Amnistie en France

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L'amnistie en France est une notion de droit public pénal qui invoque l'« oubli » d'actes contraventionnels, délictueux ou criminels constitués et qui, en temps normal, entraîneraient une sanction pénale.

Par exemple, les accords d'Évian de 1962 comportent une clause d'amnistie pour les crimes commis pendant la guerre d'Algérie en lien avec le conflit. Les infractions des manifestants de Mai 68, ou encore les violences commises par les indépendantistes et les anti-indépendantiste en Nouvelle-Calédonie dans les années 1980, font également l'objet de lois d'amnistie.

Historiquement, un acte d'amnistie ou de grâce était prévu par le droit public français[réf. nécessaire] à l'avènement d'un nouveau souverain. Il consistait à éteindre certaines catégories de condamnations prononcées au nom du roi précédent. Il accompagnait un certain nombre de cadeaux et de fêtes marquant l'avènement du nouveau roi. Cette coutume peut être rapprochée d'une part du droit général des prescriptions dans le droit français, d'autre part de l'institution du jubilé chez les Anciens Juifs.

L'usage s'est conservé dans les institutions françaises, pour chaque nouveau président de la République, de faire voter une loi d'amnistie particulière à l'occasion de sa prise de fonction. Cette loi interdit à quiconque de rappeler une infraction amnistiée ; l'Article 34 de la Constitution de 1958, le réserve au pouvoir parlementaire.

Il ne faut pas non plus confondre l'amnistie avec la grâce présidentielle qui permet, dans certains conditions, d'accorder la remise ou la modération d'une peine définitive.

Amnistie et crises politiques[modifier | modifier le code]

La première loi d'amnistie française qui s'oppose au droit de grâce royale est le décret du 14 septembre 1791 qui instaure une amnistie générale pour les révolutionnaires et les contre-révolutionnaires et vise à préserver la Constitution de 1791 : le 13 septembre, Louis XVI écrit à l'Assemblée qu'il est prêt à accepter la Constitution mais qu'il souhaite une réconciliation générale, le marquis de La Fayette élabore un décret en trois articles pour répondre à cette demande[1]. Au XIXe siècle, le droit de grâce est le privilège du président de la République française alors que l'amnistie est celle de l'Assemblée Nationale[2]. Selon Léon Gambetta, l'amnistie des communards (loi d'amnistie votée le 11 juillet 1880, peu de temps après la victoire définitive des républicains sur les royalistes) conduisait à fonder la République sur l'apaisement des conflits, en mettant un terme à la Commune, la démocratie politique, le suffrage universel (masculin) et l'instruction (lois Jules Ferry) rendant, selon lui, la violence illégitime[3].

Après la Seconde Guerre mondiale, une première loi d'amnistie, concernant les faits de collaboration ayant entraîné une peine de prison inférieure à quinze ans, est votée le 5 janvier 1951. Une seconde loi, très large, est votée le 6 août 1953. À la suite de cette amnistie, moins de cent personnes restent emprisonnées. Ces lois n'ont pas été particulièrement consensuelles : 327 voix contre 263 pour la première, 394 contre 212 pour la seconde[4].

La fin de la guerre d'Algérie de 1962 est suivie d'une large loi d'amnistie pour les actes commis en relation avec cette dernière, qu'ils soient du fait du FLN, de l'OAS ou des militaires français. Cette loi est complétée en 1966. Une troisième loi d'amnistie est votée en juillet 68. Un amendement présenté par le député socialiste Gaston Defferre prévoit la réintégration dans les cadres et leurs grade des officiers ayant participé à l'OAS[5].

Enfin, en 1982, François Mitterrand fait voter une quatrième loi, qui permet notamment aux généraux ayant organisé le putsch d'avril 1961 de toucher leur retraite d'officiers généraux et d'être réintégrés dans leurs décorations.

Amnistie collective présidentielle[modifier | modifier le code]

Elle a lieu après chaque élection présidentielle. Globalement, le champ des mesures d'amnistie se réduit à chaque élection présidentielle :

  • en 1981, le texte comprenait 14 domaines d'« exclusion », c'est-à-dire des catégories de crimes et de délits indélébiles ;
  • en 1995, le nombre des condamnations que même le président de la République ne peut effacer est passé à 28 et, en 2002, à 49 ;
  • à partir de 2002, l'amnistie des infractions au code de la route est de plus en plus contestée, notamment par les associations s'investissant dans les problèmes de sécurité routière (Ligue contre la violence routière notamment). Après la réélection de Jacques Chirac, le champ a été restreint mais il a subsisté des mesures individuelles d'amnistie ;
  • en 2007, François Bayrou et Nicolas Sarkozy, rejoints plus tardivement par Ségolène Royal, se sont déclarés opposés à l'amnistie des infractions au code de la route. Cette position a été confirmée par Nicolas Sarkozy peu de temps après son élection.
  • en 2012, les équipes de François Hollande et de Nicolas Sarkozy déclarent que leur candidat respectif ne fera voter aucune loi d'amnistie post-présidentielle[6].

Amnisties individuelles[modifier | modifier le code]

En 1981, les mesures individuelles étaient réservées à quelques profils d'auteurs d'infraction : les personnalités s'étant illustrées dans les domaines scientifiques, culturels et humanitaires, les résistants et engagés volontaires en temps de guerre. En 1988, la mesure a été étendue aux Français qui se distinguent dans le domaine économique, et en 1995 aux personnalités de l'humanitaire.

En 1990, l'article 19 de la loi sur la « clarification du financement des activités politiques » amnistie les auteurs de détournements de fonds au profit de partis politiques. Les partis de droite de l'époque, le RPR et l'UDF, alors dans l'opposition, dénoncent une mesure destinée selon eux à protéger les dirigeants du Parti socialiste[réf. nécessaire].

En 2002, à la réélection de Jacques Chirac, son champ est globalement restreint mais est étendu aux sportifs de haut niveau et beaucoup y voient une mesure ad hoc pour David Douillet, proche des époux Chirac, ou Guy Drut, député UMP impliqué dans l'affaire des marchés publics d'Ile-de-France et bénéficiaire d'un emploi fictif à la Sicra, filiale de Vivendi.

L'amnistie individuelle de Guy Drut le 25 mai 2006 par un décret présidentiel non publié au Journal officiel déclencha les protestations du Parti socialiste.

Effet d'une amnistie[modifier | modifier le code]

En France, les effets d'une amnistie sont décrits par les articles 133-9 et suivants du code pénal :

« L'amnistie efface les condamnations prononcées. Elle entraîne, sans qu'elle puisse donner lieu à restitution, la remise de toutes les peines. Elle rétablit l'auteur ou le complice de l'infraction dans le bénéfice du sursis qui avait pu lui être accordé lors d'une condamnation antérieure. »

L'effet d'une amnistie est principalement juridique. L'amnistie n'efface pas les faits commis, mais leur fait perdre leur caractère délictueux : ils ne sont plus punissables, ne constituent plus une première infraction pour les récidives, etc.

Il est également à noter que le délit de calomnie pouvait être retenu contre l’auteur d’une imputation diffamatoire qui en aurait établi la vérité par référence à un fait « constituant une infraction amnistiée ou prescrite, ou qui a donné lieu à une condamnation effacée par la réhabilitation ou la révision ». Cependant, le 7 juin 2013, le Conseil constitutionnel, après examen d'une question prioritaire de constitutionnalité, a déclaré contraire à la constitution, avec effet immédiat, le c) de l'article 35 de la loi du 29 juillet 1881[7]. En ce sens, le délit de calomnie ne saurait être retenu à l'encontre d'un individu qui invoquerait des faits constituants une infraction amnistiée ou proscrite.

Références et liens[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Stéphane Gacon, Histoire de l'amnistie en France de la Commune à la guerre d'Algérie, Le Seuil, coll. « L'Univers historique », Paris, 2002.
  • Sophie Wahnich (dir.), Une histoire politique de l'amnistie – Études d'histoire, d'anthropologie et de droit, Presses Universitaires de France, Paris, 2007.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Jean Baptiste Denisart, Jean Baptiste, François Bayard, L. Calenge, Armand-Gaston Camus, Collection de décisions nouvelles et de notions relatives à la jurisprudence, Veuve Desaint, , p. 582
  2. Sophie Wahnich, Une histoire politique de l’amnistie, PUF, , 264 p.
  3. Stéphane Gacon, « Au commencement était la guerre civile », La Vie des idées, 16 novembre 2009. Recension de Jean-Claude Caron, Frères de sang – La guerre civile en France au XIXe siècle, Seyssel, Champ Vallon, 2009.
  4. Henry Rousso, Le syndrome de Vichy, éditions du Seuil (ISBN 2 02-012157-3).
  5. voir Mai 68 et l'anticolonialisme, chapitre 5 de Mai Juin 68, dirigé par D. Damamme et autres, Éditions de l'atelier, 2008.
  6. http://www.lesechos.fr/economie-politique/election-presidentielle-2012/ump/0202028043673-ni-hollande-ni-sarkozy-ne-feront-voter-de-loi-d-amnistie-315939.php
  7. http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais/les-decisions/acces-par-date/decisions-depuis-1959/2013/2013-319-qpc/decision-n-2013-319-qpc-du-07-juin-2013.137245.html

Références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]