Pierre-Joseph Proudhon

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Pierre-Joseph Proudhon

Philosophe français

XIXe siècle

Description de l'image  Pierre-Joseph Proudhon.jpg.
Naissance
Besançon, France
Décès
Paris, France
Nationalité Drapeau de la France France
École/tradition Anarchisme socialiste, Socialisme
Principaux intérêts Politique, économie, histoire
Idées remarquables Anarchie, Mutuellisme
Œuvres principales Qu'est-ce que la propriété ?
Influencé par Hegel, Saint-Simon, Max Stirner, Fourier, Marx, Rousseau, Owen, Cousin, Blanc, Cicéron, Grotius
A influencé Marx, Bakounine, Joseph Déjacque, Kropotkine, Georges Sorel, Benjamin Tucker, Tolstoï, Émile Durkheim, Emma Goldman
Citation « La propriété, c'est le vol ! »
Adjectifs dérivés proudhonien, proudhonienne

Pierre-Joseph Proudhon (né le à Besançon[1] dans le Doubs, mort le à Paris, en France) est un polémiste, journaliste, économiste, philosophe et sociologue français. Il fut le premier à se qualifier d'anarchiste. Il a rendu célèbre la formule « La propriété, c’est le vol »[2] qui figure dans son mémoire Qu'est-ce que la propriété ? ou Recherche sur le principe du Droit et du Gouvernement, son premier ouvrage majeur, publié en 1840.

Au sein de l’Association internationale des travailleurs (première Internationale), il y eut une scission entre les anarchistes proches de Bakounine et ceux qui étaient proches des idées de Proudhon. Les mutualistes proudhoniens pensaient que la propriété collective était indésirable et que la révolution sociale pouvait être atteinte pacifiquement.

Proudhon donna dans son Système des contradictions économiques, publié en 1846, une explication de la société fondée sur l’existence de réalités contradictoires. Ainsi la propriété manifeste l’inégalité mais est l'objet même de la liberté ; le machinisme accroît la productivité mais détruit l’artisanat et soumet le salarié ; in fine la liberté elle-même est à la fois indispensable mais cause de l'inégalité.

Dans son livre Les Confessions d’un révolutionnaire pour servir à l’histoire de la révolution de février, Proudhon écrit entre autres choses la phrase « L’anarchie c’est l’ordre sans le pouvoir ». Il tenta de créer une banque nationale pratiquant des prêts sans intérêts, similaire d’une certaine façon aux mutuelles d’aujourd'hui.

Biographie[modifier | modifier le code]

Premières années[modifier | modifier le code]

Maison natale de Proudhon à Besançon.

Proudhon est né à Besançon (dans une maison de la rue du Petit-Battant), d’un père garçon brasseur et d’une mère cuisinière. Enfant, il garde les vaches et mène une vie simple. Cependant, il est un brillant élève ; à dix ans, il est admis au collège royal de Besançon, bien que sa famille soit si pauvre qu'elle ne pouvait lui fournir les livres nécessaires à ses études, qu'il devait emprunter à ses camarades. À dix-neuf ans, il devient typographe et corrige des œuvres ecclésiastiques, ce qui lui permet d’apprendre l’hébreu, de se perfectionner en grec et en latin, et d'acquérir une bonne connaissance de la théologie. C'est son Essai de grammaire générale qui manifeste pour la première fois son audace intellectuelle, malgré le manque patent de connaissances philosophiques. En 1838, il obtient la pension Suard, décernée par l’Académie de Besançon : une bourse de 1 500 francs par an pendant trois ans pour l'encouragement des jeunes hommes prometteurs. Pendant quelque temps, Proudhon gère une petite imprimerie à Besançon, mais sans succès. En 1842, il devient chef du contentieux et du service financier dans une entreprise de transport par voie d’eau, détenue par des amis lyonnais. Le 8 janvier 1847, il est initié franc-maçon à la Loge Sincérité, Parfaite Union et Constante Amitié de Besançon[3]. La même année, il quitte son emploi et s'installe finalement à Paris.

Intérêt pour la politique[modifier | modifier le code]

En 1839, il écrit L'Utilité de la célébration du dimanche, un traité qui contient les germes de ses idées révolutionnaires. À peu près à cette époque, il part pour Paris. Il y mène une vie pauvre, ascétique, studieuse et découvre les idées socialistes. En 1840, il publie sa première œuvre Qu'est-ce que la propriété ?. Sa réponse « la propriété, c'est le vol »[4], ne plaît guère à l'académie de Besançon, qui hésite un temps à lui retirer sa pension. Pour son troisième mémoire sur la propriété, qui prend la forme d'une lettre adressée au fouriériste Victor Considerant, il est jugé à Besançon mais est acquitté. En 1846, il publie son œuvre maîtresse, le Système des contradictions économiques ou Philosophie de la misère.

Proudhon et la révolution de 1848[modifier | modifier le code]

Pierre-Joseph Proudhon
Fonctions
Parlementaire français
Député
Gouvernement IIe République
Groupe politique Gauche[5]
Biographie
Date de naissance
Date de décès
Résidence Seine

Proudhon est surpris par la révolte parisienne de février 1848. Il participe au soulèvement et à la composition de ce qu'il nomme « la première proclamation républicaine » de la nouvelle république. Mais il avait des doutes à propos du nouveau gouvernement, parce que celui-ci poursuivait une réforme politique aux dépens d'une réforme socio-économique que Proudhon tenait pour fondamentale.

Proudhon sous la Deuxième République[modifier | modifier le code]

Proudhon à l'assemblée nationale en 1848.

Pendant la Deuxième République, Proudhon développe ses activités de journaliste. Avec l'aide de son secrétaire Alfred Darimon, il est impliqué dans quatre journaux différents : Le Représentant du Peuple (février 1848 - août 1848), qu'il publie et dont il tire la notoriété qui le fera élire ; Le Peuple (septembre 1848 - juin 1849) ; La Voix du Peuple (septembre 1849 - mai 1850) ; Le Peuple de 1850 (juin 1850 - octobre 1850). Ces journaux sont tous condamnés et supprimés successivement. Il s’illustre par son style polémique, combatif, ses incessantes critiques des politiques du gouvernement et sa campagne en faveur d’une réforme du crédit.

Parallèlement, il publie Solution du problème social, dans lequel il présente un programme de coopération financière mutuelle entre travailleurs. Il pensait ainsi transférer le contrôle des relations économiques depuis les capitalistes et financiers vers les travailleurs. Son projet s'appuie sur l'établissement d'une « banque d'échange » qui accorderait des crédits à un très faible taux d’intérêt (le taux n'est pas nul en raison des coûts de fonctionnement), ainsi que sur la distribution de billets d’échange[réf. nécessaire] qui circuleraient à la place de la monnaie basée sur l'or, qui serait supprimée.

À cette fin, il tente de mettre en place une banque populaire (la Banque du Peuple) au début de l'année 1849, mais malgré l'inscription de plus de 13 000 personnes (surtout des travailleurs) et un capital de 5 millions de francs français (FF), il y a un défaut de recettes de 18 000 FF et une condamnation de Proudhon qui font que l'ensemble de l'entreprise est essentiellement mort-née. Il est incarcéré trois ans à la prison Sainte-Pélagie pour le délit de presse d'« offense au Président de la République » (du 7 juin 1849 au 4 juin 1852).

Proudhon se présente à l'élection de l'Assemblée constituante en avril 1848, mais échoue, bien que son nom apparaisse aux scrutins de Paris, Lyon, Besançon, et Lille. Il est néanmoins élu lors des élections complémentaires du 4 juin. Il participe donc aux débats au sujet des ateliers nationaux. Bien qu’il n’ait jamais approuvé cette institution, institution de charité qui ne résout pas la question sociale, il s’oppose à leur fermeture, sous réserve qu'une alternative soit proposée aux travailleurs dont la subsistance en dépendait.

Il est choqué par la violence des Journées de Juin. Visitant les barricades, il déclara plus tard que sa présence à la Bastille à ce moment était « un acte des plus honorables de sa vie »[réf. nécessaire]. Mais Proudhon s'oppose à l'insurrection en prêchant une conciliation pacifique, posture en accord avec son engagement contre la violence qui ne se démentira pas. Il désapprouve les révoltes et les manifestations en février, mai et juin 1848 bien que sympathisant des insurgés et solidaire des injustices sociales et psychologiques qu'ils avaient été forcés d'endurer. Il considère que les forces de la réaction sont responsables des événements tragiques.

Proudhon et le Second Empire[modifier | modifier le code]

En 1857, il publie un Manuel du spéculateur à la bourse[6], qui reste un précieux témoignage sur le marché boursier de l'époque. En 1858, il est poursuivi pour la publication de son livre De la justice dans la révolution et dans l'église : nouveaux principes de philosophie pratique. Défendu par l'avocat Gustave Chaudey, qui deviendra son légataire, il s'exile en Belgique, puis refuse l'amnistie de 1859 tout comme Victor Hugo et Louis Blanc. Amnistié en 1860, il revient en France mais renonce à son parti et à son passé et s'oriente vers l'ultramontanisme[réf. nécessaire]. La même année, le gouvernement vaudois lance un concours sur l'impôt. À la demande du conseiller d'État Louis-Henri Delarageaz, Proudhon y participe et remporte un premier accessit de 1000 francs, sans attribution de premier prix. Ce travail est publié à titre posthume en 1866 sous le titre Théorie de l'impôt. Après son décès en 1865 Amédée Jérôme Langlois sera son exécuteur testamentaire.

Philosophie politique[modifier | modifier le code]

Proudhon est le premier théoricien connu à se désigner lui-même comme un « anarchiste ». Il écrit dans Du Principe fédératif que « Comme variété du régime libéral, j’ai signalé l’anarchie ou gouvernement de chacun par soi-même, en anglais, self-government. L’expression de gouvernement anarchique impliquant une sorte de contradiction, la chose semble impossible et l’idée absurde. Il n’y a pourtant à reprendre ici que la langue : la notion d’anarchie, en politique, est tout aussi rationnelle et positive qu’aucune autre. Elle consiste en ce que, les fonctions politiques étant ramenées aux fonctions industrielles, l’ordre social résulterait du seul fait des transactions et des échanges. Chacun alors pourrait se dire autocrate de lui-même, ce qui est l’extrême inverse de l’absolutisme monarchique. »[7] Proudhon défendait la liberté individuelle contre toute force dominante : l'Église, la religion et toute espèce de dictature, l'individu ne doit jamais être sacrifié à l'intérêt général ou à la justice sociale.

Proudhon et la « science économique »[modifier | modifier le code]

Proudhon a une grande confiance dans la « science économique », qu'il considère comme la seule qualifiée pour changer la société : « je persiste à croire que les questions sur Dieu, sur la destinée humaine, sur les idées, sur la certitude, en un mot, toutes les hautes questions de la philosophie font partie intégrante de la science économique, qui n’en est, après tout, que la réalisation extérieure »[8]. Comme Fourier ou Saint-Simon, il affirme ainsi le primat de l’économie sur la politique.

Dans ses Contradictions économiques, Proudhon s’attache à montrer que l’économie est fondée sur des contradictions internes : ainsi, le machinisme allège la peine de l'ouvrier mais le met au chômage, la division du travail accroît la richesse sociale mais abrutit l'ouvrier, le crédit peut émanciper le travailleur mais n’est accordé qu’aux riches, la propriété foncière est le fondement même de la liberté, mais produit des privilèges.

La concurrence est de même contradictoire, d'un côté elle est injuste par ses effets (il lui prête de mener nécessairement au monopole) mais Proudhon l'accepte car elle est efficace et nécessairement opposée aux privilèges : « Par cela seul que l'ouvrier de l'administration n'a point de concurrence, qu'il n'est intéressé ni aux bénéfices, ni à la perte, qu'il n'est pas libre en un mot, sa productivité est nécessairement moindre et son service trop cher. ». Les dirigeants deviennent « par leur traitement (leurs subventions), des aristocrates aussi coûteux qu'inutiles et les autres, les salariés, sont retenus à jamais dans une condition subalterne »[9],[10]

Face à ces contradictions qui sont éternelles, la révolution est vaine et il faut chercher une nouvelle façon de considérer les rapports économiques, fondée sur le droit et le contrat.

S'il se montre très critique envers l’économie capitaliste, le socialisme ne trouve pas davantage grâce dans ses écrits. Ce qu’il ne peut accepter, c'est l'utopie, qui, pour lui, conformément à l’étymologie, est un « lieu de nulle part » qui ne peut pas être. Or, le socialisme est une utopie : « seul, dans le vague de ses idées, il proteste contre l’unanimité du genre humain » ; aussi, « il n’y a point d’heure marquée pour lui ; il est condamné à un perpétuel ajournement ». Quand le capitalisme affirme que ce qui doit être est, le socialisme affirme que ce qui doit être n’est pas. Quand l’économie politique affirme que le travail est organisé, le socialisme utopique affirme qu’il faut l’organiser. Fidèle à la dialectique hégélienne dont il se prétend un grand adepte, Proudhon réfute ces deux conclusions ; il est d’avis que le travail s’organise. C’est qu’il n’admet pas l'hypothèse d’un état stationnaire : pour lui, la société évolue depuis la naissance du monde et évoluera jusqu’à la fin du monde. Par conséquent, il s’oppose aussi bien aux économistes classiques — qui décrivent les réalités du monde de l’époque sans penser qu’elles sont transitoires et qu’elles pourraient évoluer — qu’aux socialistes, pour qui l’avènement d’une société idéale marquera la fin de l’histoire.

Proudhon se veut l'apôtre d'une troisième voie, celle du socialisme scientifique, qui va prendre la forme de l’« anarchie positive » ou du « fédéralisme autogestionnaire ». Le fédéralisme autogestionnaire de Proudhon est fondé sur deux structures parallèles, l’une correspondant aux activités économiques, et l’autre au corps politique. Ces deux constructions doivent être distinctes mais coopérer[11].

Sur le plan de la production, il s’agit d’une « démocratie économique mutualiste : les agriculteurs sont propriétaires d’une parcelle qu’ils exploitent, et ils s’associent avec d’autres au sein d’ensembles coopératifs, eux-mêmes inclus dans une fédération agricole. Le secteur industriel devrait, quant à lui, être composé de multiples propriétés collectives concurrentes entre elles mais associées en une même fédération industrielle. Des groupements d’unions de consommateurs formeraient un « syndicat de la production et de la consommation », chargé de la gestion du système, indépendamment de l’État. Proudhon ne s’arrête pas là : il imagine aussi une confédération qui regrouperait tous les marchés du monde.

Sur le plan politique, la « démocratie politique fédérative » serait fondée sur des régions qui s’auto-administreraient — pour la France, une douzaine — et seraient associées pour former une république fédérale. L’échelon fédéral n’aurait « qu’un rôle d’institution, de création, d’installation, le moins possible d’exécution ». Il y aurait deux chambres : une Chambre des régions et une Chambre des professions. Le suffrage universel serait ainsi fondé sur une division régionale et socioprofessionnelle. Des nations pourraient former ensemble des confédérations. Ainsi, en 1863, Proudhon imagine une Europe confédérale dotée d’un budget, de diverses agences, d’une cour de justice et organisant un marché commun. Cette organisation ne peut être mise en place que grâce à la volonté des citoyens et au temps. De la volonté, surtout : la pensée de Proudhon est fondée sur le contrat.

Marx fit une réfutation de Système des contradictions économiques ou Philosophie de la Misère dans Misère de la Philosophie. Dans une lettre à J.-B. Schweitzer, il déclare : « J'ai montré, entre autres, comme il a peu pénétré les secrets de la dialectique scientifique, combien, d'autre part, il partage les illusions de la philosophie « spéculative » : au lieu de considérer les catégories économiques comme des expressions théoriques de rapports de production historiques correspondant à un degré déterminé du développement de la production matérielle, son imagination les transforme en idées éternelles, préexistantes à toute réalité, et de cette manière, par un détour, il se retrouve à son point de départ, le point de vue de l'économie bourgeoise. Puis je montre combien défectueuse et rudimentaire est sa connaissance de l'économie politique, dont il entreprenait cependant la critique, et comment avec les utopistes il se met à la recherche d'une prétendue « science », d'où on ferait surgir une formule toute prête et a priori pour la « solution de la question sociale », au lieu de puiser la science dans la connaissance critique du mouvement historique, mouvement qui lui-même produit les conditions matérielles de l'émancipation. Ce que je démontre surtout, c'est que Proudhon n'a que des idées imparfaites, confuses et fausses sur la base de toute économie politique, la valeur d'échange, circonstance qui l'amène à voir les fondements d'une nouvelle science dans une interprétation utopique de la théorie de la valeur de Ricardo. […]
Philosophie de la misère, mise en regard de Qu'est-ce que la propriété ? fait ressortir très défavorablement tous les défauts de la manière d'exposer de Proudhon. Le style est souvent ce que les Français appellent ampoulé. Un galimatias prétentieux et spéculatif, qui se donne pour de la philosophie allemande, se rencontre partout où la perspicacité gauloise fait défaut. Ce qu'il vous corne aux oreilles, sur un ton de saltimbanque et de fanfaron suffisant, c'est un ennuyeux radotage sur la « science » dont il fait par ailleurs illégitimement étalage. À la place de la chaleur vraie et naturelle qui éclaire son premier livre, ici en maint endroit Proudhon déclame systématiquement, et s'échauffe à froid. Ajoutez à cela le gauche et désagréable pédantisme de l'autodidacte qui fait l'érudit, de l'ex-ouvrier qui a perdu sa fierté de se savoir penseur indépendant et original, et qui maintenant, en parvenu de la science, croit devoir se pavaner et se vanter de ce qu'il n'est pas et de ce qu'il n'a pas. Puis il y a ses sentiments de petit-bourgeois qui le poussent à attaquer d'une manière inconvenante et brutale, mais qui n'est ni pénétrante, ni profonde, ni même juste, un homme tel que Cabet, respectable à cause de son attitude pratique envers le prolétariat français, tandis qu'il fait l'aimable avec un Dunoyer (conseiller d'État, il est vrai), qui n'a d'autre importance que d'avoir prêché avec un sérieux comique, tout au long de trois gros volumes insupportablement ennuyeux, un rigorisme ainsi caractérisé par Helvétius : « On veut que les malheureux soient satisfaits. »

La critique de la propriété[modifier | modifier le code]

Dans ses premiers travaux, Proudhon analyse la nature et les problèmes d'une économie capitaliste. Bien que profondément critique du capitalisme, il objecte aussi aux socialistes contemporains qui idolâtrent le collectivisme. Dans des séries de commentaires, de Qu'est ce que la propriété ? (1840) jusqu'au posthume Théorie de la propriété (1863-64), il déclara d'abord que « la propriété c'est le vol », mais affirma enfin que « la propriété, c'est la liberté ». Il expliqua alors que quand il disait que la propriété est du vol, il avait été compris à contre-sens : il désignait en fait les seuls propriétaires terriens oisifs qui, d'après lui, volent les profits aux travailleurs. Plus généralement, il parlait des personnes qui tirent un revenu sans travailler. Dans Théorie de la propriété, il affirme que la « propriété est la seule force qui puisse servir de contre-poids à l'État ». Ainsi, « Proudhon pouvait maintenir l’idée de propriété comme vol et en même temps en offrir une nouvelle définition comme liberté. Il y a possibilité perpétuelle d’abus, d’exploitation qui produit le vol. Mais simultanément la propriété est une création spontanée de la société et une défense contre le pouvoir insatiable de l’État[12]. » Ainsi la propriété est la principale des contradictions éternelles qui explique la société.

En soutenant que la propriété est essentielle à la liberté, Proudhon renvoie non seulement au produit du travail de l'individu mais aussi au foyer du paysan ou de l'artisan, aux instruments de son commerce et au revenu qu'il perçoit de la vente de ses marchandises. Pour Proudhon – à la suite de Locke – la seule source légitime de propriété est le travail. Ce que chacun produit est sa propriété et celle de nul autre. Il peut être considéré comme un socialiste libertaire[13] puisqu'il plaida pour l’auto-gestion du travailleur et contre la possession capitaliste des moyens de production. Cependant, il rejette la possession des produits du travail par la société estimant que « la propriété du produit, quand même elle serait accordée, n'emporte pas la propriété de l'instrument […]. Le droit au produit est exclusif, jus in re ; le droit à l'instrument est commun, jus ad rem. »[14]. Proudhon exposait de nombreux arguments pour ne pas conférer des droits à la terre et au capital, arguments comprenant des raisons fondées sur la morale, l'économie, la politique et la liberté individuelle. Un de ses arguments était que de tels droits permettaient le profit, qui menait à son tour à l'instabilité sociale et à la guerre par la création de cycles d'endettement qui finalement rendaient impossible le remboursement par le travail. Un autre argument était que cela produisait le « despotisme » et transformait les travailleurs en salariés sujets à l'autorité d'un chef.

Proudhon s'oppose au fond autant à la propriété collective qu'à la propriété individuelle. Il les dénonce toutes deux, quoique abandonnant finalement sa défense de la « possession » contre la « propriété » et justifiant cette dernière comme un mal nécessaire. Dans Théorie de la propriété, il maintient : « Or, en 1840, j'ai nié carrément le droit de propriété… pour le groupe comme pour l'individu, pour la nation comme pour le citoyen » mais ensuite il expose sa nouvelle théorie de la propriété. « La propriété est la plus grande force révolutionnaire qui existe et qui se puisse opposer au pouvoir » et « servir de contre-poids à la puissance publique, balancer l'État, par ce moyen assurer la liberté individuelle ; telle sera donc, dans le système politique, la fonction principale de la propriété. » (Théorie de la propriété). Cependant, bien qu'il soutienne maintenant la propriété de la terre (incluant le droit à l'héritage), il croit encore que la « propriété » devrait être distribuée plus égalitairement et limitée en taille afin qu'elle soit utilisée réellement par les individus, les familles et les associations de travailleurs. (Théorie de la propriété) Il soutient le droit d'héritage, défendu « comme un des fondements de la famille et de la société ». (Steward Edwards, Introduction to Selected Writings of P.J. Proudhon) Il refuse cependant de l'étendre au-delà des possessions personnelles arguant que sous la loi de l'association, la transmission de la richesse ne s'applique pas aux instruments de travail[15]

La transformation de la société : le crédit gratuit, le mutualisme, le fédéralisme[modifier | modifier le code]

Proudhon a une conception propre de l'exploitation : il y a exploitation en ce que le patron paie des forces de travail individuelles à ses ouvriers et recueille une force de travail collective supérieure. Ainsi, les 200 grenadiers qui ont érigé en un jour l'Obélisque sur la place de la Concorde ont accompli un travail que n'aurait pu accomplir un seul grenadier en 200 jours, mais son salaire aurait été la somme de ceux versés aux 200 grenadiers : le capitalisme ne paie pas la force immense qui résulte de l'union et de l'harmonie des travailleurs, de la convergence et de la simultanéité de leurs efforts[16].

En conséquence de son opposition au profit, au travail salarié, à l'exploitation des travailleurs, ainsi qu'à la propriété publique, Proudhon rejette à la fois capitalisme et communisme. Il préconise l'association et adopte le terme de mutualisme pour son genre d’anarchisme, qui implique le contrôle des moyens de production par les travailleurs. Dans sa vision, des artisans indépendants, des paysans, et des coopératives échangeraient leurs produits sur un marché. Pour Proudhon, les usines et autres larges lieux de travail seraient dirigés par des syndicats fonctionnant par démocratie directe. L'État serait aboli ; à la place la société devrait être organisée par une fédération de « communes libres ». Proudhon se fait théoricien du fédéralisme.

Proudhon s'oppose à la taxation de l'intérêt et de la rente, mais ne cherche pas à les abolir par la loi (Solution du problème social, 1848-49). Il considère qu'une fois que les travailleurs auront organisé le crédit et le travail, de telles formes d'exploitation disparaîtront.

La théorie de Proudhon était révolutionnaire, mais sa révolution ne signifiait pas soulèvement violent ni guerre civile mais plutôt transformation de la société par l'avènement d'une classe moyenne. Cette transformation était essentiellement morale et demandait la plus haute éthique de la part de ceux qui recherchaient le changement. C'était une réforme monétaire combinée avec l'organisation contractuelle d'un crédit bancaire et d'associations de travailleurs que Proudhon propose d'utiliser comme levier pour provoquer l'organisation de la société selon de nouvelles lignes. Il ne prévoit ni ne suggère comment les institutions monétaires devraient gérer le problème de l'inflation et la nécessité d'allouer efficacement les ressources rares.

Relations avec les autres doctrines socialistes ou anarchistes[modifier | modifier le code]

Proudhon (caricature).

Proudhon désapprouve l'action révolutionnaire. Fils d'artisans, il se méfie de la classe ouvrière dont il redoute la violence et dénonce les « charlataneries » d'organisation totale et globale de la société. « L'attachement de Proudhon à la liberté individuelle, qu'aucune forme d'organisation sociale doit supprimer, pour quelque raison que ce soit, lui a permis de percevoir mieux qu'aucun autre penseur socialiste les risques attachés au triomphe de l'État, du collectif ou de la communauté »[17]. Il critiqua les socialistes autoritaires comme le socialiste étatiste Louis Blanc. Proudhon rejette vivement l'idée d'un État centralisateur défendue par le socialisme d'État.

Il flétrit de même le communisme : « le communisme est synonyme de nihilisme, d'indivision, d'immobilité, de nuit, de silence » (Système des contradictions économiques) ; le système phalanstérien « ne renferme que bêtise et ignorance ». Proudhon fit peu de critiques publiques de Karl Marx. On peut penser que c'est parce que du vivant de Proudhon, Marx était peu connu hors de certains cercles.

C'est le livre Qu'est ce que la propriété ? qui aurait convaincu Marx que la propriété privée devait être abolie[réf. nécessaire]. Dans un de ses premiers travaux, La Sainte Famille, Marx écrit : « Non seulement Proudhon écrit dans l'intérêt du prolétariat, mais il est lui-même un prolétaire, un ouvrier. Son travail est un manifeste scientifique du prolétariat français. » Marx publia plus tard de sévères critiques contre Proudhon, notamment La Misère de la Philosophie proposé comme une réfutation directe de La Philosophie de la misère de Proudhon. Dans certains aspects de son socialisme, Proudhon a été suivi par Michel Bakounine. Après la mort de Bakounine, le socialisme libertaire se divisa entre anarcho-communisme et collectivisme libertaire, avec des partisans notables tels que Pierre Kropotkine et Joseph Déjacque.

Les critiques de Marx[modifier | modifier le code]

La publication de Qu'est-ce que la propriété ? attire l’attention des autorités françaises mais aussi de Karl Marx qui entame une correspondance avec lui. Les deux hommes se rencontrent à Paris où Marx est en exil. Leur amitié prend fin quand, en réponse à Philosophie de la misère de Proudhon, Marx écrit Misère de la philosophie, où il prétend démontrer « la crasse ignorance » de Proudhon en économie, et le caractère « petit-bourgeois » de ses théories. Le jugement sévère de Karl Marx sur Proudhon restera célèbre : « Chaque rapport économique a un bon et un mauvais côté : c'est le seul point dans lequel M. Proudhon ne se dément pas. Le bon côté, il le voit exposé par les économistes ; le mauvais côté, il le voit dénoncé par les socialistes. Il emprunte aux économistes la nécessité des rapports éternels, il emprunte aux socialistes l'illusion de ne voir dans la misère que la misère (au lieu d'y voir le côté révolutionnaire, subversif, qui renversera la société ancienne). Il est d'accord avec les uns et les autres en voulant s'en référer à l'autorité de la science. La science, pour lui, se réduit aux minces proportions d'une formule scientifique ; il est l'homme à la recherche des formules. C'est ainsi que M. Proudhon se flatte d'avoir donné la critique et de l'économie politique et du communisme : il est au-dessous de l'une et de l'autre. Au-dessous des économistes, puisque comme philosophe, qui a sous la main une formule magique, il a cru pouvoir se dispenser d'entrer dans des détails purement économiques ; au-dessous des socialistes, puisqu'il n'a ni assez de courage, ni assez de lumières pour s'élever, ne serait-ce que spéculativement au-dessus de l'horizon bourgeois […] Il veut planer en homme de science au-dessus des bourgeois, et des prolétaires ; il n'est que le petit bourgeois, ballotté constamment entre le Capital et le Travail, entre l’économie politique et le communisme. »

Quasiment au même moment, Marx écrit le Manifeste du Parti communiste dans lequel il s'emploie à ridiculiser Proudhon et, de façon générale, tous les courants « socialistes » en dehors du communisme marxiste. Il qualifie Proudhon de « socialiste bourgeois » qui « n'atteint son expression adéquate que lorsqu'il devient une simple figure de rhétorique : Le libre-échange, dans l'intérêt de la classe ouvrière ! Des droits protecteurs, dans l'intérêt de la classe ouvrière ! Des prisons cellulaires, dans l'intérêt de la classe ouvrière ! ».

Proudhon et les Juifs[modifier | modifier le code]

Bien que Proudhon ne fasse pas de l'antisémitisme un fondement de sa pensée, au contraire d'Alphonse Toussenel, il est un des premiers penseurs français à utiliser la dimension raciale comme dans sa violente diatribe judéophobe de décembre 1847« le Juif est l'ennemi du genre humain. Il faut renvoyer cette race en Asie ou l'exterminer... Par le fer, par le feu ou par l'expulsion il faut que le Juif disparaisse »[18]. Parce qu'il croit que le Juif représente le capitalisme naissant, que les Juifs sont une « race insolente, obstinée, infernale » qui exercent une action dissolvante sur la société, et que les Juifs sont inassimilables et source de tensions sociales permanentes, Proudhon fait du Juif l'incarnation du Mal absolu. Cet antisémitisme radical, qui selon certains auteurs trouverait une part de son origine dans un contentieux idéologique et personnel avec Karl Marx qui lui reprochait dans Misère de la philosophie son ignorance en matière d'économie, a influencé des penseurs d'extrême-droite comme Charles Maurras, Édouard Drumont et les collaborationnistes[19].

Divers[modifier | modifier le code]

Gustave Courbet, Proudhon et ses enfants, 1865 (Petit Palais, Paris.)
  • Proudhon polémiquera durant treize semaines avec Frédéric Bastiat dans le journal La Voix du peuple au sujet de la gratuité du crédit[20].

Œuvres de Proudhon[modifier | modifier le code]

  • Essai de grammaire générale, 1837
  • De l'utilité de la célébration du dimanche, considérée sous les rapports de l'hygiène publique, de la morale, des relations de famille et de cité, 1837, réédition 1926, deuxième réedition 2010
  • Qu'est-ce que la propriété ? ou Recherche sur le principe du Droit et du Gouvernement [détail des éditions], 1840, réédition 1926
  • Lettre à M. Blanqui, professeur d'économie politique au conservatoir des Arts et Métiers sur la propriété., 1841, 1938,
  • Avertissement aux propriétaires, ou lettre à M. Considérant, rédacteur de la "Phalange", sur une défense de la propriété, 1842, réédition 1938
  • Explications présentées au ministère public sur le droit de propriété, défense de Proudhon devant la cour d'assises du Doubs, le 3 février 1842. 1842, réédition 1938
  • De la création de l'ordre dans l'humanité, ou Principes d'organisation politique, 1843, réédition 1927
  • Le Miserere ou La pénitence d'un roi. Lettre au R.P. Lacordaire sur son Carême de 1845, (Revue indépendante, 25 mars 1845). 1845
  • De la concurrence entre les chemins de fer et les voies navigables, 1845
  • Système des contradictions économiques ou Philosophie de la misère, 1846, réédition 1823
  • Programme révolutionnaire adressé aux électeurs de la Seine, (publié dans Le Représentant du Peuple des 31 mai, 1er et 5 juin 1848), 1848, réédition 1938
  • Toast à la Révolution, (publié dans Le Peuple du 7 octobre 1848), 1848, réédition en 2010 in Discours, Écrits et lettres de Karl Marx et Pierre-Joseph Proudhon, Éditions de l'Épervier, 2010
  • Organisation du crédit et de la circulation et solution du problème social sans impôt, sans emprunt, le 11 juillet 1848
  • Proposition relative à l'impôt sur le revenu présentée par le citoyen Proudhon, suivie du discours qu'il a prononcé à l'Assemblée nationale le 31 juillet 1848, 1848, réédition 1938
  • Le droit au travail et le droit de propriété, 1848, réedition 1938
  • Résumé de la question sociale, Banque d'échange, 1848
  • Banque du peuple, 1849
  • Idées révolutionnaires : les Malthusiens, programme révolutionnaire, le terme, toast à la révolution, etc., 1849
  • Les Confessions d’un révolutionnaire, pour servir à l’histoire de la révolution de février, (aux bureaux du journal La voix du Peuple), 1849, réédition 1929
  • Intérêt et principal, entre M. Proudhon et M. Bastiat sur l'intérêt des capitaux, (article de La Voix du Peuple), 1850
  • Idée générale de la Révolution au XIXe siècle, choix d'études sur la pratique révolutionnaire et industrielle, 1851, réédition 1923
  • Philosophie du progrès, programme, lettre à M.Romain Cornut. 1ère lettre : De l'idée du progrès; 2ème lettre : De la certitude et de son Critérium, ouvrage écrit en prison 1851, à Sainte-Pélagie, publié en 1853 à Bruxelles, réédité en 1946
  • La Révolution sociale démontrée par le coup d'État du 2 décembre, 1852, réédité, en 1936
  • Manuel du spéculateur à la Bourse. En collaboration avec Duchêne et Beslay. Le nom de Proudhon n'y figure pas encore. 1852
  • Des réformes à opérer dans l'exploitation des chemins de fer, 1855
  • Manuel du spéculateur à la Bourse, 3ème édition, très augmentée et signée par Proudhon. 1857
  • De la justice dans la révolution et dans l'Église, nouveaux Principes de philosophie pratique adressé à son Eminence Mgr Mathieu, cardinal-archevêque de Besançon, 1858, réédition remaniée et enrichie, soit dans son texte, soit par ses "notes et éclaircissements", soit par une sorte de journal : Nouvelles de la Révolution, 1860
  • La Justice poursuivie par l'Église, appel au jugement rendu par le tribunal de la police correctionnelle de la Seine le 2 juin 1858, contre Proudhon, avec une consultation de son avocat Gustave Chaudey, Bruxelles, Office de publicité. 1858, réédition 1948.
  • La Guerre et la Paix, recherches sur le principe et la constitution du droit des gens, 1861
  • Théorie de l'impôt, question mise au concours par le Conseil d'État de Vaud en 1860, 1861
  • Les majorats littéraires, examen d'un projet de loi ayant pour but de créer au profit des auteurs, inventeurs, et artistes un monopole perpétuel, 1862, Bruxelles, Office de publicité.
  • La fédération et l'unité en Italie, 1862
  • Du principe fédératif et de la nécessité de reconstituer le parti de la révolution, Paris, 1863
  • Les démocrates assermentés et les refractaires, Paris, 1863
  • Si les traités de 1815 ont cessé d'exister, actes du futur Congrès, Paris, 1863
  • Nouvelles observations sur l'unité italienne, écrit en 1864, publication posthume dans le Messager de Paris, 1865, puis chez Dentu, la même année.

Articles de journaux[modifier | modifier le code]

  • Les articles écrits par Proudhon de 1847 à 1850, dans Le Représentant du Peuple, Le Peuple, La Voix du Peuple, Le Peuple, (de 1850) ont été recueillis partiellement dans 3 volumes de Mélanges de l'édition Lacroix (t. XVII, XVIII, XIX), puis en Appendice à divers volumes de l'édition Rivière).

Œuvres posthumes[modifier | modifier le code]

  • De la capacité politique des classes ouvrières, 1865 Dentu, réedition 1873 Édition Lacroix, réedition 1924 Ediion Rivière.
  • Du principe de l'art et de sa destination sociale, 1865, Édition Lacroix 1875.
  • Théorie de la propriété, suivie du projet d'exposition perpétuelle, 1865
  • La Bible annotée (Nouveau Testament) 1866, 2 vol. Paris - Édition Lacroix, 1866 et 1867
  • France et Rhin, 1867
  • Contradictions politiques, théorie du mouvement constitutionnel au XIXème siècle (L'Empire parlementaire et l'opposition légale), lettre à M. Rouy en faveur de l'abstention, 1870
  • La Pornocratie ou Les Femmes dans les temps modernes, 1875, L'Herne, 2009.
  • Amour et mariage, 1876
  • Césarisme et Christianisme (de l'an 45 avant J.-C. à l'an 476 après), 1883, Flammarion, 2 vol.
  • Jésus et les origines du Christianisme, 1896
  • Napoléon Ier, avec lettre du général Brialmont, 1898
  • Commentaire sur les mémoires de Fouché, suivis du Parallèle entre Napoléon et Wellington, 1900
  • Napoléon III, 1900

Correspondance et carnets[modifier | modifier le code]

  • Correspondance, 14 volumes, 1874-1875, notice par A. Langlois.
  • Lettres à Chaudey et à divers comtois, 1839-1864
  • Lettres au citoyen Rolland, 1858-1862, receullies et présentées par Jacques Bompard, réedition Grasset 1946
  • Lettres choisies et annotées, par D. Halévy et L. Guilloux, édition Grasset 1925
  • Carnets : Extraits parus dans la Grande Revue, 1er et 25 août, 25 septembre 1908

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Ansart, Sociologie de Proudhon, PUF, 1967
  • Pierre Ansart, Socialisme et anarchisme : Saint-Simon, Proudhon, Marx, PUF, 1969
  • Pierre Ansart, Proudhon, Le Livre de poche, 1984

Sources[modifier | modifier le code]

  • Cet article comprend des parties traduites de l'anglais issues des textes de l'Encyclopædia Britannica de 1911, désormais dans le domaine public.

Sur la vie et l'œuvre de Pierre-Joseph Proudhon, voir : A.S.CHAMBOST, Proudhon l'enfant terrible du socialisme, Armand Colin, 2009; Proudhon et la norme, Pensée juridique d'un anarchiste, Presses universitaires de Rennes, 2004

  • L'anarchisme critique de Proudhon in PREPOSIET Jean, Histoire de l'anarchie, Talandier, 2002.

Concernant les études les plus récentes sur Pierre-Joseph Proudhon, voir :

  • Jean-Pierre Deschodt (dir.), Pierre-Joseph Proudhon : l'ordre dans l'anarchie, actes du colloque du 7 mai 2009 à La Roche-sur-Yon organisé par le Centre de recherches Hannah Arendt de l'Institut catholique d'études supérieures, Éd. Cujas, 2009 (Visualisez l'ouvrage)
  • Christophe Salaün (éditeur), Controverse sur Courbet et l'utilité sociale de l'art, textes de P.-J. Proudhon et d'Émile Zola, notes et postface ("De l'art utilitaire à l'autonomie de l'artiste: le cas Courbet") par Ch. Salaün, Paris, éditions Mille et une nuits, 2011 (ISBN 978-2-7555-0591-7)

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Où est passé Proudhon ? un documentaire de Anne Argouse et Hugues Peyret, 2010 Antoine Martin Production[21]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Écrivains influencés[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Proudhon est né rue du Petit-Battant. Il existe par ailleurs à Besançon une rue Jean-Baptiste-Victor-Proudhon juste en face de la rue Pierre-Joseph-Proudhon, mais peu de Bisontins se rendent compte de la différence de prénoms de ces deux rues !
  2. parfois attribuée à tort à Brissot de Warville, Recherches philosophiques sur le droit de propriété considéré dans la nature, Paris, 1780 (en ligne), par exemple p. 39-40 :
    « […] Ainsi ce système de l'égalité des fortunes, que certains philosophes ont voulu établir, est faux dans la nature.
    Cependant on peut dire qu'il est vrai sous d'autres rapports. Il est, par exemple, parmi nous des financiers enrichis par le pillage de l'État qui possèdent des fortunes immenses. Il est aussi des citoyens qui n'ont pas un sou en propriété. Ces derniers ont pourtant des besoins & les autres n'en ont surement pas proportionnellement à leurs richesses. Double abus conséquemment. La mesure de nos besoins doit être celle de notre fortune & si quarante écus sont suffisans pour conserver notre existence, posseder 200 mille écus, est un vol évident une injustice révoltante. »
    Cette antériorité proposée par Karl Marx après sa rupture avec Proudhon en 1847 (Lettre à J.-B. Schweitzer, 24 janvier 1865 : « il ne pouvait aller au-delà de la réponse donnée par Brissot, dès avant 1789, dans un écrit du même genre, dans les mêmes termes : La propriété c'est le vol »), est toutefois contestée sur la forme (on ne trouve pas cette formule exacte dans Brissot) et même sur le fond (Brissot considérait la propriété nécessaire à l'ordre, au commerce et à la croissance) par Robert L. Hoffman, Revolutionary Justice : The Social and Political Theory of P. J. Proudhon, Urbana, University of Illinois Press, 1972, p. 46-48. On peut ajouter à ce contexte les égalitariens qui ont aussi condamné la propriété, comme Mably, Morelly, Meslier, Babeuf et Godwin.
  3. Léo Campion, Le drapeau noir, l'équerre et le compas : les anarchistes dans la franc-maçonnerie, éditions Alternative Libertaire, 1996 lire en ligne.
  4. « Si j’avais à répondre à la question suivante : Qu’est-ce que l’esclavage ? et que d’un seul mot je répondisse : c’est l’assassinat, ma pensée serait d’abord comprise. Je n’aurais pas besoin d’un long discours... Pourquoi donc à cette autre demande, qu’est-ce que la propriété ? ne puis-je répondre de même : c’est le vol, sans avoir la certitude de n’être pas entendu, bien que cette seconde proposition ne soit que la première transformée ? »
  5. Selon le site de l'Assemblée nationale
  6. Manuel du spéculateur à la bourse, par Pierre-Joseph Proudhon, 1857, éditions Garnier frères [1]
  7. Pierre-Joseph Proudhon, Du Principe fédératif, Première partie, Chapitre II, lire en ligne.
  8. Proudhon, lettre à Bergmann, 4 juin 1847
  9. in Système des contradictions économiques, cité par Bertrand Nézeys dans Économie politique.
  10. Proudhon clôt le chapitre sur la concurrence ainsi : « Résumons : la concurrence, comme position ou phase économique, considérée dans son origine, est le résultat nécessaire de l'intervention des machines, de la constitution de l'atelier et de la théorie de réduction des frais généraux ; considérée dans sa signification propre et dans sa tendance, elle est le mode selon lequel se manifeste et s'exerce l'activité collective, l'expression de la spontanéité sociale, l'emblème de la démocratie et de l'égalité, l'instrument le plus énergique de la constitution de la valeur, le support de l'association. - comme essor des forces individuelles, elle est le gage de leur liberté, le premier moment de leur harmonie, la forme de la responsabilité qui les unit toutes et les rend solidaires.
    Mais la concurrence abandonnée à elle-même et privée de la direction d'un principe supérieur et efficace, n'est qu'un mouvement vague, une oscillation sans but de la puissance industrielle, éternellement ballotée entre ces deux extrêmes également funestes : d'un côté les corporations et le patronage, auxquels nous avons vu l'atelier donner naissance, d'autre part le monopole, dont il sera question au chapitre suivant.
    Le socialisme, en protestant avec raison contre cette concurrence anarchique, n'a rien proposé encore de satisfaisant pour sa réglementation ; et la preuve, c'est qu'on rencontre partout, dans les utopies qui ont vu le jour, la détermination ou socialisation de la valeur abandonnée à l'arbitraire, et toutes les réformes aboutir, tantôt à la corporation hiérarchique, tantôt au monopole de l'état, ou au despotisme de la communauté. » Proudhon écrit par ailleurs « Le monopole est l'opposé naturel de la concurrence. Cette simple observation suffit, comme nous l'avons remarqué, pour faire tomber les utopies dont la pensée est d'abolir la concurrence, comme si elle avait pour contraire l'association et la fraternité. La concurrence est la force vitale qui anime l'être collectif : la détruire, si une pareille supposition pouvait se faire, ce serait tuer la société. »
  11. Alain Bergounioux, Proudhon entre anarchisme et socialisme, La Revue Socialiste (revue de réflexion du Parti Socialiste), 1 octobre 2010, lire en ligne.
  12. « Proudhon could retain the idea of property as theft, and at the same time offer a new definition of it as liberty. There is the constant possibility of abuse, exploitation, which spells theft. At the same time property is a spontaneous creation of society and a bullwark against the ever-encroaching power of the State. » Copleston, Frederick. Social Philosophy in France, A History of Philosophy, Volume IX, Image/Doubleday, 1994, p. 67
  13. Le socialisme libertaire, enfin, incarné par Fournière et Malon, refuse à la fois l’économie marxiste et l’économisme libéral, la propriété coopérative permettant le développement des individualités., Célia Poulet, « Édouard Jourdain, L’anarchisme », Lectures (en ligne), Les comptes rendus, 2013, 7 février 2013, lire en ligne.
  14. Qu'est-ce que la propriété ?, chap. III, par. 3 : La prescription ne peut jamais être acquise à la propriété; paragraphe 1er : La terre ne peut être appropriée et par. 5 : Que le travail conduit à l’égalité des propriétés, lire en ligne sur Wikisource.
  15. « Under the law of association, transmission of wealth does not apply to the instruments of labour. » (in Daniel Guerin (ed.), No Gods, No Masters, vol. 1, p. 62).
  16. in Qu'est-ce que la propriété ?
  17. Bertrand Nézeys, in Économie Politique
  18. Michel Dreyfus, L'antisémitisme à gauche, histoire d'un paradoxe, Paris, La découverte, 2011, p. 29 (ISBN 978-2-7071-6998-3)
  19. Michel Dreyfus op.cit. p.31
  20. Gratuité du crédit, texte intégral.
  21. Où est passé Proudhon ? : DVD d’Anne Argouse et Hugues Peyret - Monde-Nouveau, 27 octobre 2010