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Jules Ferry

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Jules Ferry
Jules Ferry.
Jules Ferry.
Fonctions
Président du Sénat

(21 jours)
Prédécesseur Philippe Le Royer
Successeur Paul-Armand Challemel-Lacour
Président du Conseil des ministres français
et Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts jusqu'au 20 novembre 1883 puis Ministre des Affaires étrangères

(2 ans, 1 mois et 9 jours)
Président Jules Grévy
Gouvernement Ferry 2
Législature IIIe législature
Prédécesseur Armand Fallières
Successeur Henri Brisson
Président du Conseil des ministres français
et Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts

(1 an, 1 mois et 18 jours)
Président Jules Grévy
Gouvernement Ferry 1
Législature IIe législature
Prédécesseur Charles de Freycinet
Successeur Léon Gambetta
Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts

(3 ans, 8 mois et 30 jours)
Président Jules Grévy
Président du Conseil Jules Grévy
Gouvernement Ferry (2)
Prédécesseur Jules Duvaux
Successeur Armand Fallières

(5 mois et 29 jours)
Président Jules Grévy
Président du Conseil Charles de Freycinet
Gouvernement Freycinet (2)
Prédécesseur Paul Bert
Successeur Jules Duvaux

(2 ans, 9 mois et 6 jours)
Président Jules Grévy
Président du Conseil William Henry Waddington
Charles de Freycinet
Jules Ferry
Maire de Paris

(6 mois et 21 jours)
Prédécesseur Étienne Arago
Successeur Aucun
Jacques Chirac (indirectement)
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Saint-Dié, Vosges (France)
Date de décès (à 60 ans)
Lieu de décès Paris, France
Nationalité française
Parti politique Modéré
Conjoint Eugénie Risler
Diplômé de Faculté de droit de Paris
Profession Avocat
Présidents du Conseil des ministres français

Jules Ferry, né le à Saint-Dié (Vosges) et mort le à Paris, est un homme d'État français.

Opposant à l'Empire, il est après la chute de celui-ci en 1870, membre du gouvernement provisoire, et maire de Paris pour quelques mois[1]. Sous la IIIe République, il est l'auteur des lois restaurant l'instruction obligatoire et gratuite qui avait été instituée en 1793, sous l'impulsion de Louis-Joseph Charlier.

Considéré comme le promoteur de « l'école publique laïque, gratuite et obligatoire », il a été considéré, plusieurs décennies après sa mort, comme l'un des pères fondateurs de l'identité républicaine. Parallèlement, Jules Ferry montre au cours de sa carrière politique un fort engagement pour l'expansion coloniale française, en particulier dans la péninsule indochinoise, ce qui provoque sa chute et une crise lors de l'affaire du Tonkin. Il est inhumé à Saint-Dié[2].

Les débuts républicains

Jules François Camille Ferry est le fils de Charles-Édouard Ferry, avocat, et d’Adèle Jamelet[3]. C'est une famille catholique vosgienne de fondeurs de cloches établie à Saint-Dié en 1718[4], et, en 1794, les Ferry sont à la tête d’une tuilerie.

François-Joseph Ferry, grand-père de Jules, fut maire de la ville ; son fils Charles-Édouard, libre-penseur, se marie avec Adèle Jamelet, dont il a trois enfants : Jules (1832–1893), Charles (1834–1909) et Adèle (1826–1871)[5].

Élève au collège de Saint-Dié jusqu'en 1846, puis au lycée impérial de Strasbourg (actuellement lycée Fustel-de-Coulanges), il est ensuite étudiant à la faculté de droit de Paris ; il devient un avocat réputé et se passionne pour la chose publique, se spécialisant rapidement dans la défense des républicains.

Il collabore régulièrement aux journaux suivants : La Presse, Le Courrier de Paris, Le Temps.

Opposant actif au Second Empire, il connaît la notoriété en publiant en 1868 une série d'articles pamphlétaires humoristiques contre le préfet de la Seine Haussmann, fustigeant la gestion opaque du financement de ses travaux parisiens : Les Comptes fantastiques d’Haussmann.

Il est élu député républicain de la 6e circonscription de Paris en mai 1869.

Le parcours républicain

Ennemi déclaré de l'Empire, républicain convaincu, Jules Ferry avait pris place au palais dans le groupe des opposants, avec Charles Floquet, Émile Durier, Ferdinand Hérold, Anne-Charles Hérisson, Jean-Jules Clamageran, Amaury Dréo, Clément Laurier, Léon Gambetta. Il est impliqué dans le fameux procès des Treize en 1864 ; avec Garnier-Pagès et Lazare Carnot, treize républicains[note 1], qui s’étaient réunis chez Garnier-Pagès peu avant des élections à Paris, sont arrêtés pour réunion non autorisée et condamnés à 500 francs d’amende[6].

Le , il devient membre du gouvernement de la Défense nationale. Nommé maire de Paris le [7],[8], il a la charge, au demeurant quasi-impossible, d'assurer le ravitaillement de la capitale assiégée par l'armée prussienne. Les restrictions alimentaires qu'il impose lui valent les surnoms de « Ferry-Famine » et « Ferry l'affameur ». Une commission mixte de l'enseignement est instaurée[9]. Cette commission[10] est composée de femmes et d'hommes compétents en matière d'instruction. Dans les rapports de cette commission, figure déjà l'affirmation de gratuité et d'obligation que l'on retrouve dans les lois scolaires promulguées sous son ministère.

Dès le premier jour de l'insurrection de la Commune de Paris, adversaire résolu des fédérés, il fuit la ville. Cependant, il conserve officiellement la fonction de maire jusqu'au [7].

Aux élections du , il se fait élire représentant des Vosges à l'Assemblée nationale, siège qu'il conserve jusqu'en 1889. Il est chargé de négocier la frontière sur la ligne de crête vosgienne; intransigeant sur les principes, il ne lâche rien[11]. C’est une expérience douloureuse, car les négociateurs dissèquent son arrondissement natal et l’Alsace, où avait vécu une partie de sa famille, rejoint désormais le Reich allemand.

Caricature de Jules Ferry par Georges Lafosse
parue dans Le Trombinoscope de Touchatout en 1872.

Jules Ferry, chef de file de la majorité départementale, candidat républicain en face de Louis Joseph Buffet, est élu le 8 octobre 1871 conseiller général du Thillot. Le jeune vice-président du Conseil général suscite l'ire des autorités administratives. Adolphe Thiers décide, afin de le protéger, de l'éloigner des Vosges encore occupées par les troupes prussiennes, en l'envoyant à Athènes résoudre, avec rang d'ambassadeur, le différend entre les gouvernements grec, français et italien au sujet des mines du Laurion[12] (1872–1873). À son retour en France, il devient l'un des chefs de l'opposition républicaine jusqu'à l'élection de Jules Grévy à la présidence.

Franc-maçon et marié à 43 ans

Le , les francs-maçons donnent une grande solennité à sa réception par le Grand Orient de France (loge « La Clémente Amitié »). Il y est reçu en même temps que Littré et que Grégoire Wyrouboff. Une grande publicité est faite au discours que Littré prononce à cette occasion, et la presse en donne un large écho. Par la suite, Ferry appartiendra à la loge « Alsace-Lorraine ».

La même année, Ferry, vieux garçon, se marie à la mairie du huitième arrondissement de Paris avec Eugénie Risler, douce jeune femme protestante de dix-huit ans sa cadette et fille fortunée d'un industriel alsacien de Thann. Elle n'a pas caché qu'elle ne peut pas avoir d'enfant mais le prétendant, moralement transformé, est emporté par l'enthousiasme.

Le couple fait construire un chalet suisse, résidence secondaire, sur les contreforts du massif forestier du Kemberg à Saint-Dié-des-Vosges, là où autrefois se trouvait la fonderie de cloches familiale, mais réside plus souvent à Paris, dans l'hôtel particulier construit par le frère adoré de Jules, Charles Ferry au 1 rue Bayard. Sans descendance directe, Jules reportera toute son affection sur son neveu Abel Ferry, dont il fera son unique héritier et fils d'adoption[13].

Le laïciste de l'école

Caricature de la Petite Lune de 1878 : Jules Ferry croquant un prêtre.

Nommé ministre de l'Instruction publique du au dans le cabinet Waddington, il attache son nom aux lois scolaires. Ses premières mesures sont :

Président du Conseil du au , il poursuit la mise en place des lois sur l'enseignement :

De nouveau ministre de l'Instruction du 31 janvier au (ministère Freycinet), il continue son œuvre scolaire :

Il est de nouveau président du Conseil du au , et ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts jusqu'au , date à laquelle il est remplacé par Armand Fallières. Il rédige une lettre circulaire aux instituteurs, le , trois jours avant de confier le ministère de l'Instruction à Fallières. Cette lettre contient par ailleurs des recommandations très importantes en matière d'éducation morale : elle incite les enseignants à respecter scrupuleusement l'autorité des parents, condition nécessaire pour « communiquer la sagesse du genre humain, […] une de ces idées d'ordre universel que plusieurs siècles de civilisation ont fait entrer dans le patrimoine de l'humanité ».

Ferry, anticlérical mais pas antireligieux (s'opposant ainsi aux positions d'Émile Combes), ne souhaite pas dans un premier temps imposer un monopole en matière d'éducation ; il laisse subsister l'enseignement confessionnel, mais sa volonté de laïcisation fait qu'il est exécré par la presse cléricale qui l'appelle « Ferry sans Dieu »[14].

Ferry et l'expansion coloniale

Un partisan actif

Parallèlement, Jules Ferry se montre un partisan actif de l'expansion coloniale française[15], à tel point qu'il sera surnommé « Tonkinois » par ses adversaires politiques et une partie de l'opinion publique hostile à l'expansion coloniale.

On retrouve notamment l'empreinte de Ferry en Tunisie, dont il obtient le protectorat le par le traité du Bardo, et à Madagascar.

Il lance l’explorateur Pierre Savorgnan de Brazza à la conquête du Congo (1879), dossier qui lui sera fatal lors de sa seconde présidence du Conseil commencée le . Il s'était d'ailleurs réservé le portefeuille des Affaires étrangères. Les conservateurs, comme Adolphe Thiers, sont opposés à la colonisation, qu'ils accusent de détourner hors du territoire les investissements, tandis que les progressistes y sont favorables pour des questions idéologiques. Mais la gauche républicaine de Georges Clemenceau y est opposée également, parce que les aventures colonialistes détournent l'attention des provinces perdues d'Alsace-Lorraine. Les positions s'inverseront diamétralement en trois ou quatre générations.

Portrait par Léon Bonnat (1888).

Ayant obtenu d'un vote de la Chambre les crédits nécessaires à la conquête du Tonkin, il provoque une extension du conflit à la Chine. L'annonce de l'évacuation de Lạng Sơn, qui lui vaudra le surnom de « Ferry-Tonkin », déclenche une violente opposition parlementaire et provoque sa chute le sur fond de spéculations boursières du printemps 1885, lors de l'affaire du Tonkin.

Il connaît alors une vague d'impopularité en France.

Justification de la colonisation

Ferry prononce un discours dont Charles-André Julien a pu dire qu'il était « le premier manifeste impérialiste qui ait été porté à la Tribune »[16].

On peut difficilement, aujourd'hui, savoir quelle était la part de sincérité et celle de démagogie dans ce discours, le mot de devoir étant très porteur à cette époque, et Ferry désirant sans doute voir aboutir son projet[réf. nécessaire]. Dans son discours du 28 juillet 1885, Ferry illustre les présupposés du discours colonisateur de la gauche française sous la IIIe République :

« Messieurs, il y a un second point, un second ordre d’idées que je dois également aborder (…) : c’est le côté humanitaire et civilisateur de la question. (…) Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. (…) Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. (…) Ces devoirs ont souvent été méconnus dans l'histoire des siècles précédents, et certainement quand les soldats et les explorateurs espagnols introduisaient l'esclavage dans l'Amérique centrale, ils n'accomplissaient pas leur devoir d'hommes de race supérieure. Mais de nos jours, je soutiens que les nations européennes s'acquittent avec largeur, grandeur et honnêteté de ce devoir supérieur de la civilisation. »

Inversement, dans une réponse au discours prononcé par Jules Ferry le 30 juillet 1885, Georges Clemenceau s'indigne que l'on puisse s'appuyer sur un « droit des nations dites supérieures ». Il rappelle dans quelle étendue « au nom de la justice et de la civilisation » des violences et des crimes ont été commis. Il considère que la conquête que Ferry préconise, loin d'être un droit ou un devoir, est un abus de la force justifié au profit du seul « civilisateur »[17].

Le monument de Saint-Dié-des-Vosges (1896), dû au sculpteur Antonin Mercié, représente, devant le piédestal supportant la statue en pied de l'homme d'État, une Marianne symbolisant la République, un enfant annamite rappelant l'œuvre coloniale de Ferry, ainsi qu'un écolier qui évoque les lois scolaires des années 1880. Deux autres exemplaires de cette statue ont été coulés. L'un destiné à la ville de Tunis, l'autre à la ville de Hanoï[réf. nécessaire].

Clemenceau estime que ces théories servent de prétexte à justifier une politique propice au pillage qui va donc rapidement se montrer contraire aux droits de l'Homme. Isolé à cet égard au sein de la gauche républicaine, il rejette le processus de colonisation, mais pour une raison bien différente du « Nous d'abord » caractérisant les positions de Thiers et d'une partie de la droite (Louis Calla, Edgar Raoul-Duval), et des motifs de morale chrétienne des monarchistes (Louis Adhémar de Guilloutet), encore nombreux à cette époque, qui reprochent à la République de ne pas protéger les missionnaires (reproche aussi évoqué par le député d'extrême-gauche Émile Vernhes), alors qu'elle envisage une politique coloniale, mais aussi de prendre le risque d'une guerre (Paul de Cassagnac, Baudry d'Asson)[réf. nécessaire]

Peu d'hommes politiques de l'époque, quel que soit leur bord, remettent en question l'idée de supériorité européenne (l'Amérique n'en étant vue que comme une excroissance). La droite, illustrée par Thiers, réclame que l'on réserve l'argent épargné par les Français à des travaux de développement de la France. La gauche se préoccupe davantage de questions humaines comme la médecine, la vaccination, l'hygiène, l'éducation, la lutte contre les féodalités en place et les superstitions, mais critique elle aussi Ferry sur les points économiques[réf. nécessaire].

Les grands intellectuels de l'époque étaient favorables à la colonisation, qui permettait selon eux de faire avancer les peuples dits « en retard ». Victor Hugo défend la politique de Ferry au nom des droits de l'Homme ; cela n'a rien d'un paradoxe si l'on suppose que le Blanc est « plus en avance » : il a alors un devoir de civiliser, d'apporter l'évolution aux peuples moins développés, comme jadis les Romains aux Gaulois, exemple cher à Ferry)[réf. nécessaire].

Néanmoins, le caractère économique (véritable source du débat), occupe l'extrême majorité des propos de Ferry, le 28 juillet 1885 :

« La concurrence, la loi de l'offre et de la demande, la liberté des échanges, l'influence des spéculations, tout cela rayonne dans un cercle qui s'étend jusqu'aux extrémités du monde. C'est là un problème extrêmement grave. Il est si grave (…) que les gens les moins avisés sont condamnés à déjà prévoir l'époque où ce grand marché de l'Amérique du Sud nous sera disputé et peut-être enlevé par les produits de l'Amérique du Nord. Il faut chercher des débouchés… »

Finalement, l'expansion coloniale pour Ferry se justifie par les intérêts de la géopolitique française qui veut qu'en tant que puissance, elle ait des points d'appui partout dans le monde.

« Je dis que la politique coloniale de la France, que la politique d'expansion coloniale, celle qui nous a fait aller, sous l'Empire, à Saigon, en Cochinchine, celle qui nous a conduits en Tunisie, celle qui nous a amenés à Madagascar, je dis que cette politique d'expansion coloniale s'est inspirée d'une vérité sur laquelle il faut pourtant appeler un instant votre attention : à savoir qu'une marine comme la nôtre ne peut pas se passer, sur la surface des mers, d'abris solides, de défenses, de centres de ravitaillement. (…) Rayonner sans agir, sans se mêler aux affaires du monde, (…) c'est abdiquer, et, dans un temps plus court que vous ne pouvez le croire, c'est descendre du premier rang au troisième et au quatrième… »

Revers politiques

L'expédition du Tonkin va causer la perte de Jules Ferry. En 1885, c'est l'« affaire du Tonkin », épisode noir de l'histoire boursière : une dépêche Havas confond la modeste retraite de Lang Son de l'armée française avec un abandon général du delta du fleuve Rouge. La fausse nouvelle, donnée « de bonne foi »[18] par le général Louis Brière de l'Isle, fait chuter la Bourse de Paris et le gouvernement, « au moment même où arrive une deuxième dépêche minimisant l'importance des combats »[19]. Dès le 26 août 1883, les milieux financiers s'étaient inquiétés, redoutant de lourdes dépenses de guerre, puis découvrant le 9 septembre 1883 que le traité de paix franco-vietnamien n’était pas reconnu par la Chine[20].

Lâché par les radicaux, Jules Ferry échoue aussi lors de l'élection présidentielle du 3 décembre 1887 face à Sadi Carnot. Ce jour-là, le Conseil municipal de Paris installa « en plein hôtel de ville un bureau révolutionnaire décidé à proclamer la Commune si M. Jules Ferry avait été élu président de la République. »[21] Une semaine plus tard, il est blessé à l'assemblée d'un coup de revolver par un boulangiste du nom d'Aubertin. Aux élections législatives du , il est battu par Ernest Picot, conservateur. Le scrutin est annulé par le Conseil d'État, sur recommandation de Georges Clemenceau. Jules Ferry ne se représente pas. Par ailleurs président du conseil général des Vosges et de l'Association nationale républicaine, il est élu au Sénat en 1891 et en devient président le .

Décès

Il échappe par deux fois, en 1883 et 1885, à des attentats perpétrés contre lui, le second par un déséquilibré partisan de Clemenceau, qui lui laisse une balle dans la poitrine. Cela le handicape jusqu'à sa mort d'une crise cardiaque au 1 rue Bayard, le .

Il est décidé de lui faire des funérailles nationales (loi du 20 mars 1893 débloquant un crédit de 20 000 francs), mais la famille refuse en raison de son hostilité à l'égard du gouvernement, estimant que Clemenceau, en particulier, a cherché par tous les moyens à discréditer Ferry ; on lui attribue ce cruel portrait de celui dont il renversa le gouvernement en mars 1885 :

« Pas un malhonnête homme, mais du point de vue de l'intelligence, en dessous du médiocre. Ces gens-là habituellement ont au moins la parole, ils n'expriment peut-être que du vent, mais ils l'expriment (…). Et si on en a fait un président du Conseil, c'est précisément parce qu'il n'était bon à rien ».

Des obsèques nationales ont cependant lieu le 22 mars dans la cour d'honneur du palais du Luxembourg puis un immense cortège conduit la dépouille de Ferry jusqu'à la gare de l'Est d'où un train spécial l’emmène vers les Vosges. Ferry y est inhumé le lendemain dans le caveau familial à Saint-Dié[22], selon son testament « en face de cette ligne bleue des Vosges d'où monte jusqu'à mon cœur fidèle la plainte touchante des vaincus ».

Jules Ferry jugé par ses contemporains

Monument à Jules Ferry dans le jardin des Tuileries, Paris. On reconnaît sous sa figure un écolier avec sa maîtresse, ainsi qu'une représentation de Marianne. Œuvre de Gustave Michel (1910).

Auréolé des lauriers d’une laïcité scolaire républicaine, le personnage public s’est statufié. Il faut retrouver l'homme et dépasser son austérité glaciale et sa modération légendaire.

Élevé dans une famille aisée et catholique, le jeune homme représente la troisième génération d’une famille d’artisans du métier du feu enrichie après la Révolution et engagée dès 1789 pour la République.

Le jeune journaliste, polémiste et provocateur, a séduit les opposants au régime napoléonien par son sens de la dérision et de l’humour. Il faut surtout un grand courage physique ou une terrible insouciance bonhomme pour fronder un régime politique, d’essence dictatoriale, même sur la défensive après 1860. Et la facilité d’expression de Ferry déconcerte même les anciens conservateurs royalistes. Ses idées politiques, modérées, sont celles d’un républicain de centre gauche. Le vieux Thiers entrevoit chez ce jeune journaliste formé au droit une grande carrière un peu à son image.

Les témoignages des populations rurales de la montagne vosgienne attestent les pratiques des familles aisées, parmi lesquelles les Ferry en leurs époques prospères; un des leurs engrossant une jeune femme de condition modeste, elles achetaient un silence respectueux et garantissaient l’existence de la jeune fille-mère en lui offrant une ferme[23].

L’homme public, dénigré et humilié[réf. souhaitée] sort incontestablement aigri du siège de Paris et de la révolte de la Commune. L’élu victorieux du Thillot affiche un mépris violent face aux provinciaux siégeant au conseil général des Vosges. Plus tard, assagi après sa crise mystique et amoureuse de l’année 1875, il garde constamment à l’esprit la nécessité d’éduquer les classes laborieuses afin d’empêcher les révolutions fracassantes et fixer surtout les populations rurales à la glèbe, prenant autant modèle sur la précédente politique rurale de Napoléon III que sur les paysans pacifiques et croyants de sa montagne natale. L’homme politique craint les effets dévastateurs de l’exode rural.

À Paris, le responsable politique désormais assagi, plus sûr de sa froide détermination, sait modérer ses colères, impressionne par son écoute calme et s’impose petit à petit parmi les chefs républicains. Les débuts difficiles aux postes de responsabilités politiques et les blessures si vivement ressenties pendant les premiers pas ont laissé des traces indéniables dans les lois ferrystes, comme dans ses conceptions de politiques extérieures pragmatiques où il donne un grand crédit à l’avis des militaires, basés à La Réunion ou à Saigon[24]. Il tente un rapprochement avec Bismarck. Les contacts amorcés ne peuvent aboutir, les élites politiques françaises refusent de traiter avec l’Empire allemand. Il est probable que Jules Ferry admire la façon magistrale dont les Prussiens avaient réussi à sortir du joug autrichien, en premier lieu par l’ouverture, l’entreprise économique et le savoir technique et scientifique.

La contestation la plus violente que Ferry dût subir, et l’historienne de la famille le rappelle dans un livre[Lequel ?], provient des partisans du général Boulanger qui menacent le simple acquis démocratique et la paix chèrement acquise. Jules Ferry, alors au pouvoir, résiste à cette tempête. Cette double montée du nationalisme et du mépris xénophobe dénaturent sur le terrain l’application des lois scolaires[réf. nécessaire]. Plus tard, les discriminations, œuvres funestes de la colonisation en Algérie, présentées dans les rapports sénatoriaux, l’inquiètent[réf. nécessaire]. L’homme est resté un républicain libéral, modéré et conservant une gamme de pensées idéalistes, à l’aune des hommes politiques français.

De nombreuses écoles primaires portent encore de nos jours le nom de Jules Ferry, comme ici à Tucquegnieux (Meurthe-et-Moselle).

Émile Erckmann, écrivain, le décrit au début de la décennie 1870 avec ces deux mots : « le petit gros ». Il souligne ainsi avec cette description physique banale l’aptitude de l’homme politique à passer des salons des Goguel, possesseurs du château de l’Ermitage, aux moindres petits estaminets pour les besoins de sa campagne à Saint-Dié. L’ensemble des républicains a une réputation de corruption qui n’est nullement infondée[25]. Erckmann semble peu apprécier l’homme public, au style sec du début des années 1870. L’écrivain George Sand a également laissé un portrait au vitriol du politicien.

Cet homme qui a mené dans l’ensemble une vie privilégiée et parisienne sait parfois être généreux, et le ministre parisien n’a pas oublié ses modestes compatriotes de Saint-Dié ; il a ainsi donné un grand nombre d’ouvrages reliés à la Société philomatique vosgienne. Après sa mort, conformément à son testament, son corps a rejoint le cimetière de la Côte Calot, à Saint-Dié.

Sa loi de 1882 (école laïque et instruction obligatoire), à cause de l'obligation d'utiliser la seule langue française, a sérieusement réduit l'usage des langues locales, en particulier le breton ou l'occitan. L'enseignement français étant obligatoire, quiconque parlait en patois ou une langue régionale à l'école se voyait puni[26]. Les pratiquants ont ainsi développé une certaine honte à parler leur langue maternelle et les militants des langues locales en rendent souvent coupable l'école de Ferry. L'objectif était cependant que tous les Français puissent comprendre les lois et règlements affichés, et aussi manœuvrer ensemble en cas de guerre.

Généalogie

Postérité

Promoteur de l'école publique, gratuite, laïque, Jules Ferry est l'homme le plus célébré au fronton des 67 000 établissements scolaires français (recensement en 2015) : pas moins de 642 écoles, collèges et lycées lui ont donné son nom, devant Jacques Prévert (472), Jean Moulin (434), Jean Jaurès (429), Jeanne d'Arc (423), Antoine de Saint-Exupéry (418), Victor Hugo (365), Louis Pasteur (361), Marie Curie (360), Pierre Curie (357), Jean de la Fontaine (335)[28].

Notes et références

Notes

  1. Garnier-Pagès, Hippolyte Carnot, Ferdinand Hérold , Amaury Dréo, Charles Floquet, Jules Ferry, Anne-Charles Hérisson, Corbon, Paul Jozon, Jean-Jules Clamageran, Julien Melsheim, Jacques-Thomas Bory et Émile Durier ont été accusés du délit d'avoir fait partie d'une association non autorisée de plus de vingt personnes et implicitement d'avoir collaboré au manuel électoral qui venait d'être publié.
    Les défenseurs sont : Jules Favre, Marie, Jules Grévy, Ernest Picard, Henry Didier, Pierre-Antoine Berryer, Dufaure, Antoine Sénard, Ernest Desmarest, Emmanuel Arago, Michel Hébert, Théodore Bac.

Références

  1. Maire de Paris du 15 novembre 1870 au 5 juin 1871.
  2. Bertrand Beyern, Guide des tombes d'hommes célèbres, Le Cherche midi, , 385 p. (ISBN 9782749121697, lire en ligne), p. 272.
  3. Ferry est un nom-prénom traditionnel lorrain, commun dans la montagne vosgienne. Il provient de l'altération de Fréderic / Friederich, répandu à l'époque du duc de Lorraine Ferry.
  4. Vincent Wright, Les préfets de Gambetta, Paris, Presses de l'université Paris-Sorbonne, , 482 p. (ISBN 9782840505044), p. 178.
  5. Notes biblio des Archives de France consultable sur BORA Archives privées - Description - Archives de la famille Ferry.
  6. Louis-Emile Durier, monographie imprimée, Impr. de Chamerot et Renouard (Paris), 1892 disponible sur Gallica.
  7. a et b « Historique des maires de Paris », sur Paris.fr, mairie de Paris (consulté le 5 juin 2015).
  8. Après la Commune de Paris, la fonction de Maire de Paris est supprimée et remplacée par celle de président du conseil municipal de Paris, la réalité du pouvoir appartenant au préfet de police, représentant de l'État. La fonction n'a été rétablie, avec ses prérogatives, qu'en 1977.
  9. « La Revue politique et littéraire : revue des cours littéraires… », sur Gallica (consulté le 2 avril 2016).
  10. mesdames Simon, Goudchaux, Carnot, de Friedberg, Millard, Coignet, Manuel, Delon, Béquet, Bachellery, Léonie Fleury, Lachaud et de Mesdemoiselles Chenu, Nancy Fleury, Daubié, Marchef-Girard, Toussaint, Gaudon et de messieurs Brisson, Clemenceau, Taxile Delord, Despois, Dujardin-Beaumetz, Durier, François Favre, Hébert, Hérisson, Hérold, Lavertujon, le Blond, le Roy, Henri Martin[Lequel ?], Morel, Mottu, Pouchet, Pelletan, Carnot, Laughier, Rousselle, Sauvestre, Masse, Defodon, de Fonvielle, Hendlé, Chaudey, Corbon, P. Lafitte, Ménard, Claretie, Minot, Bezançon, Gréard, Motheré.
  11. Des négociateurs français chargés de fixer la frontière entre Sundgau et le territoire de Belfort furent moins sérieux. Grisés par l’alcool, ils laissèrent échapper quelques villages par ci par là.
  12. Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, vol. 5, Paris, Bourloton, (OCLC 221760850), p. 635-639 tome 2.
  13. Extrait du testament de Jules Ferry établi en 1890 : « Je lègue à mon neveu, Abel Ferry, tous mes livres et toutes mes armes. Qu'il les garde en mémoire de l'oncle dont il est adoré et qui a mis en lui toutes ses espérances. Qu'il porte dignement et qu'il défende en toute circonstance le nom que son père et son oncle, après tant de générations d'honnêtes gens, ont honoré et mis dans l'Histoire. Qu'après nous, il aime sa tante Jules comme une mère et comme un père, c'est-à-dire comme un guide infaillible, qu'il serve son pays et qu'il l'aime plus que sa vie. »
  14. Demeter Gerard Roger Serbanesco, Histoire de la franc-maçonnerie universelle : son rituel, son symbolisme, Éditions intercontinentale, , p. 489.
  15. « Jules Ferry (1832 – 1893) », France.fr.
  16. Assemblée Nationale, « La Troisième République (1870-1940) », sur assemblee-nationale.fr (consulté le 2 avril 2016).
  17. « Voilà, en propres termes, la thèse de M. Ferry et l'on voit le gouvernement français exerçant son droit sur les races inférieures en allant guerroyer contre elles et les convertissant de force aux bienfaits de la civilisation. Races supérieures ! Races inférieures ! C'est bientôt dit. Pour ma part, j'en rabats singulièrement depuis que j'ai vu des savants allemands démontrer scientifiquement que la France devait être vaincue dans la guerre franco-allemande, parce que le Français est d'une race inférieure à l'Allemand. Depuis ce temps, je l'avoue, j'y regarde à deux fois avant de me retourner vers un homme et vers une civilisation et de prononcer : homme ou civilisation inférieure ! (…)

    C'est le génie de la race française que d'avoir généralisé la théorie du droit et de la justice, d'avoir compris que le problème de la civilisation était d'éliminer la violence des rapports des hommes entre eux dans une même société et de tendre à éliminer la violence, pour un avenir que nous ne connaissons pas, des rapports des nations entre elles. (…) Regardez l'histoire de la conquête de ces peuples que vous dites barbares et vous y verrez la violence, tous les crimes déchaînés, l'oppression, le sang coulant à flots, le faible opprimé, tyrannisé par le vainqueur ! Voilà l'histoire de votre civilisation ! (…) Combien de crimes atroces, effroyables ont été commis au nom de la justice et de la civilisation. Je ne dis rien des vices que l'Européen apporte avec lui : de l'alcool, de l'opium qu'il répand, qu'il impose s'il lui plaît. Et c'est un pareil système que vous essayez de justifier en France dans la patrie des droits de l'Homme !

    Je ne comprends pas que nous n'ayons pas été unanimes ici à nous lever d'un seul bond pour protester violemment contre vos paroles. Non, il n'y a pas de droit des nations dites supérieures contre les nations inférieures. Il y a la lutte pour la vie qui est une nécessité fatale, qu'à mesure que nous nous élevons dans la civilisation nous devons contenir dans les limites de la justice et du droit. Mais n'essayons pas de revêtir la violence du nom hypocrite de civilisation. Ne parlons pas de droit, de devoir. La conquête que vous préconisez, c'est l'abus pur et simple de la force que donne la civilisation scientifique sur les civilisations rudimentaires pour s'approprier l'homme, le torturer, en extraire toute la force qui est en lui au profit du prétendu civilisateur. Ce n'est pas le droit, c'en est la négation. »

  18. Michael Palmer, Des petits journaux aux grandes agences. Naissance du journalisme moderne, Éditions Aubier-Montaigne, 1983, page 214.
  19. Michael Palmer, Des petits journaux aux grandes agences. Naissance du journalisme moderne.
  20. « Familles Darsonval et d_Arsonval arbres généalogique », sur free.fr (consulté le 2 avril 2016).
  21. Annales politiques & littéraires. 22-01-1888.
  22. « Le XIXe siècle : journal quotidien politique et littéraire / directeur-rédacteur en chef : Gustave Chadeuil », sur Gallica (consulté le 2 avril 2016).
  23. C’est ainsi que Ferry aurait, selon certaines études généalogiques non officielles et non publiées des descendants vosgiens, alors que son mariage tardif, bienheureux par ailleurs, ne lui apporta aucune descendance.
  24. Combien de fois n’a-t-il pas constaté des ordres insensés provenant de l’état-major impérial et appliqués par des officiers supérieurs ou de hauts administrateurs résignés alors que les simples avis lucides d’hommes de terrain auraient pu être précieux ? Maints membres des élites impériales arrogantes et dépassées pensaient avidement que tout leur était dû : l’idéal républicain, plus ou moins flou, est aussi celui du tour de table collégial et du respect de ceux qui sont sur les lieux et font les choses concrètes.
  25. C’est le cas de maints régimes politiques qui redécouvrent en tâtonnant des pratiques démocratiques après une phase autoritaire.
  26. La punition n'était cependant pas ici corporelle, malgré l'usage et l'efficacité de ces méthodes à l'époque. Le puni devait porter toute la journée autour du cou une cloche de bois ou un sabot miniature tenu par une cordelette, qui s'inscrivaient dans la même échelle de sanctions que le bonnet d'âne ou, pour les élèves studieux, la croix d'honneur décernée chaque vendredi au meilleur élève de la classe, et qu'il pouvait arborer jusqu'au vendredi suivant.
  27. « Arbre généalogique Jacques jhanzo - Geneanet », sur geneanet.org (consulté le 2 avril 2016).
  28. « De Jules Ferry à Pierre Perret, l'étonnant palmarès des noms d'écoles, de collèges et de lycées en France », sur lemonde.fr, (consulté en octobre 2017).

Voir aussi

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Bibliographie

  • Jules Ferry, sa vie, son œuvre, sa famille, Les Guides du musée de Saint-Dié, Imprimerie municipale, 1981, 52 pages.
  • Pierre Barral, Jules Ferry, une volonté pour la République, Nancy, Éditions Serpentoises, 1985.
  • François Brigneau, Jules l'imposteur, Grez-en-Bouère, Éditions Dominique Marin Morin, 1983.
  • François Furet (dir.), Jules Ferry, fondateur de la République, EHESS, 1985.
  • Jean-Michel Gaillard, Jules Ferry, Paris, Fayard, 1989, 730 p.
  • Michel Gaudard de Soulages et Hubert Lamant, Dictionnaire des Francs-Maçons européens, 2005 (ISBN 2-915461-13-9).
  • Jérôme Grévy, La République des opportunistes, Paris, Perrin, 1998.
  • Claude Lelièvre, Jules Ferry : la République éducatrice, Hachette éducation, 1999.
  • Gilles Manceron, 1885 : le tournant colonial de la République, Paris, La Découverte, 2007, 166 p.
  • René Rémond, Le XIXe siècle, Seuil, 1974.
  • Albert Ronsin (dir.), Les Vosgiens célèbres. Dictionnaire biographique illustré, Vagney (88120), Éditions Gérard Louis, 1990, 394 p. (ISBN 2-907016-09-1).
  • Benoît Yvert (dir.), Premiers ministres et présidents du Conseil. Histoire et dictionnaire raisonné des chefs du gouvernement en France (1815-2007), Paris, Perrin, 2007, 912 p.
  • Mona Ozouf, Jules Ferry. La liberté et la tradition, Gallimard, 2014, 128 p.
  • Lettre aux instituteurs, Paris, Mazeto Square, coll. « Ab initio », 2015, 20 p. (ISBN 978-2-919229-19-2).
  • Vianney Huguenot, Jules Ferry, un amoureux de la République, éditions Vent d'Est, 2014.

Articles connexes

Liens externes