Émile Pouget

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Émile Pouget
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Émile Pouget par Aristide Delannoy publié dans Les Hommes du jour (1908).

Naissance
Pont-de-Salars, Aveyron, Drapeau de la France France.
Décès (à 70 ans)
Palaiseau, Seine-et-Oise, Drapeau de la France France.
Nationalité Française
Pays de résidence France
Activité principale

Émile Pouget, né à Pont-de-Salars (Aveyron) le et mort à Palaiseau dans le quartier de Lozère (Seine-et-Oise) le , est un militant anarchiste, antimilitariste et syndicaliste révolutionnaire français[1].

Fondateur de journaux libertaires comme Le père Peinard, La Sociale et La Révolution, il fut secrétaire adjoint de la section des fédérations de la CGT de 1901 à 1908[2].

Il voit dans la grève générale, qu’il appelle « grève générale expropriatrice », « l’unique moyen pour renverser l’ordre capitaliste et gouvernemental »[3].

Jeunesse et formation militante[modifier | modifier le code]

Couverture de la brochure Le Sabotage (réédition).

Né en 1860, Émile Pouget s’investit très tôt dans le mouvement ouvrier. Son père, notaire, étant décédé, sa mère se remaria avec un employé des ponts et chaussées républicain et alla résider à Salles-la-Source. Marqué à jamais par le procès des Communards de Narbonne qui se tient à Rodez, il affûte sa plume incisive et révoltée dès ses années lycéennes en fondant son premier journal, Le Lycéen républicain.

Dès 1879, il participe à la création du Syndicat des employés du textile. En 1881, il rejoint un groupe d’anarchistes français au congrès international de Londres. Le , alors qu’il mène un cortège de « sans travail » des Invalides vers le boulevard Saint-Germain, trois boulangeries sont pillées. Il est arrêté, place Maubert, alors qu’il tente de soustraire Louise Michel aux policiers. Il est ensuite condamné à huit ans de prison pour « pillage à main armée » et incarcéré entre 1883 et 1886 à la prison de Melun ; le catholique Albert de Mun était également présent lors de ces manifestations, comme le rappellera Jaurès lors d’un débat concernant les lois scélérates.

La création du Père peinard[modifier | modifier le code]

Les Lois scélérates de 1893-1894, Francis de Pressensé et Émile Pouget, Éditions de La Revue Blanche, 1899.

En 1879, il participe à la création du premier syndicat d’employés à Paris. Le , il édite un journal pamphlétaire, Le Père peinard, où il s’attache à éveiller les consciences ouvrières en dénonçant notamment l’illusion de la lutte politique. Il prône l’action directe et la grève générale expropriatrice (« l’unique moyen pour renverser l’ordre capitaliste et gouvernemental »[3]) comme instruments de lutte préalables à la révolution. En 1894, la répression des milieux anarchistes après l’assassinat du président Sadi Carnot l’oblige à émigrer en Angleterre. Il est amnistié en 1895 et rentre alors en France.

Au milieu des années 1890, alors que les anarchistes, à la suite de l'ère des attentats, restent divisés sur la question de savoir s’il leur faut ou non entrer dans les syndicats, Émile Pouget milite activement en faveur de leur entrée. Et lui-même s’y investit pleinement, jouant un rôle de plus en plus important au sein de la jeune Confédération générale du travail où il défend la tendance révolutionnaire du syndicalisme contre les réformistes. Il y fait notamment adopter en 1897 le principe du sabotage comme moyen d’action sur le patronat, et les revendications sur la journée de huit heures et le repos hebdomadaire (congrès de Bourges de 1904). Il prend aussi en charge, à partir de 1900, le premier organe de presse de la CGT, La Voix du Peuple[4].

En 1906, il participe à la rédaction de la motion qui sera adoptée par la CGT lors du congrès d’Amiens. Cette adoption signe la victoire — temporaire — du syndicalisme révolutionnaire au sein de la Confédération en affirmant l’autonomie syndicale quant aux partis politiques et la perspective, outre l’obtention d’améliorations immédiates pour les travailleurs, de leur émancipation intégrale par l’abolition du salariat et l’expropriation capitaliste.

Deux ans plus tard, il est arrêté avec 30 autres cadres cégétistes à la suite des grèves de Draveil-Villeneuve-Saint-Georges, et ne peut donc participer au congrès de Marseille en octobre 1908, au cours duquel la confédération entérine une motion antimilitariste.

Après avoir tenté, en 1909, de lancer un grand quotidien syndicaliste révolutionnaire, La Révolution, qui cessera rapidement faute de moyens, Émile Pouget se retire du mouvement syndicaliste et meurt discrètement en 1931.

Antimilitarisme[modifier | modifier le code]

Poursuivi et condamné au procès de 1883 aussi pour la publication et la diffusion d'une brochure antimilitariste, Pouget restera longtemps fidèle à ses convictions. Il participera ainsi au journal antimilitariste La Guerre sociale fondé par Gustave Hervé en 1907[5]. Autant qu'il soit possible d'en juger à partir des documents de l'époque, il semble avoir adopté une position personnelle de repli pendant la guerre 14-18, malgré l'écriture et la publication de feuilletons patriotiques dans L'Humanité.

Affaire Dreyfus[modifier | modifier le code]

Emile Pouget, comme Victor Griffuelhes, considéra l'affaire Dreyfus comme "une énorme mystification"[6],[Note 1]. Bertrand Joly, dans Histoire politique de l'affaire Dreyfus, mentionne un article du Père Peinard du 21 - 28 novembre 1897 dans lequel l'anarchiste antimilitariste écrit notamment : "Qu'il soit innocent ou coupable, je m'en tamponne le coquillard ! J’ai beau le reluquer sous toutes les coutures, je ne trouve en lui que l’officier."[7]

Certaines idées de Pouget et d'autres cégétistes étaient-elles préfascistes ?[modifier | modifier le code]

Dans son ouvrage controversé, Ni droite ni gauche, l'idéologie fasciste en France, Zeev Sternhell prétend[non neutre] qu'une société fondée sur les critères exposés par Sorel, Berth, Pouget, Lagardelle, Griffuelhes aurait présenté les caractéristiques principales du type idéal d'une société fasciste[8],[Note 2]. Le même auteur affirme que Pouget fait preuve d'un « élitisme à outrance », proche de celui de Vilfredo Pareto et de Robert Michels, et que, selon lui, « la minorité consciente » a « obligation d'agir », sans tenir compte de la « masse réfractaire », ces « inconscients » qui à côté des militants ne sont que des « zéros humains »[Note 3].

Sternhell cite aussi Pierre Thomas, collaborateur de Marcel Déat, spécialiste du syndicalisme (qui sera aussi expert du Rassemblement national populaire sur la question juive), car « le socialisme national de 1940 vient puiser dans la révolte gauchisante du début du siècle sa haine de la démocratie libérale, du parlementarisme et du suffrage universel » ; « Thomas cite les attaques lancées contre la démocratie par Pouget, par Griffuelhes ; il rappelle leur culte des élites, des minorités agissantes et leur soif d'action directe »[9]. Georges Valois, fondateur du Faisceau, recommandait aussi la lecture des ouvrages d'Emile Pouget aux congressistes de l'Action française[10],[Note 4].

Quoi qu'il en soit, aucun biographe de Pouget n'a mentionné, dans la fin de vie du vieux militant reconverti dans la réalisation de catalogues artistiques, qu'il ait pu avoir quelque sympathie pour les mouvements préfascistes ou fascistes.

Célèbre maxime d'Émile Pouget[modifier | modifier le code]

  • « À mauvaise paye mauvais travail ! »[Note 5], justifiant ainsi la pratique du sabotage.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

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Anthologie[modifier | modifier le code]

  • Émile Pouget, Le Père Peinard, Journal espatrouillant. Articles choisis (1889-1900). Les Nuits rouges, 2006 (ISBN 9782913112278).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. "pour Sorel, pour Lagardelle et les hommes du Mouvement socialiste, pour les dirigeants syndicalistes comme Pouget et Griffuelhes, l'Affaire aura été une énorme mystification. Une fois de plus, comme en 1789, en 1830 ou en 1848, la bourgeoisie aura fait appel à la force révolutionnaire du prolétariat pour sauvegarder ses propres intérêts. Une fois de plus, selon eux, le prolétariat était devenu le chien de garde de la bourgeoisie ; une fois de plus, au nom de la liberté et de la République, de la démocratie et de la laïcité, il a été berné par ses chefs politiques qui l'ont amené à sauver ses propres exploiteurs, ses propres oppresseurs"
  2. « En réalité, une société fondée sur les critères exposés par Sorel, Berth, Pouget, Lagardelle ou Griffuelhes aurait présenté les caractéristiques idéales d'une société fasciste. Conduite par « les conscients, les révoltés » dont le mépris est sans bornes pour la démocratie, le suffrage universel, le parlementarisme et le mode de vie de la société bourgeoise, cette société syndicaliste veut façonner un nouveau type d'homme, mû par « la hardiesse, la discipline merveilleuse » que dégage « l'armée des travailleurs » en grève. »
  3. Dans son ouvrage, Sternhell cite (page 258) un texte d'Émile Pouget extrait de La Confédération générale du travail, publié par les éditions Rivière en 1909 (p. 35-36).
  4. « Cf. le rapport de Georges Valois sur « La propagande dans les milieux syndicalistes » présenté au IIe national de l'Action Française tenu du 17 au 20 juin 1909, L'Action française, 15 juillet 1909, p. 71 - 72. Valois recommande aux congressistes de l'Action française la lecture détaillée et approfondie de la collection de la « Bibliothèque du Mouvement socialiste » et plus généralement tous les ouvrages signés Pouget, Griffuelhes, Lagardelle, Janvion, Berth et Sorel. »
  5. Émile Pouget paraphrase ainsi les ouvriers terrassiers américains de Bedford. Apprenant la prochaine réduction de leur salaire, ils rognèrent leurs pelles de deux pouces et demi au cri de « À petite paie, petite pelle »

Références[modifier | modifier le code]

  1. Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français : « notice biographique », sur maitron-en-ligne.univ-paris1.fr (consulté le 10 décembre 2016).
  2. Dictionnaire des anarchistes : « notice biographique », sur maitron-en-ligne.univ-paris1.fr (consulté le 10 décembre 2016).
  3. a et b Ernest W. Smith, Jean Finot, La Revue mondiale : ancienne "Revue des Revues", volume 132, 1919. sur Google Livres.
  4. Encyclopædia Universalis : « Émile Pouget », sur www.universalis.fr (consulté le 10 décembre 2016).
  5. Victor Méric, Les Bandits tragiques, Éditions Le Flibustier, 2010, (ISBN 978-2-918156-03-1), Victor Méric, Les bandits tragiques sur Google Livres.
  6. Zeev Sternhell, Ni droite ni gauche, l'idéologie fasciste en France, Folio Histoire, , 1075 p., p. 195
  7. Bertrand Joly, Histoire politique de l'affaire Dreyfus, Paris, Fayard, , 1 vol. (783 p.) : couv. ill. ; 24 cm (ISBN 978-2-213-67720-0, notice BnF no FRBNF43884038), p. 18
    Bertrand Joly, Histoire politique de l'affaire Dreyfus sur Google Livres. Voir aussi la section intitulée "L'affaire Dreyfus" (p. 117-124) de l'ouvrage de Christian de Goustine.
  8. Zeev Sternell, Ni droite ni gauche, l'idéologie fasciste en France, Gallimard (Folio Histoire), 1075 p..
  9. Zeev Sternhell, Ni droite ni gauche, l'idéologie fasciste en France, p. 418.
  10. Zeev Sternhell, Ni droite ni gauche, l'idéologie fasciste en France, p. 924 note 115

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages de références[modifier | modifier le code]

Articles de journaux[modifier | modifier le code]

Radio[modifier | modifier le code]

Notices biographiques[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]