Nouveau chrétien

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L'expression de nouveau chrétien (cristiano nuevo en espagnol, cristão novo en portugais) est employée pour désigner les juifs et les musulmans convertis au catholicisme, le plus souvent sous la contrainte, dans la Péninsule Ibérique aux XIVe siècle et XVe siècle. Le terme s'entend par opposition au « vieux chrétien », dont aucun ascendant n'est censé avoir embrassé la religion juive ou musulmane.

Espagne[modifier | modifier le code]

En Espagne, on les désignait le plus souvent sous le nom de « conversos » (convertis) ou, de manière plus familière et péjorative, de marranes (« marranos » signifiant « porcs » en espagnol et faisant référence à l'interdiction de manger cet animal pour les pratiquants du judaïsme et de l'islam, même si ce terme était en pratique réservé aux juifs convertis, les musulmans convertis étant généralement désignés sous le nom de Morisques).

Cette distinction discriminatoire structura les sociétés ibériques dès lors que de nombreuses institutions exigèrent, à partir de 1449, que leurs membres démontrent leur « pureté de sang » (« limpieza de sangre », en espagnol), c'est-à-dire leur qualité de « vieux chrétiens ». La légalité de ces exigences fut reconnue par l'État espagnol, même s'il ne demanda jamais pour lui-même une telle démonstration : les décrets de pureté de sang relèvent du droit privé, ils ne furent jamais étendu comme un loi générale s'appliquant à tous les individus et toutes les institutions relevant de l'État espagnol.

Les conversos nourriront les rangs des Alumbrados[1] - illuminisme chrétien d'Espagne qui sera bientôt inquiété pour hérésie - et plusieurs descendant de juifs convertis deviendront des personnalités notables du catholicisme espagnol comme Thérèse d'Avila et Jean de la Croix, parmi d'autres mystiques, ou comme Luis de León[2].

Portugal[modifier | modifier le code]

Au Portugal, c'est l'expression cristãos novos qui a prévalu sur celle de conversos ou marranos. Elle a essentiellement désigné des juifs convertis.

La plupart des nouveaux chrétiens portugais sont d'origine castillane : on estime qu'environ 100 000 juifs de Castille[3] se réfugièrent au Portugal après le décret d'expulsion de 1492, venant ainsi rejoindre les juifs déjà présents dans le pays. La proportion de juifs dans la population s'avéra alors particulièrement importante (au moins 10 %) puisque le royaume de Portugal ne comptait alors guère plus d'un million d'habitants.

Dès 1496-1497, la politique royale du Portugal dut s'aligner sur celle de l'Espagne. Le roi donna aux juifs le choix entre le baptême ou l'exil mais la plupart furent contraints au baptême. Le nombre de nouveaux convertis crut alors massivement au Portugal. Beaucoup se convertirent en surface mais continuèrent à pratiquer le judaïsme en secret.[réf. nécessaire]

De nombreux juifs hispano-portugais fuirent vers le Maroc voisin, la France (Bordeaux et Bayonne), l'Italie, l'Empire ottoman ou les villes du nord-ouest de l'Europe avec lequel les relations commerciales portugaises étaient actives. Dans ces villes (Anvers, Amsterdam, Hambourg, Londres) se constituent aux XVIe siècle et XVIIe siècle siècles de grandes communautés séfarades. Baruch Spinoza, issu d'une famille de nouveaux chrétiens réfugiés en Hollande deux générations plus tôt et retournés à la religion juive, faisait ainsi partie de la communauté juive portugaise d'Amsterdam. On retrouve également des implantations marranes aux Antilles (Jamaïque, Curaçao, etc.), au Surinam et dans les colonies d'Amérique du Nord (New York, Newport, Savannah, Charleston).

Au Portugal, entre le XVIe siècle et le XXe siècle, beaucoup de nouveaux chrétiens conservèrent leurs rites juifs dans la clandestinité. Toutefois, sans contact avec le reste de la communauté juive et privés de rabbinat, leurs pratiques religieuses mêlaient éléments juifs et catholiques et leur calendrier se christianisa. Ce fut le cas des communautés des bourgades du nord-est du pays, particulièrement nombreuses dans les régions de Castelo Branco (Belmonte, Covilhã, Fundão, Idanha, Penamacor, etc.) ou de Bragance (Miranda do Douro, Vimioso, etc.). Localement connues sous le nom de judeus (juifs), elles ont subsisté jusqu'à la fin du XXe siècle. Elles ont aujourd'hui quasiment disparu à la suite de l'émigration et de l'exode rural massif qui ont dépeuplé ces régions.[réf. nécessaire]

À la suite de sa découverte officielle, une tentative de rejudaïsation de la communauté de Belmonte a eu lieu. Elle a rencontré un écho auprès des plus jeunes mais a échoué auprès des personnes plus âgées, attachées à la tradition syncrétique crypto-juive forgée dans la clandestinité.[réf. nécessaire]

Certaines spécialités culinaires du nord-est du Portugal auraient, selon la légende, une origine crypto-juive. Ainsi, les alheiras et farinheiras, saucisses à base de viande de volaille ou de gibier additionnée de farine ou de mie de pain, semblent élaborées comme les saucisses de viande de porc. Elles ont permis de conserver des coutumes kasher tout en feignant de suivre les usages chrétiens de confection et de consommation de charcuterie.[réf. nécessaire]

Brésil[modifier | modifier le code]

L'émigration des nouveaux chrétiens portugais est à l'origine des marranes du Nord-Est du Brésil qui, contraints au secret, ne sortirent de l'ombre que dans le courant des années 1980.[réf. nécessaire]


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. article le Siècle d'or espagnol, in encyclopédie Larousse en ligne, 2008 article en ligne
  2. Julia Kristeva, interview à propos de son ouvrage Thérèse, mon Amour, in Le Nouvel Observateur, 22/05/08, interview en ligne
  3. Voir par exemple Cecil Roth, Histoire des Marranes, cf bibliographie

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Yves Chevalier, Inquisition, juifs et nouveaux-chrétiens au Brésil. Le Nordeste, XVIIe et XVIIIe siècle, éd. Leuven University Press, 2003; recension en ligne
  • Bartolomé Bennassar (dir.), L'Inquisition espagnole, XVIIe ‑ XIXe siècle, éd. Hachette, coll. Pluriel/Histoire, 2001
  • Mario Javier Saban, "Judíos conversos", Buenos Aires, Sudamericana, 2007.
  • Yosef Hayim Yerushalmi, Sefardica : Essais sur l’histoire des juifs, des marranes & des nouveaux-chrétiens d’origine hispano-portugaise, éd. Chandeigne, 1998; recension en ligne
  • (en) Norman Roth, Conversos, Inquisition and the Expulsion of the Jews from Spain, éd. The University of Wisconsin Press, 1995

Articles connexes[modifier | modifier le code]