Politiquement correct
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Le politiquement correct (anglicisme de politically correct ou political correctness, souvent noté PC en anglais) désigne, presque toujours[réf. nécessaire] pour la dénoncer, une attitude véhiculée par les politiques et les médias, qui consiste à adoucir excessivement les formulations qui pourraient heurter un public catégoriel. Pour ses détracteurs[Lesquels ?], le politiquement correct met ainsi en place un carcan intellectuel que toute expression d'une opinion doit accepter, imposant en fin de compte d'adopter un ensemble d'idées. Pour l'historien américain Jacques Barzun, « le politiquement correct ne proclame pas la tolérance ; il ne fait qu'organiser la haine. »[1]
L'expression a été adoptée par le français au début des années 1990[réf. nécessaire]. Elle se rapproche des expressions « bien-pensance » ou « conformisme. » Pour Jean Dutourd, il s'agit de tenir pour « bienfaisante, incontestable, irréfutable, et pour tout dire obligatoire, une certaine philosophie politique qui, extérieurement, a l'air d'être le fruit de la morale, de la tolérance, de l'humanitarisme, du progressisme, de l'égalité, de l'esprit démocratique, alors qu'elle n'est en réalité que l'expression la plus autoritaire du conformisme international, lequel, sous couleur d'idéalisme, peut se livrer à un pragmatisme effréné qui ne recule pas à l'occasion devant le crime. »[2]
Sommaire |
Histoire [modifier]
Aux États-Unis [modifier]
Aux États-Unis l'expression Political Correctness a une longue histoire. Au XIXe siècle et longtemps au cours du XXe siècle elle s'appliquait plutôt à désigner la justesse dans des contextes juridiques ou politiques. Les mots « correct » et « correctness » y avaient l'acception de « correction grammaticale » ou de « correct selon les règles du droit », que ce soit le droit civil ou le droit constitutionnel. Ce n'est que tardivement, dans la décennie 1980, qu'il acquit une nouvelle acception, qu'on peut exprimer comme linguistiquement conforme[réf. nécessaire] au regard des mœurs et des opinions courantes.
Dans les pays francophones [modifier]
En français l'expression est apparue récemment, à la toute fin des années 1980, ce qui explique que la seule acception retenue est la plus récente[réf. nécessaire]. Il s'agit d'ailleurs d'un anglicisme, les deux termes n'ayant pas, en français, la même extension qu'en anglais.
Le développement de son usage s'est fait surtout durant la décennie 1990, mais son manque de motivation linguistique (voir ci-après) fait qu'elle n'a jamais eu la même extension d'usage que dans les pays anglophones ; ceci joint au fait que dans beaucoup de pays francophones (à l'exception notable de l'Amérique du Nord) le langage n'est généralement pas un enjeu aussi crucial qu'il peut l'être dans beaucoup de pays anglophones.
Contrairement à ce que disent nombre de contempteurs du politiquement correct des pays francophones d'Europe[Lesquels ?], cette expression n'a jamais été en usage aux États-Unis, parmi les groupes censés être tels, dans une acception positive[réf. nécessaire]. Il semble qu'elle fut en usage à la toute fin de la décennie 1970 et au début de la décennie 1980 dans des groupes libéraux (dans l'acception américaine du terme) ou de gauche, pour tourner en dérision certains excès observés dans leurs propres groupes, mais son utilisation pour qualifier spécifiquement des groupes censés vouloir exercer une certaine police des mœurs et épurer le langage d'expressions et de termes jugés choquants ou dévalorisants fut dès le départ un usage propre à certains conservateurs, en général proches des administrations républicaines de l'époque (administrations Reagan et Bush père), bien que plusieurs aient été plutôt proches du parti démocrate.
Aspects politiques [modifier]
Aux États-Unis, la critique du politiquement correct se trouve dans le discours politique conservateur[réf. nécessaire]. En France la critique est plus diffuse[réf. nécessaire] bien qu'elle vise également des vecteurs politiques et médiatiques : les expressions euphémisantes employées par les hommes politiques et les journalistes des principaux journaux.
Ces expressions euphémisantes visent l'identification des minorités et indirectement la façon de les représenter[réf. nécessaire].
Pour le sociologue Raymond Boudon, « contre l’idée reçue qui tend à imputer le politiquement correct à la tyrannie de la majorité, il résulte en réalité plutôt de la tyrannie des minorités. On le vérifie à ce que, sur bien des sujets, le politiquement correct heurte en réalité l’opinion. Car il est le fait davantage de minorités actives et de groupes d’influence que de l’opinion elle-même. »[3]
Pour cet auteur, le phénomène peut s'expliquer par l'effet Olson qui désigne un mécanisme par lequel une minorité organisée et décidée peut imposer ses vues à un groupe plus large mais désorganisé et au sein duquel chacun fait le calcul implicite que les autres parmi son groupe s'occuperont de résister pour lui[3].
S'il n'y a pas, ou presque pas, de partisans du politiquement correct, il existe en revanche des critiques progressistes du politiquement correct selon lesquelles ce concept ne serait que le cache-sexe d'idées réactionnaires ou racistes.
Pour Jean-Claude Michéa, le politiquement correct témoigne de la « juridification croissante des relations sociales », s'élevant au détriment de la common decency défendue par George Orwell, c'est-à-dire les vertus élémentaires de la vie en société[4].
Aspects linguistiques [modifier]
Problème du sens [modifier]
Le mot « politically » renvoie la fois à « policy », qui signifie politique au sens de doctrine, à la fois « pratique concertée d'un État » (comme dans « politique publique » ou « politique de la terre brûlée »), règles sociales (comme dans « police des mœurs ») et règles formelles ou légales applicables à l'usage d'un certain objet (cf. la partie « policy » des modes d'emploi en anglais), et à « politics » qui équivaut au sens restreint de « politique » du français contemporain, « qui concerne les affaires publiques et le gouvernement ». Inversement, les mots « correct », « correctness » ont, dans leur usage courant, un sens plus restreint et se traduiraient mieux par « exact », « exactitude ».
D'un point de vue linguistique, on peut dire[réf. nécessaire] qu'en français les expressions « politiquement correct » et « correction politique » n'ont pas beaucoup de sens (sinon précisément pour un linguiste), en raison de la restriction d'usage du terme « politique » et l'affaiblissement de sens du terme « police », « policé», qui n'est plus que rarement utilisé comme synonyme de « civilité » en tant que substantif et, comme adjectif ou substantif, figure surtout dans des expressions figées (« police des mœurs », « mœurs policées », « langage policé »). En français contemporain le terme « politiquement » n'est associé, dans son usage courant, qu'à la politique comme instrument de gouvernement.
Cette différence fait que la compréhension de l'expression est très différente pour un anglophone ou un francophone : pour le premier elle désigne généralement une manière de s'exprimer socialement admissible, alors qu'en français elle a plutôt le sens de discours politique normatif et élusif, qu'on nommait auparavant « langue de bois »[réf. nécessaire].
Usages [modifier]
Lors de son acclimatation au français, l'expression visait à pointer les mêmes objets que dans son usage aux États-Unis, c'est-à-dire une certaine « police du langage » et un abus de périphrases euphémisantes. Hors l'Amérique du Nord, on ne constatait toutefois pas une telle police du langage et l'usage de périphrases, d'euphémismes et de litotes n'était l'apanage d'aucun groupe aisément identifiable[réf. nécessaire].
En France notamment[réf. nécessaire], au-delà des orientations politiques, la majeure partie du personnel politique (élus nationaux, dirigeants de partis, gouvernants, membres de cabinets, assistants parlementaires, conseillers politiques) et des hauts fonctionnaires a une formation similaire (ENA, Polytechnique, IEP de Paris) et des parcours très semblables (grands corps de l'État et haute administration, Cour des comptes, Conseil d'État). Aussi, on pouvait difficilement[réf. nécessaire], au début des années 1990, utiliser l'expression « politiquement correct » pour l'usage qu'on en faisait aux États-Unis, c'est-à-dire un instrument de disqualification des groupes antagonistes utilisateurs de ce langage et dénoncés comme « purificateurs linguistiques » et « policiers des mœurs ».
En domaine francophone hors d'Amérique du Nord, l'expression a pris avec le temps une autre acception, devenant donc pratiquement synonyme de « langue de bois » : discours à base de circonlocutions, de périphrases, d'euphémismes et d'expressions figées, selon la technique dénommée communément « noyer le poisson ».
On peut toutefois faire entrer dans la catégorie du « politiquement correct » l'usage devenu quasiment obligatoire de termes tels que « handicapé » ; « non-voyant » ; « RMiste », etc., au lieu de vieux termes français qui n'avaient rien de particulièrement stigmatisant comme « infirme » ou « invalide » ; « aveugle » ; « nécessiteux » ou « pauvre », etc.
Applications de l'expression [modifier]
Au XXIe siècle, l'expression est devenue d'usage beaucoup plus courant[réf. nécessaire], mais avec des différences selon les pays. Pour prendre les quatre principaux pays francophones :
- en Belgique et en France, l'absence[réf. nécessaire] à la fois de groupes politiques et idéologiques d'orientation libérale ou conservatrice qui soient organisés et importants, et d'organisations ou de groupes de pression tendant à promouvoir la « correction politique » qui aient une base sociale, politique ou universitaire forte, fait que dans ces deux pays son usage comme instrument politique de dénigrement de groupes adverses reste assez marginal et d'une faible efficacité[réf. nécessaire] ; son usage le plus courant y est plutôt une mise en cause de certaines élites et la dénonciation d'une tendance, réelle ou supposée, des administrations à jargonner, à abuser d'un langage hermétique et creux[réf. nécessaire] ;
- au Canada, la proximité culturelle avec les États-Unis, une structure des groupes politiques voisine, font que l'usage et la fonction de l'expression correspond beaucoup à l'emploi qu'on en fait aux États-Unis, tenant compte, pour le Québec, des différences d'acception tenant à la langue évoquées supra ;
- la Suisse enfin est dans une situation intermédiaire : si l'on y trouve des groupes politiques d'orientation libérale ou conservatrice plus structurés qu'en France et en Belgique, on n'y voit pas, en revanche, de tendance à la « correction politique », ce qui fait que l'usage de dénigrement politique y est plus répandu, mais que ce discours n'a pas de cible clairement identifiable.
L'expression au Québec [modifier]
Dans cette province, l'usage préfère l'expression « rectitude politique », qui est plus « linguistiquement correcte », puisqu'il s'agit d'une équivalence et non d'une simple transposition mot-à-mot[réf. nécessaire].
Notes et références [modifier]
- Jacques Barzun : "Political correctness does not legislate tolerance; it only organizes hatred"
- L'esprit de contradiction, fondement de la vertu, Jean Dutourd, discours académique, 5 déc. 1996
- Que signifie donner le pouvoir au peuple ? , Raymond Boudon, conférence du 29 sept 2010
- compte-rendu de conférence avec JC Michéa, revue du Mauss, 16/02/2008
Voir aussi [modifier]
Bibliographie [modifier]
- Georges Lebouc : Parlez-vous le politiquement correct ? (Bruxelles, Racine, 2007).
- Philippe Mangeot, « Bonnes conduites ? Petite histoire du “politiquement correct” », Vacarme n° 1, hiver 1997 [lire en ligne]
Articles connexes [modifier]
- Bien-pensance
- Pensée unique
- Terrorisme intellectuel
- Political correctness sur Wikipédia anglophone, dans le contexte des États-Unis.