Édouard Vaillant

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Édouard Vaillant, né le à Vierzon (Cher) au 3 rue Neuve (actuellement avenue de la République) et mort à Paris le à son domicile 15 Villa du Bel-Air dans le 12e arrondissement, est un homme politique socialiste français, l'un des élus majeurs de la Commune de Paris qu'un journaliste du Populaire dans les années 1930 a surnommé « la plus forte tête pensante » de la Commune[1],[2]. De par sa formation, sa culture et son action, il forme, avec Jean Jaurès et Jules Guesde, le trio majeur du socialisme français de la fin du XIXe siècle et du début du XXe.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille aisée, Édouard Vaillant est né le 29 janvier 1840 à Vierzon. Il passe les deux premières années de sa vie à Vierzon, avant que sa famille ne s'installe simultanément à Salbris (Loir-et-Cher) et à Paris dans le quartier du Panthéon. Il apprend le latin à Salbris avec un prêtre. Il devient interne à l'âge de huit ans au collège Sainte-Barbe de Paris, où il supporte mal la discipline. En 1857, il obtient son baccalauréat ès sciences et prépare son entrée à l'École centrale où cinq ans plus tard il est diplômé "Ingénieur des Arts et Manufactures". En 1865 il est docteur ès sciences à la Sorbonne. Devenu docteur en médecine en Allemagne, puis obtenant après la Commune les équivalences nécessaires en Angleterre, Vaillant pourra exercer la médecine dans ces deux pays, mais pas en France, où son autorité dans ce domaine sera cependant largement reconnue[3]. Cela lui permettra de mener à bien de nombreuses réformes en matière d’hygiène et d’enseignement médical. À Londres, il est même, en tant que chirurgien, membre du Royal College of Surgeons[4] et assistant du célèbre spécialiste européen de la gorge Morell Mackenzie[5]. Pendant son séjour universitaire en Allemagne, il adhère à Genève à l'Association internationale des travailleurs et fréquente les milieux révolutionnaires où il rencontre Charles Longuet, Louis-Augustin Rogeard, Jules Vallès. Il découvre ainsi les thèses de Pierre-Joseph Proudhon, dont il fait connaissance.

Il rentre à Paris au début de la guerre franco-prussienne de 1870. Il a alors une adresse à Vierzon-Ville, 27 route de Paris (actuellement le lycée technique Henri Brisson). Le , il prend part à l'insurrection parisienne. Avec Charles Longuet, il envoie un télégramme à Karl Marx pour l'informer de la chute de l'Empire et de la composition du nouveau gouvernement. Pendant le siège, il sert à l’artillerie de la Garde nationale. Édouard Vaillant est signataire du manifeste du comité central des vingts arrondissements.

Participation à la Commune[modifier | modifier le code]

Dès la capture de Napoléon III, il prend part à l'agitation révolutionnaire qui secoue Paris. Il assiste ainsi à l'avènement de la République le 4 septembre 1870. Pendant le siège de Paris, il fait la connaissance d'Auguste Blanqui. Il est à l'origine du Comité central républicain des Vingt arrondissements, participe aux soulèvements des 31 octobre 1870 et du 22 janvier 1871 contre la politique du Gouvernement de la Défense nationale et qui tentent d'instaurer la Commune, refusant les négociations d'armistice. Il participe à la création du Comité central de la Garde nationale. Le 5 janvier 1871, il est des quatre rédacteurs de l'Affiche rouge, qui appelle à la formation d'une Commune à Paris. Le 8 février, il est, sans succès, candidat socialiste révolutionnaire aux élections à l'Assemblée nationale.

Après le déclenchement de la Commune, il est élu au Conseil de la Commune dans le VIIIe arrondissement. Il devient délégué à l'Instruction publique, succédant à l'éphémère Roullier. Il tente de développer l'école pour tous. Il s'attache d'abord à réorganiser les écoles primaires qui subissent la désaffection d'une bonne part des religieux. Il essaie d'instaurer la laïcité à l'école en interdisant l'enseignement religieux. Il tente aussi de valoriser l'éducation des filles et l'enseignement professionnel. Mais, la rapide fin de la Commune empêche une véritable mise en place de ses réformes. Il est également gérant du Journal officiel de la Commune.

Exil à Londres 1871-1880[modifier | modifier le code]

Dès la fin de la Semaine sanglante, il s'exile en l'Angleterre, en passant par l'Espagne et le Portugal (sans attendre sa condamnation à mort par contumace, en juillet 1872, par le 3e Conseil de guerre). Rejoint par sa mère fortunée, il déménage dans le Grand Londres, à Kentish Town, où il vit dans une certaine aisance[6].

À Londres, il entre au secrétariat de l'Internationale où il continue à militer dans la tendance blanquiste. Mais il rompt en 1872, trouvant que l'Internationale n'est pas assez révolutionnaire. Il anime également le groupe blanquiste de la Commune révolutionnaire, auteur d'un manifeste communiste, Aux Communeux (juin 1874)[7].

Retour d'exil à Vierzon et dans le Cher 1880-1884[modifier | modifier le code]

De retour en France après la loi d'amnistie du 11 juillet 1880, il poursuit le combat politique aux côtés de Blanqui qu'il aide à lancer le quotidien "Ni Dieu, ni maître" auquel il collabore. Il se consacre particulièrement à la propagande révolutionnaire dans le Cher, se fixant à Vierzon. Il est aussi l'un des dirigeants du Comité révolutionnaire central (CRC) créé en 1881 après la mort de Blanqui.

Le conseiller municipal en 1884[modifier | modifier le code]

En 1884 il est élu simultanément conseiller municipal à Vierzon-Ville, Vierzon-Villages, et dans le quartier de Belleville Paris dans le 20e arrondissement.

Il opte pour ce dernier mandat qui lui sera renouvelé en 1887 et qu'il n'abandonnera qu'après son élection à la Chambre des députés. Puis, député de la circonscription en 1893 dans le quartier du Père-Lachaise, il sera régulièrement réélu jusqu'à sa mort en 1915.

Vaillant tente d'unir les courants du socialisme, mais la montée du boulangisme provoque une nouvelle division en 1889, quand Granger et les partisans d'une participation au boulangisme s'opposent à Vaillant et quittent le CRC pour fonder le Comité central socialiste révolutionnaire.

Le député de Paris en 1893[modifier | modifier le code]

Il est élu le 3 septembre 1893 député de la Seine, quartier du Père-Lachaise (2e circonscription du 20e arrondissement, arrondissement dit « de Ménilmontant »).

Ce problème du manque d'unité des socialistes refait surface dix ans plus tard, lors de l'affaire Dreyfus, quand la question de la participation au gouvernement divise Jean Jaurès et Jules Guesde. Dans la lutte entre les « révolutionnaires » et les « réformateurs », il adopte une position intermédiaire. En 1898 il est réélu député de la Seine. Le CRC, la formation vaillantiste se transforme en Parti Socialiste Révolutionnaire (P.S.R.).

Dirigeant du Parti socialiste révolutionnaire (qui a succédé au CRC), il participe à l'unification du mouvement socialiste français. En 1901, il prend part à la fusion avec le Parti ouvrier et l'Alliance communiste révolutionnaire au sein de l'Unité socialiste révolutionnaire (qui aboutit à la formation en 1902 du Parti socialiste de France)[8] puis, en 1905, à la fusion avec le Parti socialiste français qui permet la formation de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO). Figure majeure du parti avec Jaurès et Guesde, il est accueilli dans les assemblées et les congrès socialistes au cri de « Vive la Commune ! ».

En tant que député socialiste, il défend les libertés communales, la journée de huit heures, l'extension des assurances maladie, chômage, invalidité... Il est candidat de la SFIO à l'élection présidentielle de janvier 1913, arrivant troisième avec un peu plus de 8 % des voix, derrière le candidat radical Jules Pams et le républicain modéré Raymond Poincaré. Il est ainsi le premier socialiste à se porter candidat à ce poste, le deuxième si on considère comme tel le républicain François-Vincent Raspail de 1848[9].

Comme la grande majorité des socialistes, il se rallie à l'Union sacrée après l'assassinat de Jean Jaurès.

Famille[modifier | modifier le code]

Edouard Vaillant est l'arrière-grand-père d'Élisabeth Badinter par sa petite-fille, Sophie Vaillant, qui se maria avec le fils d'émigré juif russe Marcel Bleustein (devenu Marcel Bleustein-Blanchet après ses activités à la Résistance), fondateur du groupe Publicis[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. J.-M. Favière, (v. sources), p. 266.
  2. M. Dommanget (v. sources), p. 32. Article de B. Mayéras dans Le Populaire du 17 décembre 1933.
  3. M. Dommanget, (v. sources), p. 134.
  4. Biographie d'Edouard Vaillant, Marc Nadaux
  5. M. Dommanget, (v. sources), p. 51.
  6. Edouard Vaillant en exil à Londres
  7. Edouard Vaillant
  8. Gilles Candar et Edouard Vaillant, Le socialisme républicain, Fondation Jean Jaurès, , p. 36.
  9. G. Candar, (v. sources), p. 8.
  10. Marion Van Renterghem, « Élisabeth Badinter, la griffe de la République », Le Monde, 19.06.16 [lire en ligne]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Sources bibliographiques[modifier | modifier le code]

  • Maurice Dommanget Edouard Vaillant, un grand socialiste, 1956, Paris, La Table Ronde, 529 p.
  • Jolyon Howorth, Edouard Vaillant, la création de l'unité socialiste en France, 1982, Paris, Syros, 378 p.
  • Bernard Noël, Dictionnaire de la Commune, Flammarion, collection Champs, 1978
  • Jean-Marie Favière, Je te parle au sujet d'Edouard Vaillant (tome 1 : La tête pensante de la Commune), JPS Éditions, Bourges, 2015, 374 p.
  • Gilles Candar, Edouard Vaillant - Le socialisme républicain, Éditions Fondation Jean Jaurès, Paris, 2015, 74 p.
  • « Édouard Vaillant », dans le Dictionnaire des parlementaires français (1889-1940), sous la direction de Jean Jolly, PUF, 1960 [détail de l’édition]

Liens externes[modifier | modifier le code]