Sadi Carnot (homme d'État)

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Sadi Carnot
Illustration.
Portrait officiel du président Sadi Carnot.
Fonctions
Président de la République française

(6 ans, 6 mois et 22 jours)
Élection
Président du Conseil Maurice Rouvier
Pierre Tirard
Charles Floquet
Pierre Tirard
Charles de Freycinet
Émile Loubet
Alexandre Ribot
Charles Dupuy
Jean Casimir-Perier
Prédécesseur Jules Grévy
Successeur Jean Casimir-Perier
Ministre des Finances

(1 an, 7 mois et 25 jours)
Président Jules Grévy
Gouvernement Brisson I
Freycinet III
Prédécesseur Jean-Jules Clamageran
Successeur Albert Dauphin
Ministre des Travaux publics

(10 jours)
Président Jules Grévy
Gouvernement Brisson I
Prédécesseur David Raynal
Successeur Charles Demole

(1 an, 1 mois et 22 jours)
Président Jules Grévy
Gouvernement Ferry I
Prédécesseur Henri Varroy
Successeur David Raynal
Biographie
Nom de naissance Marie François Sadi Carnot
Date de naissance
Lieu de naissance Limoges (France)
Date de décès (à 56 ans)
Lieu de décès Lyon (France)
Nature du décès Assassinat
Sépulture Panthéon
Nationalité Française
Parti politique Républicain modéré
Père Hippolyte Carnot
Fratrie Adolphe Carnot
Conjoint Cécile Dupont-White
Diplômé de École polytechnique
Ponts et Chaussées
Profession Ingénieur

Sadi Carnot (homme d'État)
Présidents de la République française

Sadi Carnot, né le à Limoges et mort le à Lyon, est un homme d'État français. Il est président de la République du à son assassinat par l'anarchiste italien Sante Geronimo Caserio.

Haut fonctionnaire de carrière, Sadi Carnot est notamment, avant de se faire élire à l'Élysée, député de la Côte-d'Or, préfet de la Seine-Inférieure, sous-secrétaire d'État aux Travaux puis ministre des Travaux publics et ministre des Finances.

Situation personnelle[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Blason de la famille Carnot.

Marie François Sadi Carnot[Note 1] est le fils de Lazare Hippolyte Carnot, le petit-fils de Lazare Carnot (dit le « Grand Carnot » ou l’« organisateur de la Victoire »), le frère de Marie-Adolphe Carnot, le père d'Ernest Carnot, et le neveu du physicien Sadi Carnot. C’est à son grand-père que Carnot doit son prénom de Sadi, attribué au préalable à son oncle Sadi Carnot, physicien émérite qui meurt à l'âge de 36 ans. Lazare Carnot, avant d’être un révolutionnaire (qui vota notamment la mort du roi Louis XVI), était humaniste et grand admirateur du poète persan Saadi de Shiraz, chantre des femmes, du vin et des roses.

La famille maternelle de Sadi Carnot est originaire des départements de la Charente et de la Haute-Vienne, ce qui explique le lieu de naissance du futur président. Sa mère, Jeanne-Marie Dupont-Savignat (1816-1897), est la fille de François Dupont-Savignat (1769-1846), né à Chabanais, frère du général d'Empire Pierre Dupont de l'Étang, aïeul de la famille Panon Desbassayns de Richemont. La famille Savignat a donné son nom à un château près de Chabanais (appelé « Savignac »). Sadi Carnot est d'ailleurs baptisé en l'église de Grenord[1]. Par sa grand-mère maternelle, Sadi Carnot descend de Jean-Baptiste Nieaud, maire de Limoges à la Révolution française.

Formation[modifier | modifier le code]

Sadi Carnot, élève de l'École polytechnique.

Il est élève au lycée impérial Bonaparte (futur lycée Condorcet) puis à l'École polytechnique (promotion X-1857) et à l'École des ponts et chaussées, dont il sort major en 1863. Après ses études, il devient ingénieur en chef de la Haute-Savoie, où il conçoit et fait construire vers 1874 le fameux système de régulation de la sortie des eaux du lac d'Annecy, communément appelé « les vannes du Thiou ». Joyau technique et architectural, elles permettent de remonter le niveau du lac (2 759 hectares) de 20 cm afin d'assurer aux usines un débit constant toute l'année ; à eux seuls, ces 20 cm permettent d'assurer seize jours de débit à l'étiage (4 m3/s). Il est également le concepteur du pont qui porte son nom[2] et franchit le Rhône entre les départements de l'Ain et de la Haute-Savoie.

Vie privée[modifier | modifier le code]

En , il épouse à Paris, Cécile Dupont-White. De cette union sont issus quatre enfants :

Carrière et ascension politique[modifier | modifier le code]

Débuts[modifier | modifier le code]

Sadi Carnot est élu député de la Côte-d'Or en 1871, et occupe des postes de haut fonctionnaire, notamment au Conseil supérieur des Ponts et Chaussées. Il est ensuite nommé préfet de la Seine-Inférieure. Réélu à la Chambre des députés en 1876, il est signataire du manifeste des 363 en [3]. Il est encore réélu lors des élections d', puis en 1881 et 1885.

Ministre[modifier | modifier le code]

Sous-secrétaire d'État aux Travaux publics puis ministre des Travaux publics, il devient ministre des Finances en 1885, dans le gouvernement de Charles de Freycinet. Ce dernier explique dans ses Souvenirs comment la Commission du budget de la Chambre des députés attaque le budget présenté par Sadi Carnot, et exige la suppression des sous-préfets, ce qui provoque la chute du gouvernement en et contribue à la montée du boulangisme[4].

Président de la République[modifier | modifier le code]

Élection[modifier | modifier le code]

Arrivée du président Sadi Carnot le 5 mai 1889 à l'école sadi carnot
Arrivée du président Sadi Carnot le à Versailles.
Carte postale pour l'alliance franco-russe et le pont Alexandre III.

À la suite de la démission de Jules Grévy, mis en cause dans l'affaire des décorations, Sadi Carnot devance Jules Ferry au premier tour de l'élection présidentielle anticipée, puis l'emporte au second tour, le , face au général Félix Gustave Saussier.

Exercice du mandat[modifier | modifier le code]

Le , Sadi Carnot se rend à Versailles pour célébrer le centenaire des états généraux de 1789.

Le début de son mandat est marqué par l'agitation boulangiste et le scandale de l'affaire de Panama, ainsi que par le rapprochement avec la Russie, dans le cadre de l'alliance franco-russe. Avec le ministre de la Marine, l'amiral Henri Rieunier, il reçoit en France, notamment à Toulon et à Paris, lors de fêtes grandioses, du 13 au , l'escadre de l'amiral Avellan, envoyé du tsar Alexandre III, et les marins russes. Il est décoré de l'ordre de Saint-André par Alexandre III.

Assassinat[modifier | modifier le code]

Attentat du (couverture du Petit Parisien illustré du 12 mai 1889).
Plaque commémorant l'assassinat de Sadi Carnot, rue de la République, à Lyon.

Dans un contexte d'agitation syndicale et anarchiste, les lois restreignant les libertés individuelles et la presse sont votées. Sadi Carnot est l'une des cibles du mouvement anarchiste car ayant refusé la grâce de Ravachol, d'Auguste Vaillant, auteur de l'attentat à la Chambre des députés, et d'Émile Henry[5]. Il est visé par deux attentats en 1889 et 1890 :

  • le , alors qu'il se rend à Versailles pour fêter le centenaire des états généraux de 1789, un magasinier de la Marine, Jean-Nicolas Perrin, tire une fois ; Perrin souhaitait protester contre sa mutation au Sénégal (des six cartouches du revolver, trois — dont celle tirée — contenaient de la poudre sans balle, les trois autres des balles mais pas de poudre) ;
  • le , l'inventeur Martial Jacobs, pour protester d'avoir été spolié de certaines de ses inventions, tire en l'air (encore des balles à blanc) au passage du président avenue de Marigny[6].

Le , Sadi Carnot reçoit un coup de poignard de l'anarchiste italien Sante Geronimo Caserio, alors qu'il quitte, par une issue secondaire pour éviter la foule, un banquet organisé à la Chambre de commerce à l'occasion de l'exposition universelle, internationale et coloniale à Lyon. Le député Gaston Doumergue, futur président de la République, est témoin de la scène.

Touché en plein foie, le président de la République est rapidement transporté à la préfecture du Rhône, dans le 3e arrondissement de Lyon. Il y meurt trois heures plus tard[Note 3], dans la nuit, le [7].

Sante Geronimo Caserio est guillotiné le suivant pour le crime. Cet assassinat conduit la Chambre des députés à adopter la dernière et la plus marquante des lois scélérates visant les anarchistes, qui sont privés de tout type de communication. Le texte sera abrogé en 1992.

Obsèques[modifier | modifier le code]

Tombeau de Sadi Carnot au Panthéon de Paris.

Le corps de Sadi Carnot est ramené à Paris et des obsèques nationales sont décidées par le Parlement dans sa loi du . Les funérailles ont lieu le en la cathédrale Notre-Dame de Paris, en présence de Jean Casimir-Perier, nouveau président de la République. Sadi Carnot est ensuite inhumé au Panthéon, à côté de son grand-père Lazare Carnot.

Hommages[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Postérité[modifier | modifier le code]

Plaque du boulevard Carnot, à Limoges. Il existe sur ce boulevard des plaques honorant le président Sadi Carnot et d'autres son oncle homonyme, physicien[8].

Une rose, baptisée 'Souvenir du Président Carnot', lui est dédiée en .

À Lyon, sur la façade de la Chambre de commerce, rue de la République, une plaque et un pavé rouge sur la chaussée commémorent son assassinat.

Iconographie[modifier | modifier le code]

  • À l'occasion de l'élection de Sadi Carnot à la présidence de la République, deux médailles à son effigie ont été exécutées en 1887 : l'une par le graveur Alphée Dubois dont un exemplaire est conservé au musée Carnavalet de Paris (ND 0203), l'autre par le sculpteur Jules Chaplain dont un exemplaire est conservé au Metropolitan Museum of Art de New York.
  • Le graveur Oscar Roty réalisa une plaquette à l'occasion des funérailles du président le représentant la France en deuil et le cercueil porté au Panthéon. Un exemplaire en bronze est conservé au musée d'Orsay[9] ; un exemplaire en argent est conservé au Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris (don Jean-David Jumeau-Lafond).
  • Dornac, Portrait de Marie-François Sadi-Carnot (1837-1894), entre 1885 et 1894, photographie, Paris, musée Carnavalet[10].
  • Selon le musée d'Orsay, 23 monuments ou statues auraient été consacrés à Sadi Carnot en France[11]. On trouve notamment :
    • Un monument érigé en 1897, après souscription populaire, à Angoulême, sur le rempart Desaix, où il est toujours visible. Ce monument, conçu et réalisé par le sculpteur charentais Raoul Verlet, représente un buste du président assassiné entouré de deux allégories : celle de la renommée (portant une branche d'olivier et une couronne de laurier) et celle de la France en veuve éplorée.
    • Au pied de la fontaine de la place Plumancy, des plaques mentionnent les noms de personnalités de l'époque à laquelle le monument fut érigé : Sadi Carnot figure parmi eux[12].
    • Monument érigé (buste) en 1897 à La Ferté-Alais, à la mémoire de Sadi Carnot, sis place Carnot. Le château de la famille Carnot s'y trouve encore.
    • En 1895, une souscription populaire permet l'érection d'un monument à Nolay (Côte-d'Or) dû au sculpteur Alexandre Falguière[13]. Ce monument est détruit après 1941[14].
    • À Lyon, sur la place Carnot, un important monument est érigé à sa mémoire en 1914, il a disparu lors de la construction du métro.
    • À Dijon, le monument à Sadi Carnot est installé en 1899, réalisé par les sculpteurs Mathurin Moreau et Paul Gasq.

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Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le patronyme « Carnot » désignerait celui qui était trapu, corpulent, de « carnot », « carrenot », diminutif de l'adjectif « carré » (surnom d'un homme trapu, corpulent).
  2. a et b Fille de Léon Chiris.
  3. Malgré les soins prodigués par le docteur Gailleton, alors maire de Lyon, et l’intervention chirurgicale conduite par Antonin Poncet, entouré de Louis Léopold Ollier, Fabre et Michel Gangolphe ; les chirurgiens ne purent venir à bout de l’hémorragie provoquée par des lésions multiples de la veine porte.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « L'enfance de M. Carnot », Le Petit Journal, no 11508,‎ (lire en ligne, consulté le 18 juillet 2017).
  2. Sadi Carnot (homme d'État) sur Structurae. Consulté le 11 décembre 2016.
  3. fiche sycomore
  4. « Souvenirs de Ch. de Freycinet, chapitre 10 », sur annales.org (consulté le 11 décembre 2016).
  5. Romuald Szramkiewicz et Jacques Bouineau, Histoire des institutions, 1750-1914 : droit et société en France de la fin de l'Ancien Régime à la Première guerre mondiale, Paris, Litec, , 4e éd., XVI-693 p. (ISBN 2-7111-2891-1), p. 532.
  6. Karine Salomé, Je prie pour Carnot qui va être assassiné ce soir : Un attentat contre la République, 24 juin 1894, éditions Vendémiaire, , 192 p. (ISBN 978-2-36358-023-8, lire en ligne).
  7. 0 h 40 min - Acte no 1185 des archives départementales de Lyon 3e.
  8. « L'ingénieur ou le président ? Mais à qui donc le boulevard Carnot de Limoges est-il dédié ? », sur Le Populaire du Centre, (consulté le 19 janvier 2020).
  9. « Dans le deuil de la Patrie », sur www.musee-orsay.fr (consulté le 11 décembre 2016).
  10. notice en ligne.
  11. Notice sur le site Anosgrandshommes.musée-orsay.fr.
  12. Chantal Gibert, « Périgueux : l'eau jaillit à nouveau à la fontaine Plumancy », Sud Ouest,‎ (lire en ligne).
  13. Notice sur le site Anosgrandshommes.musee-orsay.fr.
  14. [1] - Deux autres sites [2] et [3] mentionnent 1961, mais sans donner d'explication, cette date est très improbable.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Patrick Harismendy, Sadi Carnot : l'ingénieur de la République, Paris, Perrin, , 435 p. : couv. ill. en coul. ; 24 cm (ISBN 2-262-01102-8, notice BnF no FRBNF35765755).
  • Association française pour l'histoire de la justice, L'assassinat du président Sadi Carnot et le procès de Santo Ironimo Caserio : actes du colloque organisé à Lyon le , Presses universitaires de Lyon, 1995, 97 p.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]