Parvis Notre-Dame - place Jean-Paul-II

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4e arrt
Parvis Notre-Dame -
Place Jean-Paul-II
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Promeneurs sur le parvis Notre-Dame.
Situation
Arrondissement 4e
Quartier Notre-Dame
Début Pont au Double, rue du Cloître-Notre-Dame et rue d'Arcole
Fin 6, rue de la Cité
Morphologie
Longueur 135 m
Largeur 100 m
Historique
Création XIIe siècle–XIXe siècle
Dénomination Arrêté municipal du .
Ancien nom Place du Parvis-Notre-Dame (avant 2006)
Géocodification
Ville de Paris 4935
DGI 6826
Géolocalisation sur la carte : 4e arrondissement de Paris
(Voir situation sur carte : 4e arrondissement de Paris)
Parvis Notre-Dame - Place Jean-Paul-II
Géolocalisation sur la carte : Paris
(Voir situation sur carte : Paris)
Parvis Notre-Dame - Place Jean-Paul-II
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Le parvis Notre-Dame - place Jean-Paul-II est une place de Paris située en face de la cathédrale Notre-Dame, sur son parvis, qui a pris le nom du pape Jean-Paul II en 2006.

Situation et accès[modifier | modifier le code]

Située sur l'île de la Cité, la place s'étend sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame. Une crypte archéologique y est également présente, ainsi que plusieurs statues, dont celle de Charlemagne (Charlemagne et ses Leudes).

Origine du nom[modifier | modifier le code]

La place rend hommage au pape Jean-Paul II (1920-2005).

Historique[modifier | modifier le code]

Du XIIe siècle au milieu du XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Jusqu'au XIIe siècle, le parvis est occupé par la cathédrale Saint-Étienne. Au nord de la cathédrale se trouvait une petite place entre le chevet de l'église Saint-Christophe et l'église Saint-Jean-le-Rond[1]. À l'ouest, entre la rue Saint-Christophe et la rue Neuve-Notre-Dame, se trouve la rue de la Huchette[2].

En 1160, décision est prise de raser la cathédrale Saint-Étienne, afin d'agrandir la cathédrale Notre-Dame. Le parvis Notre-Dame est mentionné pour la première fois dans un texte en 1163-1164. Ce parvis est probablement limité dès le XVIe siècle, par des bornes à l'est, vers Notre-Dame, et par un petit mur dit « ceinture du Parvis » au Nord et à l'Ouest. Son sol est alors plus bas que celui des voies adjacentes et l'on y descend par des marches[2].

À partir de 1611, est mentionnée une statue représentant un jeûneur. Elle se trouvait sur l'enceinte du parvis, face à l'entrée de l'Hôtel-Dieu[2]. Entre 1624 et 1628, la fontaine du Parvis Notre-Dame, adossée à l'enceinte, est construite sur le parvis. Elle est remplacée dix ans plus tard par une nouvelle fontaine construite par Christophe Gamard[2].

Au XVIIIe siècle, des échoppes viennent s'adosser à l'enceinte du parvis[2]. En 1702, cette place, qui fait partie du quartier de la Cité, possède quatre maisons et cinq lanternes[3].

Du milieu du XVIIIe siècle au milieu du XIXe siècle[modifier | modifier le code]

De 1746 à 1749, des maisons situées entre les rues Saint-Christophe, de Venise, Neuve Notre-Dame et l'impasse de Jérusalem sont achetées puis démolies afin de construire l'hôpital des Enfants-Trouvés. Entre 1745 et 1757, les bâtiments compris dans l'îlot délimité par les rues Saint-Christophe, de la Huchette, Neuve-Notre-Dame et de Venise, y compris l'église Saint-Christophe, sont rasés pour dégager l'hôpital et agrandir le parvis[4],[2]. L'enceinte entourant le parvis, les échoppes adossées, la fontaine de Gamard et la statue du jeûneur sont détruites et la rue de la Huchette est incorporée au parvis. Un important travail de nivellement est mené : le sol du parvis est rehaussé, tandis que celui des rues adjacentes est abaissé[2].

En 1802, la place est à nouveau agrandie mais au sud-est cette fois. La chapelle de l'Hôtel-Dieu est démolie et Clavareau reconstruit une nouvelle entrée sous la forme d'un portique à colonnes doriques. L'hôpital, agrandi vers l'ouest dans les années 1780, est occupé après la Révolution française par l'administration de l'Assistance publique. Sur ce bâtiment est rajouté deux fontaines en 1806[2].

Du milieu du XIXe siècle à la Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

La place a pris sa physionomie actuelle dans les années 1860-1870 dans le cadre des transformations de Paris sous le Second Empire. Le , la reconstruction de l'Hôtel-Dieu sur son site actuel (au nord de la place et non plus au sud) est déclarée d'utilité publique[5]. L'ensemble de rues situé au nord du parvis, entre la Seine, la rue de la Cité et la rue d'Arcole est rasé entre 1865 et 1867 et les nouveaux bâtiments de l'Hôtel-Dieu sont érigés à son emplacement[6]. Le bâtiment de l'Assistance publique, qui se trouvait entre le parvis, la rue de la Cité, la rue Saint-Christophe et la rue Neuve-Notre-Dame est démoli à son tour en [7],[8]. Les anciens bâtiments de l'Hôtel-Dieu, situés le long de la Seine, sont démolis en 1877-1878[9] et remplacés par un square, où est installée la statue Charlemagne et ses Leudes en 1882[10].

À noter que les vestiges de la crypte de la cathédrale Saint-Étienne sont au XIXe siècle fouillés puis remblayés[10].

Le parvis s'étend désormais entre la cathédrale, seul bâtiment antérieur à 1860 ayant subsisté en élévation, et la rue de la Cité (caserne de la Cité, actuellement préfecture de police). La superficie de la place passe d'environ 0,43 ha[11] à environ 1,52 ha (en incluant la portion de la rue de la Cité qui traverse la place à l'ouest)[12].

Ce triplement de la surface du parvis rompant avec le Paris architectural de l'Ancien Régime est alors l'objet de critiques de nombreux défenseurs du patrimoine, par exemple le conservateur du musée Carnavalet Georges Cain qui le compare en 1905 à une « steppe immense, glacial en hiver, torride en été ». L'illustrateur et auteur Albert Robida déplore la même année : « On a tout rasé. Au lieu du Petit parvis d’autrefois, auquel on accédait après avoir passé lentement par des rues étroites, ménageant le coup de surprise pour la grande envolée d’âme des merveilleuses architectures de la façade, on a une immense place vide qui diminue l’église, en un plateau correct et froid, refroidi encore par les blocs de hautes constructions massives, énormes et monotones des casernes et de l’Hôtel-Dieu ». Et Lucien Lambeau, secrétaire général de la Commission du Vieux Paris, de regretter que le parvis soit désormais « sillonné, en raison de sa grandeur, par de nombreuses lignes de tramways »[10].

En juin 1914, lors de travaux pour édifier un terre-plein central sur le parvis, sont mises à jour les fondations de l'ancienne église Saint-Pierre-aux-Bœufs. Présenté comme un « refuge », ce terre-plein vise à offrir une sécurité aux piétons face aux risques d'accidents automobiles, alors que la circulation s'accroît — les feux de circulation et les passages piétons ne se développent qu'à partir des années 1920 —. Les débats précédant cet aménagement avaient duré une trentaine d'années avant d'aboutir, ses opposants estimant qu'il dénaturait l'esprit des lieux, notamment du point de vue de son éclairage, gâchant selon eux la perspective donnant sur la cathédrale. Au début des années 1910, un projet refusé prévoyait d'installer sur le parvis un jardin à la française[10].

Le 11 octobre 1914, durant la Première Guerre mondiale, la cathédrale Notre-Dame de Paris est touchée lors d'un raid effectué par des avions allemands[13].

Seconde moitié du XXe siècle[modifier | modifier le code]

Durant les Trente Glorieuses, à l'heure du tout-voiture, le terre-plein central se trouve encerclé de places de stationnement automobile, ce qui suscite dès la fin des années 1950 des critiques en matière patrimoniale et interroge l'avenir du parvis. Divers projets plus ou moins réalistes sont proposés : planter des arbres à l'emplacement des anciennes limites de la place (Yvan Christ), y installer un miroir d'eau en renvoyant la circulation en sous-sol (Paul Maymont) ou encore y construire des bâtiments contemporains de faible hauteur (Atelier d'urbanisme de la Ville de Paris, l'Apur actuel). En 1962, le conseil municipal décide d'aménager un parking en sous-sol. Deux ans plus tard, des fouilles préventives sont menées sous l'autorité de l'archéologue Michel Fleury afin d'exhumer de potentiels vestiges. Elle durent jusqu'en 1975 et sont fructueuses : « apparurent les restes de bains publics gallo-romains, une portion du mur d'enceinte du IVe siècle, des fondations de maisons médiévales, de bâtiments du XVIIIe jusqu’aux égouts haussmanniens ». Leur importance conduit en 1967 à adopter le principe de préserver ces ruines sous forme d'une crypte muséale mais les atermoiements quant à l'avenir du parvis en lui-même (y construire ? aménager une voie souterraine ? déplacer le parking ?) conduisent à laisser le site en chantier durant plusieurs années, au grand dam des élus parisiens. La circulation automobile au pied de la cathédrale qui vient d'être ravalée est par ailleurs dénoncée pour la pollution qu'elle génère[10].

À l'aube de 1970, un projet définitif est arrêté : la circulation automobile est renvoyée à l'ouest du parvis, du côté de la préfecture de police, de même que l'accès au futur parking de 200 places sur deux niveaux, dont l'accès sera caché par une rangée d'arbres, à côté de celle de la crypte, d'un style contemporain discret. Le projet de creuser un tunnel routier pour remplacer la voie au pied de la cathédrale, là où se trouvent les vestiges souterrains de l'ancienne cathédrale Saint-Étienne, est abandonné quelques années plus tard. Les architectes André Hermant et Jean-Pierre Jouve sont chargés des travaux. Le parking ouvre en 1971 et le parvis, voulu comme un forum par ses concepteurs (l'historien de l'art Yvan Christ parle de l'« humaniser »), semble désormais approprié par la population comme le note Le Monde en 1975 au sujet des jeunes qui s'y retrouvent le soir. Les contours du parcellaire médiéval sont aujourd'hui matérialisés par des pavés de couleurs claires[14]. De même figure le tracé des anciennes voies et les limites des bâtiments (cathédrale Saint-Étienne, église Sainte-Geneviève-des-Ardentsetc.) qui structuraient autrefois l'espace urbain désormais occupé par le parvis. La crypte est inaugurée en 1980 mais des fouilles souterraines se poursuivent jusqu'en 1988, l'archéologue Venceslas Kruta exhumant ainsi les restes d'un quai du port de Lutèce. Afin de permettre l'aménagement de la crypte, le parvis est en partie surélevé. Pour le public, en surface, des banquettes en pierre sont installées, tandis que divers niveaux sont aménagés, délimités par quelques îlots de verdure. Désormais minéralisé et dévolu aux piétons, le parvis a renvoyé la circulation automobile à son pourtour[10].

XXIe siècle : changement de nom et projet de réaménagement[modifier | modifier le code]

En 2000, une fontaine Millénaire est installée au croisement du parvis avec la rue d'Arcole.

Depuis le , la place s'appelle « parvis Notre-Dame - place Jean-Paul-II » en hommage au pape Jean-Paul II mort le . Ce changement de nom a fait l'objet d'une cérémonie organisée par la mairie de Paris, en présence du maire de Paris Bertrand Delanoë, de l'archevêque de Paris monseigneur André Vingt-Trois, du nonce apostolique monseigneur Fortunato Baldelli, et du clergé de Paris. Ce changement d'appellation, par la décision municipale du , n'a pas fait l'unanimité au sein de la majorité municipale, car jugé contraire à la laïcité[15], et a fait l'objet de manifestations d'opposition. L'inauguration s'est faite sous haute surveillance policière dans un climat tendu et a été marquée par une cinquantaine d'interpellations[16],[17].

En 2015, le président de la République François Hollande commande un rapport sur l'avenir de l'île de la Cité au président du Centre des monuments nationaux Philippe Bélaval et à l'architecte Dominique Perrault, remis l'année suivante. Pour redynamiser l'île, ils proposent de remplacer le parvis de Notre-Dame par une dalle en verre géante afin de révéler la présence de la crypte archéologique à la vue de tous les passants[18], idée finalement refusée par Emmanuel Grégoire, premier adjoint à la maire de Paris Anne Hidalgo. Quoi qu'il en soit, l'avenir du site doit se faire sans le parking souterrain, qui a été fermé, le duo Bélaval-Perrault envisageant d'en faire un espace de service (« vestiaires, sanitaires, accueil, centre d’interprétation ») reliant à la manière d'un forum la crypte, la cathédrale, l'Hôtel-Dieu et la station de métro Saint-Michel. D'autres idées émergent pour penser un accès à la cathédrale jugé déficient (longues queues sur le parvis, encombrement entre touristes et fidèles), en fonction de contraintes nouvelles (plan Vigipirate) et en lien avec la rénovation du monument victime d'un incendie en 2019. Ainsi, l'association Défense du site de Notre Dame et ses environs propose d'installer le pôle d'accueil pour les touristes à l'Hôtel-Dieu. Si l'idée d'une entrée dans la cathédrale par voie souterraine a parfois été évoquée, elle est rejetée par l'Église. L'Apur conseille pour sa part de piétonniser les dernières voies automobiles du nord du parvis maintenant que le parking est fermé. L'idée de créer un musée de l'Œuvre Notre-Dame au sujet de l'histoire du site refait aussi surface, après la disparition en 2008 de celui qui existait au 10 rue du Cloître-Notre-Dame. 50 millions d'euros sont prévus pour financer le réaménagement des abords de la cathédrale, cette somme pouvant être amenée à évoluer. Le projet est encore en phase d'élaboration et les travaux ne commenceraient pas avant 2024[10].

En septembre 2021, quatre équipes pluridisciplinaires sont officiellement désignées, ne comptant finalement aucun architecte célèbre parmi elles. Elles seront départagées par un jury en juin 2022[19].

Référence cartographique[modifier | modifier le code]

Devant le portail principal de la cathédrale se trouvait une échelle patibulaire, qui servait à faire monter les condamnés à la pendaison à leur potence. Cette marque de la haute justice de l'évêque de Paris fut remplacée en 1767 par un carcan qui disparut en 1792. C'est de ce poteau que partaient les distances itinéraires de la France. En 1924, on y installa un médaillon, pour marquer le « point zéro des routes de France », point de référence à partir duquel sont mesurées les distances entre Paris et les autres villes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Albert Lenoir et Adolphe Berty, Histoire topographique et archéologique de l'ancien Paris : Plan de restitution, feuille X, Paris, Martin et Fontet (lire en ligne)
  2. a b c d e f g et h Michel Fleury et Jeanne Pronteau, « Histoire de Paris : Étude sur le parvis Notre-Dame à Paris et les maisons des enfants trouvés au parvis », Annuaires de l'École pratique des hautes études,‎ , p. 537-566 (lire en ligne)
  3. Jean de la Caille, Description de la ville de Paris.
  4. Félix et Louis Lazare, Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments, édition de 1844, p. 140 [lire en ligne].
  5. Adolphe Alphand (dir.), Adrien Deville et Émile Hochereau, Ville de Paris : recueil des lettres patentes, ordonnances royales, décrets et arrêtés préfectoraux concernant les voies publiques, Paris, Imprimerie nouvelle (association ouvrière), , « Décret du 22 mai 1865 », p. 361-362.
  6. « La Belle Jardinière, c. 1866 », vergue.com.
  7. « Administration de l’Assistance publique, c. 1867 », vergue.com.
  8. Le Monde illustré, no 865, 6 juin 1874 [lire en ligne].
  9. « Hôtel-Dieu de Paris, c. 1867 », vergue.com.
  10. a b c d e f et g Bernard Hasquenoph, « Les métamorphoses du parvis Notre-Dame de Paris », sur louvrepourtous.fr, (consulté le ).
  11. Analyse diachronique de l'espace urbain parisien : approche géomatique (ALPAGE)
  12. « Parvis Notre-Dame » sur Géoportail.
  13. Exelsior du 8 janvier 1919 : Carte et liste officielles des bombes d'avions et de zeppelins lancées sur Paris et la banlieue et numérotées suivant leur ordre et leur date de chute.
  14. Yves Combeau, « L’histoire de Notre Dame de Paris : 850 ans… et toujours aussi belle ! », Canal Académies, .
  15. Marie Simon, « La place de la discorde », L'Express, .
  16. « Inauguration de la place Jean-Paul-II à Paris », sur Catholique.org, .
  17. « Inauguration mouvementée de la place Jean-Paul-II à Paris », sur Capital.fr, .
  18. Sébastien Chabas, Dominique Perrault sollicité par l'Etat pour réveiller l'Ile de la Cité, Bati Actu, 19 décembre 2016.
  19. Claire Bommelaer, « Refaire le parvis, un projet à haut risque pour la mairie », Le Figaro, supplément Le Figaro et vous,‎ 19-20 février 2022, p. 30.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]