Antisémitisme

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Caricature antisémite française. Le Monde Moderne, 1898.

L’antisémitisme (originellement : anti-sémitisme) est le nom donné de nos jours à la discrimination et à l'hostilité manifestées à l'encontre des Juifs en tant que groupe ethnique, religieux, national ou racial[1].

Il s'agit, dans son acception originelle telle que formulée vers la fin du XIXe siècle, d'une forme de racisme dirigée nominalement contre les peuples sémites, regroupés en tant que tels sur base de critères linguistiques, mais ne visant en réalité que les Juifs[2], visant à remplacer l’antijudaïsme dans une Europe qui, suite à l’héritage des Lumières, préconise l’égalité de ses citoyens indépendamment de leur religion.

Certains historiens, tels que Jules Isaac, insistent donc pour distinguer antijudaïsme et antisémitisme ; le second terme est cependant le plus souvent utilisé actuellement pour qualifier tous les actes d’hostilité anti-juive au cours de l'Histoire, que leurs fondements soient ou non raciaux. Ceux-ci incluent divers préjugés, allégations, mesures discriminatoires ou d’exclusion socio-économique, expulsions et jusqu'aux massacres d’individus ou de communautés entières, depuis la première Croisade jusqu'à nos jours.

Le terme[modifier | modifier le code]

Caricature antisémite de Charles Léandre représentant la supposée hégémonie de la famille Rothschild, couverture du journal Le Rire, 16 avril 1898

Le terme « antisémitisme » et ses dérivés apparaissent en Allemagne à la fin du XIXe siècle bien que la réalité des faits qu’ils décrivent soit plus ancienne.

Pour Alex Bein, le mot fut utilisé la première fois en 1860 par l'intellectuel juif autrichien Moritz Steinschneider dans l'expression « préjugés antisémites » (« antisemitische Vorurteile »), afin de railler les idées d'Ernest Renan qui affuble les « peuples sémites » de tares culturelles et spirituelles[3] (la désignation des peuples du levant dont la langue partageait des caractéristiques communes remonte à 1781).
Pour Gilles Karmasyn, c'est le journaliste allemand Wilhelm Marr qui invente véritablement le terme « Antisemitismus dans le sens « d'hostilité aux Juifs », à l'occasion de la fondation d'une « ligue antisémite » en 1879[4] et non, comme il est communément admis, dans son pamphlet anti-juif « Victoire du judaïsme sur la germanité considérée d'un point de vue non confessionnel », publié la même année mais où le terme n'apparaît pas[5]. La traduction française d’Antisemitismus apparaît selon le dictionnaire Robert en 1886, suivi de l’épithète antisémite trois ans plus tard.

Pour Jules Isaac, « le terme antisémitisme est par lui-même équivoque » alors que « son contenu […] est essentiellement anti-juif »[6]. Marr utilise en effet le mot « Semitismus » comme synonyme de « Judentum », lequel désigne indifféremment le judaïsme, la communauté juive et la judaïté. Le mot « antisémitisme » n’a donc plus une signification spécifiquement religieuse et se prête bien au concept de « race juive » par lequel on a commencé par désigner des Juifs baptisés, justifiant la poursuite des discriminations à leur égard alors qu’ils ont apostasié. Des théories pseudo-scientifiques sur la conception de « race » se sont répandues en Europe dans la seconde moitié du XIXe siècle, particulièrement chez l'historien prussien Heinrich von Treitschke dont les idées seront reprises dans les théories nazies[7].

Une confusion naît ce mot n'a jamais visé les autres populations de langue sémitique, telles que les Arabes. Au contraire, il peut être utilisé pour désigner l'hostilité des Arabes envers les juifs lorsque l'on parle d'antisémitisme arabe[8]. Cela n'empêche pas l'étymologie de refaire périodiquement surface. Ainsi pour Jean-Claude Barreau, le terme « antisémitisme » est « complètement inapproprié » puisque le judaïsme d'aujourd'hui ne serait plus que très partiellement sémite[9].

De nos jours, l'affaissement de la dimension proprement et ouvertement raciste de l'hostilité envers les juifs permet de penser que l'antisémitisme englobe une notion plus large que la conception raciale originale du XIXe et du début du XXe siècle. C'est qu'il a en réalité existé sous des formes qui ne s'appuient parfois ni sur des conceptions raciales, ni sur des fondements religieux, ce qui rend le concept difficile à définir de manière précise[10].

Pierre-André Taguieff a d'ailleurs proposé le terme de « judéophobie »[11] pour désigner l'ensemble des formes anti-juives dans le monde depuis la Seconde Guerre mondiale et le distinguer de l'antisémitisme lié aux thèses racialistes. D'autres préfèrent parler de « nouvel antisémitisme » pour qualifier les idéologies plus récentes qui s'appuieraient sur la dénonciation d'un supposé lobby juif ou du sionisme pour masquer leur antisémitisme[12][13][14].

Formes d'antisémitisme[modifier | modifier le code]

Article connexe : Allégation antisémite.
Cette illustration publiée dans le journal Der Stürmer représente le portrait du Juif avide d'argent cherchant à tromper les goyim.
Aquarelle du XVIe siècle représentant un Juif de Worms portant la rouelle. Il est également accompagné d'une bourse d'or illustrant la cupidité attribuée aux Israélites.

Même si, dans sa définition originale et la plus stricte, le mot « antisémitisme » prend une tournure raciale laïque[15], il est désormais utilisé pour qualifier tous les actes anti-juifs qui ont pu avoir lieu dans l'Histoire.

On peut donc en distinguer plusieurs formes distinctes qui évoluèrent dans leur conception au cours de l'Histoire, qui ne sont pas forcément complémentaires et qui ne s'appuient pas toujours sur les mêmes fondements. C'est-à-dire que l'antisémitisme, dans son acceptation globale, n'est pas nécessairement une idéologie racialiste (qui ne se développe d'ailleurs que tardivement) et, par conséquence, n'est pas toujours une forme de racisme[16].

René König mentionne par exemple des antisémitismes sociaux, économiques, religieux ou politiques. Il avance par ailleurs que les natures diverses qu'a pris l'antisémitisme démontrent que « les origines des différents préjugés antisémites sont ancrés dans différentes périodes de l'Histoire. » Pour lui, les divers aspects des préjugés antisémites au cours des époques et leur distribution variable au sein les classes sociales « rend particulièrement difficile la définition des formes de l'antisémitisme[17]. »

L'historien Edward Flannery distingue lui aussi plusieurs variétés d'antisémitisme[18] :

Enfin, le documentaliste Louis Harap différencie quant à lui l'antisémitisme « économique » de l'antisémitisme « politique », et fusionne ce dernier avec l'antisémitisme « nationaliste » au sein d'un « antisémitisme idéologique. » Il ajoute également un antisémitisme social[23], avec les propositions suivantes :

  • l'antisémitisme religieux : « les juifs sont les assassins du Christ » (Peuple déicide)
  • économique : « les juifs sont des banquiers et des usuriers obsédés par l'argent »
  • social : « les juifs sont socialement inférieurs » et doivent être tenus à l'écart du reste de la société dans des ghettos et porter un signe permettant de les distinguer des Chrétiens comme la rouelle et le Judenhut au Moyen Âge, ou l'étoile jaune sous le régime nazi.
  • racial : « les juifs sont une race inférieure »
  • idéologique : « les juifs sont des révolutionnaires complotant pour renverser le pouvoir en place » (Théorie du complot juif)
  • culturel : « les juifs corrompent la moral et la civilisation du pays dans lequel ils vivent par leur culture »

Antisémitisme culturel[modifier | modifier le code]

Louis Harap définit l'antisémitisme culturel comme une « forme d'antisémitisme qui accuse les Juifs de corrompre une culture donnée et de vouloir supplanter ou de parvenir à supplanter cette culture par une culture juive grossière et uniforme[24]. »

Pour Eric Kandel l'antisémitisme culturel se fonde sur l'idée d'une « judéité » vue comme « une tradition religieuse ou culturelle qui s'acquièrent par l'apprentissage, à travers des traditions et une éducation distinctives. » Cette forme d'antisémitisme pense que les Juifs possèdent des « caractéristiques psychologiques et sociales peu séduisantes qui s'acquièrent par l'acculturation[25]. »

Enfin, Donald Niewyk et Francis Nicosia décrivent l'antisémitisme culturel comme une idée se focalisant sur la supposée « attitude hautaine des Juifs au sein des sociétés dans lesquelles ils vivent[26]. »

Antisémitisme religieux[modifier | modifier le code]

Article principal : Antijudaïsme.
Exécution de Francisca Nuñez de Carabajal, une juive convertie accusée d'être restée secrètement fidèle au judaïsme, 1601.
Tract distribué à Kiev avant le procès de Mendel Beilis, accusé de meurtre rituel, recommandant aux parents chrétiens de veiller sur leurs enfants durant la Pâque juive.

L'antisémitisme religieux, ou antijudaïsme, se définit comme l'opposition aux croyances juives et au judaïsme. Il n'attaque donc pas les Juifs en tant que peuple ou ethnie, et prônait même parfois leur conversion. Cependant, les persécutions pouvaient persister même après leur conversion, comme ce fut le cas envers les marranes, des Juifs espagnols et portugais convertis au catholicisme à partir du XVe siècle. Ils étaient en effet suspectés de rester secrètement fidèles à leur religion ou leurs traditions[18].

Les juifs ont été également accusés à plusieurs moments de crimes rituels, souvent au travers de légendes d'enlèvement d'enfants pour des sacrifices rituels. Il s'agit de l'une des allégations antisémites les plus anciennes de l'Histoire : de la légende du meurtre d'Anderl von Rinn en 1492, qui fit par la suite l'objet d'un pèlerinage, jusqu'à l'Affaire Beilis en 1911. Selon l'historien Walter Laqueur, il y aurait eu plus de 150 accusations et probablement des milliers de rumeurs de ce type dans l'Histoire[27].

L'antijudaïsme en Europe provenait souvent d'une méconnaissance des traditions de la religion juive, qui étaient perçues comme étranges et parfois maléfiques. Par exemple, le mot « sabbat », qui désigne une cérémonie nocturne de sorcières, provient du shabbat, le jour du repos dominical des Juifs.

Antisémitisme économique[modifier | modifier le code]

L'antisémitisme économique se fonde sur l'idée que les juifs produisent une économie nuisible, ou que cette économie devient nuisible quand elle est pratiquée par les juifs[28].

Les allégations antisémites lient souvent les juifs à l'argent et à l'avidité, les accusant d'être cupides et de s'enrichir au dépens des non-juifs en contrôlant le monde des finances et des affaires. Ces théories furent développées entre autres dans Les Protocoles des Sages de Sion, un faux document attestant le projet de conquête du monde par les juifs, ou dans le Dearborn Independent, un journal publié au début du XXe siècle par Henry Ford.

L'historien Derek Penslar explique que ces allégations s'appuient sur les imputations suivantes[29] :

  • les juifs « sont naturellement incapables d'exercer un travail honnête. »
  • les juifs « dominent une cabale financière cherchant à assujettir le monde. »

Penslar avance également l'idée l'antisémitisme économique se distingue aujourd'hui de l'antisémitisme religieux qui est lui « souvent feutré », alors qu'ils étaient liés jusqu'à maintenant, le second expliquant le premier[30].

Abraham Foxman relève quant lui six aspects communs à ces accusations[31] :

  • tous les juifs sont riches[32]
  • les juifs sont avares et cupides[33]
  • des juifs puissants contrôlent le monde des affaires[34]
  • la religion juive prône le profit et le matérialisme[35]
  • les juifs n'hésitent pas à berner les goys[36]
  • les juifs utilisent leur pouvoir au service de leur communauté[37]

Finalement, le mythe du juif et de l'argent est résumé l'assertion suivante de Gerald Krefetz : « [les juifs] contrôlent les banques, la réserve monétaire, l'économie et les affaires — de la communauté, du pays, du monde[38]. »

Antisémitisme racial[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Nazisme et Judensau.
Tableau de 1935 expliquant ce qu'est un Juif d'après les lois de Nuremberg.

L'antisémitisme racial se définit comme la haine des juifs en tant que groupe racial ou ethnique plutôt que sur des fondements religieux[39]. Il considère que les juifs sont une race inférieure à celle de la nation dans laquelle ils vivent. Cette théorie se développe particulièrement dans les mouvements eugénistes de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle qui considèrent que les « Aryens » (ou le peuple germanique) sont racialement supérieur aux autres peuples.

Au début du XIXe siècle, des lois entrent en vigueur dans certaines pays d'Europe de l'Ouest permettant l'émancipation des Juifs[40]. Ils ne sont désormais plus obligés de vivre dans les ghettos, et voient leurs droits de propriété et leur liberté de culte s'étendre. Pourtant, l'hostilité traditionnelle envers les Juifs sur des bases religieuses persiste et se déploie même à l'antisémitisme racial. Des théories ethno-raciales comme celles de l'Essai sur l'inégalité des races humaines (1853-55) de Joseph Arthur de Gobineau participent à ce mouvement. Ces théories plaçaient souvent les peuples blancs européens, et particulièrement la « race aryenne », au-dessus du juif[41].

Il s'agit donc d'une idéologie laïque prenant le relais du vieil antijudaïsme religieux et s'y substituant. Les nouvelles formes d'hostilité qui s'en manifestent sont donc détachées de toute connotation religieuse, du moins dans la représentation que se fait d'elle-même cette idéologie. Les nazis, mouvement néo-païen, ne firent d'ailleurs aucune différence entre les Juifs orthodoxes et laïcs[42], les exterminant qu'ils pratiquent le judaïsme ou soient baptisés chrétiens, voire engagés dans une vie religieuse chrétienne[43].

Antisémitisme politique[modifier | modifier le code]

Les Juifs étaient accusés par les nazis de chercher à s'emparer du pouvoir à travers les partis communistes, le syndicalisme ou l'anarchisme.

L'antisémitisme politique se définit comme une hostilité envers les juifs fondée sur leur supposée volonté de s'emparer du pouvoir au niveau national ou mondial, ou leur volonté dominer le monde au travers d'un « complot international ».

Les Protocoles des Sages de Sion, un faux se présentant comme un plan de conquête du monde établi par les juifs, sont généralement considérés comme le début de la littérature contemporaine de la théorie du complot juif[44]. Daniel Pipes note que le document développe des thèmes récurrents de l'antisémitisme du complot : « Les Juifs complotent toujours », « Les Juifs sont partout », « Les Juifs sont derrière chaque institution », « Les Juifs obéissent à une autorité centrale, les vagues 'Sages' », et « Les Juifs sont proches de réussir »[45].

L'antisémitisme politique se démocratise particulièrement durant l'entre-deux-guerres à la suite de la Révolution russe de 1917, notamment sous l'influence des Russes blancs[46], avant d'être récupéré par l'idéologie nazie. Il reposait sur l'idée que les « judéo-bolchéviques » tenteraient de prendre le pouvoir par le communisme ou l'anarchisme à travers le monde.

Le concept apparaît alors comme un renouvellement de la théorie du complot juif[47] qui se superpose, sans le remplacer, au mythe développé par l'antisémitisme économique du juif responsable du capitalisme[48],[49]. Il s'appuie également sur le fait que des penseurs ou des révolutionnaires communistes se trouvaient être juifs ou d'origine juive : les théoriciens Karl Marx et Rosa Luxemburg, ou les révolutionnaires bolcheviks Léon Trotsky, Lénine, Lev Kamenev, Grigori Zinoviev et Karl Radek. Ainsi, pour certains des Russes favorables au régime tsariste, l'assassinat de la famille impériale par les Bolcheviks était forcément l'œuvre d'un « complot juif » et cette interprétation contribua à alimenter le climat antisémite en Russie[50].

Les juifs furent par ailleurs accusés, après la Première Guerre mondiale, d'être les responsables de la défaite allemande. Ce mythe, nommé en allemand « Dolchstoßlegende » (« coup de poignard dans le dos »), fut une tentative de disculper l'armée allemande de la capitulation de 1918, en attribuant la responsabilité aux socialistes, aux bolcheviks, à la République de Weimar, et particulièrement aux juifs.

Nouvel antisémitisme[modifier | modifier le code]

Article principal : Nouvel antisémitisme.
Les théoriciens du nouvel antisémitisme avancent que l'antisionisme peut parfois cacher une idéologie antisémite. Ici une manifestation contre la guerre de Gaza en Tanzanie, 2009.

Dans les années 1990 naît un concept inédit, celui d'un nouvel antisémitisme qui se serait développé aussi bien dans des partis de gauche que de droite, ainsi que dans l'islam radical. Pour certains auteurs, ces « nouveaux antisémites » se cacheraient désormais derrière l'antisionisme et l'opposition à Israël, voire parfois même derrière l'anticapitalisme ou l'antiaméricanisme, pour exprimer leur haine des Juifs[12][13][14].

Les critiques de ce concept avancent quant à eux qu'il mélange l'antisionisme et l'antisémitisme, qu'il donne une définition trop étroite de la critique faite à Israël et trop large de la diabolisation de sa politique, ou encore qu'il exploite l'antisémitisme dans le but de faire taire le débat[51].

En France, l'essayiste Alain Soral et l'humoriste Dieudonné sont par exemple accusés par les médias de se cacher derrière la critique du sionisme et du pouvoir supposé d'un lobby juif pour diffuser des idées antisémites[52][53].

Dans ce que l'on appelle « nouvel antisémitisme », la frontière entre « antisionisme », « anti-communautarisme » et « antisémitisme » est en réalité floue et difficilement définissable. Alain Soral se défend par exemple d'être antisémite au sens strict et affirme ne pas fustiger ce qu'il nomme les « Juifs du quotidien » mais dénoncer le judaïsme talmudique comme une « théorie racialiste » ainsi que le pouvoir de la « communauté juive organisée[54]. »

Histoire[modifier | modifier le code]

Selon les textes religieux hébraïques composés au fil des siècles et en voie de fixation vers le Ier siècle avant l'ère commune[55], l’oppression des Juifs en tant que peuple a existé de longue date : ils présentent le peuple hébreu se constituant dans sa résistance contre l'oppression des Égyptiens. Les textes relatent ensuite les attaques répétées auxquelles le peuple juif doit faire face pour préserver son indépendance et le caractère singulier de sa foi.

Pour les historiens contemporains, ces éléments n'ont pas de valeur historique et Jules Isaac ne relève ainsi aucune « trace authentique, incontestable de l'antisémitisme prétendu éternel. »[56] jusqu'au IIIe siècle av. J.-C.. Selon les travaux de Léon Poliakov, le phénomène remonte cependant bien au monde gréco-romain, particulièrement à l'Égypte ptolémaïque[57]. La nature précise de l'hostilité dont les juifs sont alors l'objet, particulièrement à Alexandrie, théâtre de lutte factieuses, fait toutefois encore l'objet de débats[58].

Antiquité[modifier | modifier le code]

Antiquité gréco-romaine[modifier | modifier le code]

Selon Léon Poliakov, il n'existe aucune trace d'antisémitisme dans l'Antiquité avant le IIIe siècle av. J.-C., et le foyer de cet antisémitisme est l'Égypte ptolémaïque. Encore peut-on ajouter, avec Jules Isaac, qu'il s'agit moins d'une hostilité envers les Juifs en tant que tels que d'une « haine envers les Asiatiques », ces derniers étant des Orientaux au sens large, et non pas seulement des Juifs[59]. Néanmoins des égyptologues comme Jean Yoyotte proposent des origines égyptiennes aux premières formes d'antisémitisme/antijudaïsme, remontant selon les auteurs à une période plus ou moins ancienne, à l'instar de Jan Assmann ou plus tardive, comme Alain-Pierre Zivie[60]. Plusieurs chercheurs voient dans une lettre privée du Ier siècle av. J.-C. adressée à un habitant de Memphis[61] le témoignage le plus ancien de l'expression de l'existence d'un sentiment antisémite[62] au sein de la chôra égyptienne[63] qui pourrait, selon certains chercheurs, puiser ses racines dès avant la conquête gréco-macédonienne[64].

Les premières expressions historiquement attestées de la « haine contre les juifs » se trouvent rassemblées dans le Contre Apion, un ouvrage de l'historien juif et citoyen romain Flavius Josèphe qui rassemble vers la fin du Ier siècle une anthologie des textes d'auteurs de l'Égypte gréco-romaine, parmi lesquels des détracteurs des Juifs, particulièrement Alexandrins[65]. Ainsi, dès le IIIe siècle av. J.-C., Manéthon propose une sorte de « contre-Exode » qui propage des fables à leur encontre, notamment celle suivant laquelle les Hébreux auraient été des lépreux chassés d'Égypte. Ces accusations, infamantes alors, sont néanmoins à contextualiser dans le cadre des tensions communautaires qui opposent à Alexandrie notamment les juifs hellénisés aux égyptiens dont le culte animal est l'objet d'une véritable répulsion par les premiers[66]. On peut noter qu'au-delà de l'hostilité sur une base religieuse qui relève de l'antijudaïsme, l'association de critères physiques trace peut-être les contours d'une forme d'antisémitisme antique[67].

Les violences généralisées contre les juifs n'apparaissent que sous la domination romaine. Au Ier siècle les juifs d'Alexandrie réclament auprès des autorités romaines le droit de cité auquel les grecs alexandrins s’opposent. Les tensions communautaires dégénèrent, la communauté juive est l'objet de persécution par le préfet d'Égypte Flaccus et la ville est le théâtre d'une crise inter-ethnique en 38 qui se traduit par de violentes émeutes contre les juifs, qui seraient qualifiées aujourd'hui de « pogroms »[68]. Les affrontements intercommunautaires deviennent monnaie courante et un nouveau pogrom se déroule en 66, sous les ordres de Tiberius Julius Alexander, lui-même d'origine juive[69].

La période hellénistique[modifier | modifier le code]

Alexandre le Grand est l'initiateur de la présence juive à Alexandrie d'Égypte, en tant que fondateur de cette ville. L'un de ses généraux, qui lui succède comme souverain en Égypte, Ptolémée Ier, fait venir des Juifs pour peupler la nouvelle cité[70]. La Cœlé-Syrie se trouvant sous influence Lagide jusqu'à la 5e Guerre de Syrie. À Alexandrie, ils forment une entité politique séparée : ils occupent deux quartiers sur cinq de la ville hellénistique, ils sont responsables devant une juridiction spécifique, l'ethnarque, s'occupant de commerce, ils édifient rapidement de grandes fortunes (ce qui fait dire qu'ils sont avides d'or): ils se voient confier plusieurs fermes des impôts par les Lagides durant le IIIe siècle [71]. Formant des communautés fermées, en lien les unes avec les autres à l'échelle du monde méditerranéen, ils doivent non seulement faire face à l'animosité populaire: animosité contre le percepteur, contre leur richesse, mais aussi des prêtres et des philosophes: Le Stoïcien Apollonius Molon les accuse d'anthropophagie rituelle, Les Sophistes leur reprochent de falsifier des textes grecs, ce qui, selon Bernard Lazare, semble ne pas être sans fondement[72].

Les persécutions contre les Juifs en tant que tels sont rares et ne peuvent jamais être attribuées à un antisémitisme d'État. C’est ainsi que la première persécution connue de la religion juive est perpétrée par Antiochos IV Épiphane, descendant de l’un des généraux d’Alexandre le Grand. Les Juifs se sont révoltés contre lui et ont vaincu les Grecs sous la direction des Maccabées. Les motivations principales de cette « crise macchabéenne » ne sont pas nécessairement religieuses. Cette crise résulte de la conjonction entre une crise politique au sein des élites judéennes pour le contrôle de la Grande Prêtrise (conflits entre les Oniades, descendants légitimes du Grand Prêtre Yéhoshoua, et les Tobiades, famille puissante mais privée de pouvoir politique) et les conflits entre les grands empires (séleucides, lagides, puis plus tard romains) qui se déchirent pour le partage du Proche-Orient. Les persécutions d'Antiochos IV n'interviennent pas soudainement, elles suivent la dégradation de la situation politique à Jérusalem où les rivalités internes à la société juive et les pressions économiques des souverains séleucides ont déjà plongé le pays dans la guerre civile. La dynastie hasmonéenne tire parti de ces oppositions et fonde la dernière dynastie des Hébreux. Ces événements ont par la suite symbolisé au sein de la communauté juive la résistance des Juifs face aux persécutions des « païens » et ont été à l'origine de la fête juive de Hanoucca.

L'Empire romain[modifier | modifier le code]

Au Ier siècle av. J.-C., les Romains occupent la terre d'Israël et soumettent les Juifs. Si les Romains détruisirent le Second Temple de Jérusalem, on ne peut parler initialement d'antisémitisme, puisque les Romains appliquaient le même procédé (répression des causes de désordre public) à nombre de peuples conquis.

Les Romains sont dans l'ensemble assez tolérants en matière religieuse, n'exigeant pas des populations conquises qu'elles abandonnent leurs cultes, mais ils sont heurtés, comme une bonne part de l'Antiquité polythéiste, par l'aniconisme des Juifs. Après la sacralisation de l'Empereur, le refus de ceux-ci de sacrifier à son culte, que le judaïsme rejette absolument, selon le principe de l'exclusivisme monothéiste est incompréhensible pour la plupart des peuples de l'Antiquité (sauf par les zoroastriens). Par ailleurs les autorités romaines ne peuvent appliquer l’Interpretatio romana au judaïsme ce qui était une cause de tension.

Néanmoins les Romains, en administrateurs pragmatiques, adaptent certaines de leurs coutumes aux Juifs, les dispensant ainsi partiellement du Culte impérial, privilège qui suscite des jalousies. Certains juifs peuvent devenir citoyens romains, à l'exemple de Paul de Tarse ou de Flavius Josèphe, et peuvent même accéder aux magistratures en acceptant de sacrifier aux dieux, à l'instar de Tiberius Julius Alexander. D'après Tacite et Flavius Josèphe 4 000 Juifs furent exilés en Sardaigne. Plus tard, Titus Flavius Clemens, un consul de la famille impériale des Flaviens aurait été exécuté pour ses sympathies envers le judaïsme ou le christianisme. À la même époque le Contre Apion de Flavius Josèphe montre l'existence d'un antisémitisme structuré et ancien en Égypte.

L'attitude répressive des Romains est également exprimée par Titus écrasant la Judée lors de la première Guerre judéo-romaine et surtout par Hadrien changeant le nom romain de Judée de cette partie de province que les rebelles juifs nomment Israël dans leurs monnaies, en celui de Syria Palestina (ou terre des Philistins)[73] ce qui pourrait dénoter une orientation vers l'antijudaïsme dans une guerre de maintien de l'ordre dirigée contre des rébellions juives. Lors de la persécution des chrétiens dans l'empire romain, ceux-ci avaient d'abord été considérés comme une faction juive, les premiers chrétiens dont Jésus et les apôtres, étant juifs. Suétone rapporte que « les juifs » fomentaient des troubles « à l'instigation d'un certain Crestus » (souvent lu Cristos), mais juifs et chrétiens furent ensuite progressivement distingués les uns des autres notamment en raison de l'existence du Fiscus judaicus et de la réaction des synagogues qui rejetèrent de plus en plus les juifs reconnaissant Jésus comme Messie biblique et refusant la circoncision[74].

L'empire chrétien[modifier | modifier le code]

Au sein de la chrétienté, une opposition va se faire autour de deux passages de Paul de Tarse qui semblent bien contradictoires :

Dans l'épître aux Thessaloniciens, en effet, il considère les Juifs déicides et « ennemis de tous les hommes » :

« Vous, frères, vous êtes devenus les imitateurs des Églises de Dieu qui sont en Jésus-Christ dans la Judée, parce que vous aussi, vous avez souffert de la part de vos propres compatriotes les mêmes maux qu’elles ont soufferts de la part des Juifs. Ce sont ces Juifs qui ont fait mourir le Seigneur Jésus et les prophètes, qui nous ont persécutés, qui ne plaisent point à Dieu, et qui sont ennemis de tous les hommes. »

Il écrit pourtant dans l'épître aux Romains (Rm 11) que les Juifs sont « chers à Dieu », en précisant notamment (Rm 11:28-29) :

« Ils sont aimés à cause de leurs pères. Car Dieu ne se repent pas de ses dons et de son appel. »

Paul était juif lui-même, ce qui peut aussi expliquer une plus grande liberté de ton quand il s'adresse directement à eux, que lorsqu'il en parle aux Romains convertis.

Dans la pratique, le pouvoir romain devenu chrétien saura utiliser les deux attitudes en fonction de ses intérêts du moment. Dans le premier contexte, l’antijudaïsme devint religieux : la haine des Juifs prit ici un tour nouveau, la religion officielle véhiculant l'idée que le judaïsme puisse être intrinsèquement pervers. Les premiers chrétiens étant Juifs, ils rejettent leur ancienne religion et développent donc naturellement à son égard une haine d'ordre spirituel, d'autant que la loi juive, dont Jésus se réclamait, en tant que Rabbi aux termes des évangiles, continue de les solliciter à accepter les Dix commandements et l'incorporéité absolue de Dieu.

Par ailleurs, la continuité de l'existence des juifs (Ancien Israël) aux côtés de la nouvelle religion (Nouvel Israël) était perçue comme la négation de fait de l'authenticité du message évangélique. D'où le harcelèment envers les Juifs. Même une partie du clergé et quelques théologiens les présentèrent comme coupables collectivement du supplice de Jésus Christ. Les juifs n'en restaient pas moins considérés comme destinés à se convertir et à participer à la Parousie.

Selon Jules Isaac : « L'avènement de l'Empire chrétien au IVe siècle a eu pour effet immédiat de renforcer et développer l'action (ou la réaction) antijuive, par l'étroite union des pouvoirs politiques et religieux. »[75]. L'historien pointe ainsi certains Pères de l'Église « appliqués à traîner leurs adversaires dans la boue »[76] ; par exemple, Jean Chrysostome (Adversus Judaeos) crée le mythe antisémite d'une « cupidité » des Juifs[77]. À cette période, « par la volonté de l'Église, [le Juif] est devenu l'homme déchu ; on pourrait déjà dire l'homme traqué. »[78]

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Massacre de Juifs, première croisade, bible du XIIIe siècle

Plus encore que l'accusation de déicide, ce qui fut âprement reproché aux Juifs par les chrétiens fut leur refus de se convertir à la foi nouvelle et de reconnaître Jésus comme messie. Seuls les Juifs baptisés étaient laissés en paix et certains convertis devinrent d'ailleurs d'actifs prosélytes chrétiens, jouant souvent à leur tour un grand rôle dans les campagnes antijuives : ainsi, l'archevêque Julien de Tolède, au VIIe siècle, lui-même d'origine juive, mena activement campagne pour la conversion forcée de ses anciens coreligionnaires en Espagne wisigothique.

Au Moyen Âge, nombre de professions furent interdites aux Juifs. Ils furent exclus de toute fonction administrative, et surtout des corporations de métiers, et des confréries religieuses. Il leur était interdit de posséder des terres pour les cultiver. Ils vivaient donc dans les villes, où ne leur restaient comme possibles activités que celles qui étaient précisément interdites aux chrétiens. Si bien qu’ils furent repoussés de presque tous les métiers, et contraints principalement de s’orienter vers le commerce et le prêt à intérêt, souvent interdit aux chrétiens d’Occident et aux musulmans. On attribue à l’interdiction par les évêques du prêt à intérêt à Rome, une part de responsabilité dans la crise économique qui se termina par sa chute. Constantinople n’eut pas ces scrupules et accueillit nombre de Juifs chassés d'Espagne qui contribuèrent largement à la réussite de l'Empire ottoman.

Par exception, les Juifs pratiquaient aussi l’artisanat d’art (orfèvrerie, la taille des pierres précieuses) et la médecine : c’est ainsi que des professeurs juifs de l’Université de Montpellier, pratiquaient secrètement la dissection afin d'améliorer leur connaissance du fonctionnement du corps humain.

Au Moyen Âge, ils donnèrent à l'Europe de nombreux savants, et furent des traducteurs et importateurs des textes anciens, grecs en particulier, qu'ils traduisirent, commentèrent et permirent à l'Europe de découvrir, également à partir de la langue arabe, lors de la grande période de l'Espagne andalouse (Al-Andalus) où les échanges entre intellectuels juifs et musulmans atteignirent là leur plus haut niveau, dans le registre de la culture savante. Cette époque fut aussi celle de la traduction des textes d'Aristote (1120-1190), qui mobilisa des équipes composées de confessions des religions monothéistes, à Tolède, et dans quatre villes d'Italie (Pise, Rome, Palerme, Venise). Elle fut à l'origine de la Renaissance du XIIe siècle.

Au concile de Trente au XVIe siècle l'Église catholique romaine remit en question l'accusation de déicide[réf. nécessaire].

L'antijudaïsme islamique[modifier | modifier le code]

Massacre par les premiers Musulmans des Banu Qurayza, une tribu juive de Médine, 627.

À l'époque de Mahomet, à Médine et dans la péninsule Arabique vivaient des tribus juives que Mahomet s'efforça d'abord de convertir, sans succès. Il finit par les combattre et les chasser[79]. La position de Mahomet à l'égard du judaïsme est de considérer certaines prescriptions mosaïques comme étant en réalité coraniques. Il considère que les Hébreux sont des Arabes. Mahomet se fait donc fort de rappeler aux Juifs leur propre loi que le Talmud aurait falsifiée[80]. La religion véritablement originaire est l'islam, les prophètes juifs sont en réalité musulmans et ce n'est pas à Isaac mais à Ismaël que les bénédictions ont été accordées[81].

Les conditions de vie des Juifs en terre musulmane, quoique préférables à ce qu'elles étaient en Europe, n'en étaient pas moins très dures : ils vivaient dans un état misérable parce qu'ils avaient rejeté la loi du Prophète[82]. En outre, dans la vie quotidienne, les Juifs étaient considérés avec mépris, supposés lâches et perfides, éléments de dissolution du corps social[83]. Il arrivait toutefois que des fonctions administratives ou financières leur soient confiées en cas de besoin, en raison de leur compétence[84]. À Bagdad et ailleurs, on forçait les Juifs à porter un insigne et un couvre-chef destinés à les distinguer[85]. Des milliers de Juifs furent tués dans des pogroms organisés à Grenade en 1066[86] ou à Fez en 1465[87].

Des communautés juives d'Afrique du Nord ont également été converties de force, et des synagogues ont été détruites. De nouveaux pogroms eurent lieu à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe, principalement en Afrique du nord. Ce ne fut pas le cas dans l'Empire ottoman qui les accueillit pour le développement du commerce, après leur expulsion d'Espagne et du Portugal. La dhimma est le statut que l'Islam décerne aux « gens du Livre », auquel font partie les Juifs. C'est un statut de citoyen de seconde zone : ils avaient le droit de pratiquer leur religion, mais non ostensiblement, devaient s'acquitter d'un impôt spécial et étaient soumis à toutes sortes de restrictions[88]. Ils ne pouvaient être fonctionnaires ni porter d'armes. Les Juifs dans la rue devaient céder la place aux musulmans. Il leur était interdit de monter à cheval ou à chameau. S'ils acceptaient ce statut, les Juifs étaient tolérés. Parfois l'antisémitisme émanait, selon l'époque et le lieu, des sphères dirigeantes ou du peuple. Dans sa forme moderne, l'antisémitisme musulman n'apparaît qu'au XIXe siècle. L'accusation de meurtre rituel, familière aux nations chrétiennes, était inconnue des musulmans jusqu'à l'affaire de Damas (1840). À partir de cette date commencèrent les accusations de crime rituel à l'encontre des Juifs dans l'Empire ottoman, en 1897 en Algérie, ou en 1901 au Caire notamment[89].

« Les Marranes »[modifier | modifier le code]

En 1391, les royaumes espagnols furent théâtre des « baptêmes sanglants » qui virent de nombreuses conversions forcées de Juifs sous la pression de pogroms populaires. En 1492, les Rois catholiques, par le décret de l'Alhambra, expulsèrent tous les Juifs d'Espagne, mesure sans précédent à l'origine de la Diaspora séfarade. Seuls restèrent les convertis ou ceux qui acceptèrent de le devenir. Mais le bruit se répandit que les juifs convertis continuaient à pratiquer leur religion en secret.

Aussi, plusieurs professions furent-elles interdites aux nouveaux chrétiens. Et cela bien que beaucoup de ces nouveaux chrétiens, instruits dans la religion catholique depuis plusieurs générations aient été sincères. Si bien que, dans les familles ibériques, l’usage vint de demander des « certificats de pureté de sang » avant de contracter mariage, ou pour exercer telle ou telle profession. Nombre d'entre eux s’efforcèrent de fuir les territoires hispano-portugais et, une fois relativement en sécurité en France, en Turquie, au Maroc, aux Pays-Bas ou en Angleterre à partir de Cromwell, ils y redécouvrirent la religion de leurs ancêtres. Ce fut le phénomène du marranisme, porteur d'une mémoire secrète, souterraine, cachée, malgré la disparition des synagogues, des textes, et l'impossibilité de suivre les rites. Les marranes, accusés de « judaïser en secret » gardèrent, pour certains d'entre eux, la mémoire de leurs origines, avant d'y revenir parfois, c'est-à-dire lorsque la situation le leur permettait. Nombre de descendants de marranes, ces chrétiens convertis de force, ont essaimé en Europe, avec des destins divers, et jusqu'en Amérique, ou même en Asie, où l'Inquisition continua à les poursuivre longtemps après leur départ du Vieux Continent, pour tenter de faire disparaître le judaïsme.

Du XVIIe siècle au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

En somme, dans toute l'histoire de la chrétienté, ou de l'Europe, et jusqu'au XXe siècle non compris, le sentiment antijuif et les persécutions et discriminations qui s'ensuivirent furent le fait de l’antijudaïsme chrétien, même si l'antisémitisme de Voltaire n'est pas de source chrétienne. Cependant, selon Hannah Arendt, au XVIIIe siècle, les hommes des Lumières, à l'exception de Denis Diderot, méprisent les Juifs comme trop attachés à leur religion, alors qu'ils sont mieux considérés par les conservateurs :

« Les hommes des Lumières qui préparèrent la Révolution française méprisaient tout naturellement les Juifs : ils voyaient en eux les survivants de l’obscurantisme médiéval, les odieux agents financiers de l’aristocratie. Leurs seuls défenseurs déclarés en France furent les écrivains conservateurs qui dénoncèrent l’hostilité envers les Juifs comme « l’une des thèses favorites du XVIIIe siècle » (J.de Maistre). »

— Hannah Arendt, Sur l’antisémitisme, Calmann-Lévy, 1973, p.110

L'antisémitisme n'était pas un sentiment général dans les milieux intellectuels du XIXe siècle comme on le voit notamment avec Friedrich Nietzsche qui écrit: "Or les juifs sont sans aucun doute la race la plus forte, la plus résistante, et la plus pure qui existe actuellement, ils savent s'imposer… grâce à certaines vertus dont on aimerait faire des vices, grâce surtout à une foi résolue… C'est un fait que les juifs s'ils le voulaient pourraient dès maintenant exercer leur prépondérance et même littéralement leur domination sur l' Europe, c'est un fait qu'ils n'y travaillent pas et ne font pas de projet en ce sens. Ils aspirent à s'établir enfin quelque part où ils soient tolérés et respectés."[90]

Cet antijudaïsme doit être distingué de l’antisémitisme moderne qui va s'exacerbant avec la crise des États-nations, et qui pointe avec l'affaire Dreyfus en France, les théories de Houston Stewart Chamberlain en Allemagne et qui va exploser en racisme avec le nazisme exterminateur (voir pour cette histoire et la périodisation des différents formes de persécutions antijuives, de Raul Hilberg : L'extermination des Juifs d'Europe).

Affiche antisémite française de 1889 d'Adolphe Léon Willette.

Dans le monde moderne, avec le développement des grands États européens, certains banquiers Juifs comme les frères Péreire ou la dynastie des Rothschild ont joué un rôle important dans le financement du développement industriel et de grands projets nationaux (chemins de fer). Cette place est assortie de privilèges, comme l'anoblissement, qui fait que, d'une part, les Juifs privilégiés sont en quelque sorte des hors-caste, sans que cela soit vu comme une marque d'exclusion (mais ces privilèges n'en suscitent pas moins les jalousies), d'autre part, ces Juifs privilégiés seront eux-mêmes défavorables à l'extension de leurs privilèges à ceux des Juifs qui pâtissent de ces mesures gouvernementales discriminatoires. Dans l'ensemble, les Juifs riches bénéficient de cette manière d'une protection politique (ce qui est fréquent dans leur histoire, comme on le voit au début de l'Islam qui protégea les Juifs et en fit des administrateurs), qu'il s'agisse des Juifs de Cour, ou de certains financiers du XIXe siècle.[pas clair] Par exemple, Bismarck, qui tenait des propos antisémites dans sa jeunesse, y renoncera plus tard[91]. Par la suite, des antisémites[Qui ?] l'accuseront d'être à la solde des Juifs.

Il apparaît ainsi que le développement de l'Europe, déjà tributaire de leur culture et de leur religion, fut tributaire de la puissance financière des Juifs les plus riches ; mais, comme le remarque Hannah Arendt[réf. incomplète], cette puissance s'accompagne d'une grande réticence à s'engager dans les événements du monde, contrairement à ce que diront les antisémites par la suite, avec la théorie du complot juif. Outre le rôle financier des Juifs dans l'Europe moderne, il faut remarquer que du fait de leur présence dans tous les pays d'Europe, les Juifs furent une communauté internationale, par opposition à la montée en puissance de l'isolement nationaliste des autres peuples. Pour Diderot, un des rares philosophes des Lumières à ne pas détester les Juifs : ceux-ci sont selon lui le ciment indispensable des nations européennes. Les Juifs étaient en effet parfois considérés comme les financiers des aristocrates ; des socialistes du XIXe siècle, adhérant à l'antisémitisme[92], reprendront un argument similaire. Selon Hannah Arendt encore, la gauche est majoritairement antisémite jusqu'à l'Affaire Dreyfus, où, par opposition aux cléricaux majoritairement anti-dreyfusards, elle défendra Dreyfus :

« Les cléricaux se trouvant dans le camp antisémite, les socialistes français se déclarèrent finalement contre la propagande antisémite au moment de l’affaire Dreyfus. Jusque-là, les mouvements de gauche français du XIXe siècle avaient été ouvertement antisémites. »

— Hannah Arendt, Sur l’antisémitisme, Calmann-Lévy, 1973, p.111

C'est vers cette époque que débute le mouvement d'émancipation des Juifs d'Europe et au début du XIXe siècle. Dans certains pays, ils obtiennent l'égalité des droits, parce que la notion de citoyenneté est jugée plus importante et plus universelle que la question de savoir si un individu est juif ou non.

Mais ce caractère international fut interprété également dans le sens d'un complot (dont la famille Rothschild, installée en France, en Autriche, en Angleterre, aurait été le symbole), alors qu'il est lié en réalité à la plus grande importance chez les Juifs de la famille par rapport à la nation. Aussi les antisémites ont-ils projeté sur les Juifs des catégories de pensée qui sont étrangères à ces derniers.

Par la suite, au cours du XIXe siècle, l'influence financière des Juifs diminue fortement, et c'est à ce moment de leur histoire où les Juifs ne sont presque plus influents économiquement en ce qui concerne les affaires politiques, que naîtra cette haine virulente les accusant d'intentions qu'ils n'ont jamais réalisées quand ils l'auraient pu, et qu'ils n'étaient de fait plus capables de réaliser, même au cas où ils l'auraient voulu. En revanche, c'est à ce moment que les Juifs obtiennent des postes en nombre plus importants, dans l'administration par exemple, ce qui sera encore une fois jugé comme une menace (France enjuivée). Ces accusations ne sont pas seulement des contre-vérités économiques et politiques, mais elles ignorent également cette tendance fréquente chez les Juifs à l'assimilation, à la dissolution même de la communauté juive d'un pays, tendance freinée soit par un regain d'hostilité à leur égard, soit par une politique d'État visant à conserver le statut de Juif, eu égard à son utilité indiquée plus haut. Paradoxalement, on reproche aux Juifs leur particularité, leur "isolement sociétal". Et on les réprime lorsqu'ils entament des processus d'ouverture, d'assimilation à la société environnante. Au moment où l'antisémitisme explose en Europe et s'organise (vers 1870, après plusieurs vagues au cours du XIXe siècle), les Juifs n'ont donc plus la même importance, et l'existence même de l'identité juive est en passe de disparaître, sans que la cause en soit une volonté délibérée de détruire leur culture.

Caricature antisémite sur une affiche électorale du parti chrétien-social à Vienne, 1920

L'organisation de l'antisémitisme commence donc dans les années 1870 - 1880. En Grande-Bretagne, l'afflux des réfugiés juifs originaires de Russie, où se multiplient les pogroms durant les années 1880, finit par provoquer des émeutes antisémites à Londres, cependant isolées et réprimées par la police[93]. En Allemagne, les propos antisémites commencent à avoir du succès avec Stöcker, et avec Schönerer en Autriche, où la virulence de l'antisémitisme est plus grande du fait de l'opposition de la communauté allemande alors prépondérante contre l'État : le pangermanisme y est particulièrement exacerbé, et les Juifs sont, on l'a vu, associés à l'État dans ce genre de propagande (le mouvement autrichien apparaît ainsi comme la véritable préfiguration du nazisme).

Un trait caractéristique de l'antisémitisme, à ce moment de son histoire, est son caractère supranational, ce qui peut apparaître paradoxal. Le fait est cependant que les partis antisémites allemands et autrichiens se présentant comme des partis au-dessus des partis (donc des partis qui ont vocation à contrôler totalement l'État, à incarner la nation), se réunissent en congrès internationaux, et c'est à ce niveau qu'ils ont l'ambition de lutter contre les Juifs, qui sont alors le seul élément de dimension européenne. En somme, les antisémites imitent les Juifs tels qu'ils les imaginent, et projettent de prendre le pouvoir occulte qu'ils leur attribuent.

L'agitation antisémite n'est toutefois pas durable, et il n'y a pas d'intensification constante de cette idéologie jusqu'à l'avènement du nazisme. Ainsi Stefan Zweig nota-t-il que la période 1900 - 1920 sembla un âge d'or pour les Juifs, au point que les précédentes agitations contre ces derniers ne semblaient plus qu'un mauvais souvenir.

L'antisémitisme au début du XXe siècle[modifier | modifier le code]

Affiche antisémite en Allemagne nazie, avec un SA en premier plan. « Allemands ! Défendez-vous ! N'achetez pas chez les Juifs ! », 1933

Le premier coup d’arrêt à l'antisémitisme en France fut la réaction à l’affaire Dreyfus (1894 à 1906). L’empire russe, lui, connaissait des vagues de pogroms successives, persécutions qui provoquèrent en réaction l'idée du projet sioniste créé par le journaliste, écrivain et homme politique Theodor Herzl afin de faire accéder les Juifs au rang de peuple politique, susceptibles enfin de bénéficier des mêmes droits politiques que tout autre peuple ou nation se donnant son organisation politique, ainsi que des Droits de l'homme que les États européens qui abritaient les Juifs durant la période nazie, n'avaient pas convoqués ni su faire jouer pour les protéger des persécutions du nazisme. On lira à ce propos avec intérêt les analyses de Hannah Arendt, soulignant l'absence de contenu de la notion de « Droits de l'homme » en l'absence d'un État pour les faire valoir et les appliquer à une nation donnée. Avec les persécutions nazies, les Droits de l'Homme sont en effet apparus après-coup, comme étant équivalents aux « droits des peuples » dans le système de l'État-nation. Les peuples sans État (celui de leur nation) se trouvèrent là démunis, privés de tous droits, et leurs droits, en tant qu'« hommes » n'étaient garantis par aucune institution. (in L'impérialisme, Fayard, 1982).

Victimes juives d'un pogrom à Dnipropetrovsk, 1905.

Des écrivains ont vivement pratiqué et encouragé l’antisémitisme : Charles Maurras, les Frères Goncourt, Édouard Drumont avec son pamphlet La France juive (1886), Brasillach, Céline à l'époque où l'Europe sombra dans le fascisme. Charles Maurras donna à ses écrits une forme doctrinale, qui s'est développée dans le courant de l'Action française entre 1899 et 1939, et fut condamnée à deux reprises par le Vatican (en 1914 et en 1926)[94]. Cette doctrine rejetait les racines juives du christianisme (voir Antijudaïsme dans la période contemporaine). Mais à l'inverse d'autres écrivains, parfois catholiques comme Léon Bloy, soutiennent le rôle historique et religieux du peuple juif et sa qualité. Bloy écrit dans ses mémoires « quelques-unes des plus nobles âmes que j'ai rencontrées étaient des âmes juives. La sainteté est inhérente à ce peuple exceptionnel, unique et impérissable »[95].

Historiquement, de nombreux motifs ont été utilisés pour justifier, perpétuer ou susciter l’antisémitisme, incluant des éléments sociaux, économiques, nationaux, politiques, raciaux et religieux. Notamment :

Certificat de non-appartenance à la race juive (régime de Vichy, 1943).
  • La limpieza de sangre (pureté du sang) qui se développe en Espagne après le décret de l'Alhambra (1492) et l’expulsion des Juifs. Pour obtenir certaines charges honorifiques, exercer certaines professions, entrer dans certains ordres religieux, il est nécessaire de prouver qu’aucun ancêtre n’était juif ou musulman : la Reconquista terminée, Grenade prise, il s'agit à présent de reconstruire l'identité nationale. Ce statut n'est progressivement adopté par les archevêchés que dès la fin des années 1520. En pratique, la limpieza est reconnue à un seuil de trois générations ; au-delà, il est quasi-certain que l'ancêtre ait du sang juif ou musulman, étant donné le métissage de l'Espagne médiévale. La reconnaissance de la limpieza de sangre se fait par enquête de l'Inquisition, sur dénonciation : enquête par définition longue, et coûteuse. Ainsi, qui sort de ce filet se trouve lavé de tout soupçon, mais généralement ruiné.
  • À la fin du XIXe siècle, deux documents fallacieux apparaissent à quelques années de distance. D'une part, le prêtre Pranaitis publie Le Talmud démasqué (1892), ouvrage rempli de fausses citations du Talmud et destiné à faire croire à une volonté meurtrière des juifs contre les chrétiens. Pranaitis sera confondu lors de l'affaire Beilis mais son livre continuera à être diffusé. D'autre part, moins de dix ans plus tard, la théorie du complot juif international est diffusée principalement par Les Protocoles des Sages de Sion (1901), un faux fabriqué par Matveï Golovinski pour le compte de la police secrète de la Russie tsariste (l'Okhrana). Les Protocoles sont un pamphlet qui décrit les prétendus plans de conquête du monde par les Juifs. Ce faux fut utilisé par les nazis comme instrument de propagande et figurent en bonne place parmi les prétextes invoqués pour justifier la persécution des Juifs et leur extermination, la Shoah. Ce faux a été réactualisé ces dernières années en forme de série télévisée, et diffusée dans quelques chaînes diffusant en langue arabe. Il a été de facto censuré par la plupart des pays arabes pour son contenu inapproprié. Il est de nouveau édité en Russie et en Ukraine.[réf. nécessaire]

L'Église catholique romaine, par la déclaration Nostra Ætate de 1965, le discours de Jean-Paul II à la grande synagogue de Rome en 1986[100] puis lors des repentances de la fin du IIe millénaire, a finalement reconnu avoir véhiculé dans l'Histoire un discours et une culture antijudaïques, illustrés entre autres par l'expression de « peuple déicide » ou la mention des « Juifs perfides », restée dans la prière du vendredi saint jusqu'aux réformes du Concile Vatican II sous les papes Jean XXIII et de Paul VI.

Antisémitisme et sionisme[modifier | modifier le code]

Article connexe : antisionisme.

L'antisémitisme se retrouve en toile de fond de plusieurs événements de l'histoire du sionisme en Palestine mandataire entre la prise de contrôle du pays par les Britanniques en 1917 et la fondation de l'État d'Israël à la suite de la résolution 181 de l'Assemblée générale de l'ONU.

Historiquement, le Mandat britannique fut un facteur majeur qui permit l'établissement d'un foyer national juif en Palestine. Selon l'historien Tom Segev, assez paradoxalement, le soutien initial des Britanniques au projet sioniste tient principalement à l’idée que les « Juifs contrôlent le monde » et que le Commonwealth se verrait récompensé en les appuyant ; Chaim Weizmann, parfaitement conscient de ce sentiment, aurait su l’utiliser pour faire avancer sa cause[101].

Dès l'arrivée des premiers immigrants vers 1900, le projet sioniste a vu l'opposition des Arabes de Palestine. D'abord exprimée sous forme de plaintes aux autorités ottomanes, elle s'est muée en nationalisme pan-arabe puis palestinien dans les années 1920 et s'est rapidement accompagnée de dérives à caractère antisémite de plus en plus violentes. Des massacres de Juifs eurent lieu lors des Émeutes de Jérusalem de 1920, des émeutes de Jaffa en 1921, des émeutes et du massacre d'Hébron en 1929 et lors de la Grande Révolte arabe en 1936-1939[102]. Le contrôle de la Palestine par les Britanniques et la lutte contre le sionisme poussèrent également les nationalistes arabes dans le camp nazi. Plusieurs d'entre eux collaborèrent activement pendant la Seconde Guerre mondiale[103]. La propagande israélienne sut en faire usage en particulier dans le cas du Mufti de Jérusalem, en en amplifiant l'importance au point de marquer la conscience collective israélienne[104].

La Shoah est souvent présentée comme une des causes de la fondation de l'État d'Israël. Les historiens ne partagent pas ce point de vue. Déjà avant la Seconde Guerre mondiale, les « bases sociales, politiques, économiques et militaires de l'État-à-venir étaient déjà fermement en place ; et un sens profond d'unité nationale prévalait. (…) [même si] le choc, l'horreur et le sentiment de culpabilité ressenti par beaucoup généra un sentiment de sympathie envers les Juifs en général et le mouvement sioniste en particulier »[105].

Après la Seconde Guerre mondiale, ce fut au tour des Juifs de passer à l'offensive et de s'attaquer aux Britanniques pour réclamer l'indépendance, notamment aux travers d'actions sanglantes organisées par l'Irgoun et le Lehi. Près de 100 000 soldats britanniques furent dépêchés en Palestine avec à leur tête le Général Bernard Montgomery qui avait maté la Révolte arabe de 1936 et le Général Barker, antisioniste et pro-arabe convaincu. Dans ce contexte, et malgré la mise en vigueur de certaines lois jugées « nazies », la crainte d'être accusés d'antisémitisme poussa les Britanniques à faire preuve de nettement moins de détermination et de brutalité qu'ils ne le firent à l'encontre des Arabes 10 ans plus tôt. Certaines dérives 'antisémites' se produisirent également, notamment dans le chef du Général Evelyn Barker (en) qui émit un ordre d'interdiction aux soldats britanniques de fréquenter les établissements juifs, ce qui était un bon moyen de les combattre « en leur frappant au porte-monnaie, ce que la race déteste particulièrement »[106]. Dans les différentes motivations à se retirer de Palestine, dont les principales restent le coût, l'impossibilité de résoudre le conflit entre Juifs et Arabes et la mort inutile de soldats britanniques, un Ministre britannique écrivit : « (…) [la présence britannique] expose nos garçons, pour aucune bonne raison, à des expériences abominables et nourrit l'antisémitisme à la vitesse la plus choquante. »[107].

En 1947, les leaders arabes sous-estimèrent la capacité des Juifs à mener une guerre. Ce point de vue constitue une des causes de la victoire israélienne de la Guerre de Palestine de 1948. Selon Ilan Pappé, cette vision des choses était due notamment à leur 'antisémitisme' qui toutefois n'était pas présent chez le roi Abdallah de Jordanie, par ailleurs conscient de la puissance réelle du Yichouv[108].

Antisémitisme et conflit israélo-palestinien[modifier | modifier le code]

Article connexe : Antisionisme.

L’Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes (EUMC)[109] a publié en mai 2006 un document de travail sur l’antisémitisme dans l’Union européenne des quinze États membres de 2001 à 2005. L’EUMC s’est donné pour tâche « d’observer le développement historique de l’antisémitisme, d’identifier le contexte social qui donne essor à la haine des agresseurs, mais aussi d’écouter avec sensibilité les peurs des communautés juives ». Le rapport conclut que, dans de nombreux pays l'augmentation des incidents antisémites est le fait plus de musulmans au Danemark, en France[110], en Belgique[111] que de l'extrême-droite. Ce serait moins le cas aux Pays-Bas[112], en Suède[113] ou en Italie[114].

L’EUMC estime que « les évènements au Moyen-Orient, les activités et le discours de l’extrême-droite et jusqu’à un certain point de l’extrême-gauche peuvent influer sur le nombre d’actes antisémites »[115].

Si « les études montrent que les stéréotypes antijuifs ont peu changé, les manifestations publiques d’antisémitisme dans la politique, les médias et la vie quotidienne ont changé récemment, surtout depuis le déclenchement de l’Intifada Al-Aqsa en septembre 2000 ».

Concernant l’antisionisme, l’EUMC note que : « En Europe, "l’antisémitisme secondaire" et l’utilisation de l’antisionisme comme un moyen de contourner le tabou antisémite dominent parmi les extrêmes gauche et droite. Le révisionnisme et le négationnisme sont devenus un élément central du répertoire propagandiste des organisations d’extrême-droite dont l’antisémitisme forme un élément central dans leur formation. »

C'est bien cette convergence entre antisionisme et antisémitisme qui amène une trentaine de familles juives à quitter, en 2009, Malmö en Suède après des incidents antisémites dont l'incendie d'une synagogue[116],[117].

Législation[modifier | modifier le code]

Législation française[modifier | modifier le code]

Des lois nombreuses forment le dispositif français de lutte contre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme :

  • 1881 : loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse (chapitre IV), première loi sanctionnant les propos publics discriminatoires ;
  • 1939 : décret-loi Marchandeau du 21 avril 1939, modifiant la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. Il réprime l’excitation à la haine raciale ou religieuse. Le décret-loi Marchandeau sera abrogé le 27 août 1940 par le gouvernement de Vichy[118] ;
  • 1972 : loi no 72.546 du 1er juillet 1972 relative à la lutte contre le racisme par laquelle un certain nombre d’actes de la vie courante sont érigés en infraction (par exemple, le refus de fournir un bien ou le licenciement pour des raisons raciales) ;
  • 1990 : loi no 90-615 du 13 juillet 1990 tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe avec en particulier, création du délit de contestation de crime contre l’humanité : négationnisme ;
  • 1994 : le Nouveau Code Pénal, publié le 1er mars 1994, a créé de nouvelles infractions et renforcé la répression des délits racistes (l'étendant aux personnes morales) ;
  • 2003 : Décret no 2003-1164 du 8 décembre 2003 portant création du comité interministériel de lutte contre le racisme et l'antisémitisme. NOR : PRMX0300202D
  • 2004 : la loi no 2004.204 du 9 mars 2004 portant adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité précise cette circonstance aggravante quand l’infraction est « précédée, accompagnée ou suivie de propos, écrits, images, objets ou actes » racistes ou antisémites. La loi prévoit différentes sanctions pénales allant de l’amende à l’emprisonnement. Ainsi, l’injure raciale est punie - au maximum - de 6 mois d’emprisonnement et/ou d’une amende de 22 500 euros.
  • 2004, sur Internet (cybercriminalité), la loi no 2004-575 du 21 juin 2004 stipule que « les hébergeurs et fournisseurs d’accès Internet ont l’obligation de contribuer à la lutte contre la diffusion de données à caractère pédophile, négationniste et raciste ».

Références législatives[modifier | modifier le code]

  • Autres documents :
    • Moyens de la lutte contre l’expression raciste, antisémite, ou xénophobe sur l’internet : dossier de presse, Forum des droits sur l’internet, juin 2004
    • Comité interministériel de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, service de presse du Premier Ministre

Législation européenne[modifier | modifier le code]

En janvier 2003, le Conseil de l'Europe a ouvert à la signature le Protocole additionnel à la convention sur la cybercriminalité. Le 28 janvier 2004, le ministre français des Affaires étrangères a ainsi présenté au Conseil des ministres un projet de loi autorisant l’approbation de ce protocole additionnel.

Ce protocole négocié à la demande de la France, demande aux États de criminaliser la diffusion de matériel raciste et xénophobe par le biais de système informatiques afin d’« améliorer la lutte contre les actes de nature raciste et xénophobe commis par le biais de systèmes informatiques, en harmonisant le droit pénal » français et européen. Comportements visés :

  • diffusion de matériel raciste et xénophobe ;
  • diffusion des insultes et menaces motivées par des considérations racistes et xénophobes ;
  • approbation ou justification publique des faits de génocide ou de crime contre l’humanité.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Antisémite », sur CNRTL.
  2. Bein, Alex. The Jewish Question: Biography of a World Problem. Fairleigh Dickinson University Press, 1990, p. 594. ISBN 0-8386-3252-1.
  3. Gilles Karmasyn, L’« antisémitisme » : une hostilité contre les Juifs. Genèse du terme et signification commune, PHDN, 2002-2004, surtout note 4
  4. Gilles Karmasyn, L’« antisémitisme » : une hostilité contre les Juifs. Genèse du terme et signification commune, PHDN, 2002-2004, surtout note 3
  5. Jules Isaac, Genèse de l'antisémitisme, éd. Agora, p. 24
  6. Léon Poliakov, Histoire de l'antisémitisme volume 3, p. 404
  7. Jules Isaac, Genèse de l'antisémitisme, op. cit., p. 24.
  8. Jean-Claude Barreau, Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Israël, Toucan, 2010, p. 107
  9. Voir plus bas ''formes d'antisémitisme''
  10. Prêcheurs de Haine : entretien avec Pierre-André Taguieff
  11. a et b (en) Phyllis Chesler, The New Antisemitism: The Current Crisis and What We Must Do About It, Jossey-Bass,‎ 2003, pp. 158–159
  12. a et b (en) David Matas, Aftershock: Anti-Zionism and Antisemitism, Dundurn Press,‎ 2005 (lire en ligne), pp.30-31
  13. a et b (en) « From Ambivalence to Betrayal: The Left, the Jews, and Israel (Studies in Antisemitism) », University of Nebraska Press,‎ 2012
  14. Voir plus haut
  15. À l'image des conversion qui ont eu lieu au Moyen-Âge et à la Renaissance, l'antisémitisme était à ce moment fondé sur l'appartenance religieuse des juifs au judaïsme. Les conceptions raciales « modernes » se développent quant à elles au cours du XIXe siècle avec les penseurs racialistes et eugénistes, comme il est développé plus bas.
  16. (de) René König, Materialien zur Kriminalsoziologie, VS Verlag,‎ 2004 (ISBN 978-3-8100-3306-2), p. 231
  17. a et b (en) Edward H. Flannery, The Anguish of the Jews: Twenty-three Centuries of Antisemitism, Paulist Press,‎ 1985 (ISBN 978-0-8091-4324-5), p.179
  18. ibid., p.16
  19. ibid., p.260
  20. ibid., p.176
  21. ibid., p.179
  22. (en) Louis Harap, Creative awakening: the Jewish presence in twentieth-century American literature, 1900-1940s, Greenwood Publishing Group,‎ 1987 (ISBN 978-0-313-25386-7), p.24
  23. ibid., p.76
  24. (en) Eric Kandel, In search of memory: the emergence of a new science of mind, W. W. Norton & Company,‎ 2007 (ISBN 978-0-393-32937-7), p. 30
  25. (en) Niewyk, Donald L.; Nicosia, Francis R., The Columbia Guide to the Holocaust, Columbia University Press,‎ 2003 (ISBN 978-0-231-11201-7), p.215
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  27. (en) Michael A. Meyer, Michael Brenner, German-Jewish History in Modern Times: Integration in dispute, 1871-1918, Columbia University Press,‎ 1998, 480 p. (ISBN 978-0-231-07476-6, lire en ligne), p.220
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  31. ibid. p.84
  32. ibid. p.89
  33. ibid., p.93
  34. ibid., p.96
  35. ibid., p.102
  36. ibid., p.105
  37. (en) Geral Krefetz, Jews and money: the myths and the reality, Ticknor & Fields,‎ 1982, p.45
  38. « Définition de l'antisémitisme », sur Jewish Encyclopedia (consulté le 01/08/2014)
  39. (en) Dan Cohn-Sherbok, The Paradox of Anti-Semitism, Continuum,‎ 2006, p. 44—46
  40. (en) Steven Beller, Antisemitism: A Very Short Introduction,‎ 2007, pp. 57—9
  41. R Stackelberg, S. A. Winkle, The Nazi Germany Sourcebook, p. 188
  42. En 1942, Edith Stein, carmélite, est déportée et assassinée avec d'autres chrétiens d'ascendance juive à la suite des protestations de l'épiscopat catholique et du synode des églises réformées néerlandais auprès de l'envahisseur allemand contre les mesures discriminatoires touchant les juifs ; cf. John K. Roth, "Good news" after Auschwitz?: Christian faith within a post-Holocaust world, éd. Mercer University Press, 2001, p. 66 extrait en ligne ; à titre d'exemple, on peut également citer, en France, Max Jacob, déporté en 1944 ; cf. Christine van Rogger-Andréucci, Max Jacob : acrobate absolu, éd. Champs vallon, 1991, p. 178, extrait en ligne
  43. (en): Svetlana Boym, « Conspiracy theories and literary ethics: Umberto Eco, Danilo Kiš and The Protocols of Zion »: Comparative Literature, printemps 1999.
  44. Daniel Pipes, Conspiracy : how the paranoid style flourishes and where it comes from, New York, Free Press - Simon & Shuster,‎ 1997 (ISBN 978-0684831312), p. 86-87
  45. Michael Kellogg, The Russian Roots of Nazism: White Emigre and the Making of National Socialism, 1917-1945, Cambridge University Press, Cambridge, 2005.
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  47. Frédéric Monier, Les obsessions d'Henri Béraud, Vingtième Siècle. Revue d'histoire nº 40, 1993
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  54. Adrian Schenker, « Histoire du texte de l'Ancien Testament », in Thomas Römer, Jean-Daniel Macchi et Christophe Nihan (éd.), Introduction à l'Ancien Testament, éd. Labor et Fides, 2009, p.  48-50, extraits en ligne
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  56. Léon Poliakov, « Histoire de l'antisémitisme », tome I, l'Âge de la foi, éd. Calman-Lévy, préface
  57. Bernard Legras, « Les discours de haine contre les juifs dans l'Égypte ptolémaïque », in Bernard Delaplace (éd.) Les discours de la haine : récits et figures de la passion dans la cité, éd. Presses Univ. du Septentrion, 2009, p.  33-49, article en ligne
  58. Cf. Genèse de l'antisémitisme, op. cit.,p. 39-40.
  59. Bernard Legras, « Les discours de haine contre les juifs dans l'Égypte ptolémaïque », in Bernard Delaplace (éd.) Les discours de la haine : récits et figures de la passion dans la cité, éd. Presses Univ. du Septentrion, 2009, p.  39-40
  60. P. IFAO 104 ; cf. Corpus Papyrorum Judaicarum, vol. I, éd. Harvard University press, 1957, p.  142
  61. à la suite de Roger Rémondon, « Les antisémites de Memphis », in Chroniques d'Égypte no 35, 1960, p.  244-261
  62. Dorothy J. Thomson, Memphis under the Prolemies, éd. Princeton University Press, 1988, p.  260
  63. Bernard Legras, « Les discours de haine contre les juifs dans l'Égypte ptolémaïque », in Bernard Delaplace (éd.) Les discours de la haine : récits et figures de la passion dans la cité, éd. Presses Univ. du Septentrion, 2009, p.  44,46
  64. Bernard Legras, « Les discours de haine contre les juifs dans l'Égypte ptolémaïque », in Bernard Delaplace (éd.) Les discours de la haine : récits et figures de la passion dans la cité, éd. Presses Univ. du Septentrion, 2009, p.  33-35
  65. Mireille Hadas-Lebel, Rome, la Judée et les juifs, éd. Picard, 2009, p.  137, 158
  66. Bernard Legras, « Les discours de haine contre les juifs dans l'Égypte ptolémaïque », in Bernard Delaplace (éd.) Les discours de la haine : récits et figures de la passion dans la cité, éd. Presses Univ. du Septentrion, 2009, p.  46-47
  67. cf. Pieter Van Der Horst, Philo’s Flaccus: The First Pogrom.Introduction, Translation and Commentary, éd. Brill, 2003, extraits en ligne
  68. Mireille Hadas-Lebel, Rome, la Judée et les juifs, éd. Picard, 2009, p.  161
  69. Flavius Josèphe mentionne la présence juive dès l'origine d'Alexandrie (Antiquités judaïques XIX, V, 2).
  70. Bernard Lazare, L'Antisémitisme, ses origines et ses causes, op.cit., p. 23 (ch.1).
  71. B. Lazare, l'Antisémitisme…, p. 24 (ch.1)
  72. Rome et Jérusalem, le choc de deux civilisations, Martin Goodman, 2009, Perrin, 568/711
  73. M. F. Baslez, Bible et Histoire, Gallimard, 1998, 281/485
  74. Jules Isaac, Genèse de l'antisémitisme, 10-18, 1998, p. 320.
  75. Jules Isaac, Genèse de l'antisémitisme, 10-18, 1998, p. 157-158, et p. 162.
  76. Jules Isaac, Genèse de l'antisémitisme, 10-18, 1998, p. 160.
  77. Jules Isaac, Genèse de l'antisémitisme, 10-18, 1998, p. 179.
  78. W.Laqueur, L'antisémitisme dans tous ses états, p. 241
  79. Jospeh Berthuel, L'islam 2,Études coraniques, p. 105
  80. J.C Attias, Juifs, Chrétiens, Musulmans, Que pensent les uns des autres ? p. 34
  81. W.Laqueur, op.cité, p. 243
  82. Laqueur. op cité, p. 243
  83. Bernard Lewis, islam, quarto Gallimard, 2005, 475/839
  84. Laqueur, op.cit.
  85. (en)« Granada », sur Jewish Encyclopedoia
  86. Roland Oliver, The Cambridge History of Africa, volume 3, p. 397
  87. Laqueur, op.cité
  88. Laqueur, op.cité, 245
  89. F. Nietzsche, Par delà le bien et le mal, Robert Laffont, 1993, 697-698/1750
  90. Roland Charpiot, Histoire des Juifs d'Allemagne du Moyen Âge à nos jours, Vuibert, 2009, p. 110.
  91. Par exemple Pierre-Joseph Proudhon, dans ses Carnets notamment.
  92. L'exemple le plus célèbre, et sans doute le plus grave, est celui des émeutes de 1888 à Londres, qui prennent pour prétexte les crimes de Jack l'Éventreur à Whitechapel, quartier à forte population juive, et l'inscription anonyme selon laquelle « les Juifs ne seront pas accusés en vain » [de ces meurtres].
  93. Jacques Prévotat. Les catholiques et l'Action française. 2001.
  94. Léon Bloy, Le vieux et la montagne.
  95. Jules Isaac, , L'Enseignement du mépris, (1962)
  96. Jules Isaac, Jésus et Israël, 1959
  97. Yeshayahou Leibowitz, Judaïsme, peuple juif et État d'Israël, Lattes, 1985
  98. Voir La Shoah par balles, du père Patrick Desbois
  99. « Judaïsme et Christianisme : 1986 : Visite historique du pape Jean-Paul II à la synagogue de Rome », sur Action des Chrétiens pour l'Abolition de la Torture (consulté le 13 janvier 2013)
  100. Tom Segev, One Palestine, Complete, Hold Paperbacks, 2001, p. 33, note p. 35, p. 40-41.
  101. Benny Morris, Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste., 2003, p. 28-29 - p. 51-180.
  102. Mohammed Amin al-Husseini, Abd al-Kader al-Husseini, Fawzi al-Qawuqji, Hassan Salameh
  103. Voir l'article Mohammed Amin al-Husseini.
  104. Tom Segev, One Palestine, Complete, Hold Paperbacks, 2001, p. 491.
  105. Tom Segev, One Palestine, Complete, Hold Paperbacks, 2001, chap. 22 - 'Give Me a Country Without Wars', p. 468-487.
  106. Tom Segev, One Palestine, Complete, Hold Paperbacks, 2001, p. 495.
  107. Ilan Pappé, La Guerre de 1948 en Palestine, La fabrique éditions, 2000, p. 158-169.
  108. (en) « Summary overview of the situation in the European Union 2001-2005 », sur Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne,‎ mai 2006 (consulté le 13 avril 2009)
  109. (en) EUMC : « In some countries – e.g. France and Denmark – the NFPs concluded that there is indeed evidence of a shift away from extreme right-wing perpetrators towards young Muslim males. »
  110. (en) EUMC : « In Belgium the NFP concludes with regard to perpetrators of antisemitic acts that they are mainly found in the context of political-religious movements, who spread antisemitic ideas among groups of youngsters with Arabic-Islamic origins. »
  111. (en) EUMC : « In the Netherlands the NFP observed that the small number of ethnic minority perpetrators involved in ‘racial violence’ in 2002 (5%) was rather striking. »
  112. (en) EUMC : « In Sweden there was evidence of incidents committed by people connected to anti-Israeli or pro-Palestine movements, and also of assailants connected to the extreme right. The NFP points out that there is a large “White Power” element in many antisemitic crimes. »
  113. (en) EUMC : « In Italy, from the NFP research and from cases drawn from the press, the NFP perceives that individuals and groups belonging to several formations of the far-right (generally anti-Jewish and racist; in some cases pro-Palestinian, in others anti-Muslim) constitute the most numerous and aggressive category of perpetrators of racist and anti-Jewish acts. »
  114. (en) EUMC : « only speculative conclusions can be drawn, namely that developments in the Middle East may have an influence through affecting the Arab and Muslim European communities, as well as the activities and rhetoric of the extreme and far right and to a certain extend the extreme left. »
  115. « Le maire de Malmö, en Suède, assimile sionisme et antisémitisme », sur Le Monde,‎ 29 janvier 2010 (consulté le 4 mars 2010)
  116. (en) Nick Meo, « Jews leave Swedish city after sharp rise in anti-Semitic hate crimes », sur Daily Telegraph,‎ 21 février 2010 (consulté le 23 février 2010)
  117. Claude Liauzu, La société française face au racisme, Éditions Complexe, 1999, p. 108
  118. Lutte contre l'antisémitisme, le racisme et la xénophobie - Jacques Chirac, 22 mai 2003
  119. Les lois antiracistes - Ministère de la Justice, 4 novembre 2005 [PDF]
  120. Rapport annuel 2007 de la Halde
  121. La lutte contre le racisme et la xénophobie : rapport d'activité 2007 - La Documentation française, 2008

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Concepts
Par pays
National-socialisme

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Helmut Andics, Der Ewihe Jude. Ursachen und Geschichte des Antisemitismus (1965), traduction française Histoire de l'antisémitisme, Paris, Albin Michel, 1967.
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  • Sylvain Attal, La Plaie. Enquête sur le nouvel antisémitisme, Paris, Denoël, 2004, 334 p. 
  • Paul-Éric Blanrue Le Monde contre soi. Anthologie des propos contre les Juifs, le judaïsme et le sionisme. Éditions Blanche 2007 [ce livre a été interdit à la vente le 13 novembre 2013 par le tribunal de Bobigny. Voir « 5 livres édités par Alain Soral interdits/censurés », sur Le Figaro,‎ 13 novembre 2013.]
  • M. Bourrette, Le droit pénal face au racisme, M. Bourrette, in Regards sur l’actualité, no 305, novembre 2004
  • Lutte contre les discriminations raciales, in Regards sur l’actualité, no 299, mars 2004
  • Yves Chevalier, L'Antisémitisme : Le Juif comme bouc émissaire, Cerf, 1998 (publié avec le concours du CNRS et de la Fondation du judaïsme français)
  • Jean-Pierre Faye & Anne-Marie de Vilaine , La déraison antisémite et son langage, Arles, Actes Sud, collection "Babel", 1993.
  • Jean-François Faü : L'Image des Juifs dans l'art chrétien médiéval, Paris, Maisonneuve et Larose, 2005.
  • G. Fellous, "Actes racistes et antisémites, aujourd’hui, en France", in Regards sur l’actualité, no 305, novembre 2004
  • André Glucksmann, Le Discours de la haine, Paris, Hachette, 2005, collection Pluriel.
  • Martin Goodman, Rome et Jérusalem, traduit de l'anglais par Michel Bessières, Agnès Boltz et Sylvie Kleiman-Lafon, Paris, éditions Perrin, 2009
  • Jules Isaac, Genèse de l'antisémitisme, Plon, coll. Agora, 1985
  • Jacob Katz, Exclusion et tolérance. Chrétiens et Juifs du Moyen Âge à l'ère des Lumières, Lieu commun, 1987.
  • Guy Konopnicki, La faute des Juifs, Paris, Balland, 2002, 190 p. 
  • Walter Laqueur, L'antisémitisme dans tous ses états : Depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours (titre original : (en) The Changing Face of Antisemitism: From Ancient Times to the Present Day, 2006), éd. Markus Haller, 2010. (ISBN 978-2940427086)
  • Bernard Lazare, L'antisémitisme, son histoire et ses causes, collection « Le puits et le Pendule », Éditions de la Différence, Paris 1982 (édition papier utilisée: le chapitre sera indiqué pour les notes) L'Antisémitisme, son histoire et ses causes, 1894
  • Jean-Claude Milner, Les penchants criminels de l'Europe démocratique, Paris, Verdier, 2003, 155 p. 
  • Léon Poliakov, Histoire de l'antisémitisme, éd. du Seuil, coll. Points, 1991
  • Michaël Prazan, L'écriture génocidaire. L'antisémitisme en style et en discours, Paris, Calmann-Lévy, 2005, 350 p. 
  • Élisabeth Roudinesco Retour sur la question juive, Albin Michel, coll. Bibliothèque Idées, 2009. Analyse dans Le Monde des Livres, 30 octobre 2009
  • Jean-Paul Sartre Réflexions sur la question juive, Folio essai (1re publication en 1946)
  • Daniel Sibony, L'énigme antisémite, Paris, Seuil, 2004, 170 p. 
  • Pierre-André Taguieff et al., L'Antisémitisme de plume - 1940-1944 - études et documents, Berg International Éditeurs, 1999, 618 pages. La Nouvelle judéophobie, Mille et une Nuits, « Essai », 2002.
  • Pierre-André Taguieff, La Nouvelle Judéophobie, éd. Mille et une nuits, 2002
  • Pierre-André Taguieff, Prêcheurs de haine, Traversée de la judéophobie planétaire, éd. Mille et une nuits, 2004
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  • Paul Thibaud, La question juive et la crise française, Le Débat, no 131, septembre-octobre 2004, p. 35-53.
  • Nicolas Weill, La République et les antisémites, Paris, Grasset, 2004, 141 p. 
  • Michel Wieviorka, La Tentation antisémite. Haine des juifs dans la France d'aujourd'hui, Paris, Robert Laffont, 2005, 405 p. 
  • Stéphane Zagdanski, De l'antisémitisme, Julliard, 1995. Nouvelle édition revue et augmentée, Climats, Flammarion, 2006, 380 p. 

Liens externes[modifier | modifier le code]