Léon Gambetta

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Léon Gambetta
Léon Gambetta par Léon Bonnat.
Léon Gambetta par Léon Bonnat.
Fonctions
36e président du Conseil des ministres français
(48e chef du gouvernement)
et ministre des Affaires étrangères
Président Jules Grévy
Gouvernement Gambetta
Législature IIIe législature
Prédécesseur Jules Ferry
Successeur Charles de Freycinet
Président de la Chambre des députés
Prédécesseur Jules Grévy
Successeur Henri Brisson
Ministres de l'Intérieur
Président Louis Jules Trochu
Président du Conseil Louis Jules Trochu
Gouvernement Défense nationale
Prédécesseur Henri Chevreau Second Empire
Successeur Emmanuel Arago
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Cahors, Lot (France)
Date de décès (à 44 ans)
Lieu de décès Sèvres, Seine-et-Oise (France)
Nationalité française (à partir de 1859)
Parti politique Union républicaine
Diplômé de Faculté de droit de Paris
Profession Avocat
Présidents du Conseil des ministres français
Croquis du tribun Gambetta.

Léon Gambetta, né le à Cahors et mort le à Sèvres, est un homme politique français républicain. Membre du Gouvernement de la Défense nationale en 1870, chef de l'opposition dans les années suivantes, il fut l'une des personnalités politiques les plus importantes des premières années de la Troisième République et joua un rôle clé dans la pérennité du régime républicain en France après la chute du Second Empire. Il a été président de la Chambre des députés (1879-1881), puis président du Conseil et ministre des Affaires étrangères du au [1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Carte de visite de Léon Gambetta par Lége : borgne avec un œil de verre, il se fait toujours représenter de profil gauche[2].

Origines et formation[modifier | modifier le code]

Léon Gambetta est issu d'une famille de commerçants aisés de Cahors : son grand-père Michel est originaire de Ligurie. Il épouse Benedetta Galeano et tient une épicerie, le Bazar génois. L'épicerie est reprise et développée par son fils Jules Baptiste, qui épouse une fille de pharmacien, Marie-Magdelaine Massabie : ils sont les parents de Léon. Prénommé « Jules Baptiste » lors de son mariage avec Marie Madeleine Massabie, c'est sous le prénom de « Joseph Nicolas » qu'il déclare la naissance de « Léon Michel ».

Inscrit par son père au petit séminaire de Montfaucon quelques jours avant la rentrée de 1848. Il est admis le 7 novembre comme interne en 7e. Malgré un comportement turbulent, ses maîtres remarquent ses qualités lors des deux années de scolarité à Montfaucon : « Conduite : dissipé. Application : médiocre. Caractère : très bon, très léger, enjoué, espiègle. Talent : remarquable, intelligence très développée »[3].

Pendant les vacances scolaires de 1848, il est victime d’un accident en regardant travailler un ouvrier-coutelier, un éclat d'acier lui faisant perdre l'usage de son œil droit. Il sera énucléé avec succès[4] en 1867 par le docteur Louis de Wecker[5]. Il poursuit ses études au lycée de Cahors et obtient le baccalauréat ès lettres. Il s’inscrit ensuite à la faculté de droit de Paris, en 1857. Il obtient sa licence en 1860 et devient avocat. Il fréquente également les milieux républicains qui se réunissent dans le quartier latin au café Voltaire. Entre-temps, en 1859, il demande et obtient sa naturalisation[6].

Sous le Second Empire[modifier | modifier le code]

En tant que jeune avocat, il est accepté à la Conférence Molé. Il devient le collaborateur d’Adolphe Crémieux et se lie avec Clément Laurier et Jules Ferry. Il se rapproche également des députés de l’opposition : Jules Favre, Émile Ollivier, Ernest Picard, Alfred Darimon et Louis Hénon. Il participe à la campagne électorale de 1863 et approuve le discours de Thiers sur les « libertés nécessaires ». Il devient l’ami d’Eugène Spuller et d’Arthur Ranc, fréquente Allain-Targé et Challemel-Lacour[7] et le salon de Juliette Adam, cercle d'opposition républicaine.

En 1868, le procès de Jean-Baptiste Baudin le fait connaître. Charles Delescluze, journaliste républicain, opposant au Second Empire est inculpé, avec d'autres personnalités (Alphonse Peyrat notamment), pour avoir ouvert une souscription publique dans son journal afin d’ériger un monument à la mémoire de Jean-Baptiste Baudin, député de la Deuxième République. Ce dernier était mort (le ), en s’opposant aux côtés des ouvriers au coup d'État de Napoléon III. Chargé de la défense de Charles Delescluze, Gambetta prononce une plaidoirie politique dans laquelle il critique le régime du Second Empire et le coup d'État du 2 décembre. Delescluze est condamné à six mois de prison et 2 000 francs d’amende, mais l’effet politique du discours fait de Gambetta un espoir du parti républicain[8].

À l’occasion des élections législatives de 1869, Gambetta décide de se présenter dans la première circonscription de la Seine, dont le centre est le quartier populaire de Belleville, habité par des commerçants, des artisans et des ouvriers de petites entreprises. Le programme électoral, connu sous le nom de « Programme de Belleville » est rédigé par le comité républicain de Belleville. De tonalité assez radicale, il réclame l’extension des libertés publiques, la séparation des Églises et de l’État, l’élection des fonctionnaires, la suppression des armées permanentes et des réformes économiques[note 1]. Il accepte également de se présenter à Marseille. À la même époque, il est initié à la loge La Réforme, à laquelle appartiennent également Gustave Naquet et Maurice Rouvier. Les 23 et 24 mai suivant, Léon Gambetta est élu à Paris dès le premier tour devançant largement Hippolyte Carnot. À Marseille, il est en ballotage favorable devant Adolphe Thiers qui se désiste. Il l'emporte au second tour face à Ferdinand de Lesseps[9], et choisit de représenter Marseille comme député. À la Chambre, il s’oppose à Émile Ollivier[10]. Son discours critique du 5 avril 1870 contre le sénatus-consulte soumis au plébiscite trouve un large écho parmi les opposants du régime[11].

Le Gouvernement de la Défense nationale[modifier | modifier le code]

Bien que sa prothèse oculaire soit quasiment invisible, le caricaturiste n'hésite pas à en accentuer la procidence sur le Gambetta en bicorne[2].

Au cours des journées parisiennes du 3 et 4 septembre 1870 qui font suite à la défaite de Sedan, Gambetta et Jules Favre jouent un rôle essentiel dans la déchéance de l'Empire et la proclamation de la Troisième République. Les députés de la Seine forment un gouvernement provisoire, présidé par le général Trochu. Gambetta prend le ministère de l’Intérieur. Il révoque les préfets du Second Empire et nomme à leur place des militants républicains, avocats ou journalistes. La situation militaire continue de se dégrader. Paris et la plupart des membres du gouvernement provisoire sont encerclés le .

Tableau de Jules Didier et Jacques Guiaud représentant le départ de Léon Gambetta de Paris le 7 octobre 1870 à bord d'un ballon monté (musée Carnavalet).

Au préalable, Adolphe Crémieux, ministre de la Justice, l'amiral Fourichon, ministre de la Marine et le député Glais-Bizoin ont été envoyés à Tours, où ils forment une délégation chargée de relayer l'action du gouvernement en province. La Délégation manque d'autorité alors qu'il faut organiser la guerre en province et lutter contre les mouvements communalistes, notamment dans le Sud-Est. Il apparaît donc qu'une personnalité plus forte est nécessaire à Tours. Gambetta, d'abord réticent, est sollicité par ses collègues ministres[12] et le 7 octobre, il quitte Paris en ballon monté, accompagné de Spuller. Il arrive à Tours le 9 où il rejoint ses trois collègues. La Délégation assure collectivement les responsabilités, mais le Gouvernement a accordé à Gambetta une voix prédominante en cas de partage des voix. Gambetta s’approprie alors la fonction de ministre de la Guerre, qu’il cumule avec le ministère de l’Intérieur. Il réorganise l'administration, s'entoure d'hommes de confiance comme Clément Laurier, Arthur Ranc, Jules Cazot, Eugène Spuller et surtout Charles de Freycinet qu'il nomme « délégué du ministre auprès du département de la Guerre » le 11 octobre. Gambetta doit également faire face à l’agitation de républicains radicaux dans certaines villes, comme Lyon, Marseille et Toulouse[13].

Sur le plan militaire, Gambetta essaie d'organiser les armées de secours, intervient dans la nomination des commandants en chef. Malgré l'échec de l'armée de la Loire, les difficultés de communication avec Paris et les discussions sur l'armistice, Gambetta est partisan d'une « guerre à outrance ». Devant l’avancée de l’armée prussienne et la perte d'Orléans, la Délégation doit quitter Tours et s’installe à Bordeaux, le . Paris étant à court de vivres et bombardé depuis le 5 janvier, Jules Favre signe, pour le gouvernement provisoire, un armistice de vingt-et-un jours avec Bismarck, le 29 janvier. Gambetta s'élève contre les conditions imposées par Bismarck d'abandon d'une partie du territoire. Il fixe néanmoins la date des élections au 6 février, mais en posant des conditions d'inéligibilité aux personnels de l'ancien Empire, ce à quoi le gouvernement parisien ne peut consentir[14]. Le 1er février, un membre du gouvernement provisoire, Jules Simon, est envoyé à Bordeaux avec les pleins pouvoirs. Relevé de ses fonctions de ministre de l'Intérieur, mais conservant le poste de ministre de la Guerre par délégation, Gambetta hésite sur la conduite à tenir jusqu'à l'arrivée de trois autres membres du gouvernement : Garnier-Pagès, Pelletan et Arago. Il démissionne, le [15].

Selon ce qu'écrivent, en 1914, les auteurs — membres de l'Action française — de l'ouvrage Gambetta et la défense nationale (chapitre 18), après la guerre, l'action de Gambetta est jugée sévèrement par certains de ses contemporains.

« Nous avons bien le droit de maudire celui qui s'est présenté comme capable de nous mener à la victoire et qui ne nous a menés qu'au désespoir. Nous avions le droit de lui demander un peu de génie, il n'a même pas eu de bon sens », écrit George Sand dans le Journal d'un voyageur pendant la guerre.

Le général Trochu lui reproche « d'avoir voulu faire prédominer ses passions politiques dans les questions où elles n'auraient pas dû trouver place, par exemple dans la défense du pays réduit aux dernières extrémités ».

Thiers affirme que, si l'on n'avait pas prolongé la guerre, « nous aurions moins perdu en territoire et moins donné en indemnité de guerre ». Il poursuit, le 8 juin 1871, devant l'Assemblée nationale : « Ils se sont trompés, gravement trompés : ils ont prolongé la défense au-delà de toute raison ; ils ont employé [...] les moyens les plus mal conçus qu'on ait employés à aucune époque, dans aucune guerre [...] Nous étions tous révoltés, je l'étais comme vous tous contre cette politique de fous furieux qui mettaient la France dans le plus grand péril ».

L'Assemblée nationale, le 13 juin 1871, ordonne une enquête parlementaire sur les actes du gouvernement de la Défense nationale.

Avènement de la IIIe République[modifier | modifier le code]

Aux élections de l'Assemblée nationale le 8 février 1871, Gambetta est élu dans 9 départements et opte pour le Bas-Rhin[16]. Il s'associe le 16 février à la protestation des élus de l'Alsace et la Lorraine et démissionne de son mandat du Bas-Rhin. Fatigué physiquement et moralement, il s'éloigne quelque temps de la vie politique et gagne l'Espagne le 10 mars. Il est à l'étranger pendant les événements de la Commune.

De retour en France en juin, il est réélu comme député le 2 juillet 1871 aux élections complémentaires dans la Seine (pour laquelle il opte), le Var et les Bouches-du-Rhône. Leader de l'Union républicaine, Gambetta contribue, par ses voyages en province et ses discours, à faire accepter la République. Le 7 novembre, il fonde avec quelques amis son journal La République française. Il prône la dissolution d'une Assemblée à coloration monarchique élue pour mettre un terme à la guerre et milite pour l'élection d'une véritable Assemblée constituante. Il soutient ainsi la candidature radicale de Barodet pour le département de la Seine le 27 avril 1873. Légaliste malgré tout et inquiet des tentatives de Restauration monarchique, il prend ses distances avec la gauche radicale et se rapproche du Centre gauche de Thiers après que ce dernier a été mis en minorité par la droite de l'Assemblée. Il fait accepter par les groupes de la gauche républicaine le compromis des Lois constitutionnelles.

L'élection pour la nouvelle Assemblée législative a lieu les 20 février et 5 mars 1876. Gambetta participe largement au net succès des républicains par ses nombreux déplacements et discours, et lui-même est élu dès le premier tour à Paris (20e arrondissement pour lequel il opte), Lille, Marseille et Bordeaux.

La République opportuniste[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Crise du 16 mai 1877 et Manifeste des 363.

Au lendemain des élections, Gambetta devient le principal leader de l’opposition et accède à la présidence de l'importante commission du budget. Une première crise éclate en décembre 1876 entre la majorité de l'Assemblée et le président de la République Mac Mahon à propos de la loi d'amnistie sur les évènements de la Commune, entraînant la démission du cabinet Dufaure et la désignation de Jules Simon comme président du Conseil. Simon qui vient du Centre gauche obtient la majorité à l'Assemblée.

La crise rebondit en mai 1877 à l'initiative des évêques catholiques qui exhortent les pouvoirs publics à intervenir en faveur du Pape qui se considère prisonnier du royaume d'Italie. Estimant que Jules Simon manque de fermeté dans cette affaire, Gambetta intervient le 4 mai à la Chambre contre les doctrines ultramontaines et termine son discours en reprenant la célèbre formule due à Alphonse Peyrat « Le cléricalisme ? Voilà l'ennemi »[17]. Le 16 mai, Jules Simon remet sa démission au président de la République, qui la lui a demandée. Ce dernier demande au duc de Broglie de former le nouveau gouvernement et proroge le Parlement pour une période d'un mois.

La dissolution de la Chambre est décidée par Mac-Mahon après avis favorable du Sénat. La campagne est féroce, le gouvernement déplaçant de nombreux préfets et fonctionnaires. Le 15 août, Gambetta dans le discours de Lille prononce la phrase célèbre « Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, croyez-le bien Messieurs, il faudra se soumettre ou se démettre ».

Gambetta envisage la démission de Mac-Mahon et de faire appel à Thiers pour lui succéder. Mais Adolphe Thiers meurt le 3 septembre, et c'est le nom de Jules Grévy qui s'y substitue. Les élections législatives du 21 et 28 octobre confirment la majorité des trois parties de l'Union républicaine (du Centre gauche aux Radicaux).

Mac Mahon va se soumettre, au moins quelque temps, mais finit par démissionner en janvier 1879. Jules Grévy lui succède avec le soutien de tous les républicains, et Gambetta remplace ce dernier à la présidence de la Chambre des députés. Gambetta siège avec ses amis de l’Union républicaine dans des commissions parlementaires importantes. Ses deux journaux, La République française et La Petite République française, diffusent les idées républicaines modérées. Il met en place ou fédère un réseau d’associations, de comités et de cercles[18].

Sa popularité provoque l’inquiétude de certains de ses alliés. Les ferrystes, les libéraux républicains et Jules Grévy s’inquiètent de ses tendances au pouvoir personnel. Les radicaux (Clemenceau) le trouvent trop modéré. À la présidence de la Chambre, il s’aliène une partie de la gauche sans arriver à rassurer la droite[19]. Grévy qui ne l'aime pas[20], évite de faire appel à lui comme chef de gouvernement préférant successivement Waddington, Freycinet, puis Jules Ferry.

La campagne pour les élections législatives d'août-septembre 1881 oppose essentiellement les radicaux aux républicains modérés. Le scrutin est remporté par l'Union républicaine de Gambetta (204 sièges), devant la Gauche républicaine de Jules Ferry, l'extrême-gauche radicale de Clemenceau (46 sièges) et le Centre gauche (39 sièges). Les conservateurs, monarchistes et bonapartistes n'en conservent plus que 90. Jules Ferry et les responsables de la Gauche républicaine décident de s’entendre avec lui. Gambetta doit entraîner à sa suite les hommes de l’Union républicaine et les détacher de l’extrême gauche[21].

Après la chute du gouvernement Ferry sur l'Affaire tunisienne, Grévy n'a plus que la ressource à appeler Gambetta aux affaires.

Le « Grand Ministère »[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Gouvernement Léon Gambetta.

Gambetta est nommé président du Conseil le , décision qui rassure plus qu'elle n'effraie les financiers[22]​, en raison de son expérience à la tête de la commission du Budget de l'Assemblée nationale. À l’origine, il souhaitait mettre en place un cabinet d’union républicaine, qui aurait rassemblé tous les grands chefs du mouvement, sauf les radicaux. En raison du refus de Léon Say, Freycinet et Ferry, il compose un cabinet Union républicaine, constitué de membres jeunes et relativement peu connus. Gambetta prend aussi le portefeuille des Affaires étrangères. Les autres ministres sont Cazot (Justice), Waldeck-Rousseau (Intérieur), Allain-Targé (Finances), Paul Bert (Instruction publique), Raynal (Travaux publics), Campenon (Guerre), Gougeard (Marine). L’Agriculture (Devès) est séparée du Commerce (Maurice Rouvier). Le secrétariat des Beaux-arts devient un ministère à part entière ; il est confié à Antonin Proust. Adolphe Cochery est nommé aux Postes et Télégraphes. Le gouvernement compte enfin neuf sous-secrétaires d’État, dont Eugène Spuller (Affaires étrangères) et Félix Faure (Commerce et Colonies)[23].

Le nouveau cabinet marque plusieurs innovations significatives. L’Agriculture devient un ministère à part entière. Les Colonies sont détachées de la Marine et rattachées au Commerce.

La constitution d’un ministère des Arts est une nouveauté importante, destinée à répandre le goût de la culture et des arts dans les classes populaires. Elle marque la naissance d’une politique culturelle française ambitieuse et démocratique[24].

Le gouvernement a plusieurs projets de réformes : réorganisation judiciaire, réduction du service militaire, loi sur les associations, création d’institutions de prévoyance et d’assistance, réforme des sociétés financières, développement de l’éducation nationale, réforme des rapports entre l’État et les Églises[25].

L’attitude autoritaire de Gambetta vis-à-vis de la Chambre blesse les parlementaires. La circulaire Waldeck-Rousseau aux préfets et la nomination de personnalités ralliées récemment à la République à des postes importants sont particulièrement critiquées. Cette circulaire visait à affranchir l’administration de la pression des députés. Considérée comme jacobine, elle est critiquée par les républicains libéraux[26].

Léonie Léon en 1875.

Le , Gambetta dépose un projet de réforme constitutionnelle, qui propose de changer le mode de scrutin et de l’inscrire dans la Constitution. Il prévoit aussi d’élargir la base électorale du Sénat et de limiter ses pouvoirs financiers. Le projet est repoussé, certains républicains ayant voté avec les conservateurs. Le gouvernement tombe le . L’échec de son gouvernement montre le refus, par la Chambre, d’un exécutif fort[27]. Déjà rongé par l'asthme et le diabète, il se retire alors dans sa maison des Jardies à Sèvres, en compagnie de sa maîtresse depuis 1872, Léonie Léon, fille d'un officier créole et ancienne maitresse de Louis-Alphonse Hyrvoix, directeur de la police des résidences impériales.

Léon Gambetta meurt quelques mois plus tard dans sa maison des Jardies[28], le , des suites d'une pérityphlite (inflammation du péritoine du cæcum, découlant probablement d'un cancer de l'intestin ou de l'estomac) diagnostiquée dès le 23 décembre par le professeur Charcot et jugée inopérable[29]. Ses derniers jours sont relatés dans un compte-rendu médical très détaillé du docteur Lannelongue, ami personnel de Gambetta, puisque le 27 novembre il s'était blessé à la main et au bras en s'exerçant à tirer au revolver depuis sa bibliothèque sur une cible au fond du jardin (s'étant fait récemment ridiculiser à un duel au pistolet, il s'imposait cet entraînement) et se trouvait donc sous surveillance médicale constante. Léonie est soupçonnée par la presse des opposants de Gambetta (Léon Daudet, Henri Rochefort[30]) d'avoir tiré sur son amant dans une crise de jalousie, de dépit[31]. Cette presse sous-entend aussi un complot maçonnique ou que Gambetta soit accidentellement intervenu pour éviter une tentative de suicide au revolver de sa maîtresse à la suite d'une lettre qu'il avait reçue, révélant qu'elle était un agent des Henckel proches de Bismarck (comme le soupçonne la conseillère et égérie de Gambetta Juliette Adam)[32]. La blessure par balle n'était pas très grave, mais Gambetta souffrait depuis longtemps de sévères troubles gastriques et intestinaux. À l'âge de 11 ans déjà il avait failli mourir d'une péritonite[33].

Après une autopsie au cours de laquelle son cerveau, son bras et son cœur sont gardés comme reliques, le docteur Baudrian est le premier à utiliser le formol pour embaumer le corps de Gambetta en l'injectant dans ses artères[34]. Il est inhumé au cimetière du château au centre du plateau Gambetta, à Nice, où sa famille s’était installée[35].

Le 11 novembre 1920, son cœur est transféré au Panthéon[36]. Il repose dans une urne placée dans l'escalier qui descend à la crypte. Le transfert de cette relique républicaine reproduit ainsi la tradition capétienne de la bipartition du corps (dilaceratio corporis, « division du corps » en cœur et ossements) avec deux sépultures[37].

Liste des mandats et des responsabilités politiques[modifier | modifier le code]

  • 1868 : avocat de la défense au procès des dirigeants du journal Le Réveil.
  • 1869-1871 : député de Marseille.
  • 1870 : chef de la Délégation.
  • 1871 : député du Bas-Rhin - démissionne lors de l’annexion de l’Alsace-Lorraine.
  • 1871-1873 : député de la Seine ; maintenu au poste de ministre de l'intérieur sous Broglie.
  • 1874 : renversement du ministère suite à une coalition d'extrémistes : légitimistes/ républicains.
  • 1875-1877 : élu au poste de député du 20e arrondissement de Paris.
  • 1877 : dissolution de la chambre des députés le 22 juin par le Sénat : Gambetta se représente.
  • 1879 : candidat à l’élection présidentielle sans succès.
  • 1881 : président du conseil des ministres, il se réserve les affaires étrangères.

Ses journaux[modifier | modifier le code]

Léon Gambetta a fondé différents journaux :

Postérité[modifier | modifier le code]

Souvenirs historiques[modifier | modifier le code]

La médaille d'identité de Gambetta comme député de la Seine pour la législature de 1873 est conservée au musée Carnavalet (ND 4415).

Hommages[modifier | modifier le code]

Timbre du centenaire de la naissance de Léon Gambetta.

Il y eut de nombreuses statues élevées en hommage à Gambetta, dont :

  • un monument à Sèvres ;
  • la statue de Gambetta : une statue provenant d'un groupe monumental érigé sous la IIIe République au jardin des Tuileries à Paris, inaugurée le 6 avril 1884, enlevée en 1954, seule la statue de Gambetta a été conservée, après un passage au Palais du Louvre, dans la Cour Napoléon, la statue a été installée en 1982 au square Édouard Vaillant dans le 20e arrondissement[38] ;
  • un buste en pierre (ou en marbre) — inspiré de son portrait peint par Léon Bonnat — au pied d'un monument commémoratif formé d'une demi-lune et d'une colonne surmontée d'un coq dressé, fermant les « allées Jacques Fouchier » à Saint-Maixent-l'École (près de la place Denfert-Rochereau) ;
  • à Cahors, un monument à Léon Gambetta est inauguré en avril 1884. C’est une statue de Falguière, qui montre le tribun, devant les allées Fénelon, appuyé sur un canon, bras tendu, en pleine déclamation patriotique. À l'origine, le soubassement du socle était décoré de statues de marin et d'un drapeau de bronze, lesquels furent envoyées à la fonte durant l'Occupation[réf. nécessaire].

Divers lieux portent son nom :

Galerie de photographies[modifier | modifier le code]

Citations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Il avait pour projets l’instauration de l’impôt sur le revenu et l’élection des fonctionnaires.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Yvert 2007, p. 330.
  2. a et b Pierre Amalric, « L'œil de Gambetta », Coup d'Œil, no 10-11,‎ 1987, p. 19.
  3. Anne Gary, Montfaucon en Quercy : À la découverte du passé, t. 2, Bayac, Éditions du Roc de Bourzac,‎ 23 mai 1993, 127 p. (ISBN 978-2-87624-054-4 et 2-87624-054-8, LCCN 93154720), p. 229, 230.
  4. Dr Lannelongue, Blessure et maladie de Gambetta. Relation de l'autopsie, Observation clinique rédigée par M. Lannelongue. Autopsie par M. le Pr Cornil. Paris, Masson, 1883.
  5. L'œil de Gambetta.
  6. Barral 2008, p. 22-26.
  7. Barral 2008, p. 27-31.
  8. Barral 2008, p. 17-21.
  9. Ferdinand de Lesseps.
  10. Barral 2008, p. 31-46.
  11. Mayeur 2008, p. 80.
  12. Mayeur 2008, p. 100.
  13. Barral 2008, p. 62-78.
  14. Broche 2001, p. 78.
  15. Barral 2008, p. 78-82.
  16. Mayeur 2008, p. 134.
  17. Mayeur 2008, p. 253.
  18. Yvert 2007, p. 330-331.
  19. Yvert 2007, p. 331-332.
  20. Broche 2001, p. 330.
  21. Yvert 2007, p. 332-333.
  22. Alfred Colling, La Prodigieuse histoire de la Bourse, Paris, Société d'éditions économiques et financières,‎ 1949, p. 301.
  23. Yvert 2007, p. 333-334.
  24. Yvert 2007, p. 334.
  25. Yvert 2007, p. 334-335.
  26. Yvert 2007, p. 335.
  27. Yvert 2007, p. 336.
  28. « « Maison des Jardies » », recensement immeubles MH, réf. PA00088175, base Mérimée, ministère de la Culture.
  29. Lannelongue 1883, p. 31.
  30. Claude-Jean Girard, Un polémiste à Paris : Henri Rochefort, L'Harmattan,‎ 2003, 471 p. (lire en ligne).
  31. Jean Garrigues, « La mort étrange de Gambetta », émission Au cœur de l'histoire, 20 décembre 2011.
  32. Anne Hogenhuis-Seliverstoff, Juliette Adam : 1836-1936, L'Harmattan,‎ 2002 (lire en ligne), p. 91-97.
  33. Lannelongue 1883, p. 38.
  34. Michel Durigon, Michel Guénanten, Pratique de la thanatopraxie, Elsevier Masson, 2009, p. 134.
  35. Barral 2008, p. 262-264.
  36. Dr Cabanes, L'Odyssée du cœur de Gambetta et autres reliques notoires, Légendes et curiosités de l'Histoire, 5e série, p. 261-281.
  37. Alexandre Bande, Le cœur du roi. Les Capétiens et les sépultures multiples, XIIIe ‑ XVe siècles, Tallandier,‎ 2009, 250 p.
  38. « La statue de Léon Gambetta restaurée », sur mairie20.paris.fr.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Lannelongue, Blessure et maladie de M. Gambetta, Paris, G. Masson,‎ 1883 (lire en ligne).
  • Lettres de Gambetta, recueillies et annotées par Daniel Halévy et Émile Pillias, Grasset, Paris, 1938
  • Discours et plaidoyers politiques de M. Gambetta, édités par Joseph Reinach, Charpentier, Paris, 1881-1885, 11 volumes.
  • Francis Laur, Le Cœur de Gambetta, Paris, 1907.
  • Pierre Barral, Les Fondateurs de la IIIe République, Paris, Armand Colin,‎ 1968.
  • Jacques Chastenet, Gambetta, Paris, 1968.
  • André Beauguitte, Le Tiroir secret, Presse-Diffusion, 1968, 260 p. (lettres de Léonie à Gambetta).
  • (en) John Patrick Tuer Bury, Gambetta’s Final Years. The Era of Difficulties, 1877-1882, Longman, Londres, 1982.
  • Jean-Philippe Dumas, Gambetta, le commis-voyageur de la République, Belin, Paris, 2011.
  • Jérôme Grévy, La République des opportunistes, 1870-1885, Perrin, Paris, 1998.
  • Éric Bonhomme, La République improvisée. L’exercice du pouvoir sous la Défense nationale (4 septembre 1870-8 février 1871), Talence, Eurédit 2000, 532 p.
  • Dimitri Casali et Liesel Schiffer, Ces immigrés qui ont fait la France,  éd. Aubanel, Paris, 2007, 223 p. (ISBN 270060511X et 978-2700605112).
  • Benoît Yvert (dir.), Premiers ministres et présidents du Conseil. Histoire et dictionnaire raisonné des chefs du gouvernement en France (1815-2007), Paris, Perrin,‎ 2007, 916 p..
  • Pierre Barral, Léon Gambetta. Tribun et stratège de la République (1838-1882), Toulouse, Privat,‎ 2008, 314 p..
  • Jean-Marie Mayeur, Gambetta, la patrie et la république, Paris, Fayard,‎ 2008, 568 p..
  • François Broche, La IIIème République de Thiers à Casimir-Perrier (1870-1895), Paris, Pygmalion,‎ 2001.
  • Susan Foley, « J’avais tant besoin d’être aimée … par correspondance  : les discours de l’amour dans la correspondance de Léonie Léon et Léon Gambetta, 1872-1882 », Clio, no 24,‎ 2006 (lire en ligne).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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