Adolphe Messimy

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Adolphe Messimy
Illustration.
Adolphe Messimy en 1911.
Fonctions
Député
1902-1912
1914-1919
Sénateur
1923-1935
Groupe politique GD, RRRS
Ministre des Colonies
Président Armand Fallières
Président du Conseil Ernest Monis
Gouvernement Monis
Prédécesseur Jean Morel
Successeur Albert Lebrun
Ministre de la Guerre
Président Armand Fallières
Président du Conseil Joseph Caillaux
Gouvernement Caillaux
Prédécesseur François Goiran
Successeur Alexandre Millerand
Président Raymond Poincaré
Président du Conseil René Viviani
Gouvernement Viviani I
Prédécesseur Théophile Delcassé
Successeur Alexandre Millerand
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Lyon (1er arrondissement)
Date de décès (à 66 ans)
Lieu de décès Charnoz-sur-Ain
Nature du décès Congestion cérébrale
Sépulture Cimetière de Loyasse
Nationalité Française
Parti politique Radical

Adolphe Marie Messimy, né le à Lyon et mort le à Charnoz-sur-Ain, est un homme politique français. Il est notamment député de la Seine puis de l’Ain, sénateur de l’Ain et ministre de la Guerre et des Colonies entre 1911 et 1914.

Situation personnelle[modifier | modifier le code]

Aîné d’une fratrie de neuf enfants, Adolphe Messimy est issu d’une famille de la bonne bourgeoisie lyonnaise. Il est le fils de Paul, Charles, Léon Messimy, et de Laurette, Marie, Anne Girodon, dont le père, industriel, est l’un des fondateurs du Crédit lyonnais. Il est éduqué principalement par sa mère, très patriote et religieuse, tandis que son père est à la tête d’une étude notariale.

Il épouse en premières noces Andrée Cornil, fille de Victor Cornil, professeur de médecine, député puis sénateur de l’Allier, dont il a deux enfants, Madeleine et Robert. Il divorce en 1921 avant d’épouser, deux ans plus tard, Marie-Louise Viallar.

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Sur le front en tenue de chasseur à pied, droite.
Le général Messimy entrant à Colmar.

Il entre à l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr au sein de la promotion de Tombouctou – d’où sont issus les généraux Mangin, Mordacq, Lacapelle, Girodon (son cousin germain) ou encore Brissaud-Desmaillet. Après une bonne scolarité[1], il rejoint le 13e bataillon alpin de chasseurs à pied, en garnison à Chambéry. Officier brillant et montagnard aguerri, il est un des premiers officiers alpins à effectuer un séjour hivernal, à la tête de sa section, au poste de la Turra, à 2 530 mètres d’altitude, face au Mont-Cenis et à la frontière italienne. Après plusieurs tentatives, il ouvre en 1894 une nouvelle voie d’accès – dénommée depuis la voie Messimy – vers le sommet de la Grande Casse du massif de la Vanoise qui culmine à 3 855 mètres.

Le 4 octobre 1894, Messimy, lauréat du concours, rejoint l’École supérieure de Guerre, cénacle de la pensée militaire. Mais le 5 janvier suivant, il assiste à la dégradation du capitaine Dreyfus, événement dont l’ampleur et la brutalité le marquent fortement. Au fil du temps, le souvenir de cette destitution infamante devient, « dans la grave et déterminante crise qui devait déchirer [sa] conscience, quatre années plus tard, la petite lueur qui a éclairé [sa] route ». En 1896, Messimy, à l’issue de ses deux années de scolarité, est affecté à l’état-major du XIVe corps d’armée, à Lyon, où ses chefs voient en lui « le type accompli de l’officier promis à un brillant avenir ». Ils lui reprochent néanmoins d’être un lecteur assidu du Figaro et du Temps qui se font remarquer par leur adhésion prudente à la thèse de la révision du procès du capitaine Dreyfus. Le 13 janvier 1898, Messimy achète le journal de Clemenceau, L’Aurore, qui publie en première page « J’accuse », l’appel de Zola à l’opinion publique, et dont il reçoit chacune des phrases comme une gifle. Se remémorant alors la dégradation et l’attitude troublante d’Alfred Dreyfus, il sait maintenant qu’il a assisté « à une erreur judiciaire ». Profondément républicain, il refuse de couvrir plus longtemps les mensonges et la forfaiture du haut commandement. Dès lors, il se retrouve au banc des accusés, ses camarades d’hier lui faisant sentir qu’il n’est plus des leurs, « puisque [qu’il] pactise avec les antimilitaristes ». Révisionniste plus que dreyfusard, il est poussé à la démission et rendu à la vie civile le 1er septembre 1899. Il est alors bien décidé à donner une nouvelle impulsion à sa vie.

Parcours politique[modifier | modifier le code]

Entrée à la Chambre des députés[modifier | modifier le code]

Agent de change sur la place de Paris, il publie dans la Revue politique et parlementaire un article intitulé « L’armée républicaine de demain ». Remarqué par le député radical-socialiste Maurice Berteaux, il est adoubé par Camille Pelletan, le « pape du radicalisme » et se présente aux élections législatives de 1902, dans la 1re circonscription du XIVe arrondissement de Paris. Il est constamment réélu jusqu’en 1912, date à laquelle il devient député de l’Ain jusqu’en 1919.

Au cours de ses différents mandats, il se spécialise dans les questions militaro-politiques et coloniales. Le principe de « l’union nécessaire de l’armée et de la République » reste pour lui intangible. Il demande aux officiers une « véritable adhésion à la République », et non pas un simple loyalisme. Par ailleurs, libre penseur convaincu sans que son appartenance à la franc-maçonnerie ne soit aujourd'hui certaine [2] il est membre de plusieurs commissions parlementaires et rapporteur à cinq reprises de différents budgets – Marine (1904), Guerre (1907 et 1908), Colonies (1908 et 1909) –, il est progressivement perçu comme un ministrable au sein d’un gouvernement de gauche.

Responsabilités ministérielles[modifier | modifier le code]

Devenu ministre des Colonies et des Protectorats dans le gouvernement Monis en mars 1911, il se déclare partisan du maintien de l’Empire colonial français. Favorable au développement économique des colonies et à la formation des élites locales, il prône l’égalité des droits.

Nommé ministre de la Guerre dans le gouvernement Caillaux en juin 1911, il cherche à redéfinir les relations entre le pouvoir politique et les autorités militaires. C’est ainsi qu’il réforme le haut commandement de l’armée, en installant des officiers qui sont de fervents républicains et en évinçant le général Michel. Il propose au président de la République un décret nommant le général Joffre chef d'état-major général, auquel il adjoint le général de Castelnau. Messimy tente de réformer la formation continue des officiers tout en insistant sur l'importance de l'artillerie lourde. Bien qu’adepte du désarmement et de l’arbitrage international, il soutient la Loi des Trois ans en 1913.

Malgré les réticences du président de la République, Raymond Poincaré, il est reconduit comme ministre de la Guerre en juin 1914, dans le gouvernement Viviani. Il accepte dans un premier temps le principe de la tradition républicaine qui est de laisser une très large marge de manœuvre dans la conduite des opérations au généralissime. Soutien de Joffre quand celui-ci relève et limoge un grand nombre d'officiers généraux défaillants, il finit par s'opposer au général en chef en intervenant dans certaines décisions militaires.

Le 25 août 1914, tenu pour responsable des déconvenues du début du conflit, le président du Conseil lui demande de démissionner, tout en lui proposant un poste de Ministre d'Etat, sans portefeuille. Refusant de cautionner les intrigues politiques de Briand, Millerand et Delcassé, sa position intransigeante oblige tous les membres du gouvernement à démissionner. Il n’est donc pas reconduit dans le second gouvernement Viviani.

Combats au front[modifier | modifier le code]

Chef de bataillon de réserve, Messimy rejoint ensuite le front militaire. Il commande successivement le 229e régiment d'infanterie territoriale, le groupe de bataillons de chasseurs de la Weiss (Vosges), la 213e brigade d'infanterie territoriale, la 6e brigade de chasseurs, l'infanterie de la 46e division de chasseurs puis la 162e division d'infanterie. Son engagement le voit terminer la guerre comme officier général à la tête de la 162e division d’infanterie. Dès 1915, Messimy multiplie les correspondances « latérales », intervenant régulièrement auprès des plus hautes autorités militaires et du pouvoir politique pour tout simplement rendre compte ou faire part de son avis sur certaines opérations. C'est ainsi qu'il en appelle au président du Conseil Painlevé pour faire annuler l'offensive Nivelle, qu'il juge vouée à l'échec[3].

Blessé deux fois, à la cuisse le , au cours de la bataille du Linge en Alsace, puis à la joue le au Bois de Riez (Somme), il est cité sept fois, nommé chevalier puis officier de la Légion d'honneur pour faits de guerre et reçoit la Croix de guerre avec palme.

Sénateur de l’Ain[modifier | modifier le code]

En 1923, à l’issue d’une élection partielle, il devient sénateur de l’Ain. Réélu en 1930, il siège au Sénat jusqu’à sa mort.

Chargé des questions relatives à la défense des frontières, il estime que la stratégie militaire de la France doit ménager au maximum la vie des citoyens-soldats qui consentent librement à la conscription. Il est partisan de la construction d’une ligne de fortifications s’étendant jusqu’au nord de la France, un projet baptisé « ligne Maginot ». Il continue également à militer pour un grand ministère unifié de la Défense nationale ; en 1932, quand André Tardieu, président du Conseil, soutient ce projet.

Promoteur incessant du développement des colonies et de la formation des élites locales à la gestion des territoires, tout en étant un partisan de l’institutionnalisation de l’agriculture et de la botanique coloniales, il initie dès 1931, fort du soutien gouvernemental, des grands emprunts coloniaux, d’un montant de 3 900 millions de francs, appelés « emprunts Messimy ». Ces derniers doivent servir en priorité à financer des travaux d’infrastructures, en particulier « les réseaux routiers et ferroviaires inter-coloniaux », tout en facilitant le développement des services de médecine et d’hygiène. Messimy préside le Congrès de l’enseignement colonial en France, qui défend l’idée d’expliquer la politique coloniale française à l’ensemble des écoliers et étudiants de métropole.

Lors de la Conférence économique de la France métropolitaine d’outre-mer qui se tient de décembre 1934 à avril 1935 à Paris, il demande la création d’un Fonds national pour l’outillage public de la France d’outre-mer. À l’instar du système britannique, il souhaite instaurer un véritable fonds de financement chargé de faciliter les emprunts en allégeant les charges pour les colonies, seul moyen susceptible à ses yeux de permettre une reprise de l’activité économique et donc une résorption notable du chômage en métropole.

Le , en vacances dans sa maison familiale de Charnoz-sur-Ain, il meurt d’une congestion cérébrale, à l’âge de 66 ans. Ses obsèques se déroulent le 5 septembre. Son cercueil est recouvert d’un drapeau tricolore, sur lequel repose un coussin avec ses décorations. À l’issue de cette cérémonie, la dépouille est inhumée dans le caveau familial, avec les honneurs militaires, au cimetière de Loyasse, à proximité de la basilique Notre-Dame de Fourvière, à Lyon.

Détail des mandats et fonctions[modifier | modifier le code]

Ministre lors des Grandes manœuvres de 1911 avec les généraux Joffre et Chomer.

Publications[modifier | modifier le code]

Ministre il organise un concours pour choisir les camions.
  • « L'armée républicaine de demain », dans la Revue politique et parlementaire, n°84, 1901.
  • Proposition de loi tendant : 1 °) à l'abrogation du code de justice militaire et à la suppression des conseils de guerre en temps de paix ; 2 °) à la réglementation du droit de punir, présentée par MM. Messimy et Maujan…Publication : Paris, de Motteroz, 1902.
  • Proposition de loi ayant pour objet d'assurer, avec une complète communauté d'origine, le recrutement des officiers de toutes armes, aussi bien pour l'armée active, que pour la réserve de l'armée active et l'armée territoriale…, Paris, de Motteroz, 1903.
  • Proposition de loi tendant à modifier l'organisation de l'armée métropolitaine, à organiser une armée coloniale entièrement autonome, à réduire les cadres, les effectifs, les charges militaires de la République Publication : Paris, de Motteroz, 1903.
  • La Paix armée (la France peut en alléger le poids), Paris, V. Giard et E. Brière, 1903.
  • « Les points d'appui de la flotte hors d'Europe » (2 parties), dans la Revue politique et parlementaire, n°27, 1905.
  • De l'urgente nécessité de coordonner l'action des ministères chargés de la Défense nationale, Revue politique et parlementaire, n° 27, 1905.
  • Considérations générales sur l'organisation de l'armée, l'évolution nécessaire Extraits du rapport sur le budget de la guerre pour l'exercice 1907, Paris, H. Charles-Lavauzelle, 1907.
  • L'Armée et ses cadres, Paris, Librairie Chapelot, 1909.
  • Notre œuvre coloniale, Paris, E. Larose, 1910.
  • « Les ressources militaires de l'Afrique du Nord », dans la Revue de Paris, 1910.
  • Le Problème militaire. I. L'effort allemand et l'effort français. II. La leçon d'une guerre, Paris, publications du journal Le Rappel, 1913.
  • Le Statut des indigènes algériens, Paris, H. Charles-Lavauzelle, 1913.
  • Causerie radiotéléphonique faite à l'école des P.T.T. par M. le général Messimy…, La Bresse (région), le Syndicat d'initiative et de tourisme de Bourg-en-Bresse, 1926.
  • I. Le Service d'un an. II. Le recul des 10 kilomètres en 1914. Discours des séances du Sénat des et , Le Mans, de Monnoyer, 1928.
  • L'Organisation du haut commandement des armées de terre, de mer et de l'air, Paris, Imprimerie des JO, 1934.
  • Général Messimy. Mes souvenirs. Jeunesse et entrée au Parlement. Ministre des colonies et de la guerre en 1911 et 1912 : Agadir. Ministre de la guerre du au  : la guerre, Paris, Plon, 1937.

Les papiers personnels d'Adolphe Messimy sont conservés aux Archives nationales sous la cote 509AP[5].

Hommages[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christophe Robinne, Adolphe Messimy (1869-1935), héraut de la République, Thèse de doctorat, sous la direction de Jean-Marc Guislin et Jean martinant de Préneuf, Université de Lille, 2019.
  • Archives privées. Note du général de division Brissaud-Desmaillet, avocat à la cour, sur la réforme du haut commandement par le ministre de la Guerre Messimy, 20 décembre 1932 (non publiée).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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