Traduction

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La traduction (dans son acception principale de traduction interlinguale) est le fait de faire passer un texte rédigé dans une langue (« langue source », ou « langue de départ ») dans une autre langue (« langue cible », ou « langue d'arrivée »). Elle met en relation au moins deux langues et deux cultures et parfois deux époques.

Une traduction (translation en ancien français[1]) représente toujours un texte original (ou « texte source », ou « texte de départ ») ; en cela, elle comporte un certain degré d'équivalence, bien que le concept d'équivalence stricte entre les langues soit désormais dépassé en traductologie. Le concept de traduction repose depuis longtemps sur des dichotomies telles que « fidélité » versus « liberté », « fidélité à la lettre » versus « fidélité à l'esprit », « traduction sourcière » versus « traduction cibliste », etc.

La traduction tient compte d'un certain nombre de contraintes (contexte, grammaire, etc.), afin de le rendre compréhensible pour des personnes n'ayant pas de connaissance de la langue source et n'ayant pas la même culture ou le même bagage de connaissances[2]. Traduire implique maîtriser la langue source mais aussi la langue cible (ou destinataire), qui est généralement la langue maternelle. Le bon traducteur possède plus que des compétences linguistiques : il a quelque chose de l'écrivain, de l'analyste voire du journaliste, etc. Pour traduire la littérature scientifique et techniques, il doit parfois aussi posséder de solides compétences techniques et maîtriser les jargons techniques dans les deux langues.

La traduction littéraire et juridique est encore essentiellement humaine, mais des outils informatiques de traduction traduction automatique apparaissent (traduction assistée par ordinateur).
La discipline qui s'intéresse à la traduction se nomme la traductologie (anglais translation studies).

Rôle de la traduction et des langues dans la circulation des idées et information[modifier | modifier le code]

Dans l'espace et dans le temps, l'intensité de la communication interculturelle et des échanges interlinguistiques dépend en grande partie de la quantité et qualité des informations traduites d'une langue à l'autre[3], mais l’Histoire a montré que la circulation et la « notoriété » des idées ne se confondent pas quantitativement avec les langues les plus parlées[4]. En particulier, le nombre de locuteurs d’une langue parlée n’est pas un bon prédicteur de l’aptitude d’un message créé dans cette langue (ou circulant dans cette langue) à être ensuit traduit et à circuler dans le monde entier ; Selon le linguiste David Crystal, « ce qui explique qu’une langue devient une langue mondiale a peu à voir avec le nombre de personnes qui la parle, mais beaucoup plus avec « à qui » ces locuteurs parlent »[5]. Le réseau des locuteurs bilingues et des traducteurs[6] a donc une grande importance de ce point de vue.

Depuis le 19ème siècle et avec la globalisation et la réglementation du "droit de propriété intellectuelle" et de traduction, un certain nombre de langues et de culture sont plus ou moins bien « traduites » voire s’éteignent plus rapidement qu’auparavant ou sont déjà mortes ou oubliées[7] (une langue morte comme le latin peut continuer à être traduite).
Certains auteurs décrivent l'émergence d'un nouveau réseau et système mondial de langages[8], où l’anglais joue un rôle devenu prépondérant et central. L’hégémonie cluturo-linguistique de l'anglais pourrait toutefois être peu à peu contenue par l'amélioration et la généralisation des logiciels de traduction automatique sur l'Internet et par l'approche inédite[9] wikimédienne qui encourage et facilite les traductions et échanges inter-linguistiques dans Wikipédia et ses projets-frères (en 287 langues possibles fin 2013, dont langues dites « mortes » et espéranto, avec plusieurs grands projets linguistiques bilatéraux[9]).

Analyser la situation relative des langues du monde est longtemps restée impossible, faute de données pertinentes note Mark Davis (président et co-fondateur du Consortium Unicode qui produit des standards d'encodage de caractères pour tous les ordinateurs et interfaces mobiles de la planète utilisant l'écriture)[10], alors que l’on pressent pourtant l’importance de la structure de ce réseau[11] ; Il est longtemps resté impossible d’étudier quantitativement la structure du réseau mondial des échanges entre langues mais cela devient plus facile grâce à la constitution de grandes bases de données ouvertes de « lieux » d’échanges mondiaux tels que Wikipédia ou Twitter et alors qu’on connait de mieux en mieux la proportion des langues parlées sur l’Internet[12].

En 2014, une équipe internationale américano-française[13] a utilisé la Science des réseaux pour créer des cartographies permettant de visualiser comment des information et des idées circulent dans le monde (selon la langue du message d’origine, selon le PIB moyen des pays où cette langue est parlée[14]), selon la langue des premières traductions et celles qui vont véhiculer l’information ou selon le médium (livre, wikipédia, Twitter). Pour dresser cette « carte » ces chercheurs ont étudié d’une part les données disponibles sur la traduction littéraire (en se basant sur 2,2 millions de traductions de livres publiés dans plus de 1000 langues) et d’autre part les deux grands réseaux mondiaux d’échanges par le langage[10],[15] que sont :

  1. les tweets bilingues (à partir de l'étude de 550 millions de tweets, de 17 millions d'utilisateurs en 73 langues, retenus pour l’étude), ce qui a été possible grâce à la base de données ouverte et parce qu'elle permet d'associer un tweet à une langue et la personne qui twitte à une ou plusieurs communautés linguisitiques ;
  2. des versions linguistiques différentes de pages Wikipédia (sans tenir compte du travail des robots dans wikipédia). [10], dont la base de donnée est ouverte (DBPedia)

L’analyse de ces données montre que :

  • il existe une importante hiérarchisation des langues d’ « interfacage »dans ce réseau, avec des nuances selon le média étudié.
  • Sans surprise, l’anglais est la plus importante et efficace en termes d’interface entre d’autres langues pour diffuser une idée ou une information dans le monde (il constitue dans le réseau cartographié le hub le plus central). Secondairement, notamment dans Wikipédia, le français, l'allemand, et russe jouent un rôle similaire puis vient une constellation de « hubs » plus petits, avec par exemple l’espagnol et loin derrière : le tamoul, le portugais ou le chinois, langues peu propices à la diffusion mondiale d’idées bien que parlées par un très grand nombre de gens. A l’opposé de l’anglais (presque partout parlé dans les réseaux mondiaux d’échanges d’idées), le mandarin, l'hindi et l'arabe, bien qu’immensément populaire, sont isolés dans le réseau des échanges entre les langues (ce qui veut dire que les communications dans ces langues atteignent moins les locuteurs d'autres langues, et moins rapidement) [10] ;
  • En terme de nœuds majeurs dans le réseau des échanges informationnels interlangues dans le réseau mondial, les traductions littéraires et le système d’interlangue de Wikipédia (283 langues en 2014) valorisent encore principalement les langues européennes (et le japonais pour les traductions), mais twitter donne plus d’importance (après l’anglais) à des langues non majeurs dans les deux réseaux précédent d’échange (malais, portugais, espagnol, philippin, néerlandais, arabe. Le réseau des traductions littéraires est plus stable et formel. Wikipédia évolue rapidement, mais tout en se structurant, alors que Twitter offre un modèle totalement différent, constitué que de messages courts, très réactifs à l’actualité ;
  • Des locuteurs de langues disparates ou rares gagnent à être indirectement connectés à d’autres langues via un hub (grand ou petit) s’ils veulent que leurs messages circulent dans le monde, alors qu’au sein d’un groupe de langue proches twitter peut faire circuler des idées (par exemple des Philippines à la zone coréenne via le malais), alors qu’une traduction passant par l’anglais facilitera le passage d’une idée de la langue turque au Malayalam (parlé en Inde par 35 millions de personnes) [10] ;
  • Les personnes ou institutions bilingue ou multilingues apparaissent donc comme des « nœuds » importants dans le réseau de transmission des informations et des idées. L’internet et des phénomènes comme wikipédia et Twitter ont a amplifié leur rôle de convertisseur de langue, mais leur capacité à faire circuler l’information est reste bien plus importante si l’une des langues qu’elles maitrisent est l’anglais[10] ;
  • Il existe quelques phénomènes atypiques ou émergents : par exemple le néerlandais n’est parlé que par un « petit » nombre de terriens (27 millions de locuteurs, ce qui est bien moins que l'arabe parlé par environ 530 000 000 locuteurs, mais les néerlandais sont à la fois très multilingue et très actifs en ligne[10] ;
  • Les utilisateurs qu'ils ont étudiés constituent une sorte d’élite, alphabétisés et « en ligne ». Et bien que ne représentant parfois qu’une petite partie de l’ensemble des locuteurs d'une ou plusieurs langue(s), cette élite a un pouvoir et une responsabilité « disproportionnés », car volontairement ou non, elle marque de son empreinte (voire de certains biais) les messages qu’elle traduisent et relaie vers d’autres langues, peuples et cultures lointaines. C’est tout particulièrement le cas pour les anglophones dont les messages semblent les plus aptes à circuler loin et vite[10] ;
  • L’obstacle à la diffusion de savoirs « extérieurs » que constitue le faible taux de traduction de textes en nombreuses langues vers l’arabe et le monde arabe[10] ;
  • Un pays qui encourage la traduction de nombreux documents vers l’anglais (ou vers l’une des langues qui sont les meilleurs relais) se fera mieux connaître. Le choix d'une seconde langue qui est très bien connectée aux autres langues sur l’Internet des réseaux sociaux et culturels est alors un atout[10] ;
  • Un non-anglophones voulant faire circuler des idées ou avoir accès à des idées nouvelles extérieures à sa culture a intérêt à choisir l'anglais comme seconde ou troisième langue, alors qu’un anglophone devrait choisir l’espagnol le français ou l’allemand plutôt que le chinois ou l'hindi, au moins pour la diffusion d’idées diffusées par l’écrit[10].

La transmission culturelle passe aussi par le langage parlé[10], localement et à distance (via le téléphone ou skype), ce qui pourrait accélérer la diffusion de certaines idées et informations.

Statistiques[modifier | modifier le code]

On ne dispose pas de statistiques exhaustives du nombre de textes traduits dans le monde, en raison notamment d'un grand nombre de traductions faites dans la littérature grise ou diffusées via l'internet sans passer par les réseaux classiques.

Dans le monde, le document le plus traduit serait, d'après le livre des records, la Déclaration universelle des droits de l'homme avec 406 traductions[16],[17], bien que la Bible soit réputée traduite dans plus de 2000 langues et la prière Notre Père dans 1698 langues[18].

En France, dans les années 2000-2010, pour environ 70 000 titres annuels, 10 à 13 % sont des traductions[19] Les francophones ont donc accès à environ 7000 à 9100 titres étrangers traduits en français et publiés.

Traduction et interprétation[modifier | modifier le code]

Ces deux notions diffèrent : le traducteur traduit des idées exprimées à l'écrit d'une langue vers une autre tandis que l'interprète traduit des idées exprimées oralement ou par l'utilisation de parties du corps (langue des signes) d'une langue vers une autre (G. Folena)[réf. insuffisante]. L'interprétation peut être considérée comme un sous-domaine de la traduction au regard des processus mis en œuvre (études en traduction), mais en pratique ces activités requièrent des aptitudes très différentes et ont un rapport au temps également différent.

Les lieux de traduction[modifier | modifier le code]

Traduire présuppose de maîtriser deux langues au moins, mais aussi d'avoir un accès au texte à traduire (ou à sa copie), durant le temps nécessaire à sa traduction, et si possible face à un original (éventuellement annoté) plutôt qu'une copie ou traduction déjà faite dans une autre langue.

Or, les ouvrages ont longtemps été copiés et recopiés à la main. Ils sont parfois rares ou uniques.

Les bibliothèques et lieux d'archives (municipales, royales, religieuses, industrielles, etc.) abritent des ouvrages rares et collections patrimoniales, des collections d'enseignement et/ou de recherche et des ouvrages de lecture publique. Ils ont donc a priori été des lieux importants pour les traducteurs. Aujourd'hui encore, il n'est pas toujours possible de sortir ou toucher un ouvrage, ni de le photographier ou microfilmer. Les bibliothèques ont donc longtemps aussi été des lieux ou des étudiants, enseignants, chercheurs ou autres professionnels venaient et viennent encore traduire des éléments d'ouvrages ou des ouvrages anciens entiers[1]. pour le philosophe Robert Damien, au delà d'un lieu de juxtaposition des auteurs et des langues, des textes et des savoirs, la traduction est - comme la bibliothèque un « lieu des liens »[1].

Théories de la traduction[modifier | modifier le code]

En matière de théories contemporaines de la traduction, on constate généralement l'existence de six courants dominants :

Approches fondées sur la pratique/Approche communicationnelle[modifier | modifier le code]

Courant interprétatif : théorie du sens de l'E.S.I.T, basée principalement sur la pratique de l’interprétation de conférences. Dans leur ouvrage Interpréter pour traduire , D. Seleskovitch et M. Lederer soutiennent qu'il faut traduire le sens et non pas la langue. Celle-ci n'est qu'un simple transporteur du message. La langue peut être un obstacle à la compréhension. C'est pourquoi il faut toujours éviter de transcoder et procéder à la déverbalisation lors de toute opération traduisante. Parmi ces travaux, qui jouent un rôle important au sein des efforts de théorisation jalonnant l'histoire, on retiendra le projet d'un ouvrage général de la langue française d'Estienne Dolet qui aboutira à la publication, en 1540, de La manière de bien traduire d'une langue à une autre.

Approches fondées sur des théories littéraires[modifier | modifier le code]

Ce courant considère que la traduction n'est pas une opération linguistique mais plutôt une opération littéraire (Edmond Cary). En d'autres termes : pour traduire de la poésie, il faut être poète (Ezra Pound, Walter Benjamin, Henri Meschonnic, Antoine Berman).

Le concept d’énergie dans la langue : Les mots sont, en quelque sorte, une cristallisation du vécu historique d'une culture, ce qui leur donne une force et c'est justement cette énergie qu'il faut traduire.

Courant sociolinguistique[modifier | modifier le code]

C'est le moule social qui détermine ce qui est traduisible ou pas, ce qui est acceptable ou pas (sélection, filtration, censure...). Le traducteur est le produit d'une société et l'on traduit selon son propre bagage socio-culturel (école de Tel-Aviv : Annie Brisset, Even Zohar, Guideon Toury).

Les concepts de l’équivalence dynamique et l’équivalence formelle chez Nida et Taber : Le plus important pour tout acte traductionnel est de faire en sorte que l'effet laissé sur le lecteur par la traduction soit identique ou équivalent à celui laissé par le texte source. Pour ce faire, il faut adapter, acclimater et chercher des équivalences (Jean Claude Margot. Traduire sans Trahir ).

Approches fondées sur des théories linguistiques[modifier | modifier le code]

Structuralisme, linguistique, pragmatique, linguistique du texte. C'est un courant qui considère le mot, le syntagme et la phrase comme unités de traduction. (Georges Mounin, Vinay et Darbelnet, J.I Austin, J.C. Vegliante).

Approches fondées sur des concepts philosophiques et herméneutiques[modifier | modifier le code]

Le chef de file de ce courant est George Steiner. Le vrai traducteur doit être capable de se mettre dans la peau d'un écrivain afin de capter et de saisir l'intention (le "vouloir dire") de l'auteur du texte de départ. Il voit l’opération traduisante comme un mouvement en quatre temps : Trust (confiance / conviction), agression, incorporation et restitution.

Les approches sémiotiques[modifier | modifier le code]

La sémiotique est l’étude des signes et des systèmes de signification. Pour Peirce : Le processus de signification (ou sémiosis) est le résultat de la coopération de trois éléments : un signe, un objet et son interprétant. Aussi, d'un point de vue sémiotique, toute traduction est envisagée comme une forme d’interprétation qui porte sur des textes ayant un contenu encyclopédique différent et un contexte socioculturel particulier.

Le processus de traduction[modifier | modifier le code]

Le processus de traduction peut être découpé en trois phases successives :

  1. compréhension : assimilation du sens véhiculé par un texte, du vouloir dire d'un auteur… ;
  2. déverbalisation : oubli des mots et conservation du sens ; « Opération par laquelle un sujet prend conscience du sens d'un message en perdant conscience des mots et des phrases qui lui ont donné corps »[20] ;
  3. réexpression : reformulation du vouloir dire en langue cible ; retour aux mots.

Types de traductions[modifier | modifier le code]

Sur le marché du travail, on distingue deux types de traduction : la traduction de textes techniques et la traduction littéraire. La majorité des traducteurs professionnels traduisent des textes techniques. Les traducteurs littéraires sont attachés à une maison d'édition ou auto-entrepreneurs.

Traduction technique[modifier | modifier le code]

La traduction technique concerne les documents tels que les manuels, feuillets d'instructions, notes internes, procès-verbaux, rapports financiers, et autres documents destinés à un public limité (celui qui est directement concerné par le document) et dont la durée de vie utile est souvent limitée.

Par exemple, un guide d'utilisateur pour un modèle particulier de réfrigérateur n'a d'utilité que pour le propriétaire du réfrigérateur, et restera utile tant que ce modèle de réfrigérateur existera. De même, la documentation logicielle s'adresse généralement à un logiciel particulier, dont les applications concernent une catégorie d'utilisateurs.

La traduction de textes techniques exige souvent des connaissances spécialisées dans un domaine particulier. Font partie des textes techniques :

La traduction technique est un type de traduction souvent « anonyme » dans lequel le nom du traducteur peut ne pas être associé au document traduit, tout comme certaines entreprises ne font pas mention des auteurs de guides d'utilisation des produits. Cependant, dans le cas de la traduction de livres à contenu informatif, le traducteur sera mentionné dans la section de responsabilité primaire de l'item bibliographique du livre.

En général, la traduction technique est plus accessible et rapporte un salaire plus élevé que la traduction littéraire. Cette dernière est effectuée avant tout par amour de la langue et du texte original ou par volonté de faire connaître toutes les subtilités d'un texte admirable écrit en langue étrangère.

Écoles de pensée[modifier | modifier le code]

Selon l'école de pensée cibliste, il est nécessaire de privilégier l'exactitude des propos au détriment de la stylistique, lorsque cela s'impose. Pour « faire passer son message », la traduction devra parfois remplacer les éléments culturels du texte original par des exemples équivalents, mais mieux connus des lecteurs de la culture d'arrivée. Le plus important demeure le « sens » du message que tente de véhiculer l'auteur. Le traducteur doit d'abord faire passer ce message de manière idiomatique et naturelle pour le lecteur en langue d'arrivée, tout en demeurant fidèle au langage, au registre et au ton employé par l'auteur du texte en langue de départ.

Selon l'école de pensée sourcière, le traducteur a la responsabilité de demeurer strictement fidèle à la forme du texte original. Le traducteur devra donc reproduire tous les éléments stylistiques de l'original, employer le même ton, laisser tous les éléments culturels intacts et même (à l'extrême) contraindre la langue d'arrivée à prendre la forme dictée par le texte de départ. Le traducteur sourcier veillera en premier lieu à ne pas trahir le véhicule employé par l'auteur, et tâchera ensuite de bien restituer le sens du message.

(Voir Critiques de la traduction infra.)

Difficultés liées aux domaines de spécialité[modifier | modifier le code]

Il faut déjà savoir que la plupart des traducteurs freelance, indiquent se spécialiser dans à peu près tout. ce qui contredit, évidemment, le terme de spécialisation. Il est évident que leur comportement est la recherche de maximums de travaux de traduction.

Il ne faut tout de même pas dénigrer les capacités humaines d'apprendre correctement un sujet au fil des traductions effectuées, les sources d'explications, comme WikiPedia et autres dictionnaires terminologiques, sans oublier les sites Internet de sociétés traitant des sujets concernés, sont nombreuses.

Donc, il peut être utile de faire attention à un traducteur présentant 20 spécialisations sur son CV.

Cela dit, pour réaliser des traductions pragmatiques utiles, il est nécessaire de maîtriser le jargon du domaine et de savoir employer les bons termes ; une traduction qui ne reflète pas l'usage courant et l'évolution de la langue de spécialité ne saurait intéresser ses lecteurs, au même titre qu'on n'écrit plus comme en 1750.

Certains domaines (comme l'informatique) évoluent à une vitesse vertigineuse, au point où le jargon spécialisé de la langue d'arrivée (par exemple le français) n'arrive pas à s'enrichir assez rapidement pour suivre l'évolution de la langue d'origine (par exemple l'anglais). Dans cette situation, le traducteur peut être confronté à l'absence d'équivalent français (donc à la nécessité de créer un néologisme) ; à plusieurs néologismes à peu près équivalents ou à une alternative entre un terme relativement général et bien connu, et un terme plus précis, mais moins employé.

La traduction de logiciels (qui comporte deux phases distinctes, l'internationalisation et la régionalisation) est un processus qui diffère de la simple traduction textuelle à divers degrés.

Traduction littéraire[modifier | modifier le code]

Ce type de traduction concerne les romans, poèmes et autres genres du domaine littéraire.

La traduction littéraire demande des aptitudes en stylistique, une bonne imagination et des connaissances culturelles étendues. Il s'agit de reproduire l'effet intégral du texte original chez le lecteur en langue d'arrivée, autant que le sens des mots. La traduction doit être aussi plaisante à lire, et susciter les mêmes émotions que l'original, suivant l'adage de Cervantès : « ne rien mettre, ne rien omettre ». Les grands traducteurs, quelle que soit la langue, ont une formation très exigeante, études littéraires et universitaires, dans la langue de laquelle ils traduisent – et grand nombre de traducteurs littéraires traduisent de plusieurs langues – mais aussi et surtout dans leur langue maternelle, langue vers laquelle ils traduisent. L'écriture du texte de destination devient alors primordiale[21].

En poésie, la traduction offre une double difficulté s'il faut rendre compte à la fois du sens et de la métrique (de la forme en général[22]). Si l'on se limite au sens (sémantique), un exercice de traduction de haïkus, après passage dans plusieurs langues et retour final au français, a permis de démontrer une assez grande robustesse du contenu sémantique[23].

Le problème de la double traduction[modifier | modifier le code]

Une difficulté bien connue des traducteurs, et dont on a peu conscience en dehors d'eux, est le fait que le texte à traduire est parfois déjà une traduction, pas nécessairement fidèle, et qu'il faut, dans la mesure du possible, essayer de la dépasser pour remonter à l'original.

L'exemple classique est constitué par les évangiles, dont les plus anciens manuscrits connus sont rédigés en grec ancien, mais nous rapportent des propos vraisemblablement tenus en araméen ; comme les originaux éventuels dans cette langue semblent perdus, s'ils ont jamais existé, il en résulte des querelles d'érudits.

De nos jours, le phénomène s'est amplifié et se présente sous des formes diverses.

Il y a d'abord l'utilisation consciente d'une langue-pont ; s'il faut traduire en grec moderne un texte écrit en estonien, on pourra avoir du mal à dénicher un traducteur connaissant à la fois les deux langues et le sujet traité. C'est d'une traduction, généralement en anglais, que partira le traducteur. L'imprécision de cette langue peut créer des difficultés, comme le fait remarquer Claude Piron avec cette phrase dont il avait dû vérifier la traduction française : « He could not agree with the amendments to the draft resolution proposed by the delegation of India. ». Le premier traducteur ne pouvait savoir si proposed se rapportait à amendments ou à resolution et avait choisi la mauvaise solution. Claude Piron, qui avait sous les yeux l'ensemble du rapport, put rectifier[24].

L'anglais passant pour être une langue « internationale », « comprise » partout, on y aura souvent instinctivement recours, pensant par là faciliter les choses. La réalité en est bien loin : outre le fait que seuls 38 % des Européens ont une maitrise plus ou moins bonne de l'anglais et seulement 2,5 % des Japonais par exemple, l'utilisation de sa propre langue maternelle est prouvée bien plus efficace et rentable que l'utilisation d'une tiers langue comme l'anglais. Par exemple, si le responsable d'une entreprise espagnole souhaite écrire à une entreprise française ; le plus simple serait qu'il jetât les grandes lignes dans sa langue, qu'une secrétaire mît le texte en forme et qu'il le relût avant envoi, ayant ainsi exprimé sa pensée du mieux possible. Le destinataire remettrait la lettre à un traducteur d'espagnol vers le français et recevrait en retour la version la plus proche de l'original. Dans la pratique le responsable espagnol jugera plus poli de demander à une secrétaire supposée bilingue d'écrire dans la langue de Sa Gracieuse Majesté, et la secrétaire la rédigera donc dans un anglais peut-être imparfait. Il est possible que le correspondant, ne comprenant rien au charabia qu'on lui envoie, soit tout de même contraint de s'adresser à un traducteur, et celui-ci devra se donner beaucoup plus de mal pour traduire que s'il avait eu directement sous les yeux le texte espagnol.

Un état d'esprit analogue joue quand une société internationale dispose d'un texte allemand et de sa traduction en anglais et qu'elle a besoin d'une traduction française. On enverra presque automatiquement à un traducteur la version anglaise, qui sera susceptible de lui poser infiniment plus de problèmes que l'original, que l'on ne songe pratiquement jamais à joindre.

Critiques de la traduction[modifier | modifier le code]

Pour obtenir une traduction « intelligente », « sensée », il convient d’oublier non les connaissances acquises à l’école ou à l’Université mais les normes des correcteurs. L’un voulait qu’une version latine sentît le latin, et il fallait donc écrire « un glaive d’airain », un autre estimait que dans une version réussie on ne devait pas pouvoir deviner la langue d’origine et il conseillait « une épée de bronze » ; on se rendit compte par la suite que l’un et l’autre avaient à la fois raison et tort et que leur seul défaut était de présenter leur exigence comme une vérité absolue.

Marc Bloch a posé la question en écrivant dans Apologie pour l’Histoire :

« Il serait fâcheux, avouons-le, de voir les historiens encombrant leurs propos de vocables étrangers, imiter ces auteurs de romans rustiques qui, à force de patoiser, glissent à un jargon où les champs ne se reconnaîtraient pas mieux que la ville. En renonçant à tout essai d'équivalence, c'est souvent à la réalité même que l'on ferait tort. Un usage qui remonte, je crois, au dix-huitième siècle, veut que serf en français, ou des mots de sens voisin dans les autres langues occidentales, soient employés à désigner le chriépostnoï de l'ancienne Russie tsariste. Un rapprochement plus malencontreux pouvait difficilement être imaginé. Là-bas, un régime d'attache à la glèbe, peu à peu transformé en un véritable esclavage ; chez nous, une forme de dépendance personnelle qui, malgré sa rigueur, était très loin de traiter l'homme comme une chose dépourvue de tous droits : le prétendu servage russe n'avait à peu près rien de commun avec notre servage médiéval. Cependant, dire tout bonnement « chriépostnoï » ne nous avancerait guère. Car il a existé en Roumanie, en Hongrie, en Pologne et jusque dans l'Allemagne orientale, des types de sujétion paysanne étroitement apparentés à celui qui s'établit en Russie. Faudra-t-il, tout à tour, parler roumain, hongrois, polonais, allemand ou russe ? Une fois de plus, l'essentiel échapperait, qui est de restituer les liaisons profondes des faits, en les exprimant par une juste nomenclature.»

Cela montre toute la différence entre la traduction scolaire et la traduction professionnelle. Les professeurs s’entendent au moins sur ce principe : « Si une phrase est ambigüe, la traduction doit l’être aussi » ; sans doute veulent-ils que l’élève profite de l’occasion pour montrer sa virtuosité, mais, face aux mots « his secretary » ou « her secretary », quel traducteur ne cherchera pas à savoir, même en dehors du texte qu’on lui soumet, s’il s’agit de « son secrétaire » ou de « sa secrétaire » ? Traduire revient donc souvent à choisir.

Il existe une autre critique, moins facile à argumenter, qui s'appuie sur une phrase italienne à la formulation particulièrement vigoureuse : « Traduttore, traditore » Cette critique soutient que toute traduction revient trop à trahir l'auteur, son texte, l'esprit de celui-ci, son style... à cause des choix à faire de toute part. Que sacrifier de la brièveté ou de la clarté si, dans le texte la formule est brève et efficace, mais impossible à traduire en si peu de mots avec ce sens précis ? On pourrait comprendre de cette critique que cela nous encourage à lire « dans le texte ». Il paraît évident qu'il est impossible de suivre ce conseil dans les faits.

Le traducteur Pierre Leyris (qui a entre autres traduit l'œuvre d'Herman Melville) répond à cette critique en affirmant : « Traduire, c’est avoir l’honnêteté de s’en tenir à une imperfection allusive » [25].

Traduction des programmes informatiques[modifier | modifier le code]

Voir l'article Régionalisation de logiciel.

Norme européenne pour les services de traduction[modifier | modifier le code]

La norme de qualité NF EN 15038:2006 est une norme européenne spécifique pour les services de traduction qui « a pour objet d'établir et de définir les exigences relatives à la prestation de services de traduction de qualité ». Elle spécifie les exigences relatives aux fournisseurs de services de traduction (FST) en matière de ressources humaines et techniques, de management de la qualité et de gestion de projets, de cadre contractuel et de procédures de service[26].

Conditions et étapes d'une traduction selon la Norme NF EN 15038[27].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Anna Svenbro (2009), Quel espace pour la traduction en bibliothèque ? ; Mémoire pour le Diplôme de conservateur de bibliothèque, janvier 2009 / ENSSIB, consulté 2015-05-20
  2. Asylon(s), numéro 7, mai 2009, sous la direction de Rada Ivekovic : « Que veut dire traduire ? »
  3. Hua, Z. (2013) Exploring intercultural communication: Language in action. Routledge
  4. Ostler N (2005), Empires of the Word : a Language History of the World (HarperCollins,New York)
  5. « Why a language becomes a global language has little to do with the number of people w o speak it. It is much more to do with who those speakers are », in rystal D (2003) English as a Global Language (Cambridge Univ Press, Cambridge, UK)
  6. Global Language Network
  7. Harrison, K. D. (2007). When languages die: The extinction of the world's languages and the erosion of human knowledge. Oxford University Press.
  8. Abram De Swaan (2013) « Words of the World: The Global Language System » ; Wiley, 17 juin 2013 - 272 pages
  9. a et b Endrizzi, L. (2006). L'édition de référence libre et collaborative: le cas de Wikipedia ; Dossiers de la Veille, Institut national de recherche pédagogique ; Equipe LIRE de l'université Lyon 2, pp.1-32.PDF).
  10. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l News intitulée “Want to influence the world? Map reveals the best languages to speak”, postée dans le journal Science ; rubrique “Social Sciences”
  11. Ronen S (2013), The structure and implications of the global language network  ; Thèse de Doctorat ; MIT (Massachusetts Institute of Technology)
  12. Pimienta D, Prado D, Blanco Á (2009) « Twelve Years of Measuring Linguistic Diversity in the Internet: Balance and Perspectives » consulté 2014-12-20, PDF, 64 pages
  13. Ronen et ses collègues du MIT, de la Northeastern University de Boston et de l’université d’Aix-Marseille (CNRS, CPT, UMR 7332)
  14. Davis M (2003), "GDP by Language" ; consulté 2014-12-20
  15. Ronen, S., Gonçalves, B., Hu, K. Z., Vespignani, A., Pinker, S., & Hidalgo, C. A. (2014), Links that speak : The global language network and its association with global fame (Des liens qui parlent : Le réseau mondial des langues et son association avec la renommée universelle) ; Proceedings of the National Academy of Sciences, 201410931. (résumé et informations complémentaires ; PDF, 27 p.) ;
    Vidéographie : [http://language.media.mit.edu/press Global Language Network
    , par Cesar Hidalgo (YouTube / SeriousScience)
  16. http://www.ohchr.org/EN/UDHR/Pages/Introduction.aspx
  17. ONU, « DUDH : Le document le plus traduit au monde »
  18. http://www.christusrex.org/www1/pater/index.html
  19. SAPIRO, Gisèle. « Situation du français sur le marché mondial de la traduction », Translatio : Le marché de la traduction en France à l'heure de la mondialisation ; Paris : CNRS Éditions, 2008. p. 77.
  20. J. Demanuelli & C. Demanuelli, La traduction: mode d'emploi, glossaire analytique, page 51
  21. Jean-Charles Vegliante, D'écrire la traduction, Paris, PSN, 1996.
  22. http://circe.univ-paris3.fr/ED122-Traduire%20la%20forme.pdf
  23. Georges Friedenkraft, Une expérience de traduction, Gong (revue de haïku), 2010, 28, pp 51-55
  24. Le Défi des langues : Du gâchis au bon sens, p. 242
  25. Interview dans Le Monde, 12 juillet 1974
  26. (en) « Norme EN 15038 », sur en.wikipedia.org (consulté le 19 juillet 2010)
  27. « La norme européenne de qualité NF EN-15038:2006 »

Annexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Clara Auvray-Assayas, Christian Berner, Barbara Cassin, André Paul, Irène Rosier-Catach, « Traduire » in Vocabulaire européen des Philosophies, dictionnaire des intraduisibles, Seuil/Le Robert, 2004.
  • « Traduction et mondialisation » in Hermès n°49, 2007 (dossier)
  • Pierre Daviault, Langage et traduction, Ottawa, Imprimeur de la Reine, 1962. En tête du titre: "Bureau fédéral de la traduction, Secrétariat d'état, Ottawa". N.B.: Concerne des raffinements de traduction en français de vocabulaire anglais choisi.
  • William Olivier Desmond, Paroles de traducteur, de la traduction comme activité jubilatoire, Peeters, Louvain la Neuve, 2005.
  • David Bellos, Is That a Fish in Your Ear?: Translation and the Meaning of Everything, Particular Books, 2011.
  • Histoire des traductions en langue française, sous la direction d’Yves Chevrel et Jean-Yves Masson, quatre volumes (XVe et XVIe siècles ; XVIIe et XVIIIe siècles ; XIXe siècle ; XXe siècle), Verdier, 2012-.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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