Radical indépendant

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Le vocable « radical indépendant » regroupe sous la Troisième République en France les radicaux de centre-droit qui refusent notamment la politique d'alliance à gauche menée par le Parti radical-socialiste.

Histoire[modifier | modifier le code]

Avant 1901[modifier | modifier le code]

Ce terme est peu employé à cette époque. Pour parler d'un radical "modéré", on utilise davantage les termes de radical ou de gauche radicale, du nom du groupe parlementaire (Gauche radicale). Les radicaux les plus avancés portent eux le terme radical-socialiste, comme Georges Clemenceau au sein de l'Alliance socialiste républicaine.

Ce terme regroupe les radicaux qui veulent aller plus loin dans les réformes démocratiques (droit de réunion, diminution du service militaire) mais qui sont libéraux sur le plan économique, ce qui les distinguent des radicaux-socialistes, plus portés sur les réformes sociales (refonte des impôts, réforme agraire, retraites minimales, droits syndicaux). Durant ces années, la lutte principale se trouve au niveau de la défense de la République et le volet social importe moins : le ministère classe d'ailleurs ensemble les deux groupes radicaux ("radicaux et radicaux-socialistes").

Ils ne sont pas dans l'opposition aux gouvernements opportunistes, où ils incarnent le flanc gauche, avec un appui critique au sein de la "majorité républicaine".

Années 1900[modifier | modifier le code]

Les radicaux forment le plus grand groupe à la Chambre des députés avec plus d'une centaine de membres. Toujours très liés aux radicaux-socialistes, ils font le trait d'union avec l'aile gauche des opportunistes (qui deviendront les républicains de gauche).

Ce sont les principaux soutiens des gouvernements de "défense républicaine", à qui ils font prendre une tournure anticléricale : ils sont cependant moins en avant sur l'impôt sur le revenu ou les retraites ouvrières et paysannes. Georges Clemenceau notamment se rapproche progressivement des radicaux modérés à partir de 1902 et de son entrée au Sénat.

1913, le tournant[modifier | modifier le code]

En 1913, le Parti radical-socialiste décide que tout député élu avec l'appui du parti doit adhérer au groupe radical-socialiste. Cette décision conduit au départ d'une cinquantaine de membres de la Gauche radicale, le nombre de députés membres du groupe chutant à 70. Ceux qui restent sont les radicaux les plus modérés, qui regardent maintenant plus à droite qu'à gauche, ainsi que les plus laïques de l'ARD.

C'est à partir de ce moment que le terme de radicaux indépendants se répand pour désigner les radicaux les plus modérés et les plus rétifs aux socialistes. Leur mantra rejoint celui de l'ARD : "ni réaction, ni révolution".

1919-1924 : aile "gauche" du Bloc National[modifier | modifier le code]

Les radicaux indépendants sont élus sur les listes du Bloc National en 1919 et soutiennent les gouvernements qui en sont issus. Ils fusionnent d'ailleurs au parlement le groupe de la gauche radicale (devenu un groupe centriste) avec celui des républicains de gauche (qui sont en réalité de centre droit) au sein de la "Gauche républicaine démocratique".

1924-1926 : Cartel des gauches[modifier | modifier le code]

En 1923-1924, devant le conservatisme de plus en plus affirmé du Bloc, ils rompent avec la droite et rejoignent en grande partie le Cartel des gauches. Vainqueur aux élections, ils sont alliés aux socialistes mais les mauvais résultats économiques et leur peur des réformes sociales les amènent à quitter le cartel.

1926-1932 : Poincarisme[modifier | modifier le code]

La rupture avec les radicaux-socialistes a lieu après la chute du Cartel des gauches, en 1926. À partir de 1928, le groupe des radicaux indépendants refuse presque systématiquement de soutenir une majorité de gauche. Pendant la législature 1928-1932, la majorité à la Chambre des députés dépend des radicaux indépendants, ce qui permet au centre droit de diriger la plupart des gouvernements avec l'appui des radicaux-socialistes qui se sont modérés depuis 1931. Ce sont de fervents soutiens de Raymond Poincaré.

À la Chambre des députés, le groupe des radicaux indépendants est le groupe de la Gauche radicale (certains radicaux indépendants appartiennent au groupe des Indépendants de gauche).

1932-1940 : Rapprochement avec l'ARD[modifier | modifier le code]

Les positions des radicaux indépendants deviennent dans les années 30 très proches de celles de l'Alliance démocratique, le grand parti du centre-droit de la Troisième République.

En 1936, le groupe parlementaire de l'Alliance démocratique s'appelle d'ailleurs l'Alliance des républicains de gauche et des radicaux indépendants (ARGRI), mais la tentative de Pierre-Étienne Flandin d'unifier les forces de l'AD au sein d'un seul groupe et d'y joindre durablement la nébuleuse radicale indépendante échoue : le groupe de la Gauche radicale devient la Gauche démocratique et radicale indépendante.

Au Sénat, cette tendance est réunie au sein du groupe de l'Union démocratique et radicale.

1945[modifier | modifier le code]

À la Libération, un Parti radical indépendant est fondé par plusieurs élus, notamment le maire de Nice Jean Médecin. Le PRI adhère dès sa création au Rassemblement des gauches républicaines, comme d'ailleurs l'Alliance démocratique.