Jean-Claude Milner

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Jean-Claude Milner

Philosophe occidental

Philosophie contemporaine

Naissance 3 janvier 1941 (73 ans)
Paris (France)
Idées remarquables théorie des positions syntaxiques
Influencé par Roland Barthes, Jacques Lacan, Roman Jakobson, Louis Althusser, Noam Chomsky, Karl Popper, Imre Lakatos

Jean-Claude Milner, né le 3 janvier 1941[1] à Paris, est un linguiste, philosophe et essayiste français. Il fait partie, à côté d'autres philosophes français comme Jacques Rancière, Benny Lévy et Alain Badiou, d'une génération passée par l'École normale supérieure de la rue d'Ulm et inspirée dans sa jeunesse par le maoïsme.

Professeur de linguistique à l'Université Paris VII - Diderot, il contribua à l'introduction en France des théories linguistiques de Noam Chomsky sur la grammaire générative. Il prend à la fin des années 1990 ce qu'Alain Badiou qualifie de « trajectoire post-linguistique », en s'orientant à l'instar de Benny Lévy vers une réflexion sur la judéité et l'engagement politique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jean-Claude Milner est né à Paris d'un père juif d'origine lituanienne et d'une mère alsacienne de tradition protestante. Il est célibataire, sans enfant. Il est le frère de Judith Milner.

Après des études en khâgne au lycée Henri-IV, il entre à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm en 1960, où il suit l'enseignement de Louis Althusser. En compagnie de son jeune camarade Jacques-Alain Miller, il devient un familier de Jacques Lacan, dont le séminaire se tient, dans ces années-là, à l'ENS. Il est un temps secrétaire du Cercle d'épistémologie de l'École. Affilié au mouvement maoïste de la Gauche prolétarienne de 1968 à 1971, il côtoie alors Benny Lévy, dont il suivra, longtemps après, l'évolution politique. À noter enfin l'importance pour la formation de Milner de l'enseignement de Roland Barthes et de la lecture de Roman Jakobson.

Il a été directeur du Collège international de philosophie de 1998 à 2001. Il a fondé et dirigé la collection « Philia », aux Éditions Verdier, de 1999 à 2004.

Le champ linguistique[modifier | modifier le code]

Jean-Claude Milner a effectué une partie de ses études aux États-Unis, se formant au Massachusetts Institute of Technology à la linguistique chomskienne ; on lui doit la traduction française en 1971 des Aspects de la théorie syntaxique de Noam Chomsky, traduction qui établit la terminologie de l'école française de grammaire générative et contribua fortement à la réception de cette théorie en France. Sa carrière académique s'est déroulée à l'Université Paris VII où il a enseigné la linguistique dans le département de linguistique créé sous l'impulsion d'Antoine Culioli, son directeur de thèse de doctorat. De la fréquentation d'Antoine Culioli, Jean-Claude Milner retire un intérêt pour la question de la détermination et de l'articulation du sens et de la syntaxe. Son ouvrage Introduction à une science du langage (1989) fonde un projet de linguistique générale reposant sur une séparation radicale entre le sens et la syntaxe (théorie des positions syntaxiques) et une épistémologie combinant les apports de Karl Popper et Imre Lakatos. Jean-Claude Milner a suivi les développements ultérieurs de la théorie chomskienne, sans toutefois abonder dans l'hypothèse d'une justification biologique défendue par Chomsky.

Professeur à l'Université Paris Diderot, Jean-Claude Milner a également participé aux travaux de l'École freudienne de Paris.

Le champ idéologique[modifier | modifier le code]

Depuis Le Triple du plaisir (Verdier, 1997), l'œuvre de Milner présente un très net infléchissement, que son ancien camarade althussérien Alain Badiou qualifie de « trajectoire post-linguistique » (Logique des mondes, p. 548).

La nouvelle orientation de ses recherches, tendant à une réévaluation des catégories de l'antisémitisme (explicite depuis Les Penchants criminels de l'Europe démocratique, 2003[2]), a pris une tournure provocatrice en janvier 2007, au micro de son ami Alain Finkielkraut, lorsqu'il fit une déclaration tonitruante sur l'ouvrage de Pierre Bourdieu Les Héritiers (« J’ai ma thèse sur ce que veut dire héritiers chez Bourdieu : les héritiers, c’est les Juifs » ; affirmation qu'il a lui-même glosée immédiatement : « Je crois que c’est un livre antisémite » ; France Culture, 13 janvier 2007, vers 9 h 30[3]). Il a également dénoncé la position de Noam Chomsky à l'égard du révisionnisme, position qu'il qualifie de « naïve » (cf. Ordres et raisons de langue). Ces attaques frontales dans le champ des idéologies sont le résultat de ses réflexions sur la structure de la culture européenne, exposées dans la plupart de ses essais de la dernière décennie, du Salaire de l'idéal (1997) à L’Arrogance du présent (2009).

Cette nouvelle orientation s'inscrit dans les débats qui partagent l'héritage maoïste français. À une nouvelle conception du rôle du judaïsme en Europe, Milner adjoint, comme Benny Lévy, une réévaluation de l'engagement politique[4]. Il a publié une interprétation du poème mallarméen Le Vierge, le vivace et le bel aujourd'hui comme prophétie contre-révolutionnaire (Mallarmé au tombeau, 1999). Comme chez Rancière, la lecture politique de Mallarmé se justifie par l'importance de cet auteur pour les anciens maoïstes de la rue d'Ulm[5].

Livres et autres publications[modifier | modifier le code]

  • Arguments linguistiques, Paris, Mame, 1973.
  • De la syntaxe à l’interprétation : quantités, insultes, exclamations, Paris, Le Seuil, coll. « Travaux linguistiques », 1978.
  • L’amour de la langue, Paris, Le Seuil, coll. « Connexions du Champ freudien », 1978.
  • Ordres et raisons de langue, Le Seuil, 1982.
  • Les noms indistincts, Paris, Le Seuil, coll. « Connexions du Champ freudien », 1983.
  • De l’école, Paris, Le Seuil, 1984.
  • De l'inutilité des arbres en linguistique, Paris, Département de Recherches Linguistiques, Un. de Paris VII, coll. ERA 642, 1985
  • Détections fictives, Paris, Le Seuil, coll. « Fictions & Cie », 1985.
  • Introduction à un traitement du passif, Paris, Département de Recherches Linguistiques, Un. de Paris VII, coll. ERA 642, 1986 (rééd.).
  • Dire le vers, (en collaboration avec François Regnault), Paris, Le Seuil, 1987.
  • Introduction à une science du langage, Paris, Le Seuil, coll. « Travaux linguistiques », 1989.
  • Constat, 1992
  • Archéologie d’un échec : 1950-1993, Paris, Le Seuil, 1993.
  • L’Œuvre claire : Lacan, la science et la philosophie, Paris, Le Seuil, coll. « L’Ordre philosophique », 1995.
  • « Les dénis », dans Paroles à la bouche du présent : le négationnisme, histoire ou politique ?, sous la direction de Natacha Michel, Éd. Al Dante, 1997.
  • Le salaire de l’idéal, Paris, Le Seuil, 1997.
  • Le triple du plaisir, Paris, Verdier, 1997.
  • Mallarmé au tombeau, Paris, Verdier, 1999.
  • Les penchants criminels de l'Europe démocratique, Paris, Verdier, 2003.
  • Existe-t-il une vie intellectuelle en France ?, Paris, Verdier, 2002
  • Le périple structural, figures et paradigmes, Paris, Le Seuil, coll. « La couleur des idées », 2002
  • Constats, Paris, Gallimard, coll. Folio/Essais. (rassemble Constat, Le triple du plaisir, Mallarmé au tombeau).
  • Le pas philosophique de Roland Barthes, Paris, Verdier, 2003.
  • La politique des choses, Paris, Navarin éditeur, 2005.
  • Le Juif de savoir, Paris, Grasset, 2007.
  • L'arrogance du présent. Regards sur une décennie, 1965-1975, Paris, Grasset, 2009.
  • La politique des choses. Court traité politique 1, Paris, Verdier, 2011.
  • Pour une politique des êtres parlants. Court traité politique 2, Paris, Verdier, 2011.
  • Clartés de tout, de Lacan à Marx, d’Aristote à Mao, entretiens avec Fabian Fajnwaks et Juan Pablo Lucchelli, Paris, Verdier, 2011.
  • Malaise dans la peinture : à propos de la Mort de Marat, Paris, INHA/Ophrys, 2012.
  • Le sage trompeur. Libres raisonnements sur Spinoza et les Juifs. Court traité de lecture 1, Paris, Verdier, 2013.
  • L'universel en éclats. Court traité politique 3, Paris, Verdier, 2014.
  • Harry Potter. A l'école des sciences morales et politiques, Paris, PUF, 2014.

Bon nombre de ces livres sont traduits en espagnol (El Amor de la lengua, Los nombres indistintos, El Salario del ideal, d'ailleurs cosigné par E. Folch-Gonzalez, etc.) et en italien (L'amore della lingua, La scuola nel labirinto, I nomi indistinti, Il periplo strutturale). Le plaisir du langage fut traduit en anglais par la linguiste Ann Banfield (For the Love of Language).

Parmi ses articles non repris dans les ouvrages ci-dessus, il faut citer (en coll. avec Judith Milner) « Interrogations, reprises, dialogue », in Langue, discours, société. Pour Emile Benveniste, Paris, Le Seuil, 1975, p. 122-148.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ivan Segré, « Réflexions sur "le retour du nom Juif" », dans Qu'appelle-t-on penser Auschwitz ?, Lignes, 2009, p. 177-203.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Milner, Jean-Claude (1941-....) », notice d'autorité personne sur le site du catalogue général de la BnF
  2. Pour un compte rendu argumenté et critique de ce livre, voir Philippe Zard, « L’Europe et les Juifs. Les généalogies spécieuses de Jean-Claude Milner », revue Plurielles, no 11, 2004. [PDF]
  3. [MP3] Extrait de l'émission. Voir également « Nouvelle insanité contre Bourdieu : Finkielkraut propose d’en débattre sur France Culture » (31 janvier 2007) et « Droits de répondre et droit de répandre : Jean-Claude Milner, Alain Finkielkraut et compagnie » (8 mars 2007) par Acrimed.
  4. Lire à ce propos les analyses d'Ivan Segré à la fin de Qu’appelle-t-on penser Auschwitz ?.
  5. Comme il l'indique lui-même, cf. Constats, p. 219-220.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]