Antimilitarisme

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Ne doit pas être confondu avec Pacifisme.
Caricature antimilitariste et anticléricale signée Rata Langa, (Gabriele Galantara), Der Wahrer Jacob, 1899.
It Shoots Further Than He Dreams, John F. Knott, 26 mars 1918.

L'antimilitarisme est une idéologie qui s'oppose au militarisme, dans ses dimensions hiérarchiques et autoritaires, mais aussi bellicistes et nationalistes. Pour ses partisans, la guerre est inhérente au capitalisme.

Antiautoritaires et internationalistes, les antimilitaristes se distinguent des pacifistes par le fait qu'ils ne s'opposent pas tous, par principe, à la confrontation armée (notamment dans le cadre de l'auto-défense sociale) mais à l'utilisation de l'institution militaire par l'État face à d'éventuels ennemis étrangers, à la nature aliénante de cette institution pour les individus et surtout au fait qu'elle garantisse un ordre social inégalitaire à l'intérieur du territoire national (« l'ennemi intérieur »).

Un exemple historique illustre cette position : en Espagne, lors de la révolution sociale de 1936 les milices confédérales anarcho-syndicalistes qui combattent par les armes les franquistes refusent la militarisation des milices par la Seconde République espagnole.

Définitions[modifier | modifier le code]

Le terme apparait à la fin du XIXe siècle. Pour le Dictionnaire Larousse, l'antimilitarisme définit une « Hostilité à l'égard de l'esprit et des institutions militaires. »[1] Le Centre national de ressources textuelles et lexicales ajoute à cette hostilité une dimension « systématique envers l'armée et/ou son esprit »[2].

La Gran Enciclopèdia Catalana est plus précise : « Mouvement d'opposition à la domination de l'armée sur l'administration de l'État dans ses deux aspects : intérieur avec la militarisation de la société, et extérieur par une politique internationale agressive. »[3]

Selon le Dictionnaire historique de la Suisse : « L'antimilitarisme s'oppose à la prépondérance des valeurs, des intérêts et des institutions militaires dans l'État et la société. Il n'implique pas a priori le refus de l'armée, à la différence du Pacifisme, dont il se rapproche cependant souvent. »[4]

Pour l'Encyclopédie anarchiste : « Comme le mot l’indique, l’Antimilitarisme a pour objet de disqualifier le militarisme, d’en dénoncer les redoutables et douloureuses conséquences, de combattre l’esprit belliciste et de caserne, de flétrir et de déshonorer la guerre, d’abolir le régime des Armées. »[5]

Pour Marc Ferro dans son Histoire de France : « Volontiers associé à l'anticléricalisme, l'antimilitarisme est, à l'origine, lié plus directement à l'évolution des régimes politiques. Il apparaît à la chute de Napoléon lorsque l'ordre militaire est discrédité et que le soldat semble comme une survivance du passé, destinée à disparaître. » Par ailleurs, l'historien distingue au moins deux courants : « l'antimilitarisme libertaire et l'antimilitarisme républicain »[6].

Quand Victor Hugo expose, en 1852, les quatre principaux obstacles à la réalisation de l'idéal démocratique, il place l'institution militaire en première place : « L'armée permanente, l'administration centralisée, le clergé fonctionnaire, la magistrature inamovible »[7].

Un concept polysémique[modifier | modifier le code]

Chef d'un groupe de soldats face à une foule assemblée devant une usine disant à son supérieur à cheval : « Osez, maintenant, commander le feu ! »
« L'Armée est le chien de garde du coffre-fort », Le Conscrit, Jules Grandjouan, février 1906.

Sous la Troisième République, la campagne de démystification menée par l'anarcho-syndicalisme est facilitée par la structure et l'esprit réactionnaire de la hiérarchie militaire et par l'utilisation de l'armée contre « l'ennemi intérieur », notamment contre les travailleurs en grève[8].

Un antimilitarisme populaire fait son apparition et se développe, mais à part un secteur limité de pacifistes intégraux, il s'agit d'abord d'une lutte contre le militarisme, c'est-à-dire contre l'utilisation de l'armée au service du jeu international et colonial de la classe dirigeante et contre la structure quasi-féodale de la hiérarchie. Ce point est important, car le mot «  antimilitarisme » exprime à la fois deux attitudes : opposition au principe militaire et/ou opposition à l'armée de la classe dirigeante[8].

La guerre de 1914-1918, ressentie par la majorité de la population comme une guerre pour la défense de la nation, et non pas comme une lutte entre deux impérialismes, a fortement affaibli l'antimilitarisme et cela d'autant que l'Entente est victorieuse. Toutefois, les révélations sur les terribles répressions du temps de guerre, les entreprises impérialistes de l'après-guerre et l'apparition en France d'un parti ouvrier mettant en cause non l'armée en soi, mais la défense nationale « bourgeoise », ont développé un nouvel antimilitarisme qui s'est associé à l'ancien, parfois en l'englobant, parfois en s'y opposant[8].

Antimilitarisme ouvrier[modifier | modifier le code]

Le rôle de l'armée dans la répression de la Commune de Paris et son utilisation répétée dans la répression des grèves ouvrières nourri un antimilitarisme ouvrier. Le boulangisme et surtout l'affaire Dreyfus, où l'armée est au cœur de la crise, renforcent ce courant[9].

En 1908, selon le syndicaliste révolutionnaire Édouard Berth : « l'antimilitarisme ouvrier [...] n'a pas sa source dans une horreur abstraite ou sentimentale de la guerre et de l'armée ; il a sa source dans la lutte de classe ; il est né de l'expérience des grèves et des luttes syndicales, où toujours, en face de lui, l'ouvrier rencontre l'armée, gardienne du Capital et gardienne de l'Ordre, en sorte qu'elle lui est apparue comme un simple prolongement de l'atelier capitaliste, et par conséquent comme le symbole vivant de sa servitude. Mais dès lors, l'antimilitarisme n'est plus une protestation individuelle contre la caserne, au nom de principes plus ou moins abstraits ; il n'est plus la simple sécession d'individus se retirant de la collectivité nationale pour recouvrer une indépendance tout égoïste ; une simple désertion individuelle, pouvant être assimilée à une lâcheté ; il est la sécession d'individus se retirant de la collectivité nationale pour entrer dans la collectivité ouvrière ; et l'adoption d'une « patrie » nouvelle, à qui ils se dévouent corps et Ame, à la vie et à la mort. L'antimilitarisme ouvrier tire donc toute sa valeur et tout son sens de son union intime avec l'idée de lutte de classe ; séparez l'antimilitarisme de cette idée, et il n'est plus que l'expression d'une horreur tout individuelle pour ce que les « esprits forts » appellent l'abrutissement de la caserne. »[10]

Avant la Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

L'affiche du Groupe des conscrits de la Fédération communiste anarchiste, octobre 1912.

Avant la Première Guerre mondiale, l'antimilitarisme est représenté en France et en Belgique par des militants socialistes, anarchistes et syndicalistes révolutionnaires.

Il s'agit pour ces militants de miner la société capitaliste en cherchant à affaiblir et démoraliser sa principale institution défensive, l’armée. Sous prétexte de défendre la patrie, le régime capitaliste s’appuie sur celle-ci pour écraser les mouvements de révolte : de la fusillade de Fourmies (le 1er mai 1891) à celle de Narbonne et de Raon-l’Étape (juillet et aout 1907), l’armée française a donné au prolétariat la confirmation répétée de cette thèse[11].

En 1886 en France, Joseph Tortelier, Émile Bidault, Octave Jahn, etc. fondent la Ligue des antipatriotes en opposition à la Ligue des patriotes.

La même année, le général Boulanger crée le Carnet B, instrument principal de surveillance des « suspects », français ou étrangers, sous la Troisième République. Géré par le ministère de l'Intérieur, ce fichier est progressivement étendu à tous les individus pouvant troubler l'ordre public ou antimilitaristes qui pourraient s'opposer à la mobilisation nationale. Le 1er août 1914, le ministre de l'Intérieur Louis Malvy décide de ne pas le mettre en œuvre lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale. À la fin de la guerre, il est conservé et repris aux fins de surveillance générale, en particulier des étrangers. Il n'est abrogé qu'en 1947.

En décembre 1902, la Ligue antimilitariste animée notamment par Paraf-Javal et Albert Libertad, prône la suppression des armées et comme seule méthode de lutte la désertion[12].

En juin 1904, se tient le Congrès antimilitariste d'Amsterdam, organisé par Domela Nieuwenhuis qui débouche sur la création de l'Association internationale antimilitariste. Ses statuts n'évoquent pas explicitement l'« anarchisme », mais seulement l'« antimilitarisme révolutionnaire » et préconisent, à plus ou moins court terme, l'« action insurrectionnelle » comme moyen d'action : « À l'ordre de mobilisation vous répondrez par la grève immédiate et l'insurrection ». Les cadres de l'association sont toutefois tous anarchistes ou syndicalistes révolutionnaires.

Dès décembre 1905, la direction de la section française de l'Association internationale antimilitariste est frappée par la répression : 28 dirigeants sont inculpés lors du procès qui se tient du 26 au , et 26 d'entre eux condamnés à 36 ans de prison pour avoir publié une affiche appelant les contingents à se mutiner ou à répondre à la mobilisation par la grève insurrectionnelle.

En octobre 1912, une quarantaine de jeunes militants libertaires refusent publiquement la conscription et se réfugient à l’étranger. La Fédération communiste anarchiste couvre de son sigle leur manifeste reproduit sur 2000 affiches et 80000 tracts, intitulé « Aujourd'hui insoumis, demain réfractaires, plus tard déserteurs ». Louis Lecoin assume les poursuites judiciaires et le 14 novembre, prononce de surcroît un discours appelant au sabotage de la mobilisation dans un meeting. Il est condamné le 19 décembre 1912 à cinq ans de prison pour « provocation au meurtre, à l'incendie et au pillage »[13],[14].

La Guerre sociale[modifier | modifier le code]

La Guerre Sociale, 1er août 1914, au lendemain de l’assassinat de Jaurès.

En France, le courant antimilitariste s’exprime principalement dans un journal hebdomadaire, La Guerre sociale, fondé en décembre 1906, par Gustave Hervé, pour promouvoir une stratégie de « concentration révolutionnaire » centrée sur un antimilitarisme « insurrectionnel ». Le journal connait un succès grandissant jusque vers 1912 où il fléchit. Il accueille des militants venus de l’anarchisme, comme son secrétaire de rédaction, Miguel Almereyda, comme Victor Méric, un de ses rédacteurs talentueux, comme son dessinateur attitré, Jules Grandjouan, mais il est proche aussi de syndicalistes, Alphonse Merrheim, Victor Griffuelhes, Benoît Broutchoux, Jean De Boë et contribue à entrainer la CGT dans une radicalisation antimilitariste[15].

Le journal n’est pas opposé à la guerre, pourvu qu'elle soit révolutionnaire : si l’effondrement du capitalisme et la révolution prolétarienne sont inévitables et imminents, il faut se montrer conséquent, renoncer à tout légalisme, faire tout pour s’y préparer, se préparer à la violence notamment par « l’action directe ». Si le socialisme doit être internationaliste, alors le vrai révolutionnaire doit répudier sa prétendue patrie et planter au fumier le drapeau tricolore, objet par excellence du culte patriotique[11].

Si on relève au cours des années d’avant-guerre un nombre croissant de cas d’insoumissions (3% du contingent à partir de 1907[16]), de mutineries (dont la célèbre du 17e régiment d'infanterie en 1907 à Béziers) et de désertions, et que le monde ouvrier est pénétré d'une forte et presque unanime hostilité envers l’institution militaire, les thèses insurrectionnelles en cas de mobilisation ne sont suivies que par de minces « minorités agissantes ». On le constatera dès juillet 1914[11].

Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Affiche de la Fédération communiste anarchiste (1913).
« Maudite soit la guerre » sur le monument aux morts pacifiste de Gentioux (Creuse).

Le courant antimilitariste, si intransigeant et véhément pendant les années d'avant guerre, doit affronter en juillet 1914, l'épreuve du réel qui va le dissoudre en une débandade soudaine accompagnée de reniements.

Mi-juillet à Paris, la SFIO tient un congrès largement consacré à la question de la grève générale en cas de mobilisation. Le congrès bien que divisé s'accorde finalement sur une motion : « Entre tous les moyens employés pour prévenir et empêcher la guerre et pour imposer aux gouvernants le recours à l’arbitrage, le congrès considère comme particulièrement efficace la grève générale ouvrière simultanément et internationalement organisée dans les pays intéressés ainsi que l’agitation et l’action populaires sous les formes les plus actives ».

Fin juillet éclate la Première Guerre mondiale. La CGT rappelle sa thèse officielle, la grève générale, mais les dirigeants sont tenaillés par la peur, les hésitations. Dans l’atmosphère d’exaltation patriotique de ces journées, leurs convictions sont ébranlées. Aucun mot d’ordre précis n’est donné. L’échec de l’opposition à la guerre est évident. La SFIO comme la CGT glissent vers l’Union sacrée. Le 31, Jaurès est assassiné. Le même jour, Gustave Hervé, en éditorial de La Guerre sociale, exige des socialistes le reniement des thèses qu’il avait cherché pendant toutes ces années à leur imposer : il faut, dit-il, « déclarer officiellement, solennellement, qu’on ne fera pas la grève générale préventive contre la guerre menaçante et qu’on ne fera pas la grève générale insurrectionnelle contre la guerre déclarée ». Le 1er août, la mort de Jaurès est mise au service de la ligne nouvelle du journal : « Défense nationale d’abord ! Ils ont assassiné Jaurès, nous n’assassinerons pas la France »[11].

Le mouvement libertaire international se fracture entre partisans de l'Union sacrée rassemblés autour du Manifeste des Seize et antimilitaristes radicaux. Pour ces derniers : « L'antimilitarisme n'est qu'une forme particulière de l'opposition à l'État, comme la guerre n'est qu'une manifestation particulière de l'organisation capitaliste et hiérarchique de la société. »[17]

Après 1918, les antimilitaristes survivants sont arrivés avec deux « explications » convergentes et contradictoires sur « l’irrésistible courant de ferveur patriotique qui a balayé toutes les idéologies, toutes les divergences entre Français »[18] à l’été 1914 : « Nous avons été débordés par le chauvinisme » et « Il y avait un patriote de 1793 qui sommeillait en chacun de nous ».

La grande guerre impérialiste a laissé plus de huit millions de morts et certains historiens pensent qu’elle ne s’est achevée, qu’en 1945. Ce crime inexpiable qu’ils ont vu venir, oblige à créditer les antimilitaristes d’avant 1914 de lucidité partielle et de courage. Il n’exclut pas cependant de mesurer leur aveuglement sur le possible et le faisable[11].

Entre deux guerres[modifier | modifier le code]

Timbre édité par le Centre de défense des objecteurs de conscience de Gérard Leretour (sans doute en 1936).
Barcelone 19 juillet 1936.

« Le refus du service militaire est une assurance contre la mort, cette assurance sera viable dès qu'il y aura suffisamment d'assurés. »

— Léo Campion.

En 1933, en Belgique, Léo Campion et Hem Day renvoient leurs livrets militaires et refusent un rappel sous les armes. Ce sont les deux premiers objecteurs de conscience. Ils sont incarcérés et condamnés à plusieurs mois de prison. Après une grève de la faim, ils sont finalement renvoyés de l'armée car indignes de figurer plus longtemps dans ses rangs[19].

La même année, en France, Gérard Leretour fonde la Ligue des objecteurs de conscience qui devient la section française de l'Internationale des résistants à la guerre. Arrêté fin 1933, pour avoir détruit la statue de Paul Déroulède (fondateur de la Ligue des patriotes) dans un square de Paris, il est condamné à 18 mois de prison et fait une nouvelle grève de la faim pour obtenir le statut de prisonnier politique. La Ligue des objecteurs est dissoute officiellement mais reconstituée, en 1936, sous le nom de Centre de défense des objecteurs de conscience.

En septembre 1939, Louis Lecoin, déjà insoumis lors de la guerre précédente, rédige un tract intitulé « Paix immédiate », distribué à 100000 exemplaires avec l'aide de, notamment, Nicolas Faucier.

La guerre d'Espagne et la militarisation des milices[modifier | modifier le code]

Après le coup d'État militaire des 17 et 18 juillet 1936, les milices confédérales regroupent des travailleurs de la CNT et de la FAI. Elles jouent un rôle déterminant durant les premiers mois de la guerre d'Espagne dans la défense de la République et de la révolution sociale en cours.

Dans ces milices, les anarchistes refusent l'uniforme, le salut militaire et autres marques de respect à la hiérarchie ; les officiers, élus, pouvaient se succéder rapidement à la tête d'un groupe et les hommes s'estimaient en droit de discuter les ordres et de ne les appliquer que s'ils étaient d'accord[20].

À partir d'octobre 1936, le gouvernement tente de les intégrer dans la nouvelle Armée populaire de la République espagnole. Une grande partie des miliciens refusent cette intégration dans l'armée, et par conséquent leur militarisation. À l'été 1936, l'anarchiste Buenaventura Durruti explique les raisons idéologiques de cette opposition : « une milice ouvrière ne peut pas être dirigée selon les règles classiques de l'Armée. [...] la discipline, la coordination et la réalisation d'un plan sont des choses indispensables. Mais tout cela ne doit pas être compris selon les critères qui avaient cours dans le monde que nous sommes en train de détruire. Nous devons bâtir sur de nouvelles bases. [...] la solidarité entre les hommes est le meilleur stimulant pour éveiller la responsabilité individuelle, qui sait accepter la discipline comme un acte d'autodiscipline. [...] le but de notre combat est le triomphe de la révolution. Cela signifie non seulement la victoire sur l'ennemi, mais aussi un changement radical de l'homme. Afin que se réalise cette transformation, il est essentiel que l'homme apprenne à vivre et à se conduire comme un homme libre, apprentissage où se développeront les facultés de la responsabilité et de la personnalité, qui le rendront maître de ses propres actes. [...] Le combattant n'est rien d'autre qu'un ouvrier utilisant le fusil comme outil, et ses actes doivent tendre au même but que l'ouvrier. Dans la lutte, il ne peut pas se conduire comme un soldat qui se laisse commander, mais comme un homme conscient, qui comprend l'importance de ses actes. [...] Si notre appareil militaire de la révolution doit être soutenu par la peur, alors nous n'aurons rien changé, si ce n'est la couleur de la peur. C'est seulement en se libérant de la peur que la société pourra se construire dans la liberté. »[21]

Après la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

La Seconde Guerre mondiale a donné naissance à un nouveau courant antimilitariste, et à des résistances parmi les conscrits destinés à combattre en Algérie et en Indochine. La guerre froide, avec ses menaces d’apocalypse nucléaire, la révolte de la jeunesse en Mai 1968, la guerre du Viêt Nam et plus récemment, les guerres du Golfe ou les opérations françaises en Afrique, ou encore la militarisation du secteur nucléaire civil ont suscité des mouvements d’hostilité aux armées et aux guerres.

Objection de conscience[modifier | modifier le code]

En France en 1958, l'anarchiste Louis Lecoin lance une campagne pour l'obtention d'un statut pour les objecteurs de conscience. Albert Camus y participe activement. À l’automne 1958, le projet est étudié officieusement par le gouvernement et 10 objecteurs ayant accompli au moins cinq ans de leur peine, sont libérés. Mais face à l’hostilité de l’armée, le gouvernement tergiverse. Le 1er juin 1962, Louis Lecoin entame une grève de la faim à l'âge de 74 ans. Il est notamment soutenu par Le Canard enchaînéHenri Jeanson interpelle les intellectuels par un retentissant « Holà ! Les Grandes Gueules ! Laisserez-vous mourir Louis Lecoin ? »[22]. Le 15 juin il est admis de force à l’hôpital. Le soir même, 28 objecteurs sont libérés. Le 22 juin, le Premier Ministre Georges Pompidou lui transmet la promesse qu'un projet de loi va être soumis au Parlement. Lecoin quitte l’hôpital le 5 juillet. Il faut néanmoins une nouvelle mobilisation en février et mars 1963, dont une pétition de personnalités, pour que le projet soit effectivement étudié durant l’été 1963. Lecoin menace de reprendre sa grève de la faim et le statut, amendé, est adopté le 22 décembre 1963 à l’Assemblée nationale et le statut promulgué le lendemain. Tous les objecteurs de conscience sont libérés.

En Belgique, suite aux combats incessants de Jean Van Lierde depuis 1949, l'objection de conscience est légalisée en 1964.

Guerre d'Algérie[modifier | modifier le code]

Le 6 septembre 1960, est publié en France le Manifeste des 121, titré « Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie », par des intellectuels, universitaires et artistes. Selon ses propres termes, il cherche à informer l’opinion française et internationale du mouvement de contestation contre la guerre d'Algérie. Les 121 y critiquent l'attitude équivoque de la France vis-à-vis du mouvement d'indépendance algérien, en appuyant le fait que la « population algérienne opprimée » ne cherche qu'à être reconnue « comme communauté indépendante ». Partant du constat de l'effondrement des empires coloniaux, ils mettent en exergue le rôle politique de l'armée dans le conflit, dénonçant notamment le militarisme et la torture, qui va « contre les institutions démocratiques ».

Le manifeste se termine sur trois propositions dont cet appel à soutenir les réfractaires : « Nous respectons et jugeons justifié le refus de prendre les armes contre le peuple algérien ». Parmi les signataires : Simone de Beauvoir, Maurice Blanchot, Pierre Boulez, André Breton, Guy Debord, René Dumont, Marguerite Duras, Daniel Guérin, Maurice Joyeux, Claude Lanzmann, Henri Lefebvre, Gérard Legrand, François Maspero, Théodore Monod, Alain Resnais, Françoise Sagan, Jean-Paul Sartre, Simone Signoret, François Truffaut, Pierre Vidal-Naquet.

Guerre du Viêt Nam[modifier | modifier le code]

Étudiants américains manifestants contre la guerre du Viêt Nam

Durant la guerre du Viêt Nam, on compte aux États-Unis, des dizaines de milliers d'actes de désertion et/ou d'insoumission. Les chiffres divergent selon les sources.

De 30 000[23] à 50 000 insoumis se réfugient au Canada. En 1969, le premier ministre du Canada Pierre Elliott Trudeau déclare que le Canada « est un refuge contre le militarisme » et accorde le statut de résident permanent aux objecteurs de conscience[24]. L'insoumission n'est pas une infraction pénale en vertu du droit canadien[25].

Selon un article de 2006 d'un site anarchiste - qui n'apporte pas de références - l'armée de terre des États-Unis compte, entre janvier 1967 et janvier 1972, 354 112 militaires ayant quitté leur poste sans permission et, à la signature des accords de paix, 98 324 d'entre eux sont portés manquants[26].

L'antimilitarisme dans la culture[modifier | modifier le code]

L'antimilitarisme influence la culture populaire et la culture alternative. Le mouvement hippie et son opposition à la guerre du Viêt Nam, de nombreux groupes de rock progressif des années 1980, et la musique punk se revendiquent souvent de l'antimilitarisme.

Dans la chanson[modifier | modifier le code]

Le Déserteur de Boris Vian.

Le 7 mai 1954 (jour de la débâcle de Diên Biên Phu), Boris Vian chante Le Déserteur : une lettre adressée au président de la République, longtemps interdite sur les ondes. La fin du texte a donné lieu à des discussions passionnées, pour savoir si le déserteur était résolument désarmé ou plutôt combattant : Boris Vian chantait initialement « Prévenez vos gendarmes / Que je tiendrai une arme / Et que je sais tirer »[27], paroles auxquelles Mouloudji, premier interprète, aurait préféré une version plus neutre, qui s’est finalement imposée : « Prévenez vos gendarmes / Que je n’aurai pas d’armes / Et qu’ils pourront tirer »[28].

Érigée en hymne antimilitariste, la chanson de Vian connaît dans les années qui suivent une popularité dépassant le contexte historique de la décolonisation. Elle sera reprise en France par Renaud (contre le service militaire), Serge Reggiani, Johnny Halliday ou Marc Lavoine, et à l’étranger, chantée pour protester contre la guerre du Viêt Nam, par l’américaine Joan Baez.

D'autres chansons marqueront l'époque contemporaine.
  • En 1952, Georges Brassens dans La Mauvaise Réputation évoque « son lit douillet », préféré à la « musique qui marche au pas » du défilé du 14-Juillet. Il s’explique sur son antimilitarisme, le 14 mars 1975, sur le plateau d’« Apostrophes »  : « Je suis devenu antimilitariste parce que très jeune j'ai détesté la discipline », « J'aime la France, pas la patrie », jugeant que dans la Marseillaise, « la musique est pas mal, mais les paroles très discutables »[29].
  • En 1979, Serge Gainsbourg sort une version reggae de La Marseillaise, enregistrée à la Jamaïque, sur laquelle il s’explique : « On dansait la Carmagnole sur la Marseillaise, on dansera maintenant le reggae ». Des associations d’anciens militaires perturbent sa tournée. À Strasbourg, il leur tient tête le 5 janvier 1980, clamant le poing brandi, devant des bérets rouges : « Je suis un insoumis qui a redonné à la Marseillaise son sens initial, je vous demanderai de la chanter avec moi ».

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]

Dans la fiction[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Œuvre antimilitariste.

Fiction[modifier | modifier le code]

Documentaire[modifier | modifier le code]

Chansons antimilitaristes[modifier | modifier le code]

En 1907, la fraternisation des soldats du 17e avec la population contre laquelle ils ont refusé de tirer (Le Petit Parisien).

Notices[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Associations[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Organisation antimilitariste.

Antimilitaristes[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Antimilitariste.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dictionnaire Larousse : antimilitarisme.
  2. Centre national de ressources textuelles et lexicales : antimilitarisme.
  3. (ca) « Antimilitarisme », sur L'Enciclopèdia.cat, Gran Enciclopèdia Catalana, Barcelone, Edicions 62.
  4. « Antimilitarisme » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne..
  5. Encyclopédie anarchiste : Antimilitarisme.
  6. Marc Ferro, Histoire de France, Odile Jacob, 2001, lire en ligne
  7. Victor Hugo, Napoléon le Petit, 1852, page 220.
  8. a, b et c Claude Bourdet, La France et son armée, Politique aujourd'hui, janvier-février 1976, extraits en ligne.
  9. Alain Bergounioux, Gérard Grunberg, L'Ambition et le remords : les socialistes français et le pouvoir (1905-2005), Fayard, 2005, lire en ligne.
  10. Édouard Berth, Les Nouveaux aspects du socialisme, Paris, Marcel Rivière, 1908, page 56.
  11. a, b, c, d et e Marc Angenot, L’antimilitarisme contre la « religion patriotique », Mots, Les langages du politique, 76|2004, lire en ligne.
  12. Jean Maitron (1975), Le mouvement anarchiste en France, tome I, Gallimard, coll. « Tel », 1992, p. 370.
  13. Francis McCollum Feeley, Les mouvements pacifistes américains et français, hier et aujourd'hui, Actes du colloque des 5, 6 et 7 avril 2007, Université de Savoie, Laboratoire langages, littératures, sociétés, 2007, page 100.
  14. Dictionnaire des anarchistes : Albert Goldschild.
  15. Jean-Yves Le Naour, La Première Guerre mondiale Pour les Nuls, EDI8 (ISBN 9782754034210, présentation en ligne)
  16. Christophe Charle, La France démocratique: combats, mentalités, symboles : mélanges offerts à Maurice Agulhon, Publications de la Sorbonne,‎ (ISBN 9782859443320, présentation en ligne).
  17. Jean Maitron, Le mouvement anarchiste en France, de 1914 à nos jours, tome 2, Paris, Librairie François Maspero, 1975, page 20.
  18. Jacques Julliard, Autonomie ouvrière : études sur le syndicalisme d’action directe, Paris, Seuil/Gallimard, 1998, p. 94.
  19. Toute l'histoire sur le procès Léo Campion et Hem Day Alternative Libertaire.
  20. François Godicheau, Les mots de la guerre d'Espagne, Presses Universitaires du Mirail, 2003, (ISBN 978-2858166848), page 9.
  21. Discours de Buenaventura Durruti, cité in Abel Paz, Durruti en la Revolución española, 2004.
  22. Henri Jeanson, Le Canard enchaîné, 13 juin 1962.
  23. Alfred A. Knopf, Chance and Circumstance: The Draft, the War and the Vietnam Generation, 1978.
  24. Alec Castonguay, « Déserteurs américains, cas de conscience canadien », sur Le Devoir,‎ .
  25. (en) Lawrence M. Strauss et William A. Baskir, Chance and circumstance : The draft, the war, and the Vietnam generation, Knopf,‎ , 312 p. (ISBN 978-0394412757)
  26. (en) Steven., « 1961-1973 : GI resistance in the Vietnam War », sur Libcom,‎ .
  27. La version de Boris Vian.
  28. Philippe Boggio, Boris Vian, Paris, Le Livre de poche,‎ , 476 p. (ISBN 978-2-253-13871-6).
  29. L'antimilitarisme de Georges Brassens face au Général Bigeard, Apostrophes, 14 mars 1975, archive vidéo INA, voir en ligne.