du président Émile Loubet.

La mort subite de Félix Faure ouvre la course à la présidence de la République. L'élection oppose le camp des antidreyfusards aux dreyfusards. Jusqu'ici, Félix Faure aurait appuyé les adversaires de la révision du procès de Dreyfus.

Deux candidats se dégagent rapidement : Émile Loubet et Jules Méline, Méline étant l'antidreyfusard (il a déclaré en 1897 : « il n'y a pas d'affaire Dreyfus »).

Très vite, le nom de Loubet s'impose. Pourtant Loubet n'a jamais exprimé d'avis sur l'Affaire. Il est resté systématiquement neutre sur la question. C'est sa non-compromission avec les antidreyfusards qui en fait petit à petit le champion des dreyfusards : Georges Clemenceau en fait son favori. Les républicains souhaitent un candidat commun, mais non radical. Loubet a déjà été pressenti pour succéder à Sadi Carnot. En apprenant la candidature du président du Sénat, Jules Méline retire la sienne.

Émile Loubet est élu président de la République par le Congrès réuni à Versailles le par 483 voix contre 279 à Jules Méline (qui, malgré le retrait de sa candidature, obtint des voix). L'élection a deux répercussions immédiates : Paul Déroulède tente sans succès de faire un coup d'État pour renverser la Troisième République et Loubet est personnellement agressé à coups de canne par le baron Christiani à la tribune de l'hippodrome d'Auteuil. Le baron est écroué et condamné à 10 ans de prison ferme.

Président de la République française[modifier | modifier le code]

Portrait d'Émile Loubet par Paul Nadar.

La présidence de Loubet est l'une des plus stables de la Troisième République ; ainsi, seuls quatre présidents du Conseil furent nommés par Loubet durant son septennat : Charles Dupuy, Pierre Waldeck-Rousseau, Émile Combes et Maurice Rouvier.

Politique intérieure[modifier | modifier le code]

Du point de vue de la politique intérieure, le septennat d'Émile Loubet se passe dans le strict respect de la tradition républicaine : le président a un rôle de représentation officielle. Son autorité, réduite au minimum, ne s'exerce sur la politique intérieure de l'État que par influence, par persuasion et par conseil.

Le septennat d'Émile Loubet est le théâtre de décisions marquantes dans l'histoire de la République française : grâce du Capitaine Dreyfus, promulgation de la loi sur les associations et, surtout, de la loi sur la séparation des Églises et de l'État.

C'est à son sujet que Le Figaro écrit un article le , décrivant le dépôt d'une gerbe de chrysanthèmes lors de l'inauguration d'un monument. Cet épisode, peut-être lu par le jeune Charles de Gaulle ou commenté par son père, est déformé par le Général pour créer l'expression « inaugurer les chrysanthèmes » soulignant l'absence de pouvoirs réels du président des IIIe et IVe Républiques.

Banquet des maires de France dans le jardin des Tuileries en 1900.

À l'occasion de l'exposition universelle de 1900 organisée à Paris, Émile Loubet convia l'ensemble des maires de France à un gigantesque banquet qui réunit 22 965 convives dans le jardin des Tuileries.[réf. nécessaire]

Politique étrangère[modifier | modifier le code]

C'est dans le cadre de la politique étrangère que le président Loubet fut le plus impliqué. Il conseillait le gouvernement et orientait, dans ses grandes lignes, cette politique.

Le septennat est aussi marqué par une intense activité diplomatique avec d'une part l'alliance franco-russe – il reçoit Nicolas II en , avec les fameuses manœuvres de Bétheny, et se rend en visite officielle en Russie en 1902 - et d'autre part le Royaume-Uni.

Loubet améliora aussi les rapports tendus avec l'Italie, avec laquelle il signa en 1900 un accord qui reconnut les intérêts italiens en Libye en échange de la reconnaissance du protectorat français sur le Maroc. En 1901 il reçut la plus haute décoration italienne, l'Ordre de l'Annonciade et en 1904, à la suite de la visite du roi Victor-Emmanuel III à Paris, Loubet se rendit à Rome en visite d’État. C'était la première visite officielle après la prise de Rome d'un chef d’État catholique, et le pape Pie X protesta officiellement. Mais dès son retour à Paris Loubet entreprit, avec l'appui des partis de gauche, une politique anticléricale qui culmina le avec la Loi de séparation des Églises et de l’État.

Le 31 mai 1905, il échappe à un attentat visant le roi d'Espagne Alphonse XIII, de visite à Paris[4].

À la fin de son mandat présidentiel, il est le premier président de la IIIe République à quitter l'Élysée après avoir accompli un mandat complet (avant lui, Jules Grévy a déjà terminé un premier septennat mais, réélu, il n'a pas été au bout du deuxième, devant démissionner à la suite du scandale des décorations).

Émile Loubet se retire ensuite de la vie politique et décède le , âgé de 90 ans et 11 mois (il est, encore aujourd'hui, le président de la République française ayant vécu le plus longtemps). Il est enterré au cimetière Saint-Lazare de Montélimar.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Carte postale pour la venue de Nicolas II en 1901.

À Montélimar[modifier | modifier le code]

Au Parlement[modifier | modifier le code]

Au gouvernement[modifier | modifier le code]

À la présidence de la République[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

[non pertinent]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Coll., Le Président Émile Loubet, Grenoble, Gratier, coll. « Le Dauphiné historique »,‎ , 253 p. (notice BnF no FRBNF37266477, lire en ligne)
  • Abel Combarieu, Sept ans à l’Élysée avec le président Loubet : de l'affaire Dreyfus à la conférence d'Algésiras, 1899-1906, Paris, Hachette,‎ (notice BnF no FRBNF35770072)
  • Thierry Cornillet, Émile Loubet ou La modération au pouvoir, Lyon, Les Grilles d'or, coll. « Pages d'histoire »,‎ , 284 p. (ISBN 9782917886045, notice BnF no FRBNF41489251)
  • Jean et Françoise Lovie (préf. Maurice Pic), Montélimar au temps d'Émile Loubet, Taulignan, Plein-Cintre,‎ , 151 p. (ISBN 2-908233-01-0)
  • Matthieu Pibarot, Émile Loubet et les relations internationales : 1899-1906, Paris, université Panthéon-Sorbonne (mémoire de diplôme d'études supérieures en histoire des relations internationales),‎ , 322 p. (OCLC 492268177)

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Archives Municipales de Marsanne, 1829-1889, 1838, acte no 39 : « L'an mil huit cent trente huit et le trente et un décembre à neuf heures du matin, pardevant nous, Henri-Xavier Jarias, adjoint remplissant par délégation de Monsieur le Maire les fonctions d'officier de l'état civil de la commune de Marsanne, chef-lieu de canton, département de la Drôme, est comparu Sieur Antoine Augustin Loubet, âgé de trente ans, propriétaire habitant au territoire de Marsanne ; Lequel nous a présenté un enfant du sexe masculin, né le trente de ce mois à cinq heures du soir, de lui déclarant et de Marie Marguerite Nicolet, son épouse, et auquel il a déclaré vouloir donner les prénoms de Emile François ; la dite déclaration et présentation faites en présence des Sieurs Joseph Jacques Laville âgé de quarante deux ans, notaire et Joseph Ollivier, âgé de trente-sept ans, propriétaire domiciliés l'un et l'autre à Marsanne et ont les témoins signé avec nous et le déclarant le présent acte de naissance après que lecture leu en a été faite. Signé : J. Ollivier, Laville, not., Loubet, Jarias adjoint ».
  2. Le patronyme Loubet désigne soit celui qui est un descendant de Loubet, ancien prénom (nom de personne), diminutif du prénom Loup (popularisé par plusieurs saints), soit un toponyme fréquent en pays occitan, désignant un lieu fréquenté par les loups. C'est dans le Sud-Ouest que le nom de famille est le plus répandu (Sources : Généanet.org/onomastique).
  3. Philippe Conrad, « Panama et les "chéquards" », Nouvelle Revue d'Histoire, n°81 de novembre - décembre 2015, p. 51-53
  4. Carte du théâtre de l'attentat Le Petit Parisien, Paris, 2 juin 1905, quotidien (ISSN 0999-2707) [lire en ligne]
  5. Généastar : Ascendants d'Emile LOUBET
  6. Archives nationales.
  • Thierry Cornillet, Émile Loubet ou La modération au pouvoir, Lyon, Les Grilles d'or, coll. « Pages d'histoire »,‎ , 284 p. :

Chronologies[modifier | modifier le code]