Blaise Diagne

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Blaise Diagne
Illustration.
Blaise Diagne, député du Sénégal (1921)
Fonctions
Sous-secrétaire d'État aux Colonies
Gouvernement Pierre Laval (I, II et III)
Prédécesseur Auguste Brunet
Successeur Gratien Candace
Député français
Élection
Réélection


Circonscription Sénégal
Législature XIe
XIIe
XIIIe
XIVe
Prédécesseur François Carpot
Successeur Galandou Diouf
Maire de Dakar
Successeur Armand-Pierre Angrand
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Gorée (Sénégal)
Date de décès (à 61 ans)
Lieu de décès Cambo-les-Bains (France)
Nationalité française
Parti politique -
Union républicaine radicale et socialiste
-
Républicain socialiste
-
Républicain socialiste et socialiste français
-
Républicain socialiste
- [1]
Indépendants[2]
Profession Haut fonctionnaire
Résidence Sénégal

Blaise Diagne est un homme politique français, né le à Gorée (Quatre communes) au Sénégal et mort le à Cambo-les-Bains (Pyrénées-Atlantiques) en France. Il est le premier député africain élu à la Chambre des députés française, en 1914. En effet, jusqu'à cette date, les précédents députés noirs au parlement de la France étaient originaires des colonies françaises des Amériques. Il est également le premier Africain sous-secrétaire d'État aux Colonies. Baignant dans une culture politique assimilationniste, il doit sa renommée à sa volonté de faire participer pleinement les Africains à la politique française aussi bien durant la mise en place des structures coloniales[3] qu'une fois ces dernières installées. Il a également joué un rôle important en faveur des droits des Africains engagés dans les troupes coloniales.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né d'un père lébou, cuisinier et marin, Niokhor Diagne, et d'une mère manjaque originaire de Guinée-Bissau Gnagna Anthony Preira, Blaise Diagne est très tôt adopté par la famille Crespin, une famille métisse de notables de Gorée et de Saint-Louis qui lui donne le prénom de Blaise. Bien que né avant la Conférence de Berlin, en grandissant à Gorée, une de Quatre communes qu'il qualifiera plus tard de « Berceau de la France Africaine »[2], il bénéficie de plein droit de la nationalité française. Ce statut de citoyen français lui permettra d'accéder à d'importantes fonctions dans l'administration coloniale une fois celle-ci mise en place.

Formation[modifier | modifier le code]

Il apprend très tôt à lire, à écrire et bénéficie d’une éducation solide qui s'appuie sur d'incontestables qualités intellectuelles. Il figure ainsi au palmarès de la distribution des prix de l'école laïque de Saint-Louis en . La même année débute la conférence de Berlin qui détermine, entre puissances coloniales, les conditions permettant la revendication de territoires colonisés. Les guerres coloniales se poursuivent et avec elles les incursions militaires françaises, Lat Dior est tué le .

Boursier du gouvernement français, le jeune Diagne va poursuivre ses études en France à Aix-en-Provence. Pendant ce temps, la colonisation progresse en Afrique de l'Ouest. Malade, Blaise Diagne revient à Saint‑Louis pour suivre les cours de l'école secondaire Duval où il sera major de sa promotion en 1890.

Il entreprend avec succès le concours de fonctionnaire des douanes en 1891. En 1892, la France entame la colonisation du Dahomey (actuel Bénin) et Blaise Diagne, alors âgé de 19 ans obtient un poste dans l’administration de la colonie. L'Afrique-Occidentale française (AOF) est créée le par l'union des colonies du Sénégal, du Soudan français, de la Guinée et de la Côte d'Ivoire.

Carrière[modifier | modifier le code]

Blaise Diagne, député du Sénégal (1933)

Dans l'administration coloniale[modifier | modifier le code]

Blaise Diagne est entré dans cette administration coloniale en 1892, il est d'abord nommé en :

Au Parlement[modifier | modifier le code]

Blaise Diagne et les autres ministres du gouvernement de Pierre Laval en 1932

Blaise Diagne est élu en 1914 député du Sénégal, bénéficiant du statut des « quatre vieilles » communes (Rufisque, Gorée, Saint-Louis et Dakar). Il n'est pas le premier Africain de l'empire colonial français à siéger au Palais Bourbon (son prédécesseur François Carpot, métis de Saint-Louis, était tout aussi africain). Il est en revanche le premier député Africain noir à la Chambre (à ne pas confondre avec l'Assemblée nationale) mais pas le premier député noir dans cette chambre. Il y rencontre Gratien Candace, député de la Guadeloupe, élu à la Chambre des députés en 1912[4]. Il y est surnommé « la voix de l'Afrique »[5]. Il obtient pour les habitants des quatre communes la citoyenneté en échange de leur conscription en 1916. Membre du groupe Union républicaine-socialiste animé par Maurice Viollette, franc-maçon lui aussi, il est réélu sans interruption jusqu'à sa mort, malgré des campagnes systématiquement hostiles de ses adversaires, qui n'aiment pas voir un Africain à la Chambre, d'autant que celui-ci est aussi le maire de Dakar. En 1917, lors d'un débat en comité secret, après l'échec de l'offensive Nivelle au chemin des Dames (avril 1917), le député Diagne expose devant les députés comment les troupes noires furent utilisées par l'état-major français (Mangin) comme de la chair à canon[6].

La même année, il défend la pleine citoyenneté des électeurs du Sénégal, déclarant ainsi : « Si nous pouvons être ici pour légiférer, c'est que nous sommes citoyens français et si nous le sommes nous réclamons le droit de servir au même titre que tous les citoyens français »[7].

Blaise Diagne adhère à la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) en décembre 1917, mais il y reste moins d'une année et demi. Il est alors nommé par Clemenceau commissaire général chargé du recrutement indigène en Afrique, en même temps que deux autres socialistes, Compère-Morel, à l'Agriculture, et Fernand Bouisson, à la Marine marchande. L'action de Diagne permit un recrutement plus efficace en 1918 : 50 000 hommes pour l'AOF et 15 000 pour l'AEF[8]. Mais Blaise Diagne démissionne du parti et du groupe socialiste début , refusant de quitter ses fonctions de commissaire du gouvernement après la répression de la manifestation du . Il reste commissaire jusqu'en octobre 1921 (gouvernements Clemenceau, Millerand, Leygues et Briand).

Il revient ensuite au Parti républicain-socialiste, puis passe chez les indépendants de Georges Mandel. Il devient officiellement le premier ministre africain de la République française comme sous-secrétaire d'État aux Colonies de à , dans les trois premiers gouvernements de Pierre Laval.

Haut Commissaire du gouvernement pour le recrutement des troupes noires[modifier | modifier le code]

« M. Diagne, député du Sénégal, haut commissaire du gouvernement pour le recrutement des troupes noires, vient d'arriver à Dakar où la population indigène lui a fait un accueil enthousiaste. » (mars 1918)

Blaise Diagne devient en commissaire général chargé du recrutement indigène, qui, sans le titre, lui donne des responsabilités de nature gouvernementale. Il mène avec succès des missions en Afrique-Occidentale française pour organiser le recrutement militaire en cette période de guerre. De février à et de Dakar à Bamako, il essaye de convaincre les habitants de l'AOF et de l'AEF de venir se battre en France tout en leur promettant des médailles militaires, un certificat de bien manger, un habillement neuf et surtout la citoyenneté française aux combattants après la guerre. Les primes aux recruteurs sont aussi fortement augmentées. Il réussit à mobiliser 63 000 soldats en Afrique-Occidentale française, AOF, et 14 000 en Afrique-Équatoriale française, AEF[5],.

Diagne profita des conditions spéciales du conflit pour arracher au Parlement la loi du qui reconnaissait définitivement la citoyenneté française aux originaires des « quatre communes », sans les soumettre au Code civil ni leur faire perdre leur statut personnel.

Franc-maçonnerie[modifier | modifier le code]

Blaise Diagne est initié en au sein de la loge maçonnique « L'Amitié » du Grand Orient de France à Saint-Denis. À Paris il est affilié à la loge « Pythagore » dont il devient vénérable maître. Il est le premier Africain à siéger au conseil de l'ordre de l'obédience de 1922 à 1925[9].

Il bénéficie de ce parrainage jusqu'à sa mort en 1934, tout en étant largement soutenu par les milieux parlementaires auxquels il renvoie, par effet de miroir, l'image du parfait assimilé. En revanche, les nationalistes sénégalais (surtout les communistes de l'UIC comme Lamine Senghor) le prennent pour cible.[réf. souhaitée]

Postérité[modifier | modifier le code]

Le souvenir du premier Africain ministre de la République française reste vivant au Sénégal. Plusieurs lieux publics portent son nom : l'avenue Blaise-Diagne, une des plus grandes de Dakar, le lycée Blaise-Diagne de Dakar. Inauguré en 2017, sous la présidence de Abdoulaye Wade, l'aéroport international du Sénégal, situé à Diass près de M'bour, à une quarantaine de kilomètres de Dakar, porte le nom de Blaise Diagne.

Un buste honore sa mémoire sur l'île de Gorée.

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Legs[modifier | modifier le code]

Alors que l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale étaient en voie de colonisation, Blaise Diagne défendait la participation des Africains à la politique du pays colonisateur[10]. Il fit preuve de la même implication durant la période coloniale jusqu'à sa mort. Il a mené pendant toute sa carrière une action en faveur des colonisés d'Afrique pour les aider à s'insérer pleinement dans la société française.

Il demandait aussi un traitement équitable des minorités ethniques au sein de l'armée française et à la Chambre, Blaise Diagne, proteste contre le « massacre » des populations d'origine africaine lors de la Première Guerre mondiale, accréditant l'idée de troupes utilisées comme chair à canon.

Vie personnelle[modifier | modifier le code]

Marié en 1909 avec Marie-Odette Villain, rencontrée à Madagascar, il a eu quatre enfants dont :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Blaise Diagne décède le
  2. a et b « Blaise Diagne », sur Sycomore, base de données des députés de l'Assemblée nationale
  3. Voir Afrique-Occidentale française et Afrique-Équatoriale française
  4. Dominique Chathuant, « Une élite politique noire dans la France du premier 20e siècle ?», Vingtième siècle. Revue d’Histoire, no 101, janvier-mars 2009, Paris, Presses de Sciences Po, p. 133-148.
  5. a et b Chantal Antier-Renaud, Les soldats des colonies dans la première guerre mondiale : XXe – XXIe siècle : 1914-2008, Rennes, Éditions "Ouest-France, (lire en ligne).(notice BnF no FRBNF41204744), p. 38.
  6. Pierre Durand, Vincent Moulia, Mutins de 1914-1918
  7. Dominique Chathuant, « Français de couleur contre “métèques” : les députés coloniaux contre le préjugé racial (1919-1939) », Outre-mers, tome 97, nos 366-367, 1er semestre 2010, p. 239-253.
  8. Jean-Baptiste Duroselle, Clemenceau, Fayard 1988 pp. 675
  9. Daniel Ligou, Dictionnaire de la franc-maçonnerie, Paris, Presses universitaires de France, , 5e éd. (1re éd. 1986), 1 376  p. (ISBN 2-13-055094-0), « Diagne (Blaise) », p. 382Voir et modifier les données sur Wikidata .
  10. Dans son cas particulier, il s'agissait de la France car le Sénégal faisait alors partie de l'Afrique occidentale française
  11. Un fils d'Adolphe Diagne porte le prénom de son grand-père, Blaise. Il était en 2005 maire de Lourmarin (Vaucluse, France)
    * « Entretien de Corine Deriot avec Blaise Diagne, maire de Lourmarin », sur africultures.com, Africulture, (consulté le 23 janvier 2010)
    ** Corinne Deriot, « Blaise Diagne, député… et maire de Lourmarin », sur au-senegal.com, au-senegal.com, (consulté le 23 janvier 2010)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Günther Unser, Intelligenzia und Politik im Senegal : von den Anfängen bis zur Unabhängigkeit im Jahre 1960, Université d'Aix-la-Chapelle, 1971 (thèse)
  • Centenaire de Blaise Diagne, Institut fondamental d'Afrique noire, 1972
  • Blaise Diagne : sa vie, son œuvre, Nouvelles éditions africaines : Sonapress : Éditions des Trois fleuves, 1974
  • Moussa Yoro Bathily, Édition critique des déclarations parlementaires de Blaise Diagne, université de Dakar, 1974 (Mémoire de Maîtrise).
  • Charles Sylvain Cros, La parole est à M. Blaise Diagne : premier homme d'État africain, 1961
  • Jean-Hervé Jézéquel, L'Action politique de Blaise Diagne, 1914-1934 : des rapports entre les milieux coloniaux français et l'élite noire assimilée à travers l'exemple du premier élu noir africain à la Chambre des Députés, thèse, 1993
  • Chantal Renaud et Christian Le Corre (Iconographie), Les soldats des colonies dans la Première guerre mondiale, Rennes, Éd. "Ouest-France, , 127 p. (ISBN 978-2-7373-4283-7, OCLC 263716907).
  • [Chathuant 2009] Dominique Chathuant, « L'émergence d'une élite politique noire dans la France du premier 20e siècle ? », Vingtième Siècle, no 101 : « Publicité et propagande »,‎ , 1re part., art. no 10, p. 133-147 (DOI 10.3917/ving.101.0133, résumé, lire en ligne).
  • [Dieng 1990] Amady Aly Dieng, Blaise Diagne, député noir de l'Afrique, Paris et Dakar, Chaka, coll. « Afrique contemporaine » (no 7), , 1re éd., 1 vol., 187 p., 18 cm (ISBN 2-907768-07-7, EAN 9782907768078, OCLC 466266015, notice BnF no FRBNF36642449, SUDOC 001687948).
  • [Johnson 1972] G. Wesley Johnson, « Commémoration du centenaire de la naissance de Blaise Diagne », Notes africaines, no 135 : « Centenaire de Blaise Diagne »,‎ , p. 57-95 (SUDOC 109900146).
  • [Little 2020] Roger Little, « Du nouveau sur le procès Blaise Diagne – René Maran », Cahiers d'études africaines, no 237,‎ , 2e part., p. 141-150 (DOI 10.4000/etudesafricaines.29070, résumé).
  • [Terry 2008] (en) Janice J. Terry, « Diagne, Blaise », dans Marsha E. Ackermann, Michael J. Schroeder, Janice J. Terry, Jiu-Hwa Lo Upshur et Mark F. Whitters (éd.), Encyclopedia of world history, t. V : Crisis and achievement : to , New York, Facts On File, coll. « Library of world history », , 1 vol., XLII-468 p., ill., 29 cm (ISBN 978-0-8160-6386-4, EAN 9780816063864, OCLC 775270499, présentation en ligne, lire en ligne), p. 79, col. 1.
  • [Thiam 2014] Iba Der Thiam, La révolution de au Sénégal, ou : l'élection au palais Bourbon du député noir Blaise Diagne, de son vrai nom Galaye Mbaye Diagne, t. 1er, Dakar, l'Harmattan Sénégal, coll. « Mémoires et biographies » (no 13), , 1re éd., 1 vol., 403 p., ill., 15,5 × 24 cm (ISBN 978-2-296-99878-0, EAN 9782296998780, OCLC 894417132, notice BnF no FRBNF43913105, SUDOC 182513106, présentation en ligne).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]