Monothéisme

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Un monothéisme (du grec μονός [monos], « seul, unique » et θεός [theos], « dieu ») est une religion qui affirme l'existence d'un Dieu unique et la transcendance de Dieu, créateur du monde.

Quand une religion conçoit une divinité nationale[1] comme simplement supérieure à d'autres, on parle plutôt de « monolâtrie » ou d'« hénothéisme », termes de création récente, types de polythéisme.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le terme de « monothéisme » est de création relativement récente même s'il peut aujourd'hui sembler aller de soi, pour un concept qui demeure « difficile à penser »[2].

Le terme de « polythéisme » apparaît pour la première fois au Ier siècle chez le philosophe juif Philon d'Alexandrie pour marquer la différence entre le message biblique et la doxa polutheia (opinion majoritaire dans la cité) des Grecs. Le terme « monothéisme  », lui-même, apparait vraisemblablement au XVIIe siècle pour désigner deux concepts qui se comprennent de deux manières opposées. Certains commentateurs l'utilisent alors pour qualifier le judaïsme et le christianisme et ainsi affirmer la supériorité morale et spirituelle spécifique de ces religions vis-à-vis des autres croyances antiques, de manière exclusive. Mais dans les milieux déistes, il désigne la religion universelle de l'humanité dans une acception inclusive qui considère que tous les hommes vénèrent une même divinité sans le savoir[3].

Cet antagonisme inclusif/exclusif de la notion de monothéisme se trouve déjà dans les textes bibliques[4]. Ces textes, s'ils doivent être lus avec raison comme des documents monothéistes, n'en sont pas moins porteurs des traces de polythéismes intégrés par leurs rédacteurs[5] qui empêchent d'opposer polythéisme et monothéisme de façon manichéenne[6] comme ce fut longtemps la norme, suivant la radicalisation de l'opposition au polythéisme des trois religions du Livre[7].

L'idée du Dieu unique[modifier | modifier le code]

Pour Mireille Hadas-Lebel, l'idée du Dieu unique, à la fois créateur, miséricordieux et tout-puissant, s'est faite au terme d'une lente évolution dans le cas du monothéisme juif, qui était au contact de cultures et d'empires polythéistes[8]. Citant à ce propos Marcel Gauchet, l'historienne souligne la nécessité d'une « extraterritorialité » religieuse pour le peuple juif : celui-ci peut alors s'affranchir du pouvoir impérial et du « culte de souverains puissants aisément divinisés par leurs sujets ». Le Dieu unique, transcendant, devient « un souverain invisible plus puissant encore ».

Pour Martin Haug (de), et les historiens spécialisés rejoignant ses travaux, la première religion monothéiste est probablement le mazdéisme, dont le dieu Ahura Mazdâ (pehlevi : Ohrmazd) est le seul responsable de l'ordonnancement du chaos initial, le créateur du ciel et de la Terre. Le zoroastrisme, religion monothéiste encore pratiqué à ce jour, est une réforme du mazdéisme, recentrant sur le seul créateur l'attribut divin.

Monolâtrisme[modifier | modifier le code]

L'histoire du monothéisme biblique n'est donc pas une histoire linéaire mais plutôt un processus de maturation qui est le fruit d'une somme d'influences, de traditions et d'évènements qui mèneront à l'élaboration de l'expression d'une foi monothéiste régionale originale[9]. Le premier commandement du Décalogue sur lequel se fonde le monothéisme des juifs et des chrétiens est davantage la formulation d'un monolâtrisme[10], puisqu'il n'enseigne pas le néant des autres dieux, voire suppose leur existence même[11], ce qui n'est pas le cas de l'islam dont la chahada commence par la négation de toute forme de divinité pour ensuite affirmer la seule existence du Dieu unique.

Un premier yahvisme monôlatrique pourrait remonter à la sortie d'Égypte [9] mais on ignore comment le dieu Yahvé devient le dieu national des deux royaumes de Juda et d'Israël[12]. Yahvé revêt de multiples formes, fonctions et attributs : il est vénéré comme une divinité de l'orage à travers une statue bovine dans les temples de Béthel et de Samarie[13] alors qu'à Jérusalem, il est plutôt vénéré comme un dieu de type solaire sous le nom de Yahvé-Tsebaot[14].

À l'époque des deux royaumes, Yahvé n'est probablement pas le seul dieu pour les Hébreux. Un poème du Deutéronome[15] comme un passage du Livre de Michée[16] attestent de cette forme de monolâtrie polythéiste pour laquelle chaque peuple a son propre dieu national reconnaissant les divinités des peuples voisins. On trouve ainsi une tradition monolâtrique assez similaire au judaïsme yahviste de cette période dans le royaume de Moab à travers le dieu Kamosh[17], comme la concurrence entre le populaire dieu Baal et Yahvé pourrait expliquer la virulence des textes vétérotestamentaires à l'encontre du premier. Le dieu national Yahvé est ainsi à considérer à l'époque de la monarchie israélite - entre le Xe siècle av. J.-C. et le VIIe siècle av. J.-C. - comme une divinité assurant la sécurité et la fertilité à son peuple à travers le roi[12].

Par ailleurs, certains indices épigraphiques laissent supposer que Yahvé était peut-être honoré avec une déesse parèdre d'origine ougaritique nommée Ashéra[12] mais sans qu'on sache avec certitude - les chercheurs en débattent encore - s'il s'agit de cette déesse ou d'un attribut, l'ashéra biblique désignant également un arbre sacré[18].

Vers le dieu unique[modifier | modifier le code]

Le texte deutéronomique ne niant pas encore les autres dieux, déjà mentionné précédemment, semble avoir été écrit vers 622 av. J.-C. quand le roi Josias entend faire de Yahvé le seul dieu de Juda et empêcher qu'il soit vénéré sous différentes manifestations, comme cela semble être le cas à Samarie ou à Teman[19], dans l'idée de faire de Jérusalem le seul lieu saint légitime de la divinité nationale[20].

L'émergence du monothéisme judaïque exclusif est lié à la crise de l'Exil. En 597 av. J.-C., l'armée babylonienne défait le Royaume de Juda, l'occupe et déporte en exil à Babylone la famille royale, l'intelligentsia et les classes supérieures. Dix ans plus tard, les Babyloniens ruinent Jérusalem et détruisent son Temple. S'ensuit alors une seconde déportation qui semble cependant laisser sur place près de 85 % de la population, essentiellement rurale. C'est au sein de cette élite déportée et de sa descendance que l'on trouve la plupart des rédacteurs des textes vétérotestamentaires qui vont apporter la réponse du monothéisme au terrible choc et la profonde remise en question de la religion officielle engendrée par cette succession de catastrophes[21],[22]

Non seulement, la défaite n'est pas due à l'abandon par Yahvé, mais c'est au contraire l'occasion de le présenter comme seul et unique dieu : dans les récits que les intellectuels judéens écrivent alors, la destruction de Jérusalem, loin d'être un signe de faiblesse de Yahvé, montre la puissance de celui qui a instrumentalisé les Babyloniens pour punir ses rois et son peuple qui n'ont pas respecté ses commandements. Yahvé devient dès lors, au-delà de son peuple, le maître des ennemis de Juda[23].

L'exil babylonien met les rédacteurs judéens en contact avec les mythes mésopotamiens dont celui de la création de l'univers (Enuma Elish) ou celui mentionnant un déluge (Atrahasis)[24], et les premiers livres de la Genèse présentent dès lors Yahvé comme la divinité créatrice de l'entièreté de l'univers. Le nom de dieu est alors Elohim, marquant une tendance syncrétiste chez les auteurs sacerdotaux : en effet le terme peut se traduire par dieu ou dieux, suggérant que les dieux des autres peuples ne sont que des manifestations de Yahvé[25]

L'élaboration de la doctrine juive monothéiste se fait dans un contexte plus propice à de telles idées : le roi babylonien Nabonide tente de faire du dieu lunaire Sîn le dieu unique de son empire, en Grèce, les présocratiques défendent l'unicité de la divinité contre le panthéon et les successeurs achéménides de Cyrus II le Grand, considéré lui-même comme un messie de Yahvé, influencent le monothéisme judéen en faisant d'Ahoura Mazda le dieu officiel de l'empire[26].

Religions abrahamiques[modifier | modifier le code]

L'expression « religions abrahamiques » désigne les religions découlant de la révélation d'Abraham, qui a donné naissance au judaïsme. Deux millénaires plus tard (selon la chronologie traditionnelle) est né le christianisme, Jésus étant considéré par les chrétiens comme le messie attendu par les juifs. Ensuite, au VIIe siècle est apparu l'islam qui réfute l'idée que Jésus puisse être le fils de Dieu mais le considère comme un prophète. Le sikhisme, plus tardif, est à la limite des religions abrahamiques au sens où il s'inspire de l'islam et de l'hindouisme ; il est considéré comme un monisme et non pas comme un monothéisme. Sur le plan chronologique, l'islam est la dernière religion monothéiste apparue dans l'histoire.

Judaïsme, christianisme et islam se fondent sur les mêmes croyances, héritées et modifiées d'une religion à la suivante, traduites dans des langues différentes, hébreu, araméen, grec, latin, arabe et persan, lors de l'arrivée de messies et prophètes qui seraient choisis par Dieu pour transmettre aux hommes ses lois ou ses messages. Abraham y est « le père de tous les croyants ». Il est à la fois le père de :

Le christianisme est pour les chrétiens la conclusion du judaïsme, car ils reconnaissent le messie dans la personne de Jésus de Nazareth. Néanmoins, ils se détachent du judaïsme originel en considérant ce messie comme l'incarnation de Dieu. Ils concilient cette interprétation avec l'exigence de monothéisme mentionnée parmi les dix commandements grâce à la doctrine de la Trinité, selon laquelle il y a un Dieu unique en trois personnes. Les musulmans et les juifs voient dans ce concept une entorse au monothéisme.

Les monothéismes abrahamiques s'appuient sur deux livres saints : la Bible et le Coran. Le Tanakh (la Bible hébraïque) est reconnu par les trois monothéismes (mais avec d'importantes différences pour l'islam), le Nouveau Testament par le christianisme et l'islam (là encore, avec des différences importantes), et le Coran par l'islam seul. Les musulmans estiment qu'il a existé une Torah et un Évangile originels enseignant l'unicité absolue de Dieu (tawhid) dans les termes du Coran, c'est-à-dire que Dieu (Allah) est unique, que nul ne lui est égal ; et les croyants y sont les serviteurs de Dieu.

Judaïsme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Judaïsme.

D'après la tradition juive, le monothéisme fut la première croyance humaine, Adam sachant qu'il n'y avait qu'un Dieu. Le polythéisme serait né deux générations plus tard, les gens priant diverses "puissances" d'intercéder en leur faveur auprès de Dieu ; les cultes accessoires l'emportent ensuite sur le culte principal.

Abraham redécouvre le monothéisme (à l'âge de trois ans, selon le Midrash) après avoir compris qu'il doit exister Un Être suprême, et que celui-ci ne s'embarrasse pas d'un panthéon. Cet Être est transcendant, immanent, omnipotent, omniscient, bienveillant. Dieu Se révèle alors à Abraham, contracte une Alliance avec lui, qu'il renouvelle avec son fils Isaac puis son petit-fils Jacob.

Plus tard, Dieu envoie Moïse annoncer au peuple qu'Il va le faire sortir d'Égypte, conformément à l'Alliance. Il se présente au peuple comme celui qui advient (Ehye asher Ehye, "Je Serai qui Je Serai"), c'est-à-dire au sens littéral Celui qui Est près de Son peuple lorsqu'Il le fera sortir d'Égypte. Pour les Israélites, Il est donc non seulement le créateur du monde, déterminant le cours des choses, gardien de l'ordre naturel, mais aussi, Dieu providentiel qui intervient directement dans le cours de l'Histoire.

Le monothéisme est l'un des Dix Commandements que Moïse transmet au peuple, sur l'ordre de Dieu :

...Je suis YHWH, ton Dieu. N'aie pas d'autres dieux devant Moi. Ne les représente pas par une statue sculptée, une icône, ou quoi que ce soit, dans les cieux au-dessus, dans la terre ci-bas, et dans les eaux sous la terre. Ne te prosterne pas [devant eux] ni ne les honore. (Exode 20)
Je suis YHWH, ton Dieu, un Dieu demandant un culte exclusif. ; (Deutéronome 5)

Le judaïsme exige de ses membres une adhérence sans faille à ces préceptes, l'inverse revenant à en dénier l'essence. L'"inverse" inclut le syncrétisme, le culte de "divinités mineures", d'esprits ou d'incarnations, l'idée de Dieu comme dualité (shtei reshouyot) ou trinité. Ce concept est hérétique aux yeux des Juifs, et est assimilé au paganisme. L'interdiction d'autres cultes s'étend à la possession d'objets devant lesquels on pourrait se prosterner, comme les statues, les portraits, ou toute représentation artistique de Dieu.

Christianisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Christianisme.

Les chrétiens croient en un seul dieu, ils maintiennent la profession de foi selon laquelle ce dieu se manifeste en trois personnes, ou plus justement trois hypostases : Dieu le Père, Dieu le Fils, et Dieu le Saint-Esprit (communément appelés la Sainte Trinité).

Islam[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Islam.

Le mot ‘Islam’ vient de la racine arabe ‘aslama’ qui signifie paix et soumission ; un Musulman pratiquant s’efforce de se soumettre entièrement à Dieu, atteignant ainsi la paix dans la vie d’ici-bas et dans celle de l’au-delà. Se soumettre à la volonté de Dieu ne signifie pas que l’on cesse de réfléchir, ou que l’on abandonne son libre-arbitre ; mais plutôt que, comme un citoyen qui respecte la loi, celui qui suit les commandements de Dieu participe à son bien-être et à celui des autres, en respectant les Lois Divines et en faisant usage de sa liberté avec sagesse.

Le concept islamique de la soumission est donc un concept actif ; un Musulman s’efforce d’améliorer son caractère, et de faire ce qui est le mieux dans la mesure de ses capacités, après quoi, il accepte que le résultat de ses efforts réside en fin de compte dans les mains de Dieu.

L’Islam est basé sur la foi en un Pouvoir Supérieur, le Seigneur Miséricordieux et Créateur de l’Univers, sans famille ni partenaire, et appelé ‘Allah’.

Sources païennes[modifier | modifier le code]

Croire qu'il n'y a qu'un seul dieu est croire qu'il existe une vérité universelle et éternelle engendrée par ce dieu. Si on considère les références païennes acceptées par les monothéistes, l'école platonicienne (voir Platon et l'influence du Zoroastrisme) ainsi que l'aristotélisme sont les deux philosophies antiques compatibles avec le monothéisme. Elles affirment l'existence d'idées universellement et éternellement vraies, à la différence de la pensée antérieure, la sophistique, pour qui "l'homme est la mesure de toute chose" Protagoras dans toute sa relativité. À ce titre, les œuvres de ces philosophes échapperont à la destruction systématique de la pensée païenne par les monothéistes chrétiens. Plotin, philosophe romain, fonde le «néoplatonisme» qui influence durablement l'histoire des monothéismes par sa réflexion sur la pensée de l'unité, de l'"un".

Le Paganisme est un ensemble de religions polythéistes fondé sur la mythologie et les croyances locales, il n'a pas de visée universaliste, n'a pas de préoccupation unitaire, pas de texte sacré, même s'il se rattache à des cosmologies créationnistes, le paganisme admet l'éternité de l'univers qui préexiste à la création du monde que nous connaissons. Le paganisme a connu une évolution qui converge vers celle du monothéisme. Alexandre le Grand marque une étape importante en faisant rendre un culte égal aux Dieux et à des humains, pratique qui sera généralisée sous l'empire romain, en introduisant les statues de mortels dans le temple de Zeus, en implantant une communauté juive à AlexandrieDémétrios de Phalère fait traduire en grec la bible Septante. Après lui, Paul de Tarse qui connait la bible à travers cette traduction grecque, sa langue, sera un acteur important du glissement du monothéisme vers une religion universelle, perspective que n'a pas le monothéisme hébraïque. Les paganismes rencontrés par les monothéismes lors de leur expansion était également non cléricaux et non dogmatiques, ce qui ne les prédisposaient pas à résister au prosélytisme des monothéismes chrétiens et islamistes.

Le Paganisme est également un ensemble de rites dans lequel puisent les monothéismes. Parmi ceux-ci l'idolâtrie, culte des idoles et/ou des astres, qui engendre de durables controverses chez les monothéistes chrétiens, qui en admettent la pratique, notamment quand ce monothéisme devient religion officielle de l'Empire romain, alors que le judaïsme et l’islam proscrivent l’idolâtrie. L’idolâtrie chrétienne est incompatible avec l’idolâtrie polythéiste, la législation intolérante de Théodose Ier, sera suivie par la destruction complète et le pillage des lieux de culte païens. Ainsi disparaitront presque toutes les œuvres d'art païennes, souvent inestimables, destructions qui se reproduiront dans le monde après les grandes découvertes.

Selon de nombreux auteurs le Culte de Mithra, religion qui connut un succès du temps de l’Empire romain, a influencé le monothéisme chrétien (rituel de l'eucharistie, agape de pain et de vin, rituels initiatiques et hiérarchiques, exclusion des femmes, etc.). Federico Zeri prétend que le Mithraïsme aurait pu devenir ce qu'est le christianisme et rapporte un auteur selon lequel la chapelle Sixtine est construite au-dessus d'un temple de Mithra. Quoi qu'il en soit le mithraïsme fut interdit en 391.

[réf. nécessaire]

Aspects psychanalytiques[modifier | modifier le code]

L'assimilation du dieu unique au père - lui aussi unique - "Dieu le Père" est un thème récurrent depuis l'origine du monothéisme judaïque (Jérémie 2, 27: «Tu es mon père !... Toi tu m'as enfanté ! ». Sigmund Freud, agnostique né de parents juifs, considère les dieux comme des illusions, elles résultent du besoin infantile d'une figure paternelle dominante, la religion contribue à maîtriser les impulsions violentes chez les individus et dans le développement de la civilisation. Il s'intéresse dans un premier temps aux rituels. Dans ses premiers écrits sur la religion "Actes obsessionnels et pratiques religieuses" (1907) il assimile la religion à une névrose obsessionnelle universelle à rituels répétitifs, analyse qu'il approfondi dans Totem et Tabou. Il y travaille le sens de l'image du père (tueur violent et dévorateur, celui qui interdit le contact avec la mère) et l'acte originel de parricide reproduit dans le repas sacrificiel totémique. Il décrit le passage du totémisme et du polythéisme au monothéisme judéo-chrétien, où une nouvelle figure paternelle toute-puissante et unifiée succède à celle du père primitif. Ce rapprochement entre religion universelle et l'universalité de la psychanalyse et de ses concepts, en particulier du complexe d'Œdipe aura d'énormes conséquences sur la notoriété de la psychanalyse. Dans Moïse et le monothéisme, un de ces derniers écrits, Freud - bon spécialiste de l'Egypte antique polythéiste avec un épisode monothéiste solaire sous Akhenaton - échafaude une théorie de l’assassinat de Moïse qui engendre la culpabilité des Juifs à l'origine de l'espoir messianique d'un sauveur.

Il reviendra dans l'Avenir d'une illusion (1927) à l'enchainement des religions (des "illusions") : à l'animisme primitif succède une illusion adaptée à la civilisation avec le polythéisme, qui réconcilie l'homme et la mort et aide à supporter les privations de la civilisation. Alors la figure du père devient centrale dans l'esprit religieux et arrive le monothéisme. L'homme attend le même service de Dieu que du père, tous deux protecteurs mais craints. Rôle difficile à tenir qui rendent inséparables monothéisme et doute. Le monothéisme impose à l'individu une notion universelle de bien et de mal et pose donc un grand nombre d'interdits se traduisant par des renoncements aux pulsions que les polythéismes sacralisaient. Sa conclusion est que l'avenir des idées religieuses en tant qu'illusions est florissant.

Selon Sigmund Freud, le monothéisme est une religion du Surmoi, par opposition aux polythéismes qui sont des religions dont les différents cultes partiels sont chacun basés sur une impulsion instinctive née dans le ça[27].

Chez Jung[modifier | modifier le code]

Carl Gustav Jung, dans son ouvrage Psychologie et religion, s'intéresse au monothéisme chrétien et à ses symboles. Il les explique au regard de la psychologie analytique qui l'a rendu célèbre, en tentant d'éclairer les rites et dogmes d'une nouvelle interprétation ouverte à une redéfinition de la foi.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. Bernhard Lang, « La nostalgie des dieux anciens », in Enquête sur le Dieu unique, éd. Bayard/Le Monde de la Bible, 2010, p. 31
  2. Selon Pierre Gibert cité par Thomas Römer, « Les monothéismes en question », in Enquête sur le Dieu unique, éd. Bayard/Le Monde de la Bible, 2010, p. 16
  3. Thomas Römer, « Les monothéismes en question », in Enquête sur le Dieu unique, éd. Bayard/Le Monde de la Bible, 2010, pp. 8-9
  4. Thomas Römer, « Les monothéismes en question », in Enquête sur le Dieu unique, éd. Bayard/Le Monde de la Bible, 2010, pp. 8-9
  5. Pierre Gilbert date l'affirmation d'un monothéisme strict au retour de l'exil de Babylone au VIe siècle, même si on trouve les prémices chez certains prophètes comme Amos et Osée dès le VIIIe siècle ; cf. Pierre Gibert, « Le monothéisme est très difficile à penser ! », in Enquête sur le Dieu unique, éd. Bayard/Le Monde de la Bible, 2010, pp. 43
  6. Thomas Römer, « Les monothéismes en question », op. cit. p. 17
  7. Pierre Gibert, « Le monothéisme est très difficile à penser ! », in Enquête sur le Dieu unique, éd. Bayard/Le Monde de la Bible, 2010, p. 41
  8. Mireille Hadas-Lebel, Monothéisme et exil de Babylone : 6. Le monothéisme philosophique, in Massorti.com, 17/07/2008, article en ligne
  9. a et b André Lemaire, « L'émergence du monothéisme en Israël avant l'Exil », in Enquête sur le Dieu unique, éd. Bayard, 2010, p. 90-101
  10. Bernard Renaud, « Est-ce Moïse qui inventa le dieu unique », in Enquête sur le Dieu unique, éd. Bayard, 2010, p.104
  11. cf. Ex 20. 3-5
  12. a, b et c Thomas Römer, « Yahvé l'Unique », in Le Monde des religions : 20 clés pour comprendre Dieu, hors-série n°11, 09/2009, p.34
  13. ainsi que l'atteste 1R 12, cité par Thomas Römer
  14. Yahvé des armées (célestes) cité par Thomas Römer
  15. Dt 32,8
  16. Mi 4. 5
  17. Une stèle du roi, au IXe siècle av. J.-C., en atteste, ainsi que de Yahvé en tant que dieu tutélaire des israélites, cf. André Lemaire op.cit. et Thomas Römer, op.cit.
  18. André Lemaire, « L'émergence du monothéisme en Israël avant l'Exil », in Enquête sur le Dieu unique, éd. Bayard, 2010, p. 101
  19. ainsi que l'exprime l'ouverture primitive du texte
  20. Thomas Römer, « Yahvé l'Unique », in Le Monde des religions : 20 clés pour comprendre Dieu, hors-série n°11, 09/2009, p.35
  21. Thomas Römer, « Exil à Babylone, creuset du monothéisme », in Enquête sur le Dieu unique, éd. Bayard, 2010, pp.107-113
  22. Jean Soler, « Qui est Dieu ? », Éditions de Fallois 2012, pp.63-64 & « L'invention du monothéisme », Éditions de Fallois 2002, pp.91-93
  23. Thomas Römer, « Yahvé l'Unique », in Le Monde des religions : 20 clés pour comprendre Dieu, hors-série n°11, 09/2009, pp.35-36
  24. Christoph Uehlinger, Introduction à l'AT, p. 209-212
  25. Thomas Römer, « Yahvé l'Unique », in Le Monde des religions : 20 clés pour comprendre Dieu, hors-série n°11, 09/2009, p.36
  26. Thomas Römer, « Exil à Babylone, creuset du monothéisme », in Enquête sur le Dieu unique, éd. Bayard, 2010, p.111
  27. (fr) Jean-Pierre Castel, Le déni de la violence monothéiste, éd. L'Harmattan, Paris, 2010, p. 192

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Textes classiques


Essais contemporains

Articles[modifier | modifier le code]

Conférences[modifier | modifier le code]