Élection présidentielle française de janvier 1920

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Élection présidentielle française de janvier 1920
Président de la République française
Corps électoral et résultats
Inscrits 888
Votants 868
97,75 %  −1,7
Paul Deschanel 02.jpg Paul Deschanel – PRDS
Voix 734
84,56 %
Charles Jonnart 1918.jpg Charles Jonnart – PRDS
Voix 64
7,37 %
Georges Clemenceau Imag1396.jpg Georges Clemenceau – PRRRS
Voix 53
6,11 %
Président
Sortant Élu
Raymond Poincaré
PRD
Paul Deschanel
PRDS

L'élection présidentielle française du voit la victoire de Paul Deschanel. Le président du Conseil, Georges Clemenceau, s'étant retiré après le vote préparatoire des républicains du , Paul Deschanel est élu sans adversaire le lendemain, obtenant la plus large majorité au Parlement lors d'une élection présidentielle sous la IIIe République.

Contexte[modifier | modifier le code]

En , le président du Conseil, Georges Clemenceau, accepte que des amis soumettent sa candidature à la présidence de la République, alors que le président sortant, Raymond Poincaré, refuse de se représenter.

L'élection semble gagnée d'avance par Georges Clemenceau, auréolé de la victoire de 1918. Mais les choses ne se déroulent pas comme prévu pour « le Tigre ». Il commet la faute de narguer Aristide Briand, dont il n'avait guère apprécié la conduite de la Première Guerre mondiale, en assurant que ce dernier « va battre la semelle pendant sept ans devant l'Élysée ». Ses nombreux ennemis, à gauche comme à droite, s'accordent alors pour soutenir la candidature de son adversaire, le modéré Paul Deschanel.

Socialiste indépendant, le député Briand s'attache à convaincre la droite catholique du danger que poserait le « père la Victoire », anticlérical notoire, à la présidence de la France : au vu de l'âge avancé de celui-ci, il estime que sa présidence constituerait de « superbes obsèques civiles »[1]. Par ailleurs, Clemenceau est hostile au rétablissement des relations diplomatiques avec le Vatican, ce qui fait craindre à la droite catholique la remise en cause du Concordat en Alsace-Lorraine[2]. Briand va jusqu'à rencontrer Mgr Ceretti, représentant officieux du Vatican à Paris, pour qu'il soutienne la candidature de Paul Deschanel[2].

La SFIO, pour sa part, n'apprécie guère le « premier flic de France », dont le nom reste attaché à la répression énergique des grèves, notamment celle de Draveil-Villeneuve-Saint-Georges, en 1908. Enfin, bien qu'appartenant au même bord politique, certains radicaux ne lui pardonnent pas de s'acharner sur Louis Malvy et Joseph Caillaux, traduits en Haute Cour pour pacifisme durant la guerre[3].

Vote préparatoire du 16 janvier[modifier | modifier le code]

Selon la tradition républicaine, le a lieu un vote préparatoire, au sein du groupe républicain, à l'Assemblée nationale. À la surprise générale, Paul Deschanel, candidat pour la quatrième fois en 20 ans, devance de neuf voix son adversaire de toujours — ils s'étaient affrontés en duel à l'épée lors de l'affaire de Panama : 408 voix se portent sur Paul Deschanel contre 399 pour Clemenceau[2]. Si la droite catholique n'est pas invitée à ce vote préparatoire, puisqu'elle n'appartient pas au camp républicain, elle est néanmoins représentée par une partie des républicains de centre droit. De l'autre côté, les socialistes de la SFIO sont bien présents, en tant que représentants de gauche du camp républicain.

Amer, Georges Clemenceau, 78 ans, retire à ses amis, parmi lesquels Georges Wormser, l'autorisation de poser sa candidature, et prévient le président du Sénat, Léon Bourgeois, que s'il était élu, il refuserait la charge.

Résultats[modifier | modifier le code]

Candidat Premier tour %
Paul Deschanel

PRDS

734 84,56 %
Charles Jonnart

PRDS

64 7,37 %
Georges Clemenceau

PRRRS

53 6,11 %
Divers

Sans étiquette

17 1,96 %
Élection du 17 janvier 1920 à l’hémicycle de Versailles.

Le , le président modéré de la Chambre des députés, Paul Deschanel, remporte l'élection présidentielle à une très large majorité (734 voix sur 868 suffrages exprimés). 53 parlementaires ont tout de même voté pour Georges Clemenceau, malgré son absence de candidature. Le lendemain, le président du Conseil présente la démission de son second gouvernement[2].

Georges Clemenceau décide alors de quitter la vie politique. Aux États-Unis, le New York World écrit : « La défaite de Clemenceau ne fait pas honneur à la France », tandis que le Premier ministre britannique, David Lloyd George, déclare en privé : « Cette fois, ce sont les Français qui ont brûlé Jeanne d'Arc ! »[2].

Paul Deschanel prend officiellement ses fonctions le , mais démissionne sept mois plus tard, et une nouvelle élection se tient en .

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Winock, Clemenceau, éd. Perrin, 2007, p. 494-496.
  2. a, b, c, d et e Michel Winock, Clemenceau, éd. Perrin, 2007, p. 495.
  3. Christian Delporte, La IIIe République de Poincaré à Paul Reynaud, Pygmalion 1998, p. 37.