Marianne

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Buste de Marianne sculpté par T. Doriot et exposé au Sénat.

Marianne est une figure symbolique de la République française.

Sous l’apparence d’une femme coiffée d’un bonnet phrygien, elle représente la République française et ses valeurs contenues dans la devise : « Liberté, Égalité, Fraternité ». C'est un important symbole républicain et une icône de la liberté et de la démocratie.

Figure allégorique nationale, Marianne tient une place d'honneur dans les mairies et les bâtiments officiels de la République française ainsi que dans ses manifestations. Elle symbolise Le Triomphe de la République, du nom de la sculpture érigée dans le jardin de Marianne situé sur la place de la Nation à Paris. Son profil apparaît sur les documents gouvernementaux officiels, sur les timbres, et sur les pièces de monnaies françaises.

Histoire[modifier | modifier le code]

Origine du choix du prénom Marianne[modifier | modifier le code]

Son utilisation comme symbole de la République a été attribuée à une chanson révolutionnaire du pays albigeois en occitan, la Garisou de Marianno (en français, la Guérison de Marianne), composée par le cordonnier-poète Guillaume Lavabre, de Puylaurens[1],[2]. La chanson, racontant les avatars du nouveau régime, fut vraisemblablement écrite en octobre 1792, une dizaine de jours seulement après la fondation de la République. Il s’agit de la première occurrence du prénom Marianne en tant que symbole de la République. Marianne y représentait la devise française[2]. Les républicains du Midi contribuèrent à associer ce prénom à leur idéal politique (en reprenant la chanson très populaire à l’automne 1792).

Bien que cette chanson date de 1792 et soit déjà mentionnée dans le dictionnaire Lou Tresor dóu Felibrige de Frédéric Mistral, l’association de la chanson au symbole de la République n’a été faite qu'en 1976. Quoi qu'il en soit, le village de Puylaurens revendique désormais le titre de « berceau occitan de la Marianne républicaine ».

Dans son livre Marianne au combat, l'historien Maurice Agulhon propose une explication plus prudente. Il rappelle que le prénom Marie-Anne, Marie et Anne, était très répandu à la fin du XVIIIe siècle dans les milieux populaires de France, notamment à la campagne, ou encore dans le personnel domestique des maisons bourgeoises. Ce prénom banal (Marie la Vierge et Anne sa mère) répandu, et donc populaire, était voué à désigner le régime qui se voulait tel[3].

Agulhon insiste sur le fait que l'usage a d'abord été péjoratif. Le prénom est attesté comme sobriquet de dérision pour désigner la République dès l’époque de la Révolution française. Les contre-révolutionnaires exprimèrent leur haine de la République en choisissant un prénom de paysanne[3].

L’utilisation de ce prénom comme symbole serait donc née d’un consensus entre les partisans et les adversaires de la République, puis rapidement acceptée par tout le peuple français.

Maurice Agulhon propose également une autre origine, plus élitiste : Mariamne, une princesse juive antique contrainte d’épouser Hérode le Grand, persécutée puis exécutée sur ordre de son époux. « Au bout du compte, l’historien ne tranche pas. Maurice Agulhon estime que la Marianne a d’un côté une origine évidemment populaire ; mais de l’autre, une possible origine élitiste », résume l'historienne Mathilde Larrère. Ainsi, toutes les classes sociales peuvent s’approprier la représentation de Marianne[4].

D’après une autre version, le premier modèle de Marianne aurait été Anne Marie Mouhat épouse de Jean-François Reubell de Colmar en Alsace. Lors d'une réception chez eux, Paul Barras aurait prononcé à propos du prénom de l’hôtesse « votre prénom sied à la République autant qu’il sied à vous-même »[5].

Mariane - avec un seul n - est le nom de la jeune femme dont Harpagon et son fils Cléante sont amoureux, dans la pièce de théâtre L'Avare, de Molière. Dans cette pièce datant de 1668, elle représente l'enjeu du libre choix contre le choix imposé par la force.[réf. nécessaire]

La diffusion de Marianne comme synonyme de « la République » fut bien sûr très progressive. Au cours de la Deuxième République (1848-1852), l'utilisation du prénom Marianne est encore assez rare mais en progrès. Parmi les sociétés secrètes républicaines qui se forment au moment du coup d'Etat de Louis-Napoléon Bonaparte (décembre 1851), certaines prennent le nom de « Marianne » ou « la Marianne »[6].

En 1855, une révolte éclate dans les carrières d'ardoise de Trélazé (Maine-et-Loire). Les mécontents avaient formé depuis 1851 une société républicaine appelée « Marianne » . Cet évènement, survenu en plein Second Empire (1852-1870), attira l'attention sur le prénom Marianne, qui commença à sortir des cercles républicains militants. En 1856, le journaliste républicain Félix Pyat publie à Londres une Lettre à Marianne, pamphlet contre l'empereur Napoléon III[6].

Dans les années 1880, alors que la Troisième République est en train de s'enraciner, le prénom Marianne est surtout utilisé au sein des catégories populaires du Sud de la France, et surtout par les personnes les plus acquises à l'idée républicaine. Les dirigeants républicains, comme Ferry ou Gambetta, n'emploient guère cette appellation populaire[7]. Son usage comme synonyme de République continua de progresser au cours du XXe siècle.

Évolution des représentations de Marianne[modifier | modifier le code]

Marianne, le symbole de la République française.

Cette section étudie l'évolution des représentations de la Liberté et de la République sous la forme d'une allégorie féminine. Le prénom Marianne ne fut que progressivement associé à ces allégories féminines.

Les premières représentations d’une femme à bonnet phrygien, allégorie de la Liberté, apparaissent dans l'Antiquité romaine, réunissant l'ancienne allégorie grecque de la liberté (ainsi un statère en électrum du IVe siècle av. J.-C. avec l'inscription Eleutheria) et le bonnet phrygien, coiffure du dieu perse Mithra comme du dieu Atys honoré à Rome dès 204 av. J.-C. Un denier dit de Brutus, et le journal Les Révolutions de Paris, no 141, des 17-24 mars 1792, y font référence.

Pendant la Révolution française et l'Empire (1789-1815)[modifier | modifier le code]

En septembre 1792, la France devient une République. À la place du sceau ou du portrait du monarque, il fallut adopter un symbole visuel de la République, cet état anonyme et abstrait. Un décret du 22 septembre 1792 imposa la représentation d'une femme coiffée d'un bonnet phrygien sur les sceaux de tous les corps administratifs de la République. La médaille servant d’insigne distinctif à la Convention comporta de même l’image d’une femme tenant du bras un bonnet phrygien. La femme à bonnet phrygien devint une allégorie double, celle de la Liberté et celle de la République française[8].

Tandis que le bonnet phrygien lui était très couramment associé, les autres attributs (sceptre de la Raison, massue écrasant l'hydre du mal…) étaient moins constants. Les représentations différaient selon les époques et les préoccupations du peuple français[8].

Dès 1792, il y eut à Paris deux statues de la République : l’une sur la place de la Révolution (ancienne place Louis XV, actuelle place de la Concorde), l’autre sur la place des Piques (ancienne place Louis-le-Grand, actuelle place Vendôme). Les principales villes françaises en eurent également. Statues, bustes ou images décoraient les salles de réunion des grands édifices publics ou des sièges de sociétés populaires[8].

Sous le Consulat et l'Empire, la femme au bonnet phrygien s'est progressivement effacée de l'espace public. Les deux statues parisiennes ont été remplacées en l'an VIII par des colonnes. Au même moment, de nombreuses villes ont fait disparaître leurs statues[8].

Pendant la Monarchie de Juillet (1830-1848)[modifier | modifier le code]

En juillet 1830, Louis-Philippe devient roi, et s'engage à respecter les libertés qui avaient été bafouées par son prédécesseur Charles X. Pendant la monarchie de Juillet (1830-1848), il redevient courant de voir la Liberté représentée sous les traits d'une femme. Mais ces allégories féminines ne comportent généralement pas le bonnet phrygien, qui risquerait d'évoquer la République[9].

L'historien Maurice Agulhon rappelle également qu'au cours des années 1830, le drapeau rouge devient progressivement un symbole de la révolte populaire. Il fait l'hypothèse que le nouveau sens pris par ce drapeau ait également radicalisé le rouge du bonnet, et donc la figure de la femme au bonnet phrygien[9].

Pendant la Deuxième République (1848-1852)[modifier | modifier le code]

À la suite de la révolution de février 1848, la Monarchie de Juillet laisse place à la Deuxième République (1848-1852). En 1848, le gouvernement provisoire lance un concours d'allégories de la République sous forme de figures peintes, sous forme de statues et sous forme de médailles[10]. C'est également en 1848 qu'Elisa de Lamartine, femme du poète Alphonse, sert de modèle pour un buste de Marianne[11].

Dès 1848, le mouvement républicain est marqué par d'importantes divisions, qui se traduisent dans le domaine des symboles. Les partisans d'une République démocratique et sociale optent pour une Marianne combattante, avec cheveux détachés, bonnet phrygien, poitrine découverte. Les défenseurs d'une République plus conservatrice préfèrent une Marianne sereinement assise, sans arme, avec les cheveux attachés, les seins couverts. Cette représentation de la République est souvent plus complexe, puisqu'elle intègre des attributs comme le Travail, le Commerce, la Guerre, ou encore la Paix[10].

À partir de l'élection de Louis-Napoléon Bonaparte comme président de la République, en décembre 1848, le parti de l'Ordre impose une conception conservatrice de la République. Les allégories de la République s'effacent progressivement de l'espace public, surtout celles qui intègrent un bonnet phrygien ou une poitrine dénudée.

Les statues vainqueurs du concours de 1848 sont remisées au dépôt au lieu d'être installées sur la place publique comme promis. Les emblèmes qualifiés alors de séditieux (sein nu et bonnet phrygien) sont interdits par une circulaire du [12]. Dès janvier 1852, on remplace sur les monnaies l'effigie de la République par celle du président Louis-Napoléon Bonaparte[6].

Depuis le début de la Troisième République (1870)[modifier | modifier le code]

La République est rétablie en 1870. Il faut trouver une nouvelle effigie, pour remplacer celle de l'empereur Napoléon III. Dès les années 1870, certains maires républicains installent des bustes de Marianne dans leur mairie, ce qui est mal vu par les préfets conservateurs, surtout quand l'allégorie est coiffée d'un bonne phrygien[13].

Majoritaires à la Chambre des députés à partir de la fin des années 1870, les républicains ont le triomphe modeste. Pour ne pas heurter les Français les plus réactionnaires, le gouvernement n'impose pas d'effigie officielle du nouveau régime. Les statues qui n'ont pas de bonnet phrygien ont les faveurs de Ferry, de Gambetta et des autres dirigeants républicains. Ils leur préfèrent Marianne coiffée d'un diadème rempli d'épis de blé. Mais ils ne peuvent empêcher de nombreux artistes de choisir de coiffer Marianne du fameux bonnet[14].

Le conseil municipal de Paris, dominé par les républicains radicaux, lance en 1878 un concours de statues de Marianne. Le règlement stipule clairement qu'elle doit être affublée du bonnet phrygien. C'est dans le cadre de ce concours que fut réalisé le Monument à la République, installé sur la place de la République et Le Triomphe de la République, qui prit place sur la place de la Nation. Le président Jules Grévy refusa de venir présider l'inauguration du Monument à la République, Marianne y étant représentée avec un bonnet phrygien et une poitrine dénudée[14].

Dans son Archéologie de la république, Maurice Agulhon constate que les représentations allégoriques de Marianne ont de nos jours des valeurs politiques nouvelles : Liberté, Égalité, Fraternité, et que les monuments fixes ont une valeur propagandiste[15].

Au XXe siècle, toutes les mairies se dotent progressivement d’un buste de Marianne qui porte désormais systématiquement le bonnet phrygien et apparaît débarrassée de ses autres attributs (faisceau d’armes, niveau ou balance). Marianne est représentée de manière très épurée. La Marianne de Georges Saupique fut l’une des représentations officielles de la IVe République. Les dernières représentations, les plus en vogue dans les mairies aujourd’hui, sont celles reprenant les traits de femmes célèbres (voir le paragraphe suivant sur les modèles de Marianne). À partir du début du XXe siècle, elle figure également sur des objets de très large diffusion comme les pièces de monnaie ou les timbres-poste.[réf. nécessaire]

Symbolique des objets qui accompagnent certaines représentations de Marianne[modifier | modifier le code]

Les représentations de Marianne incluent parfois des objets. Ces derniers sont souvent empruntés à l’Antiquité gréco-romaine. Certains sont des attributs d'Athéna (la déesse de la guerre) ou de Déméter (la déesse de l'agriculture et des moissons)[16].

Les objets accompagnant certaines représentations de Marianne, et leur signification
Objets Signification
Le pileus confondu par la suite avec le bonnet phrygien L'affranchissement des esclaves dans l'Antiquité
La couronne L’invincibilité
Les seins nus La nourrice et l’émancipation[Laquelle ?]
La cuirasse Le pouvoir
Le lion Le courage et la force du peuple
L’étoile L’intelligence
Le triangle L’égalité
Les chaînes brisées La liberté
Les mains croisées La fraternité
Les faisceaux L’autorité de l’État
La balance La justice
La ruche Le travail

Représentations[modifier | modifier le code]

Les statues allégoriques inspirées de Marianne[modifier | modifier le code]

D'après Culture Crunch : « La statue de la Liberté, allégorie intitulée « La liberté éclairant le monde », offerte par la France aux États-Unis représente les valeurs communes des deux républiques aux constitutions issues des Lumières : la liberté éclairée et éclairante ; l'Alma Mater de la conscience civique assimilable à Marianne »[17].

À Paris, deux monuments principaux incarnent Marianne.

Ils ont été érigés dans le cadre d'un concours lancé par le conseil municipal de Paris en 1878 pour commémorer le centenaire de la République française.

Place de la Nation (11e et 12e arrondissements), Jules Dalou a sculpté Le Triomphe de la République. La statue est de nos jours mise en valeur dans le cadre de l'aménagement du jardin de Marianne.

Place de la République (11e arrondissement), on trouve le Monument à la République, conçu par les frères Léopold Morice, sculpteur, et François-Charles Morice, architecte, et qui leur permit de remporter le concours organisé par le conseil municipal de Paris. Inauguré en 1883, le monument est constitué d'une statue colossale de Marianne en bronze de 9,50 mètres de haut sur un soubassement en pierre de 15 mètres de haut où sont assises des allégories de la Liberté, de l'Égalité et de la Fraternité. La place de la République étant un lieu de rencontre et le point de départ de manifestations, le monument fait régulièrement l'objet de tags et de graffitis[18].

En Guyane, la colonne de la République, sur la place des Palmistes, est un monument arborant le buste de Marianne.

Tableaux[modifier | modifier le code]

Marianne représentée comme La Liberté guidant le peuple.

Dans le tableau d’Eugène Delacroix La Liberté guidant le peuple, la liberté est représentée allégoriquement et peut évoquer Marianne.

Cependant Eugène Delacroix ne s'est pas inspiré de la révolution de 1789, mais de celle des Trois Glorieuses (ou révolution de Juillet de 1830), qui instaure la monarchie de Juillet, avec comme roi Louis-Philippe, qui s'engage à respecter certaines libertés qui avaient été bafouées par son prédécesseur Charles X. Ce tableau représente donc bien une allégorie de la liberté et non l'allégorie de la République[19].

Affiches[modifier | modifier le code]

  • The French woman in war-time, affiche de Georges Capon, Les Affiches nouvelles, 1917-1918 : Marianne, telle une guerrière, symbolise la France en guerre.
  • Marianne aux stigmates, affiche de Paul Colin, 1944.

Les représentations de très large diffusion[modifier | modifier le code]

Timbres-poste[modifier | modifier le code]

Depuis la Libération, il y a eu le plus souvent une série de valeurs « Marianne » ou d’allégories féminines rappelant Marianne sur les timbres d’usage courant.

Pièces de monnaie[modifier | modifier le code]

Pièce de 20 centimes
Portrait de Marianne sur une pièce de 20 centimes de franc (modèle Lagriffoul).

Marianne a été représentée sur de nombreuses pièces de monnaie, comme les derniers centimes de franc, la pièce de 10 francs de 1986 (gravée par Joaquin Jimenez), les pièces en francs Pacifique et les faces françaises des actuels centimes d’euros.

Communication du gouvernement[modifier | modifier le code]

En 1999, le gouvernement français adopta un logotype, qui représente le profil d’une Marianne dessinée en blanc sur un fond bleu et rouge, figurant ainsi le drapeau tricolore, accompagnée de la devise « Liberté – Égalité – Fraternité » et de la mention « République française ». Il est utilisé par l’ensemble des services de l’État (ministères, secrétariats d’État, préfectures, services déconcentrés, etc.).

Fin 2017, le président Emmanuel Macron prononce ses vœux du réveillon du Nouvel An avec un tableau de Marianne en arrière plan, réalisé par l'artiste street art Shepard Fairey[20].

En 2020, le logo est modernisé après le Grand débat national. La Marianne est toujours présente, en une version plus réduite mais avec les épaules apparentes. Elle devient aussi la photo de profil des comptes opérés par l’État sur les différents réseaux sociaux[21].

Modèles[modifier | modifier le code]

Le modèle distribué dans les écoles françaises au début du XXe siècle.

Les modèles ayant servi aux représentations de Marianne sont nombreux et variés.

Les artistes ayant réalisé les bustes de Marianne ont utilisé pour modèle :

  • leur compagne ;
  • un modèle, une belle femme inconnue ;
  • des modèles locaux ;
  • des personnalités.

Il n’existe pas de modèle officiel de Marianne. « Aucun texte législatif ou réglementaire n'impose de modèle spécifique aux maires, ni même ne les oblige à placer une Marianne dans leur mairie. »[22] Selon l’Association des maires de France, « aucune élection de Marianne n'est organisée par le ministère de l'Intérieur ou par l'AMF. Ce sont les sculpteurs eux-mêmes qui sont libres de représenter Marianne à leur façon, tout comme les mairies sont libres de choisir le buste qu'elles souhaitent exposer. »[23]. Seule exception[24], en 1999, lorsque l'AMF invite l'ensemble des maires à désigner sa Marianne de l'an 2000[25],[26],[27].

En 1970, la décision du sculpteur Aslan de prendre pour modèle une célébrité, Brigitte Bardot, marque un tournant[28]. Dès lors, d'autres personnalités du monde du cinéma ou de la chanson sont choisies pour prêter leurs traits à Marianne.

En 1984, un ancien journaliste, soutenu par Edgar Faure, crée une association[25] destinée à décerner chaque année des Marianne d'or aux vingt meilleurs maires de l'année[29]. Pour se faire connaître, l'association décide de désigner sa propre Marianne. Ce sera Catherine Deneuve en 1985, puis Inès de La Fressange en 1989. C'est la première fois qu'un mannequin est choisi. Cet événement vaudra à Inès de La Fressange de perdre son contrat d'exclusivité avec la maison Chanel, Karl Lagerfeld ne souhaitant pas « habiller un monument, c'est trop vulgaire ! »[30].

En 2003, l'association des Marianne d'or désigne la journaliste Évelyne Thomas comme la nouvelle Marianne. Ce choix soulève la controverse. Le buste a été réalisé par le sculpteur Daniel Druet[31]. En 2011, le panel d'un sondage élit Sophie Marceau comme Marianne potentielle, devant Marion Cotillard ou Vanessa Paradis[32]. Le buste n'a toutefois jamais été réalisé.

En réaction aux attentats du 13 novembre 2015, Pierre et Gilles réalisent un portrait photographique de Marianne sous les traits de Zahia Dehar[33].

Association des Marianne d'or :

Expositions[modifier | modifier le code]

En 2003, le musée de la Révolution française organise une exposition temporaire sur les représentations de Marianne de 1792 à nos jours.

En 2019, une exposition à Saint-Amand-les-Eaux retrace les milles visages de Marianne[37].

Les représentations non officielles[modifier | modifier le code]

En marge des représentations officielles, des représentations libres se multiplient ; les caricaturistes, les artistes s’emparent de Marianne comme image symbolisant la nation ou la République.

Les organisateurs de la Fête de l'Humanité ont choisi par exemple une Marianne noire portant le drapeau rouge[38]. De l’autre côté de l’échiquier politique, on a pu voir une Marianne blanche avec un œil au beurre noir lors des élections européennes de 2009.

Caricatures[modifier | modifier le code]

La République dompte l'anarchie (La Halle aux Charges, 7 avril 1883).
Le Petit Journal, 10 juillet 1898.

Marianne est un symbole du modèle républicain, et par conséquent, a été l'objet de nombreuses attaques de la part des partisans de la mise en place d'autres régimes politiques. Depuis les partisans de la monarchie jusqu'à d'autres mouvements farouchement anti-républicains.[réf. nécessaire]

Elle fut surnommée avec mépris « la gueuse » par certains courants monarchistes, c'est-à-dire la mendiante ou la femme de mauvaise vie. Notamment dans la chanson des Camelots du roi (tendance monarchiste-nationaliste de laquelle la famille d'Orléans s'est désolidarisée dans les années 1930), composée vers 1908-1910, où les partisans de l'héritier du roi de France prétendent vouloir la pendre ou lui « casser la gueule » sur l'air du chant révolutionnaire La Carmagnole.[réf. nécessaire]

L'établissement de la loi de la liberté de la presse en 1881 a permis aux partis ou groupes politiques d'utiliser les représentations de Marianne d'une manière satirique, comme l'explique Maurice Agulhon : « En établissant en 1881, la liberté de la presse, elle [la République] ouvre les vannes à tous les réquisitoires et à toutes les caricatures de son image symbolique... Elle réussit à se faire « traiter » de révolutionnaire par les conservateurs et les catholiques et de bourgeoise par le mouvement ouvrier »[39].

Au XIXe siècle, de nombreuses caricatures représentent Marianne dominant les hommes de toutes classes sociales (politique, religieuse, dirigeant…) malgré un patriarcat fort au sein de la société[40].

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Fresques[modifier | modifier le code]

En réponse aux provocations sur les violences policières lors de nombreuses manifestations de 2020, une équipe de graffeur réalise une performance contestée sur la Marianne stylisée de Shepard Fairey alias Obey reprise en fresque urbaine monumentale dans le 13e arrondissement de Paris en rajoutant des larmes de sang à ses yeux[41],[42],[43].

En 2021, l'artiste grapheur Majid Cheikh réalise une fresque géante sur le mur d'un immeuble dans la rue Ramatuelle de La Seyne-sur-Mer[44].

Art contemporain[modifier | modifier le code]

La Marianne a été peinte par les artistes Bernard Buffet et Shepard Fairey, une toile de ce dernier figure dans le bureau du président Emmanuel Macron au palais de l'Élysée.

Liste de sculpteurs du buste de Marianne[modifier | modifier le code]

(liste alphabétique non exhaustive)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Christian Laux, Albigés, païs occitan : recueil de textes tarnais, 1980.
  2. a et b Christian Laux, « D'où vient donc Marianne ? », Annales historiques de la révolution française, 254, 1983, en ligne.
  3. a et b Maurice Agulhon, Marianne au combat : l'imagerie et la symbolique républicaines de 1789 à 1880, Flammarion, (ISBN 2-08-210955-0 et 978-2-08-210955-0, OCLC 5573309, lire en ligne), introduction.
  4. « Edition du soir Ouest France », sur www.ouest-france.fr (consulté le ).
  5. Arthur Wallet, « Les symboles de la République », Académie d'Amiens,‎ (lire en ligne).
  6. a b et c Maurice Agulhon, Marianne au combat : l'imagerie et la symbolique républicaines de 1789 à 1880, Flammarion, (ISBN 2-08-210955-0 et 978-2-08-210955-0, OCLC 5573309, lire en ligne), chapitre 5.
  7. Maurice Agulhon, Marianne au combat : l'imagerie et la symbolique républicaines de 1789 à 1880, Flammarion, (ISBN 2-08-210955-0 et 978-2-08-210955-0, OCLC 5573309, lire en ligne), conclusion.
  8. a b c et d Maurice Agulhon, Marianne au combat : l'imagerie et la symbolique républicaines de 1789 à 1880, Flammarion, (ISBN 2-08-210955-0 et 978-2-08-210955-0, OCLC 5573309, lire en ligne), chapitre 1.
  9. a et b Maurice Agulhon, Marianne au combat : l'imagerie et la symbolique républicaines de 1789 à 1880, Flammarion, (ISBN 2-08-210955-0 et 978-2-08-210955-0, OCLC 5573309, lire en ligne), chapitre 2.
  10. a et b Maurice Agulhon, Marianne au combat : l'imagerie et la symbolique républicaines de 1789 à 1880, Flammarion, (ISBN 2-08-210955-0 et 978-2-08-210955-0, OCLC 5573309, lire en ligne), chapitre 3.
  11. Bernard Richard, Les emblèmes de la République, dl2011 (ISBN 978-2-271-07299-3 et 2-271-07299-9, OCLC 800994648, lire en ligne)
  12. Maurice Agulhon, Marianne au combat : l'imagerie et la symbolique républicaines de 1789 à 1880, Flammarion, (ISBN 2-08-210955-0 et 978-2-08-210955-0, OCLC 5573309, lire en ligne), chapitre 4.
  13. Maurice Agulhon, Marianne au combat : l'imagerie et la symbolique républicaines de 1789 à 1880, Flammarion, (ISBN 2-08-210955-0 et 978-2-08-210955-0, OCLC 5573309, lire en ligne), chapitre 6.
  14. a et b Maurice Agulhon, Marianne au combat : l'imagerie et la symbolique républicaines de 1789 à 1880, Flammarion, (ISBN 2-08-210955-0 et 978-2-08-210955-0, OCLC 5573309, lire en ligne), chapitre 7.
  15. Maurice Agulhon, « Esquisse pour une archéologie de la République. L'allégorie civique féminine », Annales, vol. 28, no 1,‎ , p. 5–34 (DOI 10.3406/ahess.1973.293328, lire en ligne, consulté le )
  16. Maurice Agulhon, Un usage de la femme au XIXe siècle : l’allégorie de la République, Romantisme, 1976, vol. 6, no 13, p. 143-152.
  17. « Symboles de la République - Marianne : son histoire, sa symbolique, ses représentations », sur Culture-Crunch.com, (consulté le )
  18. Philippe Baverel, « Paris : faut-il inscrire la statue de Marianne, place de la République, aux monuments historiques ? », sur leparisien.fr, (consulté le )
  19. « Pourquoi Marianne a le sein nu ? », sur marieclaire.fr, (consulté le ).
  20. « Mais quel est ce tableau de Marianne derrière Macron à l'Élysée? », sur Le HuffPost, (consulté le )
  21. « Introduction », sur Gouvernement.fr (consulté le )
  22. « Marianne de l'an 2000 - Sénat », sur www.senat.fr (consulté le ).
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  25. a b et c Eric Aeschimann, « Evelyne Thomas, la Marianne d'un club sélect de 320 édiles », sur Libération.fr, (consulté le )
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  32. « Sophie Marceau pour incarner Marianne ? - Elle », sur elle.fr, (consulté le )
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  38. Une Marianne communiste : analyse d’une e-affiche du journal l’Humanité
  39. Maurice Agulhon, Marianne, les visages de la République, Editions Gallimard,
  40. « "LES DROITS DES FEMMES, de Daumier à nos jours" : une exposition itinérante à imprimer », sur www.caricaturesetcaricature.com (consulté le )
  41. « A Paris, des graffeurs ajoutent des larmes de sang à la Marianne de Shepard Fairey », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  42. (en-US) HIYA! Rédaction, « EXCLUSIF : L’équipe de graffeurs revient sur sa performance avec une vidéo spectaculaire (et le texte intégral de leur revendication) ! #MariannePleure », sur HIYA!, (consulté le )
  43. « Des graffeurs font "pleurer" la Marianne de Shepard Fairey pour faire passer un message », sur Le HuffPost, (consulté le )
  44. « LaSeyne.Info - La Fresque représentant « Marianne », de Snake Graffiti et Majid Cheikh à La Seyne sur Mer - », sur www.laseyne.info (consulté le )
  45. AFP, « Aslan, l'illustrateur aux mille et une pin-up, est mort », France Info, (consulté le ).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Maurice Agulhon, « Un usage de la femme au XIXe siècle : l’allégorie de la République », Romantisme, 1976, vol. 6, no 13, p. 143-152. (lire en ligne)
  • Maurice Agulhon, Marianne au combat : l’imagerie et la symbolique républicaines de 1789 à 1880, Flammarion, 1979.
  • Maurice Agulhon, Marianne au pouvoir : l’imagerie et la symbolique républicaines de 1880 à 1914, Flammarion, 1989.
  • Maurice Agulhon et Pierre Bonte, Marianne : les visages de la République, Paris, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard / Histoire (no 146) », , 128 p. (ISBN 2-07-053208-9, présentation en ligne)
  • Maurice Agulhon, « Marianne, réflexions sur une histoire », Annales historiques de la Révolution française, 1992, vol. 289, no 1, p. 313-322. (lire en ligne)
  • Maurice Agulhon, Les Métamorphoses de Marianne : l’imagerie et la symbolique républicaines de 1914 à nos jours, Paris, Flammarion, 2001, 320 p. (ISBN 978-2-08-210011-3)
  • Bernard Derrieu, Xavier Fehrnbach, Jean-Louis Libourel, Vingt monuments à la République, Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France, Région Languedoc Roussillon, (ISBN 2-907276-11-5)
  • Guillaume Doizy et Jacky Houdré, Marianne dans tous ses états, La République en caricature de Daumier à Plantu, Paris, Alternatives, 2008, 144 p. (ISBN 978-2-86227-567-3)
  • Jean Garrigues, Images de la Révolution : l’imagerie républicaine de 1789 à nos jours, Paris / Nanterre, Du May / Bibliothèque de documentation internationale contemporaine, 1988, 174 p. (ISBN 2-906450-28-6)
  • Entre liberté, république et France : les représentations de Marianne de 1792 à nos jours : [exposition, Vizille, Musée de la Révolution française, 27 juin-6 octobre 2003] / [catalogue par Maurice Agulhon, Pierre Bonte, Robert Chagny, et al.], Vizille / Paris, Musée de la Révolution française / Réunion des musées nationaux, 2003, 94 p. (ISBN 2-7118-4685-7).
  • Giors Oneto, Le origini di Marianna, Salvan , Spiridon Inter, 1958
  • Bernard Richard, Les emblèmes de la République, CNRS Éditions, 2012, chap. II.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]