Attentat de la rue Copernic

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Attentat de la rue Copernic
Image illustrative de l'article Attentat de la rue Copernic
La synagogue de la rue Copernic

Localisation rue Copernic, Paris
Cible synagogue de l'Union libérale israélite de France
Coordonnées 48° 52′ N 2° 17′ E / 48.8692, 2.288848° 52′ Nord 2° 17′ Est / 48.8692, 2.2888  
Date 3 octobre 1980
18h38
Type attentat à la bombe
Arme pentrite
Morts 4
Blessés quarantaine
Auteurs présumés Hassan Diab

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Attentat de la rue Copernic

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Attentat de la rue Copernic

L’attentat de la rue Copernic est un attentat à la bombe dirigé contre la synagogue de l'Union libérale israélite de France et qui a été perpétré à Paris le vendredi 3 octobre 1980, soir du shabbat et jour de la fête juive de Sim'hat Torah amenant un grand nombre de fidèles dans ce temple. C'est le premier attentat contre les juifs en France depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale[1]. L'auteur présumé serait Hassan Diab, un Libano-Canadien d'origine palestinienne, membre du Front populaire de libération de la Palestine, mis en examen en France le 15 novembre 2014 pour assassinats.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Cet attentat antisémite à la bombe du 3 octobre 1980, à 18h38, dirigé contre la synagogue de l'Union libérale israélite de France, rue Copernic à Paris, fait quatre morts et une quarante-six blessés[2]. La verrière de la synagogue s'effondre sur les fidèles, une des portes est soufflée. Des voitures dans la rue sont projetées sur la chaussée, les devantures de magasin sont soufflées sur 150 mètres[3].

Philippe Bouissou (22 ans) qui passait en moto est tué sur le coup. Aliza Shagrir (42 ans), présentatrice de télévision israélienne en vacances en France, est également tuée sur le coup alors qu'elle marchait sur le trottoir, tout comme Jean Michel Barbé, chauffeur d'une famille qui fréquente la synagogue. Hilario Lopes-Fernandez, le concierge portugais de l'hôtel Victor Hugo, situé presque en face du temple, est grièvement blessé et décède deux jours plus tard[4].

La plaque commémorative apposée sur la façade indique : « À la mémoire de Jean Michel Barbé, Philippe Bouissou, Hilario Lopez Fernandez, Aliza Shagrir tués lors de l'odieux attentat perpétré contre cette synagogue le 3 octobre 1980 ».

L'explosif d'une dizaine de kilos de pentrite[5], dans les sacoches d'une moto Suzuki TS 125 bleue garée à une dizaine de mètres de la synagogue, aurait pu causer encore davantage de victimes s'il avait fonctionné quelques instants plus tard à la sortie des fidèles : en cette veille de shabbat, la synagogue était pleine de 300 personnes venues fêter les Bar Mitzvah de trois garçons et Bat Mitsva de deux jeunes filles. Le rabbin Michael Williams avait alors pris du retard dans la cérémonie[6].

Le lendemain, une manifestation spontanée de plusieurs milliers de personnes se tient devant la synagogue, puis part sur les Champs-Élysées, tandis que d'autres manifestations de protestation ont lieu dans des villes de province. Le 7 octobre 1980, une manifestation voit défiler 200 000 personnes entre Nation et République. Plusieurs députés s'y joignent, tous partis confondus[7].

Le premier ministre, Raymond Barre, choque le 3 octobre en déclarant sur TF1 : « Cet attentat odieux voulait frapper les Israélites qui se rendaient à la synagogue et qui a frappé des Français innocents qui traversaient la rue Copernic », lapsus que ses propos du 8 octobre à l'Assemblée nationale, assurant ses « compatriotes juifs » de la « sympathie de l'ensemble de la nation », n'effaceront pas des mémoires. Peu avant sa mort en août 2007, Raymond Barre a imputé cette campagne de protestations au « lobby juif »[8].

Pistes d'extrême droite et utilisation politique[modifier | modifier le code]

Moins d'une heure après l'attentat, un correspondant anonyme téléphone à l'Agence France-Presse pour revendiquer l'attentat au nom des Faisceaux nationalistes révolutionnaires, un groupuscule d'extrême droite, reconstitution de la Fédération d'action nationale et européenne (FANE), organisation dissoute par le gouvernement le 3 septembre[9]. Les défilés prennent prioritairement pour cible le gouvernement de droite alors au pouvoir. Le samedi 4 octobre, le Comité de liaison des étudiants sionistes socialistes (CLESS) organise un défilé aux cris de « Bonnet, Giscard, complices des assassins ! »[10]

La police comme la DST ont cependant très tôt la certitude que la FANE n’est pas en mesure d’avoir commis l’attentat et privilégient la piste moyen-orientale. En novembre une note de la police criminelle allemande transmise à Paris, précise que l’attentat a été commis par un commando de cinq personnes venues du Liban.

Le commissaire de police Jean-Pierre Pochon décrit dans son livre[11] les pressions exercées par le nouveau pouvoir politique socialiste pour diriger l'enquête vers les milieux d'extrême droite au détriment de la piste moyen-orientale.

Un an après l'attentat, Jean-Yves Pellay, responsable du Service d’Ordre de la F.A.N.E. reconnaît être l'auteur de l'appel anonyme à l'Agence France-Presse et avoue être en fait un militant sioniste qui a infiltré cette structure[12]. Il déclare au journal le Matin: « On m'a demandé d'infiltrer la FANE. »[13]

Enquête[modifier | modifier le code]

Les auteurs de l'attentat n'ont jamais été retrouvés. La police a pu établir un portrait-robot du poseur de bombe : un homme moustachu, de type arabe, d'une taille d'environ 1,70 m[14]. Cet homme muni d'un passeport jordanien, s'était doté, lors d'une escale à Chypre, d'un permis de conduire et d'un faux passeport chypriote au nom d'Alexander Panadriyu et avait acheté à ce nom la moto utilisée pour l'attentat[5].

En 2007, alors que le juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière en disponibilité a confié le dossier à son collègue Marc Trévidic, ce dernier délivre une commission rogatoire internationale aux États-Unis pour un suspect du nom d'Hassan Diab ayant vécu aux États-Unis et au Canada. Chef présumé du commando, il a été identifié grâce aux archives du FPLP-OS transmises par l'Allemagne à la France et à l'enquête sur la Suzuki qui conduit jusqu'au magasin du vendeur Moto Shopping Etoile, situé sur l'avenue de la Grande Armée, dont le concessionnaire offre un portrait détaillé de l'acheteur, un certain Alexandre Panadriyu, domicilié au Celtic Hôtel. Ce suspect d'origine palestinienne, âgé de 55 ans en 2007, posséderait la double nationalité libanaise et canadienne. Le 8 octobre 1981, à l'aéroport de Rome Fiumicino, la police de l'air et des frontières italienne arrête un groupe de Palestiniens en provenance de Beyrouth et transmet à la justice française un passeport utilisé par Hassan Diab et dont la photo ressemblerait au portrait-robot[15].

Hassan Diab, professeur de sociologie à Ottawa, diplômé de sociologie de l'Université de Syracuse (États-Unis), a été arrêté le 13 novembre 2008 à Gatineau, dans la province du Québec dans le cadre d'un mandat d'arrêt international délivré le 5 novembre 2008 par deux juges antiterroristes parisiens Marc Trévidic et Yves Jannier[1]. Il est soupçonné d'avoir confectionné et posé la bombe de l'attentat de la rue Copernic ainsi que d'avoir participé à l'attentat qui a visé en octobre 1980 la bourse du diamant d'Anvers[16]. Les charges contre lui reposent sur : le portrait-robot établi grâce à une prostituée avec laquelle il a passé la nuit ; une analyse graphologique soulignant que l'écriture de Hassan Diab est similaire à celle d'une fiche d'hôtel[17] ; son vrai passeport retrouvé à Rome sur le neveu de Selim Abou Salem (dirigeant de l’organisation terroriste FPLP-OS), qui montre qu’il est entré en France le 20 septembre et reparti le 7 octobre 1980, comme le commando[1]. La procédure d'extradition lancée par la France est contestée car les procédures d'extradition entre les deux pays ne sont pas réciproques, et que, selon l'avocat de Diab, la France ne semble pas détenir de preuves suffisantes pour engager un procès contre son client[18]. Remis en liberté fin mars 2009 sous de très strictes conditions, Hassan Diab doit notamment porter un bracelet électronique. Le tribunal autorise son extradition en juin 2011 et le ministre de la justice canadien Rob Nicholson signe son ordre d'extradition le 4 avril 2012[5]. Hassan Diab a fait appel de cette décision[19]. La Cour suprême du Canada refuse le 12 novembre 2014 la demande d'autorisation d'appel, ouvrant la voie à sa remise aux autorités françaises[20]. Remis aux autorités françaises, il arrive en France le 15 novembre et est mis en examen pour « assassinats », « tentatives d'assassinats » et « destruction de biens par l'effet d'une substance explosive ou incendiaire commise en bande organisée »[21] [22].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Annette Lévy-Willard, « La rue Copernic attend l’extradition », sur Libération,‎ 30 septembre 2013
  2. Chichizola et Deguine 2009, p. 21.
  3. Chichizola et Deguine 2009, p. 22.
  4. Chichizola et Deguine 2009, p. 23-25.
  5. a, b et c « Attentat de la rue Copernic : Ottawa ordonne l'extradition d'un suspect vers Paris », sur Le Monde.fr,‎ 6 avril 2012
  6. Chichizola et Deguine 2009, p. 19.
  7. Chichizola et Deguine 2009, p. 52.
  8. 20 Minutes, « Raymond Barre se dit victime «du lobby juif »,‎ 2 mars 2007 (consulté le 18 octobre 2009)
  9. Chichizola et Deguine 2009, p. 70.
  10. Chichizola et Deguine 2009, p. 30.
  11. Jean-Pierre Pochon, Les Stores rouges, au cœur de l’infiltration d’Action directe, Éditions des Équateurs, 2008.
  12. « La Subversion de l’extrême droite radicale face à l’État durant la Ve République », Nicolas Lebourg, 30 mai 2010.
  13. Le Matin, 28 novembre 1980.
  14. France Info, « Attentats de la rue Copernic : le suspect « victime d’homonymie » ? »,‎ 24 octobre 2007 (consulté le 8 septembre 2009)
  15. Chichizola et Deguine 2009, p. 199.
  16. « Attentat de la rue Copernic : le poseur de bombe présumé interpelé au Canada », L'Express, 13 novembre 2008.
  17. Julie Brafman, « Le suspect de l'attentat de la rue Copernic bientôt extradé », sur L'Express,‎ 6 juin 2011
  18. [1], Ottawa Citizen, 6 avril 2012.
  19. Jean Chichizola, « Attentat de la rue Copernic : l'extradition du terroriste présumé attendue depuis 5 ans », sur Le Figaro,‎ 2 octobre 2013
  20. http://www.lepoint.fr/societe/attentat-de-la-rue-copernic-le-suspect-va-etre-extrade-vers-la-france-13-11-2014-1880904_23.php
  21. Anne Pelouas, « Attentat de la rue Copernic : Hassan Diab est arrivé en France », sur Le Monde,‎ 15 novembre 2014
  22. Attentat de la rue Copernic: l'auteur présumé écroué 34 ans après sur L'Express, 15 novembre 2014

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Rue Copernic, histoire d'un attentat, film documentaire de Laurent Jaoui, France, 2010, 65'

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Chichizola et Hervé Deguine, L'affaire Copernic. Les secrets d'un attentat antisémite, Mille et une Nuits,‎ 2009, 234 p.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]