Madeleine Rebérioux

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Madeleine Rebérioux, née Amoudruz le à Chambéry (Savoie) et morte à Paris le , est une historienne française spécialiste de la IIIe République.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et formation[modifier | modifier le code]

Née Madeleine Amoudruz, elle poursuit une brillante scolarité et obtint en 1937 le premier prix d'histoire au concours général.

En 1943, son frère, François Amoudruz, et son beau-frère, Serge Fischer, sont déportés pour actes de Résistance.

Le , elle épouse Jean Rebérioux avec lequel elle a quatre enfants, dont Vincent Rebérioux, né le 1er juillet 1954, vice-président de la Ligue des droits de l'homme.

Elle est premier prix d'histoire au concours général (et première femme à obtenir ce premier prix), élève de l'École normale supérieure de jeunes filles de Sèvres (quatrième admise), agrégée (première admise) d'histoire et docteur ès-lettres et sciences humaines avec une thèse (sur travaux) concernant Jaurès, la SFIO et la société française au tournant du siècle[1].

Engagement politique[modifier | modifier le code]

Peu après la Libération, en 1946, elle devient membre du Parti communiste, pour lequel elle est conseillère municipale de Mulhouse de 1948 à 1950.

En 1957, elle anime le Comité de défense des libertés contre la guerre d'Algérie. En 1958, elle rejoint le comité Maurice Audin, créé l'année précédente. En mai 1960, elle devient membre du comité de rédaction de Vérité-Liberté, créé pour contourner la censure d’État sur la guerre d'Algérie. Son engagement anticolonialiste se poursuit en tant que membre active du comité pour la défense des libertés en Algérie. Elle signe en 1960 le Manifeste des 121, pétition signée par nombres d'intellectuels de l'époque, et proteste contre les ratonnades du 17 octobre 1961.

De 1965 à 1969, elle est responsable du collectif universitaire intersyndical contre la guerre du Viêt Nam ; de 1971 à 1975, elle devient responsable du Front Solidarité Indochine. En 1969, elle est exclue du PCF pour avoir participé à la revue d'extrême-gauche Politique aujourd'hui.

Carrière universitaire[modifier | modifier le code]

De 1945 à 1961, elle enseigne dans le secondaire à Mulhouse, puis Montgeron et Saint-Maur-des-Fossés, au lycée Marcelin-Berthelot.

De 1962 à 1969, elle est assistante, puis maître-assistante à la Sorbonne, ensuite elle devient professeur à l'université de Vincennes, qu'elle a contribué à créer. C'est à Vincennes qu'elle crée avec Madame de Gaudemar la première formation des documentalistes pour les centres de documentation et d’information des établissements secondaires (CDI).

À partir de 1978, elle enseigne à l'École des hautes études en sciences sociales.

Elle est vice-présidente de l'établissement public en vue de la création du musée d'Orsay de 1981 à 1988.

Au service des droits de l'homme[modifier | modifier le code]

Présidente de La Ligue des Droits de l'Homme[modifier | modifier le code]

Entrée à son comité central en 1964, elle est la première femme à présider la Ligue des droits de l'homme de 1991 à 1995. Lors du congrès d'Aubervilliers en 1993, elle met la « citoyenneté sociale » au cœur des débats. Cette année-là, elle préside la conférence de presse du lancement d'Agir ensemble contre le chômage (AC!). Bien après son mandat de présidente, elle reste une très active militante de la Ligue et sa présidente d'honneur.

Pour la paix et la non-violence[modifier | modifier le code]

En décembre 2001, elle est à l'initiative du collectif « Trop, c'est trop ! » pour intervenir sur le conflit israélo-palestinien. Elle est membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence.

Contre le négationnisme et les lois mémorielles[modifier | modifier le code]

En , elle fait partie des 34 signataires de la déclaration rédigée par Léon Poliakov et Pierre Vidal-Naquet pour démonter la rhétorique négationniste de Robert Faurisson[2].

En 1990, elle écrit une tribune dénonçant l'inutilité, selon elle, de la loi Gayssot. Elle s'appuie sur le fait qu'avant la loi Gayssot, le négationniste Robert Faurisson avait déjà été condamné par la justice française. Pour elle, le parlement ne doit pas officialiser l'histoire pour permettre aux juges de faire la part de la vérité et du mensonge et de dire le droit[3],[4].

Apport à l'histoire de la France contemporaine[modifier | modifier le code]

La spécialiste de Jaurès[modifier | modifier le code]

Madeleine Rebérioux est spécialiste du socialisme français de la fin du XIXe siècle et notamment de l'œuvre de Jean Jaurès. Elle préside la Société d'études jaurésienne de 1982 à sa mort et dirige de très nombreuses publications concernant Jaurès et la période 1870-1914.

Carrière éditoriale[modifier | modifier le code]

De 1971 à 1982, elle est directrice de la revue Le Mouvement social. Elle préside longuement l'Association des amis du Maitron[Quand ?] et siége longtemps au jury du prix Jean-Maitron.

De 1996 à 2005, elle copréside le conseil scientifique de l'Institut de recherche de la FSU.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Jaurès : contre la guerre et la politique coloniale, Éditions Sociales, collection Les classiques du peuple, 1959.
  • La Deuxième Internationale et l'Orient, (en collaboration avec Georges Haupt), Éditions Cujas, 1967 (ISBN 2-254-67715-2).
  • Jaurès et la Classe ouvrière, Maspero, 1975.
  • La République radicale ? 1898-1914, Nouvelle histoire de la France contemporaine, tome 11, Éditions du Seuil, coll. Points, 1975 (ISBN 2-02-000671-5).
  • Les Ouvriers du livre et leur Fédération, Temps Actuel, 1981.
  • Ils ont pensé les droits de l'homme, EDI-Ligue des droits de l'homme, 1989.
  • Jaurès : la parole et l'acte, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard / Histoire » (no 220), 1994 (ISBN 2-07-053291-7).
  • Parcours engagés dans la France contemporaine, Belin, 1999 (recueil de ses articles d'histoire).
  • Vive la République ! Histoire, droits et combats de 1789 à la guerre d'Algérie, Démopolis, 2009 (recueil d'articles).
  • Jean-Claude Perrot, Michelle Perrot, Madeleine Rebérioux, Jean Maitron, La Sorbonne par elle-même, envoyé par Sophie Cœuré, Paris, Editions de la Sorbonne, coll. «Tirés à part, 2018.

Sous la direction de Madeleine Rebérioux :

  • Les Femmes en France dans une société d'inégalité, La Documentation française, (direction partagée avec Andrée Michel), 1982.
  • L'Expression plastique au XIXe siècle, Le Mouvement Social, 1985.
  • L'Exposition internationale de 1989 et la vulgarisation, Le Mouvement social, 1989.
  • Jaurès, historien de la Révolution française, Musée Jean Jaurès, Castres, 1989.
  • La Construction des branches professionnelles XIXe - XXe siècles, 1990.
  • L'Extrême droite en questions, EDI, 1991.
  • Paris-Province 1900, Le Mouvement social, 1992.
  • Fourmies et 1er mai, Éditions de l'Atelier, 1994.
  • Jaurès et les intellectuels, Éditions de l'Atelier, (direction partagée avec Gilles Candar), 1994.
  • Edition des Œuvres de Jean Jaurès, 17 tomes prévus, Fayard, 2000-20.., coordination et codirection des tomes 1 et 2.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

En 2014, la ville de Paris lui attribue une rue : la rue Madeleine-Rebérioux. La maison des associations du 3ème arrondissement de Paris porte son nom.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Les papiers personnels de Madeleine Rebérioux sont conservés aux Archives nationales sous la cote 647AP[5]. Les archives liées aux études jaurésiennes et à l'histoire du mouvement socialiste sont conservées par le musée de l'Histoire vivante à Montreuil-sous-Bois. Il existe aussi un fonds d'archives universitaires à l'ENS.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et Références[modifier | modifier le code]

  1. « Madeleine Rebérioux l'autre tête du musée d'Orsay », Jean-Pierre Thiollet, Le Quotidien de Paris, 10 août 1981.
  2. Valérie Igounet, Histoire du négationnisme en France, Paris, Le Seuil, coll. « La Librairie du XXe siècle », , 691 p. (ISBN 2-02-035492-6), p. 237.
  3. Madeleine Rebérioux, "Le Génocide, le juge et l'historien" in L'Histoire n° 138, novembre 1990
  4. Pierre Nora, interviewé par Alexandre Devecchio, « Pierre Nora : "La dictature de la mémoire menace l'histoire" », Le Figaro Magazine, semaine du 16 février 2018, pages 32-35.
  5. Archives nationales

Liens externes[modifier | modifier le code]