Pierre-Joseph Proudhon

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Pierre-Joseph Proudhon

Philosophe français

XIXe siècle

Description de l'image  Pierre-Joseph Proudhon.jpg.
Naissance 15 janvier 1809
Besançon, France
Décès 19 janvier 1865
Paris, France
Nationalité Drapeau de la France France
École/tradition Socialisme libertaire, Socialisme
Principaux intérêts Politique, économie, histoire
Idées remarquables Anarchie, Mutuellisme
Œuvres principales Qu'est-ce que la propriété ?
Influencé par Hegel, Saint-Simon, Max Stirner, Fourier, Marx, Rousseau, Owen, Cousin, Blanc, Cicéron, Grotius
A influencé Marx, Bakounine, Joseph Déjacque, Kropotkine, Georges Sorel, Benjamin Tucker, Tolstoï, Émile Durkheim, Emma Goldman, Charles Maurras, Edouard Berth.
Citation « La propriété, c'est le vol ! »[1]

« S’il est un être qui, avant nous et plus que nous, ait mérité l’enfer, il faut bien que je le nomme : c’est Dieu »[2]

« Être gouverné, c'est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n'ont ni le titre, ni la science, ni la vertu... Être gouverné, c'est être, à chaque opération, à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, apostillé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé. C'est, sous prétexte d'utilité publique, et au nom de l'intérêt général, être mis à contribution, exercé, rançonné, exploité, monopolisé, concussionné, pressuré, mystifié, volé ; puis, à la moindre résistance, au premier mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré. »[3]
Adjectifs dérivés proudhonien, proudhonienne

Pierre-Joseph Proudhon, né le 15 janvier 1809 à Besançon[4] dans le Doubs et mort le 19 janvier 1865 à Paris, est un polémiste, journaliste, économiste, philosophe et sociologue français. Précurseur de l'anarchisme, il est le seul théoricien révolutionnaire du XIXe siècle d'origine ouvrière[5].

Autodidacte, penseur du socialisme libertaire[6] non étatique[7], partisan du mutuellisme et du fédéralisme[8], il est le premier à se réclamer anarchiste[9] en 1840, partisan de l’anarchie, entendu en son sens positif[10] : « La liberté est anarchie, parce qu'elle n'admet pas le gouvernement de la volonté, mais seulement l'autorité de la loi, c'est-à-dire de la nécessité »[11],[12].

Proudhon publiera plus de soixante livres[13].

En 1840, dans son premier ouvrage majeur, « Qu'est-ce que la propriété ? ou Recherche sur le principe du Droit et du Gouvernement », il rend célèbre la formule « La propriété, c’est le vol »[14],[15].

En 1846, il donne dans son « Système des contradictions économiques ou Philosophie de la misère », une explication de la société fondée sur l’existence de réalités contradictoires. Ainsi la propriété manifeste l’inégalité mais est l'objet même de la liberté[16], le machinisme accroît la productivité mais détruit l’artisanat et soumet le salarié. La liberté elle-même est à la fois indispensable mais cause de l'inégalité.

En 1848, dans « Solution du problème social », il élabore la théorie du crédit à taux zéro qui anticipe les mutuelles d’aujourd'hui. Il imagine la création d’une banque d’échange ou « banque du peuple »[17], dont le but est l’abolition de la monnaie, du salariat, la suppression de toute prise d’intérêt et de toute réalisation de profit dans le cadre des structures d’échange entre les individus[10].

En 1849, dans son livre « Les Confessions d’un révolutionnaire pour servir à l’histoire de la Révolution de Février », Proudhon écrit entre autres choses la phrase « L’anarchie c’est l’ordre sans le pouvoir »[18].

En 1858, antireligieux dans « De la justice dans la Révolution et dans l’Église », véritable somme contre le christianisme, il prône l’abolition de toutes les formes de pensée et d’organisation ecclésiales au profit des formes égalitaires, anti-hiérarchiques[10].

En 1863, dans « Du Principe fédératif et de la nécessité de reconstituer le Parti de la Révolution » et en 1865 dans « De la Capacité politique des classes ouvrières », il est premier théoricien du fédéralisme, entendu non pas seulement comme libre association des communes mais comme point de jonction entre l’industrie et la campagne, l’ouvrier et le paysan[10].

En 1863, dans « Les Démocrates assermentés et les réfractaires », il pose les bases du refus de toute participation aux élections lorsqu’elles sont truquées, dévoyées par le pouvoir bonapartiste, détournées par le système du féodalisme capitaliste, manipulées par ceux qui font et défont les cartes électorales. Il ne condamne pas la démocratie ou le suffrage universel en eux-mêmes mais leur manipulation par les intérêts du capitalisme et de l’État[10].

Premières années[modifier | modifier le code]

Proudhon-1848.jpg

Proudhon est né à Besançon, d’un père tonnelier et d’une mère cuisinière. D’un milieu modeste d’origine paysanne, il garde la seule vache de la famille et mène une vie simple. Dès l'âge de sept ans, il est placé comme bouvier[19]. Il est élevé dans la religion catholique par sa mère[20] et reçoit une solide formation religieuse[19].

À douze ans, il est admis au Collège Royal de Besançon où il côtoie pour la première fois les enfants de la noblesse et de la bourgeoisie qui le renvoient à sa misère[21]. Brillant élève, il obtient une bourse d'externe. Il entreprend des études classiques dans des conditions difficiles[20].

En 1826, suite à la faillite des affaires paternelles[21], il est contraint d'abandonner ses études alors qu'il est en classe de rhétorique et donc avant de passer son baccalauréat[8].

En 1828, à dix-neuf ans, il intègre l'imprimerie Gauthier de Besançon où il devint ouvrier typographe, puis correcteur[22]. Il y découvre la vie d'atelier. Gauthier édite les pères de l’Église, ce qui lui permet d’apprendre l’hébreu, de se perfectionner en grec et en latin, et d'acquérir une bonne connaissance de la théologie. Il y corrige les épreuves du livre Le Nouveau Monde industriel et sociétaire de Charles Fourier (1829) qui l'influencera durablement[8],[21].

La crise économique de 1830 l’oblige à quitter Besançon. Il fait un tour de France et travaille successivement à Neufchâtel, Paris, Lyon, Marseille, Draguignan, Toulon. Il chôme plus d'une fois et connait le besoin, se sentant supérieur à son état, observant la société de près et sans indulgence, il devient républicain[23]. En 1832, il écrit de Paris : « Sur quatre-vingt-dix imprimeries, pas une n'avait pu m'embaucher »[20].

En 1836, de retour à Besançon, Proudhon avec deux associés, fonde une petite imprimerie. Mais il ne réussit pas à équilibrer les comptes et l'entreprise ferme rapidement[20],[7]. En 1840, sous le label L'imprimerie de P-J Proudhon, est édité une Ode à la liberté signée par Un patriote bisontin et Au profit des indigents de la ville[21],[24]

Premiers écrits[modifier | modifier le code]

Charles Fourier.jpg

En 1837, c'est son Essai de grammaire générale, intégré sans être signé aux Éléments primitifs des langues de l’abbé Bergier, qui manifeste pour la première fois son audace intellectuelle, malgré le manque patent de connaissances philosophiques[7].

En 1838, l'Académie de Besançon met au concours une pension d'Amélie Suard (en mémoire de son mari l'académicien Jean Baptiste Antoine Suard), une bourse de 1 500 francs par an pendant trois ans, au profit d'un jeune littérateur reconnu comme le plus digne dans le département du Doubs afin qu'il poursuive ses études[23]. Proudhon n'a pas son baccalauréat, il le passe à vingt-neuf ans, pose sa candidature et est choisi, malgré une concurrence sévère[21], le 23 août 1838[20]. Il est guidé dans ses études par le bibliothécaire Charles Weiss[13]

En 1838, Proudhon arrive à Paris. Il y mène une vie pauvre, ascétique, studieuse et découvre les idées socialistes. Il doit préparer des ouvrages pour faire honneur à l'Académie mais ce devoir est vite oublié. Il n'a formellement promis à l'Académie qu'une chose, c'est de travailler à l'amélioration matérielle et morale de ceux qu'il appelle ses frères, les ouvriers[23].

C'est vers l'économie politique qu'il se tourne : il cherche dans les bibliothèques et dans les cours publics toutes les parcelles qu'il peut recueillir de cette science de l'avenir. Il lit Adam Smith, Jean-Jacques Rousseau, Frédéric Bastiat, suit les cours d'économie de la faculté de droit et du Conservatoire des arts et métiers, où professe Adolphe Blanqui, le frère ainé du révolutionnaire Auguste Blanqui, fréquente le Collège de France[20]. Il étudie, il fait la critique de ses maîtres, orateurs et écrivains. Il élabore les parties et les morceaux de théories nouvelles. Dès le début de 1839, il songe à écrire un gros livre sur la question de la propriété[23].

En février 1839, l'Académie de Besançon met au concours le sujet suivant : « De l’utilité de la célébration du dimanche, sous les rapports de l’hygiène, de la morale, des relations de famille et de cité ». Proudhon rédige un mémoire, L'Utilité de la célébration du dimanche, qui ne lui vaut qu’une mention honorable, une médaille de bronze. Le jury trouve trop hardies certaines digressions sur l’Évangile et certaines attaques contre la civilisation industrielle. Ce texte porte les germes de ses idées révolutionnaires[8].

La propriété, c'est le vol[modifier | modifier le code]

Édition de 1841.
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De 1840 à 1842, il publie trois mémoires sur la propriété. Dans le premier, en juin 1840, il pose la question : Qu’est-ce que la propriété ? et répond « La propriété c’est le vol » : « Si j’avais à répondre à la question suivante : Qu’est-ce que l’esclavage ? et que d’un seul mot je répondisse : c’est l’assassinat, ma pensée serait d’abord comprise. Je n’aurais pas besoin d’un long discours pour montrer que le pouvoir d’ôter à l’homme la pensée, la volonté, la personnalité, est un pouvoir de vie et de mort, et que faire un homme esclave, c’est l’assassinat. Pourquoi donc à cette autre demande : Qu’est-ce que la propriété ? ne puis-je répondre de même : c’est le vol, sans avoir la certitude de n’être pas entendu, bien que cette seconde proposition ne soit que la première transformée ? »[14].

Pour Proudhon, dans une entreprise, parce qu'ils travaillent collectivement, les ouvriers produisent plus que s'ils travaillaient chacun individuellement. Un individu ne peut faire en dix heures le même travail que dix individus en une heure. La force collective dans le travail social produit bien plus que la force individuelle. Cent hommes peuvent déplacer une pierre de plusieurs tonnes que jamais un individu seul ne pourra faire bouger même en cent fois plus de temps. Pourtant le capitaliste rétribue chacun de ses ouvriers individuellement et donc « vole » ce surplus de valeur produit collectivement. La propriété privée est l'appropriation par un individu de ce travail collectif et est donc un vol[25],[26].

En fait Proudhon, formule une thèse, une antithèse, et aboutit à une synthèse qui est une sorte de bilan. C’est pourquoi, il affirme que « la propriété c’est le vol » et en même temps consacre de longues pages à faire l’apologie du petit propriétaire[8].

Passant en revue les différentes théories présentées jusqu'alors pour établir le droit de propriété, il les réfute l'une après l'autre, et conclue que la propriété ne peut être fondée ni sur l'occupation ni sur le travail, qu'elle est immorale, injuste, impossible. En dépit de cette thèse violente et saisissante, l'ouvrage n'atteint pas le grand public, la vente en est restreinte[23].

L'ouvrage ne plaît guère à l'académie de Besançon, qui exige le retrait de la dédicace[27] et hésite un temps à lui retirer la bourse Suard, ainsi qu'à des poursuites pénales que lui évite l'économiste Adolphe Blanqui en vantant les mérites scientifiques de l'ouvrage dans un rapport à l'Académie des sciences morales et politiques[28].

C’est à Besançon, en 1841, qu'il fait paraître son second ouvrage, sous la forme d’une Lettre à Blanqui, l'économiste qui avait empêché les poursuites contre le premier mémoire. Malgré un ton nettement plus modéré, il maintient ses affirmations : il insiste sur l'idée que la société a déjà porté plusieurs atteintes à la propriété et qu'elle doit continuer son œuvre par la restriction progressive de l'intérêt[23]. Le scandale est aussi grand que pour le premier livre[29]. Blanqui intervient auprès du Ministre de la justice pour empêcher des poursuites judiciaires[23].

En 1842, il publie le troisième mémoire pour riposter aux attaques d’un publiciste fouriériste. Proudhon s’en prend directement au leader de l’école sociétaire, Victor Considerant, et le mémoire s’intitule Avertissement aux propriétaires ou lettre à M. Considerant, rédacteur de « la Phalange » sur une défense de la propriété. Dès sa parution l’ouvrage est saisi, ce qui donne l’occasion à Proudhon de s’expliquer devant la Cour d’assises de Besançon le 3 février 1842[30],[31]. Sa démonstration, volontairement obscure, lui vaut l’acquittement des jurés qui n'ont pas compris[23].

Que faut-il retenir de ces trois mémoires ? Maxime Leroy, prétend que dans tout cela Proudhon ne pense qu’à l’établissement de la justice et de l’égalité qui continuera la série des révolutions. L’Évangile avait établi l’égalité devant Dieu, le XVIe et le XVIIe siècle l’égalité devant le savoir et devant la raison, 1789 l’égalité devant la loi. Il ne restait plus qu’à établir l’égalité devant les faits économiques. La propriété lui apparaissait comme un obstacle dans la mesure où elle aboutit à des accaparements[32]. Longtemps, d’ailleurs, Proudhon défend le principe d’égalité absolue des salaires avant d’admettre un « éventail » ouvert de 1 à 16[8].

La rencontre avec Marx[modifier | modifier le code]

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En 1843, Proudhon quitte Paris et s'installe à Lyon où il obtient un emploi important dans une grande maison de transports fluviaux où il découvre le grand commerce, la grande banque, les grandes entreprises. De cette expérience professionnelle naît l'intérêt qu'il portera à la comptabilité[23].

La même année, il publie De la Création de l’Ordre dans l’Humanité.

Son séjour est coupé de fréquentes navettes entre Lyon et Paris pour les nécessités de l’entreprise. À Lyon, il fréquente les les associations mutuelles ouvrières, marqués par les révolte des Canuts de 1831 et de 1834. Il baptise son système le mutuellisme, parce que son expérience lyonnaise en est l’un des fondements. Elle le confirme que le peuple n’a besoin ni de maîtres ni de chefs. Il réfute l'hypothèse d'une révolution violente[20],[7].

Au cours des voyages qu'il fait à Paris, Proudhon rencontre Michel Bakounine, Alexandre Herzen et Karl Marx qui admirait en lui le seul socialiste français dégagé du mysticisme chrétien[8]. En 1845, dans, La Sainte Famille, Marx écrit : « Proudhon n'écrit pas seulement dans l'intérêt des prolétaires ; il est lui-même prolétaire, ouvrier. Son ouvrage est un manifeste scientifique du prolétariat français »[33].

Le 5 mai 1846, Karl Marx lui propose d'être son correspondant attitré pour la France[34]. Proudhon répond en émettant des réserves : il ne faut pas, comme l'a fait Luther, créer un nouveau dogme, tout doit pouvoir être toujours remis en cause : « ne nous posons pas en apôtres d’une nouvelle religion ; cette religion fût-elle la religion de la logique, la religion de la raison. Accueillons, encourageons toutes les protestations ; flétrissons toutes les exclusions, tous les mysticismes ; ne regardons jamais une question comme épuisée, et quand nous aurons usé jusqu’à notre dernier argument, recommençons s’il faut, avec l’éloquence et l’ironie. À cette condition, j’entrerai avec plaisir dans votre association, sinon, non ! »[35]. Et il précise : « nous ne devons pas poser l’action révolutionnaire comme moyen de réforme sociale, parce que ce prétendu moyen serait tout simplement un appel à la force, à l’arbitraire, bref, une contradiction »[36].

L'échange de lettres avec Marx annonce la rupture, qui intervient quelques mois plus tard. Quand, en octobre 1846, Proudhon publie le Système des contradictions économiques ou Philosophie de la misère, Marx riposte par Misère de la philosophie. En fait, ce sont deux conceptions différentes du socialisme qui s'affrontent durement[8].

Au début de 1847, Proudhon s’installe définitivement à Paris. Si ses travaux lui valent l'estime des savants et des professeurs, ses idées ne rencontrent que peu d’audience dans les classes populaires[8]. Il se décide à fonder un journal, Le Représentant du peuple sous-titré Journal quotidien des travailleurs. Réforme économique. Banque d’échange[37]. Le premier numéro spécimen parait le 14 octobre 1847 et le second le 15 novembre[38], mais la Révolution de 1848 devance tous ses projets.

Proudhon et la révolution de 1848[modifier | modifier le code]

Pierre-Joseph Proudhon
Fonctions
Parlementaire français
Député
4 juin 184826 mai 1849
Gouvernement IIe République
Groupe politique Gauche[39]
Biographie
Date de naissance 15 janvier 1809
Date de décès 19 janvier 1865
Résidence Seine

Proudhon est surpris par la révolte parisienne de février 1848. Pour lui, la révolution de 1848 semble avoir éclaté quatre ou cinq ans trop tôt[8].

Il participe au soulèvement : « Quand j'ai vu l'affaire engagée, je n'ai pas voulu abandonner les amis... j'ai été à la barricade porter des pierres, et j'ai composé la première proclamation républicaine »[40] de la nouvelle république.

Proudhon sous la Deuxième République[modifier | modifier le code]

Proudhon à l'assemblée nationale en 1848.

Pendant la Deuxième République, Proudhon développe ses activités de journaliste. Avec l'aide de son secrétaire Alfred Darimon, il est impliqué dans quatre journaux différents : Le Représentant du Peuple (février 1848 - août 1848)[41] ; Le Peuple (septembre 1848 - juin 1849)[42] ; La Voix du Peuple (septembre 1849 - mai 1850)[43] ; Le Peuple de 1850 (juin 1850 - octobre 1850)[44],[45]. Ces journaux sont tous condamnés et supprimés successivement. Il s’illustre par son style polémique, combatif, ses incessantes critiques des politiques du gouvernement. Le 28 mars 1849, il est condamné à trois ans de prison et à 3 mille francs d'amende pour un de ses pamphlets publié dans le journal Le Peuple et qualifié par le tribunal d'excitation à la haine du gouvernement, de provocation à la guerre civile et d'attaque à la Constitution et à la propriété[46].

Le Peule du 23 mars 1849

Parallèlement, il publie deux livraisons de la Solution du problème social (22 et 26 mars), dans lesquels il affirme que la solution du problème social est seulement dans l'organisation du crédit mutuel et gratuit. La solution du problème politique est dans la restriction progressive du gouvernement jusqu'à l'établissement de l'anarchie. La démocratie du suffrage universel n'est qu'une fausse image du pays. Il faut établir une république sans constitution et sans limitation de la liberté individuelle[23].

La banque du peuple[modifier | modifier le code]

Dans L’Organisation du crédit et de la circulation (31 mars 1848), il développe son projet d'une « banque d'échange » ou « banque du peuple » qui doit permettre de réaliser une véritable démocratie économique grâce au crédit mutuel et gratuit qui donne la possibilité aux travailleurs de posséder le capital qui leur manque pour s’affranchir des propriétaires. Cette banque doit reposer sur trois principes essentiels : la gratuité du crédit grâce à une suppression progressive du taux d’intérêt ; la suppression de la monnaie basée sur l'or remplacée par un « billet d’échange » affranchi de la condition de remboursement en espèces ; la généralisation de la lettre de change payable à vue contre des marchandises ou des services. Ce « socialisme du crédit » laisse cependant de côté la question de l’organisation de la production et de la consommation[7].

En janvier 1849, il dépose devant notaire à Paris, les statuts d'une Banque du Peuple. Pour répondre aux exigences de la législation en vigueur, la Banque doit avoir un capital monétaire de 5 millions, divisé en un million d’actions de 5 francs. Les coupons sont de 50 centimes.

En six semaines, le chiffre des adhésions, dont le montant de souscription doit s'étaler sur 10 mois, s’élève à près de 20 000 personnes qui représentent, selon Proudhon, « une population d’au moins 60 000 personnes ». Les souscripteurs sont principalement des artisans, qui face à la crise monétaire, trouvent là une alternative aux usuriers[47],[48].

L’article 10 de la Banque précise qu'elle n'est définitivement constituée que lorsque 10 000 actions sont souscrites soit 50 000 francs. En fait, Proudhon compte également sur les bénéfices du journal Le Peuple pour lancer sa banque. Mais le journal est frappé coup sur coup de 20 000 francs d’amendes pour des bénéfices de 8 000 francs au moment même où il ordonne la fabrication du papier en circulation de la Banque[48].

Deux mois après son lancement, en avril 1849, la Banque n’a réunit qu’un capital de 18 000 francs répartis en 3 600 actions principalement chez des petits porteurs dont certains ont cotisé « sou par sou ». Malgré ce succès populaire, parce que l’actif du journal Le Peuple s’est transformé en passif, ce fut un échec[48].

Député à l'Assemblée nationale[modifier | modifier le code]

Médaille de la séance du 31 juillet 1848 de l’Assemblée nationale.

En avril 1848, Proudhon se présente à l'élection de l'Assemblée constituante mais échoue, bien que son nom apparaisse aux scrutins de Paris, Lyon, Besançon, et Lille.

Le 4 juin 1848, dans une élection complémentaire à l’Assemblée nationale, il est élu dans la Seine, en même temps que Louis-Napoléon Bonaparte, Victor Hugo, Pierre Leroux[8].

Il forme, presque à lui seul, à l'extrême gauche, un groupe distinct de La Montagne[23]. Il participe aux débats au sujet des ateliers nationaux. Bien qu’il n’approuve pas cette institution qui ne résout pas la question sociale, il s’oppose à leur fermeture, sous réserve qu'une alternative soit proposée aux travailleurs dont la subsistance en dépend.

Le 31 juillet 1848, il expose un projet de loi qui vise à établir un « impôt du tiers »[49] sur les revenus des propriétés : « Ou la propriété emportera la République, ou la République emportera la propriété »[50]. Ce discours suscite un tollé général et lui vaut un rappel à l'ordre. Seul le canut Louis Greppo vote pour sa proposition[51].

Pour Proudhon, l’expérience de la Deuxième République représente l’émergence d’une oligarchie élective au sein de laquelle les députés ne sont pas de réels mandataires, le consentement des citoyens aux lois n’étant qu’indirectement exprimé lors des élections législatives. La plupart du temps, le peuple demeure impuissant face à ses délégués, qu’il ne peut sanctionner qu’en refusant de les réélire. La coupure entre élus et électeurs se creuse rapidement. Et Proudhon témoigne : « Il faut avoir vécu dans cet isoloir qu’on appelle une Assemblée nationale pour concevoir comment les hommes qui ignorent le plus complètement l’état d’un pays sont presque toujours ceux qui le représentent » (Les Confessions d’un révolutionnaire, 1849)[52].

Lors des Journées de Juin 1848, il ne prend pas part à l’insurrection[20] et se contente de déposer un pavé sur une barricade avant de remonter chez lui pour déplorer dans son journal que la révolution de 1848 était « sans idée »[7].

Le 28 mars 1849, condamné en correctionnelle à trois ans de prison et à 3 000 francs d’amende pour « offense au président de la République », Proudhon est écroué à la prison Sainte-Pélagie, d’où il continue à diriger les journaux La Voix du peuple, puis Le Peuple. Il publie également trois ouvrages qui résument ses opinions sur l’actualité ainsi que ses théories révolutionnaires : Idées révolutionnaires (1849), Confessions d’un révolutionnaire, pour servir à l’histoire de la révolution de Février (1849) et Idée générale de la Révolution au dix-neuvième siècle (1851). Proudhon est incarcéré trois ans et ne sort de prison que le 4 juin 1852[7].

Le 31 décembre 1849, toujours à la prison Sainte-Pélagie, Proudhon épouse Euphrasie Piegeard, une ouvrière passementière avec qui il aura quatre filles.

Proudhon et le Second Empire[modifier | modifier le code]

Proudhon par Nadar (1864).

Le 2 décembre 1851, Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III, organise un coup d’État et édicte six décrets proclamant la dissolution de l’Assemblée nationale, le rétablissement du suffrage universel masculin, la convocation du peuple français à des élections et la préparation d’une nouvelle constitution pour succéder à celle de la Deuxième République qui a duré moins de quatre ans.

Le lendemain, c'est le jour de sortie de Proudhon, toujours emprisonné à Sainte-Pélagie. Croisant Victor Hugo au faubourg Saint-Antoine, il lui donne le conseil de ne pas provoquer d’insurrection : « Vous vous faites des illusions. Le peuple est mis dedans. Il ne bougera pas. Bonaparte l’emportera. » Il rentre le soir en prison, sans avoir pris une part directe à la résistance[8].

Le 14 août 1852, Proudhon publie La Révolution sociale démontrée par le coup d’État où il cherche à démêler le jeu obscur qui se joue à l’Élysée. Pour lui « Louis-Napoléon est, de même que son oncle, un dictateur révolutionnaire, mais avec cette différence que le Premier Consul venait clore la première phrase de la Révolution, tandis que le Président ouvre la seconde ». Il voit dans le prince-président l’homme de la révolution sociale, l’héritier de la révolution de 1848. Il pense que le mouvement de 1848 a été si profond que Louis-Napoléon sera contraint de prendre ses idées à la République sociale et de les réaliser : « Que le Deux-Décembre [...] transforme en hommes ces prolétaires, grande armée du suffrage universel, baptisés enfants de Dieu et de l’Église, et qui manquent à la fois de science, de travail et de pain. Tel est son mandat. Telle est sa force. » Et de penser que si la gauche socialiste avait collaboré au coup d’État, l’Empire aurait revêtu un caractère révolutionnaire et aurait été la préface naturelle d’une heureuse et constructive « anarchie ». C’est pourquoi, dans une certaine mesure, il adhère dans un premier temps, à ce régime impérial sans empereur que le prince-président semble vouloir ébaucher[8].

Il sent rapidement, aux événements de chaque jour, que c'est l’orléanisme et le jésuitisme qui se trouvent « en majorité à l’Élysée ». Il se déchaîne alors contre le futur empereur dans ses Carnets : « Un infâme aventurier, par une illusion populaire pour présider aux destinées de la République, profite de nos discordes civiles. Il ose, le couteau sur la gorge, nous demander la tyrannie. Paris ressemble en ces moments à une femme attachée, bâillonnée et violée par un brigand » (4 décembre 1852)[20].

Théoricien et philosophe[modifier | modifier le code]

Proudhon par Gustave Courbet (1865).

Devenu presque exclusivement historien et théoricien, il semble résolu de renoncer à l'action, de se consacrer à des travaux de science et de philosophie, d'élever enfin une œuvre positive à la place des doctrines que sa critique avait jetées par terre depuis plus de dix ans. il publie un petit opuscule sur la Philosophie du progrès, dont la vente ne fut pas permise en France, rédige un Programme (1851, publié en 1853). Suivent des projets de travaux, nombreux et divers, dont la plupart n'aboutissent pas : un cours d'économie politique, une biographie générale, une chronologie générale, un projet d'exposition perpétuelle au Palais de l'Industrie (1855)[23].

En 1857, il publie un Manuel du Spéculateur à la Bourse, véritable critique au vitriol de la Bourse qui prend son essor à cette époque[53],[54].

Il s'attelle alors à De la justice dans la Révolution et dans l’Église, qui pourrait bien être son œuvre majeure, un énorme ouvrage de 1 600 pages où il veut donner à la révolution sa philosophie et sa morale. C'est un réquisitoire implacable contre la religion chrétienne, à laquelle il oppose la religion du travail. Il y attaque la centralisation sous toutes ses formes (ce qui ne manquera pas de dresser ses disciples contre Marx, fédéralistes contre centralistes) et y préconise, au lieu d'une spécialisation outrancière, un apprentissage polytechnique, qui à ses yeux, permettrait d'éviter ou tout au moins, de limiter le chômage[20].

Dès la parution, Proudhon est poursuivi devant la cour d'assises de la Seine. Défendu par l'avocat Gustave Chaudey, qui deviendra son légataire, il est condamné, une nouvelle fois, à trois ans de prison et 4 000 francs d'amende[23].

Après de vaines tentatives pour faire réformer cet arrêt par les tribunaux ou par le gouvernement, Proudhon décide de s'exiler à Bruxelles en juillet 1858[23]. Il refuse l'amnistie de 1859 tout comme Victor Hugo et Louis Blanc.

Amnistié en décembre 1860, Proudhon quitte la Belgique en septembre 1862[55].

En 1860, le gouvernement vaudois lance un concours sur l'impôt. À la demande du conseiller d'État Louis-Henri Delarageaz, Proudhon y participe et remporte un premier accessit de 1 000 francs, sans attribution de premier prix. Ce travail est publié à titre posthume en 1866 sous le titre Théorie de l'impôt.

En 1861, il publie un gros ouvrage sur La Guerre et la Paix, recherches sur le principe et la constitution du droit des gens, où il justifie le droit de la force comme un droit primordial de l'humanité, considère la guerre comme une conséquence des maux économiques et du paupérisme, et en fait prévoir l'élimination dans la société future fondée sur le travail[23].

Testament politique : fédéralisme et démocratie ouvrière[modifier | modifier le code]

Le 14 février 1863, il publie Du Principe fédératif et de la nécessité de reconstituer le Parti de la Révolution où il développe ses idées fédéralistes à la fois politique et économique[55]. Jusque-là, il avait réclamé la destruction du pouvoir politique et l'organisation spontanée des forces économiques. Désormais, il n'élimine plus la politique, il la subordonne. Il n'accepte pas que l'État absorbe toutes les forces sociales dans une unité tyrannique. Il considère que seule la pluralité des centres de production et de distribution assurera la liberté. Mais, comme un groupe, en se développant à l'excès, pourrait devenir à son tour tyrannique, le rôle du fédéralisme (où chaque associé garde plus de liberté qu'il n'en aliène) sera de maintenir l'équilibre : l'indépendance et la vitalité de chacun seront garanties par le maintien des contradictions[20].

En 1864, il achève le manuscrit De la Capacité politique des classes ouvrières, sorte de testament politique et manuel pratique de la politique fédéraliste. Proudhon y considère le parlementarisme comme une illusion et recommande l’abstention[7]. Il dénonce l’inutilité des candidatures ouvrières. Le prolétariat doit rompre avec les institutions « bourgeoises », créer des associations fondées sur le principe de mutualité et institutionnaliser la réciprocité, inventer une « démocratie ouvrière »[52].

Il envisage l’évolution sociale comme une destruction graduelle de l’État, s’insurge contre l’école gratuite car celle-ci tendrait à renforcer l’ingérence de l’État dans la vie des citoyens, à développer la bureaucratie et à accentuer la centralisation du pouvoir. Il résout le problème grâce au mutuellisme : les travaux des élèves des écoles seraient mis en vente pour couvrir les frais d’instruction. Il se prononce pour la formation, par l’école, de citoyens fiers et indépendants plutôt que d’encyclopédistes impuissants. Il n’attend la véritable révolution que d’un peuple instruit capable de mener ses affaires lui-même. Il souhaite que la France soit plutôt peuplée de citoyens que de clients. Il souhaite des ouvriers assez maîtres d’eux-mêmes pour se méfier des thaumaturges et pour ne pas suivre le char des tyrans[8].

La même année à Londres, quelques mois avant sa mort, usé par les épreuves et le travail, Proudhon participe à la naissance de la Première Internationale avec (ou plutôt contre) Karl Marx[5].

Le jour de ses obsèques, le 22 janvier 1865, Émile de Girardin fait remarquer dans La Presse que Proudhon était mort de l’incapacité où il avait été mis d’exercer son robuste talent de polémiste. Son influence fut considérable sur les ouvriers qui fondèrent l’Internationale en France. Elle s’exerce encore, directement ou indirectement, sur le mouvement ouvrier français[8].

Philosophie politique[modifier | modifier le code]

Citation[modifier | modifier le code]

Proudhon (caricature).

« Être gouverné, c'est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n'ont ni le titre, ni la science, ni la vertu... Être gouverné, c'est être, à chaque opération, à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, apostillé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé. C'est, sous prétexte d'utilité publique, et au nom de l'intérêt général, être mis à contribution, exercé, rançonné, exploité, monopolisé, concussionné, pressuré, mystifié, volé ; puis, à la moindre résistance, au premier mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré. Voilà le gouvernement, voilà sa justice, voilà sa morale ! Et dire qu'il y a parmi nous des démocrates qui prétendent que le gouvernement a du bon ; des socialistes qui soutiennent, au nom de la Liberté, de l’Égalité et de la Fraternité, cette ignominie ; des prolétaires, qui posent leur candidature à la présidence de la république ! Hypocrisie ! »[56]

Proudhon et la Franc-Maçonnerie[modifier | modifier le code]

Le 8 janvier 1847, il est initié franc-maçon à la Loge Sincérité, Parfaite Union et Constante Amitié du Grand Orient de France à Besançon[57].

Lorsque les questions rituelles lui sont posées, il répond : « Que doit l'homme à ses semblables ? Justice à tous les hommes. Que doit-il à son pays ? Le dévouement. Que doit-il à Dieu ? La guerre. »[8] Une discussion s'ensuit où Proudhon explicite sa position antithéiste. Dans son ouvrage De la justice dans la Révolution et dans l’Église (1858), il s'explique : « Le Dieu des maçons n'est ni Substance, ni Cause, ni Âme, ni Monade, ni Créateur, ni Père, ni Verbe, ni Amour, ni Paraclet, ni Rédempteur, ni Satan, ni rien de ce qui correspond à un concept transcendantal : toute métaphysique est ici écartée. C'est la personnification de l'Équilibre universel : Dieu est l'Architecte ; il tient le Compas, le Niveau, l'Équerre, le Marteau, tous les instruments de travail et de mesure. Dans l'ordre moral, il est la Justice. Voilà toute la théologie maçonnique »[58].

La persécution, l'emprisonnement et l'exil politique font qu'il prend quelque distance avec son atelier d'origine pendant quatorze ans. Il ne pénétre à nouveau dans une loge maçonnique qu'en 1861, quatre ans avant sa mort, à Namur en Belgique. Il avoue n'être resté qu'au grade d'apprenti en disant : « Je me suis abstenu, j'ai vécu hors du temple... »[59]

Proudhon et les femmes[modifier | modifier le code]

Virilité

« La femme n’est pas seulement autre que l’homme : elle est autre parce qu’elle est moindre. Là où la virilité manque, le sujet est incomplet. » (1858)[60]

La Pornocratie ou Les Femmes dans les temps modernes, 1875.
Proufhon carricature.jpg

Proudhon, comme d’ailleurs bien des philosophes et des hommes de lettres de son époque, à l’exception notable de Flora Tristan, s'est livré à une critique virulente des femmes libres, de George Sand par exemple dans De la justice dans la Révolution et dans l’Église où il se montre particulièrement conservateur, rappelant les accents paternalistes et rétrogrades d’un Auguste Comte[10].

Pour lui, la vraie place de la femme n’est pas à l’usine mais au foyer. Par ses prises de positions, Proudhon a heurté les femmes de son temps. Convaincu de l’infériorité naturelle des femmes, il les pense incapables « de produire des idées », êtres passifs, elles n’accèdent au verbe que par la médiation de l’homme. Cet aspect réactionnaire du penseur socialiste a très souvent été occulté par les analystes et les contempteurs d’un des fondateurs du socialisme français[8].

En 1848, des femmes réclament leurs droits au nom des principes universels, au nom de la « vraie république ». Exclues du suffrage, tout juste acceptées dans les ateliers nationaux, les femmes socialistes ne renoncent pas. Selon Jeanne Deroin par exemple, l’avenir du socialisme est en jeu en 1848-49. Elle est persuadée que l’égalité entre les sexes est la condition d’un progrès réel, tout comme l’avait perçu Charles Fourier en 1808. Se dire socialiste, partisan d’une « vraie république », sans comprendre la liberté de chacun et de toutes, est une tromperie. C’est ôter au mot son contenu, c’est user d’un terme et agir en son contraire. Aussi se décida-t-elle à porter sa candidature aux élections législatives de 1849 pour dénoncer « l’inégalité du suffrage universel ». Proudhon s’insurge contre cette candidature. Son hostilité se manifeste dans les colonnes du Peuple. À plusieurs reprises, il dénonce cette présence féminine dans la campagne électorale qui mettrait en jeu l’idée même du socialisme et en dénaturerait le sens. La polémique se poursuit par des menaces. Proudhon somme ses « frères socialistes » de choisir car l’avenir du socialisme en dépend : « Un fait très grave et sur lequel il nous est impossible de garder le silence, s’est passé à un récent banquet socialiste. Une femme a sérieusement posé sa candidature à l’Assemblée Nationale. Nous ne pouvons laisser passer sans protester énergiquement, au nom de la morale publique et de la justice elle-même, de semblables prétentions et de pareils principes. Il importe que le socialisme n’en accepte pas la solidarité. L’égalité politique des deux sexes, c’est-à-dire l’assimilation de la femme à l’homme dans les fonctions publiques est un des sophismes que repousse non seulement la logique mais encore la conscience humaine et la nature des choses [...] La famille est la seule personnalité que le droit politique reconnaisse [...] Le ménage et la famille, voilà le sanctuaire de la femme » (Le Peuple, 12 avril 1849)[8].

Proudhon a pris la précaution de ne pas nommer Jeanne Deroin, ainsi efface-t-il sa trace de l’histoire du suffrage. Mais d’autres journaux s’expriment. Le débat, tant attendu par les « femmes de 1848 », est enfin engagé. La République, consacre sa première page à « la place des femmes dans la société », La Démocratie Pacifique, journal des fouriéristes, publie la réponse de Jeanne Deroin. Et le 5 janvier 1849 donne la parole à Henriette (Hortense Wild) qui désigne le « représentant du peuple » comme l’allié des plus réactionnaires. Pleine d’humour, elle détourne la « fameuse formule » du « grand homme » : « Mauvais chrétien, socialiste haineux, vous poursuivez le monopole sous sa forme matérielle et particulièrement saisissable, ce qui est bien : mais quand on veut l’attaquer sous sa forme affective, vous vous mettez à la traverse et criez au scandale ! vous voulez de la dignité et de l’égalité des hommes, et vous repoussez la dignité et l’égalité des sexes ? La femme dites-vous n’a rien à attendre de plus et son devoir est de rester dans la retraite pour laquelle la nature la créée. Pitié de vos sophismes, honte à vos idées de résignation quand même ! [...] Notre mysticisme vous déplaît, ô saint Proudhon ! Eh bien encore un peu de temps et il naîtra, j’en suis sûre, une Sainte Proudhonne (...). Sainte Proudhonne découvrira sans peine cette autre propriété qui a échappé à la courte vue de son patron [...] Sainte Proudhonne verra bien que l’amour, réglé par vous et devenu le droit du plus fort, constitue la plus inique des propriétés, et sous l’empire de ses convictions, s’emparant de votre plus audacieuse formule, Sainte Proudhonne démontrera clairement au monde que la propriété c’est le viol. »[8].

Proudhon contribue ainsi à forger l’idée du socialisme au masculin qui l’emporte et pour longtemps. La section française de la Première Internationale en gardera les traces.

Pour la féministe libertaire, Hélène Hernandez : « les idées de Pierre-Joseph Proudhon qui apparaît non seulement misogyne mais stupide et odieux sur la question des femmes, dans un siècle certes empreint de morale victorienne, mais qui cherchait en France peu à peu à scolariser ses filles. Dans La Pornocratie ou les femmes dans les temps modernes, nous avons droit à quelques florilèges : « La femme ne peut être que ménagère ou courtisane», « La femme est un joli animal, mais c’est un animal. Elle est avide de baisers comme la chèvre de sel », « Il faut absolument qu’un mari impose le respect à sa femme, et pour cela tous les moyens lui sont donnés : il a la force, la prévoyance, le travail, l’industrie. En aucune de ces choses, la femme ne saurait l’égaler. Le cœur de l’homme doit être plein de volupté de commander chez lui. Sans cela, l’homme disparaît »[61].

Proudhon et les Juifs[modifier | modifier le code]

Bien que Proudhon ne fasse pas de l'antisémitisme un fondement de sa pensée, au contraire d'Alphonse Toussenel, il est un des premiers penseurs français à utiliser la dimension raciale comme dans sa violente diatribe judéophobe de décembre 1847« le Juif est l'ennemi du genre humain. Il faut renvoyer cette race en Asie ou l'exterminer... Par le fer, par le feu ou par l'expulsion il faut que le Juif disparaisse » (Carnets, 26 décembre 1847)[62].

Parce qu'il croit que le Juif représente le capitalisme naissant (confusion entre le Juif et le banquier), que les Juifs sont une « race insolente, obstinée, infernale »[63] qui exercent une action dissolvante sur la société, et que les Juifs sont inassimilables et source de tensions sociales permanentes, Proudhon se range parmi les précurseurs de l'antisémitisme de gauche[5].

Proudhon et les anarchistes[modifier | modifier le code]

On sait que Proudhon a eu une influence directe et déterminante sur le mouvement ouvrier français. Rappelons que le mouvement libertaire n'apparait, en tant que tel, qu'environ quinze ans après sa mort. Il en est un des précurseurs et son influence est marquante lorsqu'il devient l’ami intime de Bakounine, à Paris dans les années 1840. Il est l’auteur socialiste révolutionnaire le plus traduit en Russie au XIXe siècle, au point par exemple que Tolstoï intitule son roman Guerre et Paix en hommage à l’un de ses ouvrages et que Dostoïevski le cite dans Les Frères Karamazov. Il fait partie des lectures de jeunesse de Kropotkine. Et lors du procès des anarchistes de Lyon en 1883, il est reconnu pour « père de l’anarchisme ». Enfin Émile Pouget, figure éminente de la CGT syndicaliste révolutionnaire entre 1901 et 1908, se réclame explicitement de Proudhon dans sa brochure L’Action directe (1910). L’auteur de Philosophie de la misère a donc joué un rôle important dans la construction idéologique de ceux qui seront les organisateurs, les théoriciens et les propagandistes de l’anarchisme au tournant du XXe siècle[10].

Divers[modifier | modifier le code]

Gustave Courbet, Proudhon et ses enfants, 1865 (Petit Palais, Paris.)
  • Gustave Courbet, son ami de longue date, franc-comtois comme lui, en a fait un célèbre portrait en 1865, conservé au musée du Petit Palais. En 1865, le jeune Émile Zola reprochera à Proudhon ses conceptions de l'art soumis à l'idéologie[64].
  • En février 1849, Eugène Baillet compose une chanson en l'honneur de Proudhon : Les Apôtres de l'Humanité[65].
  • Proudhon polémiquera durant treize semaines avec Frédéric Bastiat dans le journal La Voix du peuple au sujet de la gratuité du crédit[66].

Hommage[modifier | modifier le code]

Carte postale de 1910.

Les 13, 14 et 15 août 1910, à Besançon, est inaugurée une statue en bronze de Pierre-Joseph Proudhon, réalisée par le sculpteur bisontin Georges Laethier. La décision d'ériger cette statue dans sa ville natale a été prise un an auparavant à l'occasion du centenaire de sa naissance et a donné lieu à une souscription et a un concours de sculpteurs. La statue n'existe plus, fondue (comme de nombreuses autres) par les nazis durant l'Occupation. Elle a été remplacée par la suite[70].

Commentaire[modifier | modifier le code]

Selon Jean Bancal dans l'Encyclopédie Universalis : « Paysan de souche et ouvrier de condition, manuel d'origine et intellectuel d'accession, praticien par profession et théoricien par vocation, pragmatique par tempérament et moraliste par caractère, économiste et sociologue par observation, politique et éducateur par induction, Proudhon apparaît comme un microcosme du peuple français. Sa naissance et sa vie revêtent par elles-mêmes une double et même signification historique : l'avènement du prolétaire à l'intelligence de sa condition et de son émancipation, l'émergence de la société industrielle dans sa dimension planétaire. »[11]

Controverses[modifier | modifier le code]

L’œuvre de Proudhon a parfois été desservie par ceux qui s’en sont réclamé après sa mort. La tendance « proudhonienne » animée par l’ouvrier Henri Tolain au sein de la Première Internationale, ne s’est distinguée que par son attachement à la propriété privée, avant de se disloquer sous la double pression de Karl Marx et de Bakounine. Proudhon s’est également vu récupéré par des penseurs forts éloignés de l’anarchisme, du réformiste parlementaire Jean Jaurès au nationaliste Charles Maurras, fondateur de L’Action française qui créa un « Cercle Proudhon » pour tenter de séduire les milieux syndicalistes révolutionnaires[10]. De leur côté, des partisans de Vichy récupèrent certains aspects corporatistes de sa pensée afin d’asseoir la légitimité de leur régime[52].

Œuvres de Proudhon[modifier | modifier le code]

Système des contradictions économiques ou Philosophie de la misère, 1846.
Édition de 1848.
Actes de la révolution : Résistance : Louis Blanc et Pierre Leroux, précédé de Qu'est-ce que le gouvernement ? qu'est-ce que Dieu ?, 1849.
De la Capacité politique des classes ouvrières, 1865.

Articles et discours[modifier | modifier le code]

  • Les articles écrits par Proudhon de 1847 à 1850, dans Le Représentant du Peuple, Le Peuple, La Voix du Peuple, Le Peuple, (de 1850) ont été recueillis partiellement dans 3 volumes de Mélanges de l'édition Lacroix (t. XVII, XVIII, XIX), puis en Appendice à divers volumes de l'édition Rivière).
  • Le Miserere ou La pénitence d'un roi. Lettre au R.P. Lacordaire sur son Carême de 1845, Revue indépendante, 25 mars 1845.
  • Les Malthusiens, 10 août 1848, texte intégral, écouter en ligne.
  • Toast à la Révolution, 17 octobre 1848, texte intégral.
  • Programme révolutionnaire adressé aux électeurs de la Seine, Le Représentant du Peuple, 31 mai, 1er et 5 juin 1848.
  • Intérêt et principal, entre M. Proudhon et M. Bastiat sur l'intérêt des capitaux, La Voix du Peuple, 1850.

Œuvres posthumes[modifier | modifier le code]

Correspondance et carnets[modifier | modifier le code]

  • Correspondance, 14 volumes, 1874-1875, notice par A. Langlois.
  • Carnets (1847-1851), Les Presses du réel, 2005, (ISBN 978-2-84066-102-3), notice éditeur.
  • Carnets inédits – Journal du Second Empire (1851-1865), Les Presses du réel, 2014, (ISBN 978-2-84066-348-5), notice éditeur.
  • Proudhon expliqué par lui-même, lettres inédites de P.-J. Proudhon à M. N. Villiaume [24 et 29 janvier 1856] sur l'ensemble de ses principes et notamment sur sa proposition : la propriété, c'est le vol, 1866, texte intégral.
  • Lettres inédites à Gustave Chaudey et à divers comtois [des années 1839, 1840, 1842, 1851, et 1856 à 1864], suivies de quelques fragments inédits de Proudhon et d'une lettre de Gustave Courbet sur la mort de Proudhon, 1911, texte intégral.
  • Lettres au citoyen Rolland, 1858-1862.
  • Lettres choisies et annotées, par D. Halévy et L. Guilloux, Grasset, 1925.
  • Carnets, La Grande Revue, 1er et 25 août, 25 septembre 1908.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Revues[modifier | modifier le code]

  • Collectif, Pierre-joseph Proudhon, Chelles, Itinéraire, une vie, une pensée, n°7, 1er semestre 1990, notice.
Roland Bosdeveix, Révolutionnaire… et franc-maçon !, texte intégral.

Articles[modifier | modifier le code]

Conférence[modifier | modifier le code]

Iconographie[modifier | modifier le code]

Vidéographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Bernard Heyer, Mustapha Haciane, Pierre-Joseph Proudhon, FR3 Franche Comté, 21-22-23 octobre 1987 ; L'enfance, voir en ligne ; Les études, voir en ligne ; L'activité intellectuelle, voir en ligne.
  • Anne Argouse, Hugues Peyret, Où est passé Proudhon ?, 52 minutes, Antoine Martin Production, 2010, voir en ligne, notice.

Radio[modifier | modifier le code]

Notices et sources[modifier | modifier le code]

En anglais[modifier | modifier le code]

  • Cet article comprend des parties traduites de l'anglais issues des textes de l'Encyclopædia Britannica de 1911, désormais dans le domaine public.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Écrivains influencés[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre-Joseph Proudhon, Qu'est-ce que la propriété ?, Les classiques des sciences sociales, 2002, texte intégral.
  2. Pierre-Joseph Proudhon, Philosophie de la misère ou Philosophie de la misère, Librairie internationale, quatrième édition, vol. I, 1872, page 357.
  3. Pierre-Joseph Proudhon, Idée générale de la Révolution au dix-neuvième siècle, Garnier frères, 1851, wikisource en ligne.
  4. Proudhon est né rue du Petit-Battant. Il existe par ailleurs à Besançon une rue Jean-Baptiste-Victor-Proudhon juste en face de la rue Pierre-Joseph-Proudhon, mais peu de Bisontins se rendent compte de la différence de prénoms de ces deux rues.
  5. a, b et c André Larané, Pierre Joseph Proudhon (1809 - 1865). Le prophète de l'anarchisme, Hérodote, texte intégral.
  6. Encyclopædia Britannica : Pierre-Joseph Proudhon.
  7. a, b, c, d, e, f, g et h Dictionnaire des anarchistes, « Le Maitron » : notice biographique.
  8. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r et s Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social : notice biographique.
  9. Encyclopædia Britannica : I am an anarchist et Property is theft!.
  10. a, b, c, d, e, f, g et h Michael Paraire, Proudhon, fondateur de l’anarchisme ?, Alternative libertaire, n°180, janvier 2009, texte intégral.
  11. a et b Encyclopédie Universalis : Pierre-Joseph Proudhon.
  12. Maurice Barbier, Le mal politique. Les critiques du pouvoir et de l'État, L'Harmattan, 1997, page 113.
  13. a et b Jean Bernard Heyer, Mustapha Haciane, Pierre-Joseph Proudhon, FR3 Franche Comté, 22 octobre 1987, L'activité intellectuelle, voir en ligne
  14. a et b Pierre-Joseph Proudhon, Qu'est-ce que la propriété ?.
  15. Parfois attribuée à tort à Brissot de Warville, Recherches philosophiques sur le droit de propriété considéré dans la nature, Paris, 1780 (en ligne), par exemple p. 39-40 : « […] Ainsi ce système de l'égalité des fortunes, que certains philosophes ont voulu établir, est faux dans la nature. Cependant on peut dire qu'il est vrai sous d'autres rapports. Il est, par exemple, parmi nous des financiers enrichis par le pillage de l'État qui possèdent des fortunes immenses. Il est aussi des citoyens qui n'ont pas un sou en propriété. Ces derniers ont pourtant des besoins & les autres n'en ont surement pas proportionnellement à leurs richesses. Double abus conséquemment. La mesure de nos besoins doit être celle de notre fortune & si quarante écus sont suffisants pour conserver notre existence, posséder 200 mille écus, est un vol évident une injustice révoltante. » Cette antériorité proposée par Karl Marx après sa rupture avec Proudhon en 1847 (Lettre à J.-B. Schweitzer, 24 janvier 1865 : « il ne pouvait aller au-delà de la réponse donnée par Brissot, dès avant 1789, dans un écrit du même genre, dans les mêmes termes : La propriété c'est le vol »), est toutefois contestée sur la forme (on ne trouve pas cette formule exacte dans Brissot) et même sur le fond (Brissot considérait la propriété nécessaire à l'ordre, au commerce et à la croissance) par Robert L. Hoffman, Revolutionary Justice : The Social and Political Theory of P. J. Proudhon, Urbana, University of Illinois Press, 1972, p. 46-48. On peut ajouter à ce contexte les égalitariens qui ont aussi condamné la propriété, comme Mably, Morelly, Meslier, Babeuf et Godwin.
  16. « La propriété moderne peut être considérée comme le triomphe de la Liberté. [...] Irrévérencieuse à l’égard du prince, rebelle à l’autorité, anarchique enfin, c’est la seule force qui puisse servir de contrepoids à l’État. », Jeanne Burgart Goutal, Liberté, partout et toujours, Philosophie Magazine, n°28, 26 mars 2009, extraits en ligne.
  17. Pierre Haubtmann, Pierre-Joseph Proudhon, sa vie et sa pensée, Éditions Beauchesne, 1982, page 997.
  18. Véronique Kleck, Numérique & cie : sociétés en réseaux et gouvernance, Éditions Charles Léopold Mayer, 2007, page 125.
  19. a et b Jean Bernard Heyer, Mustapha Haciane, Pierre-Joseph Proudhon, FR3 Franche Comté, 21 octobre 1987, L'enfance, voir en ligne.
  20. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Encyclopédie Larousse : Pierre Joseph Proudhon.
  21. a, b, c, d et e Jean Bernard Heyer, Mustapha Haciane, Pierre-Joseph Proudhon, FR3 Franche Comté, 22 octobre 1987, Les études, voir en ligne.
  22. Anarlivres : Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865).
  23. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o H. Bourgin, Biographie de Pierre-Joseph Proudhon, La Grande Encyclopédie, 1886-1902, pp. 833-839, texte intégral.
  24. Bibliographie nationale française, Volume 1840, page 271.
  25. « Le capitaliste, dit-on, a payé les journées des ouvriers ; pour être exact, il faut dire que le capitaliste a payé autant de fois une journée qu’il a employé d’ouvriers chaque jour, ce qui n’est point du tout la même chose. Car, cette force immense qui résulte de l’union et de l’harmonie des travailleurs, de la convergence et de la simultanéité de leurs efforts, il ne l’a point payée. Deux cents grenadiers ont en quelques heures dressé l’obélisque de Louqsor sur sa base ; suppose-t-on qu’un seul homme, en deux cents jours, en serait venu à bout ? Cependant, au compte du capitaliste, la somme des salaires eût été la même. Eh bien, un désert à mettre en culture, une maison à bâtir, une manufacture à exploiter, c’est l’obélisque à soulever, c’est une montagne à changer de place. La plus petite fortune, le plus mince établissement, la mise en train de la plus chétive industrie, exige un concours de travaux et de talents si divers, que le même homme n’y suffirait jamais. Il est étonnant que les économistes ne l’aient pas remarqué. Faisons donc la balance de ce que le capitaliste a reçu et de ce qu’il a payé. » Pierre-Joseph Proudhon, Qu'est-ce que la propriété ?, chap. III, texte intégral.
  26. « Dans Qu'est-ce que la propriété ?, Proudhon démontre en effet que le capitaliste ne paye pas la force immense résultant de l'union des efforts des travailleurs quand il se contente de les rétribuer individuellement. » Anne-Sophie Chambost, Proudhon l'enfant terrible du socialisme, Armand Colin, 2009, lire en ligne.
  27. L'Éphéméride anarchiste : Qu'est-ce que la propriété? ou Recherche sur le principe du droit et du gouvernement.
  28. Encyclopédie Universalis : Qu'est-ce que la propriété ?.
  29. A. Costes, P.-J. Proudhon et Adolphe Blanqui, Le Mouvement social, n°48, 1964, pp. 71-75, texte intégral.
  30. Explications présentées au ministère public sur le droit de propriété, 3 février 1842.
  31. L'Éphéméride anarchiste : Procès devant les assises du Doubs.
  32. Maxime Leroy, Les précurseurs français du socialisme : de Condorcet à Proudhon, Éditions du Temps présent, 1948.
  33. Karl Marx, Friedrich Engels, La Sainte Famille, 1845, page 46.
  34. Correspondance entre Karl Marx et Pierre-Joseph Proudhon, 5 mai 1846.
  35. Correspondance de P.-J. Proudhon, Wikisource en ligne.
  36. Correspondance de P.-J. Proudhon, Wikisource en ligne.
  37. Proudhon. Recueil des journaux, Université Stanford, notice.
  38. BNF : Le Représentant du peuple : journal des travailleurs.
  39. Selon le site de l'Assemblée nationale
  40. Édouard Dolléans, Proudhon, Gallimard, 1948, texte intégral.
  41. Sudoc : notice.
  42. BNF : notice.
  43. BNF : notice.
  44. BNF : notice.
  45. René Bianco, 100 ans de presse anarchiste : notice.
  46. L'Éphéméride anarchiste : Le Peuple.
  47. Georges Ubbiali, Olivier Chaïbi. Proudhon et la banque du peuple, Paris, Connaissances et savoirs, 2010, revue électronique Dissidences, Bibliothèque de comptes rendus, novembre 2011, texte intégral.
  48. a, b et c Janpier Dutrieux, A travers la Banque du Peuple de P.J. Proudhon, 31 janvier 1849 - 12 avril 1849, texte intégral.
  49. Le tiers prélevé sur les revenus mobiliers et immobiliers aurait été redistribué à parts égales entre l’État et les locataires, fermiers ou débiteurs. Condamnant ce qu'elle considérait comme une atteinte au droit de propriété, l'Assemblée vota l'ordre du jour motivé suivant : « L'Assemblée nationale, considérant que la proposition du citoyen Proudhon est une atteinte odieuse aux principes de la morale publique ; qu'elle viole la propriété ; qu'elle encourage la délation ; qu'elle fait appel aux plus mauvaises passions ; considérant, en outre, que l'orateur a calomnié la révolution de février 1848, en prétendant la rendre complice des théories qu'il a développées, passe à l'ordre du jour. » Seuls Proudhon et Greppo s'y opposèrent.
  50. « Ou la propriété emportera la République, ou la République emportera la propriété », Moniteur Universel, Assemblée nationale, n°214 du 1er août 1848, pages 1826-1831, texte intégral.
  51. L'Éphéméride anarchiste : Médaille recto-verso de la séance du 31 juillet 1848 : Le citoyen Proudhon et le citoyen Greppo..
  52. a, b et c Edward Castleton, L’infréquentable Pierre-Joseph Proudhon, Le Monde diplomatique, janvier 2009, texte intégral.
  53. Fiche sur L'Express-Livres, texte intégral.
  54. Manuel du Spéculateur à la Bourse, Avertissement, 1854.
  55. a et b L'Éphéméride anarchiste : notice.
  56. Pierre-Joseph Proudhon, Idée générale de la Révolution au dix-neuvième siècle, Garnier frères, 1851, wikisource en ligne.
  57. Léo Campion, Le drapeau noir, l'équerre et le compas : les anarchistes dans la franc-maçonnerie, éditions Alternative libertaire, 1996 lire en ligne.
  58. Pierre-Joseph Proudhon, De la justice dans la Révolution et dans l’Église, vol. 2, page 112..
  59. Roland Bosdeveix, Révolutionnaire… et franc-maçon !, Itinéraire, n°7, 1990, texte intégral.
  60. Frédérique Aït-Touati, Fin de la civilisation (misogyne), Libération, 7 février 2014, texte intégral.
  61. Hélène Hernandez, Pourquoi les femmes se soumettent : critique du patriarcat dans le mouvement anarchiste, in Le patriarcat comparé et les institutions américaines, colloque international, Université de Savoie à Chambéry, avril 2007, chap. 21, texte intégral.
  62. Michel Dreyfus, L'antisémitisme à gauche, histoire d'un paradoxe, Paris, La découverte, 2011, p. 29 (ISBN 978-2-7071-6998-3)
  63. Paul Giniewski, Simone Weil : ou, La haine de soi, Berg International, 1978, page 146.
  64. Émile Zola, Mes Haines, Le Salut Public, 26-31 août 1865, texte intégral.
  65. Les Apôtres de l'Humanité, Proudhon, voir en ligne.
  66. Gratuité du crédit, texte intégral.
  67. Valentin Pelosse, Joseph Déjacque et la création du néologisme « libertaire », Économies et Sociétés (Cahiers de l'institut de science économique appliquée), vol. 6, n°12, 1972, texte intégral.
  68. Fédération anarchiste. Groupe Proudhon. France. Besançon, Data Bnf, notice.
  69. Librairie de L'Autodidacte, site officiel.
  70. L'Éphéméride anarchiste : Inauguration de la statue de Proudhon en 1910.