Intersectionnalité

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L’intersectionnalité (de l'anglais intersectionality) est une notion employée en sociologie et en réflexion politique, qui désigne la situation de personnes subissant simultanément plusieurs formes de domination ou de discrimination dans une société. Le terme a été forgé par l'universitaire féministe américaine Kimberlé Crenshaw dans un article publié en 1991.

Démarche[modifier | modifier le code]

L'intersectionnalité étudie les formes de domination et de discrimination non pas séparément, mais dans les liens qui se nouent entre elles, en partant du principe que le racisme, le sexisme, l'homophobie ou encore les rapports de domination entre catégories sociales ne peuvent pas être entièrement expliqués s'ils sont étudiés séparément les uns des autres. L'intersectionnalité entreprend donc d'étudier les intersections entre ces différents phénomènes.

Histoire de la notion[modifier | modifier le code]

Le terme intersectionality est inventé par l'universitaire féministe américaine Kimberlé Crenshaw dans une enquête publiée en 1991 et portant sur les violences subies par les femmes de couleur dans les classes défavorisées aux États-Unis[1]. Celle-ci avait entamé sa réflexion sur les intersections entre discriminations dans un article de 1989 dont la réflexion se situait dans la lignée du courant du black feminism. Ce terme a été repris depuis par de nombreuses autres études, bien que d'autres termes, comme « interconnectivité » ou « identités multiplicatives », aient également été utilisés pour qualifier la même démarche[2].

Complexité de l'intersectionnalité[modifier | modifier le code]

Il existe trois méthodes différentes permettant l'étude de l'intersectionnalité[3]. Tout d'abord, la complexité anticatégorique, basée sur la déconstruction des divisions catégoriques : elle est basée sur le principe que les catégories sociales sont des constructions arbitraires de l'histoire et de la langue et qu'elles contribuent peu à la compréhension de la manière dont les personnes interagissent avec la société. Ensuite, la complexité intercatégorielle : elle fait de l'existence des inégalités dans la société la base de l'intersectionnalité. Enfin, la complexité intracatégorielle, qui peut être vue comme l'intermédiaire entre les complexités anti et intercatégorielles : cette approche reconnait les défauts des catégories sociales existantes et remet en question la manière dont ces catégories créent des frontières et des distinctions, tout en reconnaissant leur importance dans la compréhension du monde social.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Kimberlé Crenshaw, « Cartographie des marges : Intersectionnalité, politiques de l'identité et violences contre les femmes de couleur] », dans les Cahiers du genre, n°39, 2005 (publication originale : « Mapping the Margins: Intersectionality, Identity Politics, and Violence against Women of Color », Stanford Law Review, 1991, vol. 43, n°6, p. 1241–1299). [lire en ligne] (Version française sur le portail Cairn.)
  2. L. Bereni, S. Chauvin, A. Jaunait et A. Revillard (2008), p. 193.
  3. McCall, Leslie. "The Complexity of Intersectionality." Journal of Women in Culture and Society, Vol. 30, No. 3, Spring 2005, pp. 1771–1800. http://www.journals.uchicago.edu/doi/pdf/10.1086/426800

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • (fr) L. Bereni, S. Chauvin, A. Jaunait et A. Revillard, Introduction aux gender studies. Manuel des études sur le genre, Bruxelles, De Boeck, 2008.
  • (fr) Elsa Dorlin (dir.): Sexe, race et classe : pour une épistémologie de la domination, Paris, PUF, 2009.
  • (fr) Elise Palomares et Armelle Testenoire (dir.), Prismes féministes. Qu'est-ce que l'intersectionnalité ?, L'Harmattan, 2011.
  • (fr) J. Siltanen et A. Doucet, Gender Relations in Canada: Intersectionality and Beyond, Toronto, Oxford University Press, 2008.

Articles[modifier | modifier le code]

  • (en) Kimberlé Crenshaw, « Demarginalizing the Intersection of Race and Sex: A Black Feminist Critique of Antidiscrimination Doctrine, Feminist Theory and Antiracist Politics », University of Chicago Legal Forum, 1989, p. 139-67. Réimprimé dans The Politics of Law: A Progressive Critique p. 195-217 (2e éd., dirigé par David Kairys, Pantheon, 1990).
  • (en) Kimberlé Crenshaw, « Cartographie des marges : Intersectionnalité, politiques de l'identité et violences contre les femmes de couleur », dans les Cahiers du genre, n°39, 2005 (publication originale : « Mapping the Margins: Intersectionality, Identity Politics, and Violence against Women of Color », Stanford Law Review, 1991, vol. 43, n°6, p. 1241–1299).
  • (fr) Elsa Dorlin, « De l’usage épistémologique et politique des catégories de « sexe » et de « race » dans les études sur le genre », Cahiers du Genre 2/2005 (n° 39), p. 83-105. [lire en ligne]
  • (fr) Éric Fassin, « Questions sexuelles, questions raciales. Parallèles, tensions et articulations », dans Didier Fassin et Éric Fassin (dir.), De la question sociale à la question raciale ?, Paris, La Découverte, 2006, p. 230-248.
  • (fr) Sirma Bilge, « Théorisations féministes de l'intersectionnalité », Diogène, n°225, 1, 2009, p. 70-88.
  • (fr) Alexandre Jaunait et Sébastien Chauvin, « Représenter l’intersection. Les théories de l’intersectionnalité à l’épreuve des sciences sociales », Revue française de science politique, vol. 62, n° 1, 2012.

Liens externes[modifier | modifier le code]