Émile Combes

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Émile Combes
Émile Combes.
Émile Combes.
Fonctions
Président du Conseil des ministres français
et Ministre de l'intérieur
Président Émile Loubet
Gouvernement Combes
Législature VIIIe législature
Prédécesseur Pierre Waldeck-Rousseau
Successeur Maurice Rouvier
Ministre d'État
Président Raymond Poincaré
Gouvernement Gouvernement Aristide Briand (5)
Biographie
Nom de naissance Émile, Justin, Louis Combes
Date de naissance
Lieu de naissance Roquecourbe (Tarn) (France)
Date de décès (à 85 ans)
Lieu de décès Pons (Charente-Maritime) (France)
Nationalité française
Parti politique Parti radical
Profession Médecin

Émile, Justin, Louis Combes, né à Roquecourbe (Tarn) le , et mort à Pons (Charente-Inférieure) le , est un homme politique français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils de Jean Combes et de Marie-Rose Bannes, Émile est le sixième d'une famille de dix enfants. Son père était un modeste tailleur d'habits, qui dut parfois changer de métier pour faire vivre les siens.

Il apprit le latin par l'instituteur public et ensuite par son parrain, Jean Gaubert, qui était prêtre et son cousin. Gabriel Merle[1], biographe d'Émile Combes, décrit Jean Gaubert : « Il a le prestige et l'autorité du sacerdoce et de l'instruction. On lui obéit. Et s'il demande des sacrifices, il s'en impose aussi. Son insistance à vouloir qu'un de ses petits cousins devienne prêtre est étonnante. Ayant échoué avec Philippe vers 1840 et Émile en 1847, il ratera son dernier essai avec Henri vers 1860 ».

Émile Combes a douze ans et entre ainsi en classe de quatrième au petit séminaire de Castres grâce à ses connaissances en latin. Son parrain l’aide financièrement pour suivre des études d’abord, au dit séminaire puis, à l’école des Carmes, « école des hautes études ecclésiastiques » (lieu de formation des futurs prêtres que l’on souhaite envoyer étudier à la Sorbonne), et enfin au grand séminaire d’Albi (où il porta la soutane et fut tonsuré). Là, on considéra que sa vocation de prêtre était peu sérieuse, même si, pendant plusieurs années, il tenta de faire annuler cette décision.

Ayant préparé un doctorat au cours de ces années, il fut admis docteur ès lettres en 1860[2] avec comme sujet Saint Thomas d’Aquin pour la thèse française, et Saint Bernard pour la thèse latine. Resté proche de l'Église catholique, il est recruté par l'abbé Denis-Benjamin Hude[3], comme professeur laïque de rhétorique à l'institution diocésaine de Pons, dans le diocèse de La Rochelle, lycée privé dont les bâtiments seront rasés dans les années 1970[4].

Après son mariage en 1862 avec Angèle-Maria Dussaud, fille d'un commerçant aisé de Pons, il renonce à l'enseignement et entreprend des études de médecine à Paris. Il y soutient en 1868 une thèse sur les Considérations contre l'hérédité des maladies [5], il retourne s'installer à Pons. Initié en 1869 à la loge maçonnique du Grand Orient Les Arts Réunis de Barbezieux[6]. Il s'affirme alors comme un déiste, ce qui ne l'empêche pas de conserver dans sa clientèle l'institution diocésaine jusqu'au début des années 1880.

Il est élu maire de Pons en 1876, et tiendra ce poste jusqu'en 1919. Sénateur radical-socialiste de la Charente-Inférieure en 1885, il devient Président de « La Gauche Démocratique ».

Il entre au ministère de l'Instruction publique en 1895. En 1902, il est désigné président du Conseil et mène alors une politique dite du « Combisme » fortement anticléricale, qui mènera en 1905 à la loi de séparation des Églises et de l'État [7] et à l'aboutissement de l'école laïque en France. Mais il démissionne en 1905 avant que cette loi ne soit promulguée le 9 décembre 1905, à la suite de l'affaire des fiches.

Il est ensuite président du Parti Radical en 1911-1912, Ministre d'État dans le gouvernement d'Union nationale en 1915, restera maire de Pons jusqu'en 1919 où un monument lui a été dédié[8], et sénateur jusqu'à sa mort en 1921.

Action politique[modifier | modifier le code]

« Le nouveau Ministère » (1902).

Élu sénateur en 1885, il devient l'un des meneurs d'un radicalisme de gauche. Son siège au Sénat, une chambre conçue au départ par la droite pour tenter d'établir un fief conservateur, lui permet en effet de participer à la formation d'un groupe appelé la Gauche démocratique, qu'il dirige en 1894.

Il succède à Pierre Waldeck-Rousseau à la présidence du Conseil (mai 1902). Il profite d'une confortable majorité par 368 contre 220, dont 48 socialistes, 90 radicaux-socialistes, 129 radicaux et 99 républicains divers. La Délégation des gauches (Union Démocratique, Radicaux, Radicaux-Socialistes et Socialistes) se réunit avec le Cabinet pour régler les problèmes susceptibles de surgir. Combes établit ainsi avec la Chambre un dialogue constant. Jean Jaurès y gagne un rôle prépondérant.

Combes évite le plus souvent possible le Sénat, pour se rapprocher de l'idéal républicain : une assemblée unique et souveraine. Il veut aussi utiliser tous les moyens pour favoriser les amis du régime, contre ses ennemis. Une circulaire de Combes aux préfets, le 20 juin 1902, demande ainsi de favoriser « des personnages et des corps sincèrement dévoués au régime ». Il épure l'administration, la magistrature et l'armée afin d'asseoir durablement l'encadrement républicain et laïque de l'État. Les radicaux deviennent une composante essentielle de la IIIe République.

« LE COMBES DE L'ACTIVITÉ DÉVORANTE POUR FAIRE LE MAL » (caricature d'Achille Lemot, Le Pèlerin, 27 juillet 1902).

Le « père Combes » ainsi nommé car éduqué aux affaires religieuses était surtout médecin de profession. Nommé au poste de Ministre des cultes, il appliquera un anticléricalisme modéré par les lois de 1901 et 1904 sur le droit des associations et la liberté d'enseignement des congrégations religieuses. 2 500 établissements d'enseignement privés sont fermés, mais certaines congrégations (les sœurs des pauvres, les religieuses hospitalières, les cisterciens, les trappistes, les religieuses contemplatives et les missionnaires) restent autorisées. Seules cinq congrégations d'hommes restent donc, et l'on doit employer la force car les catholiques résistent. Combes affirmera que la lutte contre l'Église fortifie et glorifie la République.

Combes finit par s'engager dans un conflit avec le Vatican au sujet de l'interprétation du Concordat de 1801. Il profite de la succession de Léon XIII, qui voit arriver un pape intransigeant, Pie X. Aussitôt, l'ambassade de France auprès du Vatican est retirée, sans rompre les relations diplomatiques avec le Saint-Siège. Combes n'est pas véritablement opposé au Concordat, est même farouchement opposé à une séparation de l'Église et de l'État, ce qui peut sembler paradoxal. En vérité, il a besoin de cet instrument de pression qui lie l'Église à l'État. S'en séparer, c'est prendre le risque d'un renouveau de l'Église. Preuve en est qu'il conserve un contact permanent, bien que ténu, entre l'État et l'Église. De même, en 1902, il repousse 8 propositions pour les ranger dans une commission le 11 mars 1903 pour examiner ces propositions et rédiger un projet de loi.

Il combat la pratique des langues régionales dans les Églises. Confronté aux objections inlassables de l'opposition, il amuse : « le breton se prête moins que le français à exprimer des idées nouvelles, ces vilaines et détestables idées républicaines dont la langue française est l’admirable messagère » et défend : "Les prônes faits en breton échappent au contrôle des autorités, et prêtent des arguties commodes qui consistent à soutenir que le témoin a mal compris ou mal traduit"[9] . Cependant, les maires du canton de Plabennec, dans le Finistère, écrivent au président du Conseil : « Très nombreux sont nos concitoyens qui ne comprennent pas le français. Ce serait donc attenter gravement à leurs habitudes et à leurs besoins moraux que de supprimer l'usage du breton dans les exercices religieux ». Cela ne trouble guère le président du Conseil, décidé à faire appliquer sa circulaire. Entre 1903 et 1905, 110 prêtres verront leur traitement supprimé pour délit de langue bretonne[10][réf. insuffisante].

L’insurrection cléricale s’essouffle, et Combes entreprend alors d'appliquer son programme social. Il souhaite instaurer l'impôt sur le revenu que son prédécesseur, Pierre Waldeck-Rousseau, s'était entendu de ne pas appliquer. Émile Combes perd à ce moment le soutien de l'Alliance démocratique (centre gauche à prétention socialiste), et c'est l'affaire des Fiches qui parachève sa chute. Il s'agit d'une opération de fichage des opinions politiques et religieuses des officiers. Les procédés employés par l'armée et la franc-maçonnerie sont dénoncés à la tribune, et font tomber la majorité ministérielle à quatre voix, le 28 octobre 1904. On reproche à Combes un système de délation s'étendant à toutes les administrations. Paul Doumer reproche à Combes d'être « un républicain récent attaché aux procédés bonapartistes ». Sans attendre d'être mis en minorité, Combes et son ministère se retirent le 18 janvier 1905.

Symbole de la politique anticléricale et prologue à la séparation de l'Église et de l'État, l'expression « combisme » s'impose. Émile Combes, tenu pour responsable de la crise sociale, politique et religieuse en germe par l'opposition, ne fait que traduire en actes le programme du bloc des gauches (radicaux et socialistes). Le front républicain se divise sur cette question et La séparation des Églises et de l'État en 1905 y mettra un terme.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gabriel Merle, Emile Combes, Paris, Fayard, , 664 p. (ISBN 978-2213593869).
  2. Biographie sur le site du Sénat. http://www.senat.fr/evenement/archives/D43/combes.html
  3. Denis-Benjamin Hude, Œuvres poétiques, Pons, Imprimerie de Noël Texier, (lire en ligne).
  4. « Un évêché classique, histoire de l'évêché de La Rochelle et Saintes », sur Diocèse La Rochelle et Saintes.
  5. Thèse pour le doctorat en Médecine. Considération contre l'hérédité des maladies. 21 mai 1868. Thèse numérisée sur le site de la BIUM. http://web2.bium.univ-paris5.fr/livanc/?cote=TPAR1868x082&do=chapitre
  6. Jean-Bernard Vaultier, « Emile Combes, vulgarisation et politique de la préhistoire », Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, no tome 113, n°2,‎ (lire en ligne).
  7. « Les médailles commémoratives de la salle des séances », sur senat.fr.
  8. Monument à Émile Combes, Pons (17)
  9. Les prônes faits en breton échappent au contrôle des autorités, et prêtent des arguties commodes qui consistent à soutenir que le témoin a mal compris ou mal traduit. Chambre des députés, séance du 16 janvier 1903.
  10. Jean Sévillia, Quand les catholiques étaient hors la loi.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gabriel Merle, Emile Combes, Paris, Fayard, , 664 p. (ISBN 2-213-59386-8, présentation en ligne).
  • Marc Villemain, L'esprit clerc - Émile Combes ou le chemin de croix du diable, Fondation Jean-Jaurès, 1999
  • Yvert Benoît (dir.), Premiers ministres et présidents du Conseil. Histoire et dictionnaire raisonné des chefs du gouvernement en France (1815-2007), Paris, Perrin, 2007, 916 p.
  • « Émile Combes », dans Robert et Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, [détail de l’édition]
  • « Émile Combes », dans le Dictionnaire des parlementaires français (1889-1940), sous la direction de Jean Jolly, PUF, 1960 [détail de l’édition]
  • Serge Doessant, Le général André, de l'affaire Dreyfus à l'affaire des fiches, Paris, Éditions Glyphe, 2009, 396 p.
  • Une satire d'Émile Combes écrite par Vincent Hyspa a été mise en musique par Erik Satie sous le titre Chez le docteur.

Combes ayant inspiré la verve des caricaturistes, son effigie se retrouve dans maints dessins lithographiés pour la presse écrite et des objets à caractère polémique.

Il apparait ainsi dans un dessin titré « Concentration républicaine », de Charles Léandre (publié comme supplément au nº 400 du journal Le Rire - archives privées) - torse nu, entre Pelletan et Rouvier avec cette légende : « Messieurs, vous me voyez flatté. / Mais pour Combes, en vérité / C'est trop de comb…ativité ».

Article connexe[modifier | modifier le code]