Misandrie

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La misandrie (du grec ancien μῖσος / mîsos (« haine ») et ἀνήρ / anếr (« homme »)) est un trait de caractère qui se manifeste par un sentiment de mépris ou d'hostilité à l'égard des hommes. Il s'agit, comme son équivalent à l'égard des femmes (la misogynie), d'une forme de sexisme.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le terme misanthropie vient du mot grec de même sens misanthrôpia, formé avec le mot grec anthrôpos, qui signifie homme au sens d'être humain (homme ou femme). Les auteurs du néologisme misandrie ont formé ce terme avec le radical (ἀνδρ-) du mot grec signifiant être humain de sexe masculin.

Le dictionnaire d'Oxford situe la naissance du néologisme fin XIXe siècle[1]. Toutefois, pour certains auteurs, misandry ne serait apparu dans les suppléments de l'Oxford English Dictionary qu'à la fin du XXe siècle[2]. En 1909, le Century Dictionary (en) (publié à New York) publie dans un supplément consacré au nouveau vocabulaire la définition suivante : « Misandrie : la haine de l'homme, mauvaise opinion de l'homme, considéré comme injuste et oppresseur envers les femmes[3] ». En France, le Grand Robert en situe l'apparition vers 1970. Il remplace dans ce dictionnaire à cette date le mot androphobie, qui était jusqu'alors utilisé[4],[5]. Pour certains auteurs, ce dernier terme définit désormais la peur des hommes en tant que phobie morbide et non plus le mépris du genre masculin en tant qu'attitude sexiste[6].

Études du concept[modifier | modifier le code]

D'après David Gilmore[7], le terme de "misandrie" serait un équivalent de "misogynie" pour définir la haine des hommes, mais il serait utilisé trop peu couramment pour en être le parfait lemme. Il lui préfère le néologisme "viriphobia" (néologisme hybride, mêlant le mot latin vir et le grec phobos), que Gilmore a lui-même inventé en 1997[7], et qui selon lui serait plus à même d'englober à la fois la haine et la peur de la masculinité hétérosexuelle, telles qu'exposées dans les ouvrages d'Andrea Dworkin, militante féministe radicale, ou des universitaires spécialisés sur les études de genre comme Raewyn Connell ou Miguel Vale de Almeida (en). Les idées d'Andrea Dworkin ont été également qualifiées d'"anti-mâle"[8], notamment par la journaliste conservatrice et libertarienne[9] Cathy Young (en).

Selon Francis Dupuis-Déri, le mot est utilisé dans la rhétorique de la « crise de la masculinité », discours « porteur d’une critique du féminisme et d’un refus de l’égalité entre les sexes. Ce discours sert aussi à justifier la (ré)affirmation d’une masculinité conventionnelle »[10].

Les écrits de Nathanson et Young (une trilogie sur le thème de la misandrie[11] écrite par deux professeurs de sciences des religions de l'université McGill[12]) expriment au contraire l'idée que la misandrie est le produit direct de la volonté de privilégier le point de vue féminin[13]. Cela engendrerait une baisse des interactions entre hommes et femmes dans le domaine social, ce qui deviendrait la norme[14]. Certains s'appuient sur ces écrits pour affirmer qu'à la fin du XXe siècle, la société s'est transformée, et est devenue notamment misandre[15], notamment dans le domaine de la publicité et du cinéma/télévision[16]. En conséquence, la vision des femmes en tant que victimes de violences sexuelles (notamment au cinéma) serait plus misandre que misogyne[17]. Ces écrits ont également influencé une relecture du rôle joué par les hommes dans la fiction[18].

Le sociologue australien Michael Flood (en) a toutefois minimisé le point de vue de Nathanson et Young, en expliquant que la misandrie ne pouvait pas être équivalente à la misogynie, de par l'absence notamment du cadre historique, législatif ou institutionnel de ce dernier[19]. C'est également ce que souligne Gilmore : l'absence de réification justifie l'absence de terme unique définissant le concept[7]. De son côté, Anthony Synnott, professeur de sociologie qui se consacre à l'étude de la masculinité au XXIe siècle, définit le terme en fonction de plusieurs notions, notamment l'histoire et la loi. Pointant la trop invisibilité de cette notion, alors que les comportements associés sont culturellement acceptés, voire normalisés, il estime que la misogynie engendre la misandrie[20]. Il qualifie d'ailleurs les travaux de Nathanson et Young sur ce sujet de « majeurs »[20].

Spécificités[modifier | modifier le code]

Opposition au féminisme[modifier | modifier le code]

La haine des hommes a été souvent invoquée par les opposants au féminisme. Certains[Qui ?] établissent un postulat selon lequel les féministes des années 1950 et 1960, rejetant la domination masculine de leur société, étaient regardées comme haïssant les hommes par ceux qui s'opposaient à leurs idées[21]. Toutefois, aucun terme précis n'était appliqué pour définir cette prétendue haine ; tout au plus les femmes ainsi accusées se retrouvaient donc dotées du qualificatif de "man-hater" dans les pays anglophones[21],[22]. Mais à la fin du XXe siècle, le SCUM Manifesto de Valerie Solanas est qualifié en 1989 de « misandrie éhontée » (unabashed misandry)[23].

L'idée de revanche envers les hommes est également un risque de dérive, qualifiée de misandre, du combat féministe[24], et relevée notamment par Élisabeth Badinter[25]. Des études diverses sur les études de genre, consacrées à la littérature antique grecque[26], au judaïsme[27] ou à la psychanalyse[28] font usage de ce terme depuis lors.

Au XXIe siècle, dans le monde anglophone, le terme "misandry" est dénoncé comme un moyen abusif de discréditer le point de vue féminin lors d'affaires traitant de l'égalité des sexes [29] ; en 2013, la majorité de ceux qui utilisent ce terme étaient des hommes[22]. En revanche, la présidente de Ni putes, ni soumises, Asma Guenifi, a estimé en 2013 que le discours de l'organisation Femen reposait sur la misandrie[30], et d'autres s'inquiètent du fait que le féminisme, tout en cherchant à combattre le sexisme et les stéréotypes, puisse contribuer à en créer de nouvelles formes[16]. Toujours au XXIème siècle, une forme de « misandrie ironique » voit le jour dans les milieux féministes américains, afin de tourner en dérision les accusations de misandrie et cibler le discours anti-féministe[31].

Autres mentions[modifier | modifier le code]

En 1960, l'écrivain Barrington Kaye rapporte ce qu'il nomme "a tradition of misandry" dans le Kwantung : les paysannes, fiancées jeunes et employées dans l'industrie de la sériculture, s'opposeraient au mariage et à la vie conjugale, préférant l'indépendance que leur donne leur travail[32]. Cette particularité locale fut relevée à nouveau par Marjorie Topley en 1978, dans ses articles sur la société cantonaise, sans toutefois qu'elle n'assimile cette résistance au mariage à de la misandrie[33].

Dans un autre ordre d'idée, une étude faite en Irlande et aux États-Unis sur les hommes infirmiers a également fait ressortir notamment des attitudes misandres de la part de leurs formateurs[34].

Ce thème, tout comme la misogynie, est parfois repris dans la littérature de fiction[35], par le cinéma[36] ou par la télévision[37].

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Misandry in Britsh & World Oxford Dictionary, Oxford University Press, 2013.
  2. (en) Kathleen Hall Jamieson, Beyond the Double Bind: Women and Leadership, Oxford University Press,‎ 1995, 283 p. (ISBN 9780195089400, lire en ligne), p. 125.
  3. The Century Dictionary Online, volume XII, p. 814.
  4. Marc-Alain Descamps, « Unir le masculin et le féminin », Imaginaire & Inconscient, L’Esprit du temps,‎ 2003 (DOI 10.3917/imin.010.0019, lire en ligne [PDF])
  5. Misandrie dans le dictionnaire du Centre national de ressources textuelles et lexicales.
  6. Laurent Malterre, La Guerre des sexes, éditions L'Harmattan,‎ 2009 (ISBN 2296076734, lire en ligne).
  7. a, b et c (en) David D. Gilmore, Misogyny: The Male Malady, Université de Pennsylvanie,‎ 2001, 253 p. (ISBN 0812200322, lire en ligne), p. 12.
  8. (en) Cathy Young, "Anti-feminist? Moi?", The Y-Files, 24 novembre 2005, consulté le 9 avril 2013.
  9. (en) Cathy Young, Welcome to the website of writer and journalist Cathy Young", The Y-Files, consulté le 9 avril 2013.
  10. Francis Dupuis-Déri, « Le discours de la « crise de la masculinité » comme refus de l'égalité entre les sexes : histoire d'une rhétorique antiféministe », Cahiers du Genre, L'Harmattan, vol. n° 52, no 1,‎ 1er mai 2012, p. 119-143 (ISBN 9782296965515, ISSN 1298-6046, DOI 10.3917/cdge.052.0119, résumé)
  11. (en) Angela Upchurch, « The Bookshelf - review of Legalizing Misandry », Family Court Review (en), vol. 45, no 4,‎ octobre 2007, p. 657–660 (lire en ligne).
  12. The Second Annual Conference on Male Studies : Looking Forward to Solutions,The Foundation for Male Studies (en), 2011.
  13. Paul Nathanson et Katherine K. Young, Spreading Misandry: Teaching Contempt for Men in Popular Culture, Université McGill/Queen's University,‎ 2001
  14. (en) Jean Bethke Elshtain, Against the male stream - review of Legalizing Misandry, The Times Literary Supplement, 30 mars 2007, consulté le 9 avril 2013.
  15. Gilles Guénette, « Le Mépris des hommes - première partie : la publicité », Le Québécois libre, no 99,‎ 2 mars 2002 (lire en ligne)
  16. a et b Leslie Knight, « Enough With The Male-Bashing », Forbes,‎ 26 avril 2011 (lire en ligne)
  17. Gilles Guénette, « Le Mépris des hommes - seconde partie : le cinéma », Le Québécois libre, no 100,‎ 16 mars 2002 (lire en ligne)
  18. (en) Anthony Synnott, Re-Thinking Men : Heroes, Villains and Victims, Ashgate Publishing, Ltd.,‎ 2009, 297 pages p. (lire en ligne), chap. 4, p. 135 à 167.
  19. (en) Michael Flood, Judith Kargen Gardiner, Bob Pease et Keith Pringle (directeur de collection), International Encyclopedia of Men and Masculinities, New York, Routledge,‎ 2007, 442 p. (ISBN 978-0-415-33343-6, lire en ligne), « Misandry ».
  20. a et b (en) Anthony Synnott, « Why Some People Have Issues With Men: Misandry », Psychology Today,‎ 6 octobre 2010 (lire en ligne)
  21. a et b (en) Jenny Diski, « Oh, Andrea Dworkin », London Review of Books,‎ 6 septembre 2001 (lire en ligne).
  22. a et b (en) Merrill Perlman, « Sex-isms : Gender politics and their words », Columbia Journalism Review,‎ 23 septembre 2013 (lire en ligne)
  23. (en) Alice Echols, Daring to be bad : radical feminism in America, 1967-1975, Minneapolis, University of Minnesota Press,‎ 1989, 416 p. (ISBN 978-0-816-61787-6 et 978-0-816-61786-9, OCLC 302010099), p. 104.
  24. Claire Abrieux et Thibaud Zuppinger, « Féminisme, misogynie et misandrie dans la société contemporaine », sur Implications philosophiques,‎ 21 décembre 2009
  25. Élisabeth Badinter, XY, de l’identité masculine, Odile Jacob,‎ 1992.
  26. (en) Froma I. Zeitlin (de l'université de Princeton), Patterns of Gender in Aeschylean Drama: Seven against Thebes and the Danaid Trilogy, Université de Californie à Berkeley, coll. « Cabinet of the Muses: Rosenmeyer Festschrift, Department of Classics »,‎ 4 janvier 1990 (lire en ligne).
  27. Harry Brod et Tamar Rudavsky (rédacteur), Gender and Judaism: The Transformation of Tradition, Université de New York,‎ 1995, 330 p. (ISBN 0814774520, lire en ligne), chap. 19 (« Of Mices and Supermen : Images of Jewish Masculanity »).
  28. (en) Julie M. Thompson, Mommy Queerest: Contemporary Rhetorics of Lesbian Maternal Identity, Université du Massachusetts, 2002.
  29. (en) Amanda Marcotte, If Only We Could Talk About Abusing Women Like We Do Abusing Cats, Raw Story (en), 25 mars 2013, consulté le 26 mars 2013.
  30. Asma Guenifi, Le discours des Femen repose sur la misandrie, Newsring, 15 mars 2013, consulté le 26 mars 2013.
  31. Amanda Hess, « L'essor de la misandrie ironique », Slate,‎ 17 septembre 2014 (lire en ligne)
  32. (en) Barrington Kaye, Upper Nankin Street Singapore, University of Malaya Press,‎ 1960, 439 p. (lire en ligne), p. 232.
  33. (en) Marjorie Topley et Jean DeBernardi (directeur), Cantonese Society in Hong Kong and Singapore: Gender, Religion, Medicine and Money, Hong Kong University Press,‎ septembre 2010 (lire en ligne), chap. 17 (« Marriage Resistance in Rural Kwangtung »).
  34. (en) Brian Keogh et Chad O'Lynn, « Male Nurses Experiences of Genders Barriers », Nurse Educator (en), Lippincott Williams & Wilkins, vol. 32, no 6,‎ novembre-décembre 2007, p. 256-259 (lire en ligne [PDF]).
  35. Rannveig Yeatman, Jean Levasseur et François-Xavier Eygun, La Misogynie et/ou la misandrie comme sources d'écritures d'expression française, Mount Saint Vincent University Press,‎ 1992 (lire en ligne)
  36. Philippe Roger, « Critique de "Demain on déménage" », Études, t. 400,‎ mai 2004 (lire en ligne).
  37. « Cécile Martely, un bel exemple de misandrie », sur Plus belle la vie,‎ 26 février 2013

Liens externes[modifier | modifier le code]

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