Noé (patriarche)

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L'Arche de Noé par le Französischer Meister (« le maître Français »), Magyar Szépmüvészeti Múzeum, Budapest. c.1675.

Noé (hébreu : נֹחַ nōa'h : repos ou consolation) est un personnage de la Genèse[1], premier livre de la Bible, et du Coran.

Noé a une femme dont la Genèse ne donne pas le nom, et trois fils : Sem, Cham et Japhet. Sous les ordres de Dieu, il bâtit l'Arche de Noé afin d'échapper au Déluge, ces eaux dévastatrices lancées pour éradiquer l'humanité corrompue. Lui et sa famille étant les seuls humains épargnés, Noé est un ancêtre de toute l'humanité (voir Table des peuples)[2]. Il vit 950 ans. Cet épisode est probablement inspiré de l'Épopée de Gilgamesh, récit légendaire sumérien de l’ancienne Mésopotamie (Irak moderne)[3].

On classe Noé parmi les patriarches bibliques. Le Livre des Jubilés l'appelle Emzara, des écrits apocryphes chrétiens l'identifient à Haykêl, descendante d'Hénoch, et des midrashim (la Genèse Rabba et le Sefer haYashar) à Naamah, fille de Lamech et de Tsillah (pour le premier), fille d'Hénoch, l'arrière-grand-père de Noé (pour le second)[4].

Le Coran présente Noé (arabe : نوح) comme un prophète.

Sommaire

Récit biblique [modifier]

L'arche de Noé, illustration de Gustave Doré, 1866–1870.

Selon la Genèse, Noé est le fils de Lamech[5]. Il descend de Seth, le fils d'Adam. Dix générations séparent Noé d'Adam.

L'arche de Noé [modifier]

Article détaillé : Arche de Noé.

Depuis Adam, les hommes sont devenus mauvais, et Dieu projette d'exterminer toute forme de vie animale. Il décide d'épargner toutefois Noé, le seul homme juste. Il lui ordonne de fabriquer une arche, et de s'y réfugier avec sa femme, ses fils et leurs femmes, ainsi que des couples de chaque espèce animale. Puis Dieu déclenche le Déluge, une pluie battante qui submerge les montagnes et tue tous les animaux. Seule l'arche flotte.

Après 40 jours, la pluie s'arrête mais la terre est entièrement sous l'eau. La décrue s'amorce, et un jour, Noé lâche une colombe qui revint avec un rameau d'olivier au bec. Il la relâche sept jours après et elle ne revient plus, signe que la terre se découvre de plus en plus. Au bout de quelques mois, l'arche repose sur le Mont Ararat. Lorsque la terre est enfin sèche, Dieu dit à Noé de faire sortir tous les animaux et leur enjoint de se multiplier à nouveau sur la surface de la terre.

Dieu fait alors alliance avec Noé et ses fils, leur donne comme nourriture tout animal ou végétal, condamne le meurtre, et leur ordonne d'être féconds. Puis il promet qu'il n'y aura plus de Déluge et désigne l'arc-en-ciel comme signe d'alliance entre lui et la terre.

L'ivresse de Noé [modifier]

Article détaillé : Malédiction de Cham.

Les fils de Noé sont Sem, Cham et Japhet. Un jour, Noé, qui a trop bu de vin de sa vigne, se trouve nu dans sa tente[6]. Cham le voit tout nu, mais pas ses frères qui le rhabillent en lui tournant le dos. À son réveil, Noé maudit Canaan, le fils de Cham, et le déclare serviteur de Sem.

Noé meurt à 950 ans.

Dans la tradition judéo-chrétienne [modifier]

Le nom de Noé en hébreu, Noah, est formé des deux lettres Noun et Het. Inversées, ces deux lettres forment le mot 'Hen, grâce ; les deux mots figurent dans la Genèse[7] : « Mais Noé (Noah, Noun Het) avait trouvé grâce (Hen, Het Noun) aux yeux de Yahvé ». Si Noé se regarde « dans les yeux » de YHWH, il y trouve « grâce », son nom inversé, comme dans un miroir.

Dans la deuxième épître de Saint Pierre, Noé est qualifié de « prédicateur de justice. »[8]

L'épisode de l'ivresse de Noé est aussi appelé la Malédiction de Cham. Dans les Manuscrits de Qumrân, cet épisode ne fait état ni d'ivrognerie ni de nudité, ni de malédiction ; il y est question de rendre grâce à Dieu après une fête consécutive à la première vendange après le déluge[9].

La liste des descendants de Noé constitue ce que l'on a appelé la Table des peuples.

Une image prophétique chez les chrétiens [modifier]

Les prophètes Isaïe et Ezéchiel ainsi que Jésus de Nazareth mentionnent Noé. Jésus et l'apôtre Pierre ont déclaré que les jours de Noé préfigurent « l'avènement du Fils de l'Homme » (le retour glorieux du Christ à la fin des temps) et un futur jour de jugement et de destruction des hommes impies »[10], [11], [12] : « Ce qui arriva du temps de Noé arrivera de même à l'avènement du Fils de l'homme. Car, dans les jours qui précédèrent le déluge, les hommes mangeaient et buvaient, se mariaient et mariaient leurs enfants, jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche ; et ils ne se doutèrent de rien, jusqu'à ce que le déluge vînt et les emportât tous : il en sera de même à l'avènement du Fils de l'homme. »

Dans l'islam [modifier]

Dans l'islam, Noé (arabe نوح Nūḥ) est un prophète et un messager ("nabi" = qui reçoit le message) dont la mission fut de transmettre le message divin descendu sur terre sous forme de révélation ("Rissala" = Le message). Il a prêché la parole de Dieu l'Unique à son peuple.

À ce titre, il est cité en de nombreuses occasions dans le Coran. La sourate 71 porte son nom[13], elle évoque le prêche fait par Noé à ses contemporains qui était l'appel à la soumission à Dieu seul. L'histoire du Déluge est aussi reprise d'une manière abrégée dans la sourate 11[14] et dans plusieurs autres sourates de façon encore plus brève.

Jacqueline Chabbi dans le Coran décrypté - Figures bibliques en Arabie (éd. Fayard 2008) explique comment "les appropriations bibliques se mettent très progressivement en scène". Elle parle de "jaillissement d'une parole s'appropriant des "pierres de Bible" éléments arrachés à l'édifice des autres pour servir la cause coranique" sans plan prémédité historiquement. Dans le chapitre VI "Narrations bibliques de périodes mekkoise", elle se pose la question de savoir si Mahomet pouvait être l'alias de Noé. Son argumentation repose sur l'analyse du "discours de Noé" (sourate XI 25-35 et 36-49), double presque parfait des passages de Cor. VI, 50,90 ; XXV, 7,20 qui concernent explicitement les missions de Mahomet.

Par rapport à l'histoire de Noé écrite de la Bible, le Coran comporte plusieurs différences ou informations supplémentaires notables :

  • Le déluge est un fait sur lequel les savants musulmans divergent encore actuellement, le Coran et les Hadiths (Récit prophétique) laissent supposer que le déluge fut une catastrophe planétaire ou régionale.
  • Noé a prêché 950 ans parmi son peuple[15] avec une patience légendaire. Seule une poignée de personnes l'ont suivi, dont les pauvres. Allah lui annonce alors que plus personne d'autre ne le suivra. La majorité idolâtre et polythéiste, les notables notamment, l'avaient traité de menteur comme bien souvent dans les prophéties[16].
  • L'histoire de l'ivresse de Noé ne s'y retrouve pas. Car, les prophètes sont immunisés par Dieu contre les péchés capitaux comme l'ivresse, l'adultère et le mensonge.
  • (Cor. XI, 38,39,40) Noé construit l'arche, fulk, sur l'ordre de Dieu, selon ses consignes [17] mais les notables, mala', se moquent ; Dieu lance son ordre, amr ; le four fait bouillir l'eau, fâra al-tannûr ; Noé doit embarquer sur l'arche un couple "de tout" ainsi que sa famille - sauf le fils maudit - et les quelques croyants de son peuple. Les personnes sauvées dans l'arche n'appartiennent pas tous à la famille proche de Noé. Juste les personnes bonnes, qui croient en Dieu, ont été sauvées[18].
  • Certains membres de sa famille ont péri. Sa femme est restée en arrière à l'instar de l'épouse du prophète Loth pendant la destruction de Sodome et Gomorrhe[19]. De plus, un des fils de Noé n'a pas embarqué sur l'arche se croyant à l'abri sur les hauteurs. Noé voulut lui porter assistance mais une vague s'interposa. Alors il invoqua Allah pour son enfant mais il lui fut révélé que celui-ci n'est pas de sa famille (spirituelle) car il est de ceux qui ont renié[20].

Les fils de Noé ne sont ni nommés, ni décomptés dans le Coran. Chroniques_de_Tabari de Tabari (m. 920/310 de l'hégire), il est question d'un quatrième fils Canaan. C'est lui qui meurt englouti. Il y est même question d'un cinquième fils de Noé qui meurt avant le déluge ('Abir, c'est-à-dire Eber).

La sourate XXIII, elle, ne contient pas le récit du fils de Noé maudit et englouti.

  • L'arche s'est posée sur le mont Al Joudi qui pourrait être situé sur la chaine de montagne Ararat dans le haut-plateau arménien. Le Coran parle de vagues grosses comme des montagnes[21].
  • Le Coran cite les divinités idolâtres vénérées par le peuple de Noé dans la Sourate qui porte le même nom[22] : Wudd, Soua'â (Souwa'â), Yaghouth, Ya'â'ouq et Nasr.

Personnages similaires [modifier]

Si l'on exclut les traditions orales, le plus ancien récit connu, le mythe de Gilgamesh apparu vers 2300 avant l'ère chrétienne, relate longuement l'histoire d'un déluge décidé par les dieux. Un homme cependant fut épargné par l'un d'eux qui lui indiqua comment construire une embarcation où, le jour venu, il fit monter par couples toutes les espèces animales qu'il fallait sauver. Cet homme porte différents noms selon la tradition qui en rapporte l'épopée : Ziusudra à Sumer, Outa-Napishti ou Atrahasis à Babylone avec de nombreuses variantes.

Certains voient en l'histoire d'un déluge un mythe écrit pour expliquer la découverte de fossiles ayant appartenu à des espèces animales disparues, ou pour indiquer l'origine commune de tous les hommes au-delà de leurs apparentes différences.[réf. nécessaire]

Interprétation psychanalytique [modifier]

Selon les travaux de l'auteur François Dor, le Déluge représenterait inconsciemment le souvenir fœtal de la chute des eaux amniotiques à la naissance, l'Arche, la membrane amniochorionique détachée de l'utérus qui entoure, protège et accompagne le foetus - ici Noé - jusqu'à sa naissance[23].

Notes et références [modifier]

  1. Genèse VI,1-X,32
  2. Genèse X
  3. Samuel Noah Kramer, L'Histoire commence à Sumer
  4. Cf. (en) Wives aboard the Ark.
  5. Genèse V
  6. Genèse IX,20-27
  7. Genèse VI,8
  8. 2 Pierre II,5
  9. Manuscrits de la mer morte, version intégrale, plon éditeur, 2001, page 93 - manuscrit référencé : 1QapGen ; colonne 13
  10. 2 Pierre III,5-7
  11. 2 Pierre II,5,6
  12. Matthieu XXIV,37-39)
  13. Le Coran, « Noé », LXXI, (ar) نوح
  14. Le Coran, « Houd », XI, 27, (ar) هود
  15. Le Coran, « L’Araignée », XXIX, 14, (ar) العنكبوت
  16. Le Coran, « Houd », XI, 36, (ar) هود
  17. Le Coran décrypté - Jacqueline Chabbi - chapitre VI
  18. Le Coran, « Houd », XI, 40, (ar) هود
  19. Le Coran, « Le Bétail », VI, 10, (ar) الأنعام
  20. Le Coran, « Houd », XI, 44-46, (ar) هود
  21. Le Coran, « Le Jour inévitable », LXIX, 11-12, (ar) الحاقة
  22. Le Coran, « Noé », LXXI, 23, (ar) نوح
  23. François Dor, De l'Ancien Monde, Eden House, Thaïlande, 2011 (ISBN 978-2-7466-3357-5).

Articles connexes [modifier]

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