Alain Juppé

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Alain Juppé
Alain Juppé lors d'une visite diplomatique à Washington, D.C., en 2011.
Alain Juppé lors d'une visite diplomatique à Washington, D.C., en 2011.
Fonctions
Maire de Bordeaux
En fonction depuis le
Prédécesseur Hugues Martin
Prédécesseur Jacques Chaban-Delmas
Successeur Hugues Martin
Président de la Communauté urbaine de Bordeaux puis de Bordeaux Métropole
En fonction depuis le
Prédécesseur Vincent Feltesse
25 juin 199513 décembre 2004
Prédécesseur Jacques Chaban-Delmas
Successeur Alain Rousset
Ministre d'État, ministre des Affaires étrangères et européennes
21e ministre des Affaires étrangères de la Ve République
Président Nicolas Sarkozy
Gouvernement François Fillon III
Prédécesseur Michèle Alliot-Marie
Successeur Laurent Fabius
Ministre d'État, ministre de la Défense et des Anciens combattants
20e ministre de la Défense de la Ve République
Président Nicolas Sarkozy
Gouvernement François Fillon III
Prédécesseur Hervé Morin
Successeur Gérard Longuet
Ministre d'État, ministre de l'Écologie, du Développement et de l'Aménagement durables
Président Nicolas Sarkozy
Gouvernement François Fillon I
Prédécesseur Nelly Olin
Successeur Jean-Louis Borloo
Président de l’UMP
Prédécesseur Création de la fonction
Successeur Jean-Claude Gaudin (intérim)
Nicolas Sarkozy
Député de la 2e circonscription de Gironde
Élection 1er juin 1997
Réélection 16 juin 2002
Prédécesseur Jacques Chaban-Delmas
Successeur Hugues Martin
15e Premier ministre français
(163e chef du gouvernement)

(2 ans et 16 jours)
Président Jacques Chirac
Gouvernement Alain Juppé I
Alain Juppé II
Législature Xe législature
Coalition Union pour la France
RPR - UDF
(Majorité présidentielle)
Prédécesseur Édouard Balladur
Successeur Lionel Jospin
Président du Rassemblement pour la République
Prédécesseur Jacques Chirac
Successeur Philippe Séguin
Ministre des Affaires étrangères
13e ministre des Affaires étrangères de la Ve République
Président François Mitterrand
Gouvernement Édouard Balladur
Prédécesseur Roland Dumas
Successeur Hervé de Charette
Porte-parole du gouvernement
Président François Mitterrand
Gouvernement Jacques Chirac II
Prédécesseur Georgina Dufoix
Successeur Claude Évin
Ministre délégué au Budget
Président François Mitterrand
Gouvernement Jacques Chirac II
Prédécesseur Henri Emmanuelli
Successeur Pierre Bérégovoy
Biographie
Nom de naissance Alain Marie Juppé[1]
Date de naissance (70 ans)
Lieu de naissance Mont-de-Marsan, Landes (France)
Nationalité Française
Parti politique RPR
UMP
Les Républicains
Conjoint Christine Leblond
(1965-1993)
Isabelle Legrand-Bodin
(depuis 1993)
Diplômé de ENS Paris
IEP de Paris
ENA
Profession Inspecteur des finances

Alain Juppé, né le à Mont-de-Marsan (Landes), est un homme politique français.

Inspecteur des finances de formation, il est un proche collaborateur de Jacques Chirac à partir de 1976. Après avoir été son adjoint à la mairie de Paris, il est maire de Bordeaux, de 1995 à 2004 et depuis 2006.

Plusieurs fois ministre entre 1986 et 2012 (Budget, Affaires étrangères à deux reprises, Écologie, Défense), il exerce la fonction de Premier ministre de 1995 à 1997, au début du premier mandat présidentiel de Jacques Chirac. Son passage à Matignon est marqué par des grèves d'ampleur contre son « plan » sur les retraites et la Sécurité sociale ; devenu très impopulaire, il doit quitter ses fonctions après la victoire de la gauche aux élections législatives anticipées de 1997.

Il est secrétaire général (de 1988 à 1994) puis président (de 1994 à 1997) du Rassemblement pour la République (RPR) et président de l'Union pour un mouvement populaire (UMP) de 2002 à 2004. Il quitte provisoirement la scène politique après avoir été condamné à de la prison avec sursis et à une peine d'inéligibilité pour prise illégale d'intérêts dans le cadre de l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et études[modifier | modifier le code]

Alain Marie Juppé naît le 15 août 1945 à Mont-de-Marsan. Il est le fils de Robert Juppé (1915-1998), gaulliste, membre du corps-franc Pommiès à la fin de la Seconde Guerre mondiale, agriculteur dans les Landes[2], et de Marie Darroze (1910-2004), fille d'un magistrat, issue d’une famille de propriétaires et métayers landais[3].

Après des études secondaires au lycée Victor-Duruy à Mont-de-Marsan (Landes), où il est récompensé en grec et en latin au concours général des lycées, il obtient son baccalauréat en 1962 à l’âge de 17 ans. Il entre en classe préparatoire littéraire au lycée Louis-le-Grand à Paris, et intègre, en 1964, l’École normale supérieure. Il obtient l’agrégation de lettres classiques en 1967 et étudie à l’Institut d'études politiques de Paris en 1968, puis à l’École nationale d'administration de 1970 à 1972, après avoir accompli son service militaire de 1969 à 1970[4].

Famille[modifier | modifier le code]

Isabelle Juppé en 2008.

Il épouse, le , Christine Leblond, qui deviendra par la suite inspectrice générale de l'Éducation nationale, avec qui il a deux enfants : Laurent, né en 1967, et Marion, née en 1973. Divorcé, il épouse en secondes noces, le , Isabelle Legrand-Bodin, journaliste et romancière, avec qui il a une fille, Clara, née en 1995[5].

Débuts en politique[modifier | modifier le code]

Alain Juppé affirme avoir manifesté dans les rues de Paris en Mai 68[6].

Il déclare également avoir voté pour Alain Krivine, candidat de la Ligue communiste, au premier tour de l'élection présidentielle de 1969, trouvant que Georges Pompidou manquait de « punch »[7],[8].

De 1972 à 1976, il est en poste à l'Inspection générale des finances. Il est notamment chargé de la vérification et des enquêtes dans les organismes assujettis au contrôle de cette administration (services financiers, offices HLM, services culturels de la France à l’étranger, entre autres), puis est chargé de mission auprès du chef de l'IGF à partir de 1975. En 1976, il devient collaborateur de Jacques Chirac, alors Premier ministre, en tant que chargé de mission, puis conseiller technique au ministère de la Coopération, jusqu’en 1978. Adhérent du Rassemblement pour la République (RPR) dès sa fondation par Jacques Chirac, en 1976, sur la base de l'ancien mouvement gaulliste UDR, il en est délégué national aux études de 1977 à 1978.

En 1978, il se présente, sans succès, aux élections législatives dans la 1re circonscription des Landes (Mont-de-Marsan et ses environs), en tant que candidat du RPR. Il est battu par le député sortant socialiste, Roger Duroure. L'année suivante, il prend la présidence de la fédération départementale RPR des Landes, et ce jusqu'en 1984. Il travaille, ensuite, aux côtés de Jacques Chirac à la mairie de Paris et devient l'un de ses plus proches conseillers. En 1979, il est élu au conseil national du RPR, et est nommé adjoint à la direction des finances et des affaires économiques de la ville de Paris, dont il est le directeur de 1980 à 1981. Il est directeur adjoint de la campagne de Jacques Chirac à l'élection présidentielle de 1981. Par la suite, il anime avec Michel Aurillac le « Club 89 », tout juste créé au sein du parti chiraquien sous la forme d'un « laboratoire d'idées » chargé de « préparer un projet politique applicable dans l'environnement de 1989 », mais en réalité véritable « contre-gouvernement » chargé d'élaborer les programmes du parti pour les échéances à venir : les législatives de 1986 et la présidentielle de 1988. Il est secrétaire national du RPR chargé du redressement économique et social de 1984 à 1986.

Premiers mandats électifs et premières fonctions ministérielles[modifier | modifier le code]

Conseiller de Paris, puis député[modifier | modifier le code]

En suivant Jacques Chirac à Paris, il s’implante dans le 18e arrondissement de la capitale, terre de la « bande du 18e » des figures socialistes que sont Lionel Jospin, Daniel Vaillant, Bertrand Delanoë et Claude Estier. Il est tête de liste dans cet arrondissement aux élections municipales de 1983 et 1989, et l'emporte à chaque fois (lors des deux scrutins, les listes de Jacques Chirac réalisent le « Grand Chelem » en remportant les vingt arrondissements). Alain Juppé laisse toutefois la mairie d'arrondissement à Roger Chinaud (UDF), prenant le poste d'adjoint au maire de Paris auprès de Jacques Chirac, chargé des Finances. Il occupe cette fonction de 1983 à 1995.

Après avoir été élu député européen lors des élections de 1984 (en sixième position sur la liste RPR-UDF menée par Simone Veil), il devient député de Paris lors des législatives de 1986 au scrutin proportionnel. Il est par la suite réélu au vote majoritaire dans la 18e circonscription (quartier de Clignancourt et une partie de celui des Grandes-Carrières dans le 18e arrondissement), au second tour, en 1988, face au socialiste Bertrand Delanoë, puis dès le premier tour en 1993.

Ministre du Budget[modifier | modifier le code]

Il est ministre délégué au Budget auprès du ministre d'État, ministre de l'Économie, des Finances et de la Privatisation, Édouard Balladur, ainsi que porte-parole du gouvernement, durant la première cohabitation, du au . À ce poste, il supervise une baisse généralisée de la fiscalité avec surtout la suppression de l'impôt sur les grandes fortunes par la loi de finance rectificative pour 1986 du 16 avril de cette année, suivie dans les budgets 1987 et 1988 par le relèvement du seuil d’exonération de l’impôt sur le revenu, l'abaissement des différents taux de TVA, la réduction du taux de l'impôt sur les sociétés de 50 à 42 %, l'abolition de la taxe sur les frais généraux et la mise au point d’une fiscalité de groupe pour les entreprises. Le but de cette politique est de favoriser l'investissement des ménages et du secteur privé. Cet allègement souhaité de la pression fiscale sur les particuliers et les sociétés se traduit également dans la loi du , dite « loi Aicardi », qui adoucit les sanctions fiscales en offrant aux contribuables de nouvelles garanties juridiques dans le cadre des procédures de contrôle et de contentieux fiscal ou douanier : une charte des droits et obligations du contribuable vérifié est rédigée, le délai de reprise de l’administration est réduit, la charge de la preuve n’incombe plus au contribuable, la durée des vérifications sur place est limitée. Alain Juppé mène en outre à bien la suppression du service des alcools, qui dépendait de son ministère, par le décret du , mettant fin à l'un des derniers grands monopoles industriels d'État[9]. Il cumule ses fonctions ministérielles avec celle de porte-parole du candidat Jacques Chirac et de secrétaire général de son comité de soutien lors de la campagne de l'élection présidentielle de 1988.

Numéro deux du RPR[modifier | modifier le code]

Alain Juppé aux côtés de Jacques Chirac, en 1988.

Après le retour de la droite dans l'opposition, il devient secrétaire général (et donc le numéro deux) du RPR, de 1988 à 1994. Il mène conjointement avec Valéry Giscard d'Estaing la liste RPR-UDF aux élections européennes de 1989, qui arrive en tête avec 28,88 % des suffrages exprimés et obtient 26 des 81 sièges à pourvoir. Néanmoins, Alain Juppé ne reste cette fois député européen que quelques mois, démissionnant le pour se consacrer à son mandat de parlementaire français, son rôle étant d'être une « locomotive électorale » sans l'objectif de siéger[10]. Fidèle de Jacques Chirac, il assure le maintien du contrôle de ce dernier sur le parti face à la montée de contestations internes venant de jeunes « rénovateurs » mais aussi de poids lourds tels que Charles Pasqua ou Philippe Séguin. Ainsi, aux assises du mouvement tenues au Bourget le , sa motion (finalement soutenue par les « rénovateurs ») obtient la majorité avec 68,6 % des votes des militants (et donc 90 élus sur les 100 désignés directement par les assises nationales pour faire partie des 735 membres du conseil national, et 17 membres sur les 30 du bureau politique) contre 31,4 % à la motion Pasqua-Séguin, tandis que Jacques Chirac est réélu président à l'unanimité du conseil national. Il fait partie, avec Édouard Balladur ou Jacques Toubon, de ceux qui conseillent à Jacques Chirac de soutenir le « oui » au référendum sur la ratification du traité de Maastricht le , le poussant à se mettre en porte-à-faux avec une majorité de membres de son propre parti qui, derrière Charles Pasqua et Philippe Séguin, font activement campagne pour le « non ».

Ministre des Affaires étrangères[modifier | modifier le code]

Lors de la deuxième cohabitation, du au , il est ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Édouard Balladur.

Il se fait notamment l'avocat, avec le président de la République François Mitterrand, d'une opération militaire au Rwanda, alors en plein génocide. Les minutes du Conseil des ministres, étudiés par Pierre Favier et Michel Martin-Roland, puis par Pierre Péan, indiquent que le président François Mitterrand et Alain Juppé étaient des partisans résolus d'une intervention, afin de sauver les vies qui pouvaient encore l'être. Le Premier ministre, Édouard Balladur, et le ministre de la Défense, François Léotard, craignaient un dérapage vers une opération coloniale[11], mais se sont ralliés à la position des deux premiers. Alain Juppé défend ainsi auprès d'une communauté internationale réticente le lancement, le , de l'opération Turquoise de l'ONU, décidée par la résolution no 929 du Conseil de sécurité et menée par la France en parallèle de la MINUAR, alors limitée en effectifs. Le but annoncé était de protéger, dans une « zone humanitaire sûre », les « populations menacées » aussi bien par le génocide que par le conflit militaire entre le FPR et le gouvernement intérimaire rwandais. La France revendique la protection de 8 000 Tutsi du camp de Nyarushishi et le secours porté à 800 Tutsi à Bisesero, près de Kibuye, même si l'action de l'armée française est aujourd'hui sujette à controverse. D'autre part, il joue un rôle dans le cadre du processus d'Oslo pour la paix israélo-palestinienne, en présidant notamment les conférences qui aboutissent aux signatures à Paris de deux accords sur les futures relations économiques entre Israël et l'OLP, les 9 mars puis [12].

Avec la déclaration de candidature de Jacques Chirac à l’élection présidentielle le , Alain Juppé devient président du RPR par intérim et l'un de ses principaux lieutenants dans la campagne. Le candidat le présente alors durant la campagne, devant un parterre de militants, comme « celui qui est probablement le meilleur d'entre nous ». Dans Libération, Jacques Amalric et Pierre Briançon estiment qu'Alain Juppé s'est révélé comme un des meilleurs ministres des Affaires étrangères de la France contemporaine[13],[14] ; Jacques Amalric critique néanmoins l'incohérence résultant du cumul de ses fonctions de ministre des Affaires étrangères avec celle de président de parti soutenant Jacques Chirac face au Premier ministre Édouard Balladur[13].

Premier ministre[modifier | modifier le code]

Nommé Premier ministre par le nouveau président Jacques Chirac le jour de son investiture, Alain Juppé prononce son discours de politique générale devant l'Assemblée nationale le , autour du thème de la « bataille pour l'emploi », estimant que « c'est sur notre capacité à provoquer en France un profond et durable mouvement de création d'emplois que nous demanderons, le moment venu, à être jugés »[15]. Il obtient dans la foulée la confiance de 447 députés sur 538 votants (les 236 du RPR, les 199 de l'UDF ainsi que 10 des 22 membres du groupe République et liberté et 2 sur les 3 non inscrits)[16].

Chef de la majorité[modifier | modifier le code]

Alain Juppé conserve la présidence du RPR jusqu'à la défaite de la droite aux élections législatives de 1997. Le , il est également élu maire de Bordeaux, succédant ainsi à Jacques Chaban-Delmas, auquel il succède également comme député de la 2e circonscription de la Gironde en 1997. Il dirige deux gouvernements : le premier du 17 mai au et le second du au . Son premier gouvernement est marqué par une importante présence de femmes comparativement aux précédents gouvernements. Douze sur quarante-trois membres au total, dont quatre ministres de plein exercice sur vingt-six et huit secrétaires d'État sur quatorze, elles sont surnommées par la presse les « juppettes ». Seulement quatre d'entre elles (une ministre, Corinne Lepage, ainsi que deux secrétaires d'État, Anne-Marie Idrac et Margie Sudre, tandis qu'Anne-Marie Couderc obtient une promotion en devenant ministre déléguée) sont maintenues au sein de son second gouvernement, resserré, le (passage à trente-trois membres, dont plus que seize ministres, onze ministres délégués et cinq secrétaires d'État). La composition du gouvernement reste par la suite inchangée jusqu'au .

Montée de l'impopularité[modifier | modifier le code]

Manifestations à Paris en 1995 contre la reprise des essais nucléaires.

Dans un premier temps très populaire, il est touché, un mois après son entrée en fonction, par l'affaire de son appartement et de celui de son fils Laurent. Selon le baromètre TNS Sofres pour Le Figaro Magazine, sa cote d'avenir passe de 63 % en juin et juillet à 57 % en août, puis descend à 40 % en octobre et à 37 % en novembre[17]. Sa défense apparaît alors rigide, symbolisée par l'expression qu'il prononce le  : « Je suis droit dans mes bottes et je crois en la France ». En désaccord avec son ministre de l'Économie et des Finances, Alain Madelin, il doit faire face à la démission de celui-ci le . De plus, le fait qu'il ne reconduise pas, dans son second gouvernement, formé en novembre 1995, huit des douze « juppettes » au profit de personnalités politiques masculines lui vaut des accusations de machisme[18].

Cette impopularité se renforce avec le « plan Juppé », projet de réforme de la Sécurité sociale présenté à l’Assemblée nationale le . Il prévoit un allongement de la durée de cotisation de 37,5 à 40 annuités pour les salariés de la fonction publique afin de l'aligner sur celle du secteur privé déjà réformé en 1993, l'établissement d’une loi annuelle de la Sécurité sociale fixant les objectifs de progression des dépenses maladies et envisageant la mise en place de sanctions pour les médecins qui dépassent cet objectif, l'accroissement des frais d'hôpital, des restrictions sur les médicaments remboursables et le blocage et l'imposition des allocations familiales versées aux familles avec enfants les plus démunies, combiné avec l'augmentation des cotisations maladie pour les retraités et les chômeurs et au gel du salaire des fonctionnaires. Celui-ci déclenche un vaste mouvement social dans l'ensemble du pays. Malgré le soutien apporté par la CFDT à Alain Juppé, les mouvements de grève de novembre et décembre 1995 de « défense des acquis sociaux » ont raison de sa détermination : il doit céder, le , sur l'extension aux régimes publics des mesures décidées en 1993 par Édouard Balladur pour les retraites de base du secteur privé.

Mais le gouvernement refuse de revenir sur la réforme de la Sécurité sociale, une loi votée le 30 décembre suivant lui permettant de légiférer par ordonnances en la matière. Désormais, le budget de la Sécurité sociale est voté au Parlement, la hausse de la contribution sociale généralisée (CSG) est décidée tandis qu'une contribution pour le remboursement de la dette sociale (CRDS) est créée, un objectif quantifié d'augmentation des dépenses d'assurance-maladie est fixé et les prestations familiales sont gelées. Mais les analystes politiques notent surtout le recul du gouvernement sur ce qui était présenté comme l'essentiel, la réforme des retraites, Jean-François Revel accusant notamment le président Jacques Chirac de lâcheté pour n'avoir pas expliqué les réformes nécessaires lors de la campagne présidentielle, expliquant ainsi l'ampleur du mouvement. Dans un article du , il estime ainsi que « quand, durant la campagne des présidentielles, Jacques Chirac parlait de réformes visant à réduire la fracture sociale, les Français comprenaient qu’ils allaient être noyés sous une pluie de subventions. Les réformes qui visent une réduction des déficits publics ou des déficits sociaux, ils ne les comprennent pas du tout »[19].

Il augmente la pression fiscale. Est alors largement débattue au sein des partis de droite l'augmentation de 10 % des tranches de l'ISF[20] et la suppression de son plafonnement[21]. Cette modification a notamment pour conséquence que certains foyers fiscaux paient un impôt supérieur à leur revenu[22].

D'autres évènements affaiblissent encore la popularité du gouvernement Juppé[réf. nécessaire], comme l'occupation de l'église Saint-Ambroise à Paris par 300 étrangers en situation irrégulière, d'origine africaine, demandant leur régularisation, à partir du . Après avoir été expulsés de l'église Saint-Ambroise, ils errent d'occupation en occupation et finissent par occuper l'église Saint-Bernard de la Chapelle. Dix d'entre eux entament alors une grève de la faim qui va durer deux mois. C'est un redémarrage des mouvements de l'immigration, avec la constitution de collectifs divers, tels que « Des papiers pour tous » en 1996, le « Collectif anti-expulsion » en 1998, entre autres. Finalement, l'évacuation musclée[réf. nécessaire] par la police des étrangers en situation irrégulière occupant l'église Saint-Bernard est décidée le . Plusieurs d'entre eux sont renvoyés au Mali. La grève de la faim prend fin, tandis que l'un des occupants décède quelques mois plus tard des séquelles de celle-ci[réf. nécessaire].

Poursuite des privatisations[modifier | modifier le code]

Alain Juppé fait poursuivre d'autre part les mouvements de privatisations entamées entre 1986 et 1988 et depuis 1993, avec les groupes métallurgiques Pechiney et Usinor-Sacilor en 1995, la Banque française du commerce extérieur (BFCE, vendue de gré à gré au Crédit national pour donner naissance à Natixis), la Compagnie générale maritime (CGM, vendue également de gré à gré à la Compagnie maritime d'affrètement pour créer le groupe CMA - CGM), les Assurances générales de France (AGF, avec la mise en bourse de 51 % du capital, l'État ne conservant que 2 %) et la Compagnie française de navigation rhénane (CFNR, vendue de gré à gré à l'Association technique de l'importation charbonnière ATIC) en 1996, et enfin la société d'informatique professionnelle Bull en 1997. Ces privatisations auraient rapporté en 18 mois 40 milliards de francs français.

De plus, en 1996, le Premier ministre souhaite vendre au groupe Daewoo l’entreprise publique Thomson Multimédia, officiellement « très endettée », contre un franc symbolique après sa recapitalisation par l’État, à hauteur de 11 milliards de francs. Le motif invoqué consiste pour l’État français à respecter les critères de Maastricht, dont le pacte de stabilité et de croissance, qui impose alors une maîtrise des comptes publics. Le plan facilite la qualification de la France pour l’euro, le déficit public étant passé de 5,5 % du PIB en 1995 à 3,0 % en 1997. Il faut noter que Thomson Multimédias détient à cette époque les brevets et licences de la totalité des supports numériques sur disque (CD, CD-Rom, LaserDisc, DVD, disques magnéto-optiques, disquettes…) qui génèrent des royalties dans le monde entier avec l’émergence de la télévision numérique. De plus, Thomson reste dépositaire de la marque no 1 en Amérique du Nord : RCA. Toutefois, cette vente n’a pas lieu, le groupe Daewoo connaissant alors une forte instabilité.

Élections législatives de 1997[modifier | modifier le code]

Après la dissolution de l’Assemblée nationale par le président Chirac, les élections législatives de 1997 sont remportées par l’opposition, contraignant le gouvernement Juppé à la démission pour laisser la place à la troisième cohabitation. Alain Juppé transmet le poste de Premier ministre au socialiste Lionel Jospin le .

Deux premiers mandats à la mairie de Bordeaux[modifier | modifier le code]

En 1995, la liste qu'il mène lors des municipales obtient 50,28 % des suffrages exprimés dès le premier tour, contre 19,91 % à celle de son principal adversaire, le socialiste Gilles Savary. Il est ensuite élu maire de Bordeaux par le nouveau conseil municipal, après avoir écarté Jacques Valade, qui était le premier adjoint et le successeur naturel de Jacques Chaban-Delmas, ainsi que les candidats Denis Teisseire, Pierre Hurmic, François-Xavier Bordeaux[23]. Il prend dans le même temps la présidence de la communauté urbaine de Bordeaux (CUB), qu'il conserve jusqu'en 2004 (par la suite, la présidence va revenir à un socialiste, Alain Rousset de 2004 à 2007 puis Vincent Feltesse de 2007 à 2014) et qu'il retrouve en 2014.

Alain Juppé revitalise la ville de Bordeaux avec la mise en valeur du patrimoine (à travers le classement du Port de la Lune au Patrimoine mondial de l'UNESCO en 2007), le développement d'un tramway (préféré dès 1995 au projet, un temps envisagé mais jugé trop coûteux, d'un métro de type VAL)[24] ou la réhabilitation du quartier de la Bastide à partir de 2000 (construction de logements, d'un jardin botanique, d'une université, d'écoles, de l’école de la Fondation Nicolas-Hulot, du cinéma multiplexe Mégarama, d'un ponton pour accueillir les bateaux, d'espaces publics tels que le Parc des Berges ou encore du Lion de Veilhan, une statue de lion, de couleur bleu clair, de 8 m de long et 6 m de haut, en matériaux composites).

La liste qu'il conduit l'emporte à nouveau dès le premier tour en 2001 (avec 50,96 % des suffrages contre 19,99 % à celle de Gilles Savary). Il quitte ses fonctions en décembre 2004 en raison de sa condamnation dans l'affaire des emplois fictifs de la ville de Paris.

Affaires judiciaires[modifier | modifier le code]

Affaire de son appartement parisien[modifier | modifier le code]

En , Le Canard enchaîné publie un document interne de la ville de Paris, signé en janvier 1993 par Alain Juppé, qui donne l'ordre à ses services de diminuer le loyer de son fils Laurent, logé dans un appartement relevant des propriétés de la ville, rue Jacob. Par ailleurs, Alain Juppé est locataire, à un prix défiant toute concurrence, d’un appartement de 189 m² dans la même rue, où sont réalisés des travaux pour plusieurs millions de francs aux frais des contribuables. Il attend deux semaines avant de se justifier et refuse de s'excuser, affirmant rester « droit dans ses bottes »[18]. Cette affaire, qui intervient un mois seulement après la campagne présidentielle victorieuse de Jacques Chirac sur le thème de la « fracture sociale », a un impact très négatif sur l'image d'Alain Juppé[18].

Une plainte pour « prise illégale d’intérêts » est déposée par l’Association des contribuables parisiens, créée ad hoc par Arnaud Montebourg, à l’époque jeune avocat et adhérent du Parti socialiste. Une information judiciaire est ouverte par le procureur de la République de Paris, Bruno Cotte, qui considère que le délit de « prise illégale d'intérêts » est établi. Il annonce cependant son intention de classer le dossier si Alain Juppé quitte son appartement. Le procureur général près la cour d'appel de Paris, Jean-François Burgelin, publie alors un communiqué, approuvé par le ministère de la Justice, affirmant que l’infraction n’était pas constituée et qu’elle était prescrite. Cependant, la décision de classement impose à Alain Juppé de déménager.

Affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris[modifier | modifier le code]

En 1999, Alain Juppé est mis en examen pour « abus de confiance, recel d'abus de biens sociaux, et prise illégale d'intérêt » pour des faits commis en tant que secrétaire général du Rassemblement pour la République et maire adjoint de Paris aux finances, de 1983 à 1995. Il est considéré comme un élément clé d'un système de financement occulte d'emplois au sein du RPR financés par la mairie de Paris et des entreprises désireuses de passer des contrats publics (sa secrétaire personnelle au RPR fut elle-même rémunérée par une entreprise, le groupe immobilier Ségur, puis par la ville de Paris).

Son procès pour prise illégale d'intérêts s'ouvre le . Alain Juppé y affirme avoir pris connaissance du système d'emplois fictifs en 1993[25]. Le , il est condamné par le tribunal correctionnel de Nanterre à 18 mois de prison avec sursis et à une peine de 10 ans d'inéligibilité. Le tribunal juge notamment qu'Alain Juppé a « délibérément recouru à des arrangements illégaux » pour favoriser l'action du RPR, que la nature des faits était « contraire à la volonté générale exprimée par la loi » et qu'il avait ainsi « trompé la confiance du peuple souverain »[26]. La présidente du tribunal exige l'inscription de cette condamnation à son casier judiciaire[26].

L'appel interjeté par Alain Juppé immédiatement après sa condamnation a pour effet de suspendre l’application de cette décision jusqu'à l'arrêt de la cour d'appel. Le , celle-ci réduit la condamnation à 14 mois de prison avec sursis et un an d'inéligibilité. La cour d'appel indique :

«  Il est regrettable qu'au moment où le législateur prenait conscience de la nécessité de mettre fin à des pratiques délictueuses qui existaient à l'occasion du financement des partis politiques, M. Juppé n'ait pas appliqué à son propre parti les règles qu’il avait votées au parlement. Il est également regrettable que M. Juppé, dont les qualités intellectuelles sont unanimement reconnues, n’ait pas cru devoir assumer devant la justice l'ensemble de ses responsabilités pénales et ait maintenu la négation de faits avérés. Toutefois, M. Juppé s'est consacré pendant de nombreuses années au service de l’État, n’a tiré aucun enrichissement personnel de ces infractions commises au bénéfice de l'ensemble des membres de son parti, dont il ne doit pas être le bouc émissaire.  »

Il démissionne le lendemain de son dernier mandat, celui de maire de Bordeaux. Alors que les journalistes soulignent ses agissements en tant que secrétaire général du RPR et adjoint aux Finances à la mairie de Paris, une partie d'entre eux estiment qu'Alain Juppé « paye pour Jacques Chirac », qui sera condamné à deux ans de prison avec sursis en 2011[27].

Retour sur le devant de la scène[modifier | modifier le code]

Alain Juppé, président de l'UMP (à droite), lors d'un sommet du Parti populaire européen, à Paris, le .

Il est réélu député le , dans la 2e circonscription de la Gironde. Il contribue ensuite à la fondation de l’Union pour un mouvement populaire (UMP) et en devient le président après une élection organisée en novembre de cette même année. Il est confronté à ce poste aux mauvais résultats obtenus par le parti aux élections régionales (la droite ne conservant que deux régions sur vingt-six, l'Alsace et la Corse) et européennes de 2004.

Traversée du désert[modifier | modifier le code]

Retrait après sa condamnation judiciaire[modifier | modifier le code]

Sa condamnation à l'inéligibilité en 2004 le conduit à quitter ses fonctions parlementaires, municipales et partisanes[28], Nicolas Sarkozy prenant la direction de l’UMP. Son adjoint Hugues Martin lui succède à la mairie de Bordeaux, ainsi que pour son mandat de député. La communauté urbaine de Bordeaux, dont il était président, bascule à gauche au profit du socialiste Alain Rousset.

En 2005, des remous dans le monde universitaire québécois l'empêchent d'obtenir un poste à l'Université du Québec à Montréal (UQAM)[29]. Il enseigne finalement à Montréal à l’École nationale d'administration publique (ENAP), moins cotée que l'UQAM. Plusieurs universitaires s'étonnent alors qu’un homme politique condamné à une peine de prison et d’inéligibilité puisse donner des cours à de futurs hauts fonctionnaires[29].

À la fin du mois d', Alain Juppé revient du Québec et annonce son intention de se relancer dans la vie politique et de reconquérir le fauteuil de maire de Bordeaux. Le 28 août, la majorité UMP-UDF du conseil municipal de Bordeaux (hormis le maire Hugues Martin et deux adjoints, afin d’expédier les affaires courantes) démissionne. Les conseillers municipaux d’opposition ne démissionnent pas, mais le nombre de démissionnaires est suffisant pour imposer l’organisation d’une nouvelle élection municipale et permettre ainsi à Alain Juppé de revenir aux affaires. Le 29 août, Alain Juppé annonce, lors d’une conférence de presse, sa candidature à l'élection municipale partielle et aux législatives de 2007.

Retour à la mairie de Bordeaux[modifier | modifier le code]

Le , la liste d’Alain Juppé (UMP-UDF-Parti radical) l’emporte dès le premier tour de l'élection municipale anticipée de Bordeaux, avec 56,24 % des voix (taux d'abstention de 55,2 %) et Alain Juppé redevient maire de Bordeaux[30].

Lors de l’élection présidentielle de 2007, Alain Juppé apporte son soutien à Nicolas Sarkozy. Le , après la victoire de ce dernier, il est nommé ministre d'État, ministre de l’Écologie, du Développement et de l’Aménagement durables, au sein du gouvernement François Fillon.

Mais le , lors du second tour des élections législatives, Alain Juppé est battu dans la 2e circonscription de la Gironde (49,07 % des voix) par la socialiste Michèle Delaunay. Il annonce son intention de présenter le lendemain sa démission. La démission du gouvernement François Fillon, présentée le 18 juin au président de la République – démission traditionnelle à la suite de l’élection d'une nouvelle assemblée – évite à Alain Juppé de la présenter formellement.

Lors des élections municipales de mars 2008, la liste commune entre l'UMP, le Nouveau Centre et le MoDem qu'il conduit l'emporte au premier tour, en obtenant 56,62 % des votes, notamment face à celle de son concurrent socialiste, Alain Rousset (34,14 %)[31]. Il dispose alors d'une majorité de 50 élus sur 61. Alain Juppé, lors de la séance du conseil municipal du , annonce alors ses priorités : l'aménagement de nouveaux quartiers, la qualité de la vie au quotidien et l’exemplarité environnementale de Bordeaux.

Il est à nouveau candidat pour les élections municipales de 2014. Il a pour principal opposant le député PS Vincent Feltesse, lequel, s'il reconnaît « l'embellissement de Bordeaux ces dernières années », critique « une ville qui exclut », des « massacres urbanistiques » et « une autosatisfaction permanente » de l'équipe municipale. Alain Juppé obtient un nouveau mandat après que sa liste a obtenu 60,97 % des voix au premier tour. Le 18 avril 2014, il reprend la présidence de la Communauté urbaine de Bordeaux (CUB) où sa formation « Communauté d'avenir » bénéficie d’une large majorité (63 sièges sur 104).

Prises de positions nationales[modifier | modifier le code]

Avec Michel Rocard, il préside la commission chargée de réfléchir à la programmation du grand emprunt 2010. Le , il cosigne avec ce dernier, ainsi qu'avec le général Bernard Norlain et l'ancien ministre de la Défense socialiste Alain Richard, une tribune dans le quotidien Le Monde en faveur du désarmement nucléaire. Cette déclaration « exprime le vœu que la France affirme résolument son engagement pour le succès de ce processus de désarmement »[32].

Le , il dit envisager de se présenter à une éventuelle primaire à l'UMP pour l'élection présidentielle de 2012 dans le cas où Nicolas Sarkozy viendrait à ne pas se représenter[33]. À la même occasion, il affirme ne pas souhaiter intégrer le gouvernement dans un avenir proche[34].

Deux jours plus tard, il donne son avis sur le bouclier fiscal : « Il faut s'interroger sur ce qu'on appelle le bouclier fiscal parce que les choses ont changé, la crise est venue. On voit aujourd'hui qu'une petite minorité de très riches ne cesse de s'enrichir. Ça ne me choquerait pas qu'on demande aux très riches de faire un effort de solidarité supplémentaire vis-à-vis de ceux qui souffrent dans la crise »[35]. Il estime également qu'« il ne faut pas renoncer » concernant l'instauration d'une taxe carbone[36].

Le , il réagit sur son blog aux annonces du président de la République faites dans son discours de Grenoble du 30 juillet (et notamment de son annonce d'envisager une extension des mesures de déchéance de la nationalité française) : il reconnait son intérêt, et prône l'application de la législation en vigueur plutôt que le vote d'une nouvelle loi[37].

Il se prononce contre la loi interdisant le voile intégral dans l'espace public afin de ne pas « donner le sentiment d'une stigmatisation de l'islam »[38].

Ministre de la Défense[modifier | modifier le code]

Alain Juppé est nommé ministre d'État, ministre de la Défense et des Anciens Combattants (numéro 2 du troisième gouvernement François Fillon) le . Pendant les trois mois qu'il passe à la tête de ce ministère, il doit notamment gérer l'affaire des otages du Niger.

Ministre des Affaires étrangères et européennes[modifier | modifier le code]

Alain Juppé aux côtés du ministre tunisien des Affaires étrangères, Rafik Abdessalem, le 5 janvier 2012.

Le , il est nommé ministre des Affaires étrangères et européennes et remplace Michèle Alliot-Marie, démissionnaire, tout en restant ministre d'État. Son arrivée au quai d'Orsay se fait en pleines protestations en Afrique du Nord et au Moyen-Orient[39].

Il plaide, en mars 2011, pour une intervention de la communauté internationale en Libye, afin de protéger les populations civiles contre les violences commises par les troupes de Mouammar Kadhafi[40]. Les commentateurs et une grande partie de la classe politique, y compris de l'opposition de gauche, rejoignent alors cette position[41]. Les rebelles libyens parviennent à entrer, le , dans la capitale, Tripoli, tandis que Mouammar Kadhafi est tué le 20 octobre suivant. Par la suite, analysant les résultats de cette intervention armée, des spécialistes du monde arabe, comme Bernard Lugan, se rejoignent pour décrire la destruction de l'État libyen dont le pouvoir local est assuré de facto par des tribus régionales[42], les succès de l'islamisme dans la région et la déstabilisation de la zone sahélo-saharienne[43] entraînant notamment le coup d'État militaire de 2012 au Mali[44].

Alain Juppé avance que les jours du régime syrien « sont comptés » en novembre 2011[45] et déclare que Bachar el-Assad doit être jugé par le Tribunal pénal international. Mais ses déclarations ne rencontrent guère d'écho au sein de la communauté internationale, les spécialistes du monde arabe dénonçant une régression de la diplomatie française faites de « postures morales » et son absence de résultats sur le terrain[46],[47].

En , il se prononce en faveur de la construction d'une Europe fédérale en réponse à la crise de la dette dans la zone euro[48].

Il s'engage dans la campagne présidentielle de 2012 en participant notamment à plusieurs meetings de Nicolas Sarkozy et en donnant plusieurs interviews, dans lesquelles il juge le programme du candidat socialiste, François Hollande, « dangereux »[49]. Après avoir annoncé son intention d'être candidat aux élections législatives de 2012[50], le faible score du président Sarkozy à l'élection présidentielle dans la deuxième circonscription de la Gironde l'aurait poussé à renoncer à se présenter[51], laissant Nicolas Florian, secrétaire départemental de l'UMP en Gironde, se présenter[52] face à la députée socialiste sortante, Michèle Delaunay, qui est réélue.

Engagement dans le débat national[modifier | modifier le code]

Rôle à l'UMP après la présidentielle de 2012[modifier | modifier le code]

Aurélie Filippetti et Alain Juppé à un salon littéraire, en 2013.

Après la défaite de la droite aux élections présidentielle et législatives, Alain Juppé est pressenti par les médias comme un possible candidat à la présidence de l'UMP dans un contexte de divisions entre les partisans de François Fillon et de Jean-François Copé[53]. À la suite des déclarations de candidature de ces derniers, il renonce à briguer la tête du parti[54]. À la fin du mois de , face aux contestations qui suivent le scrutin interne, très serré, Alain Juppé accepte d'être à la tête d'une commission permettant de vérifier les résultats de celui-ci ; mais, après une rencontre entre lui, Jean-François Copé et François Fillon, il annonce l'échec de sa mission[55].

Le , il participe au bureau politique de l'UMP au cours duquel Jean-François Copé démissionne, à la suite de troubles internes dus à l'affaire Bygmalion. Alain Juppé annonce le même jour accepter de mener une direction collégiale, avec Jean-Pierre Raffarin et François Fillon, jusqu'à l'organisation d'un congrès à l'automne 2014[56]. Il déclare ne pas avoir l'intention de se présenter à la présidence de l'UMP, affirmant avoir « épuisé les charmes » des fonctions politiques, et « souhaiter que le candidat à la présidence de l'UMP s'engage à ne pas être candidat aux primaires, en vue de la présidentielle de 2017 »[57].

Candidat à la primaire des Républicains de 2016[modifier | modifier le code]

Le , Alain Juppé annonce qu'il sera candidat à la primaire de l'UMP pour la présidentielle de 2017[58].

Il reçoit le soutien de l'ancien président Jacques Chirac, de la fille de celui-ci, Claude, et du président du MoDem, François Bayrou, lequel estime que l'ancien Premier ministre « peut faire du bien à la France »[59],[60],[61]. Bernadette Chirac, en revanche, considère qu'il ne ferait pas un bon président et le décrit comme quelqu'un de « froid »[62], ce que fait également le chiraquien François Baroin[63].

Bénéficiant d'une popularité élevée, il apparaît comme le rival potentiel de Nicolas Sarkozy[64],[65]. Mais sa condamnation judiciaire, son bilan en politique nationale et ses prises de positions, notamment sur les questions identitaires, lui attirent des critiques, principalement au sein de son propre camp politique[66],[67]. En particulier, son appel à faire voter pour la gauche en cas de duels avec le Front national alors qu'il avait fait suspendre du RPR Alain Carignon pour cette prise de position en juin 1990 suscite des interrogations sur ses convictions réelles[66]. De même, tandis qu'il jugeait, dans une interview accordée à Lui en octobre 1990, que le problème de l'intégration était un problème « permanent et gigantesque » avec beaucoup d'écoles primaires où « 80 à 90 % des petits enfants sont d'origine étrangère », il estime en 2014 que le concept d'assimilation culturelle n'est pas réaliste et appelle à des « accommodements raisonnables » de la part de la République française[68],[69],[70].

En juillet 2015, au lendemain du référendum grec faisant suite à l'échec des négociations de la Grèce avec la troïka dans le cadre de la crise de sa dette publique, il se démarque dans son parti politique en prônant la sortie de la Grèce de la zone euro (« Grexit »). Il revient par la suite sur sa position, ce qui lui attire les critiques d'adversaires à la primaire à droite, qui dénoncent des déclarations incohérentes[71].

Détail des mandats et fonctions[modifier | modifier le code]

Fonctions électives locales[modifier | modifier le code]

Conseil municipal
Communauté urbaine
Conseiller régional

Fonctions parlementaires[modifier | modifier le code]

À l’Assemblée nationale
Au Parlement européen

Fonctions gouvernementales[modifier | modifier le code]

Autres fonctions politiques[modifier | modifier le code]

Autres fonctions[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Who's Who In France (éd. 2006)
  2. http://www.al1jup.com/biographie/.
  3. « Ministre et Montois », SudOuest.fr,‎ (lire en ligne).
  4. Biographie d’Alain Juppé sur son blog lire en ligne.
  5. « Clara Juppé est née samedi... », Libération,‎ (lire en ligne).
  6. http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/insolites/2015/04/12/25007-20150412ARTFIG00127-alain-juppe-et-la-tentation-de-l-extreme-gauche-en-1968.php
  7. « Alain Juppé, un court retour en grâce », Le Monde, 18 mai 2007.
  8. http://www.rtl.fr/actu/politique/alain-juppe-a-vote-pour-un-candidat-d-extreme-gauche-en-1969-7777354573
  9. Fiche biographique d'Alain Juppé, site du ministère de l'Économie.
  10. Laurent de Boissieu, « Tous les candidats élus au Parlement européen ne siègeront pas », La Croix,‎ (consulté le 14 novembre 2010).
  11. Lettre de Monsieur Balladur à François Mitterrand du 21 juin 1994.
  12. Chronologie du processus de paix de 1947 à 2004 sur le site du ministère français des Affaires étrangères.
  13. a et b J. AMALRIC, « Diplomatie et politique », Libération, 07/03/1995
  14. P. BRIANÇON, « Alain Juppé ou le vertige du rien », Libération, 10/10/1996.
  15. Discours de politique générale d'Alain Juppé, sites de l'Université de Provence.
  16. [PDF] COMPTES RENDUS DES DÉBATS AU COURS DE LA Xe LÉGISLATURE (1993-1997) - SESSION ORDINAIRE 1994-1995, 4e séance, mardi 23 mai 1995, site de l'Assemblée nationale.
  17. Baromètre TNS-Sofres de la côte d'avenir d'Alain Juppé entre mai et décembre 1995, site de TNS Sofres.
  18. a, b et c Complément d'enquête, 2 avril 2015, France 2, 24-28e minutes
  19. « La France est sur-étatisée mais sous-gouvernée » par Jean-François Revel, 15 février 1996.
  20. ISF : presque 30 ans de discordes, la tribune.fr, 15 février 2011.
  21. Impôt bloqué sur la fortune. À la demande de Juppé, l'ISF ne sera finalement pas plafonné, Gilles BRESSON, Libération.fr, 18 décembre 1996.
  22. ISF : un coup dur pour Liliane Bettencourt et…les agriculteurs de l'ïle de Ré, Ivan Best, La Tribune.fr, 4 juillet 2012.
  23. « Bordeaux : le système Juppé - ses adversaires », L'Express, 12 avril 2007.
  24. Comment Juppé a sauvé Bordeaux, Marianne.
  25. « L'affaire Juppé », L'Express, 2 février 2004, page 11.
  26. a et b Michèle Cotta, Cahiers secrets de la Ve République, tome 4, 1997-2007, éd. Fayard, Paris, 2010.
  27. « M. Chirac rattrapé », Le Monde, 31 janvier 2004.
  28. « Si je suis condamné à une peine infamante… ».
  29. a et b http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20050218.OBS9245/juppe-professeur-remous-a-montreal.html
  30. Alain Juppé réélu maire de Bordeaux, Maire Info, 13/10/06.
  31. Élections municipales de 2008 - résultats à Bordeaux sur le site du Figaro.
  32. Pour un désarmement nucléaire mondial, seule réponse à la prolifération anarchique, MM. Juppé, Norlain, Richard et Rocard.
  33. Il déclare : « Comme l’a dit François Fillon, le candidat naturel de la majorité en 2012 c’est Nicolas Sarkozy. S’il arrivait, pour des raisons qui lui appartiennent, qu’il ne soit pas à nouveau candidat, moi je pense qu’il faudra des primaires au sein de l’UMP. Je n’exclus pas à ce moment-là d’être candidat à la candidature ».
  34. AFP, « Juppé n'exclut pas de se présenter à la présidentielle », Libération, 29/03/2010.
  35. « Alain Juppé remet en cause le bouclier fiscal », L’Expansion, 30/03/2010.
  36. « Juppé contre le bouclier fiscal et pour la taxe carbone », Libération, 30/03/2010.
  37. A. JUPPÉ, « Retour aux fondamentaux », Le Blog-Notes d'Alain Juppé, 11/08/2010.
  38. http://www.lemonde.fr/politique/article/2010/12/16/alain-juppe-je-n-ai-jamais-cru-a-la-rupture_1331632_823448.html
  39. « Le vrai patron du remaniement: Alain Juppé », site de RMC, 28 février 2011.
  40. Lors du Conseil de sécurité des Nations unies du 17 mars, il parvient à rallier les Chinois et les Russes à une résolution établissant une zone d'exclusion aérienne en Libye et autorisant « toutes les mesures nécessaires ». Cf. « Le pari gagné de Nicolas Sarkozy en Libye », Le Figaro, 22 août 2011.
  41. « Union sacrée autour de l’intervention en Libye », site de France Info, 19 mars 2011.
  42. L’éclatement de la Libye : un scénario annoncé, Bernard Lugan, Afrique réelle, 7 mars 2012
  43. Mali : quel rôle pour la France?, Arnaud Focraud, Le JDD.fr, 4 avril 2012.
  44. Chaos malien Le bilan désastreux de la géopolitique française, Rosa Moussaoui et Hassane Zerrouky, L'Humanité.fr, 11 avril 2012.
  45. Les jours du régime syrien «sont comptés», affirme Juppé, liberation.fr, 28 novembre 2011.
  46. Gilles Kepel, La Tribune, 30 octobre 2013
  47. Frédéric Pichon, Syrie : Pourquoi l'Occident s'est trompé, Editions du Rocher, 2014, p.83-85.
  48. Jean Quatremer, « Alain Juppé en faveur d’une “fédération européenne” », Coulisses de Bruxelles, 30 septembre 2011.
  49. http://elections.lefigaro.fr/presidentielle-2012/2012/04/11/01039-20120411ARTFIG00545-alain-juppe-le-programme-de-hollande-est-dangereux.php.
  50. [1].
  51. [2]
  52. [3].
  53. http://elections.lefigaro.fr/presidentielle-2012/2012/06/29/01039-20120629ARTFIG00682-alain-juppe-tente-par-la-presidence-de-l-ump.php.
  54. http://www.europe1.fr/Politique/Presidence-de-l-UMP-Juppe-pas-candidat-1216731/
  55. http://www.francetvinfo.fr/politique/ump-alain-juppe-jette-l-eponge_176255.html.
  56. http://www.europe1.fr/Politique/Fillon-Juppe-Raffarin-ce-triumvirat-au-secours-de-l-UMP-2134027/.
  57. "http://www.al1jup.com/en_bref/ump-point-presse-dalain-juppe/
  58. http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/08/20/alain-juppe-annonce-sa-candidature-aux-primaires-de-l-ump_4473680_823448.html
  59. Le Figaro du 20/08/2014
  60. Grégoire Lecalot, « Chirac soutient Juppé… et agace certains à l'UMP », France Info, .
  61. Juppé, "choix évident" de Claude Chirac, essuie un "vent" de Bernadette, L'Express.
  62. « VIDEO. Bernadette Chirac : “Vous trouvez Alain Juppé chaleureux, vous ?” », Le Parisien, .
  63. http://lelab.europe1.fr/pour-francois-baroin-alain-juppe-souffre-dun-autocentrisme-total-1350096.
  64. Alexandre Devecchio, « Alain Juppé est-il vraiment un rival pour Nicolas Sarkozy ? », Le Figaro, 5 juin 2014.
  65. http://www.atlantico.fr/pepites/cote-popularite-alain-juppe-prefere-francais-forte-progression-manuel-valls-et-francois-fillon-2138660.html
  66. a et b http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/decryptages/2015/02/03/25003-20150203ARTFIG00054-comment-alain-juppe-s-est-converti-au-front-republicain.php
  67. http://blog.lefigaro.fr/rioufol/2014/11/juppe-et-la-droite-linevitable.html.
  68. http://www.20minutes.fr/politique/1619363-20150529-juppe-veut-arreter-focaliser-foulard-islamique
  69. http://www.liberation.fr/politiques/2014/09/09/sur-l-immigration-le-discours-de-juppe-a-rebours-de-l-ump_1096814
  70. http://www.lepoint.fr/politique/flash-back-quand-juppe-parlait-d-immigration-dans-lui-05-06-2015-1933807_20.php.
  71. http://www.lepoint.fr/politique/grece-le-retournement-de-veste-de-juppe-16-07-2015-1949195_20.php
  72. « Visite à Istanbul de M. Alain Juppé, le 20 octobre 2010 », sur Consulat général de France à Istanbul,‎ (consulté le 29 septembre 2014)
  73. Depuis le décret du 21 novembre 2008 (Décret no 2008-1202 du 21 novembre 2008 modifiant le code de la Légion d'honneur et de la médaille militaire, paru au Journal officiel du 22 novembre 2008 (texte 1): « La dignité de grand officier appartient de plein droit aux anciens Premiers ministres qui ont exercé leurs fonctions durant deux années au moins ».
  74. Décret no 63-1196 du 3 décembre 1963 portant création d'un ordre national du Mérite, article 5 du 23 décembre 1974
  75. « Alain Juppé »
  76. http://ivoire.telediaspora.net/fr/texte.asp?idinfo=63059
  77. Voir la notice dans la salle des inventaires virtuelle des Archives nationales

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages d'Alain Juppé[modifier | modifier le code]

Ouvrages sur Alain Juppé[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Paroles inattendues, 2006, film de Gérard Puechmorel : Alain Juppé dans son exil politique
  • Juppé, forcément, 1995, film documentaire de Pierre Carles sur le rôle des médias régionaux lors de l’élection d’Alain Juppé à la mairie de Bordeaux
  • À table avec les politiques, 2005, film documentaire de Frédéric Lepage
  • Alain Juppé, la dernière carte, documentaire de Francis Bianconi pour LCP, 2008
  • Bordeaux, une ville nommée « désir », documentaire de Laurent Lataste et Bernard Férié pour France 3, 2008