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Armand du Paty de Clam

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Armand du Paty de Clam
Armand du Paty de Clam en uniforme,
photographie d'Eugène Pirou.
Biographie
Naissance
Décès
(à 63 ans)
Versailles
Nom de naissance
Armand Auguste Charles Ferdinand Marie Mercier du Paty de Clam
Nationalité
Allégeance
Activité
MilitaireVoir et modifier les données sur Wikidata
Famille
Famille Mercier du Paty (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Père
Amédée Mercier du Paty du Clam (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Mère
Adéle Bayard de la Vingtrie (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfant
Autres informations
Conflit
Grade
Distinction

Armand du Paty de Clam, né à Paris le et mort à Versailles le [1], est un officier supérieur français, breveté d'Etat-Major, qui fut chargé de l’instruction préliminaire qui mit en accusation le capitaine Alfred Dreyfus, comme auteur du bordereau. Il est cité nommément par Émile Zola dans son réquisitoire J'accuse…! parmi les principaux responsables de l’affaire Dreyfus. Son ascension militaire fut brutalement arrêtée quand il fut confondu dans une affaire de faux télégrammes destiné à discréditer le colonel Picquart. Mis à la retraite d'office, il est réintégré dans son grade de lieutenant-colonel en 1913 et prend part à la Première Guerre mondiale. Il meurt des suites de ses blessures en 1916.

Armand, souvent nommé Ferdinand, Mercier du Paty de Clam est le fils du général de brigade Antoine-Amédée Mercier du Paty de Clam (1813-1887) et d'Adèle Bayard de La Vingtrie. Il est l'arrière-petit-fils de Charles Jean-Baptiste Mercier Dupaty.

Carrière militaire

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Formation et débuts

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Élève à Saint-Cyr, volontaire en 1870 à 17 ans, sous-lieutenant en 1871, Armand Mercier du Paty de Clam est envoyé en Afrique du Nord. Lieutenant en 1874, capitaine en 1877, il est affecté au Service de la carte topographique de l'Algérie et effectue de nombreuses expéditions dans les Chotts. Nommé à l’État-Major général, au 1er bureau en 1879, il participe à l'expédition de Tunisie en 1881 puis est affecté au 3e en 1887 et y est maintenu quand il devient chef de bataillon en 1890.

Rôle dans l’affaire Dreyfus

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Dessin d'Édouard Couturier titré « La Douloureuse », mettant en scène Paty de Clam (à genoux) et Esterhazy, 1898. Légende :
« Lieutenant-colonel du Paty de Clam — Moi ! Commandant ! Je n'ai pas eu comme vous un document libérateur !
Commandant Esterhazy — Nom… de D… ! Et le suicide du colonel Henry… Qu'est-ce que c'est donc[2] ? »

En , quelques jours après la découverte du « bordereau », une lettre adressée à l’attaché militaire allemand à Paris qui mentionnait des informations classées secret-défense, les soupçons se portent sur Alfred Dreyfus.

Chargé de comparer l’écriture de Dreyfus et celle du bordereau, du Paty en conclut que les points communs suffisent à justifier une enquête approfondie. Les autorités militaires le nomment alors responsable de l’enquête officielle. Le , il convoque Dreyfus au ministère après avoir soigneusement préparé la rencontre. Prétextant une blessure à la main, il demande à Dreyfus d’écrire à sa place une lettre qui reprend des éléments du bordereau. Bien que Dreyfus refuse de se reconnaître comme l’auteur du bordereau, du Paty lui annonce son arrestation pour haute trahison et lui offre une arme : en vain, parce que Dreyfus n’a pas l’intention de se suicider.

Dreyfus est conduit à la prison du Cherche-Midi où on lui impose une série de tests graphologiques préparés par du Paty : debout, couché, assis, avec la main gauche. L’avis de Du Paty de Clam, toutefois, doit être appuyé par celui d’un expert en graphologie. Un premier expert, Alfred Gobert, remet un rapport négatif. On s’adresse alors à un autre, Alphonse Bertillon. Celui-ci fournit un rapport positif soutenu par la thèse, qu’il vient de créer à l’occasion, de l’« autoforgerie » et qui prétend expliquer que Dreyfus a rédigé la note en imitant sa propre écriture mais en y introduisant volontairement des différences. Il y aurait par exemple imité l’écriture de son frère Mathieu.

Au fil de six interrogatoires, du Paty de Clam soumet Dreyfus à une pression constante, mais sans résultat concret. Finalement, du Paty de Clam rédige un rapport recommandant l'abandon des charges contre Dreyfus[3]. Son rapport sera ignoré lors de l’instruction du commandant d’Ormescheville ce qui n'empêchera pas qu’en 1913, le député radical Maurice Viollette évoque son « rôle particulièrement triste […] Il a été, de façon indiscutable, l’artisan criminel d’une œuvre détestable ». C’est également lui qui, au procès de 1894, remet une pièce secrète au tribunal militaire pendant que le jury délibère, c’est-à-dire à huis clos. La défense n’a donc pas la possibilité d’examiner de telles « preuves » puisqu’elle ignore leur existence. Il ordonne aussi à Mme Dreyfus de garder le silence sur la détention de son mari. Toutefois, selon l'historien Philippe Oriol, du Paty de Clam demandera par deux fois l'abandon des poursuites en raison de l'insuffisance de preuves, et l'historien Pierre Miquel écrit : « il faut se rendre à l'évidence : du Paty lui-même conclut son rapport sur la « fragilité de la preuve matérielle »[4], et l'avocat Maurice Garçon cite la conclusion du rapport de du Paty : « La fragilité de la preuve matérielle qui servira de base à l'accusation pourrait fort bien déterminer un acquittement. En conséquence, il y aurait peut-être lieu d'abandonner les poursuites. »[5]. Aussitôt, l'affaire sera relancée par une campagne de presse dans le quotidien antisémite La Libre Parole.

Du Paty de Clam est promu lieutenant-colonel en . Mais, coauteur des faux télégrammes visant à compromettre le colonel Picquart, il voit sa carrière brisée après le suicide de son complice Hubert-Joseph Henry. En « non activité par retrait d’emploi », le , il est admis d’office à la retraite le . La Cour de cassation le contraint, en , à verser à la procédure son commentaire des pièces secrètes communiquées aux juges de 1894. Zola le cite nommément, parmi les premiers responsables de l’injustice, dans son article fracassant publié dans l’Aurore sous le titre de J’accuse…![6]

Réintégration

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Le , il obtient sa réintégration comme lieutenant-colonel.

En 1914, pendant la Première Guerre mondiale, il revient dans l’armée à l’âge de 61 ans, volontaire au 16ᵉ Bataillon de Chasseurs à Pied, le , il sert sous les ordres de l'un de ses fils, le capitaine Jacques du Paty de Clam, issu de son premier mariage.

Il a combattu comme Chasseur à la 2ᵉ Compagnie du 16ᵉ Bataillon de Chasseurs à Pieds du au . Appelé à l’État-Major de la 6ᵉ armée à Verdun le [7].

Affecté comme lieutenant-colonel au 117ᵉ Régiment d’Infanterie le . Il est blessé le au matin d’une balle au bras, dans la soirée du même jour blessé par éclats d’obus à la figure (combats de Goyancourt). Évacué sur l’ambulance annexe du Val-de-Grâce à Paris[7].

Il revient au front le . À la suite de la prise du Quesnoy-en-Santerre le , il a été cité à l’ordre de l’armée et nommé officier de la Légion d’Honneur. (Décret du , Ordre du Général Joffre N°399 D.), avec le motif suivant[7] :

“Mercier du Paty de Clam, Lieutenant-Colonel au 117ᵉ Régiment d’Infanterie : A donné les plus beaux exemples de courage et d’autorité en entraînant la troupe au feu et à l’assaut. Atteint de deux blessures au bras et à la figure, a néanmoins conservé son commandement jusqu’à la fin de l’action. Évacué, a repris son poste le 10 octobre. Le 30 octobre, il a contribué à l’enlèvement d’un village, puis au maintien de nos positions, en risquant sa vie pour éventer une contre-attaque ennemie.”

Nommé le , au commandement du 17ᵉ Régiment d’Infanterie Territoriale[7].

Nommé le 1ᵉʳ , au commandement du Fort des Rousses[7].

Nommé le 1ᵉʳ , adjoint au Gouverneur de la Place d’Épinal[7].

Évacué le 1ᵉʳ . Il meurt des suites de ses blessures reçues au front militaire, le , à Versailles.

Il a reçu la mention « mort pour la France », conformément aux ordres du Général de Brigade de Sailly, commandant la Place de Versailles[7].

Vie familiale

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Il se marie le à Angoulême (Charente), avec Charlotte Daras (sœur d'Henry Daras), dont il a trois fils :

  • Jacques du Paty de Clam (comte du Paty de Clam) ;
  • François du Paty de Clam ;
  • Michel du Paty de Clam.

En secondes noces, le dans le 7e arrondissement de Paris, il épouse Marie-Henriette Nau de Champlouis (fille de Victor Nau de Champlouis, petite-fille de Claude de Champlouis et de Ludovic d'Ursel), avec qui il a trois enfants :

À l'écran

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Dans la mini-série pour Antenne 2 Émile Zola ou la Conscience humaine (1978) de Stellio Lorenzi, son rôle est joué par Jacques Lalande.

Dans le téléfilm L'Affaire Dreyfus d'Yves Boisset (1995), son rôle est joué par Gérard Desarthe.

Dans le film J'accuse (2019) de Roman Polanski, son rôle est joué par Michel Vuillermoz.

Notes et références

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  1. « Acte de décès n°1153 cote 4E 7732 p 196/321 », sur archives.yvelines.fr (consulté le )
  2. Le « document libérateur » désigne l'une des pièces du « dossier secret » constitué par le colonel Henry contre Dreyfus, dont Esterhazy fait état fin 1897 dans ses lettres de chantage adressées au président de la République Félix Faure, afin de mettre en cause le colonel Picquart, son principal accusateur. Voir Marcel Thomas, Esterhazy ou l'envers de l'affaire Dreyfus, Paris, Vernal/Philippe Lebaud, , 401 p. (ISBN 978-2-86594-049-3), p. 283-285.
  3. Maurice Baumont, Au coeur de l'affaire Dreyfus, Paris, Del Duca, , 393 p. (ISBN 978-2-707-49001-8, OCLC 422770489), p. 59.
  4. Pierre Miquel, L'affaire Dreyfus : « Que sais-je ? » n° 867, Presses universitaires de France, (ISBN 978-2-13-078614-6, présentation en ligne)
  5. Maurice Garçon, « La justice contemporaine 1870 - 1932 » [PDF], Paris, Éditions Bernard Grasset, , p. 315.
  6. Sur son rôle pendant l'Affaire, voir Philippe Oriol, L'histoire de l'affaire Dreyfus : de 1894 à nos jours, Paris, Les Belles lettres, , 2 v. (1489 p.) (ISBN 978-2-251-44467-3, OCLC 897130357).
  7. a b c d e f et g Archives familiales

Bibliographie

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Liens externes

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