Attentat de la rue Copernic

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Attentat de la rue Copernic
Image illustrative de l'article Attentat de la rue Copernic
La synagogue de la rue Copernic

Localisation rue Copernic, Paris
Cible synagogue de l'Union libérale israélite de France
Coordonnées 48° 52′ N 2° 17′ E / 48.8692, 2.288848° 52′ Nord 2° 17′ Est / 48.8692, 2.2888  
Date 3 octobre 1980
18h38
Type attentat à la bombe
Arme(s) pentrite
Mort(s) 4
Blessé(s) quarantaine
Auteur(s) présumé(s) Hassan Diab

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Attentat de la rue Copernic

Géolocalisation sur la carte : Paris

(Voir situation sur carte : Paris)
Attentat de la rue Copernic

L'attentat de la rue Copernic fut perpétré à Paris le vendredi 3 octobre 1980, soir du shabbat, alors qu'était célébrée la fête juive de Sim'hat Torah amenant un grand nombre de fidèles.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Cet attentat antisémite à la bombe du 3 octobre 1980, à 18h38, dirigé contre la synagogue de l'Union libérale israélite de France, rue Copernic à Paris, fait quatre morts et une quarantaine de blessés[1].

La plaque commémorative apposée sur la façade indique : « À la mémoire de Jean Michel Barbé, Philippe Bouissou, Hilario Lopez Fernandez, Aliza Shagrir tués lors de l'odieux attentat perpétré contre cette synagogue le 3 octobre 1980 ».

L'explosif d'une dizaine de kilos de pentrite[2], dans une sacoche de moto, aurait pu causer encore davantage de victimes s'il avait fonctionné quelques instants plus tard : en cette veille de shabbat, la synagogue était pleine.

Le lendemain, une manifestation spontanée de plusieurs milliers de personnes se tient devant la synagogue, puis part sur les Champs-Élysées. Tandis que d'autres manifestations de protestation ont lieu dans des villes de province. Le 7 octobre 1980, une manifestation voit défiler 200 000 personnes entre Nation et République. Plusieurs députés s'y joignent, tous partis confondus.

Le premier ministre, Raymond Barre, choque le 3 octobre en déclarant sur TF1 : « Cet attentat odieux voulait frapper les Israélites qui se rendaient à la synagogue et qui a frappé des Français innocents qui traversaient la rue Copernic », lapsus que ses propos du 8 octobre à l'Assemblée nationale, assurant ses « compatriotes juifs » de la « sympathie de l'ensemble de la nation », n'effaceront pas des mémoires. Peu avant sa mort en août 2007, Raymond Barre a imputé cette campagne de protestations au « lobby juif »[3].

Pistes d'extrême droite et utilisation politique[modifier | modifier le code]

Moins d'une heure après l'attentat, un correspondant anonyme téléphone à l'Agence France-Presse pour revendiquer l'attentat au nom des Faisceaux nationalistes révolutionnaires, un groupuscule d'extrême droite, reconstitution de la Fédération d'action nationale et européenne (FANE), organisation dissoute par le gouvernement le 3 septembre. Les défilés prennent prioritairement pour cible le gouvernement de droite alors au pouvoir. Le samedi 4 octobre, le Comité de liaison des étudiants sionistes socialistes (CLESS) organise un défilé aux cris de « Bonnet, Giscard, complices des assassins ! »

La police comme la DST ont cependant très tôt la certitude que la FANE n’est pas en mesure d’avoir commis l’attentat et privilégient la piste moyen-orientale. En novembre une note de la police criminelle allemande transmise à Paris, précise que l’attentat a été commis par un commando de cinq personnes venues du Liban.

Le commissaire de police Jean-Pierre Pochon décrit dans son livre[4] les pressions exercées par le nouveau pouvoir politique socialiste pour diriger l'enquête vers les milieux d'extrême droite au détriment de la piste moyen-orientale.

Un an après l'attentat, Jean-Yves Pellay, responsable du Service d’Ordre de la F.A.N.E. reconnaît être l'auteur de l'appel anonyme à l'Agence France-Presse et avoue être en fait un militant sioniste qui a infiltré cette structure[5]. Il déclare au journal le Matin: « On m'a demandé d'infiltrer la FANE. »[6]

Enquête[modifier | modifier le code]

Les auteurs de l'attentat n'ont jamais été retrouvés. La police a pu établir un portrait-robot du poseur de bombe : un homme moustachu, de type arabe, d'une taille d'environ 1,70 m[7]. Cet homme utilisait un passeport chypriote au nom d'Alexander Panadriyu et avait acheté la moto utilisée pour l'attentat à ce nom[2].

En 2007, le juge d'instruction Marc Trévidic a délivré une commission rogatoire internationale aux États-Unis pour un suspect palestinien ayant vécu aux États-Unis et au Canada. Chef présumé du commando, il a été identifié grâce aux archives du FPLP-OS, hostile à Yasser Arafat et au Fatah, transmises par l'Allemagne à la France. Ce suspect d'origine palestinienne, âgé de 55 ans en 2007, possèderait la double nationalité libanaise et canadienne. La justice française a également obtenu de l'Italie un passeport utilisé par cet homme dont la photo ressemblerait au portrait-robot.

Hassan Diab, professeur de sociologie à Ottawa, diplômé de sociologie de l'Université de Syracuse (États-Unis), a été arrêté le 13 novembre 2008 à Gatineau, dans la province du Québec dans le cadre d'un mandat d'arrêt international délivré début novembre 2008 par deux juges parisiens. Il est soupçonné d'avoir confectionné et posé la bombe de l'attentat de la rue Copernic ainsi que d'avoir participé à l'attentat qui a visé en octobre 1980 la bourse du diamant d'Anvers[8]. Les charges contre lui reposent sur le portrait-robot établi grâce à une prostituée avec laquelle il a passé la nuit et une analyse graphologique soulignant que l'écriture de Hassan Diab est similaire à celle d'une fiche d'hôtel[9]. La procédure d'extradition lancée par la France est contestée car les procédures d'extradition entre les deux pays ne sont pas réciproques, et que, selon l'avocat de Diab, la France ne semble pas détenir de preuves suffisantes pour engager un procès contre son client[10]. Remis en liberté fin mars 2009 sous de très strictes conditions, Hassan Diab doit notamment porter un bracelet électronique. Le tribunal autorise son extradition en juin 2011 et le ministre de la justice canadien Rob Nicholson signe son ordre d'extradition le 4 avril 2012[2]. Hassan Diab a fait appel de cette décision[11].

Sources et références[modifier | modifier le code]

  1. « Il y a trente ans, l'attentat de la rue Copernic », sur Le Parisien,‎ 2 octobre 2010
  2. a, b et c « Attentat de la rue Copernic : Ottawa ordonne l'extradition d'un suspect vers Paris », sur Le Monde.fr,‎ 6 avril 2012
  3. 20 Minutes, « Raymond Barre se dit victime «du lobby juif »,‎ 2 mars 2007 (consulté le 18 octobre 2009)
  4. Jean-Pierre Pochon, Les Stores rouges, au cœur de l’infiltration d’Action directe, Éditions des Équateurs, 2008.
  5. « La Subversion de l’extrême droite radicale face à l’État durant la Ve République », Nicolas Lebourg, 30 mai 2010.
  6. Le Matin, 28 novembre 1980.
  7. France Info, « Attentats de la rue Copernic : le suspect « victime d’homonymie » ? »,‎ 24 octobre 2007 (consulté le 8 septembre 2009)
  8. « Attentat de la rue Copernic : le poseur de bombe présumé interpelé au Canada », L'Express, 13 novembre 2008.
  9. Julie Brafman, « Le suspect de l'attentat de la rue Copernic bientôt extradé », sur L'Express,‎ 6 juin 2011
  10. [1], Ottawa Citizen, 6 avril 2012.
  11. Jean Chichizola, « Attentat de la rue Copernic : l'extradition du terroriste présumé attendue depuis 5 ans », sur Le Figaro,‎ 2 octobre 2013

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Rue Copernic, histoire d'un attentat, film documentaire de Laurent Jaoui, France, 2010, 65'

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • L'affaire Copernic. Les secrets d'un attentat antisémite, Jean Chichizola et Hervé Deguine, éditeur : Mille et une Nuits (29 avril 2009)