Charles de Rémusat

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Charles de Rémusat
Illustration.
Portrait par Paul Delaroche.
Fonctions
Ministre des Affaires étrangères
Gouvernement Dufaure II
Prédécesseur Jules Favre
Successeur Albert de Broglie
Ministre de l'Intérieur
Monarque Louis-Philippe Ier
Gouvernement Thiers II
Prédécesseur Tanneguy Duchâtel
Successeur Tanneguy Duchâtel
Député de la Haute-Garonne
Biographie
Nom de naissance Charles-François-Marie de Rémusat
Date de naissance
Lieu de naissance Paris
Date de décès (à 78 ans)
Lieu de décès Paris Drapeau de la France
Nationalité Française
Parti politique Centre-droit

Charles, comte de Rémusat, né à Paris le et mort à Paris le (à 78 ans), est un homme politique, écrivain, philosophe et mémorialiste français.

Grandi sous les fastes de l'Empire, journaliste libéral sous la Restauration, défenseur d'un vrai régime parlementaire sous Louis-Philippe, opposant sous le Second Empire, deux fois ministre d’Adolphe Thiers dont il est proche (à l'Intérieur en 1840 et aux Affaires étrangères en 1871-1873), élu huit fois député sous la Monarchie de Juillet et la Troisième République, membre de l’Académie française et de l’Académie des sciences morales et politiques, « une longue carrière politique, écrit l'historien Louis Girard, mais au second rang, avec des éclipses prolongées que ne compense pas, comme pour Tocqueville, le caractère décisif des succès littéraires; le souvenir aimable d'un dilettante à la fois comblé et embarrassé par la diversité de ses dons[1]. »

Installé au cœur des événements, au milieu de la société intellectuelle et mondaine, il a écrit, avec une étonnante liberté de critique et un don remarquable d'observation et de clairvoyance, d'importants Mémoires - 150 cahiers de 75 feuillets serrés chacun - qui racontent, les événements auxquels il a participé de près et restituent les portraits de toute une galerie de personnages qu'il a fréquenté, de Talleyrand à La Fayette, de Thiers à Tocqueville et de Lamartine à Louis-Napoléon.

L'historien François Furet l’a qualifié de « Saint-Simon du monde parlementaire de Juillet »[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Son père, Auguste de Rémusat, appartient à une famille de Provence de la petite noblesse (voir Famille Rémusat). Avocat général à la Cour des Aides d'Aix-en-Provence jusqu'en 1789, il épouse en 1796 Claire Élisabeth de Vergennes, fille d'un conseiller au Parlement de Bourgogne, guillotiné en 1793, et petite-nièce du ministre de Louis XVI. « Toutes les familles dont je viens ont des traits communs », écrit Charles, « Il s'y agit toujours de gens de condition moyenne s'élevant par la fortune et les emplois aux rangs inférieurs de la noblesse ou de la classe assimilée à la noblesse. Aristocratiquement parlant, les Bastards [ famille de sa grand-mère maternelle ayant acquis au XVIIe siècle le château de Laffitte ] étaient, je crois, ceux qui valaient le mieux, les Rémusat ceux qui valaient le moins et qui s'étaient le plus récemment élevés.[3] »

Claire de Rémusat a la chance d'être choisie, en 1802, à 22 ans, par Madame Bonaparte, femme du Premier Consul qui connait sa mère, comme dame d'honneur au Palais des Tuileries. Pour ne pas séparer les jeunes époux, Auguste est nommé préfet du Palais.

Charles rencontre une fois le Premier Consul dans le salon de Madame Bonaparte : « Bientôt entra un officier de la garde des Consuls. Il était de petite taille, maigre, et se tenait mal ou du moins avec abandon. J'étais assez bien stylé sur l'étiquette pour trouver qu'il se remuait beaucoup et qu'il agissait sans façon. Entre autres choses, je fus surpris de le voir s'asseoir sur le bras d'un fauteuil. De là, il parla d'assez loin à ma mère; nous étions en face de lui; je remarquai son visage amaigri, presque hâve avec des teintes jaunâtres et bistrées. Nous nous approchâmes de lui pendant qu'il parlait. Quand je fus à sa portée, il fut question de moi; il me prit par les deux oreilles et me les tira assez rudement. Il me fit mal, et ailleurs qu'en un palais j'aurais crié. Puis, se tournant vers mon père : « Apprend-il les mathématiques ? » lui demanda-t-il. On m'emmena bientôt. « Quel est donc ce militaire? » demandai-je à ma mère. « Mais c'est le Premier Consul[4]. » »

Auguste de Rémusat est représenté sur le tableau du "Sacre de Napoléon" de Jacques-Louis David (4e en partant de la gauche, rang du haut)

Sous l'Empire, les charges des deux époux vont s'accroître, l'une devenant dame du Palais de l'Impératrice, l'autre premier chambellan de l'Empereur (sous le grand chambellan Talleyrand dont il devient le protégé) et surintendant des Théâtres impériaux. « Comme on s'occupait beaucoup de mon plaisir, on me mena au spectacle plus souvent qu'on n'y conduit d'ordinaire un enfant de mon âge. Ainsi mon goût pour Racine fut le premier satisfait »[5]. Auguste est fait comte de l'Empire en 1808. Il achète en 1809 le château de Laffitte qui avait appartenu à la famille de sa femme. Leurs appointements leur permettent de mener grand train et d'avoir une maison ouverte aux gens de lettres et aux artistes. « On servait les vues de l'Empereur en tenant sous ses auspices, pour ainsi dire, un salon où le monde de l'intelligence trouverait protection et direction. » Cela convient à la femme d'esprit qu'est Mme de Rémusat, que l'on appelle Clari à la cour (voir le portrait que trace d'elle en 1811 Talleyrand pendant une séance de scrutin au sénat qu’il préside en qualité de vice-grand électeur) et dont Sainte-Beuve écrira qu'« elle tient bien sa place dans cette rare et fine lignée des Sévigné ou des Motteville[6] ».

Charles est éduqué par sa mère jusqu'à l'âge de dix ans où il devient interne au lycée Napoléon (actuel lycée Henri-IV). Il y reste jusqu'en 1814, apprenant « la langue latine, assez bien la langue grecque, bien la langue française et les règles du style. Quant à mon instruction littéraire, elle était assez étendue pour le temps mais je le devais surtout au goût de ma famille et à mes goûts personnels ». L'étude de la philosophie, étude facultative qu'il aborde en seconde en 1812, le passionne : « Cette résolution tout à fait fortuite est peut-être la plus importante que j'aie prise de ma vie. »

Vers 1812, ses parents sont à peu près disgraciés, l’étoile des protecteurs Talleyrand et Joséphine ayant pâli, et se rallient aux Bourbons à la Restauration. En 1815, grâce à Talleyrand qui est président du Conseil des ministres, Auguste devient préfet de la Haute-Garonne, puis du Nord pendant la Restauration libérale. Il est limogé en 1822 lorsque les ultras arrivent au pouvoir.

Sous la Restauration[modifier | modifier le code]

La Restauration libérale (1815-1820)[modifier | modifier le code]

Charles de Rémusat jeune. « Je n'aime pas ma figure; je ne suis pas laid et ma figure n'est un obstacle à rien. Mais mes traits sont lourds, mon visage sans finesse et sans expression[7] »

En , la famille s’installe à Toulouse, à la Préfecture, dans un contexte de Terreur blanche, difficile pour un préfet de Talleyrand qui a servi Bonaparte. Charles, qui a 18 ans, revient à Paris faire son droit qui ne l’absorbe guère. Il mène la vie d’étudiant et de jeune homme du monde, s’initiant aux sciences, absentes au lycée Napoléon. « Me partageant entre les cours scientifiques du Collège de France et même de l’Ecole de médecine, en suivant quelques études de droit et de mathématiques, et en entrecoupant le tout de lectures historiques et politiques. » Il fréquente les salons des amis de sa mère où il rencontre les plus hauts personnages de la monarchie constitutionnelle : le salon de Talleyrand, celui d'Amélie Suard, de Mme de la Briche, belle-mère de Molé qui organise de mai à octobre des fêtes dans son château du Marais où les participants jouent les comédies des auteurs à succès du moment. Charles y donne la réplique à Césarine de Barante, dont il tombe platoniquement amoureux tout en se liant avec son mari, Prosper de Barante, qui « eut l'esprit de voir les choses comme elles étaient et prit le parti assez singulier de consentir à ce qu'il jugea indestructible, parce qu'il en reconnut la limite pour infranchissable ». « Une humeur égale et complaisante, de la gaieté, de l'entrain et du calme, une assez constante envie de plaire, et au besoin des ressources de conversation avaient fait de moi un jeune homme assez aimable (...) Les gens sérieux me traitaient avec une distinction au-dessus de mon âge, je n'en étais pas infatué.[8]. » Il habite faubourg Saint-Honoré chez sa tante, veuve du général Nansouty, qui est l’amie de Pasquier, garde des Sceaux du ministère Talleyrand. « Je tenais à ce qu’elle ne me soupçonnât pas d’être philosophe, chimiste, libéral et amoureux ; à cela près je lui disais tout[9]. »

Il se lie aussi avec Molé qui, ministre de la Marine en 1817, le fait entrer, à la demande de ses parents, dans la direction de M.Portal, aux colonies. Barante lui conseille plutôt le journalisme politique : « Il était de ceux qui pensaient qu’un certain mélange de littérature et de politique devenait la condition presque nécessaire pour jouer un rôle dans les affaires et que je devais m’estimer assez pour les aborder de cette manière[10]. » Un livre qui paraît en 1818 va jouer un rôle important dans la famille Rémusat, les Considérations sur la Révolution française de Mme de Staël : « Tandis que son livre, réveillant chez ma mère le souvenir de ce qu’elle avait éprouvé sous l’Empire, la portait à récrire des Mémoires, je consignais dans un résumé sur la Révolution de 1789 à 1814, mes idées sur mon temps et sur mon pays et cet article porte témoignage de l’impression vive que j’avais ressentie[11]. » Il le montre à Barante qui l’apprécie et le fait lire à Guizot qui le trouve « très remarquable[12]  » et le publie en décembre 1818 dans ses Archives philosophiques. C'est son premier article publié. « Dans les idées et dans le monde où j’avais été élevé, écrire pour un jeune homme de 21 ans, était une grande affaire. Ecrire dans un journal sur la politique, pour la cause libérale, c’était une énorme témérité[13]. »

Le voilà lancé au cœur de la bataille politique. Guizot est son patron, l'homme qui a sans doute exercé le plus d'influence sur lui et avec qui il sera intime jusqu'en 1828. Guizot le prend au ministère de l’Intérieur où il est directeur général des communes et départements et l'emploie comme rédacteur politique pour le seconder et même le suppléer. Il fait la connaissance des Broglie dont le salon, très animé, est fréquenté par Lafayette, Benjamin Constant, Lamartine . Il se range, au désarroi de ses parents, dans le groupe des doctrinaires, avant-garde libérale qui se forme dans la bataille contre la domination des ultras et qui a alors pour chef Royer-Collard, qui lui dit des mots encourageants. Il est reçu avocat mais, préférant l'écriture, il ne suit pas la carrière du barreau. Guizot lui demande d'écrire des brochures destinées aux Chambres qui sont remarquées et publiées (Sur la responsabilité des ministres, De la liberté de la presse). En juin, les doctrinaires créent un journal, le Courier[14] qui va durer sept mois. « Jeune, ardent, bouillonnant d'idées politiques que je croyais neuves, je fus certainement un des rédacteurs les plus féconds . Je puis dire que je me trouvais alors et me fit reconnaître le talent qu'on peut me contester le moins, celui de journaliste[15]. »

L'assassinat du duc de Berry et la démission de Decazes mettent fin à la période libérale de la Restauration. Tous les doctrinaires sont écartés du pouvoir. « J'ai donné au projet mort-né de mes amis doctrinaires une importance qu'il fut loin d'avoir dans les faits (...) Nous nous échauffions entre nous; c'est une des premières fois que j'ai pu remarquer avec quelle facilité la conversation fait, en politique, aux gens d'esprit, l'illusion de l'action. Cet incident eut une grande influence sur mon esprit et acheva de limiter ma confiance dans l'autorité de mes meilleurs amis politiques[16]. »

La Restauration ultra-royaliste (1820-1830)[modifier | modifier le code]

Quelque temps après la destitution de son père par Villèle, il entra en relation avec un petit avocat d'Aix, qui venait chercher fortune à Paris, et avec lequel il se lia d'amitié. C'était Adolphe Thiers, dont il devait constamment depuis lors partager les idées politiques. À partir de ce moment, il se lança résolument dans l'opposition, vers laquelle l'attirait du reste son mariage, célébré le , à Grenoble, avec Camille Octavie Joséphine Fanny Perier (1800-1826), fille d'Augustin Perier et nièce de Casimir Perier, qui devait décéder prématurément de la tuberculose.

Veuf, il a épousé en secondes noces le à Paris, Pauline de Lasteyrie du Saillant (1807-1882), dont il a eu deux fils : Pierre (1829-1862) et Paul Louis Étienne (1831-1897).

En 1833, il devint, avec son ami Thiers, un des rédacteurs des Tablettes ; puis l'année suivante, à l'occasion des élections, il prit une part active aux efforts de son parti pour faire élire des candidats libéraux. À partir de 1824, il devint un des collaborateurs assidus du Globe, et il donna des articles littéraires, politiques et philosophiques, où l'on sentait l'influence de l'éclectisme de Victor Cousin. On suggère qu'il a inspiré à Balzac, le personnage d'Henri de Marsay[17]. Il écrivit aussi des essais (réfutation de L'Essai sur l'indifférence de Lamennais, un Essai sur la nature du pouvoir), ainsi que des poésies légères et même des chansons, dont l'une, intitulée Lise ou la bouteille, fut insérée en 1824 dans le Mercure du XIXe siècle. Il écrivit également quelques drames, qui ne furent pas publiés, et collabora à la Revue encyclopédique et au Courrier français. Lorsqu'en 1830, le ministère Polignac donna ses fameuses ordonnances de , il signa la protestation des journalistes contre celles-ci. Il écrivit dans le numéro du Globe du un remarquable et vigoureux article, qui commençait par : Le crime est consommé, puis proposait, trois jours plus tard, dans un autre article d'appeler au trône le duc d'Orléans.

Sous la Monarchie de Juillet[modifier | modifier le code]

Après la révolution de juillet 1830, il entre définitivement dans la vie politique active. En octobre suivant, il est élu député de la Haute-Garonne par le collège électoral de Muret, dont il ne cesse d'être le représentant jusqu'en 1848. On voit alors se produire en lui la même évolution que chez la plupart des hommes de son parti que les événements vont faire passer des rangs de l'opposition à ceux du pouvoir. Comme Casimir Périer et Thiers, il oublie alors avec quelle verve il a défendu les idées libérales, pour ne plus songer qu'aux moyens de résister à l'invasion des idées démocratiques. Sous le ministère Perier, sans fonctions officielles, mais faisant partie des doctrinaires, il prend part aux travaux du cabinet de son oncle. Puis, comme député, il vote toutes les mesures propres à enrayer le complet exercice des libertés, dont le nouveau gouvernement est épouvanté, et qui rendent la monarchie de Juillet impopulaire auprès de la gauche radicale, alors très minoritaire dans le pays. C'est ainsi qu'il se prononce pour les lois contre les crieurs publics, contre les associations, contre la presse, dites « lois de septembre ».

En , il fait partie des fondateurs de la Société française pour l'abolition de l'esclavage.

En , il devient pour peu de temps sous-secrétaire d'État à l'Intérieur dans le ministère Molé.

Devenu l'allié de Thiers, il est du 1er mars au , ministre de l'Intérieur. Il s'occupe du transfert des restes de Napoléon de Saint-Hélène aux Invalides et de la translation des restes des combattants de 1830 dans le caveau de la colonne de Juillet sur la place de la Bastille. C'est à cette occasion qu'il commande à Berlioz sa fameuse marche funèbre : « Je chargeai Berlioz de composer une marche funèbre qui fut exécutée pendant tout le trajet par une musique ambulante de plusieurs centaines d'artistes en uniformes de gardes nationaux qu'il conduisait en personne comme le maestro d'un opéra italien[18]. »

De 1841 à 1848, il fait partie, comme son ami Thiers, de l'opposition qui cherche à renverser Guizot et adopte un programme d'un libéralisme mitigé. Pendant cette période, il se fait remarquer à la Chambre par son éloquence caustique et spirituelle, et les discours qu'il prononce au sujet des incompatibilités parlementaires sont particulièrement remarqués.

Pendant cette époque, profitant des loisirs que lui laisse son éloignement du pouvoir, il se consacre à la littérature, et surtout à la philosophie, qui est, du reste, l'objet particulier de ses études depuis plusieurs années. D'abord partisan de Condillac, il a fini par adopter les idées éclectiques de Cousin, et il montre un goût très vif pour la libre-pensée et une confiance dans la raison qui lui valent de fréquentes attaques de la part des cléricaux.

Des études et des articles publiés dans la Revue des deux Mondes et dans la Revue française et réunis par lui en 1842 sous le titre d'Essais philosophiques lui valent d'être nommé à l'Académie des sciences morales et politiques en remplacement de Théodore Simon Jouffroy. Un autre de ses travaux les plus remarqués est son livre sur Abélard.

Rémusat est profondément déçu de la mort du fils de Louis-Philippe, soit l'héritier du trône, le . Il écrit d'ailleurs dans ses Mémoires de ma vie que la perte de l'héritier présumé de Louis-Philippe a fait beaucoup de mal à la Monarchie de Juillet : « Je ne suis point fataliste et ne veux pas dire qu’à dater du , la monarchie fut irrévocablement condamnée, mais je dis que sans ce jour fatal, elle n’aurait point péri. »

Le , il entre à l'Académie française, en remplacement de Pierre-Paul Royer-Collard. Il est reçu par Emmanuel Dupaty le  ; son discours de réception est pour lui un triomphe : « Ça été là un de ces beaux jours où le talent, au moment où il la reçoit, justifie magnifiquement sa couronne. » (Sainte-Beuve).

Il fait partie du ministère que tente de former Thiers dans la nuit du 23 au . Il est au Palais des Tuileries le 24 au matin dès 8 heures et demie et assiste à la scène de l'abdication dans le cabinet du roi : « J'étais toujours à quelques pas derrière lui, adossé à la cheminée, j'observais tous ses mouvements et les visages de tous les assistants[19]. »

Sous la Deuxième République et le Second Empire[modifier | modifier le code]

Rémusat photographié par Charles Reutlinger vers 1865.
Caricature de Rémusat parue dans Le Trombinoscope de Touchatout en 1873.

Ce fut avec un vif regret qu'il vit s'effondrer en 1848 la monarchie de 1830, à laquelle il était attaché. Élu député de la Haute-Garonne et réélu en 1849, il alla siéger avec les conservateurs, et, tout en jouant un rôle assez effacé, il vota sur toutes les questions avec les représentants des anciens partis hostiles à l'affermissement de la République. C'est ainsi qu'il se prononça pour la loi contre les attroupements, pour le décret sur la fermeture des clubs, pour le rétablissement du cautionnement des journaux, pour les poursuites contre Louis Blanc, pour le maintien de l'état de siège, contre l'abolition de la peine de mort, contre l'amendement Grévy. Il participe à la Commission sur l'assistance et la prévoyance publiques.

Il appuya la politique réactionnaire de Louis Bonaparte, vota la loi du 31 mai 1850 qui mutilait le suffrage universel, celle du qui prolongeait la mise en vigueur de la loi contre les réunions. Mais lorsque le président de la République accusa nettement ses vues ambitieuses, il cessa de lui apporter son appui et fit partie des députés qui votèrent la proposition des questeurs. Lors du coup d'État du 2 décembre 1851, il fut des députés qui signèrent un décret déclarant que Louis Bonaparte était déchu de la présidence de la République. Emprisonné à Mazas[20], il dut ensuite quitter la France et ne rentra qu'en . Pendant le Second Empire il ne revint pas à la vie politique avant 1869, date à laquelle il fonda à Toulouse le Progrès libéral, journal d'opposition modérée.

Pendant son retrait de la vie politique, Rémusat continua à écrire sur l'histoire philosophique, particulièrement la philosophie anglaise. En 1863, il fut élu mainteneur de l'Académie des Jeux floraux de Toulouse.

Sous la Troisième République[modifier | modifier le code]

En 1871, il refusa l'ambassade de Vienne que lui offrait Thiers, mais en août il fut nommé ministre des Affaires étrangères pour succéder à Jules Favre. Bien que ministre, il n'était pas député, et quand, poussé par quelques-uns, il se présenta à Paris en , lors d'une élection partielle, il fut battu par Désiré Barodet, recueillant 130 000 voix contre 185 000 à son adversaire. L'élection de son rival, fut très suivie car Adolphe Thiers avait engagé dans ce scrutin une forte valeur symbolique, l'amenant à démissionner ensuite au cours de la soirée du samedi, ce qui entraîne une forte activité à la Bourse de Paris, durant la journée de dimanche, sur le trottoir devant le Palais Brongniart[21].

Mais au mois d'octobre, à la suite d'une élection partielle, Charles de Rémusat fut élu en Haute-Garonne à une large majorité. Il s'associa alors aux votes du centre gauche, contribuant à la chute du ministère de Broglie, appuyant la proposition Perier et approuvant les lois constitutionnelles qui ont organisé le gouvernement de la République le . Il siégea jusqu'à sa mort le .

En philosophie, Charles de Rémusat fut un spiritualiste de l'école de Victor Cousin ; en politique, ce fut un doctrinaire, ami de Royer-Collard, Thiers et Guizot. Le monde anglophone le connaît pour une seule citation où il dit que l'unanimité est presque toujours la marque de la servitude.

Œuvres[modifier | modifier le code]

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  • De la procédure par jurés en matière criminelle (1820)
  • Du paupérisme et de la charité légale (1840)
  • Essais de philosophie (1842)
  • Abélard (2 vol. 1845)
  • Sur la philosophie allemande (1845)
  • Saint Anselme de Cantorbéry (1854). Tableau de la vie monastique et de la lutte du pouvoir spirituel au XIe siècle.
  • L'Angleterre au XVIIIe siècle (1856)
  • Critiques et études littéraires (2 volumes, 1857)
  • Bacon, sa vie, son temps, sa philosophie et son influence jusqu'à nos jours (1857)
  • Politique libérale ou Fragments pour servir à la défense de la Révolution française (1860)
  • Channing, sa vie et ses œuvres (1862)
  • Vie de village en Angleterre (1863)
  • Philosophie religieuse ; de la théologie naturelle en France et en Angleterre, Éd. Germer Baillière, coll. «Bibliothèque de philosophie contemporaine» (1864)
  • John Wesley et le méthodisme (1870)
  • Lord Herbert de Cherbury (1874). Exposition, avec une grande liberté d'esprit, de la doctrine de Lord Herbert, qui peut être regardé comme le fondateur de la religion naturelle en Angleterre.
  • Casimir Perier (1874)
  • Histoire de la philosophie en Angleterre depuis Bacon jusqu'à Locke (1875)
  • Mémoires de ma vie, édités en 5 volumes chez Plon par Charles H. Pouthas en 1958, extraits réédités en 1 volume en 2017 chez Perrin par Jean Lebrun

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Revue d'histoire contemporaine, avril-juin 1958.
  2. François Furet, Histoire de la Révolution française 1770-1880, p. 354.
  3. Charles de Rémusat, Mémoires de ma vie, Plon, 1958, T.1, p.14.
  4. Mémoires de ma vie, T.1, p.37.
  5. Mémoires de ma vie, T.1, p.35.
  6. Sainte-Beuve, Ecrivains moralistes de la France - Mme de Rémusat, Revue des Deux-Mondes, juin 1842.
  7. Mémoires de ma vie, T.1, p.305.
  8. Mémoires de ma vie, T.1, p.322.
  9. Charles de Rémusat, Mémoires de ma vie, Plon, 1958, T.1, p.246.
  10. Mémoires de ma vie, T.1, p.328.
  11. Mémoires de ma vie, p.343.
  12. « J'ai vu ce que vous avez fait, M. de Barante me l'a montré, je l'ai trouvé très remarquable. Venez me voir, nous causerons. Comment se porte madame votre mère ? » ('Mémoires de ma vie, T.1, p.350).
  13. Mémoires de ma vie, T.1, p.352.
  14. Le titre donné par Guizot vient du journal anglais The Courier, alors important. Les fondateurs sont Royer-Collard, Guizot, Barante, Germain,Beugnot, Villemain et Rémuzat.
  15. Mémoires de ma vie, T.1, p.385.
  16. Mémoires de ma vie, T.1, p.434.
  17. Bibliothèque de la Pléiade,t.XII, 1991, Index des personnages fictif et des personnes réelles, p.1434-35-36 (ISBN 2070108775)
  18. Charles de Rémusat, Mémoires de ma vie, Perrin,2017,p.146.
  19. Charles de Rémusat, Mémoires de ma vie, Perrin, 2017, p.187.
  20. Victor Hugo, Histoire d'un crime, t. 1, 1877-1878 (lire sur Wikisource), chap. 14 (« Caserne d'Orsay »), p. 355
  21. Colling 1949, p. 290

Sources[modifier | modifier le code]