Jean Allemane

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Jean Allemane
Illustration.
Fonctions
Député
Circonscription Seine
Législature VIIe
Législature IXe
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Sauveterre-de-Comminges, Haute-Garonne, France
Date de décès (à 91 ans)
Lieu de décès Herblay, Seine-et-Oise, France
Sépulture Père-Lachaise
Nationalité Française
Parti politique Parti ouvrier français
Parti ouvrier socialiste révolutionnaire
Parti socialiste français
Section française de l'Internationale ouvrière
Entourage Membre du Grand Orient de France
Profession Ouvrier typographe
Imprimeur
Journaliste
Syndicaliste

Jean Allemane, né à Sauveterre-de-Comminges (Haute-Garonne) le et mort à Herblay (Seine-et-Oise) le , est un syndicaliste et homme politique socialiste français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Typographe pionnier du syndicalisme[modifier | modifier le code]

Originaire de Haute-Garonne, Jean Allemane vient à Paris en 1853 avec ses parents, qui y ouvrent un commerce de vins. Embauché dans une imprimerie, il est emprisonné dès 1862, à 19 ans, pour avoir pris part à la première grève des ouvriers typographes de la capitale, ce mode d'action étant alors illégal[1]. Ce combat marque le réveil du mouvement ouvrier sous le Second Empire. Peu après, Allemane devient un des organisateurs de la chambre syndicale des typographes parisiens.

Caporal de la Garde nationale parisienne en 1870, il participe, dès le début des évènements à la Commune de Paris durant laquelle, officier fédéré, il combat notamment au Quartier latin, du 18 mars jusqu'à la Semaine sanglante.

Caché à Belleville mais rapidement dénoncé et arrêté, Allemane est condamné en 1872 aux travaux forcés à perpétuité pour être ensuite déporté au bagne de Nouvelle-Calédonie[2].

Il y subit des conditions de détention particulièrement difficiles, surtout après l'échec d’une tentative d'évasion en 1876 et, plus encore, du fait de ses positions tranchées. Ainsi, en 1878, il refuse — ce que ne feront pas tous les communards emprisonnés avec lui — de participer à la répression armée contre les insurgés canaques. Pour autant, comme tous ses compagnons, il est amnistié en 1880, ce qui lui permet de rentrer en métropole. Débarqué à Toulon le , il arrive le lendemain par le train à Paris.

Leader ouvrier non marxiste[modifier | modifier le code]

Typographe dans l'imprimerie de L'Intransigeant, journal fondé en 1880 par Henri Rochefort, qui y engage nombre d'anciens déportés, Allemane adhère ensuite au Parti ouvrier français, fondé la même année par Jules Guesde. Comme beaucoup de militants, il épouse ensuite par ses choix l'émiettement du mouvement ouvrier français en émergence. Il suit ainsi, avec Jean-Baptiste Clément, les « Possibilistes » de Paul Brousse lors du congrès de Saint-Étienne qui voit la rupture avec les guesdistes d’obédience marxiste[3]. À cet instant, Allemane incarne la lutte active contre le boulangisme (1886–1889), stratégie qui le rapproche du parti républicain alors au pouvoir, notamment dans la direction du journal qu'il fonde alors, Le Parti ouvrier.

En 1890, lors du congrès de Châtellerault, Allemane, exclu du parti avec ses partisans, part fonder son propre mouvement, le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire (POSR) qui préconise la grève générale comme moyen d'action révolutionnaire. Sur le plan syndical sinon politique, les « allemanistes » sont proches des anarchistes (antiparlementaristes, ils sont partisans de la grève générale et adeptes de l'action directe) mais dans les faits restent marqués par la recherche de l'unité du socialisme et un pragmatisme qui les pousse à accepter le jeu électoral « bourgeois » qui leur permet de représenter avantageusement les prolétaires[4].

En 1895, il participe à Limoges au congrès constitutif de la Confédération générale du travail (CGT)[5]

De fait, en 1902, est fondé le Parti socialiste français (PSF), avec Jean Jaurès comme porte-parole, fusion des socialistes indépendants, de la Fédération des travailleurs socialistes de France (FTSF) de Paul Brousse et du Parti ouvrier socialiste révolutionnaire (POSR) d'Allemane. En dépit de la méfiance de ses militants envers le carriérisme des parlementaires, le parti ouvrier envoie déjà des députés à l'Assemblée. Ces élus « allemanistes » sont soumis, non sans difficultés, à un contrôle très strict du parti[6]. Jean Allemane, dreyfusard déclaré, sera ainsi député de 1901 à 1902, puis encore de 1906 à 1910, pour le XIe arrondissement de Paris. Lors de ce deuxième mandat, il représente la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO), dans laquelle s'est fondu le parti ouvrier en 1905.

Par ailleurs, Allemane reste attaché à sa profession, y compris lorsqu’il est élu à la Chambre. Fondateur d'une imprimerie socialiste, « la Productrice », il la transforme rapidement en coopérative ouvrière. Au sein du PSF, puis de la SFIO, il aura un rôle effacé, sauf dans les années qui précèdent la guerre, où il mène une opposition fractionnelle, marquée par l'action syndicale et l’antimilitarisme.

Il publie, en 1906, ses Mémoires d’un communard qui sont moins une reconstitution historique — il y égratigne à peu près tous les leaders de la Commune et décrit plus le bagne que les évènements parisiens — qu’un discours militant mis au service de ses convictions politiques du moment.

Figure historique de la gauche française[modifier | modifier le code]

Tombe de Jean Allemane, avec une couronne déposée par le Grand Orient de France.

Pour autant, comme beaucoup, au début du conflit mondial, en août 1914, il approuve la participation des partis ouvriers à la défense nationale.

À l'issue de la guerre, Allemane, au congrès de Tours, suit la majorité communiste, dont la radicalité lui plaît, sans pour autant devenir membre de la nouvelle Section française de l'Internationale communiste. Ses positions politiques sont ensuite subtiles si on en juge par son rapprochement de militants socialistes (Alexandre Zévaès, Émile Tissier) qui soutiennent, autour de Gustave Hervé, le curieux socialisme national des années 1920–1930[7].

Franc-maçon actif, Jean Allemane fut initié à la loge Les Rénovateurs de Clichy, loge du Grand Orient de France dont fut membre également Jean-Baptiste Clément, auteur de la chanson Le Temps des cerises[8].

Un des derniers survivants de la Commune, Allemane meurt en 1935 à Herblay en Seine-et-Oise[9]. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (89e division).

Pensée politique[modifier | modifier le code]

Personnage singulier, dans l'ombre de Jean Jaurès et de Jules Guesde, sans jamais atteindre la renommée et l'influence de ces deux leaders qui furent souvent ses rivaux, Jean Allemane incarne un mouvement syndical et politique original, non marxiste, qui a joué un rôle dans la genèse du mouvement socialiste français. Souvent critique, peu apte à la soumission, libre-penseur absolu[10], ce dirigeant ouvrier, authentique plébéien, a eu beaucoup de mal à adopter les points de vue dogmatiques qui structurent toute organisation partisane.

Défendant avec ardeur la prise du pouvoir comme un but en soi, son mouvement en envisageait la mise en œuvre par tous les moyens possibles. L'originalité de cette position en fait à la fois sa richesse et sa faiblesse. Ne refusant pas la coopération avec les partis bourgeois, voire la participation au gouvernement pour faire avancer leurs idées ou — ainsi l'affaire boulangiste — conforter la République, les allemanistes prônaient tout autant l’action directe et en premier lieu une grève générale, proprement révolutionnaire, qui ne vit jamais le jour en France en dépit de leurs efforts.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Mémoires d'un communard : des barricades au bagne[11]Réédition en 2001, Paris, La Découverte.

Hommages[modifier | modifier le code]

De nombreuses villes ont rendu hommage à Jean Allemane en donnant son nom à l'une de leurs voies ou places ou squares, par exemple : Argenteuil, Bezons, Champigny-sur-Marne, Châtenay-Malabry, Herblay, Houilles, Nanterre, Paris[12], Rosny-sous-Bois, Saint-Étienne, Savigny-sur-Orge et Villetaneuse.

Le 1er mai 2017 un hommage spécial fut rendu au cimetière du Père Lachaise à Paris par le Grand Orient de France et d'autres loges maçonniques pour honorer diverses personnalités dont Jean Allemane[13].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le droit de grève sera reconnu deux ans plus tard, en 1864, par le pouvoir impérial.
  2. S’il est incontestablement un combattant de la Commune, il n'est pas pour autant un militant de premier plan. Gaston Da Costa dans son livre publié en 1905 cite Allemane comme un des nombreux insurgés condamnés parmi d'autres aux travaux forcés et déportés à l’île Nou. Sous le numéro 4486, il indique :

    « Allemane, typographe, 29 ans. Perpétuité. Arrestation et tentative d'arrestation avec menaces de mort. »

    Son frère, François, est quant à lui déporté sur la presqu'île Ducos.
  3. Brousse préconise la participation active aux élections municipales, premier pas vers la conquête du pouvoir, abandonnant selon leur expression « le tout à la fois qui généralement aboutit au rien du tout. » La première municipalité emportée par les socialistes à partir de cette stratégie sera Commentry, ville minière de l'Allier, gagnée en juin 1882.
  4. Comme le dit alors le député « allemaniste » Toussaint, élu à Paris en 1893 dans le XIe arrondissement, dans sa profession de foi au nom du Parti ouvrier socialiste révolutionnaire :

    « Nous ne nous regardons pas seulement comme des représentants des circonscriptions qui nous ont élus, mais comme les représentants des travailleurs de toute la France. Ce que le parti ouvrier commandera de faire par la voix de ses congrès, de ses fédérations et de son secrétariat général, nous le ferons. »

  5. Louis Hincker (dir.), Citoyenneté, république, démocratie en France 1789–1899, Clamecy, Atlande, .
  6. En 1896, Dejeante, le député de Paris, (XXe arrondissement — la Seine compte alors 15 députés issus du POSR sur 45 sièges, point haut électoral jamais retrouvé) — rompt avec le « parti allemaniste ». Ce dernier ayant voulu lui imposer une retenue de 5 000 francs sur ses émoluments, il démissionne, puis se fait réélire sous une autre étiquette.
  7. Hervé (1871–1944) passera du début à la fin de sa vie de l'antipatriotisme d'extrême gauche au pétainisme d'extrême droite, tout en combattant l'antisémitisme.
  8. Daniel Ligou, Dictionnaire de la franc-maçonnerie, Paris : Presses universitaires de France, 3e édition, 1991, p. 37.
  9. Un neveu, Gaston Allemane (1903–1989) sera député SFIO lors du Front Populaire.
  10. Jean Allemane avec Paul Brousse, Ferdinand Buisson, Marcel Sembat ou Gustave Hervé, participe en septembre 1905 au palais du Trocadéro au Congrès international de la Libre Pensée.
  11. Voir sur gallica.bnf.fr.
    Distinguer de Mémoires d'un communard : 18 mars–28 mai 1871 : la Commune vécue, de Gaston Da Costa.
  12. http://www.patrickbloche.org/2006/07/01/en-hommage-a-jean-allemane/
  13. https://www.droithumain-france.org/rassemblement-1er-mai-2017-a-9h30-cimetiere-pere-lachaise/

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Didier Bigorgne :
    • « L’allemanisme 1890–1905 », mémoire de DEA, Reims, 1990
    • « Les allemanistes (1882-1905). Itinéraires, place et rôle dans le mouvement socialiste français », thèse d'histoire, université Paris 13, 2001
  • Siân Reynolds :
    • « La vie de Jean Allemane (1843-1935) », thèse de Doctorat de 3e cycle d'histoire, Paris, Université Paris 7, 1981
    • « Allemane, the Allemanists and Le Parti Ouvrier : the problems of a socialist newspaper 1888–1900 », European history quarterly, vol. 15, 1985, p. 43–70
  • Michel Winock, « La naissance du parti allemaniste (1890–1891) », in Le Mouvement social, no 75, avril–juin 1971
  • « Jean Allemane », dans le Dictionnaire des parlementaires français (1889-1940), sous la direction de Jean Jolly, PUF, 1960 [détail de l’édition]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]